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Muriel BATBIE CASTELL

 

 

Esther GRANEK

 

 

19/12/2013

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Christian Saint-Paul reçoit la soprano occitane

Muriel BATBIE-CASTELL qui a mis en musique, chante et a réalisé des arrangements musicaux de poèmes d’Esther GRANEK.

La chanteuse bien connue des toulousains et de toute l’Occitanie (voir www.muriel-batbie-castell.com) vient d’enregistrer un nouveau CD-Rom « Ars Intima » qui est un joyau comme les précédents. Elle dit la joie qu’elle ressentit à chanter en jouant sur un piano Steinway & Sons, le 10 mai 2013 à l’Estive, Scène Nationale de Foix. Les trois poèmes chantés sont : 1 – Silenci de l’autan de Loisa PAULIN (musique Muriel BATBIE-CASTELL) ; 2 – J’ai attrapé un chant d’oiseau, texte et mélodie d’Esther GRANEK, arrangement piano Muriel BATBIE-CASTELL ; 3 – Cantar del alma texte de Juan Yepes ALVAREZ (Jean de la Croix), musique de Frederic MOMPOU.

Son précédent album, « Muriel BATBIE-CASTELL canta a capella » a été remarqué par le cinéaste Jean PERISSE qui a fait de la chanson « Ieu n’aime una bruneta » le fil conducteur de son dernier film « Monsieur Riquet » avec l’acteur français Bernard LECOQ, qu’il viendra présenter à Tournefeuille et à Toulouse à l’Utopia ; Muriel sera présente à ces avant-premières.

On écoute « Ieu n’aime una bruneta ». Puis « Silenci de l’autan ».

Muriel BATBIE-CASTELL se réjouit ensuite de réaliser une deuxième émission radiophonique sur les textes d’Esther GRANEK, avec laquelle elle partage une complicité affectueuse d’artiste.

Esther Granek est une poétesse belge de langue française. Auteur-compositeur de chansons, poèmes, ballades, textes d’humeur et d’humour, elle a publié plusieurs recueils. Née à Bruxelles le 7 avril 1927, elle est autodidacte du fait des lois antijuives durant l’Occupation. Elle habite en Israël depuis 1956. Elle a été employée à l’Ambassade de Belgique à Tel-Aviv aux fonctions de secrétaire-comptable durant 35 ans. La décoration civique de première classe lui a été décernée en récompense de la qualité de son travail. Certains de ses poèmes ont été dits à la Radio-Télévision belge.

On écoute un de ses poèmes mis en musique : « J’ai attrapé un chant d’oiseau ».

Lecture de courriels adressés à Muriel BATBIE-CASTELL qui scellent une estime réciproque et une amitié des deux artistes.

Voici ce que la poétesse nous a fait parvenir pour éclairer les auditeurs sur sa démarche :

 

« C'est quadragénaire que j'ai commencé à composer des  chansons, par jeu, pour une jeune parente qui chantait agréablement mais qui ne voulait pas en faire profession. Textes et mélodies me sont venus pour ainsi dire, simultanément. De là je suis passée à la poésie tout naturellement et avec un immense plaisir !

Ma préoccupation première est que mes textes soient d'intérêt général, qu'ils s'adressent à tous, qu'ils respectent le lecteur en ne lui donnant pas de textes incompréhensibles. Et de n'écrire que si j'ai quelque chose à partager. Je n'ai pas eu de grandes préoccupations qui m'ont dicté mes textes, sinon de bien faire, de récrire et corriger autant qu'il le fallait. Et je dirais pour conclure : plus ça paraît lisse et plus ça demande d'effort.

 

Je ne sais pas si la poésie et la création peuvent rapprocher les hommes et les peuples, car depuis que les hommes créent, ils devraient s'entendre admirablement. On est loin du compte !

 

 Il y a en chacun une sorte de lutte qui fait qu'on tente de ne pas vivre qu'à l'intérieur des yeux des autres.

 

La musique et la lecture sont vitales pour moi. Que cela ait débouché sur la poésie fut un très grand bonheur dans ma vie.

 

Oui, l'expérience du vécu est fondamentale dans mes écrits.

 

 

L'écriture est, ô combien ! , toujours un plaisir et une renaissance. »

 

Lecture par Muriel BATBIE-CASTELL et Christian Saint-Paul de poèmes d’Esther GRANEK parmi les textes suivants :

Offrande

Au creux d’un coquillage
Que vienne l’heure claire
Je cueillerai la mer
Et je te l’offrirai.

Y dansera le ciel
Que vienne l’heure belle.
Y dansera le ciel
Et un vol d’hirondelle
Et un bout de nuage
Confondant les images
En l’aurore nouvelle
Dans un reflet moiré
Dans un peu de marée
Dans un rien de mirage
Au fond d’un coquillage.

Et te les offrirai.

Esther Granek, Je cours après mon ombre, 1981

 


 

Constatation

Je n’ai que moi
En chaque jour
Pour accueillir l’aube nouvelle
Mais dès qu’au songe je m'attelle
Je n’ai que toi

Je n’ai que moi
Pour encaisser
De toute la vie les escarres
Mais dès qu’en rêve je m’égare
Je n’ai que toi

Je n’ai que moi
Lorsque j’épie
De l’avenir l’heure qui chante
Mais dans mes prières ardentes
Je n’ai que toi

Je n’ai que toi
Pour m’éblouir
Et pour embellir les images
Mais dès que j’ai tourné les pages
Je n’ai que moi

Esther Granek, Je cours après mon ombre, 1981


 

 


 

Rupture

J’effacerai le temps
J’effacerai les jours
Mais je sais qu’au retour
J’irai me questionnant

Voilà
J’ai les mains vides
Vides sont mes mains
Vides
Parfois je les regarde, stupide
Et les feuilles tombent dans l’air limpide
Encore une fois

J’effacerai les places
J’effacerai les traces
Me faisant un espace
Dont tu seras absent

Encore une fois
Voilà
J’ai les mains vides
Et du creux de mes paumes arides
S’échappent fuyant entre mes doigts
Les restes d’un espoir pesant

J’effacerai les peines
J’effacerai les joies
Notre route bifurqua
Et chacun eut la sienne

Voilà j’ai les mains vides
Vides sont mes mains
Vides
Et les feuilles tombent dans l’air limpide
Encore une fois

Esther Granek, Ballades et réflexions à ma façon, 1978

 


 

Vu qu’en chacun…

Vu qu’en chacun sommeille un snob
toujours prompt à se réveiller
et qui jamais ne se dérobe
quand il s’agit de s’afficher,
et vu qu’alors il se dépense
à s’enrober de suffisance
pour admirer ou dénigrer
selon la mode et ses décrets,
et vu qu’ainsi le monde est fait
et qu’à chacun son pas de danse,
rions plutôt que d’en pleurer
car qui ne se sent concerné ?
Au snob laissons quelque innocence…

Esther Granek, Synthèses, 2009


 

 


 

Tableau

Dîner de fête
Nombreuses têtes
Grand brouhaha
Bouches riant à grands éclats
Bouches chantant la chansonnette
Bouches bâfrant
Ou mâchouillant, comme à la diète
Ou jacassant
Ou clabaudant à pleins poumons
Bouches lançant des postillons
Ou bien cherchant le grand frisson
Bouches à conquêtes
Bouches gueulant
Parfois rotant
Ou sirotant
Ou pérorant, comme un ronron

Bouches muettes…
Bouches penchées dessus l’assiette
et qui s’embêtent…
en souriant…

Dîner de fête
Nombreuses têtes


 

 


 

T’es pas beau, l’humain !

 

Remontant donc les millénaires
jusqu’au temps où (station debout)
tu devins maître de la terre
depuis l’éléphant jusqu’au pou,
tu te déclaras bien tourné,
te sacrant Narcisse à jamais.
Horreur ! De quel œil te vois-tu,
toi mammifère mal fichu !
Car pour te dire les choses en gros,
t’es pas beau, l’Humain ! T’es pas beau !…

Ta main te devenant l’outil
qui soudain te différencie
(étant quasi seul animal
à marcher à la verticale),
dès lors, balançant tes battoirs
en un va-et-vient ridicule,
tes bras te sont double pendule
marquant ton pas. Sans le vouloir.
Là, pour te dire les choses en gros,
t’es pas beau, l’Humain ! T’es pas beau !…

Dessous les voiles où tu enfermes
les déserts de ton épiderme,
tes crins en touffes et en bouquets
(sortes de burlesques futaies,
poils clairsemés et poils touffus,
forêts, oasis incongrues
où folichonnent tes attraits)
te font paraître bien plus nu.
Ça, pour te dire les choses en gros,
t’es pas beau, l’Humain ! T’es pas beau !…

Car te comparant au félin,
tu es l’ivraie, et lui l’or fin.
Le cheval a plus de noblesse
en chaque patte, en chaque fesse
que toi déployant ton meilleur.
Total aveugle à ta laideur,
tu ris pourtant comme un p’tit fou
en regardant les singes au zoo.
Vrai, pour te dire les choses en gros,
t’es pas beau, l’Humain ! T’es pas beau !…

Ô pesanteur ! Ô triste loi !
Ô traction du haut vers le bas !
C’est perpendiculaire au sol
que ta colonne se détraque,
te faisant vertèbres patraques
dès l’âge où tes chairs seront molles.
Alors, vieille outre flasque et terne,
panoplie de drapeaux en berne…
Bref, pour te dire les choses en gros,
t’es pas beau, l’Humain ! T’es pas beau !…

Esther Granek, Je cours après mon ombre, 1981


 

 


 

Ballade pour un pitre

 

Oyez la triste histoire d’un pitre.
Pleurez, pleurez en écoutant.
Une vie durant porta ce titre.
Puis tout cessa. Soudainement.

Heureux comme un poisson dans l’eau
quand il grimaçait sur les planches,
il avait cent tours dans sa manche.
On se tordait. Criant : bravo !

Bienfaiteur de l’humanité
qu’il distrayait de ses misères,
il faisait rire à s’étouffer
mettant en joie des salles entières.

Pourtant à chaque apparition,
un trac affreux, puissant, félon,
le harcelait de ses morsures.
Ce n’était guère une sinécure.

Mais il adorait ses angoisses.
Jamais n’aurait cédé sa place
et sombrement appréhendait
de ne plus être qu’un passé.

Eh bien voilà, c’est arrivé...
Il est fini son temps de gloire.
Pleurez, pleurez, vous, l’auditoire !
Quoi ? Nulle larme ne versez ?

Ah ! Quelle affreuse ingratitude !
Rien ne justifie l’attitude
d’un public qui, sans un regret,
vers d’autres pitres s’est tourné.

Pourtant qu’y faire ? Soudainement
il ennuya, rien ne créant
et se bornant à rabâcher
vieux trucs et machins éculés.

Tout se mettait de la partie
comme une grande trahison.
Sa mémoire, ses jointures, son ton.
Il restait seul, tel un oubli

Avec les ans qu’il encaissait
et comme plus rien ne l’attendait,
parfois il s’offrait des grimaces.
Pour se distraire. Devant la glace.

Esther Granek, Ballades et réflexions à ma façon, 1978


 

 


 

Désarroi

 

De gaieté en gaieté
J’ai contrefait ma joie

De tristesse en tristesse
J’ai camouflé ma peine

De saison en saison
J’ai galvaudé le temps

De raison en raison
J’ai nié l’évident

De silence en silence
J’ai parlé sans rien dire

De méfiance en méfiance
J’ai douté sans finir

De rancœur en rancœur
J’ai brisé l’essentiel

De pensée en pensée
J’ai flétri sans appel

De reproche en reproche
J’ai pétrifié les jours

Et puis de proche en proche
J’ai détruit tout amour…

De pleurs en espérances
J’ai conjuré le sort

De regrets en souffrances
J’ai torturé mon corps

Las…

De nuage en nuage
J’ai construit ma maison

Et d’un seul coup d’orage…

Esther Granek, Je cours après mon ombre, 1981

 

On écoute « Après l’homme », « L’Homme » par Catherine SAUVAGE, « Les bourgeois » de Jacques BREL en clin d’œil à Esther GRANEK proche de ces morceaux mythiques.

Le caractère incontestablement baroque et issu du vécu de la création d’Esther GRANEK est illustré par l’écoute de « Plus je vous vois ».

A tout commentaire sur son œuvre, Esther GRANEK fait clairement savoir qu’elle préfère tout simplement être lue, et écoutée si sa parole est mise en musique. Nous la suivrons dans cette voie en y invitant les auditeurs. Mais c’est une belle leçon de ténacité généreuse qu’elle nous offre par sa vitalité et son enthousiasme infatigable. Pascal QUIGNARD dans « Leçons de Solfège et de Piano » arléa Seuil 2013 page 49, écrit : « Primo LEVI s’en prit une fois à Paul CELAN avec violence. « Ecrire c’est transmettre, dit-il. Ce n’est pas chiffrer le message et jeter la clé dans les buissons. » Mais Primo LEVI se trompait. Ecrire ce n’est pas transmettre. C’est appeler. Jeter la clé est encore appeler une main après soi qui cherche, qui fouille parmi les pierres et les ronces et les douleurs et les feuilles mouillées, noires, gluantes de boue, ou craquantes, ou coupantes de froid, de la nuit, à l’Ouest du monde. »

 

Esther GRANEK du haut de sa singulière expérience d’une vie vouée à la reconnaissance de la dignité humaine en toutes circonstances, transmet mais aussi appelle. Et nous devons répondre à cet appel par notre attention et notre lecture. Quant à son amie Muriel BATBIE-CASTELL qui perpétue avec naturel l’éthique occitane en faisant connaître l’autre comme une autre soi-même qui nous complète, il y a lieu de reprendre la conclusion de la dernière émission : « Une soprano qui met son talent, sa passion et sa création au service de la poésie contemporaine, après son succès dans les œuvres classiques ou traditionnelles est  à saluer. L’exceptionnel dynamisme créatif d’Esther GRANEK participe de ce même élan qui rassemble souvent les artistes pour notre plus grand plaisir et pour la dignité de l’humanité. »

 

 

 

Eric BARBIER  photo de Francis Saint-Jean

 

 

12/12/2013

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Christian Saint-Paul qui a participé à l’hommage rendu à Jean SENAC à la L’Espace des Diversités et de la Laïcité, 36 rue d’Aubuisson à Toulouse, fait entendre un poème de celui-ci mis en musique et chanté par Gilles MECHIN ; c’est Alain BREHERET, pianiste bien connu des toulousains et qui accompagne depuis longtemps le poète chanteur Bruno RUIZ qui est au piano dans cet enregistrement.

L’Algérie a fêté le cinquantenaire de son indépendance en 2012 et on célèbre cette année le centenaire de la naissance d’Albert Camus. Les cérémonies laissent toutefois dans l’ombre un des témoins incontournables de ce passé aux plaies ouvertes : son nom ? Jean Sénac. Écrivain et poète, pied-noir et indépendantiste, chrétien et révolutionnaire. Caillou dans les souliers de la France et de l’Algérie, Sénac bouscule les deux rives et les eaux troubles de la Méditerranée.

Fils spirituel d’Albert Camus - fêté par Lettres d’Automne, à Montauban pour son édition 2013 -, qui l’appelait affectueusement,  en espagnol, « mi hijo », il deviendra un « fils rebelle » à son endroit sur « la question algérienne ».Camus qui parmi dénonça le sort fait aux autochtones dans son célèbre reportage  « Misères en Kabylie » , qui initia Jules Roy, de son propre aveu, à l’anticolonialisme, après avoir prôné une « Trêve civique » pour mettre fin  aux violences  , récusée et dénoncée  par les « Ultras » sera fustigé par les activistes de sa communauté et ne trouvera pas grâce auprès des indépendantistes algériens à la suite de sa fameuse phrase sur sa  mère et la justice ? Etonnante coïncidence, en cette année 2013 : on commémore à la fois le centenaire de la naissance de Camus et le quarantième anniversaire de la mort de Jean Sénac, tout deux tragiquement disparus. Camus dans un accident et Sénac dans un meurtre. Tous les deux restent, à des degrés différents, des figures et des passeurs d’une double réconciliation qui tient ses fondements par une juste appréciation des brûlures de  l’histoire et  les nuances de la  mémoire entre les deux rives de Méditerranée. C’est à la fois un devoir et une urgence face aux remugles haineux et aux feux qu’attise un  racisme voué aux poubelles de l’histoire. Non loin de Toulouse, Jean Sénac avait trouvé écoute et solidarité chez l’éditeur Jean Subervie avec le soutien du poète Jean Digot (1912- 1995).                            Il passait ainsi  par Toulouse pour aller publier à Rodez, en région Midi-Pyrénées, ses adresses poétiques dont plus d’une avait  résonnance avec la poésie la Résistance française. C’est là qu’il publiera son manifeste poétique : « Le soleil sous les armes ». Il serait temps cinquante  après, les Accords d’Evian, la paix retrouvée,  l’indépendance de l’Algérie  de tendre à nouveau l’oreille sans manichéisme  à ces deux contemporains capitaux.

Max Leroy auteur de ‘Epitaphe pour Jean Sénac’ écrit :

 

« Fils d’une femme de ménage et petit-fils d’un mineur espagnol, le jeune Jean grandit dans les rues d’Oran, quelque part entre les appels à la prière du muezzin et les versets de Saint Paul que sa mère, fervente catholique, lui demande de réciter. Son enfance est sans-le-sou mais radieuse : le soleil d’Afrique rend les mois moins difficiles à finir. Les Arabes, les Berbères et les Kabyles ? Il ne les connait pas. Les Européens et les « indigènes », tel qu’on les nomme alors, se croisent sans vivre ensemble, chaque communauté « serrée dans son ghetto ». Mais sa mère n’entend pas prêter main forte au racisme quotidien qui charpente tout régime colonial : elle n’a de cesse de lui rappeler qu’il faut s’intégrer à la culture majoritaire, celle de ces millions d’âmes, souvent musulmanes, qui partagent leur quotidien depuis maintenant un siècle. « Maman ! Ce soir encore, apprends-moi à parler comme toi », écrira-t-il, quelques décennies plus tard, dans son roman Ébauche du Père…Sa rencontre avec les cercles nationalistes algérois dessillent ses yeux d’Européen : il prend la mesure des injustices qui meurtrissent ses compatriotes musulmans et s’engage sans délai aux côtés de tous ceux qui rêvent d’une Algérie nouvelle. « En Afrique du Nord, se taire c’est trahir. » Nous sommes en 1950 ; l’heure est encore au réformisme : Ferhat Abbas et Messali Hadj s’activent, par les voies légales, à faire entendre la voix de leur peuple. L’État français répond par le silence ou la matraque. Les répressions de Sétif, Guelma et Kherrata, durant le mois de mai 1945, ont marqué les cœurs : certaines franges de l’indépendantisme algérien envisagent désormais le recours à la lutte armée. Prendre le maquis, à l’instar des glorieux combattants de l’Indochine occupée, face aux fins de non-recevoir du gouvernement républicain ? C’est en tout cas ce qu’envisage le futur leader du FLN, Mohammed Larbi Ben M’Hidi, qui n’hésite pas à confier ses projets d’insurrection à son ami Jean Sénac. »

A lire l’anthologie de Jean SENAC publiée à Actes Sud.

Une émission sera consacrée à Jean SENAC en 2014.

 

 

Saint-Paul salue ensuite le succès du travail de l’Atelier Imaginaire (http://www.atelier-imaginaire.com) animé à Lourdes et à Tarbes par Guy ROUQUET ; il signale la parution de deux livres qui rassemblent de fortes signatures qui s’expriment sur leur démarche d’écrivain et sur ceux qui a les ont déterminé dans leur passage à l’acte de la création. Il s’agit de :

Le livre d'où je viens

16 écrivains racontent

Préface de Guy ROUQUET

L'Atelier Imaginaire

Le Castor Astral

voir doc

 

et de :

 Mon Royaume pour un livre

16 écrivains racontent

Avant-propos de Guy Rouquet

Préface de Joël Schmidt

L'Atelier Imaginaire

Le Castor Astral

voir doc

Guy ROUQUET sera prochainement l’invité de l’émission « les poètes ».

Enfin, avant d’accueillir son invité, Saint-Paul incite à la lecture de Benjamin FONDANE « Comment je suis né » textes de jeunesse rédigés entre 1914 et 1922, traduits du roumain par Marlena Braester, Hélène Lenz, Carmen OSZI, Odile Serre et présentés par Monique JUTRIN, aux éditions Caractères collection cahiers latins, 110 pages, 18 €. Dans son « journal » de jeunesse, sorte d’autobiographie imaginaire, FONDANE se met à rêver sa propre vie, s’interrogeant sur sa venue au monde. Sous le masque de l’humour perce l’angoisse d’être, l’incertitude d’exister.

Benjamin FONDANE demeure l’un des grands poètes philosophes du XXème siècle et ce livre est indispensable pour appréhender cette œuvre majeure. Une émission lui sera consacrée en 2014.

 

Saint-Paul accueille alors son invité, le poète Eric BARBIER ; voici sa version brève de présenter sa biographie : « Voici donc une "presque biographie qui est presque de tout le monde", comme l'écrivait Antonio Porchia.

Je suis né en 1964 à Tarbes, d'un père cheminot et d'une mère employée à la sécurité sociale. Etudes interrompues peu après le bac; je travaille à la bibliothèque municipale. Marié depuis 2005, je sais l'indispensable qui nous unit et la chance de poursuivre de précieuses amitiés.

Engagé en écriture depuis 1997, grâce au travail de certains animateurs de revues et éditeurs des textes sont parus dans: Comme ça et Autrement, Rivaginaires, Multiples, Mange Monde, Nouveaux Délits, Salmigondis, Hématomes Crochus, Interventions à Haute Voix, Gros textes, Liqueur 44, les anthologies De Belles Palissades (Gros Textes/Décharge), Du Plus Nu de nos Voix (Rafael de Surtis). »

Eric BARBIER a publié :

Dans la Brève Terre  2003  Hélices

Le regard Chargé de Jours Différents     2009   Encres Vives

Regagner l'aube    2009     Rafael de Surtis

Quelle Ombre ?    2010   Rafael de Surtis

Promesse Achevée à Bras Nus    2011   Rafael de Surtis

Rouge Silence    2012   Rafael de Surtis

Dans son premier recueil, « Dans la brève terre », Eric BARBIER confie :

De la vie je suis perclus de créances

D’amantes d’amis de nuits échouées

Un nuage attaché au pied

La tête décomptée d’illusions

Toujours un éclat sous le pas

Un gravier de torrent inscrit

Un fragment sur la langue

Qui gêne l’échappée des mots

Comme ces gestes qui auraient pu

Accomplis de mains maladroites

Pressées et aimantes

Dessiner sur ton corps

La carte d’un avenir

 

A lire la poésie d’Eric BARBIER, nous comprenons selon l’expression de Misrahi que « toute création émerge, éclatante, d’une espèce de nuit qui la précédait ». Saint-Paul n’hésite pas à citer l’acteur écrivain Richard BOHRINGER : « Je crois savoir pourquoi les poètes sont malheureux. Parce qu’ils sont du signe de l’invisible. Que leur façon d’aimer est mystérieuse et souvent sans gloire. » La retenue dans le ton des poèmes de BARBIER dissimule à peine une mélancolie sourde dont il ne cesse de se débarrasser par une contemplation rassurante du monde, celui qui l’entoure, celui des fastes quotidiens de la nature, des montagnes au pied desquelles il vit. C’est en homme de la terre, que parle Eric BARBIER. Les villes et leur foisonnement humain l’ont épargné. Il règne dans une sérénité inquiète sur un for intérieur qui l’habite et il sort du silence par les bribes mesurées de ses textes. Et il va du silence à l’intensité de la langue et retourne au silence. Dans ce quasi sacrilège de rompre le silence, l’écriture arrive par effraction : « Ecrire, effraction dans la voix de l’autre » dit-il dans « Promesse achevée à bras nus ». Mais il vit dans cette pure attente :

La joie s’affiche   la peine demeure

chaque mai la mémoire hésite

devant la douceur du grand cèdre

 

L’oiseau même seul est un grand peuple

tu envies de sèches décharges d’églantiers

une longue chute nous espère

 

Seul soudain dans la langue où sombrent

les tentations au point du jour

la volupté de son attente

 

*

Ce qu’inscrivit dans la tête

La pointe de ce silex

L’anecdote n’y trouve place

 

La vie trame à même le jour

Le vêtement d’attente de l’amour

 

Là rien ne vieillit

Ni la soie ni même la mer

Une vigie aux distractions souveraines

Le corps le veilleur

 

Lecture d’extraits de ses recueils et d’inédits par Eric BARBIER et au cours de l’entretien lecture de quelques textes par Saint-Paul.

Le souffle est repérable dans la poésie de BARBIER, et il signe l’authenticité du poète. Sa posture pourrait se rapprocher d’une des définitions de la poésie de Maurice BLANCHOT : « la poésie n’est pas donnée au poète comme une vérité et une certitude dont il pourrait se rapprocher ; il ne sait pas s’il est poète, mais il ne sait non plus ce qu’est la poésie, ni même si elle est ; elle dépend de lui, de sa recherche, dépendance qui toutefois ne le rend pas maître de ce qu’il cherche, mais le rend incertain de lui-même et comme inexistant ».

Les six recueils publiés constituent déjà un parcours à suivre, à la recherche de l’être véritable, fraternel avec le monde robuste qui habite Eric BARBIER.

A lire !

 

 

Michel COSEM

 

 

05/12/2013

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Christian Saint-Paul revient sur le poète argentin  Juan GELMAN qui a fui la dictature du général Videla en 1976 pour s’établir à Mexico où il demeure toujours. Les éditions Caractères poursuivent la publication de son œuvre poétique magistrale. Jean PORTANTE y faisait référence lors d’une émission précédente. Ce poète luxembourgeois traducteur de ROTHENBERG a aussi traduit GELMAN en particulier « Salaires de l’Impie   et autres poèmes » coédité par les éditions PHI et les Ecrits des Forges du Québec. Auparavant,  il avait traduit « Obscur Ouvert » paru aux éditions PHI (collection GRAPHITI). Le génial Juan Cedron musicien encore très mal connu à Buenos Aires en 1976 comme Saint-Paul a pu le vérifier cette année là dans la ville, a mis en musique ses poèmes sur des airs de tangos. C’est Julio CORTAZAR qui a signé la préface de son livre «  De palabra » édité par Visor à Madrid. Assurément aujourd’hui GELMAN est une des voix les plus marquantes de la poésie latino-américaine.  Sa traduction est difficile et ne peut être tentée que par un poète. Voici ce qu’en dit Jean PORTANTE : « Juan GELMAN, on le sait, s’il écrit dans une langue, écrit dans la sienne, la langue gelmane, que lui seul écrit, qui s’étend du douzième siècle à aujourd’hui, de l’Espagne à l’Argentine, de l’enfance à l’âge de raison, de la cruauté de la blessure à la tendresse de la douleur – mais aussi en dehors de l’espace maternel du traducteur qui, tel un spectateur insolent, voit la traduction se faire contre la langue, la voit s’insérer dans la langue comme on se faufile dans un cheval de Troie, non pour s’emparer de quoi que ce soit, mais pour, à la fois, détruire et nourrir l’illusion que la traduction est possible ».

quand je serai mort

j’entendrai encore

le tremblement

de ta robe dans le vent/

 

quelqu’un qui a lu ces vers

a demandé : « comment donc ?/

qu’entendras-tu ? quel tremblement ?/

quelle robe ?/ quel vent ? »

 

je lui ai dit de se taire/

de s’asseoir à ma table/

de boire mon vin/d’écrire ces vers :

 

« quand je serai mort

j’entendrai encore

le tremblement

de ta robe dans le vent/ »

 

Les femmes occupent dans la création poétique une place majeure qui permet aujourd’hui mieux qu’hier de cerner la marche de l’humanité vers un destin qui justifie les mises en garde. Colonna Edition publie dans sa collection Poésie « A la lumière du jour » d’Elisabeth PACCIONI – CHESSA, préface d’Aristide NERRIERE, 56 pages, 8 €. L’auteure, une danseuse, ajoute à son art avec la publication de ses poèmes, selon les mots de son préfacier « le sens de la nature, le goût d’autrui, la défense de la mémoire, l’impératif de l’absolu, l’urgence de la prière et, comme de juste, l’incontournable primat de l’amour ».

 

Les anges seraient-ils tous blancs ?

 

Il est le berger de sa terre

Parle la langue de l’ennemi

Celui qui veut et s’approprie

Le cœur de l’âme et met les fers

Aux pieds d’ébène et traînant

Leurs chaînes noires dans la poussière

Pour quels dieux, dans quelles prières

Dit-on « Amen » en tremblant ?

 

Il est le berger de sa terre

Captif des princes des offenses

Ses racines hurlent en silence

L’écho des souffrances de sa chair

Coupable de sa différence

A genoux, peuple en soumission

Dans ce monde d’aliénation

Les anges seraient-ils tous blancs ?

 

La revue ENCRES VIVES vient de faire paraître 3 numéros :

423 – « Demeures Traversantes » d’André UGHETTO ; des textes sur des lieux ou des artistes qui ont capté son attention. Les « demeures traversantes » qui laissent passer air et lumière, sont manifestement pour lui un symbole des joies que peut dispenser l’art.

Rome Revoir

 

Revoir Rome

Réentendre son langage de Ville.

Stazione Termini où débute aventure

Tangente au ciel feint l’idée de « grandeur3 ;

 

Circuit de cirques –

Amphithéâtres de collines –

Coupoles demi-sphères

En droite mire d’impérieuses voies –

 

Minauderies serpentines du Tibre –

Cintres romans –voûtes et arcs –

Arches de ponts et d’aqueducs –

Escaliers ondoyants et parcours

 

Sinueux – statues galbées – colonnes torses –

Fontaines aux tritons – jets d’eaux dessinés courbes –

Parasols elliptiques des pins –

Partout la vie, la volupté tourbillonnante,

 

La femme enthousiasmée et la Sainte Majeure

Que l’Artiste en Vénus ou Madone exalta.

Du vortex féminin où s’abîme l’Histoire,

Les dieux seuls survivants à distance se toisent

 

De Capitole à Vatican ;

Mais exhumés, brandis, se côtoyant,

Ont parts égales en la beauté du lieu,

Créolité parfaite du visible.

 

424  - « La note princière » de Théo CRASSAS poète grec francophone, dans la collection « Arrêt sur image » ; un point à un instant retenu pour embrasser l’avancée d’une œuvre qui se crée et va se poursuivre. Un document sans égal pour connaître la posture d’un poète. Ce familier des publications d’Encres Vives dont Yves Bonnefoy avait remarqué « la grande force et les images frappantes » est à suivre et à découvrir pour ceux à qui il aurait pu échapper.

 

425 – « Marines » de Jean-Michel TARTAYRE ; un ensemble de tableaux variés, fruit de l’amour immodéré du poète pour la mer. Nous le suivons volontiers dans cette passion qui remonte à l’origine du monde. Lecture d’un extrait « La femme du port ». Un autre aperçu :

D’après complaintes

 

Le phrasé des mers du sud qui croît et s’organise autour du motif de la nuit.

La mécanique des grands-voiles,

des brigantines,

des petits cacatois,

inscrite dans le même mouvement de fuite

et surgie sur le mode du contretemps

avant le silence où doit se creuser tel un sillon

la route des étoiles.

L’astrolabe de mer,

l’astrolabe impersonnel de Danjon,

tendus comme des fleurs rares devant les yeux de l’inventeur des dessins mélodiques

consignés dans la sphère armillaire et le portulan .

Les bleuités nocturnes armoriant de leurs fulgurations les pavois

dans un rythme de syncope.

 

Chacun de ces 3 numéros, 6,10 €, abonnement annuel à la revue (12 n°) 34 € à adresser à Michel Cosem Encres Vives, 2 allée des Allobroges, 31770 Colomiers.

 

L’invité de la semaine est le romancier, éditeur et avant tout poète

 Michel COSEM qui commente bien entendu ses dernières livraisons de sa revue indiquées ci-dessus.

Cet infatigable travailleur littéraire comme se plait à le souligner Jean JOUBERT est aussi un grand voyageur. Voilà cinquante ans, qu’il nous ramène de partout dans le monde les pépites offertes à ceux qui savent regarder. Ce vétéran de la poésie, qui n’a plus rien à prouver (Prix Artaud, Prix Malrieu) et qui avec une facilité radieuse réussit ce « dur désir de durer » cher à Eluard, ne cesse de nous faire partager ses découvertes d’éditeur en ayant à son catalogue les noms les plus prestigieux de la poésie contemporaine à côté des nouveaux venus qui feront la poésie de demain. Un vrai sacerdoce réalisé dans une liberté absolue et sans soutien public. Exemplaire !  Avec Encres Vives, le lecteur retrouve le sens que peut prendre une vie quand elle est tournée vers une langue revigorée par les poètes. Michel COSEM choisit ses auteurs et dirige sa revue et ses éditions en « poète du bonheur intérieur » selon le constat déjà de Robert SABATIER ; il poursuit inlassablement son ouvrage en « voyageur contemplatif dans l’aveuglant dans l’aveuglant paradis » selon Gilles LADES. Et avec lui, on ne cesse de voyager, dans les recueils des poètes qu’il publie - il a même créé une collection « lieu » - dans ses propres poèmes indéfectiblement situés dans l’espace et le temps, dans ses romans traversés par l’Histoire. Et bien sûr dans l’imaginaire et la saveur de la langue.

Ce soir il vient parler de trois de ses publications :

1 – « L’Ariège  Vérités et émotions » texte de Michel COSEM photographies de Fabien BOUTET, préface de Jean-Pierre BEL Président du Sénat, Un Autre Reg’Art éditeur collection Patrimoine & Territoires, 210 pages, 25 €.

« L’Ariège produit des hommes et du fer » aurait dit Bonaparte qui ne pouvait voir plus loin que la porte de sa chapelle car il aurait pu ajouter : l’Ariège produit des savants, des poètes, des peintres, des conteurs, des musiciens, des bandits et des contrebandiers mais aussi de magnifiques paysages , des ambiances à nulle autre pareille mais encore aussi une humanité très contrastée depuis la paysannerie fortement accrochée à la terre des vallées, aux aventuriers revenus au pays après avoir découvert le monde, aux amoureux d’une terre encore préservée car difficilement modifiable, à ceux qui ont trouvé asile lorsque la vie était difficile dans leur pays. On a souvent évoqué l’idée que chaque vallée a pu être le refuge de populations d’origines différentes. On s’est étonné de constater autant de différences entre les femmes de la vallée de Bethmale et celles de Biros par exemple, distante à peine de quelques kilomètres.

  Des fonds ethnologiques très variés donc depuis les Sarrasins aux Espagnols, mais aussi récemment renouvelés par des jeunes venus chercher ici le contact avec la nature, avec les éléments, quittant la vie des villes à la recherche de plus d’authenticité, apportant d’un même élan toute leur vitalité et leur créativité. Sous des aspects traditionnels le département est aussi un laboratoire d’idées que l’on ne peut mésestimer… » Un livre très bien fait, au format non encombrant, qui fera un beau cadeau de Noël !

 

2 – « Les Oiseaux de la Tramontane » roman aux éditions Lucien Souny, 192 pages, 16,50 €.   Voir doc.

Voici ce qu’en dit La Dépêche du Midi : « Un écrivain se retrouve seul dans sa maison d'enfance au cœur des Corbières non loin de la Méditerranée et de l'Espagne. Il a l'intention d'écrire l'histoire d'un château cathare très proche. Mais c'est sans compter avec l'histoire du lieu. Il découvre une statue grecque qui le replonge dans l'histoire de l'Antiquité. Il rencontrera aussi la fille d'un républicain espagnol. Une histoire infiniment touchante qui fait la part belle aux sentiments, au cœur d'une région âpre et magnifique. »

Un récit alerte, dans une langue claire, aérée où la poésie s’invite sans forcer le ton. Bonheur de ce voyage dans ces lieux chargés d’histoire que sont les Corbières. Intrigue entretenue qui fait que l’attention ne peut se relâcher. Un vrai plaisir que la lecture de ce roman que l’on dévore très vite. Michel COSEM parvenu depuis longtemps à la maturité de son art, s’y maintient avec une grâce enchanteresse.

Lecture d’extraits par l’auteur.

Vivement le prochain roman, qui paraîtra en septembre 2014.

Et en attendant, « Les Oiseaux de la Tramontane » régaleront toutes les générations à Noël !

 

3 – « Le Signal de Sauvegarde »  41 poèmes en prose, éditions Encres Vives collection Lieu n° 289, (Pyrénées)  6,10 €, 2 Allée des Allobroges, 31770 Colomiers.

Jean JOUBERT dans la quatrième de couverture donne son sentiment sur ces poèmes en prose : « Leur concision, le choix subtil des détails révélateurs d’un lieu, à la fois dans sa réalité et dans son esprit, en font de petits chefs d’œuvre de finesse et d’émotions discrètes. A la sensibilité, à l’acuité du regard s’allie la concentration d’un langage harmonieux, nourri d’images expressives et de métaphores ».

Lecture d’extraits dont le texte dédié à Pierre de Gorse, auteur aujourd’hui un peu oublié. Entretien avec Saint-Paul sur le concept du lieu, du paysage. Michel COSEM n’est pas dépassé par l’infini du paysage, au contraire, il s’y agrège et finalement en fait partie. Une sérénité naturelle qui s’impose comme une simple évidence. Nous sommes bien loin là des affres métaphysiques de certains penseurs, Michel COSEM habite les lieux qu’il traverse en poète car il ne saurait faire autrement.

L’écriture des sommets est bien nette ce matin sur la page de l’Espagne. Page bleue, page blanche. Becs crocs ongles crochus bouches ouvertes se suivent et essaient depuis des siècles de prononcer la même sentence sur les hommes : vous ne volerez pas dans le ciel comme l’aigle. Vous ne sèmerez pas des flocons de neige sur la joue des sapins. Vous serez à jamais des êtres frivoles et passagers. Seule une grande dame blanche a réussi à fuir par les cascades les noirs secrets de la montagne.

(Allées d’Etigny, Luchon, le matin)

 

 

Nicole GDALIA

 

 

21/11/2013

RETOUR

 

En préambule, Christian Saint-Paul invite les toulousains et ceux qui peuvent se rendre à Toulouse à assister au colloque organisé par l’Académie des Jeux Floraux le samedi 30 novembre 2013 de 14 h à 18 h, à l’Hôtel d’Assézat ayant pour thème « Pourquoi des poètes aujourd’hui ».

Puis il revient sur une publication évoquée brièvement la semaine dernière, le numéro 61 de la revue DIERESE poésie & littérature, 300 pages, 15 €, abonnement annuel 40 €, chèque à l’ordre de Daniel MARTINEZ, 8, avenue Hoche  77330 Ozoir-la-Ferrière. Cette revue s’affirme aujourd’hui comme une des plus riches pour son sommaire, sa qualité de textes et d’illustrations, la finesse de la mise en page et les notes de lecture sur les publications de poésie. C’est un véritable livre de 300 pages où les grands noms du siècle (Michel BUTTOR, Pierre DHAINAUT) côtoient les auteurs qui s’affirment. Saint-Paul illustre ses propos enthousiastes par la lecture d’extraits de textes d’Isabelle LEVESQUE et du toulousain Yves CHARNET.

Il remercie tous ceux qui se sont manifestés (et ils furent nombreux) à la suite de l’émission consacrée à Jean ROUSSELOT. En réponse, il rappelle le titre d’un recueil du poète chez La BARTAVELLE éditeur « Le spectacle continue », formule indépassable qui anime depuis toujours l’émission « les poètes ».

L’émission est ensuite consacrée à l’invitée : Nicole GDALIA directrice des éditions Caractères, poète. Elle est née à Tunis et après son baccalauréat de philosophie, elle poursuit ses études en Sorbonne. Agrégée de lettres, Docteur en sciences de l’art et des religions, elle a enseigné à la Sorbonne Nouvelle, à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes et elle fit partie d’un laboratoire de recherche du CNRS : responsable de la chaire CNRS / UNESCO pour le dialogue interculturel.

Sa vie est liée à celle du poète Bruno DUROCHER dont elle devient l’épouse en 1968. Elle prend la direction des éditions Caractères à sa disparition en 1996. Chroniqueuse à la radio et journaliste durant quelques années, elle a publié des critiques littéraires et artistiques et dix recueils de poésie. Une anthologie sous le titre « Alphabet de l’Eclat » (500 pages) en réunit huit.

L’entretien avec Saint-Paul débute par la présentation des derniers livres édités par Caractères qui offre un impressionnant catalogue. L’œuvre d’éditeur de Bruno DUROCHER dont l’inventaire s’avère rassembler tous les poètes authentiques du XXème siècle, se poursuit au même niveau d’exigence et de réussite.

Citons pour mémoire « Femmes d’Irlande en poésie », anthologie bilingue de Cliona Ni Riordain, « Compte à rebours » de l’Israélien Natan ZACH, « Fukushima Hiroshima entre souvenir et mémoire » de Béatrice ALBERTAT et Hanako NINOMIYA ; voir : http://www.editions-caracteres.fr

En préparation, outre la poursuite de l’édition exhaustive de l’œuvre de Bruno DUROCHER, un nouveau livre de Juan GELMAN et de Jerome ROTHENBERG ; un livre aussi de Benjamin FONDANE.

Le siège de l’édition au 7, rue de l’Arbalète, Paris, 5ème, accueille des expositions. Nicole GDALIA invite les parisiens à venir voir celle de Carla van der Werf ; puis d’assister aux évènements qui sont en ligne à la rubrique précisément « Evènements » de notre site. Nicole GDALIA est avant tout poète et comme tous les éditeurs poètes, il serait regrettable que son œuvre personnelle se fasse trop discrète. Elle vient de publier un élégant recueil « conversation avec les oiseaux épars » (Caractères, 70 pages, 15 €) sobrement illustré de dessins de Claude RAIMBOURG ; celui-ci d’abord peintre a commencé à graver vers l’âge de trente ans. Son apprentissage aux côtés de GOETZ lui a permis de découvrir la richesse de ce médium. Il devient alors taille doucier de GOETZ, puis professeur à l’académie GOETZ ; fondateur du groupe Corot et animateur de l’atelier « estampe » à Ville d’Avray, il a été commissaire de l’exposition « Derain graveur ». Il travaille en collaboration avec Anne Marie LECLAIRE dans leur atelier de la baie de Somme. Son activité de graveur est en perpétuelle évolution et son travail continue de s’enrichir au fil des années. Le livre comporte deux parties : « conversation avec les oiseaux » et « choses vues et partagées avec les oiseaux voyageurs ». La première d’un ton resserré sur une gravité inaltérable, fait allusion à l’épreuve de la disparition de l’être aimé et à l’obligation de vivre dans cette absence apparente. Vivre alors n’est que survivre, mais il faut s’efforcer de ne pas encombrer les autres de ce poids :

En berne

endeuillée

 

Sur le passage

des années

 

Elle s’efforçait au sourire

 

comme

politesse

à la vie

 

Mais le souffle est toujours là. Elle invente alors le mot « respir » :

Le respir

miracle

dans l’arpège

de la nature.

 

Ce terme, elle l’avait déjà utilisé pour un précédent recueil « treize battements du respir incertain » poème édition bilingue français-russe (Caractères, 15 €). Lecture d’extraits par Christian Saint-Paul

Tu écris un livre

            le livre de ton souffle

           

            un livre dont tu ne sais

              si tu pourras le relire

 

La conversation des oiseaux nourrit avec douceur les pensées de l’auteure.

La conversation des oiseaux

elle lui faisait

retour

depuis ses intérieurs

 

gammes

 

Et finalement elle va accéder à la paix, au silence. Elle parvient à l’état de zen : « zen / en halo ».

