RETOUR

cliquer sur le haut parleur pour écoute

 

Pour écouter   2013 2012 2011 2010  2009  2008  Sur demande ( 2007  2006  )

 

LES POETES 07

 

 

RETOUR

 

 

   

Abdelmadjïd Kaouah est journaliste, critique et poète. Leïla Boutaleb est journaliste, elle a travaillé à la chaîne 3 d’Alger et a été la collaboratrice de Jean Sénac à Radio Alger.

Abdelmadjïd Kaouah évoque son arrivée à Toulouse dans l’été 1994 dans une grande, mais qui se révélera féconde, précarité. Il fuyait l’Algérie où ses collègues journalistes et poètes étaient assassinés (193 dans l’année…). Il dit sa passion de la poésie et son indéfectible attachement à la langue française.
D’entrée, Michel Cosem le publie à « Encres Vives » et Kaouah lui voue une reconnaissance et une amitié fidèle. C’est « La Maison livide » pour lequel le peintre et poète Hamid Tibouchi conçoit l’illustration de couverture. Kaouah enchaîne ensuite les publications « Le Nœud de Garonne »(Autres Temps ed), « Le Cri de la mouette quand elle perd ses plumes », « L’Ode à Katarina Angélabei suivie de Skärgärden »(Encres Vives).

Le poète et Leïla Boutaleb, revenant sur leur exil en France, ne peuvent qu’être toujours bouleversés par l’assassinat des poètes qui étaient leurs amis, dontTahar Djaout qui avait retenu Kaouah dans son anthologie sur les poètes algériens. Plus de vingt ans après, c’est à Kaouah d’élaborer son anthologie personnelle pour marquer une étape dans sa longue création poétique.

"Que pèse une vitre qu’on brise" de A. Kaouah : quarante ans de poésie dans un recueil Publié par  Fodhil belloul .

Profonds et lapidaires, hantés par le souvenir des compagnons assassinés ou traversés par les douleurs de l’exil, les poèmes du recueil "Que pèse une vitre qu’on brise" d’Abdelmadjid Kaouah témoignent de plus de quarante ans d’écriture et de la place du poète dans l’histoire de la poésie algérienne francophone. Ce recueil de 86 pages, paru aux éditions algériennes Arak, rassemble une quarantaine de textes, pour la plupart inédits, écrits par Abdelmadjid Kaouah entre 1972 et 2014, offrant aux lecteurs une occasion de découvrir ou de redécouvrir une verve poétique constante, marquée par des drames humains dans l’Algérie contemporaine. Présentés selon un ordre plus ou moins chronologique, ces textes portent également des hommages à d’autres poètes, algériens comme Tahar Djaout, Youcef Sebti et Jean Sénac (tous trois assassinés) ou étrangers comme l'immense Mahmoud Darwish et le poète bosniaque Izet Sarajlic. Témoins de l’ "être fraternel" du poète, comme l’écrit Djamel Amrani - autre grand poète algérien dont un article sur Kaouah est inséré au livre- ces poèmes dédiés, parmi les plus poignants du recueil, replongent aussi les lecteurs dans l’horreur de la violence terroriste des années 1990 . L’évocation de cette époque où "l’on arme la haine/ à coup de versets inversés" est différemment présentée par le poète, selon les textes: de strophes incantatoires et puissantes, énumérant des noms de victimes dans "Maison livide" (1994), elle devient une vision de "femmes en noir" posant des "talismans" pour conjurer le "règne de l’oubli". L’exil européen du poète après ces années de "folie" et d’ "enfer" constitue un autre thème majeur du recueil que le poète explore avec autant de diversité. Dans "Les portes de l’exil s’ouvrent à Blagnac", Kaouah s’interroge avec amertume: "Qu’est-ce qu’un aéroport", sinon un "commerce de l’absence/ une maison close puant de nostalgies", alors que dans d’autres, il convoque la figure mythique d’Ulysse. Cette référence récurrente au héros de l'Iliade, renseigne également sur l’ancrage méditerranéen du poète, comme l’explique le sociologue espagnol Jordi Estivill dans l’avant-propos du recueil. L’évocation de la mer est aussi présente lorsque qu'il s’agit pour Kaouah de parler de ses années de jeunesse dans sa ville natale d’Ain-Taya, une référence à la nature, très présente, surtout dans les plus vieux textes du recueil. Accompagnés de reproductions de tableaux du peintre Djamel Merbah, "Que pèse une vitre qu’on brise" constitue un événement éditorial rare en Algérie où la poésie n'est quasiment plus publiée. Il se veut également, par sa qualité d’édition, un juste hommage à ce poète discret et peu cité dans les travaux sur la poésie algérienne d’expression française. Né dans les années 1950 en Algérie et établi en France depuis les années 1990, Abdelmadjid Kaouah est l’auteur d’une vingtaine de recueils, parus en Algérie et en France. Egalement journaliste et chroniqueur littéraire, il a notamment dirigé "Quand la nuit se brise", une des meilleures anthologies de la poésie algérienne francophone parue à ce jour (Seuil éd. collection Points).

Lecture de textes par A. Kaouah et L. Boutaleb.

Christ maure

C'est un simple sourire

franc comme du froment

de l'ancien temps

sourire étincelant

pareil à un horizon

après l'averse

 

Le petit maure repose

dans une benne à ordure

Il a croisé son destin

dit-on en guise d'oraison

 

pas de Noël

pour Larbi

simplement un cercueil plombé

pour la rive sans jouets

des mottes de terre jetées

à ciel ouvert sur un ange lacéré

 

Larbi a rencontré au détour des Aubiers

l'Ogre des contes ancestraux

Au royaume du petit maure

le père Noël n'existe pas

et ici pour rire

on le traite de salaud

 

Était-ce l'Ogre nécrophage

un faux père Noël

le destin

dans une benne à ordures

en la bonne ville de Bordeaux

un enfant d'ici d'ailleurs

Un petit Rimbaud sans voix

surpris par l'enfer

se décompose

entre gel et Noël

 

Christ fils de Meriem

reconnais-le avec effroi

Le petit maure

s'est trompé de sourire

comme toi avec Judas

mais ceci est une autre histoire

*

 

FLAMME TOULOUSE FEMME

 

Flamme Toulouse

La cathédrale autour

Tournent les livres, les vies

C'est un grand manège

Qui conduit de Notre-Dame d'Afrique

Aux Jacobins.

De leur temps les temples

Servaient d'étables aux bêtes du Bon Dieu

 

Toulouse femme

Tournoyant au son

Des stridences du raï

Qui battait la mesure

Aux hanches langoureuses

De l'Odalisque

Dont je remonte les reins

Sans jamais connaître la satiété

 

Elle a la bouche de braise

Comme quand le disque du soleil

Plonge sa morsure dans la couche de la Garonne

 

Tout est feu

Couronnés d'incandescence

Sur Toulouse

 

Les mortels s'aiment

Sur les pelouses du Cours Dillon

Tandis qu'un tam-tam

Se fracasse le crane contre

Les parvis du Pont-Neuf

 

Femme nouvelle, bonne nouvelle

Brûlante comme l'ardoise rouge

De Toulouse

 

Contre laquelle je m'écorche les mains

D'amour

*

Abdelmajid KAOUAH parle à l'humanité toute entière disait Michel COSEM à l'occasion d'une préface d'un recueil. Cela fait plus de vingt ans que sa poésie, toute de lumière d'espoir sur les deux rives, nous réconcilie avec un réel cruel et incertain. Il porte la langue française au cœur d'un dilemme qu'il résout avec la bonté naturelle qui l'habite. Sa générosité colore ses poèmes et ses protestations légitimes sont autant d'appels à la paix et à la fraternité. Nous pourrons maintenant disposer d'un panorama de son œuvre avec son anthologie : "Que pèse une vitre qu'on brise", titre emprunté à un vers d'un poète dont il a tu le nom et qu'il vous reste à découvrir.     

 

 

LES POETES 06

 

RETOUR

 

 

 

Le 25 décembre 2014, le 1er et le 8 janvier 2015, a été diffusée à l’antenne une émission sur Michel Houellebecq. J’ai voulu réaliser cette émission pour préparer la suivante, plus tard, sur les dernières créations de Houellebecq. Il me semblait qu’auparavant, il fallait revenir sur les publications antérieures. Ce que j’ai fait. Vous pouvez l’écouter en cliquant sur : les-poètes.fr, puis sur « poete 06 » à la rubrique "Pour écouter les émissions" .

Des poètes contemporains, en particulier français, il est le seul à avoir au plus haut degré le génie de la contemporanéité. Jamais un poète n’a autant vécu dans son temps, ne l’a dépeint avec autant de lucidité. Pour témoigner avec cette géniale acuité sur l’époque, la première des conditions est d’y être bien présent : « un  poète mort n’écrit plus. D’où l’importance de rester vivant».

« La société où vous vivez a pour but de vous détruire. Vous en avez autant à son service. L’arme qu’elle emploiera est l’indifférence. Vous ne pouvez vous permettre d’adopter la même attitude. Passez à l’attaque ! »

Et l’artiste n’a d’autre vocation que ce passage à l’attaque. C’est la révolte de Camus. Mais les artistes se divisent en deux catégories : les révolutionnaires et les décorateurs. « Les révolutionnaires sont ceux qui sont capables d’assumer la brutalité du monde et de lui répondre avec une brutalité accrue… il est possible que les décorateurs soient au fond plus ambitieux que les révolutionnaires ».

Houellebecq constate que « depuis Deschamp, l’artiste ne se contente plus de proposer une vision du monde, il cherche à créer son propre monde ; il est très exactement le rival de Dieu ». Et il cite une phrase qui demeure anonyme : « Dieu existe, j’ai marché dedans ».

Houellebecq est l’anti Deschamp. Il propose sa vision du monde personnelle et exacte et par conséquent, émouvante. Toute son œuvre poétique ne fait rien d’autre.

Le poète avec Houellebecq n’est pas ce « décorateur » qui fabrique un monde pour le substituer à l’autre, mais celui qui est immergé de plein pied dans le quotidien, dans la logique du fonctionnement de notre monde aujourd’hui, avec ses lois tangibles (mondialisation, économie de marché, communautés dominantes). Face aux grandes questions métaphysiques, il ne triche pas. Il est dépassé :

« Je suis peut-être, moi-même, un véhicule de Dieu,

Mais je n’en ai pas vraiment conscience

Et j’écris cette phrase « à titre expérimental ».

Qui suis-je ?

Tout cela ressemble à une devinette ».

 

« Le monde est une souffrance déployée ». La poésie est inséparable de cette souffrance. Houellebecq ne s’intéresse qu’à la vie. Elle régit la métamorphose constante du monde. Cette métamorphose, il la perçoit par toutes les fibres de son corps. Et l’intelligence est là : aiguë, terrible : « compte tenu des caractéristiques de l’époque moderne, l’amour ne peut plus guère se manifester ; mais l’idéal de l’amour n’a pas diminué. Etant, comme tout idéal, fondamentalement situé hors du temps, il ne saurait ni diminuer ni disparaître ».

Quelque fois, en lisant Houellebecq, sa lucidité implacable, il n’est pas interdit d’y lire en creux les vers terribles de Maurice Blanchard : « Si j’écris, c’est pour ne pas me tuer / C’est ma transfiguration à moi ».

Lecture de poèmes de Houellebecq dont des extraits de « Lanzarotte ». Diffusion de la voix de Houellebecq avec « Présence humaine », « Paris Dourdan », « Les pics de pollution », « Playa Blanca », « Crépuscules ».

Bernard Maris avait relu « avec ses lunettes d’économiste » toute l’œuvre de Houellebecq. Quel autre artiste pouvait-il justifier une telle adhésion à la réalité sociale et économique du monde d’aujourd’hui ? Nous en reparlerons. Sans Bernard Maris, assassiné avec d’autres artistes de génie, tant il est vrai que l’horreur ne finit jamais. Et que la bêtise relève toujours la tête. Et si nous pleurons –mais comment ne pas pleurer devant l’irrémédiable ?- c’est de chagrin, mais pas de peur.
C’est Pierre Autin-Grenier qui a écrit : « être libre, c’est ne pas avoir peur ». Et nous sommes inexorablement libres !

Pleurer aussi, mais d’admiration cette fois, pour « Pas pleurer » de Lydie Salvayre.
Il y aura toujours des êtres magnifiques.

Le rire, l’humour sont intolérables à ceux qui veulent dominer le monde. Cette « force de dérision massive » est l’arme la plus efficace contre la propagande et l’éblouissement du faste des puissants. « La propagande, cette rhétorique, cherche à persuader du droit de commander ; le faste, lui, présuppose que ce droit existe et que tout le monde en est persuadé », disait déjà Paul Veyne à propos de l’empire Gréco-romain.

 Bel humour de Lydie Salvayre aux dépens d’un apparatchik de la poésie comme nous en fréquentons tous :

« Je ne peux m’empêcher de penser au poète glossolalique et pilier des colloques lettrés que je suis allée écouter hier soir par pure curiosité, ça m’apprendra, et qui après nous avoir infligé un interminable poème où il répétait sans cesse que l’homme était pourvu d’un devant et d’un derrière (vous m’en direz tant !), avait voulu faire genre en soulignant le risque majeur qu’il avait pris en l’écrivant, misère ».

 

 

LES POETES 05

 

 

RETOUR

 

 

   

Christian Saint-Paul reçoit Manijeh NOURI, enseignante, chercheur en lettres persanes, spécialiste reconnue de la littérature mystique, conférencière, polyglotte traductrice, on lui doit les traductions et présentations de : « Cœur et Beauté ou le livre des Amoureux » de Fattâhi de Nishapur (Ed. Dervy), « La conférence des Oiseaux » de « Attâr » (Seuil), « Le sens de l’amour chez Rûmi » (Ed. Dervy).

En préambule, elle s’accorde à l’opinion déjà exprimée à l’occasion de l’émission sur le livre de poèmes de Kiarostami (Ed. Eres), selon laquelle la poésie iranienne, tant classique que contemporaine, est toujours très vivace. Comme l’a démontré le numéro spécial de la revue « Europe » consacrée à la littérature iranienne, celle-ci occupe une place importante dans la littérature aujourd’hui. Et la poésie s’y taille la part du lion, ce qui la distingue des littératures occidentales. Ceci s’explique par une longue tradition. Tout était rédigé en poésie. Même Avicène au XIème siècle rédigea son traité de médecine en poème. Et la poésie a étouffé la prose. Aujourd’hui, prose et poésie s’interpellent et prospèrent d’un même élan.

L’influence de la poésie persane a rayonné très tôt dans le monde et s’est inscrit d’emblée dans la littérature universelle de l’humanité. Goethe s’est inspiré de cette poésie persane qui a influencé tout l’Occident dès les troubadours. Ce rapprochement avec la poésie occitane courtoise est revendiqué par les spécialistes de cette période comme l’écrivain, essayiste, poète Alem Surre-Garcia qui a organisé des soirées sur ce thème à la Maison de l’Occitanie à Toulouse.
Manijeh Nouri, qui est allée à Téhéran l’été dernier recevoir un grand prix de traduction, précise qu’il faut distinguer trois périodes dans la poésie persane :

1 – avant l’arrivée de l’islam, avant l’écriture arabe,

2 – la poésie persane avec la métrique arabe jusqu’au XXème siècle,

3  - au XXème siècle, abandon du cloisonnement de la métrique classique, création du vers libre, narration, biographie du poète.
Le poète fait alors passer des messages plus personnels qui apaisent une certaine tension sociale. L’influence de la poésie française a été primordiale dans cette évolution. En France, la connaissance de la poésie persane en est restée à la poésie orientaliste du XIXème siècle. Il est donc indispensable de la faire découvrir.

Lecture en persan par Manijeh Nouri.
Poètes contemporains : 
Nima Youshïj, Sohrab Sepehir, Mohammad Reza Shafïi Kad Kani.
Poètes classiques : Nezami Ganjavi, Rûmi.

Roman : Khosrow et Shiriu

L’émission se termine par la lecture d’un poème de celui qui fut son professeur à la Sorbonne, Ravân Farhâdi.

 

 

LES POETES 04

 

 

RETOUR

 

 

     

 

LES POETES 03

 

 

RETOUR

 

 

     

 

LES POETES 02

 

RETOUR

 

 

 

La destinée du jeune poète Seyhmus DAGTEKIN a des ressemblances avec celle de son aîné Irakien Salah Al Hamdani qui, comme lui, s’est exilé en France sans en connaître la langue.
Vous pouvez écouter cette émission en cliquant sur le site « les-poetes.fr » - Pour écouter les émissions, puis sur « lespoetes 02 ».

Seyhmus Dagtekin, poète et romancier est né et élevé à Harun, village kurde au sud-est de la Turquie.
Il a grandi dans une bourgade de montagne au mode de vie quasi autarcique, sans voiture, ni télévision, ni radio. 
Les hommes de son village vivaient, pour beaucoup, de contrebande. Au village, l'écrit n'existe pas, sauf sur les emballages d'aliments ou sur les paquets de cigarettes arrivés en contrebande des pays arabes voisins. Le kurde, unique langue des villageois, est interdit par l'Etat turc. 