 

La paix

qu’elle posait

entre elle et le monde

elle la devait

au silence

y reprenait

les lignes verticales

            ou lascives

s’y ressaisissait

d’elle-même

 

Lecture d’extraits par Nicole GDALIA qui précise sa volonté. Elle explique comment, sans rien effacer, elle est retournée à la vie, à la nature, par le chant :

Matin chantant

dans les branchages

 

l’être retrouve son

habitacle

se confond

s’entrelace

aux règnes

du monde

 

En définitive, la solitude, le silence ont fait leur œuvre et les poèmes qui en sont nés confirment la justesse des propos de Christian BOBIN : « Se taire : l’avancée en solitude, loin de dessiner une clôture, ouvre la seule et durable et réelle voie d’accès aux autres, à cette altérité qui est en nous et qui est dans les autres comme l’ombre portée d’un astre, solaire, bienveillant. »

Être digne du disparu dans la souffrance tel fut l’enjeu. Et la joie d’y avoir réussi. Georges HALDAS avait bien écrit dans « L’Etat de poésie » : « La souffrance ne crée pas la dignité. Elle la manifeste ».

La deuxième partie du livre se veut comme une soupape. Il s’agit de ne pas épuiser le lecteur dans la gravité. Elle veut généreusement, au contraire, lui faire partager les choses agréables ou émouvantes qui ont jalonné sa vie. La musique, les voyages.

Tibet

toit du monde

terre convoitée

tu t’agrippes

aux pierres

 

les moines s’agrippent

aux prières

chapelets égrenés

 

résonance du gong

cérémonial

 

désespérance

de

l’immolation

 

Nicole GDALIA s’explique aussi sur le titre de son livre publié aux Ecrits des Forges au Canada « Le chiffre de ton nom » ; chaque nom correspond à un chiffre. Elle a écrit alors dans une inspiration ésotérique :

Shiboleth

terre rouge ciel bleu

l’épi mûr

en ses quatre saisons

 

la poussée sera-t-elle

qu’il enfreigne

les illusions

dans le parcours aventurier

du nadir au zénith

 

Keter – couronne

Tipheret – beauté

 

Mais dans les derniers textes qu’elle a écrits, Nicole GDALIA ne fait plus appel au soutien de cet ésotérisme ; elle peut aller directement à l’essentiel. Son intuition s’est illuminée, le mystère a été élucidé. « seul reste / le livre »

« Et sa peau apaisée

caresse demain

avec coûte que coûte

la beauté »

 

Une leçon de vie, dans tous les sens du terme que nous donne avec l’élan humble du don de soi, Nicole GDALIA. A lire pour la suivre dans cette sérénité !   

 

 

 

Jean PORTANTE

 

 

21/11/2013

RETOUR

 

Christian Saint-Paul dit son enthousiasme à recommander la lecture de la revue DIERESE poésie & littérature, été-automne 2013, n° 61, 300 pages, 15 €, abonnement 4 numéros 40 €, règlement à l’ordre de Daniel Martinez, 8 avenue Hoche  77330 Ozoir-la-Ferrière. Une époustouflante revue, richement illustrée et dans une mise en page au cordeau, résultat de l’exigence méticuleuse de Daniel MARTINEZ (qui est aussi à la fois poète et plasticien) et d’Isabelle LEVESQUE qui ont conçu ce numéro. La palette des poètes est diversifiée et rend compte de la formidable valeur de la poésie d’aujourd’hui et de son cosmopolitisme dans le sens le plus noble, celui qui fait la meilleure part à l’originalité culturelle propre au lieu et rejoint ainsi l’universel. C’est ainsi que l’on découvre dans ces poésies du monde mises en exergue par DIERESE, un domaine italien, chinois et allemand. Michel BUTOR, Pierre DHAINAUT, Claude ALBAREDE, le toulousain Yves CHARNET, Richard BLIN, Christophe MAHY pour ne citer que ceux-là, signent un sommaire prestigieux et abondant. De nombreuses pages sont consacrées à des notes de lecture les « Bonnes Feuilles »des recueils parus. Une revue qui s’affirme aujourd’hui incontournable pour tout amateur (au sens étymologique du terme) de littérature, d’art et de poésie. Un vrai tour de force dans le contexte économique que nous traversons. A lire sans attendre !

Les éditions Colonna ont publié d’Angèle PAOLI « Solitude des seuils » 70 pages, 9 €. C’est le poète Jean-Louis GIOVANNONI qui figure d’ailleurs en très bonne place dans le n° 61 de DIERESE qui a écrit le Liminaire de ce recueil. Nous pénétrons dans le maquis du Cap Corse. C’est sur le seuil, nous précise GIOVANONNI « que se tient l’écriture d’Angèle PAOLI. Et c’est vrai que celle-ci « ne raconte pas d’histoire », mais pose fermement ses paysages comme « se poserait une montagne dans l’air dégagé du petit matin. Sans annonce, mais dans l’insistance de son geste. Car ce ne sont plus des masses, des solides qu’Angèle PAOLI fait vibrer dans ses poèmes, mais dans le volatile, l’odiférant de cette terre agitée par les vents. Avec une mise à peau de part et d’autre. Avec une sexuation et une érotisation du toucher… »

Monique SAINT-JULIA vient de publier, elle, chez l’éditeur suisse L’Aire « Je vous écris » 85 pages, 20,67 €. L’émission « les poètes » lui consacrera une émission particulière autour de cette publication brillamment préfacée par Michel BAGLIN ; poésie de contemplation où le ravissement d’être au monde auprès de l’aimé auquel elle écrit, n’efface pas une souterraine nostalgie :

« J’entends sonner une cloche, mille cloches, elles sont ma mémoire. Plus je vais, plus j’ai besoin d’écouter leurs sonnées qui me préservent d’instants éloignés. Les bras ouverts, la mer vient de tout son long jeter pitances de rumeurs et phares de jouissance. La mer derrière un miroir, roulée à ma langue, à ma soif. C’est elle que j’invite à respirer un ciel très bleu, une rue mordue par le soleil me menant vers l’enclos de mon enfance. Au petit matin, quand l’air ouvrant sa clarté devient une immense toile marine, je traverse le jardin de Zélie, aspire le chant des mouettes, le crescendo des vagues, levant une lumière pointilleuse qui danse sur la corde raide de l’horizon. Pourquoi le temps souffle-t-il les oiseaux vers nos rivages, et pousse-t-il nos souvenirs à se vautrer dans nos bras ? »

Saint-Paul revient sur le poète Irakien Salah Al HAMDANI qui a publié aux éditions Bruno DOUCEY « Rebâtir les jours », textes écrits pour la première fois directement en français, pour inciter les auditeurs à lire les livres précédents de cet auteur remarquable, et en particulier « Mémoire de Braise » publié en 1993 à L’Harmattan, collection Poètes des cinq continents. La démarche de ce poète qui disait déjà : « Deux révolutions sont vitales et nécessaires pour l’Humanité :

Une contre l’Injustice – l’autre contre soi-même », est exemplaire. Saint-Paul rappelle brièvement quelle fut la démarche de ce poète exilé en France depuis 1974, acteur de théâtre, metteur en scène en Espagne, où il écrit dans ce pays où il retrouve les palmiers de son enfance, ce recueil qui n’est pas un exercice de style mais un vécu. Il s’illustre ensuite avec «Le cimetière des oiseaux suivi de Bagdad mon amour », Le retour à Bagdad », «Le balayeur du désert », « Bagdad –Jérusalem, à la lisière de l’incendie » avec le poète Israélien Ronny SOMECK qui a donné lieu aussi à une émission. Il faut lire les livres antérieurs à « Rebâtir les jours » pour s’imprégner de la posture vivifiante de celui que Michel ECKHARD-ELIAL définit comme « une bien belle pâte d’homme et de poète ».

 

Enfin, Saint-Paul dont la famille paternelle vivait en Bigorre, signale une anthologie des poètes des Pyrénées établie par Sylvio BRIANTI : « Bagnères-de-Bigorre » anthologie poétique 1819-1934 » aux Editions des Régionalismes (48B, rue de Gâte-Grenier, 17160 Cressé, 195 pages, 16,50 €). Dix sept poètes se succèdent dans le temps, qui ne sont pas tous connus ni consacrés, mais peu importe, nous dit Sylvio BRIANTI puisqu’ils participent tous à l’esquisse de ce portrait d’une ville en vers. Un portrait d’une richesse insoupçonnée. Et qui nous fait revivre nos origines et l’Histoire que nos parents ont traversée.

 

L’émission est ensuite consacrée à l’invité, le poète traducteur Jean PORTANTE

qui vient parler du dernier livre traduit en français du poète américain

Jerome ROTHENBERG : « Pologne / 1931 » paru aux éditions Caractères, 185 pages, 18 € ; Jean PORTANTE a traduit à partir d’une première traduction de Zoë SKOULDING et a rédigé l’introduction du livre.

Un entretien nourri s’engage avec Saint-Paul au cours duquel Jean PORTANTE né au Luxembourg, auteur d’une trentaine de livres (poésie, romans, essais, pièces de théâtre) eux-mêmes largement traduits, s’explique sur son multilinguisme, naturel au fond pour un fils d’exilé Luxembourgeois. Nul mieux qu’un poète authentique ne peut traduire un autre poète. La traduction de ROTHENBERG n’était pas des plus faciles et Jean PORTANTE rend hommage à Zoë SKOULDING qui en « débroussaillant » une première trame de traduction lui a permis de réaliser ce travail de recréation qu’est la traduction en poésie. C’est, du reste, un de nos plus grands poètes français Yves di MANNO qui a traduit en 2007 un des premiers livres de ROTHENBERG « Techniciens du sacré » qui avait paru aux USA en 1968. Jean PORTANTE précise et commente la riche biographie de ROTHENBERG né en 1931 à Brooklyn de parents juifs polonais émigrés en 1920. Il se fait connaître à l’origine par ses travaux sur l’ethnopoésie. C’est un retour aux origines du langage. Il s’agissait « de repartir de zéro, comme s’il n’y avait pas eu d’hommes avant nous » explique le poète. C’est la recherche de la Parole Perdue, il faut revenir aux origines du langage et de la poésie planétaires en tant que nécessité humaine, et non pas comme un « luxe » ni « comme une petite enclave réservée aux seuls initiés » comme le stipule l’auteur lui-même.

Dans « Pologne / 1931 » c’est sur sa propre origine que ROTHENBERG écrit. Or, quand le livre paraît en 1974 aux USA, il ne s’est encore jamais rendu en Pologne. Il ne fera le voyage qu’en 1987 et ramènera alors un autre livre « Khurbn ». Khurban en polonais signifie « destruction totale ». C’est alors et alors seulement, lors de ce séjour qu’il mesure l’ampleur de l’anéantissement, et qu’il est convaincu, contrairement à ADORNO que des poèmes peuvent et doivent être écrits après Auschwitz. Il s’inscrit ainsi dans la lignée d’un Paul CELAN ou d’Edmond JABES.

Mais, insiste Jean PORTANTE, « Pologne / 1931 » n’est pas une vision apocalyptique. C’est une poésie de la modernité, cubiste, faite de collages, inspirée du dadaïsme et du surréalisme, mais aussi triviale, avec des mots crus. Elle est traversée par la grande promesse qu’est l’Amérique. Le quotidien dépeint avec effervescence dans ce livre, est un quotidien imaginé. Jean PORTANTE y voit la quintessence de la démarche de ROTHENBERG « qui est appelé à vivre entre deux univers, le rêve et le réel, l’imagination et le mythe, la Mishna et la Kabbale, mais également l’origine et la terre de naissance, la Pologne et l’Amérique ».

La poésie avant-gardiste de ROTHENBERG exprime au mieux ce regard du poète « un regard à la fois de l’intérieur et de l’extérieur ».

L’entretien est entrecoupé de la lecture par Saint-Paul de deux extraits du recueil.  Les propos passionnants de Jean PORTANTE éclairent brillamment le contenu de cette œuvre majeure de ROTHENBERG qu’il faut absolument lire.

 

 

 

Jean

 Rousselot

14/11/2013

RETOUR

 

Une des personnalités marquantes dans la vie en poésie de Christian Saint-Paul est celle, inclassable et exemplaire, de Jean ROUSSELOT. L’affection qu’il voue à cette figure emblématique de l’histoire de la poésie du XXème siècle, se traduisant par une charge émotionnelle forte, l’a empêché depuis sa mort en mai 2004, de lui consacrer une émission. Aujourd’hui, pour le centenaire de sa naissance (27 octobre 1913), Saint-Paul n’a rien oublié de ce qu’il doit à celui qui fut son conseiller, son préfacier, son auteur quand Saint-Paul éditait « Poésie Toute » et « Les Carnets des Libellules », et qui lui apprit à ne jamais transiger sur l’indépendance, vis-à-vis des puissants, qu’ils soient décideurs financiers, éditeurs, poètes de renom ou à la mode. Cet esprit absolu de liberté et son élan permanent vers la fraternité des artistes et des peuples, ont toujours guidé la démarche de Saint-Paul. ROUSSELOT connaissait tout de la création poétique de son temps. Il y consacrait sa vie et tendit la main aux nouveaux poètes jusqu’à son dernier souffle.  Son anthologie critique « Poètes français d’aujourd’hui » parue chez Seghers dès 1959, puis en édition de poche fut une mine à trésors pour les poètes des années soixante. Son œuvre est abondante et il serait dramatique qu’un éditeur ne la reprenne pas bientôt. Il a sa place dans la collection Poésie  nrf/Gallimard  , mais il ne faudrait pas trop attendre. Les « Lettres à Jean Rousselot » de Pierre REVERDY qu’a publiées ROUGERIE devraient pouvoir être diffusées à un large public. ROUSSELOT fait maintenant partie de notre patrimoine littéraire national, et nous avons le devoir de le rappeler. Une des dernières paroles dites par Jean ROUSSELOT à Saint-Paul était celle d’un envahissement de son esprit de dérision, qui était fort chez lui et exempt de tout cynisme ; « il est fort probable qu’il ne restera rien de tout cela dans vingt ans » répétait-il en faisant allusion à prés de soixante dix ans de création poétique. Il ajoutait « CADOU est mort à 31 ans ! Se serait-il renouvelé comme j’ai dû le faire toutes ces années ? C’est dur pour un poète de vivre vieux. » Vieux, il ne l’a jamais été, tellement sa pensée était en éveil et à l’écoute des autres et de son époque.

En novembre 1982, Saint-Paul le fit venir à Toulouse. Dans une première soirée, il lit ses poèmes et parla de sa posture poétique, de sa position face au Surréalisme, de son implication dans « L’Ecole de Rochefort », de la nécessité qui fut la sienne d’assurer son existence triviale. Le lendemain, il nous fit le récit de la dernière nuit de CADOU à l’école de Louisfert où il mourut dans les bras d’Hélène. Oui, ROUSSELOT, l’ami indéfectible était là, dans les moments les plus durs pour accompagner son frère en poésie et soutenir Hélène dans la plus grande épreuve de sa vie. Ces paroles de ROUSSELOT en 1982 à Toulouse, ont été enregistrées par l’artiste toulousain Jean-Pierre LAMON. Ce sont des extraits de ces moments que Saint-Paul a choisi de diffuser en hommage à Jean ROUSSELOT. Ils constituent un vrai document d’archives où l’on prend plaisir à écouter cette voix, qui au fond, ne peut pas disparaître.

Daniel MARTINEZ jeune directeur de l’excellente revue DIERESE dont le dernier numéro vient de paraître (n° 61, 300 pages, 15 €, abonnement  40 €, à adresser à l’ordre de Daniel Martinez, 8 avenue Hoche  77330 Ozoir-la-Ferrière) a consacré un numéro à ROUSSELOT, toujours ouvert aux jeunes talents. Le « Maître » lui a dédié un poème que nous reproduisons :

La longue biographie de Jean ROUSSELOT est écrite avec une grande pertinence par Christophe DAUPHIN dans  la Revue « Les Hommes sans Epaules » :

 Jean Rousselot est né le 27 octobre 1913 à Poitiers (Poitiers la romane, comme il aimait le dire), dans un milieu chaleureux, mais des plus modestes. Son père, forgeron, est tué en 1916, à la bataille de Verdun. Deux ans plus tard, sa sœur Jeanne décède d’une méningite à l’âge de dix ans. Rousselot n’oubliera rien. Il n’oubliera pas davantage les humbles, les besogneux, le peuple dont il est.

En 1925, il obtient son Certificat d’études primaires et entre à l’École primaire supérieure de Poitiers. Jean, alors élevé par ses grands-parents maternels (« Nous vivions à trois dans une pièce unique, si exiguë que se touchaient presque nos grands lits à bateau, tournés vers la fenêtre sans volets »). Il écrit ses premiers poèmes. La poésie ne le quittera plus et demeurera son moyen d’expression, son rempart face au néant.

En 1928, Rousselot obtient le Brevet élémentaire et le Brevet d’enseignement primaire supérieur, comportant des épreuves de travaux pratiques : il a choisi le fer en hommage à feu son père. Rousselot fait la connaissance de Maurice Fombeure, le futur poète des Étoiles brûlées (1950), qui travaille comme surveillant dans son école. Le sort s’acharne sur lui. En 1929, sa mère meurt à l’âge de quarante-quatre ans, d’une tuberculose : Je croyais que la mort nous attendait au bout d’une route, plus ou moins longue. Je sais désormais qu’elle est en nous, appliquée à ronger l’écran de chair qui nous sépare d’elle. Le rendez-vous est à l’intérieur. Le souvenir de cette mère, qui incarne l’image de la femme idéale, le hantera à jamais. Trente-neuf ans plus tard, le poète lui consacrera l’un des poèmes les plus poignants de Hors d’Eau, « Le Four ».

Son beau-père lui fait interrompre ses études. Jean Rousselot entre en qualité d’auxiliaire à la Préfecture de la Vienne, où il fait la connaissance d’Yvonne Bafoux (auxiliaire comme lui), sa future femme et muse parfaite : Pour refaire la nuit il me fallait tes yeux – Tes mains multipliées ta bouche - Ton corps était l’écran qui me masquait le jour. Rousselot fait également la rencontre du poète Louis Parrot, alors libraire à Poitiers, de sept ans son aîné et qui devient son ami, son mentor. À cette époque, Jean réside de nouveau chez ses grands-parents maternels, qui l’ont élevé en grande partie : La misère, le froid, mais la tendresse et l’exemple. 

En 1931, Rousselot étudie le droit et le latin. Il devient rédacteur à la mairie de Poitiers, puis, après avoir passé et réussi un concours, secrétaire du commissaire de police. L’expérience qu’il a de la vie, de la condition ouvrière et paysanne, comme de la misère et de l’injustice, ont largement contribué à faire son éducation politique et sociale, ainsi qu’à forger son engagement socialiste et humaniste. Le poète rejoint la Ligue communiste, qui rassemble les membres de l’Opposition de gauche (trotskyste) avant la proclamation, en 1938, de la IVe Internationale. S’il abandonnera peu à peu le militantisme, Rousselot demeurera socialement un homme de gauche et le partisan d’une poésie exigeante ; mais jamais, il n’hésitera, pas plus que Hugo ou Maïakovski, à en faire une arme en période de grandes circonstances.

Rousselot participe à la revue Jeunesse, créée à Bordeaux en 1932 par Jean Germain et Pierre Malacamp. Avec  Fernand Marc, il fonde la revue Le Dernier Carré, qui accueillera notamment Joë Bousquet, qui deviendra un ami, et aussi Michel Manoll, par qui il entrera en contact plus tard avec Jean Bouhier, René Guy Cadou ou Lucien Becker. Une nouvelle épreuve le frappe à vingt ans, avec la disparition de ses grands-parents Audin. La même année, le poète est hospitalisé au sanatorium de Saint-Hilaire, à la suite de crachements de sang répétés. Un an plus tard, la vie reprend le dessus : il épouse Yvonne en août 1934. Le couple aura deux filles : Claude, née à Poitiers en 1937, et Anne-Marie, née à Orléans en 1943, « sous les bombes », comme le rappelle un poème. Rousselot publie ses deux premiers recueils de poèmes : Poèmes (Les Cahiers de Jeunesse) et Pour ne pas mourir (Les Feuillets de Sagesse). Suivront : Emploi du temps (La Hune, 1935), Journal (Debresse, 1937) et Le goût du pain (La Hune, 1937). 

Jean Rousselot passe avec succès, en 1936, un concours pour être commissaire de police (comme Lucien Becker et Paul Chaulot). Il est nommé à Rosendaël près de Dunkerque, puis muté à Vendôme en 1938. Il n’est pas mobilisé en 1939, mais « affecté spécial ». Nommé commissaire de police dans une ville bientôt occupée par les Allemands, il conjugue avec courage, durant toute cette sinistre période, poésie de combat et résistance. Le poète entre en contact avec la Résistance et se sert de sa fonction pour cacher des prisonniers évadés, tout en préservant de son mieux les Juifs. 

En 1942, Jean Rousselot est nommé à Orléans. Il y poursuit son action de poète-résistant : poèmes, tracts, faux papiers… Il sauve son beau-frère, puis, en 1943, le poète Monny de Boully et sa femme Paulette (la mère de Claude Lanzmann), arrêtés par la Gestapo.  En février 1943, Jean Rousselot s’engage dans les rangs de la France Libre et devient le Capitaine Jean, au sein du réseau Asturies. Entretemps, le poète s’était lié d’amitié avec Éluard et avait rencontré Max Jacob en 1942, à Saint-Benoît-sur-Loire. Rousselot correspondait avec le poète du Laboratoire central, depuis un an. Une forte amitié s’instaura d’emblée. Le 24 février 1944, Max Jacob « reçoit cette visite tant de fois redoutée et toujours remise, des hommes aux manteaux de pluie dont la serviette d’écolier ne contient que le nerf de bœuf et les chaînes dont ils ont fait leurs attributs »: ils viennent l’arrêter. Le 13 mars, éclate l’atroce vérité : « Max est mort, huit jours plus tôt… Mais comment « réaliser » cette mort, cet effacement, cette perte ? Nous cherchions en vain des mots, des images, et ne rencontrions que notre douleur brutale et nue… » Max Jacob  est l’un de ces deux grands poètes, qui l’ont fortement marqué et influencé, ainsi que ses amis de l’École de Rochefort, fondée par Jean Bouhier en 1941. Il y a donc Max Jacob : l’éveilleur extraordinaire de Saint-Benoît, l’aîné considérable ; et Pierre Reverdy : le sommet. Deux lumières brillent sur la Loire : « Une lumière douce et un peu aigre qui était celle de Max Jacob, et une lumière dure, dramatique, qui était celle de Reverdy. » Jacob et Reverdy ; deux phares dans la nuit, sur lesquels Rousselot laissera deux essais pénétrants : Pierre Reverdy (en collaboration avec Michel Manoll, éd. Seghers, 1951), et Max Jacob, l’homme qui faisait penser à Dieu (Laffont, 1946 ; réédité chez Subervie en 1958 et à La Bartavelle éditeur en 1994).  

Mais, la grande aventure pour Rousselot, se joue alors du côté de Rochefort-sur-Loire, dès juin 1940, où cette « école buissonnière », comme la surnomme René Guy Cadou, son poète-archange, qui est fondée en 1941, contribue parmi d’autres revues ou groupes, à la survie d’une poésie libre et sans complaisance envers Vichy et l’occupant. Rousselot est du groupe dès le début, aux côtés de René Guy Cadou et de Jean Bouhier, auxquels viendront se joindre Michel Manoll, Marcel Béalu, Luc Bérimont, Roger Toulouse et bien d’autres. Ces poètes, provinciaux pour la plupart, se réclament aussi bien de Milosz, d’Apollinaire ou de Rilke, que de Jacob ou de Reverdy. Proposant une plate-forme d’envol pour les poètes et la poésie, Rochefort n’a pas de doctrine. La diversité de ses membres est sa richesse. Tous ont en commun, l’horreur de la tour d’ivoire, le mépris du parisianisme, la fraternité avec les éléments et, bien sûr, le refus du fascisme. Cadou, mort d’un cancer à trente-et-un ans en 1951, en fut l’âme précieuse et incontournable, fédérant à lui seul les valeurs du groupe, avec son lyrisme simple mais fort, émerveillé bien que solitaire et tourmenté. Rousselot ne ménagera jamais ses efforts pour faire accéder l’œuvre de Cadou à la reconnaissance.

Durant cette période, le poète publie : L’Homme est au milieu du monde (Fontaine, 1940), Instances (Cahier de l’École de Rochefort, 1941), Le Poète restitué (Le Pain Blanc, 1941), Refaire la nuit (Les Cahiers de l’École de Rochefort, 1943), Arguments (Laffont, 1944), Le Sang du ciel (Seghers, 1944). 

En août 1944, Rousselot participe aux combats pour la libération d’Orléans et est nommé commissaire central par la Résistance, soit, la responsabilité de cinq départements de la région. À la Libération, il est nommé à Paris en qualité de chef de cabinet du Directeur-adjoint de la Sûreté nationale. Il adhère au Comité national des écrivains. Rousselot est reconnu par ses pairs, ce qui ne se démentira jamais, comme l’une des voix marquantes de son temps et porteuse d’avenir. René Lacôte pourra écrire : « Rousselot est un des esprits les plus représentatifs de sa génération. Cette langue nue qui veut avant tout demeurer intelligible, prend un accent tragique propre à attirer l’attention autant sur le drame intérieur du poète que sur sa méthode d’écriture. » Joë Bousquet, le poète de La Connaissance du soir, ajoute : « Il est l’un des seuls qui « tiennent » devant cette stupeur que j’entrevois pour le jour où les hommes s’éveilleront de l’hypnose intellectuelle et franchiront la partialité glaciale où, désormais et depuis longtemps, toute pensée s’étale. Rousselot sait saisir l’acte dans la pensée qu’il exprime : il sait réduire la phrase à cette densité simple qui fait d’elle un élément de composition ; aussi ce qu’il écrit respire et in peut le concevoir sans ruiner son innocence. » 

En 1946, le poète prend une décision importante. Tout auréolé de son action de poète et de résistant (on lui décerne la médaille des Forces Françaises Libres, le titre de Chevalier de la Légion d’Honneur et celui d’Officier de l’Ordre National du Mérite ; il sera, plus tard, nommé Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres), une voie royale lui est offerte et promise… qu’il refuse. Il démissionne de la Sûreté nationale et décide de vivre de sa plume.  Jean Rousselot devient un poète globe-trotter, un infatigable défenseur de la poésie, des poètes, de la liberté, et l’un des plus grands critiques de sa génération. Il collabore à de nombreuses revues et journaux : Gavroche, Les Lettres Françaises, Caliban, L’Écho d’Oran (journal dans lequel il tient plusieurs chroniques, notamment sur la peinture, le théâtre, usant de pseudonymes, tel celui de Jean-Louis Audin), Les Nouvelles Littéraires, où il tiendra une fameuse rubrique de poésie pendant seize ans. Longtemps, Jean Rousselot collabore à un grand nombre de revues et de journaux, pour lesquels il écrit des articles. Parmi eux, on peut citer encore, La Nouvelle revue française, Le Temps des Hommes, Poésie présente, etc. Pour certains quotidiens et magazines (L’Aurore ou Le Parisien Libéré), il compose une trentaine de contes qui paraissent pour la première fois dans les années 50.

De 1946 à 1973, Jean Rousselot publie trente plaquettes ou volumes de poèmes, de La Mansarde (Jeanne Saintier, 1946), à Du même au même (Rougerie, 1973), en passant par, Il n’y a pas d’exil (Seghers, 1954), Agrégation du temps (Seghers, 1957), Maille à partir (Seghers, 1961) ou Hors d’Eau (Chambelland, 1968), alors qu’en 1974, paraît le chef-d’œuvre (qui reprend le titre d’un recueil qui a paru en 1950, chez Rougerie) : Les Moyens d’existence,  Œuvre poétique 1934-1974 (Seghers). Sur la quatrième de couverture, Georges Mounin écrit notamment : « Cet homme ne s’est jamais endormi sur l’oreiller la littérature. Plus le succès se confirmait, plus l’inquiétude grandissait. C’était une inquiétude exacte, sans absolument rien de pathologique. »

Rousselot donne également une vingtaine de pièces pour la radio, comme il traduit ou adapte de nombreux poètes, du hongrois au français (Gyula Illyès, Ferenc Szenta, Attila Jozsef, Imre Madach, Sándor Petőfi) ; de l’anglais au français (Shakespeare, Blake, Edgar Poe...), pour les besoins d’un livre ou d’une anthologie (consulter : Anthologie de la poésie hongroise (réalisé par son grand ami Ladislas Gara), Anthologie de la poésie roumaine, Anthologie de la poésie polonaise, Anthologie de la poésie portugaise, Anthologie de la poésie macédonienne ou l'Anthologie de la poésie slovaque, aux éditions du Seuil et chez divers éditeurs).

Une vingtaine d’essais de haute-voltige, sur : Max Jacob, Oscar Vladislas de Lubicz Milosz, Paul Verlaine, Tristan Corbière, Pierre Reverdy, Edgar Allan Poe, Blaise Cendrars, Maurice Fombeure, Attila Jozsef, Orlando Pelayo, William Blake, Jean Cassou, Agrippa d’Aubigné, Victor Hugo, Albert Ayguesparse…

Six recueils de contes et nouvelles, de Les Ballons (Feuillets de l’Ilot, 1938) à Désespérantes Hespérides (Amiot-Lenganey, 1993) ;

Huit ouvrages d’histoire, ou vies romancées, sur Diane de Poitiers, Chopin, La Fayette, Liszt, Gengis Khan, Wagner, Berlioz et Victor Hugo.

Onze romans, de La Proie et l’ombre (Laffont, 1945), à Pension de famille (Belfond, 1983), en passant par Si tu veux voir les étoiles (Julliard, 1948), Une fleur de sang (Albin Michel, 1955), ou Un train en cache un autre (Albin Michel, 1964).

Dès les années 60, les œuvres de Rousselot sont présentes dans la majorité des anthologies poétiques contemporaines, et sont traduites dans de nombreuses langues. Plusieurs revues lui consacrent des numéros spéciaux, comme Le Pont de l’Épée, dont le numéro double (n°43/43, 1970) - comprenant également un recueil inédit de Jean, Des droits sur la Colchide -, coordonné par Jean Breton et Guy Chambelland, l’un des meilleurs de la série, fait toujours référence et de loin. Outre, ce numéro exceptionnel du Pont de l’Épée ; de nombreux mémoires de maîtrise en France et en Italie, et des ouvrages sont consacrés à Jean Rousselot, notamment le Jean Rousselot d’André Marissel (Seghers, 1960). Signalons aussi le volume des actes du « colloque Jean Rousselot / Roger Toulouse » (Presses Universitaires d’Angers, en 1998).

Citoyen du monde, fidèle à ses engagements et à ses origines, Rousselot se querelle en 1956 avec Aragon et le Comité national des écrivains : il dénonce l’imposture, les crimes staliniens, et manifeste publiquement sa solidarité avec les insurgés de Budapest où il séjournait, avec son ami le grand poète hongrois Gyula Illyés, quelques jours avant l’éclatement de l’insurrection, le 23 octobre 1956.

Un an auparavant, en 1955, en partie grâce à l’argent du Prix Cino del Duca, qu’il reçut pour son œuvre romanesque, Rousselot put faire construire une modeste maison (mais qui était sienne) à l’Étang-la-Ville (Yvelines). Parallèlement, il continue à mener de front son travail de poète, d’écrivain, de critique, et d’homme engagé, non au sein d’un parti quelconque, mais dans la vie des hommes, ses semblables. Ce qui ne l’empêche pas, élu Président du Syndicat des écrivains en 1958, d’épouser la révolte de Mai 68 et de se rapprocher du Parti socialiste unifié de Michel Rocard. C’est sur la liste du PSU, qu’il se présente, en vain, aux élections municipales de 1971, à l’Étang-la-Ville. Mais Jean Rousselot est avant tout poète. Il ne sera jamais un homme de parti, car il connaît trop bien les risques encourus, tant pour l’individu que pour l’œuvre, par une position sans nuances. Il devient Président de la Société des gens de lettres, en 1971. La création d’un régime de sécurité sociale pour les auteurs lui doit beaucoup.

En 1975, Jean Rousselot participe à la refondation de l’Académie Mallarmé (dissoute en 1951), avec Denys-Paul Bouloc, Michel Manoll, Marcel Béalu, Edmond Humeau et Guillevic, qui en devient le premier Président. L’Académie Mallarmé est à ses yeux, une défense et illustration de la poésie, un rassemblement de poètes, certes, mais il y a aussi le fait que la mémoire et l’œuvre du poète du coup de dé, l'interpellent de plus en plus.

Quatorze recueils vont venir à la suite de l’anthologie de poèmes, Les Moyens d’existence (œuvre charnière), dont, Les Mystères d’Eleusis (Belfond, 1979), Où puisse encore tomber la pluie (Belfond, 1982), Pour ne pas oublier d’être (Belfond, 1990), Conjugaisons conjurations (Sud-Poésie, 1990), Le Spectacle continue (La Bartavelle, 1992), Un Clapotis de Solfatare (Rougerie, 1994) ou Sur Parole (La Bartavelle, 1995).

Un important choix de poèmes de Jean Rousselot, paraît chez Rougerie en 1997, sous le titre, Poèmes choisis 1975-1996, nous donnant un choix représentatif d’une œuvre poétique qui, traversant son temps, en demeure également l’œil authentique. Des proses de Au Propre, aux poèmes inédits de 1996, en passant par Les Mystères d’Eleusis, ou par Pour ne pas oublier d’être, Rousselot poursuit son œuvre sans jamais déroger aux idées et aux valeurs de sa jeunesse. N’a-t-il pas écrit (in Des Pierres, 1979) : Écrire est une fonction – Ni plus ni moins noble – Que poncer, découper, empiler – Porter à boire aux moissonneurs. Ainsi se trouve mise en évidence la nécessité de rester homme parmi les hommes, d’être un travailleur parmi les travailleurs. Rousselot, comme le souligne Jean Bouhier, ne sait pas mentir, il se dépouille, il se livre, passe aux aveux, fait le don de soi au sens le plus fraternel du mot, il se « restitue » quitte à confier qu’il lui faut « un poème pour ensemencer l’amour ».

Ainsi, le premier versant de cette œuvre « balisé » par l’anthologie Les Moyens d’existence, chante l’homme dans sa vérité la plus nue et la plus honnête qui soit, son espoir, son désarroi. Le second versant que symbolisent Poèmes choisis, sans renoncer aux valeurs profondes et au lyrisme du poète, s’oriente encore davantage vers une perpétuelle et incessante recherche sur le langage, la nature de l’opération métaphorique, qui est à la base de toute écriture. L’amour du langage est très sensible au sein de cette œuvre, qui aura utilisé sans aucun préjugé, pratiquement toutes les formes du vers, de la strophe et du poème : poème en prose, vers libre, hexasyllabes, heptasyllabes, octosyllabes, décasyllabes, alexandrins, marquant une fidélité indélébile aux origines ouvrières, à la terre, aux amis, à l’homme du quotidien, l’homme tout court, sur lequel le poète aura tant misé avec enthousiasme, malgré de nombreuses déceptions.

Définissant son art poétique, Rousselot écrit: « Le poème est une prise de conscience des pouvoirs du poète sur le temps, qu’il arrête, les sentiments qu’il rend à leur nature sublime, sur le réel, qu’il perce, transmue, déplace, pour en montrer l’essence et la pérennité. » L’homme, comme le poète, est fait de paroles, de mouvements et d’engagements dans son temps, mais avec exigence : « Me paraît bon (en poésie) ce qui m’apporte une vision neuve du monde, ce qui « force » la mienne ou m’aide à la préciser. Encore faut-il qu’il y ait sûreté, beauté, sinon nouveauté d’expression. Tout ce qui est « fabriqué » me hérisse, même si c’est joli. Pas de bibelots chez moi. » Il ne fuit pas l’être, il ne cherche pas à le grandir, mais l’assume pleinement tel quel, avec ses limites, ses erreurs, ses rêves et ses espoirs : J’ai vu des hommes par milliers comme des plantes. - Mais libres de mourir ou d’imposer au ciel - La fédération immense de leurs sèves.

Jean nous quitta dans sa quatre-vingt onzième année, le dimanche 23 mai 2004, dans la soirée. Il fut enterré le vendredi 28 mai au matin, au cimetière du Pecq. Nous venions d’enterrer soixante-dix ans de poésie française; un homme d’action, qui a durablement marqué les personnes qui l’ont approché. Malade et fatigué, Jean nous a quittés, usé par une vie dont il n’ignora pas le grincement des gonds au fond de la cour froide, ni l’acier, le cuivre et les marteaux, qui sont au-dedans de l’homme.

Avec plus de cent trente volumes (son œuvre s’étend sur près de soixante-dix ans), soit, pour être précis : soixante-dix-huit livres et plaquettes de poèmes, onze romans, cinq livres de contes et nouvelles, quinze biographies, vingt-sept essais, treize livres traduits et/ou adaptés de l’étranger et vingt pièces radiophoniques; l’œuvre de Jean Rousselot est monumentale ; l’une des plus importantes de notre temps, tant par sa qualité que par sa diversité ; elle est « imagée, rude, virile, parsemée de mots du jour et de formules familières comme pour ne pas trahir un vécu difficile et combattif », comme l'a écrit Jean Breton. 

Rappelons enfin que du 18 septembre au 18 octobre 2013, la Maison de la poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines, rend hommage à Jean Rousselot - qui aurait eu cent ans le 27 octobre 2013 -, à travers une exposition, qui permet de (re)découvrir le parcours singulier et l’écriture forte d’un poète qui n’a pas seulement été le témoin, mais surtout l’un des acteurs de son temps, ce dont rendent compte et sa vie et son œuvre, à travers une foi inébranlable en l’homme envers et contre tout. Rappelons qu’yvelinois d’adoption, le poitevin Jean Rousselot vivait depuis 1955 à l’Étang-la-Ville, un petit village en bordure de la forêt de Marly ; rappelons également, qu’il avait inauguré le 14 février 2002, à Guyancourt (à quinze kilomètres de chez lui), cette Maison de la poésie, ainsi que, située juste à côté, la médiathèque qui porte son nom. À cette occasion et quelques mois auparavant, le SAN (Syndicat d’agglomération nouvelle) de Saint-Quentin-en-Yvelines, sous l’impulsion inspirée de Roland Nadaus, avait décidé de produire un film documentaire sur Jean Rousselot. L’aspect technique fut confié au réalisateur Jean-Claude Poirel et Jean Rousselot me demanda d’assurer l’écriture du film et d’être son intervieweur.

Aîné et frère des HSE, Jean Rousselot était des nôtres. Il est l’un de ces poètes qui comptent et compteront pour les générations futures. Il demeure un modèle, un exemple, par cette capacité hors-norme à mêler étroitement la vie et la poésie. Poète, il demeure définitivement inclassable et irrécupérable. Jean Rousselot, comme l’a écrit Georges Mounin, « on ne se demande même pas si c’est un grand poète. Mais c’est un poète, et c’est quelqu’un. »

 

Bruno DOUCEY

07/11/2013

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Christian Saint-Paul, pour ne pas amputer le temps d’antenne imparti à son invité, limite les présentations de livres à deux titres parus aux Editions Bruno Doucey :

1)    de Salah AL HAMDANI  « Rebâtir les jours » (128 pages, 15 €), dernier ouvrage de ce poète irakien né à Bagdad en 1951. L’éditeur présente ainsi le recueil :

« Discrétion de l’averse », « Mots sans racines », « Mirage », « Saison de sel » : les poèmes de ce recueil nous rappellent que Salah Al Hamdani vient d’une région de sable et de vent. Un royaume dévasté par la dictature, les guerres et le terrorisme. Un pays à reconstruire. Avec des mots simples et un lyrisme à la puissance contenue, le poète n’évoque pas seulement l’exil qui est le sien, sa mère restée dans la guerre ou les victimes d’une déchirure qui semble ne jamais vouloir prendre fin. Il s’attache aussi à la renaissance que lui offre sa terre d’asile, se fait passeur de culture entre les rives de la Méditerranée. J’éprouve de la fierté à publier ce poète d’origine irakienne qui adopte notre langue pour célébrer l’héritage d’Albert Camus et dire sans détour : « Si Bagdad m’a fait naître / la France m’a fait homme ».

 

2)   de Michel BAGLIN, poète familier des auditeurs, qui vit à Toulouse et qui, né en 1950, est de la même génération que Salah Al Hamdani,

« Un présent qui s’absente » (112 pages, 15 €). Le mot de l’éditeur : « Comment savoir si l’on est toujours de ce monde ? », s’interroge Michel Baglin au seuil d’un présent qui s’absente. Comme pour se donner des preuves de vie, le poète établit au fil des textes la carte d’une géographie personnelle toujours en mouvement : quais de gare, trains en partance, quartiers où l’on musarde, chemins de halage, routes et ponts… Poète fraternel, inlassable compagnon de route des gens qui passent, l’écrivain n’oublie pas les êtres qui occupent ces espaces et qui connaissent parfois une difficile présence au monde. Il sait que bon nombre de ses semblables subissent cet ailleurs qu’il aura passé sa vie à rechercher. Et je me plais à rêver que son « Chant des migrants » offre une terre en partage à ceux qui ne connaissent que l’exil. La poésie, cette possibilité d’une patrie en archipel. »

 

Une émission particulière sera prochainement consacrée à chacun de ces auteurs qui sont aujourd’hui deux voix phares de la poésie actuelle.

 

L’invité de la semaine est le poète, romancier et éditeur

Bruno DOUCEY qui dit le plaisir qu’il a eu de publier ces deux auteurs qui lui sont chers. L’attachement aux poètes qu’il publie est manifeste chez cet éditeur militant de la poésie, qui, en 2010, après avoir dirigé la collection « Poésie » aux Editions Seghers, a créé sa propre maison d’éditions et, à ce jour, a publié 50 titres, mais plus de 200 auteurs, en tenant compte des anthologies. Une vraie gageure qui démontre l’énorme richesse de la création poétique de nos jours.

 

Brun DOUCEY s’exprime sur cette passion, se désignant lui-même comme « un passeur des poésies du monde ». Né en 1961 dans le Jura, il est aujourd’hui l’auteur d’une œuvre qui mêle l’analyse critique et la poésie, la résistance et le lyrisme, comme il ressort de ses anthologies : (La Poésie engagée, La Poésie lyrique, Je est un autre, Poésies de langue française), et de ses romans (Victor Jara, non à la dictature, Federico Garcia Lorca, non au franquisme). Il est également le maître d’œuvre du « Livre des déserts » (Robert Laffont, 2005) et l’auteur de « L’aventurier du désert » (Elytis, 2010). René DEPESTRE, dans sa préface pour « Poèmes au secret » (Le Nouvel Athanor, 2007), voit en lui « un arpenteur des solaires équipées du sable et du vent ».

Bruno DOUCEY appartient à la lignée des poètes-éditeurs (Guy Levis Mano, Pierre Seghers, Guy Chambelland, etc…) qui ont privilégié leurs auteurs et observé pour eux-mêmes une discrétion, qu’heureusement le temps a effacé.

C’est donc exceptionnel que Bruno DOUCEY publie chez lui :

 « S’il existe un pays » (144 pages, 15 €). On le doit à Murielle SZAC, son éditrice, pour ce livre dont elle dit : « Poète, éditeur de poètes ainsi se définit Bruno Doucey.  Depuis des années, il se consacre tout entier à faire éclore les œuvres des poètes qu’il publie dans sa maison, mais il n’a jamais cessé de laisser sourdre en lui les poèmes. Simplement, il les a négligés, jetés au fond d’un tiroir, se refusant à en être l’éditeur. Parce que ces textes surgis au fil de ses voyages, de ses rencontres et de son engagement sont l’essence même de ce que sa maison d’édition incarne, je l’ai enfin convaincu de les offrir à nos lecteurs. Et je suis heureuse d’être l’éditrice de ce recueil où le voyageur soulève à chaque pas le souffle poétique d’un ailleurs qui est le nôtre. Bruno porte en lui cette qualité rare : il est un sourcier des images. Leur jaillissement résonne en nous, pour rejoindre notre part la plus intime. L’essence même de l’émotion poétique ».

Bruno DOUCEY est accueilli par la diffusion d’un extrait de son anthologie sonore « Terres marines » dont il explique la genèse, et par la diffusion qui suit de la voix d’Aimé CESAIRE en personne, qui lit le poème : « Mots ».

Bruno DOUCEY est à la rencontre des poètes sur tous les continents. Il acquiesce à la définition de Saint-Paul qui le situe comme « le poète du voyage dans le temps et le poète du voyage dans l’espace ».

Il dit combien fût important de remonter le temps pour marcher sur les traces de Yannis RITSOS, de Jean METELLUS, d’Aimé CESAIRE, de Federico GARCIA LORCA.

Il est des descendants de Blaise CENDRAS qui venait de mourir quand il est né. Il est imprégné des voix de FOLLAIN, de MALRIEU, d’André de RICHAUD (trop méconnu aujourd’hui), de DEPESTRE.
Il dit son admiration pour le poète Frédéric-Jacques TEMPLE, dernier lauréat du Prix Apollinaire, et revient sur un épisode douloureux, celui de n’avoir pu publier un livre de Temple lorsqu’il était éditeur chez Seghers, du fait de l’arrêt de la collection, la maison d’édition ayant été rachetée par un groupe catalan qui a prospéré à l’époque franquiste.
L’entretien avec Saint-Paul est largement entrecoupé de longues lectures de poèmes qui font entendre le flux poétique propre à Bruno DOUCEY, et par la diffusion d’extraits du CD
« Oratorio pour Federico Garcia Lorca et autres poème » (Bruno Doucey, Pedro Soler – Coll. Sous la lime).

 Une parole lyrique, claire, engagée dans une fraternité universelle.

« S’il existe un pays » : à lire sans attendre !

 

Philippe TANCELIN

 

31/10/2013

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Christian Saint-Paul annonce la parution du « Livre de l’année » dont il a écrit les textes, « TOULOUSE » 365 pages de photographies de Dominique VIET ; c’est une balade au cœur de la vie toulousaine. Pour Saint-Paul ce livre qui est le troisième qu’il légende sur les photographies de Dominique VIET est le fruit d’une belle rencontre avec un photographe d’art de premier plan. Car c’est dans l’art qu’il faut aller chercher le sens que comportait autrefois celui de liberté. Dominique VIET trouve dans la création de ses photographies, au tréfonds de sa soif intérieure, ce sentiment de liberté. Rilke prétend qu’une œuvre d’art est bonne lorsqu’elle naît d’une nécessité. C’est la nature de son origine qui la juge. Pour Dominique VIET ce livre était bien une nécessité, un besoin irrépressible de réaliser ce projet devenu préoccupation majeure. VIET influe sur la sensibilité de l’autre par le truchement de son art. En cela, il fait œuvre de culture, et Saint-Paul qui met des mots sur les images doit le suivre dans cette démarche.  Toutefois, le regard de VIET n’est une explication de rien,  c’est une expérience qui nous apprend à voir la ville différemment. L’artiste nous ouvre les yeux. Il témoigne d’une réalité ou plutôt selon la formule de Paul Klee qui considérait le visible comme un simple aspect du réel, une des facettes du réel. En témoignant aujourd’hui d’un aspect du réel de Toulouse, Dominique VIET s’ancre dans l’Histoire. En ce sens ce livre est forcément un livre historique ; il sera une trace de l’histoire de la ville, quand tous les acteurs du livre auront disparu. Le rôle de l’art est de créer de la présence. Les photographies de Dominique VIET sont des présences. Elles collaborent d’une certaine manière avec l’univers.

Le livre (365 pages, 39 €, papier d’art, dim : 20 X 26 cm, reliure contemporaine) est en 4 langues : français, occitan, espagnol et anglais, peut être commandé en ligne sur : www.vietwall.fr ou par chèque à l’ordre de vue du cœur, 78 allées Jean Jaurès –buro Club – 31000 Toulouse.

Enfin et surtout, ce livre est vendu au bénéfice de l’association CeRESA pour les enfants avec Autisme : www.ceresa.fr

 

Saint-Paul se réjouit de la parution d’un livre d’une grande originalité de nos jours, puisqu’il s’agit d’un livre de contes, genre aujourd’hui délaissé. (Ruben DARIO, par exemple, s’est fait connaître au tout début par ses contes.) C’est le dernier né des livres de Jacques ARLET qui, après s’être illustré dans l’art de la médecine, a écrit des biographies et des ouvrages sur l’histoire de Toulouse. Radio Occitania a réalisé il y a peu de temps une émission avec lui sur les poètes de la Belle Epoque à Toulouse. Mais, là, après nous avoir livré un époustouflant « La vie à Toulouse sous Louis XIV » (éditions Loubatières), il nous offre une œuvre onirique d’une succulence exquise :

« Contes sans provisions », préface de Georges MAILHOS, éditions de l’Ixcéa 2, rue d’Austerlitz 31000 Toulouse, 210 pages, 17 €.

« Au commencement était le conte.

Avant de savoir écrire, nos ancêtres savaient rêver, inventer des fictions et les plus éloquents, parmi eux, racontaient leurs rêves en famille ou entourés de leur tribu, le soir autour d’un grand feu ou à la lumière des étoiles.

Il n’y a pas que les bons comptes qui font les bons amis, les bons contes aussi : ils doivent être de préférence, invraisemblables et poétiques, avec une pincée d’humour qui peut être noir si nécessaire ! »

Jacques ARLET sera un de nos prochains invités pour nous parler de ses « Contes sans provisions », un livre à déguster comme une authentique gourmandise !

 

Et à propos de gourmandises, c’est notre ami le romancier et poète

Francis PORNON qui a obtenu le Prix des Gourmets des Lettres sous l’égide de l’Académie des Jeux Floraux, pour son recueil

« Chant Général  Au Pays » en deux volumes, Encres Vives éditeur (6,10 € chaque volume, 2 allée des Allobroges 31770 Colomiers). Nous avions consacré une émission à cette œuvre dédiée à un lieu : Fabrezan dans les Corbières. Emission que vous pouvez écouter sur ce site.

 

Jean-Michel BONGIRAUD a fait paraître le n°4 de sa dernière revue : « Fermentations, … dans le mouvement du monde ! » 5 € à adresser 3, Impasse du Poirier 39700 Rochefort-sur-Nenon. C’est le dernier numéro de cette revue libertaire et avant tout humaniste qui a pour devise : « Aucune vérité n’est donnée, mais il importe de savoir que le chemin suivi n’est pas celui de l’injustice ni de l’oppression ». En effet dans un très bref Epilogue, le directeur de cette publication, le poète essayiste Jean-Michel BONGIRAUD fait part de sa lassitude et de sa décision, mais préserve l’avenir, ce dont nous nous réjouissons : « Toutefois je ne sais si ce numéro clôture définitivement plus de vingt années de « revuisme », car peut-être y reviendrais-je ? C’est une eau que j’ai aimée boire et partager, malheureusement je crois j’ai fini par détester la plupart des poètes de par leur arrogance, leur stupidité et leur égocentrisme. » Le « milieu » de la poésie peut être regardé comme un marigot où s’exercent toutes les bassesses ; tous ceux qui ont édité les poètes l’ont éprouvé. Cette réaction de Jean-Michel BONGIRAUD n’étonne en rien Saint-Paul, aguerri de 45 ans de fréquentations et de travail quotidien avec les poètes.  Mais ce sont aussi les poètes qui nous permettent de poursuivre la route ; leurs voix nous guident et nous tiennent éveillés dans les ténèbres de nos vies profanes. Certes, de monstrueuses figures d’imposture sévissent parfois dans la poésie, encouragées par le phénomène de mode, de snobisme intellectuel et d’une vraie ignorance des décideurs politiques financiers. Ces poètes là, préservent leur domaine réservé avec l’énergie des grands prédateurs. D’autres vivent dans le mirage d’un génie qui ne leur a jamais fait signe, dans un comportement de divas. Et les poètes authentiques sont aussi souvent traversés de crises d’angoisse, de doute et d’agressivité. Quoiqu’il en soit, ce numéro est à lire et à se procurer, étant le dernier, il fait date et sa rareté sera plus tard recherchée par les collectionneurs. Le sommaire est comme toujours d’un grand intérêt. Lecture d’un extrait de « Emma Goldman, De l’amour et des bombes » de Jean-Michel BONGIRAUD.

 

Saint-Paul revient sur la publication du dernier livre de Marcel MIGOZZI « De bogue et de roc Di riccia è rocca  L’amour l’amort  Amor amorti » aux éditions Colonna, 100 pages, 10 €. La vieillesse, la mort, le désir toujours là, l’amour comme un ferment inextinguible, rythment ce beau livre traduit aussi en corse. Les sonorités de la langue font écho à ce halètement d’une vie toujours tragique.

Aux mêmes éditions, Mita VOSTOK publie « Petite suite maghrébine en vingt neuf tableaux du Cycle de Zuina sur des variations photographiques de l’auteur » 45 pages, 10 €. Des photos en noir et blanc où jouent le contraste et la lumière, une poésie simple, économe, sonore aux mœurs méditerranéennes. Lecture d’extraits.

Byzance oubliée aux ors

insistants

éclats du Levant

en dissidence

Byzance somptueuse en rupture

Alger l’Ottomane perchée

les esclaves sur le port entassés  exposés

Alger la Française

sur les pentes des ruelles

les femmes en sarouals

hâtives  séquestrées

pieds et mains

rouge désert

membres décorés

 

filons aurifères

ors des villes

en décembre  rutilants

en août  accablés

dans Alger d’hier  Alger d’aujourd’hui

philosophale rêverie tu illumines

la pubère

l’adultère

l’inconnue

du précieux adjuvant aux promesses tues

 

Saint-Paul signale aux éditions Bruno Doucey « Comme si dormir » de Laurence Bouvet , long poème qui lie la mort de la mère à la poésie. (78 pages, 13 €) Lecture d’extraits.

C'est-à-dire que de ne rien dire

Tant la colère et tout le tremblement

Se mes lèvres aussi bien

Embrassant à ton front un mur de givre

Fa9on serpent pour faire image

Si froid si pas toi

Ce n’est pas comme d’un chiffon chaque jour

Astiquer ma mère tes meubles en râlant

Ce n’est pas comme ce rien qui m’habille

Même un stylo n’est-ce pas ma fille !

 

Le poète Iraquien qui vit à Paris, Salah Al Hamdani fait paraître toujours chez Bruno Doucey : « Rebâtir les jours » 128 pages, 15 €. A lire sans attendre ! Cet évènement éditorial important fera l’objet d’une prochaine émission avec l’auteur.

C’est le dernier livre de Jean-Michel BONGIRAUD « De la nécessité d’écrire face à l’impossibilité de changer le monde » aux éditions Edilivre , 120 pages, 13,50 € qui a encouragé Saint-Paul à prendre le risque de réaliser une émission sur l’interrogation de l’essence même de l’écriture en poésie. Pour cela il met en résonnance la réflexion de BONGIRAUD avec celle de Jean-Luc POULIQUEN & Philippe TANCELIN qui ont publié « Paroles de poètes Poètes sur parole » à L’Harmattan, collection témoignages poétiques, 120 pages, 13,50 €.

De la place de la poésie dans l’ensemble de la production culturelle-artistique contemporaine à la maltraitance de ses auteurs dans la « société du spectacle », en passant par le souffle impulsant au verbe tous ses états, les deux auteurs s’engagent dans ce livre à tenir parole de ce qu’ils écrivent chacun dans son style, sa langue. C’est un engagement serein mais radical pour le respect des voix et des voies poétiques qui connaissent et reconnaissent l’importance de l’histoire sur leur cheminement, le rôle de l’éthique dans la posture du poète vis-à-vis de sa situation alternativement minorée aussi bien qu’instrumentée suivant les circonstances. Lecture d’extraits de ce dialogue qui s’apparente à un dialogue socratique.

Pour Jean-Luc POULIQUEN « le système culturel est devenu une machinerie très lourde et très complexe, un champ de bataille aussi où les plus habiles remportent les meilleurs territoires et les autres se disputent les miettes quand il en reste. C’est une question de pouvoir, de réseaux, de clientèle… La démocratie n’y est pas vraiment de mise, le pluralisme et l’équité n’y sont donc pas garantis. A la différence d’autres expressions, les poètes qui en sont mis à l’écart n’ont pas beaucoup à             en souffrir. C’est plus préjudiciable pour le spectacle vivant (…) Pour nous un stylo, une feuille blanche, un ordinateur suffisent. »

 

Pour illustrer dans le poème, l’enjeu du débat autour de la parole poétique et des poètes sur parole, c’est la voix de Philippe TANCELIN, poète, philosophe, professeur d’esthétique à Paris 8 qui est choisie pour son livre « Ecrire  Elle    Ce nu redouté des silences » L’Harmattan (collection Poètes des cinq continents)  Poésie-femme, dit l’auteur, grâce aux incarnations que lui promet le jour sur l’infini chemin de l’être. Lecture de très larges extraits du livre.

Sans poésie pas de devenir, pas de légitimité du concept d’avenir car pas de démesure de la langue dans son rapport à toutes choses de l’univers, offrant de mettre en lumière ce qui précède. La poésie aide à manifester l’idée d’un flux général de la totalité qui sait briser avec la langue commune, où tout est fragmenté.

On peut alors réaffirmer qu’il y a bien un mode poétique d’être au monde, de le parler.

Il s’agit d’un mode permettant de voir, dans le monde, sans assujettissement aux représentations closes que livrent certains concepts.

A signaler du même auteur avec Geneviève CLANCY « l’Esthétique de l’Ombre » toujours chez L’Harmattan.

           

  

 

 

IMASANGO

 

17/10/2013

RETOUR

 

 

 

Christian Saint-Paul en préambule se réjouit de l’abondance des livres de poésie bilingue qui sont édités. C’est le cas des livres qu’il signale dans l’émission.

Tout d’abord, nos amis corses valorisent avec le génie et la force de ce peuple valeureux, la création de leurs poètes édités avec élégance par Colonna Edition (La Maison Bleue Hameau San Benedetto  20 167 Alata ; www.editeur-corse.com).  

Nous mettrons prochainement en ligne leur catalogue et nous nous ferons l’écho de leurs publications. C’est avec plaisir que nous avons trouvé dans ce catalogue, une voix qui nous est chère, celle de Marcel MIGOZZI qui publie là : « De bogue et de roc ; Di riccia è rocca » suivi de « L’amour l’amort ; Amor amorti » avant poème de Jean-François AGOSTINI, traduction en langue corse de Stefanu CESARI, 100 pages, 10 €.

 

L’homme dira         il est parti

La terre autour de ses os

 

Reste

Son invisible tombe

 

L’omu diciarà          hè partitu

A tarra inghjir’ à li so ossa

 

Ferma

A so fossa invisibuli

 

L’autre livre bilingue remarquable est édité par Caractères et bien que déjà signalé dans une émission précédente, Saint-Paul y revient, tant ce livre lui semble constituer un évènement éditorial important qui nous éclaire sur la marche du monde. Il s’agit de « Femmes d’Irlande en poésie  1973-2013 ; anthologie bilingue sous la direction de Ciona Ni RIORDAIN » 250 pages, 20 €. Ce sont 25 femmes poètes qui illustrent ces trente années où la poésie grandit et témoigne du destin des femmes, c'est-à-dire de l’humanité entière. Lecture d’un très court extrait ; poème de Marry O’DONNELL née en 1954, romancière, nouvelliste et poète. Une poésie narrative, qui parle aux hommes de la vieillesse, du corps, de la nature.

 

Je pourrais être mise au pilori, raillée pour ma honteuse

superstition. J’entends ce que j’entends,

sais ce que je sais : des voix derrière le chant des oiseaux,

le tic-tac des ailes au dessous des feuilles,

leur vrombissement rapide quand elles se mettent en route,

bourdonnant auprès de ceux qui sont passés,

et ne s’aventurent pas plus loin. Elles les emportent

jusqu’à ce lieu sûr, sans les voler, en les empruntant.

A l’intérieur du cercle, tout est salubre :

le fort et ses sentinelles, la terre cousue d’os

fin comme de la porcelaine. Les anciens dieux se penchent tout près.

 

Après avoir invité les auditeurs à assister au 7ème Cafè TROBAR « Las Etiopicas, Jaumes PRIVAT » à la Maison de l’Occitanie à Toulouse le samedi 26 octobre 2013 à 17 heures, la parole est donnée à l’invitée de la semaine venue de Nouméa dans les studios de la rue d’Assalit, IMASANGO.

C’est la deuxième fois que Radio Occitania l’accueille. En effet, elle était à l’antenne le 19 janvier 2012 avec son éditeur le poète Bruno DOUCEY. Voici ce que mentionnait le script de l’émission à l’époque (émission que vous pouvez toujours écouter à la rubrique 2012) : « IMASANGO dialogue avec Bruno DOUCEY qui révèle les circonstances de la découverte de son auteure dont il a lu des poèmes en Nouvelle Calédonie et qu’il a recherchée pour la publier. Des textes d’IMASANGO figuraient déjà dans l’anthologie « Outremer - trois océans en poésie ». Née à Nouméa, elle séjourne en brousse où elle retrouve les racines de son métissage ; plus tard elle effectue des études littéraires en Europe et en Amérique du Sud. Elle est passionnée de musique, de danse, de calligraphie et a préféré longtemps « exposer » ses poèmes plutôt que les publier. Heureusement Bruno DOUCEY nous fait connaître cette voix singulière, envoûtante par sa sensualité, sa musique et sa légèreté qui témoigne de la sérénité d’une spiritualité heureuse. Elle explique sa démarche, son bonheur d’écrire, de créer, de partager sa joie d’être au monde, et sa passion pour cette terre chaude de Nouvelle Calédonie. Elle lit des extraits de « Pour tes mains sources ».

Un recueil à lire sans attendre !

L’émission « les poètes » rendra compte du cheminement d’IMASANGO et espère faire entendre de nouveau à l’antenne cette voix originale et fraternelle de la francophonie. Les auditeurs sont invités à suivre la publication des livres édités par Bruno DOUCEY qui réalise un grand travail de diffusion de la poésie authentique d’aujourd’hui et accessible à tous du fait de la modicité du coût des ouvrages. »

 

Ce soir elle vient présenter son dernier recueil :

LE BAISER DE MES PAS DE NOS SILENCES

 Robert Lobet a réalisé ce livre d'artiste accompagnés de dessins originaux».

Parution aux éditions de la Margeride. Série limitée.

 

« Je suis née en Nouvelle-Calédonie, terre coloniale au passé violent.

Mes mots sont une pirogue envoyée sur l'océan, une main tendue, une liane à saisir, un flux de vie métis pour aborder aux rivages de tolérance.

Je suis pour les frontières que l'on efface, les différences que l'on oublie, avec cette part d'humanité qu'il revient à chacun de faire grandir, en oubliant blessures et rancœur.

Je suis pour l'éclosion de notre féminité dans ce qu'elle a de plus merveilleux: le don de la vie, les courbes adoucissant les angles, l'espoir que l'on enfante, offrant le lait des jours meilleurs pour allaiter nos soifs de paix. »

Lecture de longs extraits par IMASANGO ; elle s’explique aussi longuement sur sa démarche hautement éthique. La douceur, l’appel à la quiétude de ses poèmes qui sont une offrande à l’autre, quel qu’il soit, n’entachent en rien la lucidité de cette artiste qui éprouve durement la difficulté du monde et plus particulièrement de l’île où elle vit. Le colonialisme a laissé ses traces indélébiles, et le réalisme économique promeut l’extraction du nickel, richesse considérable de l’île. Bientôt ses habitants par référendum se prononceront sur leur avenir et sur une éventuelle indépendance. Mais les plaies des durs affrontements restent ouvertes. La violence ne peut rien résoudre. La haine et la vengeance non plus. Alors IMASANGO prêche dans un art poétique d’un lyrisme envoûtant, quasi épique, la pratique de la main tendue, de l’amour fraternel qui vient à bout de toutes les rancœurs. C’est aussi cela le miracle de la poésie, son utilité pratique : un message de paix délivré par une grande artiste qui va « changer le monde ».

A écouter sans faute ; et lire le livre paru chez Bruno Doucey « Pour tes mains sources ».
 

      

  

   

 

 extrait du recueil " Le baiser des pas de nos silences".
( Le préambule, le chant I,  et le Final ).
Le recueil comporte dix chants.

 
Le livre est en vente sur le site des éditions de La Margeride pour les personnes intéressées.

 

 

 

 

avec l'aimable autorisation de Jacques BASSE.

Claude CAILLEAU.

 

17/10/2013

RETOUR

 

Christian Saint-Paul pour ne pas réduire le temps d’antenne de son invité limite sa présentation d’ouvrages à retenir. Tout d’abord c’est l’incessant travail de publication des éditions Bruno Doucey qui l’interpelle. Un foisonnement de parutions qui rend compte de cette vigoureuse santé de la poésie aujourd’hui. Les poètes sont là, les éditeurs aussi, mais les lecteurs toujours aussi frileux. La lecture publique qui se gausse de son hardiesse est loin de diffuser l’essentiel. Et de grandes villes comme Toulouse par exemple, vide de lieu public comme les Maisons de la Poésie ou autres structures ouvertes, se complait dans sa féodalité. Elle ignore la diversité, ne retenant que celle estampillée d’une idéologie qui a perdu depuis quelques décennies tout caractère révolutionnaire et populaire. Paradoxalement, l’ouverture et la modernité sont accueillies dans les académies traditionnelles, comme notre plus vieille académie d’Europe, l’Académie des Jeux Floraux qui se révèle curieuse de son époque, sans préalable politique, comme, au fond, elle l’a toujours été de toutes les époques.

Trois livres des éditions Bruno Doucey sont cités : « Comme si dormir » de Laurence BOUVET (76 pages, 13 €) textes bouleversants sur la mort de la mère, « Un présent qui s’absente » de Michel BAGLIN (112 pages, 15 €) textes nostalgiques et fraternels dans une langue d’une clarté saisissante, et « S’il existe un pays » de Bruno DOUCEY lui-même (144 pages, 15 €) que Murielle SZAC a su convaincre de livrer chez lui, ses textes ciselés par un orfèvre exigeant d’un passionné fou de poésie, qui décida d’être « passeur des poésies du monde ». Il viendra, comme Michel Baglin, en parler lui-même à Radio Occitania.

Jean-Michel BONGIRAUD, l’obstiné éditeur de « FERMENTATIONS » qui nous avait laissé comme viatique « La poésie et nous » aux éditions Corps Puce (111 pages, 10 €) récidive avec autant de fougue et de talent avec « De la nécessité d’écrire face à l’impossibilité de changer le monde » (éditions Edilivre, 120 pages, 13,50 €). Un ouvrage salutaire dont nous reparlerons longuement. Encore un acte de résistance chez Jean-Michel BONGIRAUD toujours soucieux de situer sa démarche dans le partage à substituer au pouvoir. « Si la résistance humaine est profonde, il n’existe pas non plus d’impossibilité à changer le monde. C’est ce que ce livre tente de démontrer. » Une telle démonstration réussie redonne force et vigueur et tout son sens à l’action poétique.

 

L’action poétique et la nécessité d’écrire, c’est précisément ce qui définit au mieux la vie et l’œuvre de l’invité de la semaine : Claude CAILLEAU.

Romancier, poète, essayiste, a longtemps enseigné les lettres en collèges où il animait des ateliers littéraires mettant en relation élèves et écrivains.

Grand lecteur, il a entretenu une correspondance avec Roger Martin du Gard, Marcel Arland, Henri Troyat, Hervé Bazin, Julien Gracq. Il a commencé à publier dans la revue « Les Cahiers des Saisons » de Jacques Brenner, qui paraissait aux Editions Julliard.

 

Son premier roman, Stef et les goélands, (Editions Julliard) a été couronné par l’Académie Française.

 

Après un break de 25 ans (« pour faire autre chose ») Claude Cailleau est revenu en  littérature avec La Croix d’or (Roman pour adolescents– Ed. du Petit Pavé), C’est ma vie, c’est la tienne (album de poèmes – Ed. Grandir), Pour une heure incertaine (Poésie – Sac à Mots Edition), Dans les pas de Pierre Reverdy (Essai biographique – Le Petit Pavé),  Le Roman achevé  (Poésie – Le Petit Pavé), Mots du jour et de la nuit (Poésie – Ed.du GRIL), Les Nymphes de l’océan (roman pour enfants), « Cocktail de vie » (éditinter, 2013) et 5 « Encres Vives » (dont  La solitude du poète). Vient de sortir en mars 2013: Sur les Feuilles du temps (Éditions Écho Optique). Et en juin, un récit : « Et je marche près d’Elle… » aux Éditions Durand-Peyroles.

 

De nombreuses revues l’ont accueilli dans leurs pages : Le Nouveau Recueil, Arpa, Poésie Première, 7 à dire, Inédit Nouveau, Multiples, Jointure, Littérales, etc.

A son actif également : deux livres d’artistes : Avec le temps  (illustrations de Marie-Thérèse Mekahli) et  Traces, illustré par la même artiste.

 

Claude Cailleau a collaboré à Pierre Reverdy et l’École de Rochefort (ouvrage collectif paru aux Presses de l’Université d’Angers en 2008),

à  René Guy Cadou et l’École de Rochefort (Presses de l’université d’Angers, 2013),

à Vous avez dit Poésie ? (anthologie) Éditions Sac à Mots,

aux anthologies des Éditions Donner à Voir et du Printemps de Durcet .

 

Claude Cailleau est marié (Il a 4 enfants et 11 petits-enfants) et dirige actuellement Les Cahiers de la rue Ventura, revue littéraire (dossiers, poésie, autobiographie).

 

On peut le trouver dans l’anthologie Visages de poésie de Jacques Basse (Ed. Rafael de Surtis), tome 3,

et sur son blog  http://clcailleau.unblog.fr

 

Claude CAILLEAU qui relate sa posture d’écrivain et de poète, émaille son discours de lecture de poèmes.

Sur la poésie voici ce qu’il écrit :

 

C’est à dire…

Devant un poème, autant de messages, autant de lecteurs. C’est excessif, peut-être. Encore faut-il que le poème vienne de l’être et ne se contente pas de reproduire la réalité. Poètes et peintres du dimanche n’ont d’autre choix que de rester, dans leur œuvre, au contact de la réalité. C’est qu’en eux ils ne trouvent rien qui vaille la peine d’être dit – ou ne savent où le trouver.

J’entends dire d’un poète qu’à ses débuts il a subi l’influence de Baudelaire, de Mallarmé ou de René Char…De Baudelaire, je ne vois pas comment (à moins, simplement, que notre auteur ne donne dans un archaïque symbolisme.  « Quand le symbolisme fut mort… » lisait-on déjà dans Nord-Sud, la revue de Pierre Reverdy. C’était en 1917, et c’était une bonne nouvelle !)De Mallarmé, oui, peut-être, si le poète réussit à se glisser dans un procédé d’écriture ; mais attention : que ce choix n’aboutisse pas à l’artifice, à l’écriture pour l’écriture.De Char, je ne peux dire, l’ayant peu, ou mal, lu.

A chacun de trouver sa voix. Si le poète, comme le peintre, a besoin de modèles, c’est qu’il y a peu en lui. Peu d’humanité et peu d’originalité. Alors, qu’il n’écrive pas !Quand je prétends n’écrire que comme moi, l’on ne dit rien, mais l’on m’accuserait volontiers de prétention, d’orgueil, voire de vanité (en littérature le paon existe, je l’ai rencontré, je le rencontre tous les jours). Je ne dis pas que ce que j’écris est excellent et mérite de rester « dans les siècles des siècles ». Je dis que ce que j’écris est moi, et pour cette raison : unique, parce que tout homme est unique.

Mais, poète, ce n’est pas à moi de dire que je le suis. Aux jeunes (et parfois plus vieux) auteurs qui se présentent en se donnant ce titre et sollicitent un accueil dans la revue, je suis toujours tenté de répondre : Poète ? laissez les autres en juger. Dans le courrier adressé au directeur des Cahiers, je trouve parfois des propos qui révèlent chez mon correspondant un ego surdimensionné, et j’ai, à chaque fois un mouvement de recul (de méfiance). La qualité première de l’écrivain devrait être la modestie.

Pour revenir à mon sujet… je ne dis pas qu’il faille oublier les poètes qui nous ont précédés ; mais que le souvenir de nos lectures ne vienne pas influer sur l’écriture !Et… ce n’est pas parce qu’on « compose » des alexandrins ou des octosyllabes rimés qu’on écrit de la poésie. Que le jeune poète ne croie pas qu’il soit plus facile d’écrire en vers libres ; il y faut un rythme (propre à chaque poète), une musique qui vienne de l’intérieur, un « langage dans la langue ». Combien de prétendus poèmes en vers libres ne sont que des successions de lignes, interrompues au hasard, sans raison. Ce n’est pas parce qu’on va à la ligne avant d’être arrivé au bord droit de la feuille qu’on écrit de la poésie.

Mais la poésie, je ne sais pas ce que c’est. Non, je ne sais pas. Peut-être tout simplement une façon différente d’habiter la langue (1)

                                                                          Claude Cailleau (4 octobre 2011)

« Habiter la langue », c’est le titre que j’ai donné à ma réponse à l’enquête sur la poésie (Vous avez dit poésie ?) parue aux Editions Sac à mots en 2003.

Enfin ce poète généreux a donné la parole, lui aussi, aux poètes et anime avec ferveur une revue de poésie.

Voici ce qu’il en dit :

« Bienvenue sur mon blog !

Ouvert ce dimanche 18 septembre 2011, il est destiné à vous informer sur la revue que j’ai créée en 2008 : Les Cahiers de la rue Ventura.  

Avant le premier numéro d’une revue, il y a toujours une histoire. Mon parcours littéraire commence dans les années 50. Il a été jalonné de rencontres et d’échanges avec Roger Martin du Gard, Marcel Arland, Henri Troyat, Hervé Bazin, Julien Gracq, et beaucoup d’autres. 

Je dirai plus loin dans quelles circonstances. Les années ont passé, ces écrivains sont tous morts, entrés dans le silence. En 1986, Henri Troyat me disait qu’il ne croyait pas à une postérité pour son œuvre ; quelques années après sa mort, je constate, désolé, qu’il ne se trompait pas. 

Une revue, c’était peut-être le moyen de faire rouvrir les livres que j’avais aimés, des livres dont les jeunes de maintenant ignorent l’existence et que les lecteurs plus âgés ont oubliés. Un devoir de reconnaissance, aussi, envers ceux qui m’avaient accueilli. 

En amont, il y a toujours une histoire, disais-je ; la mienne commence à 15 ans par une boulimie de lecture et de timides essais d’écriture.  Je lisais André Gide, François Mauriac, Colette, Martin du Gard, Montherlant, Julien Green, mais aussi Georges Duhamel, Pierre Benoit, Gilbert Cesbron, etc. Et des poètes : Aragon, Eluard, Queneau, Bosquet, Cadou… 

Je publiais de la poésie dans les revues des années 50 et 60, puis ce fut un roman aux Editions Julliard, avant un break de près de 30 ans pour faire autre chose. En 1999, retour aux publications avec de la poésie, un roman, une biographie (de Pierre Reverdy). 

Et… en juillet 2008, j’écris, seul, tous les textes du n° 1 des Cahiers de la rue Ventura (consacré, celui-ci, à Julien Gracq). Le dossier se compose d’une biographie, de l’évocation de nos échanges ; suit un étrange texte que j’intitule « Bio-photos, photos-bio » (description de photos de l’auteur à 10 ans, 20 ans, 40 ans, etc. – l’écrivain regardé par son lecteur) ; pour finir, je complète avec les fragments de mon journal dans lesquels je faisais écho à la sortie des livres de Gracq. Une quarantaine de pages. C’est à la fois modeste et ambitieux. 

Puis je fais savoir que je viens de créer une revue ! Très vite les amis vont me rejoindre et les Cahiers trouver leurs abonnés qui – c’est remarquable en cette période de crise – nous restent fidèles. 

Nous avons fêté cet été le début de la 4ème année en préparant une anthologie des poètes publiés depuis les débuts ; elle couvrira les numéros 13 et 14. 

Une soixantaine d’auteurs composent maintenant le cercle des amis des Cahiers. Un comité de lecture m’aide dans le choix des textes à publier ; des écrivains lisent les ouvrages reçus en service de presse et rédigent les notes de lecture. 

Peu à peu, Les Cahiers de la rue Ventura se sont fait une place dans le paysage littéraire des petites revues. »

Claude CAILLEAU, une personnalité attachante de la poésie d’aujourd’hui ; une expérience unique, un auteur à lire et à suivre !

Sa bibliographie :

Claude CAILLEAU                Bibliographie 2013

Stef et les goélands, roman, Editions Julliard, Prix P. Flat de l’Académie Française – épuisé.  des fragments dans Océan d’Armorique, aux Editions Hachette – épuisé.

Dans les plis du silence, poèmes, Le Pré de la Roche 1999 – ce même recueil enrichi de manuscrits et tiré à 6 exemplaires, 2002

Cheminement, poèmes (Editions Encres Vives, 2002)

La longue route, poèmes, Editions Encres Vives 2003 – bilingue (français et anglais)

Tout ce qui reste, poèmes (Editions Traces, 2003 – bilingue (français et anglais)

Un jour ou bien une nuit, poèmes illustrés par M.T. Mekahli, Ed. Encres Vives, 2004

C’est ma vie, c’est la tienne, album de poèmes pour enfants, Editions GRANDIR, 2004

Les Cocrouillés, recueil à trois voix, Editions du Petit Pavé, 2004 (épuisé)

La Croix d’or, roman pour adolescent, Ed. du Petit Pavé, 2004 (épuisé)

Pour une heure incertaine, poèmes en prose, Editions Sac à Mots, 2005

Quelques instants,  Editions Encres Vives, 2006 – illustrations de Michel-François Lavaur

Dans les pas de Pierre Reverdy, essai biographique, Ed. du Petit Pavé, 2006

Avec le temps…  poème (livre d’artiste – cl. Cailleau et M.T. Mekahli) Le Pré de la Roche, 2007. (épuisé)

Des Mots pour vivre, album de poèmes pour enfants, peintures et collages de M.T. Mekahli Une version anglaise (Trad. de D. Echard) : Words to live et un guide de lecture pour les professeurs (l’ensemble en 2009)

Mots du jour et de la nuit, classic poems,  Editions du GRIL, 2009 (épuisé)

Le Roman achevé, poème, Ed. du Petit Pavé, 2009

Litanie des jours aveugles, poème (Multiples, 2010)

Les Nymphes de l’océan, roman pour enfants, illustrations de Claudine Goux, 2012

Cocktail de vie, anthologie (Éditinter, 2013)

Sur les Feuilles du temps, poèmes (Éd. écho Optique, 2013)

Et je marche près d’Elle…, récit (Éd. Durand-Peyroles, 2013)

Claude Cailleau a collaboré  aux anthologies des Editions Donner à Voir

à Vous avez dit Poésie, anthologie (Ed. Sac à Mots)

à Pierre Reverdy et l’Ecole de Rochefort (ouvrage collectif paru aux Presses de l’Université d’Angers en 2008)  et à « René Guy Cadou et l’École de Rochefort » (P. U. d’Angers, 2013)

aux anthologies du Printemps des poètes de Durcet.

De nombreuses revues l’ont accueilli dans leurs pages : Le Nouveau Recueil, Arpa, 7 à dire, les Cahiers de l’Archipel, Jointure, Littérales, Encres Vives, Les Amis de Thalie, Friches, Traces, Les Cahiers de la Baule, Inédit Nouveau, Ici et là, Le Coin de Table, An Amzer, Poésie Première, La Faute à Rousseau, etc.

Un numéro de la revue D’écol’ lui a été consacré en 2004

Il est l’auteur de Mémoire vive, paru en feuilleton, en 2006, dans « Les Nouvelles », hebdomadaire du Maine,

et dirige actuellement « Les Cahiers de la rue Ventura », revue littéraire.

 

Yanne REBESCHINI-DESCAIRE

 

 

10/10/2013

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Cette émission est consacrée à la présentation de deux évènements toulousains initiés par l’association « les Gourmets des Lettres » sous l’égide de l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse.

Ces évènements devant avoir lieu les 11 12 et 13 octobre, ce compte rendu perd de son intérêt après ces dates. L’émission, exceptionnellement était surtout destinée aux auditeurs de la région de Toulouse pour les inciter à assister à ces animations.

Christian Saint-Paul reçoit la présidente des Gourmets des Lettres Madame Yanne REBESCHINI-DESCAIRE.

Elle vient détailler pour les auditeurs le contenu des manifestations des 11 au 13 octobre.

Tout d’abord le vendredi 11 octobre 2013 de 17 h à 19 h à l’Hôtel d’Assézat  siège de l’Académie des Jeux Floraux se déroulera un colloque placé sous l’autorité du Secrétaire perpétuel de l’Académie des Jeux Floraux Georges MAILHOS ; Jean-Louis Saint-Ygnan et des Camusiens dont le poète et écrivain Francis PORNON aborderont l’œuvre d’Albert CAMUS à l’occasion du centenaire de sa naissance.

L’intérêt croissant porté à cette œuvre magistrale d’un écrivain qui se voulait artiste et pas philosophe est une initiative heureuse et attendue par bien des toulousains.

 

Ensuite le samedi 12 octobre et le dimanche 13 octobre se tiendra toujours à l’Hôtel d’Assézat, salle Clémence Isaure, le VIIIème Salon du Livre des Gourmets des Lettres 2013. Yanne REBESCHINI-DESCAIRE développe la posture de la démarche culturelle de son association et le déroulement de ce Salon du Livre qui va regrouper beaucoup d’auteurs résidant dans la région, riche en acteurs littéraires. Le samedi sera décerné le Prix de la Nouvelle pour la jeunesse de 14 à 22 ans et le dimanche  verra la remise des Prix des Romans et du Prix de Poésie. A 17 h, le samedi est programmée une conférence animée par les professeurs Francis RICARD, André BES et Alain BOUISSOU sur le thème « Parlez-moi d’amour, de la pudeur à la pornographie », et le dimanche à 17 h toujours, une conférence animée par Georges MAILHOS avec Jacques ARLET, Francis RICARD, Simone ALIE-DARAM ayant pour sujet : « Poésie, comment ça s’écrit ? ».

C’est avec passion que la présidente des Gourmets des Lettres évoque ces évènements du week-end à venir et insiste sur le fait que les enfants seront accueillis, des spectacles de magie les attendant dans la cour du prestigieux Hôtel d’Assézat.

Les propos de l’exposé du programme de ces importantes journées étaient émaillés de lectures de textes poétiques par Saint-Paul.

C’est ainsi qu’il cita Denis RIGAL pour son recueil « TERRESTRES » paru aux éditions Le Bruit du Temps, 112 pages, 18 €. La référence au crâne de jeune fille découvert dans la grotte du Mas d’Azil (Ariège), crâne qui comportait dans les orbites des plaques osseuses simulant les yeux (rite retrouvé à l’identique dans les peuples antiques de l’Amérique du Sud) ne pouvait que retenir l’attention de Saint-Paul,  natif du Mas d’Azil et amateur de préhistoire qui a bien « fréquenté » ce crâne.

(La jeune morte au Mas d’Azil

avec ses plaques d’os en lieu d’iris,

quelle ferveur voulut pour elle

ce regard impassible éternel et muet ?

l’âme vraie,

c’était la belle et tendre chair

inconsolable, que le temps a rongée.)

 

Lecture d’extraits du livre de Jean-Pierre CRESPEL « L’Ordonnance du Crépuscule  suivi de Et si le Feu et le Gel » éditions La Feuille de thé, 80 pages, 20 €.

 

En désirables contre-feux

Les mots se calligraphient entre eux

Au cœur des porosités du papier

Moissonnent leurs énigmes sans trêve

 

Et quand le feu et le gel

Œuvrent aux flancs du zénith

 

Lecture d’extraits de Cocktail de vie (Anthologie personnelle) de Claude CAILLEAU préface de Jean-Marie Alfroy (éditinter anthologies) 150 pages, 16 € dont ce poème sur son père disparu :

 

J’habite le souvenir d’un homme dans la mort.

Il avait un couteau de labeur dans la poche,

une peine sereine à vivre, avec un cœur infatigable,

Je l’aimais parce que…

Il faisait du bois le dimanche, pour les feux de l’hiver

dans la maison du pauvre.

Je me souviens

de la joie qui éclairait nos matins. Et des soirs,

assis dehors dans la splendeur des crépuscules.

J’habite le souvenir d’un homme, son sourire

en noir et blanc sur la photo.

 

Enfin lecture d’extraits de « Chant Général au Pays » de Francis PORNON, éditions Encres Vives (2 volumes, 6,10 € chacun, 2, allée des Allobroges 31770 Colomiers). Cet ouvrage qui a fait l’objet récemment d’une émission particulière a pour cadre Fabrezan, dans l’Aude.

Qu’est-ce qui fait que soudain tombent

Fruits et fleurs soleils et vents

Passions et cœurs sangs et esprits

Nul ne sait pourquoi la vie manque

Pourquoi se perdent les exploits

Pourquoi leur mémoire on excampe

Pourquoi une « star » aujourd’hui

En dignité tous nous dépasse

Mais reste seule certitude

Afin que tout ne meure pas

Est que la terre en voix demeure

Conter le pays est vital

Dire ses gens est salutaire

Pour se dresser face au néant

 

 

 

 

Fabienne LARROQUE, Manijeh NOURI et François DONATO

 

 

04/10/2013

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Fabienne LARROQUE

dansant avec les socques

 

 

 

Christian Saint-Paul rappelle que se tiendra à Toulouse à l’Hôtel d’Assézat, Place d’Assézat, le VIIIème Salon du Livre des Gourmets de Lettres, sous l’égide de l’Académie des Jeux Floraux, les 12 et 13 octobre 2013 de 10 h à 19 h (entrée libre).

Ce salon fait une large place aux auteurs résidant dans la région Midi-Pyrénées et accueille les poètes ; un prix de la Nouvelle pour la jeunesse, un prix du Roman et un prix de Poésie seront décernés au cours de ces deux journées.

 

Le professeur Jacques ARLET auteur de nombreux ouvrages d’histoire et d’un livre sur la poésie à Toulouse à la Belle Epoque (qui a donné lieu à une émission « les poètes ») vient de publier aux éditions Ixea à Toulouse « Contes sans provisions » un délice de style, d’imagination et d’humour. Cette publication fera l’objet prochainement d’une émission.

 

Saint-Paul revient sur la parution du n° 46 de la Revue de poésie vive Nouveaux Délits (6 € le n°, abonnement  23 € à adresser à l’Association Nouveaux Délits  Létou – 46330 Saint Cirq-Lapopie). C’est Hamid TIBOUCHI également poète, qui a réalisé la couverture de cette belle revue, sobre mais toujours bien illustrée. L’universalisme humaniste de la revue fait cette fois-ci place à l’Asie et à l’Afrique. Lecture de « Afrique de mes baisers » de Bénédicte Fichten.