Pendant la petite enfance de l'auteur, seuls deux hommes, dont son père, parlent le turc et lisent l'alphabet latin. Dans les années 1970, L'Etat turc construit une école et nomme un instituteur, l'auteur appartiendra à la première génération scolarisée du village.
Puis ce fût l'université à Ankara et les études de journalisme et d'audiovisuel. 
En 1974, l'un des frères de l'auteur part travailler en France comme ouvrier dans l'industrie lorraine. En 1987, Seyhmus Dagtekin le rejoint pour compléter ses études universitaires. Il "naît alors au français". Après Nancy, suivent des études de cinéma à Paris.

" En rêver ne suffit pas, faut le faire " me disait mon père. Je me suis levé et j'ai commencé. J'ai mis une parole dans ma bouche qui puisse me lier au cœur de l'autre, qui puisse ouvrir mon cœur dans la bouche de l'autre. ".

Quatre ans à peine après son arrivée en France, il commence à écrire en français et choisit la poésie et son exigence d'appropriation de la langue. Puis en 2004, Seyhmus Dagtekin publie son premier roman, "À la source, la nuit" chez Robert Laffont, roman à la langue poétique qui nous plonge dans la vie du village de l'enfance de l'auteur et qu'il définit comme le roman d'un monde d'avant le livre.
Aujourd'hui, l'écrivain est ancré dans la vie littéraire française.

"Je tente d'habiter un souffle, une transversalité et de le faire à travers mes langues, sans que cela ne m'éloigne de ceux qui habitent les autres langues et géographies. Tisser des liens dans cette transversalité et les vivre intensément. Un Kafka, un Dostoïevski, un Artaud, un Deleuze, un Rûmi font partie de ma chair. Mais littéralement. Je me dis, tout comme j'appartiens à l'humain, aussi tout ce qui est humain m'appartient."

Il n'est plus retourné en Turquie depuis 1992, où il reste en délicatesse avec les autorités. Seyhmus Dagtekin aime à rappeler qu'il n'a pas de drapeau qu'il soit turque, kurde ou français.

"Je me dis que le monde, que l'être, sont comme un chaudron, et que l'art, l'écriture, en sont la louche. Plus la louche est longue et grande, plus on peut brasser les fonds et les limites du chaudron, plus on parvient à remuer les fonds et les limites de l'être. C'est le pari que je fais, le sens que je cherche à donner à travers la poésie et l'écriture : essayer d'allonger, d'agrandir le plus possible ma louche, mes moyens de remuer l'être, de pousser le plus en avant sa connaissance et de donner à en entendre le chant."

Lecture de très larges extraits de " Élégies pour ma mère ", Le Castor Astral, 2013, 80 pages, 10 €. 

*

Terre

Ô terre, le malheur nous a fait délaisser nos verges, nos blessures

          nous ont empêchés de creuser un quelconque trou

Nous nous sommes tournés vers les calumets, terre

Les œufs passent dans les nids

La noix se fait vent chez les Perses, Ô bouche remise

Elle frappe les nuages dans la mort

Et accueille les vieilles dans l'œil de la source

 

Faudrait écarter le rouge d'une noire

La poser devant notre jeûne

Et élever ton nombril sur un piédestal

 

Terre, tu nous as assoiffés

Tu as enseveli nos blessures dans le cimetière des lézards

Tu as grillé les lézards dans la fournaise de midi

Terre, nos villages enfourchent les chevaux et courent les noix.

S'essoufflent les villages dans les traces des vendeurs ambulants

Tandis que tu emmêles la parole et confonds les funérailles,

          terre

 

Un peu de poussière, de fumée, de cendre

Terre

Chair de malheur. Eloignée des langues

Je mettrai une de tes moitiés dans une noix, la laisserai

          aux vents des Perses

Aux alentours de l'automne, mettrai l'autre moitié

          dans le calumet d'un vendeur ambulant

Et te laisserai partir dans les fumées de la chair

 

Rose tourne, rose contourne

Sur ton cœur, rose se retourne

Calumet dans le bois du rosier

Village est soir, soir est serpent

Notre sang tourne rose sur ta peur

*

 

Nous nous tromperons de village, nous nous lancerons contre les eaux, nous nous disperserons avec les nuages, deviendrons une averse nocturne, reviendrons tomber sur ta poitrine, et réchaufferons la terre avec la luminance de tes nattes

 

Lève-toi, lève-toi et secoue tes nappes dans le noir

Remplis de langues ton tablier

Dépose-les sur ton âne boiteux

Retourne les cieux sur les cieux

Fais de ton sommeil une caverne

De notre peur une altitude

/

Expulse-nous de ton crépuscule dans un cri

 

Nous nous ferons couleur de nuit, retournerons

et avec notre peur et du pain

dormirons devant le moulin des morts

 

Le feu meurt avec les vivants. S'essoufflent les chiens

          sur la pente. Ils se font hôtes des rêves

 

Nos cœurs, ô cœur blanc, vautours au-dessus de la source

*

Faisons un pas dans cette autre langue à nous

Allumons un feu sur cette autre tête à nous

Secouons une grenouille sur la terre des ancêtres

Et posons-la sur ta chair vieillie

Tandis que chacun se gonfle pour tenir le monde en équilibre

          sur le bout de sa langue

Que chacun pousse l'autre

          du bout de sa langue

          dans sa nuit

 

 

 

LES POETES 01

 

RETOUR

 

 

     

 

 

Danièle

FAUGERAS

 

11/12/2014

RETOUR

 

 

 

Christian Saint-Paul invite les auditeurs à participer à la fête du 8ème anniversaire de La Maison de l'Occitanie, 11, rue Malcousinat à Toulouse, le samedi 13 décembre 2014 de 14 h à 18 h; carte blanche est donnée au poète écrivain chanteur Claude MARTI et ses invités. Diffusion de : "Electrocitan" de Claude MARTI. Une chanson qui inscrit la création en langue d'oc dans la contemporanéité totale.

Pour l'émission, l'invitée de la semaine est la traductrice, éditrice et poète Danièle FAUGERAS.

Née à Paris, elle y a suivi une scolarité et un cursus universitaire qui devait la destiner à l’enseignement. Le hasard des nominations l’amène à s’installer en 1970 dans le midi de la France. Dans le Gard,  Danièle Faugeras se consacre, depuis plus de trois décennies, exclusivement à l'écriture.

Elle a mené de front, pendant la plupart de ce temps, une activité de traductrice spécialisée dans le champ de la clinique psychiatrico-psychanalytique (plus de 30 traductions parues à ce jour, principalement dans la collection la Maison Jaune, qu'elle codirige aux éditions ERES (Toulouse), mais aussi aux éditions des femmes-Antoinette Fouque ou chez Naïve) et une écriture personnelle exclusivement poétique, évoluant vers des formes de plus en plus brèves. La tension liée à ce double investissement, longtemps vécu comme contradictoire, en poésie et traduction d'essais a trouvé depuis 2008, grâce à la complicité de Pascale Janot, à s'harmoniser dans la traduction et l'édition de poésie : la collection PO&PSY qu'elles dirigent ensemble aux éditions ERES abordera en 2015 sa 7ème année d'existence avec 26 titres publiés.

Elle traduit dès lors quasi exclusivement de la poésie - de l'italien (en collaboration avec Pascale Janot) : Patrizia Cavalli (ed. des Femmes, 2007), Paolo Universo (PO&PSY 2008 et PO&PSY in extenso à paraître en 2015), Leonardo Sinisgalli (PO&PSY à paraître en 2016) ; du japonais : Issa (2008) ; de l'espagnol : Antonio Porchia (PO&PSY 2011 et PO&PSY in extenso 2013), Federico García Lorca (PO&PSY 2012 et PO&PSY in extenso à paraître en 2016).

Côté écriture poétique : depuis son premier volume de poèmes, intitulé Ici n’est plus très loin (une petite anthologie personnelle parue en 2001 aux éditions La part de l'œil, Bruxelles), Danièle Faugeras a publié exclusivement des recueils en dialogue avec des artistes plasticiens qu'elle perçoit comme attentifs aux conditions de perception et de restitution du réel selon cette même éthique que, pour sa part, elle poursuit en poésie et qu'elle résume dans la formule : "Dé-placement / pour voir".

C'est ainsi que sont parus en 2006 : Brèche, avec des monotypes de Jean-Marie Cartereau (éditions Encre et lumière, Cannes et Clairan) ; en 2009 : État de lieux, avec des fusains de Philippe Agostini (Propos2éditions, Manosque) ; en 2010 : Lieu dit, avec des encres d’Alexandre Hollan (Propos2éditions, Manosque) ; en 2011 : Murs, avec des dessins de Magali Latil (Propos2éditions, Manosque).

Ce mode d'échange consistant à proposer des poèmes à l'intervention d'un artiste, a changé de sens quand, en 2013, Germain Roesz et Claudine Bohi ont demandé à Danièle Faugeras d'inaugurer avec Alexandre Hollan la nouvelle collection des éditions Lieux dits qu'ils dirigent à Strasbourg, une collection dont le principe est de demander à un poète d'intervenir "sur" les propositions picturales d'un plasticien. C'est ainsi qu'est né, en mai 2014, Quelque chose n'est, un poème "calqué" (aux sens propre et figuré) sur 11 fusains de nus d'Alexandre Hollan, et qui tente de restituer en peu de mots le "miracle de l'apparaître" dans ce rapport fusionnel à la chose vue qui fait dire au peintre : "Je suis ce que je vois" (Alexandre Hollan, Notes sur le dessin et la peinture, réédition PO&PSY a parte à paraître en 2015). Le même volume est complété par cinq "grands poèmes pour voir" écrits entre 1989 et 2003 et qui évoquent de la même façon, les conditions d'apparition du poème.

Les deux autres recueils parus depuis : Ephéméride 03, chez Propos2éditions (Manosque, juillet 2014) et Paroles obliques, sorti en ligne en novembre 2014 par les soins de Recours au poème éditeurs, ont été écrits respectivement en 2003 et entre 1988 et 1994.

Éphéméride 03, comme son nom l'indique, se présente comme un calendrier où les hachurages au crayon de Martine Cazin, qui marquent le mouvement du temps, font écho aux "visions" d'un quotidien familier où extériorité et intériorité se mêlent "naturellement".

Paroles obliques, au contraire, donne à voir l'effort de langage sciemment entrepris pour écarter, par le geste même de l'écriture, ce qui fait obstacle à ces visions ("fatras de choses, de mots et de pensées froides, de sentiments à la dérive et d’illusions collantes, dont la caractéristique est de provoquer ce terrible « défilé étroit », ce « rétrécissement dans la gorge » qui est la définition même du mot angoisse et qui est certainement une des caractéristiques fondamentales de notre « postmodernité »", développe Claudine Bohi dans son commentaire) pour tenter d'accéder à "cette violence du calme, sans rime ni déraison" qui fait que "quelque chose (qui) n'est" va pouvoir naître...

C'est ainsi, disait R.M. Rilke, que le poète répond à l'éternelle question au centre de l'existence humaine  : « Comment est-il possible de vivre quand les éléments de cette vie nous sont insaisissables ? Quand nous sommes toujours insuffisants en amour, hésitants devant la décision et incapables face à la mort, comment est-il possible d’exister ? » - en « faisant des choses avec de l’angoisse », en transformant l’angoisse en choses qui « soient sorties du temps et confiées à l’espace » - en poèmes.

"Danièle Faugeras nous livre dans ses Paroles obliques ", dit encore Claudine Bohi, "un cheminement vers le dépouillement qui constitue l’essentiel de sa poésie, dans cet espace où se mêlent indissociablement l’existence et le langage".

Les prétendus "hasards" de l'édition n'ont, somme toute, pas mal fait les choses en proposant dans un bref laps de temps, ce parcours amont d'une écriture désormais vouée à ces "travaux de l'infimes" chers à Jacques Ancet, qui consistent, à l'aide des mots du peu (et même du très peu) à "prélever un petit bout de réel", comme disait Georges Perros. Un très peu qui friserait le rien ? Pourquoi pas ? "Ce serait ça mon rêve" disait encore Perros. "Ce serait de ne plus pouvoir écrire parce que... ben voilà : vivant ! Vivant quelque chose de sans arrêt complet, entièrement là comme ça. Si le fait d'écrire n'aboutit pas à quelque chose qui rend inutile l'écriture, c'est pour moi... ce n'est pas valable, ce n'est pas intéressant." Apparent paradoxe d'une impérieuse nécessité d'écrire - pour arriver à ne plus écrire - pour vivre - pour lire (et éditer) de la poésie ?

Du dialogue instauré avec Christian Saint-Paul autour de sa posture de poète, Danièle FAUGERAS précise, qu'enfant unique et heureuse, elle a vécu dans une grande intimité avec la solitude. C'était une solitude riche, sans aucun tourment. Elle est née ainsi à la poésie en regardant et en lisant. L'envie lui est venue alors de "rendre compte". Du réel, car l'écriture ne peut se détacher du réel. Ce n'est pas l'imaginaire qui dicte ses poèmes, mais la transcription de ce qu'elle voit. Comme des photographies, des instantanés de vie. "Je suis ce que je vois" comme dit Alexandre HOLLAN. Il faut tout de même oser aller voir derrière le décor. C'est le sens des "paroles obliques".

La forme extrêmement dépouillée de ses poèmes, ces textes brefs, ne sont pas pour autant des aphorismes. L'aphorisme suppose une assertion explicative des choses, une vision. Les poèmes sont des témoignages du réel débusqué par les mots.

Lecture par Danièle FAUGERAS  d'extraits de ses trois derniers livres.

Autres poèmes à titre d'exemple :

à chaque jour suffit son poème

 soir tombant - un feu
veille sur les vagues arrêtées
du champ d’asperges

*paisibles le soir
s’échevèlent les fumées
- sarments et bois morts

*sciant le laurier
sec - effluves intempestifs
de cuisine d’été

*bois rentré - oiseaux
nourris - deux trois mots trouvés
: matin bien rempli

*au dedans chuinte
la braise tandis que dehors
tout s’agite muettement

*les feuilles du bambou
derrière la vitre embuée : un
lavis animé

*lourde si lourde
la tête de la jacinthe
qu’elle bute contre la vitre

*tant qu’elle embaumait
sans faute on la regardait
la jacinthe bleue

*quand la lampe s’allume   
- vert le bruit du vent dans le
bosquet de bambous

*à chaque rafale
les feuilles mortes remontent leur chute
le long des vitres

*sur l'asphalte givré
sinusoïde lente
l'écureuil transi

*douces éphémères
se ruant sur le pare-brise
- un cauchemar blanc

*pluie sur la neige -
à l’abri dessous l’auvent
les mésanges en grappe

*sous l’effet des pluies
le mur s’éboulant a pris
la salamandre

*comme il tremble mon chien
sous ma main tandis que passe
la troupe des marcheurs

*suivant le sentier
un chasseur aboie après
une horde de grelots

*le parapluie rouge
de berger entre les pins
raccompagne l’ami

*à l’écart des foules
ma solitude néanmoins
aspire à se vouer

*au déclin du jour
du monticule de cendres
s’approche le rouge-gorge

*le brasier éteint
fouaillé par la grêle se fend
d’une nouvelle fumée

*fumée montante
du bois vert – fumée rampante
des braises ranimées

*heure où tout se pose…
assis les chiens face au vide
regardant sans voir

*ni suite ni projet
- à chaque réveil s’ébauche
le visage du jour

*sans tâche point d’ennui
pour autant : qu'à accueillir
ce qui se présente

*près du feu de bois
double compagnie : Issa
et mon chat – pure joie

*griffe aiguë dent longue
ce modèle réduit de tigre
me fait les yeux doux

*pleine lune - lumière pâle
et glacée – me voici bonne
pour une nuit blanche

*ah ! douce insomnie
page noire où scintille la voie
lactée des mots…

*

Au début de l'année 2014, Daniel MARTINEZ a publié aux éditions Les Deux Siciles, une exceptionnelle anthologie de poésie brève "Frag ­| ments & caetera" établie et présentée par Jacques COLY, 320 pages, 14,50 €. Danièle FAUGERAS a sa place dans une future reprise de cette anthologie au côté des géants de la poésie mondiale. En attendant, lisons ses trois derniers livres.

 

 

04/12/2014

RETOUR

 

 

 

Christian Saint-Paul annonce l'Exposition: Paul Pugnaud, Joë Bousquet, deux poètes, un éditeur : Rougerie. Ceci à la Maison des Mémoires 53, rue de Verdun à Carcassonne; le Vendredi 12 décembre 2014, à 18 heures aura lieu le vernissage de l'exposition .
 Le travail accompli par les
éditions Rougerie depuis l'achat d'une presse à bras en 1948 par René Rougerie s'inscrit aujourd'hui dans les hauts faits d'armes de la diffusion de la poésie contemporaine. René ROUGERIE fut un des premiers invités de l'émission "les poètes" et rejoignit notre studio toulousain pour une émission sur son livre qu'il venait alors de publier en 1982 : "la fête des ânes", un pamphlet savoureux sur les débordements de la fête de la poésie instaurée à l'image de la fête de la musique par Jack Lang.

 

Quant au poète méditerranéen Paul Pugnaud  voici ce qu'en disait sur son blog le

vendredi 5 décembre 2014,  Serge Bonnery :

"Présence de Paul Pugnaud

(Banyuls-sur-Mer 1912 - Lézignan-Corbières 1995)

En première lecture, une approche du poète Paul Pugnaud né à Banyls-sur-Mer et décédé dans sa propriété viticole de Belle-Isle à Lézignan-Corbières. En prélude à l’exposition que le Centre Joë Bousquet de Carcassonne consacre au poète, du 12 décembre 2014 au 14 mars 2015, exposition conçue par Sylvie Pugnaud, la fille du poète, et René Piniès, directeur du Centre Joë Bousquet.

« Nous écoutons venir les temps / A marche lente… » 
« Nous craignons le retour (…) / Est-ce la venue de la mort / Le passage du temps… » 

La poésie de Paul Pugnaud est aux prises avec le temps. Tout se passe comme si nous étions les survivants d’un cataclysme - un accident nucléaire par exemple - et que s’offre à nous, désormais, le spectacle d’un monde rendu aux règnes du minéral et du végétal. Un monde d’où l’homme aurait été chassé et où il chercherait à reprendre pied.

« Nous contemplons la fuite du monde / En partie oublié… » Le monde, comme du sable qui file entre nos mains, dont rien ne reste que ces microparticules battues par les vents et les eaux déchaînées de la mer venue frapper la tempe des rochers.

Nous voici lecteurs rendus à l’errance. Face au danger, Pugnaud ne nous protège pas. Nous voici seuls face au monde. Aucune main secourable pour nous accompagner.

Face à nous : un monde où tout se confond dans une sorte de putréfaction prémonitoire de la fin perpétuelle. A chaque instant la fin mais ce n’est jamais la fin. Quelque chose vient qui recommence.

Le roulement des blocs de pierre
Détache les ombres figées
Les disperse en éclats
Tristes images promenées
 
Sur toutes les routes du monde
La pierre sèche qui se brise
Heurte le bloc dur de la mer…

Paul Pugnaud compose la poésie des éléments : eau, terre, air, feu. Ce qui reste lorsque la destruction est accomplie.

Ce n’est plus nous, soudain, qui contemplons le monde mais le monde qui nous regarde. Comme la mer « est un regard posé sur les rocs immobiles ». Effet de retournement. Miroir. La poésie alors est autorisée à agir comme un remède à notre angoisse du vide. Elle nous aide à « reconnaître une force silencieuse » et « ces mots enfin assemblés (…) ont fait naître une présence ».

Cette présence n’est pas nommée. Elle se contente d’être. A nous de la deviner et de la reconnaître.

Nous sommes des errants fantomatiques. Devant nous, la mer et le vent et le ciel se confondent.

« Les jours ont froid sur ces tristes chemins / Où nous allons avec le vent / Qui nous sert de guide et nous pousse… »

Lorsque vous marchez sur les sentiers rocailleux taillés à flanc de falaise, le long de la côte rocheuse, entre Banyuls-sur-Mer et Port-Vendres, ce sont ces sensations là qui vous saisissent. Face à vous, par temps gris, mer et ciel en effet se confondent.

 « Il faudrait vivre pour revoir ces paysages effacés… » Vivre pour entendre cette poésie d’après le monde, qui puise dans le souvenir du monde les images qu’il a laissées au moment où il s’est retiré. Où il a disparu, enfoui sous les sables levés par le tempête.

Cette poésie d’outre-monde nous place face à l’inconnu. « Devant cet espace nouveau les mots ont peur… » « Les mots deviennent inutiles ». La décalcification de tout ce qui nous entoure fait son œuvre et nous n’en sommes pas exemptés. Nous n’échapperons pas à la poussière ni au sable qui seul, gardera mémoire du temps.

Gravée sur les rocs les plus durs
La banalité de ces terres
Ne nous étonne pas
 
La perpétuelle poussière
Couvre nos visages vivants…

Jamais ne fut dite avec autant de persévérance la nudité de l’homme au monde et son retour aux éléments premiers qui le constituent, seule alternative entrevue pour sortir de l’impasse et percevoir - fut-il réduit à ses cendres - le filet de lumière qui perce entre de lourds nuages." Serge BONNERY

La jeune poésie a son prix spécifique, le

Prix International « Matiah Eckhard »

 Il faut rallumer le feu de la Vie par la musique et l’Amour écrivait Matiah Eckhard, dans : "Lointains chants sacrés d’où je suis né"

Matiah était un jeune poète et musicien disparu à l’âge de 19 ans, en janvier

2014. Sa poésie révèle, entre autres, son amour pour la vie et sa musique

témoigne de son envie de partage et d’amitié.

C’est dans cet esprit que l’association Euromedia communications, qui a édité

le livre de Matiah "Lointains chants sacrés d’où je suis né" (2014), organise un

Concours international des jeunes créateurs pour encourager la création

artistique et poétique.

Chaque année le prix sera organisé dans des pays différents. En 2015 il sera

attribué en France aux jeunes poètes entre 12 et 25 ans : les candidats peuvent

s’inscrire du 1er octobre jusqu’au 31 décembre 2014 à l’adresse suivante:

prix.matiah.eckhard@gmail.com et envoyer leurs poèmes par mail avant le 31

mars 2015.

1er prix (un chèque de 300 €)

2e prix (200€)

3e prix (100€)

La cérémonie d’attribution du prix aura lieu fin mai 2015.

Lecture d'extraits de ce livre de Mathiah ECKHARD qui constitue un très beau et pertinent cadeau de fin d'année. (bon de commande sur le site les-poetes.fr). Association Euromedia Communications : tél. 06 79 68 12

 

Vivre c'est déjà être libre

*

Ressentir la vie

comme une création perpétuellement nouvelle.

Le temps est aboli mais les actions

sont d'autant plus vives et colorées.

Ressentir une joie immédiate,

que l'entendement humain

n'a pas eu le temps de salir,

d'analyser, de juger.

Et avec cet émerveillement continu

devant tant d'œuvres nouvelles,

d'appels sensoriels,

d'inventions de la nature,

s'éloigner les souffrances

qui réhabilitent la lourdeur terrestre :

le Temps.

Dépasser les souffrances, car le monde est trop beau

pour qu'on puisse y souffrir.

*

Saint-Paul revient ensuite sur la poésie contemporaine d'Iran, qui avait été évoquée par Niloufar SADIGHI dans l'émission consacrée à KIAROSTAMI.

Lecture de poèmes d'Ahmad CHÂMLOU (1925  2000) l'une des voix majeures de la poésie persane du XXème siècle.

L'heure de la pendaison

 

Dans la serrure de la porte une clé a tourné

 

Sur ses lèvres un sourire a tremblé

Telle la danse de l'eau au plafond

Reflétée par les rayons du soleil

 

Dans la serrure de la porte une clé a tourné

 

Dehors

La douce couleur de l'aube

Flânait désinvolte

Telle une note perdue

Sur les trous de la flûte en roseau

Cherchant sa demeure...

 

Dans la serrure de la porte une clé a tourné

Sur ses lèvres un sourire a tremblé

Telle la danse de l'eau au plafond

Reflétée par les rayons du soleil

 

Dans la serrure de la porte

Une clé a tourné.

*

Lecture de poèmes de Simine BEHBAHÂNI née en 1927 à Téhéran et qui vient de nous quitter.

.....

Cage, le monde entier est une cage

Une envie de fuir me monte à la tête

Revêtir le manteau des départs

Recouvrir ma tête d'un fichu. Partir

Où ?

Vers la rue de nulle part

Dans la corruption et la stagnation et la fumée

Afin de pouvoir enfin

Dans le chagrin de ce qui est et ce qui n'est pas

Exhaler ma plainte contre les injustices

 

Vous m'avez rappelée, je sais

Mais tous les amis sont dans la peine

Les plonger encore plus dans le malheur

Pourquoi faire ? Pour renaître plus fraîche ?

Pour quoi faire ? Pour que vos braves médecins

Trouvent le moyen de me guérir ?

 

Prendre des risques. Reprendre ma valise.

Revivre l'appel du départ

Et si ce cœur redevenait neuf

Et si de ces yeux le voile se levait

Et si je revenais parmi vous en poèmes

Pour semer encore le trouble et le vacarme ?

Mais ne suis-je pas déjà trop enfoncée dans les neiges

Pour pouvoir m'en extraire un jour ?

Le mal est profond, je ne crois pas

En relever la tête un jour

 

Ô compagnon de toujours, toi qui m'es cher

Abandonne-moi au soleil de l'hiver

Peut-être, par l'indulgence d'un oubli

Y trouverais-je le repos du corps et de l'esprit ?

Si la brise du printemps pouvait atteindre

Mes nerfs desséchés

Peut-être que je pourrais féconder mon corps

De la sève verte des bourgeons...

*

"La poésie et la vie sont intimement nouées. Le poème écrit le poète" disait Maurice BLANCHARD qui ajoutait que "pour écrire un poème, il faut recommencer sa vie, toutes ses vies."

Jean-Louis GIOVANNONI (à propos duquel il faut lire la note que lui consacre Arnaud BERTINA dans le petit volume "Singularités du sujet  huit études sur la poésie contemporaine" volume 1, Prétexte éditeur, 145 pages, 11 €) brosse un bien émouvant portrait de Raphaële GEORGE dans le n° 63 de la revue DIERESE poésie et littérature (le n° 15 €, abonnement 40 € à adresser à Daniel Martinez, 8 avenue Hoche, 77330 Ozoir-la-Ferrière). Née à Paris en 1951, elle y meurt à l'hôpital Saint-Louis en avril 1985. Cette professeure d'Arts Plastiques a fondé avec GIOVANNONI "Les Cahiers du double" revue de Littérature et de Sciences Humaines, qu'elle dirigea jusqu'en 1981.

Luttant contre la maladie dès 1984, elle écrit son dernier livre "Psaume de silence". En mars 1985 les Editions Lettres Vives publient : "Les Nuits échangées" suivi de "l'Eloge de la fatigue", préface de Pierre BETTENCOURT. L'année suivante paraît son livre posthume "L'Absence réelle" en collaboration avec JL GIOVANNONI aux éditions Unes.

Lecture de "Raphaële George, maintenant" texte d'hommage d'Isabelle LEVESQUE;

Lecture d'extraits d'inédits publiés par Diérèse, de son "Journal".

[...] l'acte d'écrire sort du champ de la volonté à tel point que j'ai souvent cette impression que ce n'est pas moi qui écris mais quelqu'un d'autre. Au fond, je donne mon âme à cet être intérieur dont j'ignore les vraies intentions. Je me prête à son jeu.

            Parfois, il me paraît être le diable, il me prend ma conscience, et lorsqu'après d'étranges heures passées à noircir des feuilles, il me la rend, tout devient pâle.

*

Feuilles volantes

 

            Je voudrais vivre les yeux des autres, certaine d'être au-dedans, incluse, peut-être même absente... Je saurais les peurs qui rapprochent du vide, ces heures insupportables, ces regards emprisonnés. Je saurai ainsi que je ne suis pas seule.

  J'essaie d'approcher ton regard. Embrasser. Impossible, l'effet d'un ongle grinçant sur un tableau d'école. Je me sens pauvre d'une pauvreté irréparable.

  Ici tout demeure définitivement étranger. Le ciel. L'autre côté de la rue. Des fenêtres incandescentes. Je sens en moi un désir de jumelles impossibles. Le frigidaire est rempli. Personne n'est venu. Sous la porte, une missive de la sécurité sociale.

            *

L'émission s'achève sur la diffusion de "Séjour club"  de et dit par Michel HOUELLEBECQ.

 

 

 

 Abbas KIAROSTAMI et ses traducteurs

Niloufar SADIGHI, Franck MERGER

 

 

27/11/2014

 

RETOUR

 

 

Les éditions érès de Toulouse ont créé une collection po&psy dirigée par Danièle FAUGERAS et Pascale JANOT qui publie des textes courts de poésie, dans une présentation originale et particulièrement soignée. Nous en avons rendu compte à l'occasion d'émissions récentes, en signalant en particulier les petits livres de Michel DUNAND "j'ai jardiné les plus beaux volcans" et d' Alfredo COSTA MONTEIRO "dépli". Dans le même esprit, livre au format de poche, illustré avec sobriété, la collection s'est enrichie d'un nouveau domaine "in extenso" qui entend reprendre des textes d'auteurs précédemment publiés dans la collection PO&PSY en les restituant dans l'ensemble plus vaste qui les a vus naître - recueil thématique intégral ou œuvre poétique complète. C'est ainsi que sont parus : "Les travaux de l'intime" de Jacques ANCET et "Voix réunies" d'Antonio PORCHIA; le troisième ouvrage de cette collection est la publication de l'œuvre poétique complète traduite en français de l'Iranien Abbas KIAROSTAMI.

Surtout connu en France pour sa création cinématographique, il était opportun de faire découvrir le génie de cet artiste qui obéit depuis l'adolescence à une vocation d'expression toujours placé sous le signe de l'impulsion poétique.

Le travail de traduction des poèmes d'une extrême concision de KIAROSTAMI a nécessité la collaboration de quatre intervenants : Tayebeh HASHEMI, Jean-Restom NASSER, Niloufar SADIGHI et Franck MERGER;

Niloufar SADIGHI a bien voulu présenter cette édition complète de l'œuvre poétique d'Abbas KIAROSTAMI,

 " des milliers d'arbres solitaires" avec des collages de Mehdi MOUTASHAR, en version bilingue français / persan. (840 pages, 20 €)

Elle se présente : " Née en Iran en 1969, j’ai fait toute ma scolarité en France. Ancienne élève de l’E.N.S. Fontenay, Agrégée de lettres modernes, diplômée de l’INALCO en langue et civilisation persanes, professeur de lettres à l’Ecole Européenne de Bruxelles depuis 2007.

Ayant consacré plusieurs années à la recherche universitaire sur la littérature du XVIe siècle, j’ai enseigné la littérature de la Renaissance à l’université de Rennes II, le français au collège en banlieue parisienne, avant de décider de partir pour Londres où j’ai été en poste au lycée français. De retour en France, j’ai été chargée de mission pour les relations internationales à l’IUFM de Paris entre 2004 et 2007.

J’ai collaboré à la collection Bibliocollège chez Hachette pour laquelle j’ai publié plusieurs éditions scolaires (Le CidGargantuaPantagruelPoèmes 6°-5°, et Poèmes 4°-3°).

Parlant couramment le persan, l’anglais et l’italien, et ayant vécu dans différents pays d’Europe, les questions interculturelles et le multilinguisme sont au cœur de mon parcours et de mes centres d’intérêt. C’est donc tout naturellement que j’ai accepté de coopérer au projet de traduction de la poésie de Kiarostami pour Po&psy, qui me donne une occasion magnifique de revenir aux sources persanes."

Elle développe ensuite la biographie d'Abbas KIAROSTAMI parfaitement résumée par le site allocine :

"Abbas Kiarostami quitte ses parents à 18 ans après avoir réussi le concours de la Faculté des Beaux-Arts de Téhéran. Il finance ses études en travaillant la nuit comme employé de la circulation routière, puis est engagé au début des années 60 par la société Tabli Film pour qui il réalise près de 150 spots publicitaires. 
En 1969, il fonde le département cinéma de "l'Institut pour le développement intellectuel des enfants et des jeunes adultes", et y réalise plusieurs courts-métrages dont
 Le Pain et la Rue, remarqué dans des Festivals en 1970. Il signe son premier long métrage Le Passager en 1974, et continue durant les années 70 et 80 à créer autour du thème de l'enfance avec Les Elèves du cours préparatoire (1984) et Ou est la maison de mon ami ?(1987).
L'histoire de l'Iran et par extension, celle du cinéma de Kiarostami sont bouleversées en 1979 avec la révolution iranienne. Contrairement à ses confères du 7ème art, le cinéaste choisit de rester dans son pays, assumant alors les contraintes dictées par la nouvelle politique du pays. Cette décision fut l'une des plus importante de sa carrière : son cinéma n'aurait selon lui pas supporté le déracinement. Devenu directeur du Kanun où il tourne ses films, Kiarostami revient aux courts métrages avec Rage de dents et
 Le Chœur. Mais 1987 marque un tournant pour le cinéaste. Avec Ou est la maison de mon ami ?, Kiarostami attire l'attention des cinémas étrangers. Dans ce film il dépeint avec talent les croyances des campagnards iraniens et use du paysage iranien comme soutien poétique à sa narration. C'est le premier opus de ce que les critiques nomment la "Trilogie de Koker", dont fait partie Et la vie continue (1992) et Au travers des oliviers (1994). Bien que ces trois films ne constituent en rien une suite narrative, cette trilogie est ainsi nommée en raison du village de Koker où se situent chaque histoire. 