Avec toi, passer le gué

 

Cristallisation de paille de vent de poussières ;

Vague à l’âme. Jour de glace plissant et galet,

Cristal, yeux de flamme. J’aime ton graphisme

 

D’ébène et grès libre. Creux des mers chaudes…

Feux de brousse et d’ambre, tu es ma térébenthine.

Une touffeur australe taille mon désir, et vibrent

 

Les prisons. Dévastées mon cœur d’eaux vivres

Coupés. Aube d’un jour, tu apparais et n’en fais

Qu’à ta tête, ma quintessence. Battement effréné

 

Mon essence d’orfèvre au ténébreux doigté.

Noix De cocotier blanc, tiède, et rugueux, et sauvage…

Et amère… Ta chair cuivrée moite mon hommage

 

Planteur d’ivoire. Tabous, bengalis, mouches tsé-

Tsé ; avec toi passer le gué et rivières des éléphants

D’Afrique… Ta main dans la mienne, deux lianes

 

Enfin Saint-Paul revient aussi sur la publication de Régis ROUX « La Harpe Inconnue » qui constitue le n° 420 de la revue Encres Vives (le n° 6,10 € ; abonnement 34 €, 2, allée des Allobroges 31770 Colomiers). Le recueil s’ouvre, nous dit l’auteur, avec des pièces inspirées des compositions et du jeu de la harpiste Magali Zsigmond, puis l’inspiration saisit la poupée formée dans les mains de Véronique ; revient alors des champs solitaires une série d’épouvantails ; enfin les poèmes répondent aux corps féminins du peintre Hakim Beddar.

 

Lance au vent tes chiffons immobiles

Sois l’armature vertigineuse

La poupée jumelle qui grandit

Calculée à partir des bras

Quel continent se fissure ?

Il plante en lui des massifs brillants

Des points repeints par le petit jour

Le ventre s’habille avec du sable

Territoire effaçant l’île aux secrets

Tissu prés du feuillage et des déferlantes

Ou phare parfumé contre soi

Tout se berce loin des chaînes

 

Saint-Paul reçoit ses invités venus parler du Cafè TROBAR  « Mila Nuèits e Una de Mai, Les Mille et Une Nuits, Fabienne Larroque» : Fabienne LARROQUE danseuse, chorégraphe, comédienne, directrice artistique de la Compagnie coda norma (www.codanorma.blogspot.com) ; Manijeh NOURI  traductrice (persan), directrice de Ariana Regards persans ;  François DONATO musicien compositeur.

Il s’agit avec ce dernier Cafè TROBAR, de créer un spectacle inédit, d’une totale originalité à partir de traductions originales des Mille et Une Nuits et de la légende de Shéhérazade. Les contes sont dits en persan, en arabe, en occitan et en français. C’est une dramaturgie sonore composée par François DONATO pour ce spectacle qui est dansé en solo par Fabienne LARROQUE.

Alem SURRE-GARCIA qui a rassemblé les textes a également traduit en occitan des extraits des contes en croisant les versions arabes et persanes. Franc BARDOU écrivain français et occitan a traduit les poèmes persans à partir de la traduction française de Manijeh NOURI.

« L’histoire de Shéhérazade est celle d’une femme, menacée de mort par le roi qu’elle a épousé qui pour sauver les autres femmes de sa vengeance, va s’atteler nuit après nuit à distraire et humaniser son éventuel assassin en lui contant l’histoire renouvelée des hommes, l’aventure humaine dans ce qu’elle a de tragique et aussi d’issue favorable » , écrit Aïcha MAHERZI dans sa préface prévue pour l’édition de la traduction occitane des Contes.

Les invités se présentent. Fabienne LARROQUE explique qu’elle a voulu danser sur ce thème et qu’Alem SURRE-GARCIA en a été ravi, voulant livrer une version occitane des Mille et Une Nuits. François DONATO a travaillé ensuite de concert avec Christian TOULLEC qui a réalisé la lumière et la scénographie. Et c’est Myrna NAJJARIAN qui a interprété la voix arabe.

La danseuse raconte comment Anne BACQUIE et Evdokia KAPOTIS ont créé le costume et les décors et quelle place prépondérante revient à Marc SAINT-MARTIN ébéniste de talent qui a fabriqué les socques de 17 cm que chaussait Fabienne LARROQUE dans ses évolutions.

L’originalité de cette création tient aussi de la composition musicale très contemporaine ne relevant en rien de la sonorité traditionnelle de l’Orient ancien. C’est de la musique électro-acoustique de haut vol qui donne ce relief contemporain à ces Contes. La chorégraphie n’a rien non plus de traditionnel ni de conventionnel. La modernité sied le récit en lui donnant une coloration actuelle qui ne fait que confirmer le caractère universel et intemporel de ce chef d’œuvre de la littérature persane et arabe.

Diffusion de quatre extraits de la bande sonore et récits dans les quatre langues.

Un spectacle, né de la complicité heureuse de créateurs de talent, d’une très forte originalité qui, espérons le, sera redonné bientôt.

   

 

Juan GELMAN

 

26/09/2013

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Christian Saint-Paul signale deux manifestations qui se tiendront prochainement l’une à Toulouse, l’autre à Montolieu dans l’Aude :

- le vendredi 4 octobre, à 17h, à la librairie Ombres blanches de Toulouse

50 Carriera Léon Gambetta, 31000 Toulouse / 05 34 45 53 33

 Présentation-lectures -performance-expos des 4 parutions 2014 :

 - Le blues du coquillage, de Hanne Bramness, dessins de Laurie Clark, traduit du norvégien par Anne-Marie Soulier.

- Secondes, de Yannis Ritsos, photographie d'Alain Blancard, traduit du grec moderne par Marie-Cécile Fauvin.

- Hors-champs, de Philippe Judlin, plasticien-poète, qui créera in situ un de ses "poèmes plastiques".

 - Voix réunies, d'Antonio Porchia, dessins de Martine Cazin, traduit de l'espagnol par Danièle Faugeras.

 En présence de la poète norvégienne et des trois traductrices qui liront en versions bilingues (norvégien - grec - espagnol) de larges extraits. Exposition éphémère d'œuvres des artistes.

 - les samedi 5 et dimanche 6 octobre, à Montolieu-village du livre

à l'invitation de la librairie-galerie La Lettre Volée

rue nationale, 11170 Montolieu / 04 68 24 86 13

 AUTOUR DE LA TRADUCTION DE POÉSIE…

 Présentations-lectures – performance -  table-ronde – ateliers de traduction – expositions - musique – cinéma - rencontres avec les poètes, traducteurs et artistes de la collection

samedi 5 octobre

 de 14h à 16 h, à la Forge de Montolieu

dans l'atelier du traducteur : approche de la traduction de poésie à partir de Secondes, de Yannis Ritsos, traduit du grec moderne par Marie-Cécile Fauvin. 

 de 16 h30  à 18 h30, au Musée du Livre et des Arts graphiques

table ronde sur la traduction de poésie, animée par Laure Cowen et Anne Clerfeuille avec les traducteurs des ouvrages PO&PSY : Corinne Atlan, Danièle Faugeras, Marie-Cécile Fauvin Pascale Janot, Franck Merger,  Niloufar Sadighi, Anne-Marie Soulier, et des traducteurs invités : Michel Eckhart-Ellial, Bernard Lortholary, Pascal Riou.

 Ces animations sont organisées par l’ Association PO&PSY  Veyrac-haut, 30140 Anduze (http//:www.poetpsy.wordpress.com)

Saint-Paul rappelle que la revue "FRICHES Cahiers de poésie verte" fête ses trente ans ! Une belle longévité et une fête à ne pas manquer pour toutes celles et tous ceux qui peuvent faire le déplacement le samedi 19 octobre et le dimanche 20 octobre. Voir le programme sur la page d’accueil de notre site.

Michel COSEM vient de publier « Les Oiseaux de la Tramontane » (192 pages, 16,50 € ; éditions Lucien Souny). On retrouve dans ce nouveau roman de Cosem, son amour du lieu et de l’histoire du lieu. La passion de la nature, de l’imaginaire, du merveilleux sert de fil conducteur à l’auteur dans tous ses écrits, quels que soient les lieux où se déroule l’action. Vous retrouverez dans ce récit envoûtant, les paysages des Corbières, son occupation par les Grecs, son épopée cathare, les républicains espagnols réfugiés en 1939. A lire et à offrir !

Saint-Paul revient sur « L’âme de la Grande Ourse » toujours de Michel COSEM (Encres Vives, 6,10 €, abonnement 34 €, 2, allée des Allobroges 31770 Colomiers) poèmes écrits au fil du temps, des déplacements, des lectures. Une poésie harmonieuse et équilibrée qui nous entraîne dans un quotidien riche et apaisant. Lecture d’extraits du recueil.

Serge BEC depuis 1954 a marqué la littérature provençale. C’est un auteur important qui a été associé dernièrement à Thierry METZ dans le Café Trobar qui les a réunis dans une même estime. Les éditions Cardère qui avaient déjà publié Serge BEC ont fait paraître certainement son dernier ouvrage : un récit d’une originalité et d’une modernité remarquables : «  quand la vieille voisine regarde méchamment le gosse dans la cour… » 48 pages, 10 € www.cardere.fr Un huis clos silencieux où le blanc et le noir se rejoignent parfois, sans jamais se mélanger, sans jamais se dire un mot…

Une écriture incisive et toute la verve réjouissante de Serge BEC dans ce récit que tout lecteur du poète doit avoir à cœur de savourer.

 

Toujours chez Cardère c’est un livre de poésie « Requiem » de Marie-Josée DESVIGNES, particulièrement réussi, tant de par l’excellence de sa présentation et des illustrations (encres de l’auteure) que par l’intensité des poèmes. « Requiem » retrace un parcours que vivent, ont vécu ou vivront celles qui, ayant cru donner la vie, se sont vu retirer la leur propre. Ce récit raconte une chute, celle de toute mère à qui on a refusé un droit de naissance, et la reconnaissance même en donnant la vie, imparfaite fut-elle. Pour rendre l’épreuve, il a fallu du temps, presque trente ans, décrypter un réel, une vibration, une tension pouvant traduire l’urgence agressive de la prise de parole. L’écriture, quelle que soit la forme du livre, prend ainsi une posture militante. Il serait affligeant que ce livre, sur le ravage de la naissance d’un enfant mort-né, exprimé dans une langue d’une grande force poétique ne soit pas cité comme un évènement de la littérature poétique et féminine. A lire absolument !

Lecture d’extraits.

C’est un ciel de braise à perte de vue – au-dessus d’une mer sombre, agitée – l’écume – des vagues – l’aube – c’est une foule anonyme pressée sur la colline, leurs pieds nus dans le sable – leurs sillons irréguliers – grain sombre, précieux – les nuages – ensemble – une tempête s’annonce – orchestration sauvage

 

En 2008 paraissait chez Cheyne éditeur collection Grands Fonds « En un seul souffle » de Francis RICARD ; ce poète de Toulouse, aperçu de loin quelques fois par Saint-Paul, n’a jamais été cité ou invité dans cette émission. Un hiatus qu’il faudra combler. Le ton farouchement humain de ce livre ne peut que nous interpeller dans notre terrible nudité. Il faut lire ces textes débordant de cette humanité qui parfois fait défaut chez nos artistes d’aujourd’hui. Lecture d’un extrait.

 

la mort de solitude on l’aura alors

pourquoi ce besoin de solitude dans

la vie on le regrettera l’amour est là

partout tout autour et ce retirement

pour de l’encre de mouche c’est s’offrir

au papier de l’araignée attrape-mou-

ches sacrifice nourricier aveuglement

lucide urgence tardive les yeux se

closent sur le mystère de la vie incom-

prise ces bonheurs à portée de mains

offrandes déclinées et les torrents rou-

lent des secrets illisibles

 

Cathy GARCIA dans un élan infatigable ininterrompu depuis dix ans fait paraître le n° 46 de sa revue de poésie vive « Nouveaux Délits »

 6 € le numéro, abonnement 25 € à adresser à Association Nouveaux Délits, Létou  46330 Saint Cirq-Lapopie.

Cette revue en 10 ans a publié 223 auteurs et 17 artistes l’ont illustrée. Cette revue contribue à offrir au public une vue plus élargie du panorama varié de la création poétique actuelle de notre planète. Car les frontières n’existent pas en poésie et Cathy GARCIA le sait bien, qui publie beaucoup d’auteurs en bilingue. Pour que cette richesse indiscutable rayonne dans le monde entier, il est nécessaire de soutenir ces courageux éditeurs motivés par une passion dévorante. En d’autres termes, Cathy fait partie de celles et ceux qui œuvrent à leurs dépens pour l’essor de la poésie, c'est-à-dire pour la liberté de l’humanité. Le sommaire de ce numéro est comme toujours, surprenant et de grande qualité.

Lecture d’une courtisane coréenne ONJEONG

                        Perdre la tête

 

J’étais une maîtresse

Et je suis devenue prostituée

Je voulais être heureuse en ayant un gentil mari

J’ignorais le cœur solide comme un rocher de mon mari

Je l’ai trompé avec un autre de temps à autre.

Au coin de peinture la lune se lève à l’Est

La promesse qu’on a eue en une seule nuit a construit la muraille

de Chine

La fleur tombe l’eau coule le temps est passé sans cesse

J’ai honte je ne peux plus être souriante devant les gens

L’hirondelle quitte son nid vers l’Est

Le vent fait tomber les feuilles de saule pleureur dans l’étang boueux

Avec qui je pourrais dire le mot d’amour de trois vies

Je ne sais plus tenir le cœur comme la fleur

Comme l’herbe aux vallées la fleur sous le mur pourrait être si raffinée

Seulement il n’ya que des larmes coulant au chant de flûte en jade

Comme un paravent d’or n’avait pas troublé le cauchemar solitaire

Pour vous je suis une belle personne et pour la maîtresse vous êtes l’amour

Comme si je venais de me réveiller je reçois votre lettre mon amour

A chaque lettre une larme imbibe la soie

Ce soir de la pleine lune lumineuse sans vous

Je vois qu’il y a l’attachement doux qui vient d’une partie de moi. 

 

Enfin, Saint-Paul termine ces quelques annonces sur les livres à lire par la dernière publication aux éditions Bruno Doucey (qui ont un impressionnant catalogue consacré exclusivement à la poésie) « Un présent qui s’absente »

112 pages, 15 €, de Michel BAGLIN ;

voir http://les-poetes.fr/parutions/parutions.html .

Une poésie fraternelle pour tous les « migrants du monde », claire, lancinante de nostalgie refoulée, humaine, terriblement humaine. Michel BAGLIN viendra lui-même prochainement présenter ce livre que l’on ne peut pas ne pas avoir lu.

Lecture d’un long extrait.

Un court extrait :

 

La ressemblance rend possibles l’empathie

et la fraternité,

mais aussi l’efficacité des bourreaux.

La différence conduit à l’incompréhension parfois,

mais enrichit l’avenir de tous les métissages.

Ainsi l’autre nous est d’autant plus nécessaire

qu’ila de multiples façons de nous ressembler.

 

Avant d’aborder l’œuvre majeure thème de l’émission de la soirée, Saint-Paul se réjouit des nombreuses et pertinentes animations du Centre Joë Bousquet et son Temps de Carcassonne. Vous pouvez soutenir cette action en adressant un don à partir de 10 € aux Amis du Centre Joë Bousquet, 53, rue de Verdun 11000 Carcassonne. Ce Centre qui décentralise certaines de ses animations, rayonne dans sa région ; il organise une journée de rencontres à Céret (66) sur le thème « Claude SIMON et les peintres » au Musée d’Art Moderne de la ville, le samedi 12 octobre 2013. A Carcassonne une exposition « Elbio MAZET, un graveur sur bois et le livre » se tiendra jusqu’au 30 novembre 2013 au 53, rue de Verdun.

L’annonce de la parution du livre avait été faite la semaine dernière ; c’est un ouvrage majeur de la littérature hispanique (Argentine) qui vient d’être publié en bilingue par les éditions Caractères. Un chef d’œuvre de la poésie du XXIème siècle !         « COMP/POSITIONS »

de Juan GELMAN ; après « Lettres ouvertes et Sous la pluie étrangère » chez le même éditeur c’est toujours

Jacques ANCET qui présente et traduit ce nouveau livre. Juan GELMAN est né à Buenos Aires en 1930. Poète, traducteur, journaliste, militant révolutionnaire, il quitte l’Argentine en 1975, peu avant la dictature de Videla qui s’acheva après les pires atrocités en 1982.  Quand on demande à Juan GELMAN s’il peut pardonner, après l’exil et la disparition des siens, il répond : « Non, je ne crois pas au pardon. Pour une raison très simple : je ne sais pas à qui les victimes ont délégué leur faculté de pardonner. Je ne peux m’arroger cette faculté. Je crois en la Justice. » La poésie de GELMAN, nous dit ANCET dans sa présentation, est une poésie de l’exil en même temps qu’une poésie de l’utopie. C’est pourquoi elle ne pouvait pas ne pas rencontrer sur son chemin la mystique ; car « la parole, dit GELMAN, comme l’utopie, est l’incessante émulsion d’une double perte – ce qui est désiré, ce qui est obtenu – Un paradis qu’on n’a jamais possédé. Le paradis perdu est devant, non pas derrière, et il nous fait sentir la perte de ce qui n’est pas. » La mystique dès lors sera celle des écrivains mystiques judéo-espagnols. Dans ces COM / POSITIONS la voix qui parle, précise ANCET, est indissolublement l’autre de toutes les voix et leur mémoire immémoriale.

Lecture de larges extraits.

Des textes splendides ! La grande poésie de ce siècle qui sera un grand siècle.

A lire d’urgence !

 

 

Nicole GDALIA

 

19/09/2013

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Christian Saint-Paul se félicite de la bonne santé de la création de la poésie de nos jours. Les publications de qualité sont très nombreuses et il est impossible d’en rendre compte comme cela le mériterait. Les médias ont cette tâche, mais peu s’y livrent. Heureusement, des revues tenaces et des éditeurs militants se font l’écho de cette richesse culturelle. D’excellents sites sur le Net comme ceux des toulousains Pressnitzer  (http://www.espritsnomades.comet Baglin (www.revue-texture.com) propagent cette littérature abritée des jugements de masse. Ce qu’écrivait en août 1950 dans « Mercure de France » (n° 1044) dans un article intitulée « Cette émotion appelée poésie » est d’une vérité intemporelle : « La poésie apparaît comme ce qui doit demeurer le seul point de hauteur d’où le poète puisse encore, et pour la suprême consolation de ses misères, contempler un horizon plus clair, plus ouvert, qui lui permette de ne pas complètement désespérer. Jusqu’à nouvel ordre – jusqu’au nouveau et peut-être définitif désordre – c’est dans ce mot, poésie, qu’il faut aller chercher le sens que comportait autrefois celui de liberté. »

Roberto Juarroz, poète souvent cité précisément par Gil Pressnitzer, entend « la poésie comme la manifestation par excellence – conquise, gagnée, soufferte, âprement élaborée – du pouvoir créateur de l’homme ».

Il est impossible d’évoquer tous les ouvrages de qualité reçus, tant ils sont nombreux. Et nous ne disposons que d’une heure hebdomadaire d’émission. Et la vocation de notre émission est avant tout de faire entendre la parole poétique ; le flux poétique d’une œuvre doit être perçu ; pour cela il est nécessaire de donner à écouter de larges extraits d’une œuvre. La radio, c’est une évidence, exige d’abord l’oralité. C’est pourquoi, après avoir signalé la parution de quelques livres, dont la plupart feront ensuite l’objet d’une émission entière, place a été faite à l’écoute d’un long poème lyrique.

Les poètes toulousains sont prolixes et entretiennent leur création comme le feu sacré pour notre plus grand bonheur. C’est ainsi que Michel BAGLIN continue son travail de publication en nous offrant « Un présent qui s’absente » aux éditions Bruno Doucey (112 pages, 15 €). « Tout grand poète doit affronter la mort, et être une réponse à la mort » affirmait Octavio Paz. BAGLIN est de ces grandes figures de la poésie qui, en recherchant toute leur vie, ce quelque chose qui rendrait sereine notre présence au monde, ont construit une œuvre forte, qui nous assiste par la vérité qu’elle dégage sans avoir l’air d’y toucher, précisément dans notre difficile présence au monde. Ce livre fera l’objet d’une prochaine émission.

Michel COSEM fidèle à plus de cinquante ans de création poétique, nous donne à lire dans le n° 422 d’Encres Vives (6,10 € le numéro, 34 € l’abonnement annuel à adresser 2, allée des Allobroges 31770 Colomiers) « L’âme de la grande ourse » ; lui aussi nous éclaire d’une sérénité toujours étonnante, d’une silencieuse harmonie de sa présence au monde. Ce recueil, comme les précédents est revigorant par la proximité des sensations toujours à hauteur d’homme. Ce recueil fera l’objet d’une émission prochaine.

Le numéro 420 de la revue Encres Vives publie un recueil de Régis ROUX  « La Harpe Inconnue » ; « Musique, peinture, création de silhouettes…femmes réelles ? Dialogue idéal ? Cette écriture fut bien celle du temps vécu » nous avertit l’auteur qui convient qu’ « on ne connaît pas le secret du silence entre les couplets, les gestes et les images ». Poésie de l’étrange où l’on entend les pincements d’une harpe mêlant son énigme à celle du silence. (6,10 € ; abonnement à Encres Vives 34 €).

C’est Paul BADIN qui occupe le numéro 421 de la revue Encres Vives avec « Paul Badin et La poésie des lieux » (témoignages de lecteurs). Un numéro original qui ravit les amateurs de cette poésie des lieux qu’affectionne particulièrement le poète éditeur Michel COSEM qui ne peut qu’approuver l’assertion de Paul BADIN : « les lieux ont leur vie propre ». (6,10 € ; abonnement à Encres Vives 34 €)

Nicole GDALIA publie chez elle aux éditions Caractères fondées par Bruno DUROCHER, « conversation avec les oiseaux épars », poèmes illustrés des dessins de Claude RAIMBOURG (73 pages, 15 €). Une très belle édition, méticuleusement soignée. Une quête aboutie de la liberté, celle dont parle Reverdy.

 

Elle aimait cette liberté

d’une voix

sélective

 

d’une écoute encore plus

 

d’un chemin

qu’elle s’était ouvert

dans les ronces et les épines

 

Seule

 

Libre

 

entourée des oiseaux

 

de ses anges

 

de l’invisible

 

Une émission sera bientôt consacrée à Nicole GDALIA et à ce livre.

 

Les éditions Caractères publient entre autres, cinq livres de poésie qui composent le paysage de la poésie du monde. En effet, l’argentin Juan GELMAN y publie présenté et traduit par l’excellent Jacques ANCET : « COM/POSITIONS ». Poésie mêlée à la voix des écrivains mystiques judéo-espagnols. La voix qui parle, constate J.Ancet, « est indissolublement l’autre de toutes les voix et leur mémoire immémoriale. »

(145 pages  20 €). Nous reviendrons au cours des prochaines émissions sur ce livre qui est un vrai « évènement » éditorial.

Autre évènement, sans aucun doute, celui de la publication de « Femmes d’Irlande en poésie 1973 – 2003  Anthologie bilingue » sous la direction de Ciona RIORDAIN (250 pages, 20 €). 25 poètes à découvrir. Ce n’est qu’à partir des années cinquante que les femmes ont pu s’épanouir dans la poésie, quand l’Irlande s’est ouverte au monde. La libération des femmes et de leur pays à lire dans les deux langues et sujet passionnant d’une future émission.

Natan ZACH publie toujours aux éditions Caractères « Compte à rebours » poèmes traduits de l’hébreu par Charlotte Wardi avec une préface de Nissim Calderon (190 pages, 18 €) Un poète « qui parle à l’humain » à découvrir. Une poésie simple et lyrique de l’expérience de la vie. Prenant.

C’est un poète américain Jerome  ROTHENBERG,  né en 1931 à Brooklyn de parents juifs polonais qui signe « Pologne / 1931 » traduit de l’anglais, édition bilingue. (180 pages, 18 €) ; il s’agit là d’une publication en français (enfin !) d’un poète américain majeur de sa génération. On lui doit d’avoir traduit en anglais et fait connaître aux USA Paul CELAN ; c’est un poète inspiré du « Cante jondo » de Lorca et de la poésie traditionnelle des Indiens d’Amérique et du monde entier. Il mêle tradition et avant-garde. 1931, année de sa naissance et aussi de la naissance d’une mythologie qu’il appelle un « vaudeville juif ». Il fallait mettre des mots sur cette mythologie. Ce sont ces mots qu’il faut lire.

Enfin, les éditions Caractères publient « Fukushima Hiroshima entre souvenir et mémoire » de Béatrice ALBERTAT, dessins de Hanako NINOMIYA, avec une préface de Jean Claude AMEISEN. (71pages, 15 €) « Il ne faut jamais oublier » rappelle l’auteure des poèmes de mémoire et d’éveil.

Nous reviendrons sur ces ouvrages.

 

C’est un poème-cri qui fut adressé en 1967 à Saint-Paul par Michel-François LAVAUR qui dirigeait la revue TRACES et participait aux publications réalisées par Saint-Paul à cette époque. Le texte, ronéotypé, dans un fascicule de la taille de la paume d’une main, était celui du lauréat du prix TRACES de cette année 1967 : Alain BARRE qui publiait là : « églogues de l’examen de conscience des bestiaux » avec un frontispice de l’auteur.

Le texte, intemporel et universel comme toute poésie authentique, n’a rien perdu de sa force. Il est bon de l’éprouver.

Lecture in extenso du poème.  

 

Simone

 Alié-Daram

 

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Christian Saint-Paul annonce que la revue "FRICHES Cahiers de poésie verte" fête ses trente ans ! Une belle longévité et une fête à ne pas manquer pour toutes celles et tous ceux qui peuvent faire le déplacement. Voir le programme

Lecture d’un poème d’Alain LACOUCHIE sur Oradour-sur-Glanne

 

Christian Saint-Paul reçoit Simone Alié-Daram. Lors de son premier passage à la radio pour présenter le livre qui venait de paraître alors, voici ce qui était noté :

 née en 1939 à Toulouse, pupille de la Nation, qui a depuis peu de temps pris sa retraite après

une longue carrière dans la Recherche médicale et la sauvegarde d'enfants atteints d'anémie immunologique (RH disease).

Une carrière distinguée de nombre d'honneurs officiels, qui ne lui ont pas tourné la tête.

A ses moments perdus elle n'a jamais cessé d'exprimer sa sensibilité et son humanité grâce à ses talents poétiques. Son premier recueil de poèmes

 /Ecritures/ rassemble des textes récents et d’autres plus anciens, certains écrits pendant l’adolescence ou l’enfance de ses enfants.

Ses parents (et en fait ses oncles et tantes également) étaient tous médecins et Universitaires.

Elle n’a jamais connu son père qui est mort au combat dans les Ardennes en 1940 (elle avait un an) bombardé dans un bois appelé

« Crèvecœur le grand ». Il était médecin d’un régiment de sénégalais, les premiers soldats envoyés sur le front de la guerre fort inutilement pendant

le mois de mai 1940.

Quand elle a eu 5 ans, sa mère, devenue interne des hôpitaux et ensuite professeur de bactériologie virologie s’est remariée avec un chirurgien,

futur chirurgien cardio-vasculaire qui lui servira de père présent et affectueux. Sa petite sœur est née ensuite: elles ont dix ans de différence et sont

très attachées l’une à l’autre. Elles suivaient toutes les deux les parents lors de leurs déplacements en congrès à l’étranger et visitaient les parcs

d’animaux pendant qu’ils travaillaient.

Elle a fait ses études de collège dans la pension huppée de la ville, tenue par les dominicains, dans une section littéraire. Elle a été élève pendant

2 ans à la pension Fénelon  à Oran en Algérie où vivait la famille de sa mère.

Pendant la guerre, la famille a survécu grâce à ses grands-parents paternels qui habitaient en Aveyron et s’occupaient activement des enfants de la

famille qu’ils ont comblés d’affection.

Elle fit la classe de terminale en section scientifique dans le lycée de jeunes filles de Toulouse et a dû travailler d’arrache pied pour absorber

mathématiques et physiques qu’elle avait snobés jusqu’alors.

Un peu saturée des médecins familiaux, Simone voulait faire de l’ethnologie. Las ! Les tests psycho et les conseils donnés à sa mère l’ont orientée

vers la médecine.

Les premières années furent dures mais elle s’est rapidement passionnée pour ce métier et a été reçue major à son premier concours d’externat.

Elle se préparait à être chirurgien quand elle a rencontré son premier mari, biologiste et hématologue qui faisait partie des médecins fondateurs de

la transfusion sanguine à Toulouse. Il avait trois enfants qu’elle a aimés et élevés du mieux possible bien qu’elle n’ait eu que treize ans de plus que les

aînés. Ils ont fait deux enfants ensemble et beaucoup de bon travail dont les premières transfusions in utero en France en 1964. Et malgré leur divorce

au bout de douze ans ils ont continué à travailler côte à côte. Puis Simone a ciblé sa recherche sur les traitements de la maladie hémolytique des

fœtus et des nouveaux nés, qui, à l’époque, tuait pas mal de petits enfants. Elle a beaucoup publié ses travaux de New York à Moscou en passant par

le monde entier. Elle a vécu de l’intérieur toute les avancées des thérapeutiques en hématologie de la greffe de moelle à la production de cellules

souches, les débuts de la congélation des produits sanguins qu’elle a appris à Stockholm, et a côtoyé plus tard les événements dramatiques de la

survenue du sida et de l’hépatite C.

Elle a enseigné l’immunohématologie à des kyrielles d’étudiants dans les deux facultés de médecine toulousaines, a étudié et pratiqué la médecine

légale dans les expertises de responsabilité des transfusions sanguines dans la survenue des maladies transmissibles par le sang.

Elle a épousé son deuxième mari en 1983 qui n’était pas du tout médecin mais peintre décorateur de théâtre et fût toujours son attentionné et

intelligent compagnon jusqu’à sa mort en juin 2012.

Depuis sa retraite elle déborde de travail entre les associations de conservations du patrimoine, les académies scientifiques et littéraires et les

cercles de poésie.

Simone ALIE-DARAM écrit depuis l’enfance, mais n’a franchi le pas décisif de la publication qu’en 2007 avec « Ecritures » Société des

Ecrivains éditeur.  Elle poursuit ensuite avec « Emoti’icones » en 2009 (Copy Media), « Effluves » en 2010 (Copy Media),

« Des Ephélides plein les poches » en 2011 (Copy Media), « Ellipsoïdes » en 2012 (Copy Media) et

« Paradis ébouriffés » en 2012 (Copy Media). Chaque volume 12 € est à commander par courriel

à daramalie@free.fr

Elle fût élue maître-es-jeux à la prestigieuse Académie des Jeux Floraux de Toulouse en 2011, l’Académie la plus ancienne d’Europe. A ce titre,

elle fit en 2012 l’éloge de Clémence ISAURE, exercice particulièrement difficile devant l’auguste assemblée, et réussie.

Sa poésie est resserrée dans des textes assez courts, bâtis souvent comme de véritables croquis impressionnistes. Elle saisit des scènes de vie,

fige leur fulgurance dans la gangue des mots. C’est souvent aussi une poésie contemplative. Ses qualités éprouvées d’observation font merveille

dans le saisissement de la vie qui l’entoure, des agissements des autres. Elle est en éveil perpétuel, et écrit comme on photographie. Il en résulte

un charme permanent où transparaît une inébranlable passion de vivre, sans leurre, avec la lucidité de l’expérience.

Elle vient cette fois présenter « Passions effleurées » poésie toujours édité chez COPYMEDIA  12 € que l’on peut aussi commander à www.copy-media-net

 

On pénètre dans ce livre dans la poésie de l’intime. Or, le mot a un double sens, intime c’est à la fois s’adresser à soi-même mais aussi partager quelque chose dans la confidentialité. Le terme vise la solitude intérieure et son contraire, le partage.

Dans ses poèmes, Simone Alié-Daram en s’adressant à elle-même par d’incessants soliloques sur ce qui capte son regard et son âme, fait partager son émotion au lecteur fatalement intime.  « Les langues sont la faune et la flore de notre intériorité » disait G. Steiner.

A propos des poèmes « flashes » de l’auteure, il est aisé de vérifier la formule de Georges PERROS : « Poète celui qui habite totalement son être ».

C’est le quotidien, dans ce qu’il a de plus révélateur de nous-mêmes et des autres et partant de l’époque, qui est la toile de fond des poèmes de Simone ALIE-DARAM. La peinture des circonstances permanentes de notre vie oblige à un regard attentif, pour voir ce que l’on ne voyait plus. Il y a de l’enchantement dans ces moments de contemplation qui donnent naissance au poème. L’inaltérable optimisme de l’auteure, malgré toutes les tempêtes essuyées, lui permet d’écrire : « Le bonheur marche à côté de moi / Certains matins il me prend par la main ».  Elle croit comme Christian BOBIN « que quelque chose vient à tout instant nous secourir ».

Poésie de contemplation, et poésie de célébration, de l’instantané (les flashes). Mais toujours avec lucidité : « Je ne parle de rien, je sais que tout va bien / Et j’attends de partir ».

Un voile de scepticisme passe, mais vite dispersé : « Le monde a-t-il encore une âme ? ». Le rire n’est jamais loin et finit par gagner. Il est salutaire avec la musique qui rend la vie plus légère à traverser. L’auteure est douée d’humour et s’amuse parfois avec les lettres « M  …Mains d’amour emmêlées / Même si, malgré moi ».

L’érotisme comme le titre du livre n’est qu’effleuré, comme les passions qui l’animent et qu’elle tient à distance sans les effacer, et l’amour est partout présent dans ce regard généreux sans ostentation sur le monde et l’autre. Et l’on devine que les passions les plus fortes ne sont pas toujours les plus bruyantes : « Amour fusion dans lequel tremble / L’indicible que tu sais ».

 

L’entretien avec Saint-Paul est entrecoupé de longues lectures par Simone ALIE-DARAM d’extraits de son livre.

 

Une poésie passée au tamis des sentiments violents qui emporteraient les passions dans les marécages de la conscience humaine, mais une poésie vivante, terriblement vivifiante et claire ! A lire absolument !

 

 

 

Francis PORNON

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Christian Saint-Paul annonce la séance du prochain Cafè TROBAR qui aura lieu le jeudi 12 septembre 2013 :

Ce Café TROBAR donnera lieu par la suite à une émission .

 

Avant le Cafè TROBAR, sera présenté le nouveau livre « TOULOUSE » :

La semaine suivante sera donné un concert aux chandelles :

VENTS DU NORD-VENTS DU SUD

Concert poétique aux chandelles

Une rencontre poétique Nord-Sud : poèmes chantés anciens et contemporains en anglais, flamand, français et occitan. De grands auteurs, dans leurs souffles  riches d’imaginaires, nous parlent de leurs émotions au détour de pensées et de paysages portés par le souffle du vent .."

 (P. Verlaine, B. de Ventadorn, Max Rouquette, Robert Lafont, Ann Vanneste,

 Jotie t’Hooft, Marcus Cumberlege..)

 

Avec la présence exceptionnelle de Gilbert Isbin, compositeur et guitariste jazz contemporain reconnu et à l’expérience riche de 23 albums, venu spécialement de Bruges pour retrouver une chanteuse aux belles inflexions avec qui il a souhaité travailler. Un voyage musical agrémenté du talent de la conteuse Monica Burg.

Gilbert Isbin :   luth , guitare, compositions

Muriel Batbie Castell :  chant

Monica Burg : contes, lectures

Le Jeudi 19 septembre à Toulouse (Ostal d’Occitania – 11, rue Malcousinat, 19h)

Entrée libre.


 + d'infos dans l'article
http://www.jornalet.com/nova/2250/lo-cd-novel-de-muriel-batbie-castell

Par ailleurs,

La revue "FRICHES Cahiers de poésie verte" fête ses trente ans !

Une belle longévité et une fête à ne pas manquer pour toutes celles et tous ceux qui peuvent faire le déplacement. Nous en reparlerons à l'antenne.

Voir le programme

 

Saint-Paul signale la parution aux éditions Cardère du :

recueil de poésie de

Marie-Josée Desvignes

Requiem

qui sort de presse le 16 septembre
Le thème est un sujet sensible, en premier lieu pour les femmes ;

Le recueil est illustré par 12 encres originales de l'auteur

Rendez-vous sur www.cardere.fr pour en découvrir quelques pages...

Bruno Msika
  Cardère éditeur / l'Éphémère
42 rue du Pont de Nizon, 30126 Lirac (France)
Tél : 04 66 79 90 42
Fax : 09 72 13 11 11
mob. 06 03 17 85 65

SITE WEB : http://www.cardere.fr
Commande et réglement en ligne
Paiement sécurisé carte bleue ou Paypal

 

Saint-Paul reçoit l’écrivain, poète Francis PORNON venu parler de l’anniversaire d’un évènement historique majeur pour les occitans, les catalans et les aragonais : la bataille de Muret du 12 septembre 1213. La ville de Muret organise les 13 et 14 septembre 2013 un congrès ayant pour thème : « Le temps de la bataille de Muret », sous l’égide de la Fédération historique de Midi-Pyrénées. La Convergence Occitane, elle, organise les mêmes jours une commémoration des 800 ans de cette bataille ; voici le programme :

Samedi 14 septembre :

Journées Européenne du Patrimoine 2013

Spécial commémoration des 800 ans de la Bataille de Muret

Pendant toute la journée : vente de livres, exposition des activités des association de l'Ostal, animations musicales et audiovisuelles, expositions, etc.. (de 10h a 18h)
A partir de 20h: souper convivial (chacun porte son repas) + Concert avec le Duo Lou Dàvi & Alice BehagueGratuit

Dimanche 15 septembre :
Pendant toute la journée : vente de livres, exposition des activités des association de l'Ostal, animations musicales et audiovisuelles, expositions, etc.. (de 10h a 18h)
A partir de 14h, Célébration de la  Diada de Catalogne et commémoration des 800 ans de la Bataille de Muret.

·         14h00: discours et verre de l'amitié occitano-catalana

·         14h30: diffusion du documentaire catalan Hola, Europa!

·         16h00: spectacle théatro-musical Muret 1212 - Càtars!!!, de la compagnie catalane Cor País Meu, sous la direction de Quim Lecina e Ramon Manent.

Cette célébration est organisée par le Casal Català de Toulouse en partenariat avec Convergéncia Occitana.  Gratuit

Francis PORNON fait part de l’intérêt qui s’attache à connaître et comprendre les enjeux de cette bataille qui a été décisive pour l’avenir français du Midi de la France. En effet, un Etat englobant l’Occitanie, la Catalogne et l’Aragonais, aurait pu se créer si l’issue de cette bataille avait été favorable aux coalisés toulousains, catalans et aragonais. Il situe la période historique bien particulière du début de ce 13ème siècle. La Croisade des Albigeois fait rage. Le pape veut éradiquer l’hérésie cathare, et les chevaliers francs ont perpétué des massacres terrifiants dans les grands fiefs du Comte de Toulouse.  Simon de Montfort marche sur Toulouse. Le roi Pierre II d’Aragon dont la sœur a épousé le Comte Raymond de Toulouse vole avec une troupe de 800 chevaliers, à son secours. Plus que les valeurs religieuses, ce sont les valeurs politiques qui sont l’enjeu de l’affrontement.

Le récit de cette bataille est relaté dans « La chanson de la Croisade contre les Albigeois », vaste poème de 9578 vers assonancés et non rimés. Un seul manuscrit de la relation de cette épopée est conservé à la Bibliothèque Nationale. Plus tard ont été rédigées des traductions ; trois manuscrits nous sont parvenus dont un conservé à Toulouse. Ce récit poétique est le fait de deux rédacteurs : un, identifié Guilhem de Tolède, troubadour médiocre et ayant des difficultés avec la langue d’Oc en raison de son origine navarraise, et l’autre d’une belle facture, à ce jour toujours anonyme, même si certains historiens y devinent le style du troubadour Peire Cardenal.

Lecture par Francis PORNON d’extraits de la Chanson de la Croisade.

Audition de chants de troubadours interprêtés par Muriel BATBIE-CASTELL « Avinens – Cants de Trobadors ».

Les circonstances de l’engagement et du déroulement de la bataille sont décrites par Francis PORNON ; Bien que supérieurs en nombre, les alliés sont divisés pendant l’affrontement, Simon de Montfort attaquant séparément les deux premiers corps d’armée adverse, alors que lui avait su regrouper tous les corps d’armée en un seul.

Pierre d’Aragon fut un très mauvais chef de guerre. Le Comte de Toulouse n’eut même pas à combattre car la défaite était déjà acquise ; il ne put que prendre la fuite et regagner Toulouse. A noter que le Comte, avant l’engagement avait demandé l’autorisation de combattre aux toulousains, ce qui constitue pour l’époque un acte de démocratie et de civilisation remarquable.

Lecture d’extraits du « Chant Général au Pays » poème épique de Francis PORNON publié à Encres Vives (2, allée des Allobroges 31770 Colomiers, 2 volumes, chacun 6,10 €) qui fait allusion au troubadour Raimon de Miraval. L’amour courtois était la règle pour les chevaliers alliés et Pierre d’Aragon courtisa la belle Azalaïs de Boissezon, louée par son ami troubadour.

La défaite de Muret est aussi l’arrêt de l’épanouissement de cette civilisation que l’on nomme aujourd’hui occitane, et qui donnait plus d’importance à l’amour qu’à la guerre.

Il faut s’en souvenir.

 

 

 

 

Monique-Lise COHEN

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Christian Saint-Paul avec Claude Bretin reprennent le cours de l'émission hebdomadaire "les poètes" aprés la pause du mois d'août. Saint-Paul dit le plaisir qu'ils ont tous deux à se retrouver dans cet espace de liberté qu'est Radio Occitania qui produit cette émission depuis trente ans.
Cet été a vu la disparition du poète de notre Sud et plus largement d'un grand poète français : Gaston PUEL; il a été inhumé selon sa volonté au pied de son chêne dans sa propriété de Veilhes dans le Tarn. Outre Saint-Paul, les amis qui l'avaient pu étaient présents : Eric Dazzan, Josette Segura, Georges Cathalo et son épouse, Michel Battle le peintre, Marie-Louise Roubaud de La Dépêche du Midi, René Piniès du Centre Joë Bousquet de Carcassonne, Garrigues, ancien maire de Montauban et d'autres trés émus mais tous soucieux de maintenir vive la mémoire de ce poète qui ne renia jamais son espérance en l'art et la poésie. Une première rétrospective de son oeuvre est prévue pour l'émission du jeudi 12 septembre avec le poéte et critique Georges Cathalo.
Lecture d'extraits du "Cinquième Château".
Le 12 septembre 1213 eut lieu la Bataille de Muret qui a bouleversé l'histoire de notre terre d'Occitanie, mais aussi la Catalogne et l'Aragon. Une émission sur cette tragédie est programmée le jeudi 5 septembre 2013 avec l'écrivain et poète Francis PORNON.
Saint-Paul encourage les auditeurs à s'abonner à la nouvelle revue du poète, essayiste Jean-Michel BONGIRAUD, qui, aprés "Pages insulaires" fait paraître le troisième numéro de "Fermentations, ... dans le mouvement du monde ! "journal de réflexion et d'actualité ( abonnement 5 n°, 20 € à adresser 3, Impasse du Poirier  39700  Rochefort-sur-Nenon). Un journal libertaire dans le sens le plus noble, celui de Camus ou de Brassens. Des articles intelligents, dans la présentation soignée chère à Bongiraud dont la devise est : "Aucune vérité n'est donnée, mais il importe de savoir que le chemin suivi n'est pas celui de l'injustice ni de l'oppression." De belles signatures dont celle du poète et critique Georges CATHALO; lecture d'extraits de "Quotidiennes pour résister" parus dans le journal.