Les années 90 sont marquées pour le réalisateur par une véritable reconnaissance de son travail dans les festivals internationales. Devenu une figure emblématique de la culture iranien, le cinéma de Kiarostami revête également un intérêt diplomatique en montrant un visage nuancé de l'Iran. Marque de son succès à l'étranger : Close up (1991) relate les motivations d'un imposteur se faisant passer pour le réalisateur Mohsen Makhmalbaf. Ce film qui flirte avec le documentaire sur la société iranienne fût applaudi par Quentin Tarantino, Martin Scorsese, Jean-Luc Godard et Nanni Moretti...
Kiarostami connaîtra la reconnaissance suprême en 1997 en recevant (ex æquo avec 
L'Anguille de Shohei Imamura) la Palme d'Or au festival de Cannes pour son film sur le suicide: Le Goût de la cerise. Le film qui était jusque là interdit en Iran fut autorisé la veille de la remise des prix, avec quelques variantes plus conforme à la politique islamique. Avec Le Vent nous emportera, primé à la Mostra de Venise, Kiarostami aborde le thème de la dignité au travail, entre rural et urbain, entre femmes et hommes. En 2000, c‘est le festival du Film de San Francisco qui remet au cinéaste un prix pour l'ensemble de sa carrière et son style poétique. Quelques années plus tard, il entraîne le spectateur au cœur du processus créatif de ses films avec 10 on ten, avant de participer au collectif de Chacun son cinéma, avec tous les autres palmés à l'occasion de l'anniversaire du festival de Cannes de 2007. C'est là qu'il propose à Juliette Binoche de tenir le premier rôle de sa future Copie conforme (2010). Egalement en 2010 sort en salles Shirin, contant l'histoire de 140 personnes assistant à l'adaptation théâtrale d'un poème iranien du 12ème siècle.
En 2012, Kiarostami dirige une production franco-japonaise avec le film 
Like Someone in Love, qui est par ailleurs présenté à Cannes cette même année. Deux ans plus tard, il préside le Jury de la Cinéfondation et des Courts Métrages du festival de Cannes 2014, montrant une fois de plus à quel point sa carrière est indissociable du célèbre festival."

 

L'entretien se poursuit par les précisions qu'apporte Niloufar SADIGHI sur la personnalité atypique de KIAROSTAMI qui est le prototype de ce que Camus nomme : l’artiste.
L’éditeur de « des milliers d’arbres solitaires » le souligne dans sa brève présentation de l’auteur qui déclare qu’être à la fois cinéaste, photographe, poète, n’est pas un choix, mais une fatalité.

La situation actuelle de KIAROSTAMI dans la diffusion de ses œuvres en Iran est ambigüe  dans la mesure où une part importante de son œuvre cinématographique tournée à l'étranger est toujours censurée.

La littérature a évolué en Iran.
La poésie portée depuis des siècles à son incandescence, fait 
aujourd’hui un peu de place à la prose et il existe malgré tout, une liberté d’écrire. La condition de la femme écrivain en Iran s'est imposée avec la voix par exemple de Simine BEHBAHANI et dont la poésie a évolué au gré des années comme a évolué l'Iran.

Mais KIAROSTAMI, pour exister comme artiste en Iran, a pratiqué l’art du contournement. Retrouvant en cela, peut-être, les ruses savantes du « langage des oiseaux ». Il semble que cet usage de la façon détournée de dire le monde soit devenu, plus qu’une nécessité face au risque de censure, une sorte d’interrogation jamais refermée sur le sens de la vie. Les réponses demeurant en suspens, sont l’aveu d’une prudence politique bien compréhensible, mais aussi d’une vraie prudence philosophique.

 PESSOA disait que les choses n’avaient pas de signification, qu’elles avaient une existence. KIOROSTAMI écrit :  « la seule chose certaine/ c’est que/ moi c’est moi. » Est-ce à dire que, comme PESSOA, pour appréhender le réel, il ne faut avoir aucune philosophie, puisqu’avec la philosophie, il n’y a pas d’arbres, il n’y a que des idées ?

De la même manière, il est légitime de se demander quelle est l’idée de la « réalité » dans « des milliers d’arbres solitaires » mais aussi dans l’ensemble de l’œuvre de KIAROSTAMI. Est-elle différente de la vérité ? (la réalité/ nous laisse exsangues/ la vérité/ loin des yeux).

Les poèmes de « des milliers d’arbres solitaires » sont aussi des « instantanés » construits par la fulgurance des mots, du photographe KIAROSTAMI; son œuvre en ce domaine est importante.

Le poème pour KIAROSTAMI est-il un refuge heureux :" face au joug du temps / le havre du poème/ face à la tyrannie de l’amour/ le havre du poème/ face à la criante injustice / le havre du poème."
Il y a de l’humour dans ses poèmes : « l’enfant a demandé : est-ce que le hérisson aussi / son dos le gratte ? ou « chut ! / papa dort ».

 

Niloufar SADIGHI lit de larges extraits de "des milliers d'arbres solitaires" en persan et en français.

*

pour finir

la discussion

a viré au conflit

le conflit au silence

le silence à

l'amertume

*

ça a commencé par des "bien entendu"

ça s'est terminé par un malentendu

*

parmi des centaines

de pierres petites et grandes

seule remue

une tortue

*

une petite fleur sans nom

a poussé solitaire

dans la faille d'une immense montagne

*

la montre

est arrêtée

au poignet de l'aveugle

*

l'aveugle

demande l'heure

à l'écolier

*

une bouteille cassée

pleine à ras bord

de pluie de printemps

*

le sabot du cheval écrase

une fleur inconnue

parmi des milliers de fleurs

*

Artiste emblématique de l'Iran Abbas KIAROSTAMI qui a su éviter l'exil, car c'est de ce lieu, par ailleurs son pays, qu'il peut créer, dépeint sous toutes les formes dont il est prodigieusement capable, la forme multiple de l'Iran, rural et urbain, ancestral et contemporain. Cette confrontation certainement à son paroxysme en Iran, est le terreau de l'originalité absolue de sa création artistique. Celle-ci est portée sans aucun doute par un amour impérieux de la poésie, la grande poésie persane qui éclaire l'humanité, et la poésie d'aujourd'hui resserrée sur l'observation fascinée d'un quotidien qui n'en finit pas de charrier, sans le vouloir, la grandeur d'une culture en métamorphose.     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

20/11/2014

 

RETOUR

 

 

Christian Saint-Paul invite les auditeurs à se rendre au Centre Joë Bousquet et son temps, à Carcassonne qui organise deux événements autour d'Armand GATTI. Le premier, le vendredi 28 novembre 2014 au cinéma Le Colisée à Carcassonne, à 21 h projection du film d'Armand GATTI  : "L'Enclos" qui emporta le prix de la critique de cinéma au Festival de Cannes 1961. Premier film de fiction sur l'univers des camps de concentration, Cocteau avait noté que "l'Enclos témoignait avec une puissance irrésistible". Et GATTI lui-même rescapé du camp de Linderman, prés de Hambourg, éprouvait un besoin irrépressible de témoigner. Il cherche à articuler le désir d'utopie langagière qui l'anime et cette nécessité de raconter l'histoire terrible qu'il vient de vivre : comment traduire le camp est l'un des premiers grands problèmes du langage qui se sont posés à l'auteur GATTI. Il ne cessera d'y revenir. Ce film est disponible pour les toulousains à la médiathèque José Cabanis.

Le second est la rencontre le samedi 29 novembre 2014 à 15 h à la Maison des Mémoires, 53, rue de Verdun à Carcassonne, avec Armand GATTI, Jean-Jacques HOCQUARD, Pauline TANON autour du livre : "Armand Gatti dans le maquis des mots". Ce livre invite à (re)découvrir, de "La Parole errante" à "La Traversée des langages", une œuvre de combat, pour la liberté des mots et par les mots.

Armand GATTI une œuvre fondamentale dans l'histoire contemporaine de la poésie et du théâtre.  

Retour ensuite à un livre de poèmes de Michel COSEM  "Ainsi se parlent le ciel et la terre"  avant-propos de Jean JOUBERT, L'Harmattan éditeur, 95 pages, 11,50 €. Dans sa présentation, Joubert note avec cet optimisme serein qui, au fond imprègne toute l'œuvre poétique de Cosem : "On imagine que le poète voyageur a noté, au jour le jour, sur ses chers carnets, les multiples manifestations d'un "merveilleux quotidien", trop souvent occulté par le tapage médiatique. Oui, la poésie est là, dans ces lieux secrets enfin révélés. N'est-ce pas une des fonctions de la poésie d'aiguiser le regard du lecteur, de susciter l'émotion, de conférer au quotidien un pouvoir d'émerveillement.

Lire, relire "Ainsi se parlent le ciel et la terre" c'est éprouver le désir, dans la lancée du poème, de s'engager soi-même dans l'aventure des découvertes d'un monde proche et pourtant caché.

 Oui, à sa manière, et par bonheur, la poésie est contagieuse".

Lecture d'extraits.

 

Ecrire être au monde

comme un carré de terre

semé d'orchidées mauves

et de plumes d'oiseaux

Être dans la sève

pour revenir chaque saison

dans les lumières dans les mémoires

Ecrire les soleils et les océans

écrire sous l'écorce

l'histoire et l'imaginaire

les voyages dans les hautes dunes d'or

et les crépuscules du cœur

*

J'ai perdu

l'écharpe qu'Isis m'a donnée

au bord du fleuve

Je l'ai perdue dans les broussailles

dans les feux d'herbes

jusqu'au creux des verbes obscurs

Le rapsode a raison :

je n'ai pas pris garde à la nuit

à la luisance verte des eaux profondes

aux rumeurs hostiles et cassantes

je n'ai pas suffisamment ouvert le tiroir des

bienveillances

la source de l'illusion

et c'est pourquoi j'ai froid ce soir d'été

*

Georges CATHALO nous offre ce mois de novembre (à retenir pour les cadeaux de fin d'année) trois livres de poèmes :

1 ) "Quotidiennes pour interroger" (éditions La Porte,  Yves Perrine, 215 rue Moïse Bodhuin, 02000 Laon, 3,80 €) Le poète continue avec ce petit livret sa série d'interrogations entamées les années antérieures, sur "ce monde improbable" qui ne va pas en s'améliorant. Son inquiétude, qui s'étend à tout et à tous, dont lui-même, est un cri d'angoisse plus que d'alerte.

et si nous n'étions au fond

que d'obscurs bouffons bouffis

de pitoyables pantins pantelants

empêtrés dans nos contradictions

aveuglés par nos prétentions

et toujours dans la posture suffisante

de ceux qui savent ?

*

que gardera-t-on de ce passage

quelques regards quelques visages

avec si près de nous la nuit qui glisse

et toutes ces belles illusions

que l'on bâtit par conviction

ou par tacite consentement

que gardera-t-on plus tard

de cette aiguille affolée

aimantée entre deux pôles ?

*

2 ) "La feuillée des mots" éditions Henry, 32 pages, 8 €.

Cela fait bien des décennies que le poète Georges CATHALO, pour regarder le monde chaque matin avec envie, s'abrite sous "la feuillée des mots".

Et cela marche ! C'est son vieux maître, toujours présent par l'héritage des mots et des idées qu'il nous a légués pour l'éternité, Gaston PUEL qui est l'instigateur involontaire du titre, puisqu'il avait écrit dans "L'âme errante et ses entours", L'Arrière-Pays éd., 2007) :

"Rien ne vint. Rien n'advint. Je devins. Je devins ce scribe empêtré dans la feuillée des mots." Dans ce petit livre, très agréable aussi par la qualité de son impression, son esthétique avec la vignette de couverture d'Isabelle CLEMENT, chaque poème est dédié à un ou deux amis. On retrouve ainsi, sans vouloir être indiscret une partie de l'environnement du poète, les familiers de la poésie d'aujourd'hui. Chacun est dévoilé dans les poèmes de Cathalo, dans la justesse d'appréhension toujours fraternelle, des acteurs cités. Et presque tous, bien sûr sont ces artistes qui façonnent l'histoire de la poésie de notre drôle de siècle. Le ton n'est pas seulement fraternel, qualité innée de l'auteur, mais il est aussi moraliste. Car ce poète, qui ose dire ses colères, est un moraliste qui n'a rien d'ostentatoire, de dogmatique, de refoulé. Sa morale est celle du simple bon sens, de l'amour que l'on se doit à soi-même et donc aux autres. Le poète dans ce livre célèbre l'amitié, l'admiration pour les tâches bien accomplies de ses amis poètes.

SILENCIEUX

A François-Xavier Farine

 

l'homme qui tient parole

manifeste en silence

une parole sacrée

 

bien caché derrière les mots

il se propulse en plein jour

revendique sa part de lumière

 

livre ouvert et livre fermé

il ne se refusera rien

 

il en joue à satiété

se repaît d'allers-retours

et grâce lui est rendue

de prolonger les attentes.

*

RESIGNES

A Cathy Garcia

 

en achetant la paix sociale

ils rajoutent un matelas de plus

à leur confort quotidien

 

leur mission est bien ciblée

 

braquer les uns contre les autres

attiser les braises finissantes

instiller goutte à goutte la perfidie

 

artificiers à court de munitions

ils cherchent les mots qui blessent

les post-scriptum à leurs envois

 

et face aux vagues des indignés

ils ont rassemblé cimenté

l'armée sombre des résignés.

*

3 ) "Près des yeux près du cœur"  illustrations d'Evelyne BOUVIER, les éditions de la Renarde Rouge, la petite collection, 48 pages, 15 €.

Ces poèmes sont dits "pour enfants"; en réalité ce sont des poèmes que peuvent aussi lire les enfants, mais les grands (enfants ou pas) sont tout aussi concernés et prendront autant de plaisir que les petits. Une idée de cadeau utile sous tous rapports en tout cas pour nos chères têtes blondes ou brunes. Les illustrations en rouge et noir font de ce beau livre un livre d'artiste. A surveiller donc si vous le confiez à de jeunes mains peu soigneuses...

Avec ces poèmes, le poète se souvient qu'il fut pédagogue et que la poésie est l'art parfait de la transmission.

Ramasser

 

ce que tu ramasseras

sur le sable de septembre

ne contiendra pas dans ton seau

ce sont des rêves de bateaux

des bouts de bois des coquillages

des promesses et des projets

cela tient très peu de place

au fond de tes yeux fermés

*

Tracer

 

le ciel prépare sa page bleue

les hirondelles y tracent

des lignes qui s'effacent

les peupliers y lancent

des appels de détresse

pour oiseaux en partance

et c'est alors que le vent souffle

et que tout disparaît

pour reparaître un peu plus loin

*

C'est le poète américain Jerome ROTHENBERG, auquel il a déjà été consacré plusieurs émissions, dont une avec son traducteur Jean PORTANTE, qui est l'auteur principal de la semaine. En effet, il importe de faire connaître l'édition réussie du diptyque que constituent "Pologne / 31" et "Khurbn" publiés tous deux aux éditions Caractères.

Jerome Rothenberg, né à New York le 11 décembre 1931, est l’une des voix majeures de la poésie américaine. Ses nombreux livres sont des collages où s’entremêlent tradition et avant-garde, ethno-poésie et dadaïsme, mythes et quête de l’origine.

Khurbn est le pendant de Pologne / 1931, un autre livre de Jerome Rothenberg paru aux éditions Caractères l’année dernière. Il aura ainsi revisité deux faces de la Pologne, terre d’origine du poète né en 1931. Dans Pologne / 31, il s’agit d’un pays imaginé, nourri exclusivement d’anecdotes familiales, de lectures, de kabbale, de Mishna, de fantasmes, alors que Khurbn est le livre du retour physique dans la petite ville polonaise de d’Ostrow-Mazowiezka. Khurbn signifie « destruction totale » en yiddish. Le retour dans la terre de ses ancêtres permet au poète de mesurer l’ampleur de l’anéantissement après la Deuxième Guerre mondiale et la Shoah.

Jerome ROTHENBERG s'explique sur le mot "khurbn": "le mot holocauste l'a toujours mis mal à l'aise : trop chrétien et trop beau, il relevait par trop de la notion de "sacrifice". Je ne le comprenais pas et je ne le comprends toujours pas. Le mot que nous utilisions était le mot yiddish-hébreu "khurbn" et c'est ce mot là qui m'accompagna pendant tout notre séjour en Pologne."

 

Lecture d'extraits de Pologne / 31 paru en 2013 traduction de Jean PORTANTE et Zoë SKOULDING, 188 pages, 18 €.

Lecture d'extraits de  Khurbn, paru en 2014, traduit de l’anglais (États-Unis) par Rachel ERTEL, encres de Albert HIRSCH, 96 pages, 15 €. Éditions Caractères, 2014.

 

à treblinka   des guichets de billets   une grande horloge

les panneaux indicateurs : direction bialystok

mais l'homme crie qui a vu

les monceaux de vêtements   les juifs

rien de bon   c'est votre propre triste viande

qui pend ici   misérable dans des sacs

            comme celle d'animaux

le sang coagulé en gelée

une aisselle   traversée d'un ventricule éclaté

il est resté ici se balançant hurlant

une perche de bois brut fichée dans sa langue

une autre dans le scrotum   il voit

une bouche   un trou   un trou rouge

lambeaux écarlates de chairs d'enfants

leurs yeux minuscules mollusques gelés

si succulents que le blond gardien ukrainien

s'ennuyant sous son parasol ne fait qu'un bond

& les aspire à travers ses dents de fer

& son gosier les déglutit, puis chiant

des globules de graisse et de merde

qui coulent dans la fosse où la victime

la fillette sans langue - lève un regard hagard

& lit la fin de son cœur brisé

*

Comme POLOGNE / 31 , KHURBN est un livre fondamental pour pénétrer l'œuvre poétique essentielle de cet auteur qui marque ainsi l'histoire de la poésie américaine, qui a tant à voir avec l'Europe.

 

 

 

 

 

Michel

 COSEM

 

 

13/11/2014

 

RETOUR

 

 

Christian Saint-Paul signale dans le lot des livres de poésie disponibles à l'achat :

1 )

"Née de la pluie et de la terre" de Rita MESTOKOSHO avec des photographies de Patricia LEFEBVRE et une préface de J.M.G. LE CLEZIO.(éditions  112 pages • 15,2 × 19,8 cm • 17,50 €)

 

 « Mon cœur est fait de branches de sapin

Entremêlées à toutes les saisons du monde

Je dors pour mieux tapisser tes rêves

Et celui du chasseur en quête d’une terre

Où il pourra alimenter son envie d’être libre

De marcher en admirant les courbes

des rivières

De nourrir sa faim et d’assouvir sa soif »

*

Le mot de l’éditeur :

Née de la pluie et de la terre est le livre d’une rencontre entre deux femmes, de civilisations différentes, qui se reconnaissent comme sœurs dans le tissage d’une

parole universelle. L’une est poète, l’autre photographe. Patricia Lefebvre a rencontré Rita Mestokosho lors des séjours qu’elle effectua chez les Innus, peuple autonome du Québec. Ses photographies accompagnent la poésie simple, authentique et chamanique d’une femme qui s’adresse aux forêts, aux lacs, aux rivières, à l’ours, au saumon, au vent ou aux nuages, comme à la grand-mère

qui lui a transmis l’amour de la vie.

Car la poésie de Rita Mestokosho est, ainsi que l’écritJ. M. G. Le Clézio, préfacier de ce livre, « pleine de cette puissance féminine qui imprègne les peuples anciens.

Quelque chose de calme et d’incorruptible qui s’ouvre sur l’avenir. » Comme lui, je suis heureux et fier de faire entendre cette voix native d’un peuple qui lutte pour sa

survie.

 

2  )

"De bronze et de souffle, nos cœurs" de Jeanne BENAMEUR, gravures de Rémi POLACK , éditions Bruno Doucey, Collection : Passage des arts, 80 pages,16 €.

 

Le mot de l’éditeur : En 2011, Jeanne Benameur inaugurait la collection « Embrasures » avec un texte fort intitulé Notre nom est une île. Trois ans plus tard, c’est elle qui signe le premier livre de la collection « Passage des arts ». Un bonheur qu’il me plaît de faire partager. De bronze et de souffle, nos cœurs est le livre d’un dialogue entre deux artistes : l’une, poète ; l’autre, plasticien. Jeanne Benameur découvre d’abord les sculptures de Rémi Polack. Elle est touchée par la présence de ces figures en déséquilibre qui aspirent à l’envol malgré le poids de la matière. Puis le sculpteur réalise des gravures à partir de ces bronzes. Les images servent alors de support à l’imagination créatrice de l’auteure, dont les mots tombent comme une pluie d’été : un pays fertile s’ouvre devant eux, des entités archaïques font leur apparition, des personnages s’animent. Au fil des pages, la vie naît de ce dialogue entre les arts. Et si gravures et poèmes s’entrecroisent, si histoires et images se mêlent, c’est que chacun des deux artistes marche dans la trace de l’autre.

Extrait :

Trouver
invisible
l’empreinte d’une main
où poser la tienne
d’un pas
où mettre le tien
Tu apprends
lentement
la confiance
dans les traces de ceux
qui ont
disparu.

3 )

"Vers les riveraines" d'Alain FREIXE , éditions L'AMOURIER, 112 pages, 13,50 €.

Né le 3 décembre 1946 à Perpignan, en terres catalanes, entre mer et montagnes, l'auteur vit et enseigne à Nice depuis 1971. Il aime à musarder entre philosophie et poésie.
Ayant été président du Centre Joë Bousquet et son temps, il a appris du veilleur immobile de Carcassonne deux choses : d’abord que si un sol et un paysage font un homme, cela ouvre sur la responsabilité de manifester ce qu’ils peuvent accomplir à travers lui. Ensuite, à aimer les revues, ces lieux où s’élaborent, sans bruit autre que celui de la langue, de nouvelles perspectives et où l’on voit poindre de nouvelles voix. 
Ainsi il collabore, entre autres à Arpa, Lieux d’être, Europe, Le Nouveau Recueil, Trames…, anime les comités de rédaction de La Sape, Friches et Parterre Verbal, il participe à la diffusion de la poésie dans le cadre associatif et institutionnel. 
Pour lui, convoyer la poésie est affaire d’amitié si l’amitié est ce nom autre que prend la littérature quand elle se pense comme question.

"Après Avant la nuit (2003), Dans les ramas (2007), Vers les riveraines poursuit la marche entamée avec Comme des pas qui s’éloignent (1999).
Marche tâtonnante, les pas se touchant là où ils s’écartent, enjambées s’efforçant d’être attentives à ce qui vient au devant d’elles se découvrant, mot à mot. Où chemine l’écriture s’ouvrent les sentiers du temps : hier, aujourd’hui et demain s’y croisent, se perdent ici pour réapparaître plus loin. S’ouvrent les questions qui de l’homme sont le sol. Et le ciel.
Vers les riveraines est un livre dont la composition fait alterner textes en prose et textes en vers, donc des rythmes et des phrasés différents. Et tout cela pour que ça tienne : ponts, passerelles, passages.
Vers… l’idée est toujours celle d’un mouvement. Depuis Les Échappées réfractaires qui ouvrent l’ouvrage pour dire la résistance aux très hautes / fortes lumières, celles aveuglantes qui portent / trouent le monde vers ces Jours noirs qui le terminent sans le fermer, spirale de "parfum et musique", couleur noire de l’inattendu et de "l’impossible vivant" (René Char).
Ainsi les "riveraines" sont-elles un des noms possibles pour ce qui en manque. Un des noms pour ces choses qui ne se donnent pas à voir et se voient pourtant. Lueurs à entendre dans le tremblé des rives. Ces riens où trouve à se réancrer le vécu et le temps à se déplier à nouveau." s'explique Alain Freixe .

Extrait


Échappées réfractaires

Le monde, c’est mur sur mur. Ombres de pendules aux aiguilles de sables mouvants et silences barrés de froid, de nuit et de cris.
Ici, on ne passe pas. On est cerné. Pris dans la houle des murs. Seule la mort bat de l’aile entre mousses, lichens et salpêtre. C’est à peine si on le voit se poser. Cirer quelques visages et prendre des amis à ses affiches mal collées.
Par où passer quand le monde fait la roue entre torpeur et hypnose dans la nuit du sens ?

Malgré des yeux paralysés, les mots cherchent la brèche. Traversent parfois. Éboulent autour, un peu. Certains donnent consistance à la traversée tandis que d’autres se perdent au dehors. Restent ces échappées, bordées du noir âpre des plaies, ces meurtrières sur la nuit. Quand la nuit est toute la nuit.

Ni empreintes, ni contours qui seraient lambeaux de chair séchée au feu du regard, les mots que nous aimons sont enjambées risquées, courses poudreuses, écarts et pas.
Ce sont eux que l’on entend marcher dans les livres, rompre quelques ronces, écarter brisées et feuilles mortes, s’éloigner en quelques passées anciennes, se perdre. Et vibrer, longtemps. Après.
Oui, à lire, c’est cela qu’on entend. Cette avancée. De nuit. Tandis que se taisent les cris du monde. Que refluent les voix des amis. Que se brouillent les traces.

Celui qui lit est seul. De trous noirs en trous noirs. Comme aspiré dans le grand champ des pages. Seul, dans le livre. À mener une course aux terres les plus froides de soi. Sous grande lune dont s’est armé un ciel tout occupé à éventrer les banquises qui craquent de tous leurs os glacés.

À refermer le livre, le cœur ira dormir. Au chaud des débâcles d’eaux vives. Front contre nuit, il saura que dans les pierres creuses, ces têtes de mort en charpente pour l’écarté des métamorphoses, que dans ces cargneules, demoiselles aux vanités sombres, poussent des merisiers, portes claires qui s’ouvrent sur l’autre côté où ne meurent plus les heures. Malgré la pluie.
Car il pleut comme il respire sur un dehors déjà noyé d’eau. Et sur les vitres, une buée d’âme aveugle les forêts. Et tous les chemins du monde. Jusqu’aux murs.

Dehors la pluie recoud à grand peine les roses.
Tout est toujours en ordre en la terre compacte. Et nous restons, à perte de vue, à perte de nom, en suspension. À cause des coups. À cause de tout ce qui nous bat le cœur dans le temps disjoint.
Ce n’est pas le rapport au temps qui importe, c’est son port.
Comment portez-vous le temps qui vous porte ?
Comment parlez-vous des morts ?

C'est précisément un ami de longue date d'Alain FREIXE qui est l'invité de la semaine, Michel COSEM, poète, romancier, éditeur de la revue Encres Vives et des éditions éponymes, qui vient parler de son dernier roman, le troisième aux éditions De Borée, "L'Aigle de la frontière", 288 pages, 20 €. 

Michel Cosem n’a jamais cessé d’écrire : des romans pour grands et petits lecteurs,

des contes et des poèmes où brille la plume très personnelle de cet authentique

« raconteur d’histoires ». L’Aigle de la frontière, vient ajouter une belle pierre à une œuvre plusieurs fois primée.

Ce poète qui nous livre depuis des décennies des livres de poésie qui forgent là aussi, une œuvre considérable et également plusieurs fois primée (prix Artaud, prix Malrieu entre autres), ne fait pas de différence entre son écriture de poèmes et celle de romans et récits. Relater une histoire, fût-elle belle, ne suffit pas à en faire un roman. Celui-ci se découvre par la langue, par ce travail qui est le travail d'artiste qui donne sa vie et ses émotions au récit. Et la langue qu'utilise Michel COSEM produit avec naturel cette métamorphose de l'événement décrit en tension possessive. L'addiction à la poursuite du récit est immédiate, et c'est là la preuve que l'artiste a réussi son travail. Dans ce roman, le lecteur retrouve, un univers familier de l'auteur qui a passé, enfant déjà des vacances à Luchon, qui connaît bien le Val d'Aran. La montagne est le personnage dominateur du roman. La Nature a toujours fasciné COSEM qui vit dans le bonheur ténu d'en rendre compte. Les lacs, les bergers sont l'essence même d'une poésie émerveillée mais fragile. La ville aussi est personnage de ce roman. Luchon connaît une vie touristique facile, c'est un lieu de plaisir. Le héros du roman se retrouve dans cette ville, complexe sous ses apparences festives. Car les allemands de l'armée nazie sont très présents à Luchon, ville stratégique du fait de sa proximité avec la frontière espagnole. La frontière, même intangible est également un personnage du roman. L'auteur, lors de l'entretien, s'amuse à décrire cette jubilation qu'il éprouvait, enfant à avoir un pied en Espagne et l'autre en France.

Ce roman est aussi l'approche d'un progrès humain, moral par la voie initiatique toute simple de l'instituteur Gilbert qui donne à Jean-Christophe, héros du roman, la conscience qu'il n'avait pas. La question sur le rôle du chef est posée dans ce roman qui se révèle au delà de son esthétique baigné de Nature bouleversante, porter des valeurs éthiques denses et puissantes. Un grand roman, sans hésitation !

 

 "Une ode à la nature et à la montagne sous la plume d’un auteur chevronné." annonce l'éditeur qui résume ainsi le livre :

"De petit contrebandier, Jean-Christophe devient passeur pour la Résistance Jean-Christophe vivote de contrebande à la frontière pyrénéenne.

Il court les jupons, mais il n’est amoureux que de sa montagne, de sa liberté. L’époque de l’insouciance se termine pourtant quand il tire sur un douanier sur le point de l’attraper et, surtout, lorsque le pays plonge dans la guerre. D’abord les réfugiés espagnols, les délations. Puis l’arrivée des Allemands. Fini les fêtes, les touristes, les chars de fleurs…

Sous l’impulsion de Gilbert, l’instituteur du village, il prend conscience

de la gravité des évènements et du rôle qu’il se doit désormais de tenir…

Lecture d'extraits par Michel COSEM.

"Le soleil brillait sur les grandes plaques de neige qui occupaient encore les hauts sommets. Les arêtes de pierre tranchaient vigoureusement le ciel bleu. L’air était vif et frais. Jean-Christophe marchait le cœur léger. Était-ce le printemps qui le rendait ainsi ? Un souffle tiède montait des basses vallées et l’on y devinait des odeurs multiples de sève, de fleurs, de terre aussi, de torrents et de cascades. Jamais il ne s’était senti aussi bien, aussi heureux, aussi certain de l’avenir, un peu trop peut-être. Le poids de ses petits articles de contrebande : quelques paquets de cigarettes, deux flacons d’alcool, des médaillons d’argent travaillés dans des ateliers de Cordoue, des bracelets, des boucles d’oreilles, du savon odorant, ne se faisait pas même sentir. Pourtant il aurait dû se méfier. Il allait sortir de la forêt de sapins, marcher à découvert entre les gros rochers. Le torrent dont le bruit permanent l’empêchait de savoir ce qui se passait autour pouvait cacher quelque piège. Il avait bien fait attention de contourner l’Hospice de France, cette énorme bâtisse à demi abandonnée où se retrouvaient toutes sortes de gens : bergers en mal de solitude, promeneurs montés depuis Luchon, contrebandiers aussi et évidemment douaniers venus s’informer et s’encanailler par la même occasion. Il n’avait pas envie de côtoyer toute cette faune préférant penser à lui-même, à ce qu’il ferait au retour à Luchon. Il venait de traverser la frontière sans encombre. De plus l’air l’enivrait tout simplement.

– Halte !

Ce cri venait de claquer."

 

Enfin, Michel COSEM donne lecture de quelques poèmes extraits de "Ainsi se parlent le ciel et la terre" paru à L'Harmattan.

 

 

 
 

 

Chantal DANJOU

 

 

06/11/2014

 

RETOUR

 

 

 

Christian Saint-Paul présente en préambule les deux dernières publications des éditions Encres Vives : 1 ) le 435ème numéro de la revue, consacré à François COUDRAY avec "Suite pour une montagne". Ce professeur de lettres est musicien et poète. Ses deux premiers recueils ("Saisons-Pérégrinations", 2008; "écrit avec de la terre" 2010) ont paru dans les revues Triages, Contre-allées, N4728, Les Citadelles. Ses projets l'amènent régulièrement à faire dialoguer poésie, musique, théâtre et arts plastiques. Il travaille avec la plasticienne Nicole Courtois, le compositeur Matthieu Lemennicier et la comédienne Clémentine Amouroux. Le recueil est dédié au père de l'auteur.

 Lecture d'extraits.

 

elle est revenue ce matin avec une telle violence

 

   haute et sombre paroi derrière les brumes qui se

déchirent, au dessus des marais

                                                                       roche   nuit

ruissellement                      et la forêt sans couleur sur la

falaise

           

                        lauze plis du temps    et l'odeur de la

neige encore

*

comme une main déchirerait ma chair, la broie et

me consume, elle est         la saison prisonnière

l'enfance le temps du père la terre

 

me déchire et ravit

*

                                          2 ) dans la collection Encres Blanches, d'Ali BOUDJEDIR  "Lever du jour vu d'une colline". Ce poète vit en Algérie; il enrichit le patrimoine francophone de la poésie algérienne de langue française. Il a publié à Encres Vives : "Mots mélancoliques aux reflets d'or", "Des bleus à l'âme", "Sous les pas de l'ombre", "L'alphabet de l'espérance", "Poèmes couleur de soleil".

"J'aime donner la parole à des poèmes enfantés par la souffrance, ou par l'enchantement de l'expérience vécue, dans la clarté sereine d'une conscience responsable. Chaque mot se fait blessure ou fleur : alors le poète, consommant les peines et les joies de tous, consomme la plénitude des mots" écrit Ali BOUDJEDIR à propos de ce recueil.

Lecture d'extraits.

Sénac

 

Voici le moment où je m'étale

De toute ma joie

Lorsqu'au clair de l'aube

Mon peuple

Beau comme une mer en colère

Se soulève et va

De vague en vague

Répandre la lumière

Sur les rêves lointains

De la tolérance

 

Tu formes une chaîne de paix

Au milieu de l'horreur

Et tu pardonnes les yeux salés

Au mal ténébreux

L'ombre de l'eau entre les dents

Protège ta vie de sable

Beau comme Sénac

Qui a irrigué cette terre

De son amour

De ses poèmes

Et de son sang

 

Brave la moisson

Et le peuple qui pleure les braves

*

L'émission est ensuite consacrée à l'invitée : Chantal DANJOU.