 

Lecture d'extraits de "Rouge Silence" d'Eric BARBIER paru aux éditions Rafael de Surtis collection Pour une terre interdite, 50 pages, 15 €. Ce quatrième recueil paru chez cet éditeur qui accomplit un riche travail pour la poésie, est de haute volée. Représentatif certainement de la poésie d'aujourd'hui : exigeante, travaillée au cordeau, tendant à une tracendance loin des dogmes. Un vrai poète cet Eric BARBIER auquel nous nous devons de consacrer une émission, dans un futur proche. A lire en attendant !

 

Ah ! la lune enfin amère se découvre

hostile aux faux voyages de la nuit

la fatigue cisèle une rivière proche

 

Sur elle seule la relevée malgré

l'ordre professé par de confuses flammes

aucune de tes ombres ne se distingue

 

Ah ! cette lune épuise le sommeil

et couronne chaque herbe d'un vertige

que je crains de ne plus savoir éprouver

 

 

Saint-Paul reçoit une familière de cette émission, tant elle nous livre d'ouvrages passionnants, l'écrivaine, essayiste et poète Monique-Lise COHEN.
Son dernier passage était consécutif à la parution de son livre sur Etty Hillesum aux éditions "Orizons".
Ce soir, elle vient présenter son dernier recueil de poèmes : "Une étoile comptabilisée au coeur des souvenances" paru chez Books on Demand  www.bod.fr et que l'on peut commander sur Amazone, la FNAC etc. , 55 pages, 3,90 €.
Elle explique la genèse de ce livre :
Ces poèmes ont été écrits entre 1994 et 2012. Ils étaient là, comme des textes épars, en attente, dans des cahiers.
Les cahiers furent un laboratoire d'écriture, une expérimentation savante et improvisée à la fois. Car j'écrivais dans une dérive puissante où ma main courait aprés l'enchaînement des mots. Comme pour répondre à un appel à peine formulé.
C'est une voix qui traverse les écrits. Elle vient du papier.
Le jour où Monique-Lise Cohen a rencontré le poète éditeur Bruno DUROCHER, il lui a demandé: "Où êtes-vous ?" Elle n'a pu y répondre et est restée confondue de ce silence.
Un jour, écrit M-L COHEN, je voulus rassembler ces textes écrits entre 1994 et 2012 pour en composer un recueil comme on extrait de la pierre un visage ou comme on cisèle un métal.

 

 Je suis une étoile comptabilisée au coeur des souvenances
Métamorphose au ciel des solitudes
Nombreux mots pour formuler le rêve de l'hypostase
La rosée avant le soleil
Les réponses sont inattendues
Veille du mystère au coeur du jour

Aprés cette sortie du monde,
il reste le feu de la lettre pour celle qui en devient la lectrice tardive.

Et son offrande.
 


Saint-Paul suggère qu'avec ce texte, elle a trouvé enfin sa réponse à Bruno DUROCHER. Et Monique-Lise COHEN en convient, heureuse.

Lecture d'extraits du livre.

Un souffle poétique d'une artiste inspirée à lire sans attendre !

 

 

 

 

Les poètes sont partis flâner un peu

et les émissions sont suspendues

jusqu'au jeudi 29 août 2013.

Dans la mesure du possible

nous continuerons à vous informer sur ce site

des évènements et parutions.

Bon été à tous ! 

 

Simone WEIL

Jacques CANUT

Raphaël MERINDOL

25/07/13

 

En préambule, étant proche de la commémoration de la bataille de Muret qui vit l’effondrement des espoirs des Comtes de Toulouse et partant de toute la civilisation occitane, Christian Saint-Paul lit un court extrait des Cahiers du Sud n° 373-374 de 1943 de la philosophe Simone WEIL qui signait Emile Novis et qui réaffirmait les valeurs morales de cette civilisation occitane avec ses valeurs chevaleresques du Parage, l’accueil de l’étranger comme un habitant de la ville dès lors qu’il en franchissait les portes. «Le poète de Toulouse sent très vivement la valeur spirituelle de la civilisation attaquée ; il l’évoque continuellement ; mais il semble impuissant à l’exprimer, et emploie toujours les mêmes mots, Prix et Parage, parfois Parage et Merci. (…) Et pourtant c’est une cité, c’est Toulouse qui vit dans le poème, et elle y palpite toute entière, sans aucune distinction de classes. Le Comte ne fait rien sans consulter toute la cité, « li cavalier el horgez e la cuminaltatz », et il ne lui donne pas d’ordres, il lui demande son appui » écrit-elle, et elle est convaincue que les citoyens de la ville « voulaient sauver au prix de leur vie, Joie et Parage, une civilisation chevaleresque ».

Des propos à méditer et une philosophe au génie et à l’éthique exceptionnels à lire ou relire.

 

C’est ensuite le poète Jacques CANUT qui est évoqué car il vient de faire paraître deux derniers « Carnets confidentiel ». Ce poète qui publie des recueils de poésie depuis 1975, quelques uns en espagnol, vit à Auch et peaufine au cours des ans, avec des illustrateurs de haut vol ces Carnets confidentiels, sorte de chronique poétique de ses réflexions, rendant à ce que PERROS appelait la vie ordinaire, toute sa valeur suggestive. Si le ton est fatalement parfois nostalgique comme il peut l’être au regard d’une longue vie remplie de poésie, il n’est jamais geignard. Ses mots, retenus, évitant tout pathos, enveloppent le lecteur d’une tendresse pudique. Le poète est rendu aujourd’hui à la méditation avant tout et peut regarder avec lucidité l’agitation vaniteuse de ses contemporains :

Ton cœur, tel un paysage de brume

aux approches de Noël :

cerné d’insidieuses inquiétudes,

de naïves espérances.

 

Tu te complais (et on l’ignore)

au plus profond de ta province

d’où tu regardes tant d’autres

s’activer se démener

s’écharper

en épiques combats de coqs

au pinacle

de la vanité.

 

*****

appréhension des jours sombres

les habits qu’on range

jusqu’à l’année prochaine

le repli de l’aïeule sur la maison

de retraite

au loin les collines battues des vents

l’accoutumance à une vie nouvelle

le sexe et ses rares sollicitations

le petit chat boiteux dans sa permanente

et affectueuse fraîcheur

 

l’existence qui s’enfonce

dans la pernicieuse haleine

de l’arrière-saison

 

Les Carnets n° 40, « Cantilène » est illustré d’un dessin de Jacques BARBIER et pour le n° 41, « Le semeur intempestif » c’est Claudine GOUX qui a réalisé l’illustration de couverture avec ses couleurs vives, joyeuses et ses figures à la Miro qui sont elles aussi de véritables poèmes.

Semeur intempestif

tel un Dieu.

Dispensant le meilleur

et le pire ;

la douleur

et le rire.

 

Son numéro terminé

il salue

imperméable

aux sifflets

aux applaudissements.

 

Lecture in extenso des deux Carnets confidentiels.

A commander chez l’auteur 19, allées Lagarrasic  32000  Auch.

 

Cardère éditeur vient de faire paraître un livre de poèmes de Raphaël MERINDOL « L’arbre de vie », 96 pages, 15 € qui est un vrai livre d’art de par la qualité de sa mise en page et des illustrations qui répondent avec brio aux textes.

Voici la présentation de l’ouvrage par l’éditeur :

Recherchant dans le poème la précision et la concision, comme l’élégance et la musicalité, Raphaël Mérindol exalte en la condensant une mélancolie ancrée dans l’instant. L’Arbre de vie, dédié à son jeune fils Kléber-Henri, ne dévie pas de cette ligne poétique, épurée jusqu’à une forme proche du haïku. Le recueil, comme son nom l’indique, est un éloge à un personnage que l’auteur admire – vénère ? –, l’arbre, ou plutôt les arbres dans leur diversité de caractères. Quatre peintres provençaux à la notoriété solidement établie – Pierre Cayol, Christian Jauréguy, Jean-Pierre Péransin et Le Zhang (artiste qui partage son temps entre la cité des Papes et Pékin) – se sont prêtés au jeu de l’illustration de trois poèmes chacun, par amitié pour l’auteur.

Historien d'art depuis 20 ans, Raphael Mérindol a réalisé un important travail sur l'École avignonnaise (peinture et sculpture du 19 et 20 ème siècle), reconnu par le conservateur du Musée d'Orsay, Anne Pingeot. Il est par ailleurs l'auteur de nombreux articles et notices biographiques parus dans des revues d'histoire et d'archives. Enfin, Raphaël Mérindol est un poète inspiré de Verlaine, Apollinaire, Baudelaire, etc.

« L’Arbre de vie » est dédié à son jeune fils Kléber-Henri.

 

Point n’est besoin d’une allée de cimetière,

un seul cyprès dans la campagne solitaire

par son plain-chant rappelle cette vérité

première : la vie est un chemin de croix.

 

Lecture in extenso du livre.

Des textes d’une puissante intensité poétique qui font l’apologie de l’arbre donc de la vie. Un vrai régal ce livre et une idée intelligente de cadeau.

A commander en librairie ou directement sur le site de l’éditeur : www.cardere.fr 

 

Esther GRANEK

 

Muriel BATBIE CASTELL

 

18/07/13

 

Christian Saint-Paul lit un poème de Jean-Claude XUEREB « Dédicace à l’invisible » dédié à Gaston PUEL, extrait du recueil « Entre cendre et lumière » paru chez Rougerie, 75 pages, 13 €.

Dédicace à l’invisible

                        à Gaston Puel

 

Soudaine irruption d’un oiseau

effusion d’ailes charbonneuses

bec et ongles griffent la vitre

 

Une impatience dénuée

de peur plutôt le brusque éclair

de quelque allusive présence

 

Un œil vif m’interoge

comme pour s’assurer

de l’accueil du message

avant de disparaître

 

Me reste à deviner

une intraduisible parole

qui s’épuise en un chant

sans pouvoir se nommer

 

Quel être entendrait délier

la langue fertile au secret ?

à l’invisible je dédie

le poème saisi

par cette irruption de l’oiseau

 

Profonde est la peine de la disparition de Gaston PUEL, car comme se plait à le rappeler Yves CHARNET « la tristesse durera toujours », mais les poètes ont ceci de singulier c’est que par la parole qu’ils nous ont léguée, ils sont devenus éternels.

 

Saint-Paul signale l’incessant et infatigable travail accompli par l’écrivain, poète, éditeur Michel COSEM qui fait paraître pour l’été trois numéros d’Encres Vives, dont deux dans la nouvelle collection qu’il a créée « Arrêt sur image ».

En effet le n° 417 est consacré à l’œuvre en cours mais déjà bien dense d’Anne MOUNIC, spécialiste par ailleurs de la pensée de Claude VIGEE ; avec « L’inerte ou l’exquis » ou « Le lent pétrissage de la durée », Anne MOUNIC « perçoit davantage désormais ce qui lui paraît composer l’unité des diverses directions prises par sa recherche, poétique, narrative, critique, et picturale. » De nombreux textes, bien présentés, bien illustrés, nous éclairent sur cette œuvre importante de la poésie française. Un document à connaître pour tout amateur de poésie contemporaine. Et bien entendu, une œuvre en cours à suivre.

 

C’est Eric CHASSEFIERE qui poursuit cette collection « Arrêt sur image » par le 418ème n° d’Encres Vives avec « Itinéraire poétique » et la participation de Silvaine ARABO, Marine ASSOUMOV, Catherine BRUNEAU, Françoise FAVRETTO, Paul SANDA ; tous ces textes donnent envie de lire Eric CHASSEFIERE dont la bibliographie figure sur la 4ème de couverture.

 

Enfin Eric DUBOIS fait paraître dans le n° 419, « Assembler les rives » poèmes au ton saccadé, dépouillé jusqu’à l’os, jetés en pâture aux lecteurs comme des cris d’angoisse cachant une tendresse fraternelle, même s’il s’interroge : « Le nombre dans le labyrinthe / sommes-nous tous égaux ? ».

Ce poète auquel nous avons déjà consacré une émission est aussi notre confrère puisqu’il anime une émission « Le lire et le dire » sur Fréquence Paris Plurielle (106,3 en m.f. Paris).

 

Jean-Michel BONGIRAUD poète, écrivain, essayiste poursuit avec bonheur son travail d’éditeur en faisant paraître le n° 3 de son journal « Fermentations, … dans le mouvement du monde ! », Journal de réflexion et d’actualité dont la belle devise est : « Aucune vérité n’est donnée, mais il importe de savoir que le chemin suivi n’est pas celui de l’injustice ni de l’oppression ». Un journal de grande qualité dont « les poètes » parleront prochainement. S’abonner, 5 € le numéro, 20 € le 5 n° en s’adressant à Jean-Michel BONGIRAUD, 3 Impasse du Poirier 39700 Rochefort-sur-Nenon. Voir aussi : parterreverbal.unblog.fr

 

L’invitée de l’émission qui a rejoint depuis l’Ariège où elle réside les studios de Radio Occitania est l’occitaniste fervente, (voix du métro à Toulouse), soprano, musicienne, compositeur de mélodies, Muriel BATBIE CASTELL qui vient ce soir, moins pour présenter son œuvre personnelle que pour parler et contribuer à la diffusion des créations d’une poétesse avec laquelle elle vient de nouer des liens profonds d’amitié et de complicité artistique : Esther GRANEK ; en effet Esther Granek est une poétesse belge de langue française. Auteur-compositeur de chansons, poèmes, ballades, textes d’humeur et d’humour, elle a publié plusieurs recueils. Née à Bruxelles le 7 avril 1927, elle est autodidacte du fait des lois antijuives durant l’Occupation. Elle habite en Israël depuis 1956. Elle a été employée à l’Ambassade de Belgique à Tel-Aviv aux fonctions de secrétaire-comptable durant 35 ans. La décoration civique de première classe lui a été décernée en récompense de la qualité de son travail. Certains de ses poèmes ont été dits à la Radio-Télévision belge.

Muriel BATBIE CASTELL présente très sommairement son œuvre propre qui va de Cants de Trobadors, à Canta a capella entre autres (ses productions sont accessibles sur son blog) et l’on écoute un poème qu’elle a mis en musique du troubadour Pèire VIDAL.

Elle explique ensuite sa démarche avec Esther GRANEK, tissée d’estime artistique réciproque comme il en ressort des échanges de courriels entre l’Ariège et Tel-Aviv :

« Chère Muriel, je suis si heureuse à l'idée d'être chantée par vous !

Je crois que cela plaira au public Etant moi-même très lue sur Internet

(je le dis sans modestie ! ), je pense que vous serez aussi très écoutée

et que vous ferez de belles choses. 

Je pense que ce doit être enthousiasmant de créer des chansons

et de les faire connaître. Je vous souhaite grand succès. » (17 sept. 2012)

 

« Chère Muriel, vos lignes me réchauffent le coeur, et je me dis que, grâce à vous,

mes chansons et poèmes me survivront peut-être, et c'est une bien agréable pensée, 

et comme un cadeau du ciel.

Je me réjouis de vos projets et je suis persuadée qu'un jour on vous entendra

à la radio m'interprétant.

Nous nous sommes rencontrées sur Internet et le hasard fait parfois bien les choses.

Amitiés,Esther »

(19 sept. 2012)

*

L’écriture d’Esther GRANEK est empreinte de légèreté et de nostalgie, tout comme ses mélodies.

Lecture d’un poème :  « Attente »

 Cette graine que je tiens
dans le creux de ma main,
qu’en naîtra-t-il demain ?
Un roseau ou un chêne ?
Quelque plante de jardin ?
J’ignore et ne m’en plains.
Mais le coeur me palpite,
sachant qu’en elle habite
une vie qui attend
mon plaisir du moment
et qui dira : présent
pourvu que je lui trouve
bonne terre qui la couve.
Ainsi, bonne graine attend.

Diffusion de « J’ai attrapé un chant d’oiseau » chanté par Muriel BATBIE CASTELL ; lecture ensuite alternée de poèmes et chants a capella en direct dans le studio de Muriel B.C.

Un vrai moment de création de la part de notre invitée soprano qui fait entendre avec une générosité incontestable la belle parole d’Esther GRANEK qui préfère cela à tout commentaire sur sa vie et son style.

Enfin l’émission s’achève sur la diffusion de « Alba de Luna » enregistrée par Muriel BATBIE CASTELL et qui a remporté le premier prix du concours 2013 de la chanson poétique de l’Académie des Jeux Floraux ».

A signaler également que l’Ensemble Instrumental de l’Ariège fait paraître un CD « Le chemin des Bonshommes » avec Muriel comme soprano, que l’on peut commander sur le site de l’Ensemble.

Une soprano qui met son talent, sa passion et sa création au service de la poésie contemporaine, après son succès dans les œuvres classiques ou traditionnelles est  à saluer. L’exceptionnel dynamisme créatif d’Esther GRANEK participe de ce même élan qui rassemble souvent les artistes pour notre plus grand plaisir et pour la dignité de l’humanité.

 

Patrick CAUJOLLE

11/07/13

 

Christian Saint-Paul reçoit Patrick CAUJOLLE écrivain, poète, auteur entre autres des « Mystères de la Haute –Garonne » et des « Mystères du Gers » qu’il vient également de publier chez de Borée. Ce soir là, il vient présenter son livre paru au « Papillon Rouge Editeur » : « Histoire de la France polissonne ». Voir doc.

Ce livre constitue un excellent divertissement pour l’été et un vrai document d’histoire, d’une parfaite originalité.

L’auteur lors de l’entretien radiophonique brosse les tableaux savoureux et surprenants de quelques épisodes de cette histoire particulière de la France.  Si les récits historiques, aboutissement d’une minutieuse enquête sont d’une succulence raffinée, cet ouvrage comme le mentionne l’éditeur, est accessible à tous publics. Rien d’inconvenant dans cette suite de révélations historiques qui satisferont la curiosité et le plaisir de tous, tant l’humour règne d’un bout à l’autre de ce livre.

A découvrir sans attendre et à emporter en vacances !  

 

 

Yves CHARNET

04/07/13

 

Christian Saint-Paul reçoit Yves CHARNET écrivain, poète, critique, essayiste qui vient présenter son livre « Le divorce » paru aux éditions Belin collection L’extrême contemporain dirigée par Michel Deguy. C’est une période particulièrement riche en création pour l’auteur de « Les proses du fils » qui était récemment dans les mêmes studios de Radio Occitania pour présenter « La tristesse durera toujours » paru à La Table Ronde.

Nous écoutons avant de s’élancer dans l’exégèse de ce divorce, le poème d’ARAGON mis en musique par Georges BRASSENS : « Il n’y a pas d’amour heureux ».

Le ton est donné, ce poème est cité bien sûr dans le début du livre de CHARNET. C’est toujours en poète que ce dernier a accouché de ce livre comme une catharsis. Car pour lui, « chaque livre est un divorce. Chaque livre est une désertion ». Et « on oublie jamais sa haine ». «Pire que le fait d’être quitté. C’est de ne pas savoir pourquoi ». « Pire que la farce d’être né sans nom. D’être né de personne ».

Ce livre est l’assemblage d’une suite de poèmes en prose, comme un long lamento dont le ton nous conquiert telle une musique étrangement désespérée mais si agréable à entendre. Un choc douloureux certes mais dont ne redoute pas la suite, car le style et l’extrême vérité du récit empêchent toute saturation. Un des paradoxes de la poésie est qu’elle donne de la légèreté au plus grave si les mots sont bien assemblés. Et CHARNET est le virtuose de ce tour de passe-passe qui permet de lire avec un plaisir qu’il serait vain de cacher, le compte rendu d’évènements qui ailleurs paraîtraient presque sordides. Car le fond est rude. « Il n’y a pas vraiment de cohérence dans une vie. Dans un journal non plus ». « Le manque n’en finit pas. L’imposture non plus ».  Ce livre, confirme CHARNET a été conçu comme un journal et non une autobiographie. Les mots sont recueillis au jour le jour, dans l’instant. Ils ne sont pas maquillés de la connaissance du devenir.

Lecture par l’auteur d’un extrait du livre.

Le fils de CHARNET, Augustin, « pastiche le style du père qu’il a », preuve que ce style colore la vie de ceux qui l’éprouvent d’une impression indélébile. « On est ce qu’on donne. Des mets, des mots ».

Les mots qui disent l’effarant constat : « Nos vingt huit ans d’amour n’auront été qu’une illusion ». « A ce spectre grotesque, restera pour s’étourdir la démesure des mots pour ne rien dire ».

CHARNET cite dans ce livre encore, Maurice Pialat : « Finalement on ne raconte que des blessures ».

Seule la poésie était capable de raconter ça. « L’expérience de la disparition de l’amour ».

Et si le départ de l’épouse est « le trauma de trop, pire que la naissance », il admet qu’il « n’a jamais été plus père que depuis le divorce ».

Dans le dialogue avec Saint-Paul Yves CHARNET évoque RIMBAUD ; cette photo de lui étrangère à celle de l’adolescent mythique, un homme en Ethiopie comme les autres trafiquants européens. « Chaque poète est un homme sans œuvre. Un type posthume. Chaque écrivain vit comme un défunt. Calfeutré dans sa folie ».

C’est aussi TOULOUSE-LAUTREC qui est cité : « Il y avait dans ce corps cassé, une formidable fureur. Un parti pris du désir, même foutu ».

Et retour au sentiment de paternité : « J’aime que la paternité soit ainsi ce don en pure perte. Comme l’enseignement, la transmission, les poèmes ».

CHARNET a appris à ses dépens que « la vie n’est pas un don. Juste une transmission ».

Et puis « les livres sont des sorties de secours. Pour nos histoires sans issue ».

Oui « C’est une sale guerre. Le divorce ».

Peu d’auteurs, certainement aucun, ne pouvait en parler comme Yves CHARNET, avec cette lucidité terrifiante et pourtant ce miraculeux exorcisme, apanage de celui qui sait « faire », au sens étymologique du mot,  la poésie.

 

 

 

Alexandre ROMANES

Lydie DATTAS

28/06/13

 

En préambule Christian Saint-Paul invite les auditeurs à se rendre le samedi 29 juin 2013 à 17 h au Centre Joë Bousquet et son Temps de Carcassonne à la visite accompagnée de l’exposition «  Joë Bousquet – Jean Ballard et les Cahiers du Sud » par Alain FREIXE.  Et le lendemain dimanche 30 juin 2013 à 16 h à Sigean (Aude) aux Ateliers de la Maison du Roy, 1, rue de la Barbacane  pour une rencontre autour de Joan JORDA, Salvador ESPRIU, Gaston PUEL, avec la participation et des lectures en occitan, catalan et français de Jean-Marie PETIT, Alain FREIXE, Danielle CATALA, Joan JORDA. Saint-Paul salue le magnifique travail qu’accomplit sans relâche René PINIES qui dirige le Centre Joë Bousquet et son Temps.

Saint-Paul rappelle l’amer constat de Nietzsche : « La plus laborieuse des époques, la nôtre, ne sait que faire de son labeur, de son argent, si ce n’est toujours plus d’argent, plus de labeur » repris un siècle plus tard par Pascal Bruckner : « Plus les rapports humains sont soumis à l’emprise du service, plus ils se dégradent, s’étiolent. C’est le revers de la médaille.  Les autres ne sont que des serviteurs destinés à étancher toutes mes soifs, assouvir toutes mes lubies. A chacun de nous de savoir s’il veut habiter cette terre en petit maître ou en poète, en parasite ou en ami ».

C’est en poète et en ami que nous tentons ici d’habiter la terre.

Et l’ami et poète, justement Saint-Paul l’a rencontré dans la ville, le poète chanteur Bruno RUIZ ; nous écoutons ce superbe poème mis en musique : « Chant du muséum ».

« Toute vie peut déboucher sur la poésie » affirme Roberto JUARROZ dans « Poésie et création » (José Corti éditeur) ; lecture de la page « La Poésie et le Poète ».

Saint-Paul recommande la lecture de l’anthologie personnelle de Claude CAILLEAU préfacée par Jean-Marie ALFROY « Cocktail de vie » parue aux éditions éditinter collection anthologies, 150 pages, 16 €.

Lecture de la biographie résumée de Claude CAILLEAU et d’extraits du livre. Une émission sera consacrée à cet auteur important qui dirige par ailleurs avec son épouse la revue de la rue Ventura.

 

La lecture de Juan GOYTISOLO poète majeur de l’Espagne à partir des années soixante où il incarnait en sus du génie poétique, la volonté de résistance au franquisme et à la centralisation culturelle, en particulier son livre « Jean GENET à Barcelone », a conduit  Saint-Paul à s’intéresser à Lydie DATTAS et à Alexandre ROMANES poètes qui ont fréquenté GENET.

Tout d’abord Lydie DATTAS qui a publié ses premiers poèmes à seize ans ; fille d’un organiste de Notre-Dame et d’une actrice de théâtre, elle est l’auteur du « Livre des anges », de « La chaste vie de Jean Genet », et de « La foudre ».

Jean GENET on le retrouve dans son recueil de poèmes en prose « La Nuit Spirituelle » (Gallimard nrf, 40 pages, 7,20 €).

Rejetée par Jean GENET qui ne supportait pas qu’elle le contredise par une parole désastreuse : « Lydie est une femme et je déteste toutes les femmes », elle décida d’écrire un poème si beau qu’il l’obligerait à revenir vers elle. Pari réussi au-delà de toute espérance ! Un des plus beaux plaidoyers en faveur de l’importance spirituelle de la femme, salué entre autres par Jean GROSJEAN, Ernst JÜNGER et Jean GENET lui-même « qui a pris une gifle » selon ses propres mots.

Lecture d’extraits du livre.

Lydie DATTAS préface le livre d’Alexandre ROMANES « Un peuple de promeneurs – histoires tziganes » paru aux éditions Gallimard  nrf, 117 pages, 11 €.

Ce poète loin de la société littéraire, issu du cirque, dompteur de lions et amoureux du voyage a déjà publié chez Gallimard « Paroles perdues » en 2004 et « Sur l’épaule de l’ange » en 2010.

Une vie et des mots qui auraient comblé GENET ; ce poète à l’absolu génie intuitif nous entraîne dans le monde étrange des nomades, tziganes, gitanes. Les raccourcis, la justesse de ton et de mots font de ce livre un prodige de poésie où se reflète une vie où les règles sociales sont comme inversées. Un regard fascinant sur la différence des êtres, sur la pauvreté, la richesse et la liberté.

Lecture de larges extraits du livre.

A lire comme un antidote ou mieux, un antipoison aux ravages d’une société normée et esclave de son consumérisme.

 

21/06/13

consacre un double numéro

à Nicolas DIETERLE

voir le sommaire par ailleurs trés riche

à commander tout de suite !

 

En préambule Christian Saint-Paul indique qu’à Toulouse  les 12 et 13 octobre  2013, le VIII°salon du Livre des Gourmets de lettres placé sous l'Egide de l'Académie des Jeux Floraux se déroulera dans les salons de l'hôtel d'Assézat. A cette occasion un prix de poésie sera décerné  pour couronner un ouvrage déjà publié. Les auteurs sont invités à participer à ce concours.

(dont voici le règlement  et le programme de ces journées) 

Isabelle LEVESQUE, auteure de plusieurs livres de poésie, qui collabore étroitement à la parution de la revue Diérèse, revue trimestrielle de poésie & littérature (abonnement annuel 40 € règlement à l’ordre de Daniel MARTINEZ, 8, avenue Hoche  77330 Ozoir-la-Ferrière) est jointe par téléphone depuis les Andelys en Normandie. Elle vient présenter le dernier numéro de Diérèse consacrée en majeure partie à Nicolas Dieterlé. Il s’agit du numéro double 59/60, 312 pages, 15 € (à commander même adresse que ci-dessus).

Elle expose la biographie de cet artiste qui connut une vie brève : 1963 – 2000, « trente sept années parcourues de rêves et de cauchemars, dont on retrouve la trame dans les poèmes et le journal » ; ce poète qui était aussi peintre n’a rien publié de son vivant et n’avait réalisé qu’une exposition.

Voici la biographie indiquée par l’éditeur Arfuyen :

Nicolas Dieterlé est né le 28 août 1963, d’une famille de missionnaires et de pasteurs protestants. Son enfance se passe au Ghana, puis au Cameroun dans un hôpital de brousse de l’Église protestante où son père est chirurgien.
     Le retour en France, en 1973, est une rupture douloureuse avec l’Afrique, inséparablement liée pour lui avec le monde de l’enfance. Après des études secondaires à Grenoble, il entreprend des études à l’École du Louvre puis Sciences Po.   
     Objecteur de conscience de 1987 à 1989, il commence ensuite une vie professionnelle difficile de journaliste free lance. En 1994-95 il est rédacteur en chef adjoint de Valeurs Vertes, spécialisé sur l’environnement, collabore à Témoignage Chrétien puis, dans les derniers mois de sa vie, à Actualité des Religions.
     En mars 2000, il s’installe dans le Var et travaille à une biographie de Novalis. Rongé par la maladie, il choisit de se donner la mort le 25 septembre 2000.
     Nicolas Dieterlé n’a de son vivant jamais souhaité publier aucun texte, mais laisse des écrits nombreux – récits, proses et poèmes. Il n’a également rien voulu montrer au public de son travail pictural, mais il laisse plus de 500 peintures et dessins. De nombreuses expositions ont eu lieu ces dernières années. Signalons qu’une association des amis de Nicolas Dieterlé a été créée en 2007 sous le nom La pierre et l’oiseau.

 

Isabelle LEVESQUE insiste sur l’importance de l’Afrique dans l’ancrage des sensations chez le jeune Nicolas Dieterlé. Il était très attaché à sa famille ; lecture par Isabelle Lévesque d’une lettre du poète à son père publiée dans la revue ainsi qu’un poème en prose Le Rocher.

En 1999, Nicolas Dieterlé rédige Le Journal publié aujourd’hui pour la première fois dans Diérèse. Lecture d’extraits.

Auparavant avaient été publiés :

La Pierre et l'Oiseau. Journal spirituel 1994-2000 suivi de lettres et textes divers, Genève, Labor et fides, 2003. Préface de Michel Cornuz.

L’Aile pourpre, Arfuyen, 2004. Notes mars-septembre 2000, postface de Régis Altmayer.

Ici pépie le cœur de l'oiseau mouche, Arfuyen, 2008. Fragments.

Deux numéros de Diérèse.

Vient de paraître la publication du catalogue raisonné des œuvres (plus de 800 toiles) et une exposition est organisée à la galerie Moisan à Paris.

Isabelle LEVESQUE fait part aux auditeurs de la genèse de ce second volume de Diérèse sur Nicolas DIETERLE ; elle se félicite des rencontres fructueuses avec Gaetano PERSECHINI, peintre et avec les parents de Nicolas, Christiane et Jean-Daniel Dieterlé. Les photos émouvantes qui illustrent la revue sont de son père et de sa sœur Marie-Pierre.

Lecture d’extraits du Journal par Saint-Paul.

Lecture par Isabelle LEVESQUE d’un poème de Nicolas Dieterlé Les Libellules ; de poèmes de Jean-Claude PIROTTE, d’un texte critique de Pierre Dhainaut.

Un numéro exceptionnel qui rassemble tant de témoignages sur l’intérêt de cette œuvre de celui qui écrivait :

Les mots sont l’affleurement sur le papier, hors du silence de la page blanche, d’une eau qui me baigne de toutes parts et que je ne perçois pas directement. Les mots me la rendent visible, mais avec quelle déperdition !

A lire absolument !

   

 

Alem SURRE-GARCIA

Anne CAMERON

 

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13/06/13

 

 

 

L’émission est consacrée au :

 

qui a eu lieu la veille.  Anne CAMERON comédienne qui donne des lectures spectacles et performances poétiques en français, anglais, russe, espagnol et Alem SURRE-GARCIA poète, essayiste, écrivain, librettiste, sont venus aux studios de Radio Occitania parler de ce réjouissant spectacle et de la poésie de SHAKESPEARE  et des poètes gascons de la fin du XVIème et début XVIIème siècle. 

Anne CAMERON en premier lieu indique quelle a été sa carrière théâtrale (formation au cours Simon à Paris et au R.B. College de Londres) qui l’a conduit de France Culture au théâtre à Paris et à Nantes avant de s’installer à Toulouse en 1996. Elle a notamment joué avec Didier CARETTE, Henri BORNSTEIN, puis avec la Cie Autres Mots. Particulièrement attachée à la poésie, elle a mis en scène PINTER, Prune BERGE et les poètes de la 1ère Guerre Mondiale. Pour les besoins du Café TROBAR, elle a procédé à sa traduction des sonnets de SHAKESPEARE qui ont été dits.

Alem SURRE-GARCIA explique pourquoi il a rapproché Shakespeare et les poètes gascons de cette époque. La Garonne est un fleuve shakespearien. De Soulac à Port-Sainte-Marie, ce fleuve perpétue l’imaginaire anglo-gascon. C’est dans le folklore de Gascogne que BLADE trouva le thème de la reina castiga la reine châtiée, qui aurait donné à Shakespeare l’idée d’Hamlet. Les doutes du jeune prince semblent également venir du Que sais-je ? de Montaigne à travers une traduction de John FLORIS. Montaigne qu’Elie FAURE désigna comme père spirituel de Shakespeare. Être ou ne pas être. Abjurer ou non. Noste Enric deviendra Henri IV. Hamlet sera écrit treize ans plus tard… L’action de Peines d’amour perdues  se déroule à la cour de Navarre à Nérac. La tragédie du roi Richard II évoque Richard of Bordeaux.

Les Plantagenêt sont pour Shakespeare des héros nationaux. Le Roi Jean met en scène le conflit entre Jean sans Terre, fils d’Aliénor, et le roi de France. Nous retrouvons les traces de Thomas Beckett de Canterbury le long de la Garonne, de Castelnau-d’Estrefonds à Saint-Bertrand de Comminges. Le thème de l’armée portant une forêt dans Macbeth est déjà inscrit dans le Médoc, lors de la bataille décisive des Français contre les Anglo-gascons en 1453. Le Médoc est aussi le pays d’élection des sorcières qu’Odilon peindra. Dans l’épopée Huon de Bordeaux, apparaissent beaucoup d’éléments que Shakespeare utilisera dans La Tempête, et notamment le personnage d’Obéron. Mais le dramaturge s’inspirera surtout des nouvelles de Mateo BANDELLO résidant à Port-Sainte-Marie : Roméo et Juliette, Beaucoup de bruit pour rie, et La Nuit des Rois…

Puissent un jour prochain Nérac ou Port-Sainte-Marie prendre conscience de ce prestigieux héritage ! exhorte Alem SURRE-GARCIA.

En correspondance avec les vers de SHAKESPEARE, ce sont les Gascons Andriu (André) du PRE né vers 1750 et Bertrand LARADE né en 1581 et dont on ignore les dates de décès, qui sont cités. Ce sont les représentants choisis par Alem SURRE-GARCIA du siècle d’or de la Poésie Gasconne qui va de 1550 à 1650. Ces poètes sont aussi perçus comme des poètes baroques occitans.

Lecture des sonnets anglais, des poèmes en langue Oc et de leur traduction en français.

Le ton des textes dits est sans pathos, souvent léger, parfois amusant, mais ils recouvrent une vision lucide, moderne de l’amour et à ce titre ils sont parfaitement intemporels. Rien de démodé dans ce lamento de l’amour parfaitement donné à méditer par nos deux invités. A signaler que la soirée de ce Café TROBAR était aussi l’œuvre du comédien Jean-Michel HERNANDEZ et du musicien Jean-Pierre LAFITTE qui ont été acclamés chaleureusement par le public.

Un pan de notre Histoire d’Occitanie à ne pas oublier !

Alem SURRE-GARCIA

Anne CAMERON

 

Francis PORNON

Flore EGAL

06/06/13

 

C’est avec douleur que Christian Saint-Paul annonce la disparition de Gaston PUEL figure prépondérante de la poésie de notre siècle et du XXème siècle. Né en 1924 à Castres sa vie a été vouée entièrement à l’art et à la poésie. Il faut lire cette œuvre équilibrée et subtile qui réconcilie avec les outrances et les ratés de certains créateurs de la même époque. Un poète humaniste loin des idéologies totalitaires des petits maîtres qui menacent encore aujourd’hui la liberté et l’égalité des chances des créateurs.

Le hasard a voulu que le Centre Joë Bousquet de Carcassonne ait programmé pour le dimanche 30 juin 2013 à 16 h à Sigean dans l’Aude autour de l’exposition de Joan Jordà « Mythologies », 1, rue de la Barbacane aux Ateliers du Roy, des lectures du poète catalan Salvador ESPRIU (1913 – 1985) et de Gaston PUEL, par Danielle CATALA, Alain FREIXE, Jean-Marie PETIT et Joan JORDA.

L’émission « les poètes » rendra hommage à Gaston PUEL au cours d’émissions futures. D’ores et déjà vous pouvez écouter le document enregistré en 2005 en cliquant ici.

 

L’émission se poursuit de la même manière que le spectacle continue, en dépit de toutes circonstances, avec l’accueil

du poète écrivain Francis PORNON.

Il vient ce soir rendre compte d’une création poétique originale qui va enrichir notre patrimoine en français sur notre terre occitane, puisqu’il s’agit d’une œuvre centrée sur la ville de Fabrezan dans les Corbières : « Chant Général au Pays » paru en 2 volumes dans la collection Lieu d’Encres Vives dirigée par Michel COSEM (chaque volume 6,10 € à commander 2, allée des Allobroges  31770 Colomiers).

Francis PORNON vient accompagné de la comédienne Flore EGAL qui lira des extraits de cette œuvre à la Fête du Livre de Sainte-Foy-de-Peyrolières (31) le dimanche 9 juin.

Le poète explique la genèse de cette épopée à cette terre des Corbières : en résidence à Fabrezan durant trois mois pour le Centre National du Livre, il s’était engagé à écrire un texte évoquant le pays et les gens. C’est un texte de poésie qu’il a choisi. Un texte à dire dans la tradition des troubadours et de ceux (beat generation, chanson folk occitane, poètes chanteurs comme Brassens ou Ferré) qui ont laissé les traces d’une oralité vivante.

Faire entendre le génie de l’endroit était le défi relevé par Francis PORNON, qui se devait de témoigner de cette terre aujourd’hui mais éclairée par son turbulent et prestigieux passé.

Francis PORNON a réussi cette délicate mission en mettant en scène par les mots et leur musique les lieux et les hommes dans leur noblesse souvent dépouillée et sèche.

C’est la forme plus classique des rimes qui a été préférée par le poète pour mener à bien sa mission et rendre cette atmosphère épique qui ne quitte pas ce Chant Général au Pays.

Au cours de l’entretien l’auteur cite les personnages historiques qui ont marqué la vie des Corbières comme Charles CROS enfant de Fabrezan qui mérite le détour, le troubadour Raimon de Miraval, les auteurs de la Chanson de la Croisade Albigeoise.

L’œuvre fait référence aussi à des personnages qui ont marqué l’histoire locale quand celle-ci devenait l’histoire nationale comme le docteur FERROUL, maire de Narbonne lors de la révolte de 1907 ou Marcelin ALBERT.

Une Histoire qui n’est pas exempte de violence comme il se doit quand on se retourne sur ce qui ancre une terre.

Flore EGAL lit de larges extraits du « Chant Général au Pays ».

Un texte passionnant, très accessible et entraînant par sa musicalité !

Ce texte redonne du sens à Fabrezan et aux Corbières, pays qui a subi une évolution radicale tout en étant demeuré un pays fier légitimement de sa terre, de ses paysages et de ses hommes, ceux qui sont restés heureux dans une dignité inébranlable. Espérons que cette œuvre sera portée par un spectacle à sa mesure pour le plus grand bien de tous.

Dans l’immédiat, à lire sans attendre !

Francis PORNON

Flore EGAL

 

Aurelia Lassaque

30/05/13

 

 

Christian Saint-Paul reçoit  Aurélia LASSAQUE poète, se produisant sur scène, qui fut animatrice il y a une dizaine d’années à Radio Occitania et produisait « Paraulas » et qui a déjà publié quelques livres dont Solstice and Other Poems  (bilingue occitan-anglais), Cinquena Sason– Cinquième saison, Ombras de Luna – Ombres de Lune... Les titres des recueils d’Aurélia Lassaque, qui vit dans le Toulousain, disent sa double appartenance linguistique au français et à l’occitan. Elle travaille souvent avec des peintres et a été responsable en 2011 de l’exposition  « Dialogue entre Cultures et Langues » au Conseil de l’Europe. Elle vient de soutenir un doctorat sur la dramaturgie occitane baroque. Son recueil Pour que chantent les salamandres  a été publié aux Éditions Bruno Doucey.

 

Pour que chantent les salamandres

 

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Le mot de l’éditeur : Elle s’exprime en deux langues, le français et l’occitan, sans que l’on sache toujours, dans le cours limpide de son écriture, quelle est la part de l’affluent et celle du confluent. Elle, c’est Aurélia Lassaque, poète née en 1983 que je suis heureux d’accueillir dans ma maison d’édition. L’univers poétique d’Aurélia est libre, fantaisiste, singulier. Dans ce recueil, elle nous convie d’abord à une fête païenne lors de la journée la plus longue de l’année, celle du solstice d’été. L’atmosphère y est envoûtante, presque primitive. Les textes qui suivent prolongent cette prégnance des fantasmagories agrestes. La figure du Phénix, celle d’un faune, la présence d’Orphée et Eurydice confèrent une dimension mythologique à ces poèmes qui renouent souvent avec les visions oniriques de l’enfance, sans jamais omettre la vitalité joyeuse de l’amour.

Extrait :

« La belle se baigne.
La rivière a changé de lit
et contre son corps livré
l’eau noire a sorti ses tambours
pour que chantent les salamandres »

Collection « L’autre langue » 

Des recueils poétiques destinés à accueillir ces étranges étrangers qui font le choix d’écrire en français.

Diffusion harmonia mundi
Pages : 112
Prix : 14 €
ISBN : 978-2-36229-045-9

Au cours de l’entretien avec Saint-Paul Aurélia LASSAQUE dit son attachement à mettre en lien sa création poétique avec les autres arts : musique, arts plastiques.

Elle présentera d’ailleurs le 6 juin au Marché de la Poésie à Paris un spectacle poétique dans les deux langues occitan-français.

Elle a déjà beaucoup voyagé pour faire entendre ses créations, en particulier au Pays de Galles, aux Cornouailles. Ses animations contribuent au rayonnement de la poésie et de la langue occitane.

Lecture par Aurélia LASSAQUE d’extraits de son recueil « Pour que chantent les salamandres » dans les deux langues.

Evoquant le poète Yves CHARNET qui fut il y a peu de temps son invité à l’émission, et qui était un ami proche de Claude NOUGARO, Saint-Paul fait écouter « Tolosa » la version en langue occitane de Toulouse par Claude MARTI ;

Aurélia Lassaque précisant ensuite  la genèse de sa création, fait part de ses difficultés concernant la traduction française d’un poème écrit en occitan. Souvent les images ne passent pas en français. Il faut alors se livrer à une véritable recréation du poème, c’est ainsi que la traduction littérale du chemin de Saint-Jacques devient la voûte céleste. Cette difficulté a été décrite par d’autres poètes occitans dont Félix CASTAN qui constatait qu’il ne pouvait se traduire lui-même.

Lecture de nouveaux extraits du livre.

Reprenant l’entretien, Aurélia Lassaque précise qu’en tant qu’auteur, elle ne se considère pas porteuse du sens du poème. La multiplicité du sens est un des attraits de la poésie où chacun va à la rencontre de sa vérité poétique, pour son plus grand profit.

Enthousiaste, prolixe dans sa création, cette jeune femme poète s’épanouit dans ce bilinguisme qui démultiplie sa création, et elle a de nombreux projets.

Elle sera bientôt publiée dans la revue LEVANT Cahiers de l’espace méditerranéen dirigée à Montpellier par Michel ECKHARD-ELIAL.

Nous saurons la suivre et rendre compte de ses publications.

Yves CHARNET23/05/13

 

Christian Saint-Paul reçoit le poète écrivain, essayiste Yves CHARNET.

Son principal éditeur La Table Ronde le présente ainsi :

Né le 6 février 1962 à Nevers, Yves Charnet est écrivain et critique. Ancien élève de l'ENS-Ulm (1983), il est depuis 1996 responsable des enseignements de culture générale à SUPAERO (Toulouse). Spécialiste de la poésie moderne de Baudelaire à nos jours, il intervient régulièrement dans des colloques et des revues. Prosateur, il s'est engagé depuis son premier livre, Proses du fils (1993, puis 2002 dans la collection de poche La Petite Vermillon) dans une œuvre autobiographique aux confins de la prose et de la poésie. Depuis 1991 il développe, principalement aux côtés des comédiens Denis Podalydès et Jacques Bonnaffé un travail de "mise en voix" de ses proses. Ont également paru à La Table Ronde : Rien, la vie (1994) ; Coeur furieux (1998) ; Mon amour (2001) ; Petite chambre (2005) et Lettres à Bautista (2008). En
2012, il a publié, au Diable Vauvert, Miroirs de Julien L.

 

Notre ami, le poète Gil PRESSNITZER lui réserve une place importante dans son superbe site que vous pouvez voir en cliquant  sur : http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/charnet/charnetyves.html

Yves CHARNET vient présenter un de ses derniers livres paru à La Table Ronde, 172 pages, 13 € :

La tristesse durera toujours

« À rebours des cinquante ans qui pavent sa trajectoire de garçon, de mari, d’écrivain, il chuchote son enfance de fils illégitime, pleure sa jeunesse modeste et provinciale, tente de panser les déboires de l’âge d’homme. Et, par-dessus tout, il crie cette indéfectible foi en l’écriture de l’intime, qui seule sait « montrer de quoi la vie reste privée » nous dit son éditeur.


L’entretien avec Saint-Paul s’articule en suivant l’évolution du livre. Les auteurs qui ont marqué de façon indélébile Yves CHARNET apparaissent d’emblée, comme s’il lui était impossible de ne pas parler d’eux, et à travers eux, pour commencer à se raconter : Baudelaire, Romain Gary, Louis-René des Forêts, Pascal Quignard. Mais plus loin, Raimu avec « ses gestes d’ogre tragique », Michel Simon avec « sa gueule de guenon », personnages mythiques de sa mère qui écoutait religieusement le dimanche soir « Le masque et la plume » à la radio. Dans les auteurs mythiques, il cite CELINE.

Audition d’un extrait d’un entretien de CELINE à la fin des années cinquante.

Mais « l’autre vie » de CHARNET commence avec celle qu’il nomme Madame G. et qui demeure le premier et grand amour de sa vie en dehors de sa mère. Et qui sera aussi l’expérience douloureuse et irréparable de la dépossession quand Madame G. décèdera. Madame G. c’est cette collègue de sa mère, plus âgée qu’elle, incarnation de la bonté désintéressée la plus totale, qui les invite chez elle, dans sa maison de La Charité-sur-Loire, 8, rue des Fossés. Elle les invite aussi au restaurant, moment délicieux où le jeune Charnet s’apaise, ne ressent plus la violence de l’abandon du père. Cet ancrage lui restera toute sa vie, et c’est au restaurant qu’il invitera à son tour ses enfants pour retrouver ces moments où l’angoisse disparaît.

Le style de l’écriture d’Yves CHARNET est unique. Pour Saint-Paul, conquis de longue date et qui ne cache pas son plaisir à la lecture de tous les textes de cet auteur inclassable, c’est avant tout de la poésie. Un grand poète ce CHARNET ! Et, de ceux que l’on comprend immédiatement. Un tour de force, cette écriture que l’on sent arrachée aux entrailles de celui qui la livre, à ses dépens certainement, mais au plus grand profit du lecteur, et comme, en parlant de l’intime et de sa vie particulière, il atteint directement, avec une facilité que l’on peut trouver scandaleuse tellement elle est osée, à l’universel ; et personne ne peut sortir indemne de cette lecture. Heureusement, les phrases courtes, syncopées, rythmées comme un poème, laissent au lecteur le temps nécessaire à la respiration et à la circulation de l’émotion. Car l’intensité émotive ne se relâche jamais, comme dans un puissant poème ; et, au fond, ce livre est un puissant poème, qui bouleverse par son extravagante sincérité, cette autofiction de l’intime dont on devine qu’il n’a jamais enlevé une parcelle de vérité. Mais de quoi la vie reste « privée » ? Dans cette prose qui n’en est pas, il montre le manque, leitmotiv de ses livres. Manque du père, qui n’a jamais voulu le reconnaître, manque de Madame G. : « cette couleur de chagrin à perte de vie ».

Penser que l’on peut faire le deuil comme on avale un remède est une de nos absurdités de notre époque consumériste. « La tristesse durera toujours » disait Van Gogh avant de mourir. Et il n’est pas facile d’être le fils d’un fantôme, le fils d’un suicidé. « Le suicide a pris toute la place dans ma vie. Je n’ai pas de place dans ma vie. Pas de visage à moi » écrit CHARNET.

Roland BARTHES a fait l’expérience de l’impossibilité de faire son deuil. Son livre « La chambre claire » est le livre du deuil absolu. CHARNET en parlait avec son ami Claude NOUGARO « génial chanteur à l’ivresse lucide ». Car les deux personnes qu’il a le plus aimées sont Madame G. et NOUGARO ; et par l’écriture, il les rapproche.

« J’aurai toréé toute ma vie la corne du silence maternel » confie CHARNET qui là aussi, rapproche sa mère de la passion tauromachique qui lui était étrangère mais qui habite l’auteur, passionné de beauté tragique. CHARNET  a confondu Madame G. avec Dieu. Ce fut l’autre origine, après sa mère. Ce fut la lumière qui lui apparaît à La Charité-sur-Loire.

Et « un écrivain n’habite rien d’autre à la fin que son chagrin » ; « on ne guérit de rien. Ni de l’enfance, ni du désir ».

Lecture d’un extrait du livre par Yves CHARNET.

Audition de « J’arrive » de Jacques BREL, CHARNET puisant dans les chansons « populaires » qu’il aime, ses ancrages et en faisant ressortir la fulgurante vérité qu’elles propagent.

Un très grand livre « La tristesse durera toujours » et bien salutaire pour faire face à notre époque dominée par « notre hypnose sur des écrans grisâtres, et notre convoitise excitée par la dernière marchandise ». Un tour de force propre au chef d’œuvre qui par un livre d’une extrême lucidité noire, nous ouvre les voies mystérieuses de la lumière.

Yves CHARNET reviendra pour son autre livre « Le divorce » paru chez Belin.

Yasmina LOUAÏL

16/05/13

 

En préambule, la seule annonce de parution pour ne pas réduire le temps d’expression de l’invitée de la semaine, concerne le n°2 de « Fermentations, … dans le mouvement du monde ! » journal de réflexion et d’actualité, animé avec la passion qu’on lui connait par le poète, essayiste, Jean-Michel BONGIRAUD et qui a pour devise : « Aucune vérité n’est donnée, mais il importe de savoir que le chemin suivi n’est pas celui de l’injustice ni de l’oppression ».  Format A4 bien présenté, bien illustré avec des articles de fond puissants qui réconfortent dans cette période morose qui s’installe.  Un sommaire éclectique d’auteurs comme, entre autres, François MAGNE, Lucien WASSELIN, Daniel GIRAUD, Christophe LAKOMY, Salvatore GUCCIARDO, Jean-Pierre ROQUE à la pertinence décapante rend la lecture de cette revue assez jubilatoire. La vitalité combative et entraînante de Jean-Michel BONGIRAUD est un rayon de soleil dans les ténèbres d’un avenir décrit ailleurs comme durablement noir. Que ceux qui veulent faire jaillir la lumière des ténèbres s’abonnent sans plus attendre : 20 € pour 5 numéros à adresser à Jean-Michel Bongiraud, 3, Impasse du Poirier, 39700 Rochefort-sur-Nenon.

Christian Saint-Paul annonce que le prochain Café TROBAR aura lieu à Toulouse à la Maison de l’Occitanie, 11, rue Malcousinat (métro Esquirol) le vendredi 31 mai 2013 à 19 h. Il sera consacré à une Bouqala particulière puisqu’il s’agira d’une soirée de participation à un rituel de poésie arabo-occitane.

L’invitée de la semaine est Yasmina LOUAÏL, auteur et lectrice qui présentera le 31 mai, la Bouqala, spectacle interactif où se mêlent poésies populaires, contes et proverbes de l’imaginaire maghrébin, écrit pour les femmes, et dans cette Bouqala originale, la poésie occitane.

Yasmina LOUAÏL expose l’historique de ce rituel poétique de libération et de plaisir des femmes algériennes qui se réunissent le soir, dans une demeure d’une maîtresse de maison qui devient la maîtresse de cérémonie et demande aux femmes invitées de déposer un de leurs bijoux dans un pot de terre, la bouqala, rempli d’eau de sept fontaines. Elle puise un bijou, puis prend un papier plié sur lequel est imprimé un poème et le lit en cadeau à cette première participante. Ensuite, celle-ci  retire à son tour un autre bijou de la bouqala et lit le poème suivant proposé et ainsi de suite.

Yasmina LOUAÏL perpétue cette tradition des femmes d’Alger, en l’adaptant à notre époque et à nos mœurs, l’étendant aux hommes, remplaçant les bijoux par des papiers sur lesquels sont notés les noms des participants et incluant des contes et des proverbes en sus des poèmes dans les textes qui sont offerts.

Ces moments privilégiés qui se veulent un havre dans la vie triviale de chacun, doivent être perçus comme un don fait à l’autre qui exprime la paix, l’humanité, les joies, les désirs, les mystères.

Au Café TROBAR du vendredi 31 mai 2013, des poèmes traditionnels seront mêlés à des poèmes contemporains, à des contes, à des proverbes.

Yasmina LOUAÏL lit des poèmes extraits du livre de Mohamed KACIMI et Rachid KORAÏCHI « Bouqala  Chants des Femmes d’Alger » éditions Thierry Magnier, 22 €.

Exemples de ces bawâqual (pluriel de bouqala) :

Une fenêtre face à une autre dérobée

Une gazelle du quartier s’y tient

Je veux lui offrir une coupe d’or

Avant de l’enlever

*

Je suis un lacet à ton soulier

Un pendentif à ta chaînette

Une pierre à ta bague

Un pas sur ta route

*

J’ai planté un jasmin au milieu de la maison

Ô mère qu’il m’est doux l’amour du voisin

Croiser son regard c’est embraser mon cœur

*

L’amandier fleurit au printemps

La lune découvre sa lumière

Les joues rougissent de pudeur

Devant l’amant qui se trahit

 

Alem SURRE-GARCIA poète, écrivain, essayiste, librettiste, chantre de la culture occitane, sera un autre acteur de cette soirée du 31 mai avec des poèmes en Oc.

En effet, la poésie arabo-occitane prévaudra dans le rassemblement de deux traditions sœurs, celle de la Bouqala pour les algérois, et celle de la Grasala pour les occitans. Ces deux termes désignent un vase ou un bocal destinés à la divination et à la poésie. Certains affirment même que la grasala ou grasal serait à l’origine du mot Graal, ce vase sacré qui aurait servi lors de la Cène. La grasala ou recebedoira (récipient) et la bouqala se trouveront associés autour d’un rituel de poésie arabo-occitane.

Lecture par Yasmina LOUAÏL de poèmes, lecture par une jeune adepte de dix ans, de poèmes qui ont été offerts à une Bouqala pour un jeune public, audition de « Montségur » par Claude MARTI.

Un très bon moment de fraternité et d’échange en perspective cette soirée Bouqala du Café TROBAR du vendredi 31 mai à 19 h, à la Maison de l’Occitanie avec Radio Occitania !

      

09/05/13

Emission exclusivement consacrée, comme Christian Saint-Paul l’avait annoncé la semaine dernière au poète espagnol mythique Federico GARCIA LORCA. Présentation rapide de la vie de cet auteur emblématique de la première moitié du XXème siècle.

Né le 5 juin 1898 à Fuente Vaqueros à côté de Grenade dans une famille cultivée et aisée, après la fin de ses études secondaires en 1914, Lorca poursuit des études de lettres et de droit mais en réalité ne s’intéresse qu’à la musique, étudie le piano et la composition qu’il finit par abandonner dès 1916. Il fait paraître en 1918, à compte d’auteur son premier recueil de poésie « Impressions et Paysages ». En 1919 il s’installe à Madrid à la Résidence des étudiants ; il se lie d’amitié avec Manuel de Falla, compose chansons et romances, œuvres de théâtre, et en 1925 séjourne en Catalogne chez son ami Salvador Dali avec lequel il dessine costumes et décors de théâtre pour sa pièce Mariana Pineda. Il voyage ensuite aux USA (New York et université de Columbia) y séjourne un an avant de se rendre à Cuba prononcer avec bonheur plusieurs conférences.

De retour à Madrid il rayonne par son œuvre théâtrale avec la création de sa troupe « La Barraca » et crée en 1933 « Noces de Sang ».

En 1936 il se réfugie à Grenade où il compte des amis en relation avec les phalangistes. Il est arrêté le 16 août et fusillé à l’aube du 17 dans les environs de Viznar à quelques kilomètres de Grenade.

Lecture de textes de Lorca dont un poème de jeunesse écrit en 1918 à Grenade « es rencontres d’un escargot aventureux ».

lecture du poème « Il y a eu crime dans Grenade » d’Antonio MACHADO.

Commentaire sur l’œuvre de LORCA par Christian Saint-Paul, lecture de « La femme adultère » et d’un poème sur Grenade.

Evocation de la mort tragique de LORCA assassiné le 19 août 1936 sur décision des nationalistes, par la Garde Civile.

Lecture de « Romance de la Garde  Civile », commentaire de ce poème universel auquel certains attribuent la raison de l’assassinat du poète. Evocation d’un article d’un journal de Valence « Adelante » qui dès le 15 septembre 1936 dénonça le crime et les circonstances atroces de la mort du poète. Lecture du témoignage d’un Garde Civil (Vicente Vidal Corella) ayant assisté à l’exécution.

02/05/13

Monique-Lise COHEN

 

 

 

 

Christian Saint-Paul place cette émission sous le signe de l’espérance. Il cite le poète et critique Antoine EMAZ qui disait déjà en 2001 : « Ce monde est sale de bêtise, d’injustice et de violence ; à mon avis, le poète ne doit pas répondre par une salve de rêves ou un enchantement de langue ; il n’y a pas à oublier, fuir ou se divertir. Il faut être avec ceux qui se taisent ou qui sont réduits au silence. J’écris donc à partir de ce qui reste vivant dans la défaite et le futur comme fermé. »

Avant de laisser la parole à son invitée, Saint-Paul signale la parution de deux livres : « Partie de Neige » de Paul CELAN  en bilingue allemand français, dans l’excellente collection POINTS 275 pages, 7,80 € et « L’Ordonnance du Crépuscule  suivi de  Et si le Feu et le Gel » de Jean-Pierre CRESPEL   La Feuille de thé éditeur, 78 pages, 20 €. Une émission sera consacrée prochainement à cet auteur.

Puis Saint-Paul accueille Monique-Lise COHEN, poète, essayiste, auteure de plusieurs ouvrages et études sur des thèmes littéraires, philosophiques, religieux et historiques. Docteur en lettres, elle n’a cessé de multiplier les créations de livres et d’évènements, devenant ainsi une familière ce cette émission ; sa dernière intervention à cette antenne concernait son livre « Emmanuel Lévinas et Henri Meschonnic, Résonnances prophétiques ». Cette fois, toujours aux éditions Orizons dirigées par Daniel Cohen, elle publie : « Etty Hillesum Une lecture juive » 185 pages 18 €.

Dans le dialogue qui s’instaure, l’écrivaine rappelle qui était Etty Hillesum, le choc qu’a été la publication du journal tenu de 1941 à 1943 par cette jeune femme juive de vingt sept ans à Amsterdam. Née en 1914 en Hollande d’un père professeur de lettres classiques et d’une mère russe ayant fui les pogroms du début du XXème siècle, ce n’est qu’en 1981 que son Journal connut un succès foudroyant aux Pays Bas.

Dans un style éblouissant de clarté, qui ne sépare pas la vie réelle, concrète, triviale, de la vie spirituelle conquise par une foi indestructible en Dieu et en l’homme à l’époque la plus sombre du siècle, elle raconte son quotidien qui fournit des éléments historiques précieux en même temps que son ascension dans un épanouissement spirituel digne de la plus grande admiration. Cette grâce dont elle est parée peut sembler une énigme. Elle part, en chantant avec toute sa famille, le 7 septembre 1943 du camp de transit de Westerbork pour Auschwitz où tous périront.

Monique-Lise COHEN explique l’impact de la rencontre d’Etty en 1941 avec Julius Spier, psychologue qui travaillait sur les lignes de la main, qui avait été disciple de Jung. Elle s’attarde sur la posture de Jung dans le national socialisme de l’Allemagne. Elle précise que les exercices respiratoires particuliers qu’enseignait Spier à Etty lui ont ouvert la voie vers la rencontre avec Dieu, même si elle a abandonné ces exercices assez vite.

La clef se trouve dans le courage qu’a Etty de prononcer le nom de Dieu, sans avoir honte, s’agenouillant pour la prière.

Alors s’installe pour toujours un dialogue permanent avec Dieu, dialogue qu’elle qualifie « d’extravagant, infantile ou terriblement grave ».

Monique-Lise COHEN fait une lecture juive de ce journal et des lettres envoyées de Westerbork. Etty n’ignorait pas la tradition juive comme on a pu le prétendre hâtivement. Sa mère la lui avait enseignée. Ses prières sont de type hassidique.

Dieu écoute Dieu. Ce n’est nullement une fusion mystique avec Dieu, mais un vrai dialogue ; la présence divine parle du dedans de la gorge. C’est le sens même de la prophétie biblique.

L’attachement à Dieu est le « devequt ».

Lecture par Monique-Lise COHEN d’extraits de son livre sur « Le cœur et la prière », « Les méandres du cœur » et sur le Hassidisme et le christianisme.

Le livre de Monique-Lise COHEN apporte un éclairage neuf sur l’œuvre d’Etty HILLESUM ; elle enrichit considérablement notre compréhension de « cette vie bouleversée » qu’elle nous a livrée dans son journal.

Cette « lecture juive » n’entame en rien l’énergie positive que tout lecteur perçoit dans la fréquentation des mots d’Etty Hillesum, mais au contraire, la multiplie pour le plus grand bénéfice de tous.

25/04/13

 

« La tyrannie du visible fait de nous des aveugles. L’éclat du verbe perce la nuit du monde » écrit Christian BOBIN dans « La dame blanche ».

Percer la nuit du monde c’est la vocation des voix que nous faisons écouter à cette émission. Ces voix fracassantes, mais si fragiles qu’on pourrait ne jamais les entendre.

La voix intemporelle de Thiery METZ résonnera dans la voix bien charnelle de Danielle CATALA, à l’occasion du Café TROBAR à la Maison de l’Occitanie qui se tiendra le lendemain de cette émission, le vendredi 26 avril à 18h.

L’émission est donc réservée aux acteurs de ce Café TROBAR Thiery METZ : Françoise METZ, Isabelle LEVESQUE et Daniel MARTINEZ directeur de la revue Diérèse.

 

Mais, tout de même, Saint-Paul fait une exception juste pour annoncer la parution du dernier livre de l’écrivaine, poète, essayiste, Monique-Lise COHEN, « Etty HILLESUM  Une lecture juive » (éditions Orizons  185 pages, 18 €) voir doc et doc

La semaine prochaine, l’émission sera consacrée à ce livre et à Etty HILLESUM.

 

Lecture de poèmes de Thiery METZ extraits des n° 52/53 et 56 de la revue Diérèse (8, avenue Hoche  77330  Ozoir-la-Ferrière, abonnement 40 €, le n° 18€).

Lecture des mots de Pierre DHAINAUT sur l’écriture de Thierry METZ publiés dans la revue, lecture du poème du poète toulousain Casimir PRAT dédié à Thierry METZ et publié dans Diérèse, lecture d’extraits de « L’homme qui penche » de Thierry METZ, Pleine Page éditeur, de « Carnets d’Orphée » Les Deux-Siciles éditeur, de « Dolmen  suivi de La demeure phréatique » éditions Jacques Brémond.

Puis, pour présenter les intervenants du Café TROBAR qui ont réalisé ce travail d’édition d’inédits et de résonnance autour de l’œuvre magistrale de Thierry METZ, lecture de poèmes d’Isabelle LEVESQUE et de Daniel MARTINEZ extraits de la revue et du recueil « Les mains du songe » de Daniel MARTINEZ.

L’enregistrement de l’hommage, (en particulier la lecture des textes par Danielle CATALA), qui sera rendu le vendredi 26 avril 2013 à la Maison de l’Occitanie à Thierry METZ et au travail de la revue Diérèse sera ensuite disponible sur ce site.

Saint-Paul invite à se procurer les livres de Thierry METZ qui restera une des voix marquantes de la poésie du XXème siècle et les numéros 52/53 et 56 de la revue Diérèse qui sont dés aujourd’hui des numéros historiques de l’aventure poétique du même siècle. 

18/04/13

Thierry METZ

 

Christian Saint-Paul signale que le N°12 de la revue Saraswati (revue de poésie d'art et de réflexion) vient de paraître : 130 pages (format A4), beaucoup de lecture en perspective donc. Les textes sont reproduits sur papier ivoire et les œuvres plastiques sur papier blanc glacé. Vous découvrirez dans ce numéro, entre autres, des textes inédits de Fernando Arrabal, Michel Butor, Michel Cosem, Michel Host, Luis Mizón et de d'autres poètes de grand talent. La thématique centrale est : La poésie hispanique contemporaine à travers deux hommes (le poète, dramaturge et cinéaste espagnol Fernando Arrabal et le poète argentin Luis Mizón) et deux femmes (Alicia Aza et Maria Baeza).
Vous pourrez également lire de nombreux textes de réflexion sur la poésie en relation avec les autres arts - poésie et peinture, poésie et photographie, etc. -
ou comme outil de connaissance de soi. Plusieurs intervenants, entre autres :
E.Biedermann, B. Grasset, E. Hiriart, M. Host, C. Monginot, L. Podkosova...
L'artiste invité est le
photographe Maxime Godard (une vingtaine de pages de reproductions en couleur  une interview). Vous découvrirez aussi dans ce numéro l'actualité littéraire du moment (Canut, Lévesque, Keranguéven, Terrien, etc...) commentée de façon approfondie par divers chroniqueurs dont Christian Saint-Paul ainsi que la "revue des revues" par Georges Cathalo.

Pour acquérir ce numéro, il suffit de faire parvenir un chèque de 18,00€ + 3,00€ de port, soit 21,00€ en tout à l'ordre du trésorier : "Samuel Potier"et à l'adresse suivante :
               Revue Saraswati, B.P. 70041, 17102 Saintes cedex

sans oublier de noter votre nom et votre adresse s'ils sont différents des mentions portées sur le chèque.
La thématique du prochain numéro de Saraswati est notée sur la 3ème
de couverture de ce N°12. N'hésitez pas à envoyer à la revue poèmes et textes
de réflexion.

Saint-Paul insiste sur le fait que cette revue ne reçoit aucune subvention de qui que ce soit, et qu’elle ne vit que de ses ventes. La qualité éditoriale mais aussi, graphique, et la qualité des illustrations, dont au premier rang l’encre de Silvaine ARABO qui orne la 1ère de couverture, l’exceptionnelle qualité des photographies de Maxime GODARD reproduites à la perfection, font de ce numéro 12, un véritable livre d’art destinée à hanter longtemps nos bibliothèques.

Lecture de poèmes d’Alicia AZA extrait du Livre des arbres ; lecture de « Trois chansons à Lorca » de Michel COSEM, petit chef d’œuvre sur ce sud espagnol auquel cet artiste est si attaché ; lecture de la note de lecture (rédigée par Saint-Paul) sur « Ossature du silence » d’Isabelle LEVESQUE dont la voix aujourd’hui remplit à sa juste place, sa part de l’espace du paysage poétique français, recueil qui avait fait l’objet de l’émission du 5 juillet 2012 que vous pouvez toujours écouter en cliquant sur :  http://les-poetes.fr/emmission/2012.html  et en descendant jusqu’à la date mentionnée. De la même manière, vous trouverez dans SARASWATI n° 12 la note de lecture de Saint-Paul sur « Au silence consenti » de Marcel MIGOZZI qui avait fait aussi l’objet d’une émission en 2012 et que vous pouvez retrouver avec le même lien que cité précédemment. 

La révélation, dans les deux langues, des deux poétesses espagnoles Maria BAEZA et Alicia AZA dans d’excellentes traductions justifie déjà l’intérêt d’acquérir sans attendre ce numéro.

Saint-Paul signale ensuite la parution du dernier livre du poète Jean-Pierre CRESPEL « L’Ordonnance du Crépuscule  suivi de  Et si le Feu et le Gel » paru à La Feuille de thé 78 pages, 20 €  voir présentation et bon de commande 

Il lit la préface qu’il a écrite pour « L’Ordonnance du Crépuscule » et des extraits de ce recueil, étant précisé qu’il lui sera consacré une émission avec l’auteur.

 

Le livre d’Aurélie LASSAQUE qui fut l’invitée à Toulouse du premier Café TROBAR et qui fut  animatrice à Radio Occitania, « Pour que chantent les salamandres » (112 pages, 14 €) a paru aux éditions Bruno Doucey qui occupent une place maintenant prépondérante dans l’édition de la poésie. Voir :

http://les-poetes.fr/parutions/parutions.html

Une émission spéciale avec l’auteure sera dévolue à ce beau livre.

Lecture d’extraits en Oc et français.

 

Le poète Pierre COLIN dont nous avions signalé « Les Soleils d’Apocalypse » qui constitue le 416ème numéro d’Encres Vives nous a adressé « Le nord intime » collection Equinoxe D’Autres Univers éditeur (108, rue terre de Vannes  29300 Quimperlé), illustration de Cathy GARCIA, 33 pages, 8 €. Ce poète qui vit sur nos terres occitanes sera l’invité prochainement de notre émission.

Lecture d’extraits du recueil.

 

La revue Diérèse qui s’impose aujourd’hui comme la grande revue de poésie et de littérature française (voir article à la rubrique « Parutions »

http://les-poetes.fr/parutions/parutions.html)   publie entre autres dans son n° 58 le poète aujourd’hui toulousain Yves CHARNET. Lecture des textes publiés.

Cette revue qui  réunit sur 337 pages pour 15 € (frais d’envoi 3 €) un sommaire qui rend compte de la diversité et de la qualité de la poésie contemporaine en sus d’articles de fond, joue un rôle bienfaisant dans le devoir de mémoire que nous devons aux artistes disparus et dont les traces sont à propager. C’est ainsi qu’elle a réalisé deux numéros le 52-53 et le n° 56 ayant pour sujet principal Thierry METZ (1956-1997) et qu’elle va faire paraître un n° spécial Nicolas DIETERLE.

 

Ce vendredi 26 avril 2013 à 18 h à la Maison de l'Occitanie, 11, rue Malcousinat à Toulouse (entrée libre) aura lieu une soirée du Café TROBAR n° 3 qui sera consacrée à un hommage au poète Thierry METZ et à la revue DIERESE qui a publié deux numéros exceptionnels sur ce poète.

Né le 10 juin 1956 à Paris, Thierry Metz s'installe à l'âge de 21 ans près d'Agen à Saint-Romain-le-Noble, avec sa famille. Il partage son temps entre des travaux de manœuvre de chantier qui lui permettent de gagner sa vie et des périodes de chômage durant lesquelles il écrit. Il exerce aussi le métier de maçon et d'ouvrier agricole.

Il prend contact avec le poète Jean Cussat-Blanc dont la revue Résurrection sera la première à le publier avec une évidente reconnaissance. Cette reconnaissance se poursuivra par l'obtention du prix Voronca en 1988 puis par la publication du Journal d'un manœuvre paru chez Gallimard, préfacé par le poète Jean Grosjean. Josette Sègura et Eric Dazzan le publieront à L'Arrière-Pays avec l'aide du Conseil Régional de Midi-Pyrénées..

La mort accidentelle d'un enfant sera pour lui un drame familial et personnel dont il ne se remettra jamais et le conduira à l'alcool puis au suicide le 16 avril 1997 à l’hôpital de Cadillac (Gironde).

L'homme et son œuvre ont reçu l'hommage du monde de la poésie et des éditeurs de poésie.

Il vivait à Agen et les occitans ont le devoir de lui rendre aussi hommage et de l'ancrer dans la mémoire collective de notre culture tournée vers l'universel.

Sa veuve, Françoise METZ sera présente à cette soirée ainsi  que Daniel MARTINEZ le directeur de la revue Diérèse et Isabelle LEVESQUE, poète et critique qui a beaucoup contribué à la réalisation des numéros spéciaux Thierry METZ. Enfin, la comédienne Danielle CATALA lira les textes du poète.

 

Lecture d’extraits de « Tel que c’est écrit » de Thierry METZ L’Arrière-Pays 46 pages, 9 €.

11/04/13

Primo LEVI

 

 

En préambule Christian Saint-Paul signale que le N°12 de la revue Saraswati (revue de poésie d'art et de réflexion) vient de paraître : 130 pages (format A4), beaucoup de lecture en perspective donc. Les textes sont reproduits sur papier ivoire et les œuvres plastiques sur papier blanc glacé. Vous découvrirez dans ce numéro, entre autres, des textes inédits de Fernando Arrabal, Michel Butor, Michel Cosem, Michel Host, Luis Mizón et de d'autres poètes de grand talent. La thématique centrale est : La poésie hispanique contemporaine à travers deux hommes (le poète, dramaturge et cinéaste espagnol Fernando Arrabal et le poète argentin Luis Mizón) et deux femmes (Alicia Aza et Maria Baeza).
Vous pourrez également lire de nombreux textes de réflexion sur la poésie en relation avec les autres arts - poésie et peinture, poésie et photographie, etc. -
ou comme outil de connaissance de soi. Plusieurs intervenants, entre autres :
E.Biedermann, B. Grasset, E. Hiriart, M. Host, C. Monginot, L. Podkosova...
L'artiste invité est le
photographe Maxime Godard (une vingtaine de pages de reproductions en couleur  une interview). Vous découvrirez aussi dans ce numéro l'actualité littéraire du moment (Canut, Lévesque, Keranguéven, Terrien, etc...) commentée de façon approfondie par divers chroniqueurs dont Christian Saint-Paul ainsi que la "revue des revues" par Georges Cathalo.

Pour acquérir ce numéro, il suffit de faire parvenir un chèque de 18,00€ + 3,00€ de port, soit 21,00€ en tout à l'ordre du trésorier : "Samuel Potier"et à l'adresse suivante :
               Revue Saraswati, B.P. 70041, 17102 Saintes cedex

sans oublier de noter votre nom et votre adresse s'ils sont différents des mentions portées sur le chèque.
La thématique du prochain numéro de Saraswati est notée sur la 3ème
de couverture de ce N°12. N'hésitez pas à envoyer à la revue poèmes et textes
de réflexion.

Saint-Paul invite également les auditeurs et internautes à se procurer le n° 45 de la revue de poésie vive NOUVEAUX DELITS ; Cathy GARCIA y signe un éditorial où l’on reconnaît son humour et sa passion pour la poésie :

« Vous avez remarqué, mis à part votre serviteuse et la merveilleuse illustratrice, nulle femme publiée dans ce numéro : QUE des hommes ! De quoi faire frémir le printemps féministe, un coup fatal aux normes de parité…  Alors ? Je ne sais pas, cela doit être le printemps justement, la montée de la sève, l’érection des petites pousses et des bourgeons, quelque chose de l’ordre de l’élan premier, la fougue du yang, le redressement des lingams… Des hommes donc, mais ces hommes cependant écrivent de la poésie, et si ça, ce n’est pas faire preuve d’une certaine sensibilité - sensiblerie diraient les jaloux ; si ça, ce n’est pas mettre à nu une certaine féminité ! Voilà donc des hommes dévoilés, qui se répandent en mots pleins de force, de chagrin parfois, de beauté, de compassion aussi, d’attention à l’autre. Ils sont magnifiques, les hommes, quand ils posent leurs joujoux de guerre, leurs pelleteuses et leurs calculettes, leur arrogance de garçonnets cravatés trop serrés, quand ils transforment des pulsions en poésie, des colères en coléoptères, des bottes de plomb en papillons de duvet. C’est beau un homme quand il tient debout tout seul, nu face au soleil, quand il respire amplement, les pieds ancrés à la terre mère. C’est beau un homme qui chante et qui pleure, qui tend la main vers d’autres hommes, vers des femmes, des enfants, un chat, une chouette, une fleur. C’est beau un homme qui ouvre ses bras, qui s’invente des ailes, pas pour aller plus vite ou plus haut non, mais pour accomplir des rêves qui donneront des fruits à offrir et partager. Oui, c’est beau un homme, et tout particulièrement quand il est une femme aussi, et un enfant encore. Pas pour faire des caprices ou ne jamais rien assumer, non, mais pour conserver intacte sa capacité à s’émerveiller et pouvoir offrir et partager ce qu’il a vu, entendu, senti, créé. C’est beau un homme, quand il vise haut et juste, avec sa conscience propre, quand il a le cœur au courage et le désir du vivant. Alors surtout, continuez, les hommes, soyez beaux, surtout du dedans ! »

 

Trois pages sont consacrées à une note de lecture complète du livre de Saïd MOHAMED « L’éponge des mots » (Les Carnets du Dessert de Lune, 2012).

Les poèmes choisis dans ce numéro, sont tous des textes forts, ce qui tendrait à démontrer que les hommes aussi tiennent une bonne place dans la poésie d’aujourd’hui, à l’égal, ou presque diront certaines, des femmes.

Sans rire, il a été difficile à Saint-Paul de sélectionner un auteur pour lire un extrait. De façon arbitraire, c’est Jean AZAREL qui fait entendre sa voix ; né au Canada il s’imprègne de Jack Kerouac, de Luc Dietrich, de Jack Alain Léger, d’Alain Jégou ou de Marie Huot. Ses œuvres sont éclectiques, d’un romantisme baroque. Derniers ouvrages parus : Papy beat generation, Hors Sujet 2010, Marche lente, Samizdat 2011, Itinéraire de l’eau à la neige, Gros Textes 2012.

Lecture d’extraits de « De Lauze et d’air ».

 

Saint-Paul recommande également la lecture d’actualité sur le devenir de la poésie du livre  PAROLES DE POÈTES   POÈTES SUR PAROLE de Jean-Luc POULIQUEN  et Philippe TANCELIN. (13,50 € L’Harmattan)

 Lorsqu’un poète rencontre un autre poète au cours d’un festival de poésie au bord de la Méditerranée durant l’été 2012, sur quoi peuvent-ils bien échanger ?

La parole que les deux poètes tiennent ici s’apparente autant à un dialogue socratique qu’à une incantation montant des intervalles de silence entre deux vagues de méditation sur l’engagement du poète de la scène de ses mots à la scène de l’histoire.  Voir doc  Ce livre qui s’inscrit dans nos interrogations permanentes, fera l’objet d’une prochaine émission.

 

Saint-Paul révèle ensuite une des agréables surprises qui résulte très souvent de cette émission, cette fois-ci la réception parmi le courrier reçu d’un livre de poèmes de Jean-Paul ESCUDIER, avocat toulousain qui publie « poésies » aux éditions IXCEA  (2, rue d’Austerlitz 31000 Toulouse, 96 pages, 12 €). Depuis son plus jeune âge, cet auteur a éprouvé le besoin de livrer ses états d’âme à la feuille blanche, de « mêler son sang à son encre » comme il l’écrit dans un de ses poèmes.

Par pudeur, cet avocat notoirement réputé dans la ville et dans sa profession, et dont le métier consiste à parler des autres, n’a jamais voulu ni peut-être jamais pu parler de lui. Sur les très nombreux poèmes qu’il a écrits, l’éditeur en a choisi une quarantaine qui représentent un condensé de quarante ans de vie.

C’est la face intime de la personnalité « solaire qui s’est réchauffée au soleil noir de son écriture dont le terreau est le néant » qui apparaît, pour le plus grand bien de la poésie, dans ce livre. Alain BORNE aussi, qui fût bâtonnier à Montélimar, était réservé dans son expression poétique qu’il fallait décrypter pour en saisir la fabuleuse portée. Jean-Paul ESCUDIER a été invité à venir parler de sa création à cette émission.

 

Le fascicule sur le Café TROBAR n° 2 consacré à Bruno DUROCHER (1919-1996) a paru et est présenté lors des animations de la Fondacion Occitània. Saint-Paul lit  en Oc et en français un poème de cet auteur atypique et exceptionnellement prolixe dont les éditions Caractères publie actuellement les œuvres complètes.

C’est précisément la relecture des textes de DUROCHER  qui a orienté Saint-Paul sur l’œuvre poétique de Primo LEVI.

En effet, les « politiques locaux » de Toulouse ont décliné l’invitation à la soirée Durocher, alors qu’ils étaient présents à la soirée précédente qui réunissait un poète iraquien et une poétesse occitane. Pour nos notables élus, l’évocation de la Shoa semble apparaître comme liée à un sentiment de propagande sioniste.

Devant cette misère intellectuelle qui domine hélas une bonne partie de la classe politique, étrangement devenue de plus en plus dogmatique et sectaire, les poèmes de Primo LEVI devaient être rappelés. Rassemblés en un mince recueil « A une heure incertaine » avec une préface de Jorge SEMPRUN (Gallimard collection Arcades) ils nous offrent le témoignage bouleversant de la quintessence de la pensée sans fard de cet écrivain, qui paya de sa vie les tourments de la Connaissance de la condition humaine. Voici ce que l’on peut lire en résumé de sa biographie :

« Primo Levi est né à Turin le 31 janvier 1919 dans une famille juive mais peu pratiquante. Sa judéité, Primo Levi n'en prendra réellement conscience qu'avec l'apparition de la mentalité antisémite en Italie, vers 1938. Après avoir suivi des études de chimie, il part s'installer à Milan. En 1943, il s'engage dans la Giustizia e Liberta (organisation antifasciste installée dans les Alpes italiennes) et se fait arrêter le 13 décembre de la même année, à l'âge de 24 ans, par la milice fasciste. Il est interné au camp de Carpi-Fossoli, tout près de la frontière autrichienne.

En février 1944, le camp, qui était jusque-là géré par une administration italienne, passe en mains allemandes : c'est la déportation vers Auschwitz. Il est libéré le 27 janvier 1945, date de la libération du camp par les soviétiques. Une fois la guerre finie, il épousera Lucia Morpugo, aura 2 enfants et dirigera une entreprise de produits chimiques. Pendant les derniers mois de sa vie, Primo Levi fut très affecté par la montée du révisionnisme et de l'indifférence. Profondément déprimé, le 11 avril 1987, il se jette dans la cage d'escalier de son immeuble. Sur sa tombe sont inscrits son nom et 174 517, son matricule à Auschwitz.

Les déportés ont parfois honte de ce qui leur est arrivé : Levi, quant à lui, utilise toute situation pour témoigner de ce qui lui est arrivé. C'est une façon de résister : un combat contre l'oubli au quotidien ; son langage, sa personne même, sont des preuves qui appuient ce qu'il a écrit. Ferdinando Camon décrit ainsi Primo Levi dans l'avant-propos de son recueil de conversations :

"Levi ne criait pas, n'insultait pas, n'accusait pas, parce qu'il ne voulait pas crier, il voulait beaucoup plus : faire crier. Il renonçait à sa propre réaction en échange de notre réaction à tous. Son raisonnement portait sur la longue durée. Sa modération, sa douceur, son sourire -qui avait quelque chose de timide, de presque enfantin- étaient en réalité ses armes". »

Lecture d’extraits d’ « A une heure incertaine ».

04/04/13

Jacques ARLET

 

 

 

Michel BAGLIN à la suite de l'émission du jeudi 4 avril consacrée à Jacques ARLET pour son livre sur les poètes toulousains de la Belle Epoque, nous transmet l'article qu'il avait rédigé en 2005 pour La Dépêche du Midi.

Voir doc

 

En préambule Christian Saint-Paul recommande la lecture du livre de l’américaine Lorine NIEDECKER  « Louange du lieu et autres poèmes » paru chez José Corti, 215 pages, 21 €. La poésie américaine se porte au mieux et les femmes y tiennent une juste place. Lecture d’un extrait.

L’émission est ensuite consacrée à l’invité le professeur

Jacques ARLET, Mainteneur de l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse, élu en 2002 au 1er fauteuil, Chevalier de la Légion d'honneur, Officier des Palmes académiques, Professeur émérite de l’Université Paul Sabatier, Faculté de Médecine, ancien Président de la Société Française de Rhumatologie. Président fondateur de l’Association Internationale de Recherches sur la circulation osseuse. Docteur Honoris Causa de l’Académie de Dublin. Archiviste adjoint de l’Académie des Sciences, Inscriptions et Belles Lettres de Toulouse. Auteur de livres sur l’histoire de Toulouse au XIXe siècle et de biographies.

Il vient parler ce soir, d’un livre indispensable à la connaissance de la riche histoire de la poésie à Toulouse, et partant de la poésie française :

« Poètes toulousains de la Belle Époque : Marc Lafargue, Emmanuel Delbousquet, Maurice Magre, Armand Praviel, Touny-Lérys » paru en 2005 aux éditions Loubatières, 271 pages, 25 €.

Ce livre, délicieusement écrit, est d’un grand intérêt pour comprendre aussi l’évolution de la poésie dans la cité mondine* et dans le pays. L’éditeur précise sur la 4ème de couverture :

  « Toulouse a toujours été une ville de poètes. Autrefois, on les appelait des troubadours et, à l’occasion de la fête des fleurs, on décernait aux meilleurs des fleurs d’or et d’argent. Puis nous avons eu Maynard, disciple de Malherbe, Goudouli, notre La Fontaine, Jules de Rességuier, à l’aurore du romantisme avec les frères Hugo.
A la fin du XIXème siècle, au moment où les artistes en  général, les poètes en particulier, abandonnant les vieilles recettes, voulurent inventer un « Art Nouveau », un groupe de jeunes bacheliers toulousains, tous poètes, souhaitèrent faire une poésie pour tous, parlant des choses de la vie, une poésie des travaux et des jours, une poésie de plein air et, aussi, une poésie de l’Amour et des amours comme celle de Ronsard et de ses amis. C’est pourquoi on a pu appeler ce groupe d’amis une « pléiade » ; les « critiques » en firent « l’Ecole Toulousaine » des jeunes poètes.