Poète,  nouvelliste et critique littéraire, par ailleurs membre du conseil de rédaction des Editions Encres Vives, elle vit et travaille aujourd’hui dans le Var après un long séjour parisien. Docteur ès lettres, professeur durant de nombreuses années, elle intervient à présent dans des instituts universitaires de formation d’enseignants (direction de mémoires et conceptions de projets concernant la lecture et l’expérience poétiques). Depuis 1989, elle participe à faire connaître la poésie contemporaine avec l’association qu’elle a cofondée, La Roue Traversière : présentation d’auteurs ; tables  rondes autour d’éditeurs de poésie ; interdisciplinarité artistique ; le poète et son traducteur.

Son œuvre créatrice, toujours en pleine construction, offre à ce jour un palmarès fort riche :

Suite poétique

 

La Cendrifère, chez l'auteur, 1980

Mythe de Migrale, Ed. St Germain des Prés, Paris, 1985

Le Livre de la Soif, Ed. L'Harmattan, Paris, 1993

Lieux / Dits, préface de Dagadès, Ed. Ass. Clapas, Aguessac, coll. Franche Lippée, 1994

Les Consonnes de Sel, Ed. L'Harmattan, Paris, 1995

Muse au beau visage penché, Ed. Encres Vives, Colomiers, 1996

Terres Bleues, Ed. L'Harmattan, Paris, 1998

Éloge d'une absence verte, Ed. Encres Vives, Colomiers, 2002

D'ocre et de théâtre, Ed. Encres Vives, Colomiers, 2003

Malgré le bleu, Ed. du Nouvel Athanor, Paris, 2005

Toko no ma, Ed. L’Improviste, Paris, octobre 2005

Poètes, chenilles, les chênes sont rongés, Ed. Tipaza, Cannes, 2008

Blanc aux murs rouges, Ed. Encres Vives, Colomiers, 2009

Pension des oracles à l’auvent de bambou, Ed. Encres Vives, Colomiers, 2011

La mer intérieure, entre les îles, Ed. Mémoire Vivante, Paris, 2012

L’oreille coupée, Ed. Encres Vives, Colomiers, 2012

Femme qui tend la torche, Ed. Mémoire Vivante, Paris, 2014

L’ancêtre sans visage, Ed, Colodion, à paraître

 

Livre d’artistes

 

La Fendillée, sur des gravures de Liliane Aziosmanoff, 1999

Sans titre, avec Martine Botella (mise en scène) ; et Françoise Rhomer (encres), 2004

Sans titre, avec Youl, 2005

Formes, récits du feu, avec Henri Yéru, Les Cahiers du Museur, coll. A côté, Nice, 2012

Jour Nuit Jour, Livre I, avec Henri Yéru, La Roue Traversière, 2013

 

 

 

Nouvelle, récit, roman, essai

 

Damier de silence et parole, Ed. L'Harmattan, Paris, 2001, essai suivi d’entretiens avec Jean-Claude Villain

Les Amants de glaise, Ed. Rhubarbe, 2009

 

Anthologie, publication collective

 

 

« De la poésie comme exercice spirituel », sur Jean-Claude Renard, Actes du Colloque de Thessalonique, P'U de Pau, 1995

Êtres femmes, poèmes de femmes du Québec et de France, coédition Le Temps des Cerises / Les Ecrits des Forges, 1999

Et si le rouge n’existait pas, anthologie poétique, éd. Le Temps des Cerises, 2010

Pour Haïti, éd. Desnel, 2010

Nous, la multitude, éd. Le Temps des Cerises, 2011

Les poètes en Val d’hiver, Anthologie, éd. Corps Puce, 2011

Anthologie de la poésie érotique féminine contemporaine, textes réunis par Giovanni   Dotoli, éd. Hermann Lettres, 2011

Le partage des mondes, éd. TipaZa, 2012

Jean-Max Tixier, écrivain pluriel, Actes de Colloque, Université de Toulon, Var et Poésie, 2014

Traduction

 

Blaues Land, recueil traduit en allemand par Rüdiger Fischer, Ed. Pop lyrik, Ludwigsburg, 2006

Le Livre de la Soif, Les Consonnes de Sel, extraits traduits en grec par Georges et Maria Fréris (Université Aristote de Thessalonique ; ΕλευόІς Revue)

Malgré le bleu, extraits traduits en espagnol par José Marìa Lopera (Revue Álora, la bien cercada"la

 

Réception des poèmes, des ouvrages et de l’œuvre

 

Les publications de Chantal Danjou ont donné lieu à de nombreux articles critiques en France et à l’étranger. A noter :

Université Aristote de Thessalonique, 1993 ; Le Théâtre Molière – Maison de la Poésie, Paris, 1999,  lecture-rencontre avec l’auteur présentée par Sylvie Verny ; Numéro spécial de la revue poétique Encres Vives, en hommage à l’auteur, 2004 ; Université de Bouzareah, Alger : autour du travail de l’auteur, 2006 ; Université Toulon-La Garde : autour de Toko No Ma, 2010 / 2011 ; Poésie / première n° 49, étude de Monique Labidoire sur l’auteur et extraits, 2011 ; 406 ème Encres Vives consacré à l’auteur.,  Des îles et des montagnes ou Chemins de poésie et de prose, 2012 ; Université d’Avignon : autour de La mer intérieure, entre les îles et de Femme qui tend la torche, 2013.

 

L'entretien, sur la genèse de cette œuvre, le sens de la langue, sa posture particulière, est illustré de lecture de poèmes par Chantal DANJOU.

Michel COSEM a bien eu raison de publier deux numéros d'Encres Vives, le 315ème "Avec Chantal DANJOU" et le 406ème "Arrêt sur image Chantal DANJOU  Des îles et des montagnes ou Chemins de poésie et de prose", pour mieux cerner l'importance de ce long travail d'écriture, devenu très vite un acte militant de la parole à sauver.

En lisant Chantal DANJOU, le mystère qu'elle crée par la précision des mots, la concision qui l'écarte de tout pathos, la réflexion de Pessoa se vérifie : "dans un poème, nous devons comprendre ce que veut le poète, mais nous pouvons sentir ce qui nous plaît ".  Et les poèmes de Chantal DANJOU nous plaisent !

Ses recherches sur la poésie l'ont conduit à interroger l'œuvre mystique de la poésie de Jean-Claude RENARD, et à publier "De la poésie comme un exercice spirituel". Elle s'explique sur cette démarche, déclenchée par l'idée de Max-Pol FOUCHET de consacrer un numéro de sa revue aux poètes de la spiritualité.

Pour Chantal DANJOU, écrire de la poésie, c'est manifestement vouloir dépasser les frontières, c'est s'engager tout entier dans le dépaysement du lieu et de soi.

Et la poésie de Chantal DANJOU est une poésie de haut vol de ce siècle où les femmes poètes tiennent un rang injustement jusqu'alors, jamais égalé.

Lecture de poèmes.

 

tout repose

mais la poudre

piment

cumin

été violent

à tuer la tourterelle turque

- chante l'oiseau de lui-même -

à la surface

ventre gris

collier noir égrené quand elle se renverse

pierre après pierre puis silencieux puis dissous

*

mort ouverte quel grand jardin

le sud arrondi à l'excès

 

mains au henné

mucharabieh miniature

 

l'ombre se construit sous les bancs

dans les trous de métal dans les yeux

 

oiseaux diagonales des fontaines

coupent les palmiers en dessous de leur rêve

 

papyrus lotus dans les bassins

sous l'eau se passe-t-il la même chose que sur terre

*

(extraits de "blanc aux murs rouges" E.V. n° 374)

  

Poète de l'oralité autant que de l'écrit les deux inséparables de la poésie, elle annote des poèmes comme des scènes de théâtre :

 

(Un papillon va d'un bout à l'autre de la scène plusieurs fois de suite)

Souvent la peur. Sur mon bras, sa caresse aux anneaux rouges. Chenille. Pour qu'elle vienne, il y avait de l'immobilité. Lourde, terreuse, profonde. Il y avait une source. Un principe d'eau, de bleu, de présence. Mais. Dans ce qui s'allonge et foule l'herbe. Une condamnation. De la guêpe, du moucheron, de la chenille. Ce qui se pose est rompu. Parfois quelque chose s'approche. Une étreinte future. Un papillon à mourir dans son dernier va et vient

* (extrait de "D'Ocre et de théâtre" E.V. n° 304)

 

L'entretien se conclut sur l'acquiescement d'une pensée de Judith BALSO selon laquelle on ne peut partager le diagnostic d'un affaiblissement contemporain de la poésie, que le travail des poètes se poursuit. Qu'il a lieu. C'est en ce sens que le monde est un monde-pensée.

Enfin, le générique de fin est remplacé par "Galop de Camargue" de Manitas de Plata que Chantal DANJOU a eu la chance de rencontrer dans la région de Montpellier.

 

Chantal DANJOU comme tous les grands artistes élargit notre vision du monde. Nous entrons dans son "monde-pensée" qui est celui de l'espérance venue non du rêve, si contraire à la poésie, mais d'une supérieure lucidité, celle, difficile, de la compréhension de soi-même, qui conduit inéluctablement à la compréhension des autres.

 

 

 

 

 

 

Jean-Luc Pouliquen

30/10/2014

 

RETOUR

 

 

Christian Saint-Paul joint au téléphone Michel BAGLIN qui donne un récital avec le poète chanteur Jacques IBANES : "Partir" à la Cave Poésie René Gouzenne les 3 et 4 novembre 2014. "Partir" avec ces deux artistes, c'est prendre un ticket pour un voyage en terre de poésie, au cours d'un récital concocté par deux amis, et mêlant poèmes et chansons. Un document sonore sur ces mémorables soirées sera en ligne sur notre site à la rubrique "documentation sonore".

Lecture ensuite de quelques poèmes de "Voix Vives de méditerranée  Anthologie Sète 2014" éditions Bruno Doucey, 20 €.

 

Jean JOUBERT (extrait de "L'alphabet des ombres",éd.Bruno Doucey, 2014

Page du livre noir

C'est sur le livre noir d'un ciel d'orage

qu'une main brusque assurément de feu

écrit en lettres sibyllines

la prophétie.

 

La terre assurément est au plus noir.

Sous les lampes saisies d'un lourd sommeil

seul veille encore le guetteur obstiné.

 

Que le guetteur s'attarde,

qu'il persévère,

qu'il s'acharne à saisir

les mots pressants d'une langue de flamme.

 

La page à peine lue,

le livre sur l'énigme se referme.

*

L'émission est ensuite consacrée à l'invité : Jean-Luc POULIQUEN.

D'emblée, Saint-Paul le situe comme un acteur de l'apologie de la littérature en langue d'Oc, en citant sa brillante publication : "Entre Gascogne & Provence, Itinéraire en lettres d'Oc, Entretiens avec les poètes Serge Bec et Bernard Manciet" Edisud, 1994, 160 pages. Dans ces entretiens devenus aujourd'hui historiques, et qui sont une mine de renseignements pour tous les lecteurs épris de la poésie occitane, Jean-Luc POULIQUEN, posait déjà la question récurrente du "lieu" : "Être d'un lieu, avec les mains ouvertes, relève d'une ligne de conduite qui ne s'observe pas sans mal. Dans "Le Triangle des Landes", vous écrivez, Bernard Manciet : "bloquée entre les peuplades de l'Adour et celles de Leyre, de l'Albret et du littoral, cette lande n'a pu survivre qu'en se retranchant".

Voilà qui contraste avec le brassage méditerranéen de Serge."

Oui, l'on n'emprunte pas les mêmes routes selon que l'on fait face à l'océan ou à la mer.

Bernard MANCIET est maintenant dans la collection poésie de poche de Gallimard, Serge BEC qui vit toujours en Provence, a publié ses derniers livres aux éditions Cardère.

Cette générosité qui conduit Jean-Luc POULIQUEN à aller au plus près des poètes qu'il aime, nous la retrouverons tout au long de ses activés créatrices, avec ses aînés comme ceux par exemple de l'Ecole De Rochefort.  Mais écoutons le : "Je suis né en 1954 à Toulon dans le sud de la France. Ma première enfance a été méditerranéenne tout comme mon adolescence que j’ai passée non loin de Marseille. Arrivé à l’âge adulte, après un séjour de quelques mois en Afrique, j’ai souhaité revenir vivre dans le pays de ma jeunesse où s’enracine je le crois mon écriture et ma vision du monde. C’est en terre méditerranéenne que s’est développé l’essentiel de ma poésie et que se sont produits les événements les plus déterminants dans mon itinéraire de poète. Parmi eux, il me faut citer ma rencontre avec Jean Bouhier, le fondateur de l’Ecole de Rochefort. L’Ecole de Rochefort est un mouvement poétique fondé en 1942 où se sont retrouvés des poètes qui ont opposé au Surréalisme leur Surromantisme. Elle a compté dans ses rangs René Guy Cadou, Jean Rousselot ou encore Jean Follain. Il me faut citer encore ma rencontre avec Daniel Biga, de Nice, dont l’expression au début des années soixante a profondément renouvelé une poésie qui ne pouvait plus s’en tenir à l’humanisme de l’après-guerre. J’y ajouterai ma fréquentation assidue de quelques poètes de langue d’oc, cette langue que l’on parlait autrefois dans tout le sud de la France, avant que le français ne soit imposé sur tout le territoire national. L’obstination de quelques poètes contemporains à l’utiliser comme le véhicule de leur création m’a permis de rentrer dans des imaginaires que le français ne pouvait porter, en particulier pour tout ce qui concerne notre attachement à une terre et une civilisation qui en découle. Ce fut pour moi une ouverture à toutes les cultures du monde. Il me faut enfin parler du philosophe Gaston Bachelard, ami des poètes, dont la poétique sur les quatre éléments m’a amené sur les chemins d’Empédocle et une approche du poète où se mêlent poésie, philosophie et thaumaturgie. À chacun des noms cités, j’ai consacré une étude ou un livre. Je citerai simplement le dernier Gaston Bachelard où le rêve des origines qui vient compléter vingt années de création poétique regroupée dans Mémoire sans tain (Poésies 1982-2002). Les deux livres ont été publiés par les éditions L’Harmattan à Paris, en 2007 et 2009."

Commentaire et bibliographie selon Wikipédia :

 

 Ses poèmes, son activité de critique littéraire, l’édition (il a dirigé les Cahiers de Garlaban de 1987 à 1997), les ateliers d’écriture qu’il anime ainsi que les différents événements culturels auxquels il participe (après avoir été membre de 2001 à 2009 du comité du festival des Voix de la Méditerranée de Lodève, il est actuellement membre du comité international de coordination du festival Voix vives, de Méditerranée en Méditerranée de Sète) s’inscrivent pour lui dans une même tentative pour remettre la poésie au cœur de la Cité. Il a gardé en cela les préoccupations sociologiques qu’il avait développées en suivant les enseignements de Michel Crozier et Henri Mendras à l’institut d'études politiques de Paris.

Bibliographie

Poésie

·         Mémoire sans tain, Les Cahiers de Garlaban, 1988.

·         Cœur absolu, Les Cahiers de Garlaban, 1990.

·         Être là, Les Cahiers de Garlaban, 1992.

repris dans :

·         Mémoire sans tain - Poésies 1982-2002, préface de François Dagognet, L'Harmattan, collection Poètes des cinq continents, Paris, 2009

·         Vers et proses géographiques

·         Le champ, Chroniques de Haute Provence, Digne, 1998.

·         Un chemin, Autre Sud, Marseille, 1999.

·         Ce rivage où tu accostas, OC, Mouans-Sartoux, 2003.

·         Un village dans la ville, Chroniques de Haute Provence, Digne, 2003.

·         Les Chants de Vassouras, Revue des Archers, Marseille, 2009.

repris dans :

·         La terre du premier regard3, L'Harmattan, collection Poètes des cinq continents, Paris, 2011

Chroniques, correspondances, récits

·         À la Goutte d'Or, Paris 18e, Éditions AIDDA, Paris, 1997

·         Les Objets nous racontent, Éditions des Vanneaux, 2008

·         En souvenir de l'arbre à palabres (avec Yvonne Ouattara), L’Harmattan, collection Écrire l’Afrique, Paris, 2009

·         Un griot en Provence, L'Harmattan, Paris, 2012

·         Sofia en été, L'Harmattan, collection Témoignages poétiques, Paris, 2012

·          

Dialogues :

·         Le droit des hommes à vivre (avec Jean Bercy), La Pébéo, 1983.

·         Fortune du poète (avec Jean Bouhier, fondateur de l'École de Rochefort), Le Dé bleu, Chaillé-sous-les-Ormeaux, 1988,(ISBN 2-900768-64-0).

·         Sur la page chaque jour (avec Daniel Biga), Images de Ernest Pignon-Ernest, Z’éditions, Nice, 1990, (ISBN 2-87720-064-7).

·         Entre Gascogne et Provence (avec Serge Bec et Bernard Manciet), Édisud, Aix-en-Provence, 1994

·         La diagonale des poètes (avec Marc Delouze et Danièle Fournier), préface de Henri Meschonnic, La Passe du Vent, Lyon,2002.

·         Bachelard : un regard brésilien (avec Marly Bulcão), préface de François Dagognet, L’Harmattan, collection Ouverture philosophique, Paris, 2007

·         Soigner et penser au Brésil (avec Ivan Frias), L’Harmattan, collection Questions contemporaines, Paris, 2009).

·         Le poète et le diplomate (avec Wernfried Koeffler), Prologue d'Adolfo Pérez Esquivel, L'Harmattan, Paris, 2011

·         Paroles de poètes/Poètes sur parole (avec Philippe Tancelin), L'Harmattan, collection Témoignages poétiques, Paris,2013.

Ateliers d'écriture

·         Un voyage en écriture - Jeu de l'imaginaire (avec Cathy Bion), Éditions Plur'Art, Paris, 1996.

·         Un poète dans les écoles de la Goutte d'Or, Les Cahiers Robinson, no 11, Arras, 2002.

·         Les enfants et les images poétiques  : une méthode d’écriture d’inspiration bachelardienne, Figures – Cahiers sur l’image, le symbole et le mythe, no 30, Dijon, 2006.

Études critiques

·         Gaston Bachelard ou le rêve des origines, préface de Marly Bulcão, L’Harmattan, collection Ouverture philosophique, Paris,2007

·         Un petit traité d'émerveillement, préface aux Lettres à Louis Guillaume de Gaston Bachelard, La Part Commune, 2009).

·         Ce lien secret qui les rassemble, Éditions du Petit Véhicule, collection Sur les chemins de Rochefort-sur-Loire, Nantes, 2010, réédité en 2014 chez le même éditeur dans la collection Les Cahiers des Poètes de l’École de Rochefort-sur-Loire

Traduction

(du portugais au français)

·         Fagulhas do Tempo/Étincelles du temps, de Pablo Barros, Éditions des Vanneaux, 2010

·         Zona de Caça/Zone de chasse, de Jaime Rocha, Éditions Al Manar, 2013

Publications à l'étranger

·         Çocuklar Şairdir - Poésie de l’enfance, (entretien avec Azadée Nichapour) et Yanaştiğin bu kiti - Ce rivage où tu accostas, Adam Sanat, no 230, Istanbul, Turquie, 2005.

·         Préface aux Causeries (1952–54) de Gaston Bachelard, édition bilingue Français-Italien, il melangolo, Genova (Italie), 2005

·         As criancas são poetas, método para despertar a poesia, préface de Marly Bulcão, traduction et postface de Bruno Torres Paraiso, Editora Booklink, Rio de Janeiro, Brésil, 2007

·         Bachelard, Berdiaeff et l'imagination, Sapienza - Rivista di Filosofia e di Teologia (Naples), Vol.61°, 2008.

·         Os cantos do vale do café, Nova Águia no 4, Lisboa, (Portugal), 2009.

·         As Pierres Vives de Bertrand d'Astorg, Revista Triplov de Artes, Religiões e Ciências, no 3, (Portugal/Brésil) .

·         Louis Guillaume, Gaston Bachelard, une amitié féconde, sur le site russe Экзистенциальная и гуманистическая психология .

·         Marcel Pagnol : écrivain et cinéaste de la Provence, sur le site de l'Institut d'Études Méditerranéennes de Busan (Corée du sud) .

Films

·         Água das Origens et Passo a passo, mise en images dans deux vidéodanses, de Eau des origines et de Pas à pas, par le réalisateur et chorégraphe brésilien André Meyer.

  • Jean-Luc Pouliquen ou le Voyageur de mémoire, no 2 de la Revue Chiendents - cahier d'arts et de littérature, Nantes, Éditions du Petit Véhicule, octobre 2011.

Les Cahiers des Poètes de l’École de Rochefort  n°5 : Ce lien secret qui les rassemble septembre 2014

Son blog : http://loiseaudefeudugarlaban.blogspot.fr/

 

*

Jean-Luc POULIQUEN lit ses poèmes.

Pour l'émission "les poètes" et son site  il nous autorise à reproduire quelques inédits

 

EAU DES ORIGINES

 

Eau des origines

où ont baigné nos premiers rêves,

je t’invite aujourd’hui

à couler dans le jardin de nos pensées

Irrigue-le , arrose ses fleurs,

afin qu’elles s’ouvrent et parfument

tout notre être

 

Eau de notre naissance

- enveloppe de sérénité -

déchirée par une poussée

inéluctable

 

Eau de notre naissance

depuis longtemps évaporée

reviens à nous

Défais les fils des nuages

fais rouler tes gouttes

sur nos visages,

dépose sur notre peau,

sur notre cœur,

un film protecteur

 

La terre est notre nouvelle matrice,

le temps, son liquide amniotique

 

Si nous voulons

que notre profil définitif

se déboîte

des lèvres de l’infini,

 

il nous faut

abandonner au vent

la violence de nos colères

dénouer notre nombril, notre égoïsme,

nous emplir du murmure collectif,

 

retrouver ce cordon

par où circulent les cristaux des minerais,

la sève des arbres, les sucs de leurs fruits,

 

y puiser la force

de donner à notre âme

ses contours de lumière

 

malgré la nuit et ses démons

malgré l’hiver et ses tempêtes.

*

 

OFFRANDE DE L'EAU

 

L’eau s’offre à toi

dans la légèreté du jour

 

Elle t’abandonne sa sagesse

et sa transparence

 

Elle sait que ton corps

va troubler son repos

 

Mais elle accepte la métamorphose

les remontées des profondeurs

 

Par la nage et le bain

tu ramènes à la surface

ses sourires endormis

que tu disperses ensuite

en mille gouttes dans le ciel.

*

Jean-Luc POULIQUEN un poète fraternel, méditerranéen, un de ceux que le Breton Armand Robin aurait reconnu quand il disait : "A l'heure du danger j'appellerai / Ceux pour qui mes nuits mes jours ont existé / Ils viendront, les poètes du monde entier ..." 

 

 

 

Jean-Michel TARTAYRE

 

23/10/2014

 

RETOUR

 

 

Christian Saint-Paul indique qu'au même moment où se déroule cette émission, à Paris se tient "l' hommage au poète Bruno DUROCHER"  un Conrad des lettres françaises dans le cadre des Journées de la Communauté Franco-Polonaise à la Bibliothèque de Paris.

Bruno Durocher, né Bronislaw Kaminski le 4 mai 1919 à Cracovie (Pologne), a été un météore de l’avant-garde poétique polonaise.
Surnommé à 17 ans “le Rimbaud de la poésie polonaise” pour ses recueils Poèmes barbareset Contre, il n’aura pas le temps de publier son texte La Foire de Don Quichotte, qu’il avait lu à ses amis au Théâtre Cricot. En effet, il est arrêté en septembre 1939 à Gdansk, au bord de la Baltique, où les allemands venaient de débarquer pour envahir la Pologne.

S’en suivent six longues années de camp de concentration comme prisonnier politique, dont l’essentiel à Mathausen…
Libéré le 5 mai 1945, il arrive à Paris, ayant perdu toute sa famille. Il décide de devenir écrivain français.

En 1949, Pierre Seghers publie son premier recueil de poésie, Chemin de couleur. Il est alors salué par Eluard, Cendrars, Reverdy, Supervielle, Char, et beaucoup d’autres de ses pairs. Il décide ainsi de fonder en 1950 avec Jean Tardieu, Jean Follain et André Frénaud, la revue Caractères, qui se doublera très vite de la maison d’édition du même nom. De grands auteurs français et étrangers y seront publiés.

Décédé en 1996, Bruno Durocher, Prix Europe posthume en 1998, figure aujourd’hui dans de nombreuses anthologies et dictionnaires, dont le Dictionnaire des Écritures migrantes, parût à l’automne 2010. Certains de ses livres sont traduits et publiés à l’étranger, et un hommage lui a été rendu en 2006 par la BNF pour les dix ans de sa mort. Des travaux universitaires en France et à l’étranger sont même consacrés à son œuvre.

La publication de tous ses écrits est actuellement en cours sous la forme d’une anthologie de plusieurs tomes.

Ses livres:

Œuvre Complète
Tome I: les livres de l’homme
Tome II: les mille bouches de l’homme à commander aux éditions Caractères.

Une émission pour la parution du tome II de ses œuvres lui sera consacrée. 

 

Saint-Paul invite les auditeurs et en particulier les jeunes poètes à prendre connaissance de la création du :

Prix International « Matiah Eckhard ».

" Il faut rallumer le feu de la Vie par la musique et l’Amour" écrit  

Matiah Eckhard dans son livre: " Lointains chants sacrés d’où je suis né".

Matiah était un jeune poète et musicien disparu à l’âge de 19 ans, en janvier

2014. Sa poésie révèle, entre autres, son amour pour la vie et sa musique

témoigne de son envie de partage et d’amitié.

C’est dans cet esprit que l’association Euromedia communications, qui a édité

le livre de Matiah Lointains chants sacrés d’où je suis né (2014), organise un

Concours international des jeunes créateurs pour encourager la création

artistique et poétique.

Chaque année le prix sera organisé dans des pays différents. En 2015 il sera

attribué en France aux jeunes poètes entre 12 et 25 ans : les candidats peuvent

s’inscrire du 1er octobre jusqu’au 31 décembre 2014 à l’adresse suivante:

prix.matiah.eckhard@gmail.com et envoyer leurs poèmes par mail avant le 31

mars 2015.

1er prix (un chèque de 300 €)

2eprix (200€)

3eprix (100€)

La cérémonie d’attribution du prix aura lieu fin mai 2015.

 

Association Euromedia Communications : tél. 06 79 68 12 06

 

Saint-Paul revient ensuite sur la parution aux éditions Bruno Doucey de "Voix Vives de méditerranée en méditerranée  Anthologie Sète 2014", 250 pages, 20 €.

Plus de quarante pays étaient représentés au Festival de Sète et la poésie a résonné dans la ville en près de vingt langues. L'anthologie prestigieusement conçue par Bruno Doucey réunit la totalité des poètes du Festival, chacun y étant publié dans sa langue et traduit en français. Un gros travail et un livre d'exception qui resserre les liens sacrés autour de la Méditerranée.

Lecture de la française Jeanine GDALIA

Sable

 

Il glisse entre tes

doigts

s'écoule

 

tu lui confies des

secrets

traces éphémères

 

Amour Bonheur Vie

 

Enfoui

tu rêves...

une

tombe au

soleil.

*

de Jean-Luc POULIQUEN

Les chapitres du temps

 

Pays

reçu en héritage

 

Ton histoire

et ta langue

ont traversé

les ventres rebondis

de nos mères

 

Ton mystère

continue de féconder

nos mémoires

 

C'est dans

les chapitres du temps

que tu te livres

et te révèles

*

du poète espagnol Manuel VILAS

Daddy

 

Ne bois plus, papa, s'il te plaît.

Ton foie est mort et tes yeux sont encore bleus.

Je suis venu te chercher. Maman ne sait pas.

Au café, ils ne te font plus crédit.

Ils voulaient appeler la police,

mais ils m'ont d'abord prévenu,

par compassion.

 

Papa, s'il te plaît, réagis, papa.

Ca fait des mois que tu ne vas plus travailler.

Les gens ne t'aiment pas, plus personne ne t'aime.

Meurs loin de nous, papa.

S'il te plaît, meurs très loin de nous.

Tu nous dois bien ça.

Tu étais toujours de mauvaise humeur.

On t'avait presque oublié, mais ils nous appellent du café.

Va-t-en très loin, tu nous dois bien ça.

C'est la seule faveur que je te demande.

*

L'émission précédente a été consacrée à Werner LAMBERSY; Saint-Paul invite les auditeurs à lire également "Les cendres de Claes battent sur mon cœur" recueil qui constitue le n° 409 de la revue Encres Vives (6,10 € le volume, abonnement 34 € à adresser à Michel COSEM, 2, allée des Allobroges, 31770 Colomiers).

 

Les cendres de Claes

Battent sur mon cœur

 

Et ce cœur ne bat plus

 

Que pour un poème

Encore

Qui répète : la poésie

N'existe pas

 

Mais quand même

Un peu plus

Que le reste peut-être

 

Je ne sens presque

Plus

Rien du piaffement

Sauvage

 

Du sang

Dans la stalle close

Des côtes

 

Ni du branle

Ou du galop de mon

Souffle

 

Quand l'enfourchent

Et le montent à cru

 

Les cavaliers

Huns de la horde des

Steppes

........................

 

Saint-Paul s'entretient avec son invité : Jean-Michel TARTAYRE.

 

Voici sa présentation par Wikipédia :

" Après des études littéraires et avoir exercé la profession de libraire, Jean-Michel Tartayre devient professeur de lettres modernes en lycées et collèges. Il est l'auteur d'une vingtaine de recueils de poèmes publiés aux Dossiers d'Aquitaine, au GRIL, à Encres vives. Il collabore à de nombreuses revues littéraires, notamment : L'Arbre à paroles, La Nouvelle Tour de Feu, Séquences, La Revue des Dossiers d'Aquitaine, Inédit Nouveau (éd. du GRIL), Isis, Encres vives, Lélixire (éd. Robin), Multiples et L'Ours polar. En 2011, il participe à la 10e édition du Festival du Livre d'artiste "Sous couverture" de Saint-Antonin-Noble-Val (Tarn-et-Garonne), en faisant une lecture de ses poèmes.

 Il écrit aussi bien sur des sujets scientifiques ou historiques que sur la poésie, mais il manifeste également sa créativité dans des recueils de poèmes ou de proses qui ne sont jamais vraiment des contes ni des nouvelles.

Ce qui l'intéresse en poésie, c'est l'espace de liberté, l'ouverture dirait Umberto Eco, la suggestion dirait Stéphane Mallarmé, deux concepts qui par ailleurs définissent la modernité poétique :

 « Aujourd'hui, le poème adopte tellement de formes signifiantes que le genre dont il relève est difficilement classable. Ce qui m'attire donc, c'est cette tendance à la confusion des genres et l'importance accordée à l'image, au paysage intérieur et/ou extérieur ».

 Jean-Michel Tartayre est très attaché aux lieux dans ses poèmes :

 « La notion de lieu(x) en poésie m'apparaît fondamentale. Le poète se situe toujours par rapport à un espace ou à un lieu (aussi vague soit-il) lorsqu'il entreprend d'écrire, qu'il s'agisse de l'espace de la page blanche, des espaces textuel, imaginaire, environnemental, ou du topos. Et l'art du poète consiste à donner à voir de façon originale, singulière, sa perception d'un certain état des lieux, soit qu'il se plaise à traiter des lieux communs, soit qu'il s'attache aux lieux moins ordinaires, mais toujours, dans les deux cas, avec une volonté de dépayser, de métamorphoser la banalité en fait notable, d'accoster le quai d'un nouvel univers, inconnu, étrange »

Son recueil Van Gogh tonnante clarté est une véritable recréation en poésie des thèmes et paysages à la fois si quotidiens et si éternels du peintre. « Il superpose son propre langage à celui de l'artiste-peintre et parvient ainsi à une saisissante approche de l'œuvre, examinée avec une précision d'entomologiste... et de poète inspiré. »

 Michel Cosem a souligné chez cet auteur « une écriture à la fois nostalgique et révoltée ». Pour Jeannine-Julienne Braquier, il est « un compositeur d'images, de musiques et un agitateur de sentiments exprimés tout en nuances » Jean-Michel Tartayre définit sa poésie comme « une poésie réaliste et populaire, où l'étrangeté n'est au demeurant pas exclue. » " Voici la liste de ses nombreuses publications, majoritairement publiées aux éditions Encres Vives et que vous pouvez vous procurer , chaque volume, 6,10 €, 2 allée des Allobroges, 31770 Colomiers.