Jacques Arlet a pensé qu’il était temps de les faire revivre ; il a choisi d’illustrer la vie de cinq d’entre eux de leurs plus beaux vers et de nous réapprendre qui furent Marc Lafargue, Emmanuel Delbousquet, Maurice Magre, Armant Praviel et Touny Lérys. »

 

L’entretien avec Saint-Paul porte sur la biographie souvent originale des poètes en cause, et est entrecoupé de lecture d’extraits d’œuvres de ces toulousains.  Il faut écouter Jacques ARLET résumer ces vies vouées à la poésie. La ville vivait dans un bouillon culturel qui la rapprochait des génies de la période des troubadours ou de Godolin l’âme du poète en langue d’Oc. En même temps, certains comme Maurice MAGRE s’établissaient à Paris et influençaient la littérature de l’époque. Ce qui est remarquable, dans ce mouvement que l’on a appelé l’Ecole Toulousaine, c’est l’extrême jeunesse des poètes à l’origine de ce mouvement. Ils étaient encore élèves de lycée. On doit à l’un d’eux, Marc LAFARGUE qui entraîna ses amis, la statue d’Ephraïm MIKHAËL, poète symboliste fulgurant, né à Toulouse en 1866, mort à Paris à 24 ans, qui orne le jardin de la place Wilson.

L’ennui descend sur moi comme un brouillard d’automne

Que le soir épaissit de moment en moment

Un ennui lourd accru mystérieusement

Et dont mon cœur surpris se fatigue et s’étonne.

(extrait de « La tristesse en septembre »)

 

Tous ces poètes ont défendu et illustré Toulouse et l’Occitanie.

Les quais de la Garonne où aimait faire sa promenade Jean Jaurès, a inspiré à Marc LAFARGUE ces vers :

Le long de tes quais, Garonne,

Où l’ardent couchant rayonne

Dans de superbes reflets,

En regardant les nuages

J’ai fait souvent des voyages

Plus beaux que ceux que j’ai faits.

(…)

Ma cité voluptueuse

Où la gitane amoureuse

Marche, portant droit ses seins,

Quand je la vois, je te presse

Contre moi, brune maîtresse,

D’un amour que rien n’éteint

 

Maurice MAGRE (1877 – 1941)  dit son amour des toulousains :

(…)

C’était au temps du comte Raymond six.

Au nom du pape on était hérétique

De Tarascon aux cités du Quercy.

Tous les croisés pour la croix catholique

Sur notre terre à jamais sont maudits.

Ils ont brûlé nos villes héroïques

Mais ont payé leur victoire à quel prix !

A San Subra que d’hommes ont péri !

Toulouse avait cinquante tours de brique

Quand commandait le comte Raymond six…

 

Mais l’herbe monte et la vigne serpente

Sur les vieux murs qu’ont battu les béliers.

Le refrain meurt des antiques sirventes,

Et la Garonne, en passant au Ramier,

N’a plus le soir une teinte sanglante.

Foulque et Montfort par nous sont oubliés,

De la cité l’âme est toujours vivante,

A son balcon paraît Paule Viguier…

Car l’herbe monte et la vigne serpente

Et le Soleil fleurit les espaliers !

 

Cette hargne contre les seigneurs du Nord est égale chez

Armand PRAVIEL (1875 – 1944) :

… Clémence Izaure ! ce n’est plus la bonne dame

Qui dans un testament laissa parler son âme :

C’est la voix du sol ancestral ;

Cette voix qui frémit sur notre coin de France,

Et dont l’écho, dans les oliviers de Provence,

Fit frissonner le grand Mistral !

 

C’est Toulouse que les violettes couronnent ;

Et sa chanson d’amour que rythme la Garonne,

Quand le crépuscule s’endort,

Garde dans ses accents des rumeurs énergiques,

Et murmure parfois, durant les nuits tragiques,

Le Sirventès contre Montfort !

 

TOUNY-LERIS (1881 – 1976) tarnais et toulousain, lié à Joë BOUSQUET qu’il alla voir tous les jours, lorsqu’il était en poste à Carcassonne comme magistrat, s’installa un temps à Paris, à Montmartre et au Quartier Latin ; il rejoignit l’inspiration de Verlaine dans la fréquentation des filles et de l’absinthe :

Tu me raconteras Verlaine,

Son absinthe au petit matin

Dans ce bar des Grands Augustins

D’où l’on voyait couler la Seine.

 

Folle bohème, ô ma jeunesse

Qui t’en vas par ce froid matin

En attendant que le jour naisse,

Qu’as-tu fait de tant de promesses

Et de tant d’espoirs incertains,

De Montmartre au Quartier latin ?

 

Emmanuel DELBOUSQUET (1874 – 1909) avait une prédilection pour les Landes, Sos-en Albret le village où il était né. Il parcourait à cheval ces terres dont il s’enivrait.

Mais ses parents habitaient Toulouse l’hiver et il y fît ses études, demeurant prés de la basilique Saint-Sernin.

Lui aussi va aimer Toulouse comme une maîtresse :

A Toulouse

Ô ville pourpre, où les murailles lumineuses,

Etincelant sous le splendide azur d’été,

Réfractent sur les eaux pures ou limoneuses,

Au bord du fleuve large une rose clarté ;

 

Encore un soir ! Je quitterai ta vie heureuse,

Tes tours romanes, tes jardins, plus attristé

Que l’amant dont la chair vibrante et douloureuse

Implore sans espoir l’unique volupté !

 

Car je t’aimais ainsi qu’une belle maîtresse

Ô ville glorieuse, et de mes mains je tresse

Cette offrande à ton front inondé de parfum.

 

Tu m’as donné le rêve ardent et nostalgique ;

Tes femmes ont l’orgueil de notre race antique

Et tes lauriers en fleurs l’odeur des cheveux bruns.

 

« Les Poètes toulousains de la Belle Epoque » gagnaient à être mieux connus car ils nous montrent d’où nous venons, quelle est notre Histoire, riche, passionnante et qui n’en finit pas de se perpétuer sous de nouvelles formes, de nouvelles modes.

Ce livre de Jacques ARLET qui nous livre là, le fruit d’un travail considérable, est à posséder de toute urgence pour tout toulousain et au-delà pour tous les gens du Sud, et plus encore pour tous ceux que la poésie a attirés dans ses bras.

·         mondine = toulousaine,  le Ramelet Mondin de Godolin (Goudouli)

  

28/03/13

Francis PORNON

 

 

 

Christian Saint-Paul signale la parution du n° 416 de la revue ENCRES VIVES consacré à un recueil de Pierre COLIN « Les soleils de l’apocalypse ». L’auteur est né à Plouhinec, en baie d’Audierne. Lauréat du Prix National de Poésie pour la Jeunesse, Prix Spécial du Jury du concours Max-Pol Fouchet, Prix Xavier Graal pour l’ensemble de son œuvre, il vit actuellement en Midi-Pyrénées. Il est l’auteur de très nombreux recueils, d’un roman et de nouvelles. Il a réalisé récemment un livre d’artiste avec Cathy GARCIA aux éditions « Nouveaux Délits » http://associationeditionsnouveauxdelits.hautetfort.com/ « Le Nord Intime ».

« Innocence de l’Ecriture…

A la grive gratteuse, je dicte l’énigme. La lune s’enroule dans les arbres, avec des petits cris de ventre, cris de gorge, cris trempés dans l’encens et le miel. Tous les parfums du corps reviennent de voyage.

Nous les amants de glace, nous les iguanes de nos siècles intimes.

Nous sommes en ce qui fût nous-mêmes, la mer des transhumances.

Blancheur des corps sous les pommiers. Innocence de l’écriture.

 

La lune oscille à l’horizon, poussant le balancier d’un immense pendule sur nos nuques.

 

On réapprend, sans mot. On parle sans visage. Bientôt chacun aura bouclé ses phrases, vert passager des calligrammes. »

                                                                                                                                 Kos

 

Claudine CANDAT qui vit à Toulouse, fait paraître dans la collection Encres Blanches d’Encres Vives : « Le goût des fraises ». Germaniste de formation, elle a traduit de la poésie allemande. Son premier roman, Diabolo pacte, satyre du monde de l’édition en particulier et de la société en général, a reçu le prix de Médiane organisation.

Avec ce recueil, elle revient à sa passion de jeunesse : une poésie lyrique emplie des voix de la nature.

……

L’hiver

C’est un espoir en désespoir

Et qui ne veut plus être espoir

C’est quand tout meurt, feuilles et fleurs,

Et qu’on voudrait en faire autant

Comme s’il n’y avait pas de printemps

C’est un grand nom qui se refuse

A dire oui

Oui au soleil à la fenêtre,

Blafard, mais qui ne veut pas disparaître

Oui à l’étoile qui s’allume qui s’éteint

Mais qui revient.

L’hiver

C’est quand on dit oui

A l’hiver.

 

Enfin, encore un toulousain,  plusieurs fois édité par Encres Vives, Jean-Michel TARTAYRE publie dans cette collection Encres Blanches « Pandore ». Son éditeur Michel COSEM a écrit à son auteur à propos de cette publication : « J’aime particulièrement cet ensemble qui me semble renouveler votre écriture ».

 

Elle naquit des brumes matinales couvrant une forge d’orfèvre,

au terme d’une nuit où l’ouvrage prenait peu à peu l’indépendance d’un corps solaire

sous la conduite de la fantaisie et de la main preste.

Elle naquit des brumes matinales

gardant secret l’atelier où avait pris forme la teneur d’une offrande

qui consistait dans l’alliance du charme,

de la   beauté et de l’art.

La lumière du ciel se répandait à l’origine d’une nouvelle ère,

à l’aube d’une nature rajeunie dans les concerts de ramages

et les chorales de fleurs.

Elle naquit des brumes matinales tendues comme des voiles

celant les fruits d’une métamorphose intime

que seuls les regards naturellement amènes pouvaient cueillir.

Figure apparue sur la scène des trois règnes à l’instar d’une danseuse,

elle tissa des liens,

anima des correspondances.

 

Chaque recueil 6,10 €, abonnement à la revue Encres Vives 34 € à adresser 2, allée des Allobroges 31770 Colomiers.

 

Monique SAINT-JULIA (voir émission du 14 mars 2013) a fait paraître aux éditions de l’Atlantique « Regards Croisés » 82 pages, 19 €

 

C’est une saison à caresser des yeux.

Elle grandit comme ventre de lune

dans les ciels blancs de l’aube

quand la fenêtre ouverte

écoute la chambre ronronner d’amour.

Les toits rosissent,

le jardin s’éclaire

les cigales changent l’été

une brassée de pigeons

traverse l’air brillant

comme un miroir de légende.

Sur les rideaux les papillons de nuit

aiguisent leurs rêves.

 

La Revue de poésie vive NOUVEAUX DELITS va faire paraître son n° 45 (voir sur ce site à la rubrique « Parutions »). Voici ce qu’en dit Cathy GARCIA qui anime cette courageuse revue :

« Vous avez remarqué, mis à part votre serviteuse et la merveilleuse illustratrice, nulle femme publiée dans ce numéro : QUE des hommes ! De quoi faire frémir le printemps féministe, un coup fatal aux normes de parité…  Alors ? Je ne sais pas, cela doit être le printemps justement, la montée de la sève, l’érection des petites pousses et des bourgeons, quelque chose de l’ordre de l’élan premier, la fougue du yang, le redressement des lingams… Des hommes donc, mais ces hommes cependant écrivent de la poésie, et si ça, ce n’est pas faire preuve d’une certaine sensibilité - sensiblerie diraient les jaloux ; si ça, ce n’est pas mettre à nu une certaine féminité ! Voilà donc des hommes dévoilés, qui se répandent en mots pleins de force, de chagrin parfois, de beauté, de compassion aussi, d’attention à l’autre. Ils sont magnifiques, les hommes, quand ils posent leurs joujoux de guerre, leurs pelleteuses et leurs calculettes, leur arrogance de garçonnets cravatés trop serrés, quand ils transforment des pulsions en poésie, des colères en coléoptères, des bottes de plomb en papillons de duvet. C’est beau un homme quand il tient debout tout seul, nu face au soleil, quand il respire amplement, les pieds ancrés à la terre mère. C’est beau un homme qui chante et qui pleure, qui tend la main vers d’autres hommes, vers des femmes, des enfants, un chat, une chouette, une fleur. C’est beau un homme qui ouvre ses bras, qui s’invente des ailes, pas pour aller plus vite ou plus haut non, mais pour accomplir des rêves qui donneront des fruits à offrir et partager. Oui, c’est beau un homme, et tout particulièrement quand il est une femme aussi, et un enfant encore. Pas pour faire des caprices ou ne jamais rien assumer, non, mais pour conserver intacte sa capacité à s’émerveiller et pouvoir offrir et partager ce qu’il a vu, entendu, senti, créé. C’est beau un homme, quand il vise haut et juste, avec sa conscience propre, quand il a le cœur au courage et le désir du vivant. Alors surtout, continuez, les hommes, soyez beaux, surtout du dedans ! »

Pour s’abonner d’urgence : bulletin complice

 

Christian Saint-Paul reçoit l’écrivain, nouvelliste et poète :

Francis PORNON.

Les auditeurs ont été familiarisés la semaine dernière avec l’œuvre poétique de cet auteur qui vit à Toulouse.

Cette semaine, il nous parle d’un roman singulier

« A la santé des Pachas »

Publié dans la prestigieuse collection Bel Horizon dirigée par Yasmina KHADRA aux éditions Après La Lune, 222 pages, 19 €.

Voir 1ère et 4ème de couverture : voir document ci-joint

Un dialogue s’instaure entre l’auteur et Saint-Paul sur la genèse de ce roman qualifié de « baroque » par Saint-Paul car il met en scène une richesse de personnages, de situations, de lieux divers et de digressions sur les sociétés occidentales et orientales, sur la métaphysique de l’amour, sur la poésie, les chansons françaises, algériennes, kabyles etc.

Le récit nous transporte de Suisse à Bejaia en Kabylie. Et l’histoire commence à Paris. Les lieux familiers à l’auteur se succèdent en une fresque riche d’émotions : Paris, Vénissieux, Lyon, Marseille, Alger, Bejaia, Toulouse.

C’est aussi l’histoire récente de l’Algérie qui se lit en filigrane dans ce roman dense bâti comme un scénario de film. La terrible guerre civile des années 90 a laissé des traces : « Le départ du réfugié est toujours une perte, une défaite, un désespoir. Celui du banni est terrible. » (p 15). Les personnages sont truculents (Le Cathare familier des romans de Pornon) ou émouvants comme BHG. L’intrigue obéit aux arcanes érigés par l’auteur de polars noirs. L’énigme trouve son origine dans quelques vers d’un troubadour Jaufré RUDEL.

C’est une affaire de gros sous que raconte ce livre et « des mômes allaient payer de leur santé » (p 17). Des vaccins sous l’égide de l’UNICEF, destinés aux enfants de Kabylie sont acheminés de Suisse à l’hôpital de Bejaia. Mais les mafias marseillaises et algériennes veillent et les scandales pharmaceutiques sont une réalité.

La vie à Alger a ses secrets. L’état d’urgence des années de guerre l’a laissée endormie. L’ambivalence du rapport entretenu entre la France et l’Algérie est évidente : « Drôle de divorce entre deux pays qui, le jour font semblant de ne pas se voir et qui couchent ensemble en cachette dans l’ombre. » (p 55)

En Algérie le Moyen Âge se mêle au présent et la France fait face à la concurrence européenne et américaine. Les moines de Tibhirine ont peut-être été les victimes d’une bavure de l’armée qui a pu ensuite procéder à une mise en scène morbide. L’Hôtel Aletti qui a vu séjourner tant de personnalités du monde entier est toujours là, témoin de l’histoire. Les pieds noirs ont été remplacés par les pieds rouges après l’indépendance car les volontaires qui affluaient  dans ce nouveau pays socialiste étaient marqués politiquement.

L’intrigue policière est alerte, bien menée jusqu’au dénouement et l’émotion est présente pour des personnages à l’histoire tragique comme le père de Sophie, Jean Krasiac.

L’émotion est réelle aussi au retour à Toulouse, ville aimée s’il en est et le dernier paragraphe du livre est comme un hymne à la ville rose :

« Toulouse, capitale historique de l’amour, cité des troubadours qui enseignèrent le culte de la Dame, Toulouse resterait toujours la ville rose où, pour peu qu’il sût vivre, qui le voulait pouvait s’aimer dans tous les coins, au pied des façades rouille, dans la torpeur des quais orange et sous les aines des ponts chocolatés. »

Un long récit prenant écrit dans un style alerte, un plaisir de lecture assuré mais également un livre militant subtil, sur le préjugé qui peut s’attacher à l’autre rive du Grand Fleuve, sur l’Amour courtois et sur la permanence de ses valeurs.  

21/03/13

Francis PORNON

 

 

 

En préambule il y a lieu de rappeler l’intérêt de deux publications : le n° 58 de la revue DIERESE revue trimestrielle de poésie et littérature qui met à l’honneur le poète Gérard TITUS-CARMEL, offre un panorama impressionnant de la poésie d’aujourd’hui et consacre 36 pages entièrement à des notes de lecture d’ouvrages poétiques. Un tour de force par les temps qui courent cette revue !

Le n° 15 €, abonnement 40 € chèque à l’ordre de Daniel Martinez  8, avenue Hoche  77330 Ozoir-la-Ferrière.

Le poète provençal Serge BEC publie aux éditions Cardère un récit savoureux : « Quand la vieille voisine regarde méchamment le gosse dans la cour… » 48 pages, 10 € à commander chez l’éditeur.

 Voir présentation et bon de commande

 

Christian Saint-Paul reçoit le romancier, nouvelliste et poète :

Francis PORNON.

C’est une figure du paysage littéraire toulousain qui est particulièrement riche.

Voici ce que l’on peut lire de sa biobibliographie sur son site

www.francispornon.fr   :

  

Résidant actuellement à Toulouse, il a signé dans des recueils collectifs de nouvelles noires : Sang pour sang Toulouse (Le Corbeau) et Toulouse sang dessus dessous, Loubatières, Toulouse, féerie noire, Le Corbeau et Noir Roussillon, Mare Nostrum, 2007. Il y a publié en 2007 deux romans noirs : Toulouse barbare, Privat et Explosif et vieilles ficelles, Mare Nostrum, tandis qu’un troisième roman « toulousain » (traitant d’aéronautique) est actuellement en lecture.

Il a effectué une résidence officieuse à Vénissieux en Rhône-Alpes, dans la seconde moitié des années quatre-vingt dix (financée par la municipalité sur des crédits de la politique de la ville), où il produisit des récits: un polar de la série Le Poulpe : Saône interdite, Seuil-Baleine, un roman : Un homme seul (Paroles d'Aube), des articles divers pour la presse (notamment lors de la destruction des dix tours des Minguettes) et des poèmes portés en lecture publique : Par-delà le grand fleuve, Chanson d'amour de loin, D’amour fou(s) (N° personnel de la revue « Aube Magazine»), ainsi que Le Trésor Magnifique, AMP : livret mis en musique par Sergio Ortega (auteur de "El pueblo unido..." pour le Président Salvador Allende), et créé à l'auditorium Maurice Ravel de Lyon par les chorales populaires de la région Rhône-Alpes et Nous chantons à l’âme l’espoir pour le cinquantenaire de la Chorale Populaire de Lyon.

Parti coopérer comme enseignant en Algérie où il résida trois ans, il retourna là-bas plusieurs fois, notamment en 1998 pour écrire des carnets de route publiés dans la presse (chronique dans L’Humanité) et recueillis dans un petit livre : Algérie, Algérie!, Paroles d'Aube. Après un retour en Algérie et autres voyages, des reportages furent publiés dans la presse et des carnets de voyages : Algérie, Algérie ! (Paroles d’Aube) et Cap au sud (Temps des cerises), et parut un roman de la route : Algérie des sources (Temps des cerises). Il vient d’obtenir une bourse d’écriture de la part du Conseil Régional de Midi-Pyrénées pour un projet d’écrire le trajet de l’auteur occitan Jean Boudou en Algérie, pour quoi il se rend à nouveau « par-delà le grand fleuve ». Une lecture de ses textes par le comédien Régis Maynard a eu lieu en la Cave-Poésie (Marathon des Mots) à Toulouse en juin 2008.

            Il a résidé en Auvergne où il enseigna les Techniques d’Expression et de Communication à l'Ecole Nationale d'Ingénieurs des Travaux Agricoles de Clermont-Ferrand et fut chargé d'animation et de réalisation théâtrale. Président de la compagnie "Théâtre Permanent", il écrivit des spectacles : Vérolution, L'amour et la terreur, Les contes du loup, et réalisa des actions poétiques (Irlande Alarme, en Auvergne, à Bourges, La Courneuve, etc...), participa en Arles à un stage sur le théâtre méditerranéen du Théâtre de la Carriera avec Claude Alrancq, et à la Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon à un stage d'écriture de l'O.U.L.I.P.O. avec Jacques Roubaud et Paul Braffort.

            Parmi ses écrits : Nous chantons à l’âme l’espoir : paroles d’un hymne pour la Chorale Populaire de Lyon à l’occasion de son 50è anniversaire, Poèmes dits : textes dits en scène ; Vérolution, spectacle donné à Clermont-Ferrand, Villejuif et Vénissieux; Libertine, une pièce à un personnage donnée à Paris (Poche-Montparnasse et Montmartre-Galabru), Avignon (Off) et Toulouse (Le Bijou), un recueil de contes : Contes du loup qui pète sur la pierre de bois, Aymar 1980, des romans historiques dont une trilogie : Couthon le mal aimé, La Souveraine et Blanche la rouge, Messidor, ainsi qu’une vie romancée d’un agent de l’Internationale : Le beau Frank, Le Temps des Cerises, et également des articles et chroniques de presse divers. Un voyage à La Réunion a aussi donné lieu à publication de carnets de route dans L’Humanité : Voyage dans l’île aux lotos.

            Il a d’autre part effectué en Espagne une mission pédagogique : présentation de ses livres et de son travail à des élèves bilingues de lycées de Saragosse et Jaca, au Centre Culturel Français et à « Educaragon » (association des professeurs de français en Aragon). Il est intervenu au colloque : « Regards croisés sur la guerre d’Algérie à l’Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand, à partir de ses livres sur l’Algérie ; il a également contribué à « l’Année de l’Algérie » par des articles, lectures publiques et animations.         

Il a aussi effectué une résidence à Carcassonne (prise en charge par le CRL de Languedoc-Roussillon) pour recherches et écriture d’éléments touchant la vie et l’œuvre du troubadour Raimon de Miraval. Et il a encore effectué une résidence prise en charge par le CNL (Centre National du livre) à la bibliothèque municipale de Saint-Léonard de Noblat (Limousin) en automne 2006, au cours duquel fut écrit et édité (entre autres travaux) : Le livre du petit jour, Ed. Le Moulin du Got.

            Après des études à l'Ecole Normale d'Instituteurs et à la Section de philosophie de l'Université de Toulouse, il avait fait paraître en 1969 son premier recueil de poésie Le voyage de Majorque, PJO (Pierre-Jean Oswald). Il continue à écrire et à publier de la poésie : parution de textes poétiques : Par-delà les orages (Le Puy) et Midi (Encres vives), tandis qu’une anthologie des poèmes depuis 1990 : Par-delà le Grand Fleuve, est à publier en 2010 à « La Passe du vent » par Thierry Renard.

Il anime également des ateliers d'écriture, l’un d’eux, réalisé aux Minguettes à Vénissieux (Rhône-Alpes), a donné lieu à la publication d'une brochure: Demain saura ce que tu deviens, pour les collèges du département. Un autre à Limoux (Languedoc-Roussillon) avec des anciennes ouvrières « Myrys » dont les textes sont publiés dans un livre : Coups de cœur et rancœurs, d’autres encore à Toulouse, avec des sinistrés d’AZF et des élèves du collège de La Reynerie (au Mirail), ainsi qu’à Aucamville (31) où il guida l’écriture d’une nouvelle : Mamie Merle pour l’opération : « Le grand Agglographe » de la boutique d’écriture à Tournefeuille. Au cours d’une résidence d'auteur pour le CNL en 2008 à Saint-Léonard de Noblat (87), il a animé un atelier d’écriture et publié : Le livre du Petit jour (Ed. Moulin du Got). Un autre atelier fut par lui animé (de mars à juin 2009) à la médiathèque de Saint-Orens de Gameville (31) sur le thème : « Comment va la vie ».

En automne 2010, il participe au SILA (salon international du livre d'Alger) avec son livre En Algérie sur les pas de Jean Boudou (Lazhari Labter éditions) qui sera également publié en France en 2011 (Vent Terral).

Après la publication au printemps 2011 d’une anthologie de 25 ans de ses poèmes : Par-delà le Grand fleuve (La passe du vent), il accomplit fin 2011 une résidence pour le Centre National du Livre à Fabrezan (Aude) au cours de laquelle il écrit un Chant Général poétique au pays et ses habitants : Si le pays m’était conté (publication prévue par Encres Vives).

En 2012, il monte avec le pianiste Alain Bréheret un récital poétique dit et chanté et le donne en plusieurs endroits de Haute-Garonne et au festival « Paroles ambulantes » à Lyon. Au printemps il accomplit un voyage en Algérie qui donne lieu à des reportages et dossiers publiés dans la presse à l'occasion du cinquantenaire de l'indépendance de l'Algérie (5 juillet 2012). Il participe en automne aux Rencontres de l’Histoire à Blois sur le thème des paysans, avec une contribution sur la campagne kabyle à travers la littérature, à paraître prochainement en Algérie.

En 2013 paraît le roman : À la santé des pachas (Ed. Après la lune dans la collection dirigée par Yasmina Khadra) et aussi un recueil de nouvelles : Le Coffret (Ed. Horsain). Participe à une action « À l’école des écrivains » avec la Maison des Ecrivains et de la Littérature, au collège de Graulhet (Tarn) : hiver et printemps 2013.

 

Un dialogue avec Saint-Paul  s’instaure sur sa démarche d’écrivain. Ce dialogue est entrecoupé de la lecture par l’auteur de ses textes, en particulier de ses poèmes de son anthologie personnelle « Par-delà le grand fleuve » paru à La Passe –Vent Poésie  125 pages 10 €. L’auteur dit son amitié pour Thierry RENARD responsable de ces éditions et préfacier du livre.

Les lieux traversés marquent l’écrivain et le poète. Les voyages sont nécessaires au développement de la création artistique. La confrontation avec « l’ailleurs » et « l’autre » est bénéfique. L’Algérie va marquer Francis PORNON mais aussi des lieux familiers de son enfance qu’il redécouvre et s’approprie différemment lors d’un séjour à Fabrezan dans l’Aude, pays de Charles CROS ; il en résulte un long poème lyrique, épique « Chant général » publié par Michel COSEM à Encres Vives (collection lieu). Lecture d’extraits de ce recueil.

Un poète engagé par le regard qu’il porte sur le monde, fraternel avant tout.

Une grande générosité dans sa lecture où cette fraternité s’affirme avec évidence.  

14/03/13

Monique SAINT-JULIA

 

 

En préambule, Christian Saint-Paul invite les auditeurs à se rendre à Carcassonne au Centre Joë Bousquet, 53, rue de Verdun voir l’exposition très bien installée par René Piniès sur Cécile REIMS. Une visite commentée au sein de l’exposition « Joê Bousquet et son Temps » sur le thème : « L’écriture poétique Joë Bousquet et François-Paul Alibert » par Serge BONNERY aura lieu le samedi 30 mars 2013 à 17 h. François-Paul ALIBERT (1873 – 1953), ami d’André Gide avec lequel il entretient  une abondante correspondance, est l’aîné d’un groupe formé autour de Joë Bousquet et joue un grand rôle dans la formation poétique de la jeune génération carcassonnaise. La première étude publiée par Joë Bousquet est consacrée au poète François-Paul ALIBERT.

Le centre Joë Bousquet et son Temps organise également dans le cadre du Printemps des Poètes 2013 une lecture du poète Abdallah ZRIKA à la librairie « Mots et Compagnie » 35, rue Armagnac à Carcassonne le samedi 23 mars 2013 à 11 h suivie à 15 h d’une rencontre avec le poète au Centre Joë Bousquet.

« La façon dont ZRIKA lit ses poèmes en public, ce qui est fréquent, montre à quel point son écriture est sensuelle, musicale, colorée, faite pour être criée –criée dans les ruines – voire pour être chantée et s’inscrit, finalement, dans l’antique tradition orale » écrit Bernard NOËL dans sa préface du livre de ZRIKA « Echelles de la métaphysique » édition L’Escampette.

 

Saint-Paul signale le livre de Nuno JUDICE grande voix de la poésie portugaise, « Source de vie » aux éditions Fata Morgana. Il lit un poème extrait de l’ouvrage :

Déclaration

 

J’aime les femmes qui vieillissent,

à la vitesse de leurs rides, les cheveux

pendants sur les épaules noires de la robe,

le regard perdu dans la tristesse

des rideaux. Ces femmes s’asseyent

dans les coins, regardant dehors,

le vestibule que je ne vois pas d’où je suis,

bien que j’y devine la présence

d’autres femmes, assises sur des bancs

de bois, feuilletant des revues

bon marché. Les femmes qui vieillissent 

sentent que je les regarde, que j’admire leurs gestes

lents, que j’aime le travail souterrain

du temps dans leurs seins. C’est pourquoi elles attendent

que le jour baisse dans cette pièce sans lumière,

évitent de sortir dans la rue, et murmurent

parfois cette élégie que leurs lèvres seules

peuvent chanter.

 

Il signale également la parution aux éditions Cardère d’un récit de Serge BEC
 
"Quand la vieille voisine regarde méchamment le gosse dans la cour..."
  voir présentation et bon de commande

Une émission sera consacrée  à cet auteur provençal que Toulouse se doit d’honorer.

 

Christian Saint-Paul reçoit Monique SAINT-JULIA  peintre, poète prolifique ayant une œuvre conséquente depuis sa première publication en 1958 à Rodez dans « Entretiens sur les lettres et les Arts » que dirigent Jean Subervie et Jean Digot.

Née à Perpignan elle a commencé à écrire et à peindre très tôt puis a suivi des cours d’art dramatique et de piano au Conservatoire de musique de Paris. Elle a mené en parallèle son œuvre de peintre et de poète. Elle a exposé à Paris, à Nantes, à Toulouse, en Angleterre et a publié de nombreux recueils dont les derniers : Belles Saisons, Guy Chambelland (1988), Entre jour , Le Tocsin des Mots (2002), Un train de paysages, L’Arrière-Pays  (2005), Claire-Voie, n & b (2008), Au fil des nuages, L’Arrière-Pays (2009), etc.

Elle vient ce soir présenter son recueil « On n’invente pas la neige » qui a obtenu le prix Troubadours 2012 décerné par la revue FRICHES ; un entretien s’instaure sur la relation à l’écriture, sur sa vie à la campagne, sa proximité à la nature, cette sérénité qui finalement se dégage de ses poèmes même s’ils ne sont exempts d’interrogation, voire d’angoisse. Mais il y a chez ce poète un tel goût pour la vie, d’une façon dépouillée, simple sans être ascétique, qui parvient à l’universel avec une facilité assez déconcertante. D’où le succès de cette œuvre où chacun peut entrer en familiarité. Gaston PUEL dit qu’il émane d’elle « une tendresse endolorie ». On ne saurait mieux dire.

Monique Saint-Julia lit des extraits de « On n’invente pas la neige », dont :

 Rappelez-moi le nom de la rivière

des menus plaisirs des jours

quand l'été libère les ors

craquelés des tournesols.

Elle n'oublie pas le vent d'autan,

Rappelez-moi le nom du vent

qui jette ses bourrasques

dans un ciel échevelé,

prend un malin plaisir à assoiffer le verger

à faire choir une à une les poires

L'été est la saison généreuse, peu avare de ses trésors, tout en soleil,

distribuant ses instants des premiers cris de l'aube

instants de notes d'eau du puits

instants des bleus juteux du ciel

L'automne et le printemps n'ont pas même prestige.

Dans l'automne en bal masqué

les cris des paons élèvent

des monuments de tristesse

Mais rien n'est au-dessus de l'hiver, saison de la neige, qu'on attend avec impatience.

On la devine à l'austérité du ciel

Puis Monique Saint-Julia lit des poèmes inédits spécialement pour les auditeurs de Radio Occitania.

Cette poésie contemplative est subtilement jubilatoire. Elle donne envie de d’assoir devant un bon feu dans l’âtre d’une maison paisible, un chat sur les genoux comme le poète aime, et de lire comme pour arrêter le temps. Une œuvre forte dont nous rendrons compte de ses nouveautés.

07/03/13

 

 

En préambule Christian Saint-Paul invite les auditeurs à se rendre à Carcassonne, à la Maison des Mémoires, 53, rue de Verdun voir l’exposition présentée par le Centre Joë Bousquet et son Temps :

« Cécile Reims, la gravure et le livre », du 1er Mars au 1er Juin 2013,

une exposition exceptionnelle qui présente un ensemble de 180 gravures.

Voir « Plaies d’arbres » 2009, burin et pointe sèche

Née en 1927, Cécile Reims arrive en France en 1933 après avoir vécu sa petite enfance en Lituanie, dans une famille juive traditionnelle. Peu après la Libération, elle s’engage dans l’armée clandestine juive et se rend en Palestine. Elle reviendra en France pour se soigner de la tuberculose. Elle rencontre Fred Deux en 1951. Initiée à la gravure au burin par Joseph Hecht, elle produit, entre 1950 et 1960, une soixantaine d’œuvres originales avant de faire la rencontre d’Hans Bellmer dont elle sera le graveur-interprète de 1967 à 1975, et après la mort duquel elle alternera les gravures d’interprétation (Fred Deux et Léonor Fini) et les œuvres personnelles. Outre plusieurs ouvrages consacrés à cet aspect de son travail, on lui doit 3 livres : L’épure (1963, réed. André Dimanche, 2000), Bagages perdus (id, 1986) et Plus tard (id. 2002).

Le musée Goya à Castres accueillera, lui, du 14 mars au 9 juin 2013 une exposition de Joan Jordà « les ménines ». Une série géniale de l’artiste catalan installé depuis longtemps à Toulouse.

Jean-Michel BONGIRAUD après « Pages Insulaires » vient de créer un journal de réflexion et d’actualité « FERMENTATIONS » n° 1… dans le mouvement du monde !

« Aucune vérité n’est donnée, mais il importe de savoir que le chemin suivi n’est pas celui de l’injustice ni de l’oppression » ; cette phrase mise en exergue dans ce magazine donne le ton : il est libertaire au sens le plus noble du terme. L’émission « les poètes » reviendra sur cette publication et cette démarche du courageux poète Jean-Michel BONGIRAUD. D’ores et déjà, nous conseillons aux êtres libres de s’abonner, 20 € pour 6 numéros, chèque à l’ordre de l’association Parterre Verbal à adresser : 3, Impasse du Poirier  39700 Rochefort sur Nenon.

Saint-Paul revient rapidement sur la revue Diérèse qui est un monument de poésie et dont il reparlera. Le n° 58 est disponible, 336 pages 15 €, abonnement 40 € à adresser à Daniel MARTINEZ 8, avenue Hoche  77330  Ozoir-la-Ferrière.

Saint-Paul signale simplement, pour ne pas amputer le temps réservé à ses invités, la publication de l’anthologie poétique de Francis PORNON « Par delà le grand fleuve » aux éditions La PasseVent Poésie 122 pages, 10 €. Une émission sera consacrée le 21 mars à cet ouvrage.

 

A l’occasion des manifestations dans la région Midi-Pyrénées du « Printemps des Poètes » Christian Saint-Paul reçoit une délégation de la Société des Poètes et Artistes de France venus parler de leurs activités et des récitals qu’ils organisent dans le cadre du fameux printemps.

Ce sont quatre poètes qui se sont rendus dans le studio de la radio, à parité deux femmes et deux hommes.

Olivier GARDELDUBOIS président de la délégation Midi-Pyrénées, une des plus actives de France, brosse le tableau des activités structurelles de la SPAF qui édite « Art et Poésie » et un magazine régional « Vent d’Autan poétique ».

Le premier récital sera celui de Balma prés de Toulouse le mercredi 13 mars 2013 à 15 h dans la salle des fêtes de la mairie ; un hommage sera rendu au poète balmanais récemment disparu Raymond BARBAROU ; Olivier Gardeldubois lit un poème de ce poète et puis un texte de lui-même  « L’école des poètes ».

Roselyne MORANDI déléguée du Tarn qui organise « un dimanche en poésie à Sorèze » le 17 mars à 15 h 30 dans son espace 12, rue Lacordaire, lit ses textes « Au fil de l’eau », « Et je suis là, mélancolie », « Bleu nuit désir aux souffles ébauchés », « Belle encre brune », « Paupières closes viennent les mots », « A l’heure du chant nocturne », « Et je crains pour les cœurs, ô fragile pâleur ».

Richard MAGGIORE délégué du Tarn et Garonne organise le récital qui sera donné à Montauban à l’Ancien Collège le mercredi 20 mars 2013 à 15 h. Un hommage sera rendu à Sabine SICO poétesse disparue à l’âge de quinze ans. Il lit ses poèmes : « Stella » et « Le voyageur ».

Enfin Marie-José BERTAUX qui s’occupe du site Internet : spafmidipyrenees.eklablog.com  et qui fût lauréate du premier prix de poésie classique lit « Parole de gisante » et « Mystère des mots ». Elle lit également un poème d’une jeune femme Anteïa DALIDET « Dîtes-lui de m’attendre ».

A Toulouse le récital est prévu le jeudi 14 mars 2013 à 20 h au Centre Culturel Bellegarde, lieu prestigieux en plein centre ville.

Les voix du poème seront bien portées par les poètes de la SPAF !

M-J Bertaux, R.Maggiore, C.Saint-Paul, O.Gardeldubois, R.Morandi.

28/02/13

 

 

Christian Saint-Paul annonce que le n° 58 de la revue trimestrielle de poésie & littérature DIERESE dont le sommaire était déjà indiqué sur la page d’accueil de ce site, a paru. Encore un numéro prodigieux : 336 pages dans une présentation impeccable de poèmes, de cahiers, de figures libres, de cinéma et de bonnes feuilles qui rendent compte des dernières publications de poésie.  Une très grosse lecture de qualité assurée jusqu’au prochain numéro. Cette revue qui a l’air de se jouer des difficultés rencontrées dans la diffusion de la poésie contemporaine est magistralement codirigée par Daniel MARTINEZ et Isabelle LEVESQUE, laquelle signe l’éditorial de première page. Le poète mis en exergue dans ce n° 58 est Gérard TITUS-CARMEL ; les poésies du monde ne sont pas oubliées avec des auteurs italien, chinois et allemand ; on y retrouve les noms familiers de la poésie d’aujourd’hui et l’écrivain maintenant toulousain Yves CHARNET qui est l’auteur d’une œuvre originale qui mêle avec virtuosité une recherche sur la langue et celle d’une humanité qui nous transperce d’émotion. Il faudra d’ailleurs que l’émission « les poètes » lui rende l’hommage qui lui revient. Heureux aussi de lire un des auteurs que Saint-Paul a publié dans les années 80, Daniel Abel. Quant aux notes de lecture, « les bonnes feuilles », rares sont les médias et revues qui font un tel effort qui ne peut que grandement profiter à la poésie et à la littérature en général. Un régal de textes, mais aussi un outil de travail pour tous ceux qui « trafiquent quelque chose » comme aurait dit ARAGON dans la poésie.

Le numéro 59/60 sera un numéro spécial consacré à Nicolas DIETERLE ; après les numéros sur Thierry METZ, Isabelle LEVESQUE et Daniel MARTINEZ continuent leur œuvre militante pour la poésie. C’est certainement cela l’honneur de la littérature, qu’elle compte parmi ses adeptes des êtres totalement désintéressés passionnés par les créateurs qu’ils découvrent.

Le n°  15 € ; abonnement 40 € à adresser à l’ordre de Daniel MARTINEZ, 8 avenue Hoche  77330  Ozoir-la-Ferrière.

 

Le lendemain de la mort de Stéphane HESSEL, Saint-Paul recommande la lecture de « Tous comptes faits… ou presque » Libella  Maren Sell éditeur 197 pages, 18 €.

Il lit la 4ème de couverture de ce livre et s’en tient là, ne voulant pas amputer davantage de temps réservé à l’invité de la soirée. Saint-Paul fait tout de même remarquer que Jorge SEMPRUN une des voix les plus éminentes du XXème siècle parle de son amitié pour HESSEL qu’il a connu à Buchenwald et qui en parle dans son livre posthume « Exercices de Survie » récit publié chez Gallimard, 110 pages, 11,90 € ; Jorge SEMPRUN qui est le préfacier du livre d’Evelyn MESQUIDA : « La Nueve, 24 août 1944 Ces républicains espagnols qui ont libéré Paris » au Cherche Midi  365 pages, 18 €. Un livre qui brosse le panorama de la lutte de la France Libre et de l’implication héroïque des républicains espagnols, ensuite vite oubliés.

 

Avant de se tourner vers son invité, Saint-Paul signale la parution aux éditions TARABUSTE d’un livre dans la collection REPRISES d’Antoine EMAZ « Sauf »  330 pages, 13 €. Une des voix poétiques peut-être les plus marquantes de notre époque.

 

Saint-Paul reçoit pour la deuxième semaine, le poète, romancier, nouvelliste, essayiste, critique et animateur du site de poésie aux plus riches notes de lecture : revue-texture.fr   Michel BAGLIN.

Il vient parler de son livre de nouvelles : « La part du diable et autres nouvelles noires » ; voir ci-dessous la 4ème de couverture et le bon de commande :voir présentation et bon de commande.

 

Un entretien s’instaure sur ces treize nouvelles avec Saint-Paul et Michel BAGLIN lit in extenso une des nouvelles : « Identification ».

Le nom du livre est donné par la première nouvelle qui se situe dans un lieu bien connu de l’auteur : le salon du livre policier à Cognac. On y apprend que les vapeurs d’alcool des futs de cognac, ce que l’on appelle « la part des anges », empêchent les araignées, protégées dans les chais car elles dévorent les charançons, de tisser leur toile avec la géométrie exacte habituelle. C’est l’extravagance des toiles d’araignées qui dénonçait les distilleries clandestines.

Dans ces nouvelles, BAGLIN affirme sa prédilection pour les marginaux, les clochards, une pocharde ancienne parisienne, un esseulé, mais aussi les mondes qu’il a connus : les supermarchés, les gares et l’environnement ferroviaire. On y ressent aussi son amour du Canal du Midi, et la nostalgie d’une époque révolue d’une activité commerciale par péniches, des bars à mariniers.

Il cite Deleuze : « J’écris aussi pour les bêtes. Non pas à leur intention, mais à leur place ». Ainsi, l’écrivain pour ceux qui ne savent pas dire leur donne la parole.

Il cite Bachelard : « L’alcool est un facteur de langage ». Il s’amuse du reste avec les mots, la truculence de la langue. La nouvelle permet plus facilement ces raccourcis d’humour. Il s’empare dans « L’Autan qu’apporte le vent » d’un milieu qu’il connaît bien pour en faire partie : celui du microcosme des éditeurs de poésie, des revuistes, des poètes. « Ce qu’il y a dans un livre, c’est essentiellement ce que les lecteurs y mettent » fait-il dire à son personnage. C’est totalement vrai pour la poésie, mais cela peut l’être aussi pour les récits et les romans.

Le suspense de chaque nouvelle est garanti jusqu’à l’extrême limite du récit.  Le lecteur est tenu en haleine et l’issue est le plus souvent inattendue.

Un vrai plaisir ce livre de nouvelles ! A dévorer sans attendre.

21/02/13

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Christian Saint-Paul rappelle la parution du n° 112 de la revue FRICHES dont il a parlé la semaine dernière, et revient sur l’invité de l’hiver le poète Daniel BIGA qui a publié une somme impressionnante de livres de poésie depuis 40 ans. C’est le poète et éditeur Alain FREIXE qui présente ce dossier. Lecture d’un poème inédit paru dans ce numéro.

Le n° 12 €, abonnement 3 n° 25 € à adresser à Cahiers de Poésie Verte Le Gravier de Glandon  87500  Saint-Yrieix.

Les livres de poésie pour la jeunesse sont rarement cités à l’émission « les poètes ». Ils participent directement à la sensibilisation à la poésie de futurs lecteurs et peut-être poètes. Ce sont trois livres de Michel COSEM que Saint-Paul retient pour les signaler cette semaine : « Main dans la main avec ma maison » illustrations de Jennifer Dalrymple éditions du Jasmin Pays d’Enfance  60 pages, 9,90 €, « Lisières futiles et rieuses » photographies de Philippe Davaine éditions Lo Païs d’Enfance  50 pages, 12,05 €, « Plumes tièdes du matin » photographies de Marie Degain, Tertium éditions 78 pages, 12,5 €.

Ce qu’il y a de sûr dans les poèmes ou les romans pour la jeunesse qu’écrit Michel COSEM, c’est qu’ils peuvent être lus avec autant de bonheur et de profit- par ceux qu’il est convenu de nommer « les adultes ». C’est un poète facilement inspiré, les lieux, les légendes, le geste d’un homme ou d’une femme, un nuage qui passe, suffisent à irriguer cette parole de gravité sereine sinon heureuse que l’on reconnaît sans en douter, comme la sienne. Et c’est peut-être cette certitude à identifier, un ton, un souffle, un style qui distingue de la foule des auteurs, le poète authentique.

Déjà René CHAR avait écrit à propos de cette parole poétique : « Nous cheminons ensemble sans gêner le jour, sans divulguer la nuit ».

Cette exigence toujours respectée se retrouve à l’identique dans sa poésie pour la jeunesse.

A offrir à nos enfants, neveux, petits enfants !

 

Christian Saint-Paul accueille son vieil ami le poète romancier, nouvelliste, essayiste Michel BAGLIN qui réside prés de Toulouse mais se fait rare, rançon du succès de son œuvre et de son remarquable site http://revue-texture.com   

Il vient de publier aux éditions Le bruit des autres « La part du diable et autres nouvelles noires » (voir page d’accueil de ce site), dont il nous parlera la semaine prochaine, mais revient sur son anthologie personnelle « De chair et de mots » publiée au Castor Astral

  112 pages, 13 €.

La 4ème de couverture du livre nous renseigne sur la démarche du poète :

Parce que «nous sommes des êtres de chair et de mots», Michel Baglin a toujours cru que «le chant exige et la langue et la peau». Cette anthologie personnelle témoigne de cette recherche d'équilibre, quand «le langage qui nous sépare du monde, secrètement nous y ramène».

Pas de fuite ici : on y fait «allégeance à la lumière, à la terre, à la pluie, au navire en partance, à la fontaine claire comme à l'alcool des nuits». Il s'agit toujours de «gagner l'ici-bas» pour parvenir à «descendre dans le paysage».

La poésie devient alors célébration panthéiste, moyen de reprendre pied sur une «terre pleine» et d'être plus présent à soi, aux autres, au monde. Sans sacrifier pour autant cette lucidité qui force à «n'oublier jamais cet abîme au-dessous des ailes qu'on s'invente».

 Un entretien, suivant l’avancement des poèmes retenus dans cette anthologie personnelle, s’instaure entre l’auteur et Saint-Paul. « L’adolescent chimérique » qu’il fût se demandait l : « pour habiter sa révolte, faut-il renoncer à bâtir sa demeure ? » Aujourd’hui il est sorti de cette impasse et aborde la vie sans inquiétude paralysante, mais sans jamais pouvoir être considéré comme « un homme habitué », qui a fermé les yeux sur les difficultés du monde dans lequel il vit.

Il a cependant éprouvé n’avoir « jamais tué / que du temps mort. Avec des mots de survivant » et l’envie de « se reprendre ». Mais peut-il y avoir réparation ?

Lecture de « L’étranger » : « Qu’aurais-tu pensé si tu avais pu me voir aujourd’hui, alors que tant de cendres ont été dispersées par les années ? »

Le poème est une  incessante quête du poème : « Pour deviner déjà que tout poème, peut-être, est dans sa quête même. »

Lecture d’un poème en hommage à Malcolm LOWRY dont l’angoisse spirituelle, loin de tout mysticisme, a profondément marqué l’adolescence de Michel Baglin.

Comme beaucoup de poètes, Baglin est un marcheur. Il pratique une marche salutaire, tendue vers l’effort et la destination, mais aussi quand la vie lui en offre le luxe, il flâne : « Parce qu’il musarde, il augmente le jour ».

Dans son livre « L’obscur vertige des vivants » il veut affirmer que la science et la poésie n’ont jamais été adversaires. Alors, il rédige des textes courts, denses, pour dire la beauté de la nature et de ses découvertes. Mais il retient aussi de ce recueil pour l’anthologie, des poèmes plus métaphysiques : « Cette vie, la porter / jusqu’à l’incandescence / …l’inventer contre l’usure des mots ».

Dans « L’Alcool des vents » qui donna lieu à des récitals et spectacles par le chanteur-poète Bruno RUIZ, il rend grâce à la vie, comme un bienheureux.

 

Cette anthologie comporte une partie inédite, qui tranche un peu avec les textes précédents : « Embruns de femme » sublimes poèmes d’amour avec ce ton feutré et sa tristesse retenue pour être finalement rejetée : « Soyons soyeux. Le murmure en dit plus long. Les sons anodins, les bruits clandestins de la ville, un tintement de pièce dans la sébile, une bataille d’ailes de pigeons. Le filet de voix d’eau du caniveau. » La passante, la rôdeuse échappe à l’emprise de toute mode. « Sais-tu que tu ouvres entre tes cils tous les pays des hommes ? Ils les ont inspirés, fondés, vêtus d’histoires et toi tu les éclaires ».

 

Pour finir Michel BAGLIN offre aux auditeurs la lecture de quelques poèmes à ce jour inédits, et qui constitueront son prochain livre.

Dont, ce poème qui figurera aussi dans l’anthologie en préparation sur le Canal du Midi (voir page d’accueil) qui sera illustré par l’artiste photographe toulousain Dominique Viet :

Aux écluses

 

 

Il y a toujours du monde aux écluses,

quand se présente un bateau,

des gens surgis de nulle part,

de derrière les platanes du chemin de halage,

d’une ferme lointaine, d’un passage oublié,

tombés de la Lune peut-être

ou descendus du vélo.

Il y a toujours du monde aux écluses

des sentinelles penchées sur les remous.

Et l’on dirait qu’elles sont venues

sous la voûte des arbres

saluer du fond des siècles

avec le lent courant des biefs,

dans la traîne des feuilles,

les puissances de l’eau.

Il y a toujours du monde aux écluses,

des curieux enjoués ou fascinés,

le pied sur un bollard

et les mains dans le dos,

qui savent presque tout des mariniers

de la manœuvre et des vantelles

dont chaque tour de manivelle

ouvre la source sous leurs yeux.

Il y a toujours du monde aux écluses,

des amoureux des canaux,

des ponts, des ports, des épanchoirs,

battant le pavé des bajoyers

pour récupérer le bonjour et l’amarre

et regarder dans le sas s’enfoncer

entre les parenthèses des portes

le voyage un instant suspendu

d’une autre vie rêvée.

Octobre 2012

 Michel BAGLIN

14/02/13

 

Christian Saint-Paul annonce la parution du n° 112 de la revue FRICHES Cahiers de Poésie Verte, dont l’invité de l’hiver est Daniel BIGA présenté par Alain FREIXE, et le poète « Hors champ », l’occitan Joan-Maria PETIT (Jean-Marie PETIT). Jean-Pierre THUILLAT renoue dans ce choix avec sa vocation occitane. Il rappelle qu’il a publié à FRICHES  Marcelle DELPASTRE, Bernard MANCIET, Jaumes PRIVAT, Max ROUQUETTE, Michel-François LAVAUR, qu’il a rendu hommage aux troubadours : Gaucelm FAIDIT, Bertran de BORN ; une émission du reste a été consacrée à ce livre remarquable « Bertran de Born, histoire et légende » publié aux éditions Fanlac (290 p, 20 €, disponible également à la revue FRICHES  + 6 € de frais de port) et qui a obtenu le prix Brantôme en 2009.  Il nous livre dans ce numéro toujours d’un intense intérêt, des poèmes dans les deux langues de ce poète occitan J-M PETIT présenté « tel un cep de vigne  fortement enraciné dans un terroir qui lui ressemble» par l’omniscient Georges CATHALO ; lecture de ce texte de présentation. Lecture aussi de la critique dans ce même numéro de Gilles LADES sur le livre d’Isabelle LEVESQUE « Ossature du Silence » dont vous trouverez le bon de commande et une photographie du château Gaillard cité dans ce recueil sur la page d’accueil de ce site. Alain LACOUCHIE signale avec son compère THUILLAT, les bonnes revues comme Pages Insulaires et Nouveaux délits qui sont nos amis familiers. Un excellent numéro sur lequel il serait bon certainement de revenir, si notre temps imparti le permet.

Le n° 12 €, abonnement : 3 numéros  25 €, chèque à l’ordre de Cahiers de Poésie Verte à adresser : Le Gravier de Glandon  87500  Saint-Yrieix.

 

Saint-Paul plaçant cette soirée encore sous le signe des U.S.A. signale la parution dans cette formidable collection « Série américaine » de José CORTI éditeur, du livre de Michaël PALMER « Première figure » ; ce poète est né à New-York en 1943 et vit actuellement à San-Francisco. C’est une grande célébrité aux Etats Unis et il est lauréat du prix de poésie Wallace Stevens.

Poème en deux parties

 

et j’arrivais les yeux fermés

préparé à une musique en aucune manière réelle, marche-

arrêt de lumière, un alphabet

de formes contre les murs de l’hôtel,

port avec des bateaux sur leurs côtés

et les taxis et les tours d’eau nervées…

ne craignant rien, protégé par ces fleurs…

 

Elle descendit, attendue

par ses quatre assistants rongeurs, « se raccroche

à l’air. » L’enfant

est malheureux et casse les choses

puis les choses le cassent. Nous partageons

une maladie dit l’ami. Il pressa

l’accélérateur et perdit la tête.

 

Lecture d’extraits du livre.

 

Puis, sans quitter San-Francisco et la Californie, Saint-Paul consacre l’émission à cet Etat des U.S.A. où réside en partie son ami globe-trotter et néanmoins toulousain : Stéphane JANSON auquel il dédie la lecture d’extraits de ce long poème « kaléïdoscopique » (selon l’expression de l’auteur pour qualifier la manière dont les sous-parties de The California Poem sont autant de tiroirs ou fenêtres que le lecteur peut ouvrir au hasard), écrit dans la tradition de Walt WHITMANN :

« Le Poème Californie » d’Eleni SIKELIANOS.

The California Poem répond au désir d’écrire un long poème épique, dans la tradition des Feuilles d’herbe de Walt Whitman, ou de Paterson de William Carlos Williams. Il s’agit d’un poème fleuve qui cherche à charrier, à travers l’évocation d’un bout d’Amérique, l’ensemble du monde, de son histoire, de son langage, de son imaginaire et de son devenir, tout en jouant de la perméabilité du texte en y intégrant images, dessins, documents historiques et scientifiques. Si l’auteur donne vie à toutes les strates de la Californie, elle rend compte aussi, par l’ampleur même du poème, d’un intense sentiment de perte, que ce soit à travers l’évocation de l’enfance disparue, ou celle de l’extinction irrémédiable de peuples, de langues et d’espèces florales et animales.

Le Poème Californie est publié aux éditions Grèges avec l’aide du Centre National du Livre. (Tirage à 500 exemplaires imprimés à Montpellier)

07/02/13

Michel COSEM

 

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Christian Saint-Paul reçoit Michel COSEM poète, romancier, éditeur.

C’est une figure emblématique de la poésie contemporaine, entrée déjà dans l’histoire de la poésie des XXème et XXIème siècles, qui vient dire son enthousiasme toujours grandissant pour la création littéraire et l’édition de la poésie.

Né en 1939, il fonde en 1960 à Toulouse dans les locaux de l’AGET rue des Lois, la revue Encres Vives qui n’a cessé de paraître et en est aujourd’hui à son 415ème numéro. Un exploit quand on connaît la précarité des nombreuses revues qui ont vu le jour sur la même période. Il publie les auteurs reconnus de la poésie d’aujourd’hui qui aiment à intervalles réguliers, faire paraître un recueil comme pour marquer l’évolution de leurs œuvres, mais aussi, il donne sa chance aux poètes pas ou peu connus, qui laissent percevoir une voix de qualité. Car, l’ouverture de ce poète éditeur qui a su réunir un si impressionnant catalogue, est toujours subordonnée à son exigence visionnaire de la qualité. Être publié à Encres Vives est, en effet, un label de qualité. Cette activité assez exceptionnelle sur une si longue durée lui a permis de tisser un vrai réseau fraternel des poètes de notre époque.

Bien sûr, c’est l’ouvrage d’un poète passionné et assidu à une création qui n’a jamais ralenti et lui vaut d’être parmi les poètes les plus prolifiques. Déjà dans les années quatre-vingts Robert SABATIER dans son anthologie des poètes du 20ème siècle, lui consacrait de nombreuses pages et le saluait comme « le poète du bonheur intérieur ». Jean-Marie Le Sidaner dira, il y a déjà trente ans, qu’il est un poète « de l’imaginaire susceptible de bouleverser nos rapports avec le monde ». Plus tard, Gilles LADES verra en Michel COSEM un « voyageur contemplatif dans l’aveuglant paradis ».

Lauréat des prix Méridien, Artaud et Malrieu en poésie, il poursuit inlassablement sa démarche exigeante.

Il construit en même temps une œuvre romanesque chaleureusement remarquée par la critique ; cette œuvre fait l’objet d’études universitaires et il prend place dans les ouvrages et anthologies de littérature contemporaine. Il est aussi l’auteur de nombreux livres pour la jeunesse qu’il considère comme des livres destinés, de la même manière, aux adultes.

Dans l’ensemble de cette grande œuvre de fiction, l’imaginaire sera toujours le centre. Mais cet amateur des mythes et des légendes regarde les paysages qu’il traverse avec l’éclairage de l’Histoire et la grâce du poète.

Ce regard aigu sur les lieux où il s’attarde, va nourrir en profondeur son inspiration poétique. A propos de son livre « Le Sud du soleil » paru aux éditions de l’Atlantique, Gaëlle JOSSE écrit : « Michel COSEM ne cherche pas l’inspiration, elle vient à lui car il regarde le monde. Il y a en lui quelque chose d’un Monet arpentant la campagne, chevalet et boîtes de couleurs en bandoulière, célébrant le jour en guettant ses plus infimes nuances de lumière ».

C’est précisément des textes sur ces lieux qui le fascinent et l’enracinent durablement au monde, que Michel COSEM choisit de lire pour cette émission. Il rappelle qu’il a créé dans les éditions Encres Vives une collection lieu  qui  rassemble des auteurs cernant un ensemble de poèmes sur un lieu déterminé. (Voir le catalogue général des éditions sur ce site)

Le dernier né de cette collection est le 275ème Lieu dont l’auteur est Paul BADIN et le titre « La flânerie aux Alyscamps » et concerne Arles et la Camargue  (6,10 € à commander aux éditions).

Alternant un entretien avec Saint-Paul portant sur sa démarche personnelle poétique et des considérations plus générales sur la poésie, Michel COSEM lit de longs extraits de ses recueils ayant trait aux Corbières et à la Galice et Mancha : « La ria du cygne noir » (272ème Lieu, 6,10 € à commander aux éditions). Georges CATHALO  a écrit à propos de ces poèmes : « Et puis, comme « on sait enfin que rien ne finit », on cherche toujours à voir plus loin même dans l’ici ou le « je » s’efface devant la simple majesté des paysages rencontrés car « l’imaginaire est là, perché entre les plantes rares » et l’on est sûr que « tout recommence à l’instant où l’on croit que tout va s’apaiser », un peu comme ce vent, présent d’un bout à l’autre du livre ».

 

L’eau nourrit l’eau

et les algues du monde

le frisson au geste fou

et cette origine du vent

Ce soleil

 

Le corps de l’oiseau

sans un cri sans la moindre parole

boit tout ce qui reste

 

(La ria du cygne noir)

 

Un poète dont on souhaite recevoir aussi régulièrement les livres qui nous font voyager et au fond, nous font nous découvrir à travers ce regard jamais habitué.

 

Abonnement à Encres Vives 34 €, chaque numéro 6,10 €, à commander 2, allée des Allobroges  31770 Colomiers.

 

 

31/01/13

 

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Christian Saint-Paul dit son admiration pour une dame qui a marqué sa jeunesse : BARBARA et fait écouter « Un monsieur me suit dans la rue », chanson qui n’est jamais diffusée par les radios.

Il rappelle que le livre de Gaston PUEL « 42 sirventès pour Jean-Paul » peut toujours être commandé au Centre Joë Bousquet de Carcassonne (bon de commande en page d’accueil), qu’il s’agit d’une publication qui fera date dans l’histoire de la poésie, car G. PUEL est un des plus grands poètes français vivant. Lecture d’un poème du livre.

Il se réjouit du travail incessant en faveur de la poésie d’aujourd’hui qu’effectue avec passion les revuistes et les éditeurs tel Michel COSEM qui nous livre deux nouveaux numéros d’Encres Vives, publication qui paraît régulièrement depuis 1960 et qui est née à Toulouse dans les locaux de l’AGET rue des Lois.

Le 414ème Encres Vives est constitué d’un recueil d’Annie BRIET « Cueillir l’éphémère  (les métamorphoses de la neige) ».

Aujourd’hui

Je voudrais qu’il neige dans ma parole

*

La neige a brodé tout le jour

La quiétude du monde

Dans la mémoire lisse du blanc

Ici et là, éparpillés

De menus flocons semblent battre des cils

 

Il est temps de dormir

Dans la chambre de neige

Une poésie contemplative, aussi fine et enveloppante que la neige ; la mise en page est soignée et des photos de paysages de neige prolongent la beauté des images nées des mots. Un charme paisible.

Espérons que cette femme poète, trop discrète, nous régalera d’autres recueils sur l’amour du monde, qu’elle porte avec tant de naturel et de facilité.

 

C’est une autre femme, qui démontre s’il en est encore besoin, que la femme aujourd’hui a une place prépondérante dans la poésie, Andrea MOORHEAD qui est l’auteur du recueil du 415ème n° d’Encres Vives : « Sans miroir ». Née près des chutes du Niagara, c’est la directrice de la revue internationale Osiris, revue US qui publie la poésie en plusieurs langues sans traduction. Ses livres de poésie ont paru pour la plupart au Canada où elle réside, aux Editions du Noroît. Elle est aussi photographe et naturaliste passionnée.

Paroles de l’ermite

 

la fraternité des fleurs

n’est pas surprenante,

elles passent la plupart du temps

à refaire l’atmosphère,

à la rendre plus accueillante,

moins ténébreuse et rigide,

suivant les girations saccadées des pôles inconnus.

Poésie aussi de l’attention au monde, mais interrogative dans les méandres de la vie, des scènes du quotidien décryptées comme des messages à deviner. Une humanité inquiète trouve notre complicité.

Enfin, Christophe LEVIS, après « Oniromance » publie dans la collection Encres Blanches d’Encres Vives : « L’encolure », longs poèmes où la révolte fait souvent halte dans la tendresse. Un souffle rugueux, des mots saccadés qui traduisent un désarroi majeur :

Pourquoi c’est eux qui gagnent

Bien plus qu’il en est de sauvées

Bataillons tout en fer des grillages de terreaux

C’est la doublure qui gagne et la joie qui s’enterre

 C’est la doublure qui gagne et la joie qui s’enterre

Chaque recueil 6,10 €, abonnement 12 volumes 34 € à commander à Michel Cosem 2, allée des Allobroges  31770 Colomiers

 

La soirée est ensuite encore placée sous le signe des USA ; après Paul BOWLES, Hosho McCREESH (Nouveaux Délits n° 44), George OPPEN, c’est un poète français qui nous dit son amour de ce pays dans lequel il a longtemps vécu : James SACRE.

L’évènement majeur est la publication par André Dimanche Editeur d’une somme considérable de poèmes sur l’Amérique profonde, celle de l’espace des grandes solitudes traversées par des routes désertes, des petites villes, des tribus indiennes, mais où le miracle de la fabrication du poème est toujours exalté : « America Solitudes » 340 pages 27 €.

Saint-Paul brosse la biographie de ce poète français né le 17 mai 1939 à Cougou, village de Saint-Hilaire-des-Loges en Vendée.

En résumé voici ce que l’on a écrit sur cette vie :

Après une formation d'instituteur, James Sacré s'envole, en 1965, loin de sa Vendée natale et de la ferme où il a grandi pour poursuivre des études de lettres aux Etats-Unis. Il pose ses valises dans le Massachusetts et devient professeur au Smith College, sans pour autant cesser de voyager : en France, en Italie, en Tunisie, au Maroc... C'est en 1970, en pleine émergence du courant littéraliste, que le jeune poète se met à écrire. Extrêmement prolifique, constamment éclectique, il publie plus de trente recueils entre 1980 et 2009. Il y livre une écriture dépouillée et charnelle, où la poésie devient objet de désir, où le mot véhicule le sentiment amoureux (' Trois anciens poèmes mis ensemble pour lui redire je t'aime', 2006), où le vers s'imprègne des paysages et des odeurs du terroir (' Paroles du corps à travers ton pays', 2009), aussi simplement qu'il esquisse l'univers du Maghreb (' Une fin d'après-midi à Marrakech', 1988). Installé depuis 2001 à Montpellier, il ne cesse de remettre son écriture en question à travers ce qu'il appelle le 'lyrisme critique'. 'Le poème n'y a vu que des mots', 'Le désir échappe à mon poème', 'Les mots longtemps, qu'est-ce que le poème attend ?' sont autant d'ouvrages au fil desquels il anime ses vers d'un corps et d'une âme, interrogeant perpétuellement les rouages de l'expression poétique.

Il arrive que tu ne saches plus où tu es

Restau mexicain à San Juan Bautista, je viens

D’acheter un canard en bois chez l’antiquaire du coin.

La mission, la plaza.

Tout un agréable mélange de maisons basses

Et de frontons de bois peints, mascaret

De l’espagnol et de l’anglo-saxon

(Où sont passés les Indiens ?) et pourquoi

Emiliano Zapata promène-ti son grand chapeau

Sur les quelques affiches et photos de ce restau ?

Felipe’s Mexican Food Restaurant, je vais manger

Un yucca con chichorrones, de la racine de yucca

Avec du porc et du chou confit dans le vinaigre…

Dans quel pays vraiment est-ce qu’on est ?

                                   *

Parfois le voyage est un peu long

On ne voit plus rien, ou mal tout.

Le paysage se réduit à quelques noms,

Motel bon marché ou machin grand luxe.

Ça finit par être nulle part.

 

Lecture de longs extraits du livre. Impression des villes, des camions sur les routes, des paysages qui prolongent le langage. Une épopée sans faits d’armes à lire pour « voyager peinard » comme aurait dit Léo Ferré, dans ce grand pays.

24/01/13

Photo par

Mary Oppen

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Saint-Paul signale la parution du n° 44 de la revue de poésie vive NOUVEAUX DELITS (voir rubrique « Parutions » de ce site) toujours aussi bien réussi tant dans la qualité originale du sommaire que dans la présentation soignée et les illustrations. Une lecture enrichissante et agréable agrémentée des notes de lecture rédigées par Cathy GARCIA ouverte à la littérature du monde entier (ici la Grèce, l’Amérique Latine, l’Asie).  Le n° 6 €, abonnement 25 € pour 4 n°, à adresser par chèque libellé à Association Nouveaux Délits – Létou  - 46330 St Cirq-Lapopie.  Lecture de textes du poète américain publié dans ce numéro : Hosho McCREESH qui vit, travaille, écrit et peint dans les mauvaises terres de gypse et de caliche du sud-ouest américain.

 

Et c’est sous l’évocation des USA que Christian Saint-Paul situe cette émission. Les auteurs américains, si importants dans l’histoire universelle de la poésie, sortent souvent de l’oubli dans lequel ils pourraient s’enliser, grâce à nos poètes français amoureux de la poésie et qui n’hésitent pas à consacrer leur temps à la traduction de ces génies et à les faire connaître. Ce travail fraternel fût celui de Daniel MARTINEZ pour Paul BOWLES (voir émission du 10 janvier 2013), il est celui de Yves di MANNO pour George OPPEN.

C’est le fruit de trente ans de travail passionné d’Yves di MANNO qui nous permet aujourd’hui de lire l’œuvre poétique complète de George OPPEN parue chez José Corti dans la collection Série américaine 352 pages, 21 €.

Voici la présentation de l’éditeur :

Né en 1908 dans l’Etat de New York, George Oppen passe une partie de sa jeunesse en Californie. A la fin des années 1920, il rencontre Charles Reznikoff et Louis Zukofsky, avec lesquels il fonde la confrérie secrète des « objectivistes », dans le sillage d’Ezra Pound et de William Carlos Williams. Avec Mary, la compagne de sa vie, il s’établit près de Toulon en 1930 : c’est en France que seront d’abord imprimés les livres de l’Objectivist Press, avant le retour à New York et la publication de son premier recueil : Discrete Series, en 1934. L’année suivante, Oppen adhère au Parti communiste américain et cesse totalement d’écrire, pour se consacrer à ses activités militantes. En 1942, il s’engage dans l’armée américaine et sera grièvement blessé durant la bataille du Bulge, seul survivant de sa patrouille. Après la guerre, victimes de la répression maccarthyste, George et Mary Oppen sont contraints de s’exiler au Mexique, où ils vivront jusqu’à la fin des années 1950. C’est là qu’Oppen renoue avec l’écriture, après vingt-cinq ans de silence. Il regagne le territoire américain en 1960 et son deuxième recueil : The Materials, paraît en 1962, suivi de This in Which (1965), puis de Of Being Numerous (1968), son livre majeur, qui lui vaut le prix Pulitzer. Son influence s’étend sur une nouvelle génération de poètes, à mesure que les « objectivistes » reviennent sur le devant de la scène. Ses Collected Poems sont réunis en 1975. Un ultime recueil : Primitive, s’y ajoute en 1978. Il s’éteint en 1984, au terme d’une longue maladie.

Saint-Paul qui relate cette biographie insiste sur le fait qu’OPPEN adhérant au Parti Communiste  Américain n’a jamais été stalinien comme Louis ARAGON, Nazim HIKMET, Pablo NERUDA etc. Il a quitté ce parti sans que l’on sache précisément quand. C’est sa femme Mary COLBY qui a publié une biographie très contrôlée de leur vie, laissant de grands pans d’ombre. Saint-Paul développe un peu cette biographie de ce poète né dans une famille juive prés de New York le 24 avril 1908, d’un père diamantaire, George Oppenheimer qui décide en 1927 de changer son nom de famille en Oppen. Son enfance dans ce milieu aisé a été entachée par le suicide de sa mère Elsie Rothfeld, lorsqu’il a quatre ans. Et sa jeunesse fût encore perturbée par un grave accident de voiture en 1925 dont il était responsable. Son œuvre est celui d’un homme sincèrement engagé dans les luttes de société, voulant saisir dans sa poésie le réel sans aucune tricherie, sans le moindre artifice qui serait pour lui un subterfuge. Il est à mille lieus dans cette démarche dite « objectiviste », de la poésie surréaliste. C’est peut-être pourquoi il fût si oublié en France. Il rend compte aussi des années trente aux USA, les années noires où se forgent son altruisme, sa générosité qui ne sera jamais démentie. Une œuvre originale, qui nous renseigne indirectement sur notre période de crise et notre égoïsme foncier.

Atteint de la terrible maladie d’Alzheimer, il meurt de pneumonie peu de temps après en 1984.

Un travail d’Yves di MANO à saluer cette traduction qui nous offre en un seul volume cette œuvre universelle !

17/01/13

 

 

Manijeh NOURI

 

Alem SURRE-GARCIA

 

 

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Christian Saint-Paul annonce la parution de la revue Diérèse n° 58 le 20 février 2013. Voir couverture1 et 2 .

      Au sommaire Gérard Titus-Carmel, Yves Charnet, Emmanuel Moses, Pierre Chappuis, Isabelle Lévesque, Françoise Ascal, Jacques Kober, Marie de Quatrebarbes, Fabio Scotto, Joël Vernet, Daniel Martinez... Poésies du monde : Du Fu, Durs Grünbein... Figures libres & notes critiques. Le numéro : 18 € (port compris).
                                Disponible à l'adresse de la revue :
                                              Daniel Martinez
                                              Revue "Diérèse"
                                             8 avenue Hoche
                                         77330 Ozoir la Ferrière.
Ainsi qu'à la librairie Compagnie (Paris Ve), et à la librairie La Lucarne (Paris XIXe).
  

Il rappelle que le nouveau livre de Gaston PUEL 42 Sirventés pour Jean-Paul Poèmes parus aux éditions de Rivières, édition établie par René Piniès est disponible. Bulletin de commande

Il annonce que le prochain  CAFÈ TROBAR, le n° 3  aura lieu le samedi 19 janvier à 18 h à la Maison de l’Occitanie à Toulouse, 11, rue Malcousinat. Il s’agit d’extraits du spectacle « ON DIT QU’AU DELÀ DES MERS » de la Compagnie Traditions et guérison (qui a été présenté à Avignon) avec Joséphine Lazzarino et Nora Idir. Mise en scène de Morena Campani.

« On dit qu’au-delà des mers » est un concept de concert/spectacle qui trace l’histoire d’une rencontre et de ce qui reste au sein d’une rencontre. Les deux chanteuses aux parcours divers, ont en elles au moins cinq cultures différentes, raison pour laquelle chaque voyage est à la recherche des racines. Elles chantent de la tradition de l’Italie du Sud le chant a distesa ; de la tradition kabyle le chant du désert ; de la tradition méditerranéenne la polyphonie ; de la tradition française l’intégration dans la terre d’accueil.

On dit qu’au delà des mers c’est le croisement de plusieurs mémoires. Entre deux mers, entre des terres, deux cultures, deux familles…deux vies.

 

Les invités de la semaine sont des familiers de la culture occitane et orientale, familiers de l’émission du fait de leur incessante activité culturelle : Manijeh NOURI traductrice, conférencière, enseignante, spécialiste de la littérature persane, et Alem SURRE-GARCIA poète, traducteur, librettiste, écrivain, essayiste, spécialiste de la littérature occitane.

Tous deux ont organisé une exposition à la Maison de l’Occitanie à Toulouse qui se tiendra jusqu’au 7 février 2013 ayant pour titre « Jardin de Perse, Jardin d’Occitania ». Une soirée exceptionnelle sur ce même thème aura lieu, toujours à la Maison de l’Occitanie, le jeudi 24 janvier 2013 à 18 h 30, mêlant les photographies de jardins perses à celles de jardins occitans, les poèmes des deux langues et leur traduction française, la musique avec Pierre BLANCHUT et Guillaume LOPEZ.

Une conversation animée court tout le long de l’émission sur ce thème par essence poétique, celui des jardins. La poésie naît des jardins. Le jardin annonce l’eau, qui fait vivre les arbres, sur lesquels chantent les oiseaux et ce chant est l’origine de la poésie. En persan, les symboles de la poésie sont le rossignol et la rose, lesquels s’abritent dans les jardins.

Le jardin persan est la représentation du paradis ; c’est un endroit clos, luxuriant entouré du désert. C’est ce contraste, qui apparaît avec force dans les photographies exposées, qui imprègne l’image du paradis.

A Toulouse, au début du 11ème siècle, ce qui deviendra la plus vieille académie littéraire d’Europe, l’Académie des Jeux Floraux, ce qu’on nommait alors le Consistoire, trônait dans un jardin des rives de la Garonne, sous un laurier.

 

Avant de terminer l’émission centrée sur leur passionnante conversation sur ces jardins d’Eden, les invités indiquent que le 11 mars 2013 sera donné un spectacle à Toulouse dans le cadre du Printemps des Poètes, d’artistes de différentes langues autour de la Méditerranée et que les Cafés TROBAR et autre intervention poétique se succèderont :

 le Jeudi 31 janvier  à la Cave Poésie, rue du Taur à Toulouse, à 19 H : Lectures en occitan et français d’extraits de l’ouvrage d’Alem Surre Garcia « LO LIBRE DEL DOBLE DESPARTIBLE (Le livre du double divisible) » par Jean-Michel Hernandez. Cet ouvrage avait obtenu le Prix Antigone de la ville de Montpellier en 1998

Le Samedi 2 février au Conservatoire occitan. CMDT, rue du Pont de Tounis à

20 H 30 : Première du spectacle «  PALANCAS » de Guilhem Lopez et Alem Surre-Garcia. Chant, danse et poésie. Quatre jeunes talents établissent des passerelles entre Toulouse et Séville, entre l’occitan et l’espagnol, entre la bourrée et le flamenco. Là aussi c’est une première. Le spectacle sera précédé d’une courte intervention d’Alem Surre-Garcia avec projection d’images sur la relation Tolosa-Sevilha (Toulouse - Séville).

Le Vendredi 26 avril sera rendu dans le cadre d’un Café TROBAR un hommage au poète Thierry METZ et à la revue « Diérèse » qui a publié deux numéros sur ce poète trop tôt disparu. Daniel MARTINEZ, Isabelle LEVESQUE et Françoise METZ animeront cette soirée avec la comédienne Danielle CATALA et le chanteur poète Philippe BERTHAUT.

 

 

 

 

10/01/13

 

Simone

 Alié-Daram

 

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Christian Saint-Paul invite les auditeurs à commander le dernier livre de Gaston PUEL « 42 sirventès pour Jean-Paul » 
au Centre Joë Bousquet et son temps 53, rue de Verdun, 11000 Carcassonne, 15 € + 3 € de frais de port 
(voir bulletin de commande en page d’accueil).
 
Il recommande également la lecture du dernier livre de Marcel MIGOZZI « Derniers Témoins » Tarabuste éditeur 81 pages,
 11 € ; une nouvelle émission sera consacrée à ce poète.
 
Enfin, l’infatigable Georges CATHALO poursuit sa route au fil des revues et des sites de poésie  qu’il enrichit de ses notes de lecture ; 
il vient de publier son 5ème livret  de « Quotidiennes pour résister » aux éditions La Porte à commander à 
Yves Perrine 215 rue Moïse Bodhuin, 02000 Laon ; le livret 3,75 €, abonnement à 6 n° 20 €.
 
réveillez-vous les poètes
il est temps que vous vous leviez
au milieu des champs de ruines
stoppez tout relevez-vous
vous avez déserté depuis si longtemps
vous avez tant vécu à plat ventre
que vous ne devez plus vous souvenir
de la station debout
pour reprendre les armes des mots.   
 
Christian Saint-Paul reçoit Simone Alié-Daram, née en 1939 à Toulouse, pupille de la Nation, qui a récemment pris sa retraite
d'une longue carrière dans la Recherche médicale et la sauvegarde d'enfants atteints d'anémie immunologique (RH disease).
Une carrière distinguée de nombre d'honneurs officiels, qui ne lui ont pas tourné la tête.
A ses moments perdus elle n'a jamais cessé d'exprimer sa sensibilité et son humanité grâce à ses talents poétiques. Son premier recueil de poèmes
 /Ecritures/ rassemble des textes récents et d’autres plus anciens, certains écrits pendant l’adolescence ou l’enfance de ses enfants. 
Ses parents (et en fait ses oncles et tantes également) étaient tous médecins et Universitaires. 
Elle n’a jamais connu son père qui est mort au combat dans les Ardennes en 1940 (elle avait un an) bombardé dans un bois appelé 
« Crèvecœur le grand ». Il était médecin d’un régiment de sénégalais, les premiers soldats envoyés sur le front de la guerre fort inutilement pendant 
le mois de mai 1940.
Quand elle a eu 5 ans, sa mère, devenue interne des hôpitaux et ensuite professeur de bactériologie virologie s’est remariée avec un chirurgien, 
futur chirurgien cardio-vasculaire qui lui servira de père présent et affectueux. Sa petite sœur est née ensuite: elles ont dix ans de différence et sont 
très attachées l’une à l’autre. Elles suivaient toutes les deux les parents lors de leurs déplacements en congrès à l’étranger et visitaient les parcs 
d’animaux pendant qu’ils travaillaient. 
Elle a fait ses études de collège dans la pension huppée de la ville, tenue par les dominicains, dans une section littéraire. Elle a été élève pendant 
2 ans à la pension Fénelon  à Oran en Algérie où vivait la famille de sa mère.
Pendant la guerre, la famille a survécu grâce à ses grands-parents paternels qui habitaient en Aveyron et s’occupaient activement des enfants de la 
famille qu’ils ont comblés d’affection.
Elle fit la classe de terminale en section scientifique dans le lycée de jeunes filles de Toulouse et a dû travailler d’arrache pied pour absorber 
mathématiques et physiques qu’elle avait snobés jusqu’alors.
Un peu saturée des médecins familiaux, Simone voulait faire de l’ethnologie. Las ! Les tests psycho et les conseils donnés à sa mère l’ont orientée 
vers la médecine.
Les premières années furent dures mais elle s’est rapidement passionnée pour ce métier et a été reçue major à son premier concours d’externat. 
Elle se préparait à être chirurgien quand elle a rencontré son premier mari, biologiste et hématologue qui faisait partie des médecins fondateurs de 
la transfusion sanguine à Toulouse. Il avait trois enfants qu’elle a aimés et élevés du mieux possible bien qu’elle n’ait eu que treize ans de plus que les
aînés. Ils ont fait deux enfants ensemble et beaucoup de bon travail dont les premières transfusions in utero en France en 1964. Et malgré leur divorce
au bout de douze ans ils ont continué à travailler côte à côte. Puis Simone a ciblé sa recherche sur les traitements de la maladie hémolytique des 
fœtus et des nouveaux nés, qui, à l’époque, tuait pas mal de petits enfants. Elle a beaucoup publié ses travaux de New York à Moscou en passant par 
le monde entier. Elle a vécu de l’intérieur toute les avancées des thérapeutiques en hématologie de la greffe de moelle à la production de cellules 
souches, les débuts de la congélation des produits sanguins qu’elle a appris à Stockholm, et a côtoyé plus tard les événements dramatiques de la 
survenue du sida et de l’hépatite C. 
Elle a enseigné l’immunohématologie à des kyrielles d’étudiants dans les deux facultés de médecine toulousaines, a étudié et pratiqué la médecine 
légale dans les expertises de responsabilité des transfusions sanguines dans la survenue des maladies transmissibles par le sang.
Elle a épousé son deuxième mari en 1983 qui n’était pas du tout médecin mais peintre décorateur de théâtre et fût toujours son attentionné et 
intelligent compagnon jusqu’à sa mort en juin 2012. 
Depuis sa retraite elle déborde de travail entre les associations de conservations du patrimoine, les académies scientifiques et littéraires et les 
cercles de poésie.
Simone ALIE-DARAM écrit depuis l’enfance, mais n’a franchi le pas décisif de la publication qu’en 2007 avec « Ecritures » Société des 
Ecrivains éditeur.  Elle poursuit ensuite avec « Emoti’icones » en 2009 (Copy Media), « Effluves » en 2010 (Copy Media), 
« Des Ephélides plein les poches » en 2011 (Copy Media), « Ellipsoïdes » en 2012 (Copy Media) et 
« Paradis ébouriffés » en 2012 (Copy Media). Chaque volume 12 € est à commander par courriel 
à daramalie@free.fr 
Elle fût élue maître-es-jeux à la prestigieuse Académie des Jeux Floraux de Toulouse en 2011, l’Académie la plus ancienne d’Europe. A ce titre, 
elle fit en 2012 l’éloge de Clémence ISAURE, exercice particulièrement difficile devant l’auguste assemblée, et réussie. 
Sa poésie est resserrée dans des textes assez courts, bâtis souvent comme de véritables croquis impressionnistes. Elle saisit des scènes de vie, 
fige leur fulgurance dans la gangue des mots. C’est souvent aussi une poésie contemplative. Ses qualités éprouvées d’observation font merveille 
dans le saisissement de la vie qui l’entoure, des agissements des autres. Elle est en éveil perpétuel, et écrit comme on photographie. Il en résulte 
un charme permanent où transparaît une inébranlable passion de vivre, sans leurre, avec la lucidité de l’expérience. 
L’entretien avec Saint-Paul est entrecoupé de longues lectures par Simone ALIE-DARAM d’extraits de ses livres.
 
VISION DE MENDIANT
 
Une voix blonde canaux et bicyclettes,
Vêtue de vert comme une salade,
La tête au nord et les pieds andalous,
Une fillette de velours à la main
Glisse dans mon espace gris de trottoir.
Si tant est que le ciel est bleu
Je veux croire encore à la vie.
 
 
 Quand les oiseaux se seront tus
Et que les blondes incendiaires
Auront remisé leur passé
Est-ce que la mer aura encore
Des baisers salés pour le vent
Est-ce qu’elle m’attend encore ?

 

03/01/13

Paul BOWLES

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Christian Saint-Paul se réjouit des nouvelles qu’il a reçues du poète Gaston PUEL, poète majeur qui à vingt ans fréquentait le 53 de la rue de Verdun à Carcassonne où logeait Joë BOUSQUET, n’a depuis cessé de promouvoir la poésie et l’art et a écrit une œuvre remarquable qui marquera l’histoire de la poésie française. Voilà quelque temps que cette voix s’était faite silencieuse et que ses poèmes les plus récents n’étaient plus diffusés que dans des tirages limités de livres d’artistes. Nous savons ce jour, que le poète a regagné son paisible domicile de la campagne tarnaise et qu’enfin va être édité le regroupement de tous ses textes qui avaient paru aux éditions Rivières.

Le titre de l’ouvrage de Gaston PUEL est « 42 Sirventès pour Jean-Paul », édition établie par René PINIES à commander tout de suite au Centre Joë Bousquet et son Temps 53, rue de Verdun  11000 Carcassonne par chèque bancaire libellé à cet ordre, d’un montant de 15 € + 3 € de frais de port pour un ouvrage de 208 pages.

Lecture d’un poème de Gaston PUEL « Pasternak » dédié à Ginette AUGIER que fréquenta aussi Saint-Paul. 

L’émission est ensuite consacrée à la lecture in extenso d’un long poème de Paul BOWLES (1910-1999) paru en 2010 aux éditions Les Deux-Siciles « NEXT TO NOTHING  PRESQUE RIEN » en bilingue anglais français, la traduction étant celle de l’éditeur Daniel MARTINEZ, couverture et dessin de Jacques Coly  (6,50 € à commander  8, avenue Hoche  77330 Ozoir-la-Ferrière).

L’éditeur traducteur précise que « dans ce long poème, inédit en français, Paul BOWLES fait plus que d’évoquer sa peine à la mort de son épouse Jane, en mai 1973, dans un ton bien à lui fait de violence rentrée, et de dépit. Ici, le ton élégiaque se colore de touches d’un humour froid et sec, dans un long monologue où des vers amples et longs alternent avec d’autres courts et lovés sur eux-mêmes. BOWLES a composé « Next to nothing » comme une partition avec un leitmotiv, lancinant. Moment exceptionnel dans l’œuvre de l’auteur de « The sheltering sky (Un thé au Sahara), Paul s’y dévoile, pour parler d’une histoire qui le regarde d’abord, celle de son couple, pas vraiment classique. Ces « paroles après la fin » - le titre de l’un de ses poèmes, écrit directement en français – font le bilan d’une aventure. En même temps qu’elles sont confrontation avec un hypothétique au-delà. C’est le poème seul qui possiblement est issue, conçu comme un tout il porte en lui-même sa propre réponse. »

 C’est un autre poète américain, une femme : Sylvia PLATH qui complète l’émission.

Lecture d’extraits de