 

 Recueils de poésie

 

Transparences (Les Dossiers d'Aquitaine, 2000)

Moderne Aventure (Encres vives, coll. "Encres blanches" n° 185, 2005)

Toulouse Blues (Encres vives, coll. "Lieu" n° 165, 2005)

La Fugue mauricienne (Encres vives, coll. "Lieu" n° 168, 2005)

Urbain nocturne (Encres vives, coll. "Encres blanches" n° 221, 2005)

Polymnie de notre temps (Éditions du GRIL, coll. "Princeps" n° 35, 2005)

Espaces mouvants (Encres vives, coll. "Encres blanches" n° 265, 2006)

Rue du Hamel (Encres vives, coll. "Lieu" n° 187, 2007)

Van Gogh tonnante clarté (Éditions du GRIL, coll. "Princeps" n° 44, 2007)

Les Grands Soirs (Encres vives, coll. "Encres blanches" n° 294, 2007)

Les Grands Soirs (II) (Encres vives, coll. "Encres blanches" n° 321, 2008)

Les Chutes (Encres vives, coll. "Encres blanches" n° 332, 2008)

Série « La Femme au caducée »

1- Nerf ou pinceau (Encres vives, coll. "Encres blanches" n° 349, 2008)

2- Entrelacs (Encres vives, coll. "Encres blanches" n° 383, 2009)

3- Des Affaires (Encres vives, coll. "Encres blanches" n° 392, 2009)

4- Du Combat (Encres vives, coll. "Encres blanches" n° 410, 2010)

5- Des Soins (Encres vives, coll. "Encres blanches" n° 440, 2010)

Pi la lettre et le nombre (Éditions du GRIL, Coll. "Princeps" n° 90, 2011)

Série « Trottoirs »

Trottoirs Variations 1 (Encre vives, coll. "Encres blanches" n° 471, 2011)

Trottoirs Variations 2 (Encre vives, coll. "Encres blanches" n° 486, 2011)

Trottoirs Variations 3 (Encre vives, coll. "Encres blanches" n° 495, 2012)

Trottoirs Variations 4 (Encre vives, coll. "Encres blanches" n° 498, 2012)

Trottoirs Variations 5 (Encres vives, coll. "Encres blanches" n° 517, 2012)

Pandore (Encres vives, coll. "Encres blanches" n° 525, 2012)

Blue walker (Encres vives, coll. "Encres blanches" n° 539, 2013)

Leghorns (Encres vives, coll. "Encres blanches" n° 556, 2013)

Marines (Encres vives, coll. "Encres vives" n° 425, 2013)

Rythmes de Chinatown (Encres vives, coll. "Lieu" n° 291, 2014)

 Publications en revues

L’Arbre à paroles, Inédit Nouveau, Isis, Multiples, Lélixire, Encres Vives, La Nouvelle Tour de Feu, Séquences…

« Scènes de la nuit blanche » / ill. Jean-Claude Claeys. L'Ours polar, 06/2008, n° 45-46, p. 65-69.

« Marche du serpent philosophe ». Inédit Nouveau, 01/2009, n° 228.

« La Femme au caducée », Multiples, 10/2010, n° 77, p. 71-80. Coll. "Découverte" n° 16.

« D'après complaintes », Lélixire : la revue littéraire des Editions Robin, automne 2013, n° 6, p. 26.

Présentation des publications

Transparences. Bordeaux (7 impasse Bardos, 33800) : les Dossiers d'Aquitaine, impr. juin 2000, 47 p. Coll. "Poésie".

Transparences, premier recueil publié de l'auteur, se fonde sur le principe d'une écriture du quotidien, orientée vers l'interprétation de l'instant présent et des structures d'ordre culturel qu'un tel contexte sollicite. Ainsi, de nombreux textes ici peuvent se concevoir comme des réécritures d'œuvres célèbres qui nourissent l'inspiration et complètent justement le regard porté sur le monde. De fait, Jean-Michel Tartayre, adoptant de façon régulière la forme éclatée, donne à voir du poème un creuset médiatique où filtre une pluralité d'informations à travers le prisme de la sensibilité et de l'entendement, ce dans le cadre d'une pratique, ou d'une mise en œuvre, voulue objective, sinon "transparente".

Espaces mouvants. Colomiers : Encres vives, décembre 2006, 16 p. Coll. "Encres blanches" n° 265. Prix : 6,10 €

Espaces mouvants... Pourquoi espaces ? Bien parce que la notion de lieu(x) en poésie m'apparaît fondamentale. Le poète se situe toujours par rapport à un espace ou à un lieu (aussi vague soit-il) lorsqu'il entreprend d'écrire, qu'il s'agisse de l'espace de la page blanche, des espaces textuel, imaginaire, environnemental, ou du topos (en rhétorique). Et l'art du poète consiste à donner à voir de façon originale, singulière, sa perception d'un certain état des lieux, soit qu'il se plaise à traiter des lieux communs, soit qu'il s'attache aux lieux moins ordinaires, mais toujours, dans les deux cas, avec une volonté de dépayser, de métamorphoser la banalité en fait notable, d'accoster le quai d'un nouvel univers, inconnu, étrange. Pourquoi mouvants ? Peut-être parce que ces espaces changent sans cesse d'aspect, de forme, d'un poème à l'autre, d'une unité de sens à l'autre, et qu'ils se renouvellent au gré de l'inventivité.

Rue du Hamel. Colomiers : Encres vives, mars 2007, 16 p. Coll. "Lieu" n° 187. Prix : 6,10 €

La rue du Hamel se situe dans le quartier Saint-Michel, l'un des lieux les plus populaires de Bordeaux dont le profil démographique est surtout marqué par la présence des étudiants. Je passai près de deux ans dans un vieil immeuble de cette rue, plus exactement dans un studio au premier étage, ce dans le cadre de la formation aux métiers du livre suivie à l'IUT Montaigne. Antonio Defonseca, mon double en quelque sorte, y fait l'expérience des jours que je vécus entre le hasard des rencontres et les moments de solitude habités, ici peut-être plus qu'ailleurs, par la chanson grise. De cela ne pouvait s'extraire qu'une poésie réaliste et populaire, où l'étrangeté n'est au demeurant pas exclue.

Moderne aventure. Colomiers : Encres vives, février 2005, 16 p. Coll. "Encres blanches" n° 185. Illustration de couv. : Patrick Guallino. Prix : 6,10 €

Au regard de Moderne aventure, l'écriture fut très influencée par mon goût pour le dépaysement. Je me suis inspiré de mes souvenirs d'ici et d'ailleurs que composent essentiellement mon expérience des voyages le long des routes de France et de Navarre, et l'attrait de prédilection que j'éprouve pour la musique (le jazz en particulier) et la littérature. De fait, j'ai cherché à composer cet ensemble comme on écrit une partition, alliant aux images de la fable les rythmes d'un "lyrisme de l'âme" tel que le dit Charles Baudelaire dans sa Dédicace à Arsène Houssaye, préface du Spleen de Paris, et ce sous la forme de poèmes en prose. Mais la primauté de mes impressions revient au plaisir que j'eus à écrire chacun de mes textes, plaisir rare s'il en est.

Toulouse Blues. Colomiers : Encres vives, mars 2005, 16 p. Coll. "Lieu" n° 165. Prix : 6,10 €

Toulouse Blues c'est le chant prismatique conçu en l'honneur de la ville où je suis né. Toulouse apparaît moins ici objet de mimésis institutionnelle que sujet d'hymnes qui la racontent entre spleen et boogie-woogie. Et je constate aussi qu'Elle me conte et me peint du rose au noir selon le climat des jours maquillant ma présence dans la métropole, du berceau jusqu'à l'âge d'homme.

La Fugue mauricienne. Colomiers : Encres vives, septembre 2005, 16 p. Coll. "Lieu" n° 168. Prix : 6,10 €

J'avais vingt ans en juillet 1987 lorsque je partis pour l'île Maurice après avoir vendu ma voiture. L'argent de cette vente me permit de réaliser un rêve d'enfance : celui d'aller voir ailleurs, sous les tropiques, le monde tourner, celui de franchir la barrière de papier en couleurs représentant un coin de paradis, placardée sur le mur de ma chambre. Et c'est l'aventure que j'ai découverte, multiple et profuse, comme la lumière et les gens de là-bas.

Urbain nocturne. Colomiers : Encres vives, octobre 2005, 16 p. Coll. "Encres Blanches" n° 221. Illustration de couv. : Sylvaine Arabo. Prix : 6,10 €

Urbain nocturne s'inscrit dans un concept qui m'est cher, celui de la poésie-polar. Ici, la lyre moderne (ou postmoderne, c'est selon) de Polymnie, muse qu'on imagine aujourd'hui dans une jupe serrée, cuir véritable, buvant du gin façon très mâle, à l'heure où les matinaux ont depuis longtemps pris la douche, ici donc la lyre moderne de Polymnie s'accorde au torrent de noirceurs du polar que nourrissent les concerts de flingues, les crissements de pneus, le chant des sirènes de la police ou des ambulances, les hurlements de la misère que de toute manière la haute n'entendra jamais, etc. Et le cadre de cette cacophonie est la ville la nuit. Et comme, depuis l'enfance, j'ai toujours eu le fantasme de New York, comme j'ai tant rêvé New York / New York City sur Hudson, ainsi que le dit la chanson, ces textes s'ouvrent dans leur grande majorité sur la Big Apple.

Polymnie de notre temps. La Hulpe : Éditions du GRIL [Groupe de réflexion et d'information littéraires], 2005, 30 p. Coll. "Princeps" n° 35. Éd. originale num., réservée aux souscripteurs. Volume pouvant être réimprimé à la demande.

Quel rapport, ou plutôt quels rapports entre la muse antique de la Rhétorique et ce recueil de poèmes ? Il n'est pas toujours simple de se référer aux anciens, qui ne donnaient pas aux noms et aux mots la même acception que celle d'aujourd'hui. Aristote pensait poésie autrement que nous et de notre côté, nous attribuons à la rhétorique un sens péjoratif qu'elle ne mérite pas. Heureusement la muse sauve le terme : couronnée de fleurs, de perles, de pierreries, elle charme et persuade. Comme nous devrions le faire et n'y parvenons pas. J.-M. Tartayre préfère la considérer comme patronne des hymnes (le nom l'indique) et de la poésie lyrique. ll se souvient qu'elle inventa l'harmonie, l'orchestique et même la géométrie ! Il lui prête dans son recueil un regard aigu sur l'actualité du monde et une présence vive dans son expérience personnelle. D'où le ton intime et humaniste à la fois de ces poèmes.

Van Gogh tonnante clarté. La Hulpe : Éditions du GRIL [Groupe de réflexion et d'information littéraires], 2007, 34 p. Coll. "Princeprs" n° 44. Éd. originale numérotée réservée aux souscripteurs. Volume pouvant être réimprimé à la demande.

Encore un livre consacré à Vincent Van Gogh. Et de plus un recueil de poèmes. N'est-ce pas trop ? La réponse est aisée : cet artiste est absolument inépuisable parce qu'il fut la modernité même, comme bien peu d'autres. Il n'est pas jusqu'aux avant-gardes les plus pointues qui ne se réfèrent à lui et à cette oeuvre de passion pure. Jean-Michel Tartayre l'a si bien compris qu'il s'est refusé à faire de la critique artistique ou a décrire les tableaux qu'il évoque. C'est une véritable recréation en poésie des thèmes et paysages à la fois si quotidiens et si éternels du peintre. Le poète a d'ailleurs toujours privilégié ce type d'écriture, recréant ainsi Toulouse, l'île Maurice où il vécut aussi, la mythologie avec sa muse Polymnie et tous ses autres quotidiens. Van Gogh figure très à l'aise dans cette poésie où transparaissent les lettres modernes qu'il enseigne, mais aussi la science, l'histoire et la passion des livres approfondie encore par un passage dans l'univers de la librairie.

Les Grands Soirs. Colomiers : Encres vives, octobre 2007, 16 p. Coll. "Encres blanches" n° 294. Illustration de couv. : Alain Lacouchie. Prix : 6,10 €

Les grands soirs... ceux qui s'ancrent avec force dans la mémoire, ceux qui, revêtus alors de couleurs et de tonalités si marquantes, participent de moments festifs où toutes sortes d'appétits sont sollicités, tellement bien qu'on se sent très vite obligé d'en dire quelque chose, avant d'en revivre de nouveaux, peut-être plus insolites encore, et d'en redire quelque chose, quand les mots sont parés ou quand les habite la quête d'un changement

Les Grands Soirs (II). Colomiers : Encres vives, mars 2008, 16 p. Coll. "Encres blanches" n° 321. Illustration de couv. : Sylvaine Arabo. Prix : 6,10 €

Les Grands soirs, la suite ;  pour rendre compte une nouvelle fois de cette période somme toute génératrice de mystères qui occupent les pensées du veilleur au point de le pousser à écrire en poésie, à dire ce climat si particulier précédant la nuit comme un seuil de l'aventure onirique, où se rencontrent l'Inspiratrice du quotidien et le Désir d'embrasser l'Inconnu, dans l'attente d'une visite, attente tout en paroles de joie spontanée. Les Grands soirs, la suite, un étrange bâillement du jour en vis-à-vis de l'ombre.

Les Chutes. Colomiers : Encres vives, mai 2008, 16 p. Coll. "Encres blanches" n° 332. Illustration de couv. : Alain Lacouchie. Prix : 6,10 €

Les Chutes devraient se comprendre moins dans le sens d'effondrement que dans celui de cadence, par le biais de laquelle le poète évoque l'action de tomber moralement non sans la perspective de trouver la rédemption auprès de la femme aimée, à la fois guide spirituel et maîtresse des émotions, savante organisatrice de l'ordre des choses et des mots, jusqu'à la partie finale où tombe la voix. Femme étrangement élastique qui retient l'avancée dans le vide et femme confidente, que le statut de destinataire privilégié élève au rang de baume au cœur.

Pandore. Colomiers : Encres vives, décembre 2012, 16 p. Coll. "Encres blanches" n° 517. Illustration de couv. : André Falsen. Prix : 6,10 €

La première occurrence de Pandore apparaît dans Les Travaux et les Jours du poète grec Hésiode, que l'on situe entre le VIIIe et le VIIe siècle avant Jésus-Christ. L'auteur propose dans cette œuvre de 826 vers son interprétation du péché originel et de sa condamnation. Pandore y est présentée comme la figure du châtiment imposé aux hommes par Zeus après l'épisode de la transgression commise par Prométhée, qui déroba son feu pour le leur confier : "Et de rire le père des dieux et des hommes. / Il invita le célèbre Héphaïstos à pétrir au plus vite / de la glaise et de l'eau, à y mettre une voix humaine / et la force, à y joindre un visage divin de déesse, / une charmante beauté virginale..." Cette généalogie poétique amène naturellement le lecteur à identifier Pandore comme le pendant d'Ève des récits génésiaques. Dans le présent recueil, j'ai tâché de réinterpréter à ma manière le mythe en m'attachant d'abord et surtout à son attribut majeur : celui de la féminité. J'ai choisi d'inscrire le personnage dans l'histoire d'une femme luttant en faveur de sa propre libération et ce dans un contexte qui se veut à l'image de celui que peuvent connaître de nos jours les populations confinées dans les zones de conflit, dans l'histoire d'une femme investie d'une mission de surveillance en faveur du projet pacifiste et indépendant de son pays. J'ai somme toute choisi de transposer la condamnation originelle en sorte de rédemption.

Série "Trottoirs"

Trottoirs Variations 1. Colomiers : Encres vives, juin 2011, 16 p. Coll. "Encres blanches" n° 471. Illustration de couv. : Silvaine Arabo. Prix : 6,10 €

Trottoirs peut se concevoir comme le thème d'une série d'ouvrages traitant de la poésie du quotidien et le lieu par excellence de la foule métisse au sein de laquelle cristallisent la rencontre, le langage amoureux des rues ou, au contraire, celui de l'indifférence, voire du conflit. Des scènes s'y font jour dont l'intensité dramatique anime la mémoire et l'esprit de l'auteur de ces pages aux soirs des longues journées quand le besoin immanent d'en révéler l'image et la musique convoque le langage des sens dans le cadre de leur étroite coopération, aussi vitale qu'intime.

Trottoirs Variations 2. Colomiers : Encres vives, décembre 2011, 16 p. Coll. "Encres blanches" n° 486. Illustration de couv. : André Falsen. Prix : 6,10 €

Cet opus est un nouvel ensemble de variations dont la structure s'organise autour du même motif : celui des trottoirs. La ville peut s'y percevoir comme un personnage à part entière, tant elle demeure un élément constitutif du champ sémantique, et le cadre d'une aventure au quotidien qui ressortit principalement à l'observation des scènes de rues se déroulant sous les yeux d'un "je" témoin mais aussi actant, dans la mesure où son passage participe de l'animation ambiante qu'il entend dépeindre. La présence féminine se révèle, là encore, comme l'agrément qui confère au spectacle, à l'écriture, leur dynamique fondamentale et son corollaire : la dimension de plaisir.

Trottoirs Variations 3. Colomiers : Encres vives, janvier 2012, 16 p. Coll. "Encres blanches" n° 495. Illustration de couv. : André Falsen. Prix : 6,10 €

Ce troisième opus consacré à la poésie des trottoirs peut se concevoir comme un nouvel hommage rendu à la féminité. Un personnage y demeure à cet égard traité par l'auteur avec l'insistance que seul le sentiment amoureux est capable d'occasionner, celui de la femme de Conakry, figure du dépaysement et du charme constitutive d'une praxis ouverte sur diverses régions du monde, en particulier l'Espagne ; autant de lieux dans lesquels s'inscrit sa présence aux côtés de celui qui prit le parti, à l'exemple du présent ouvrage, de dire leurs voyages de conserve parmi la foule des voies piétonnières et son vacarme convoquant les signes d'une dramaturgie.

Trottoirs Variations 4. Colomiers : Encres vives, mai 2012, 16 p. Coll. "Encres blanches" n° 498. Illustration de couv. : André Falsen. Prix : 6,10 €

Ce quatrième volet poétique inscrit le leitmotiv des trottoirs dans le cadre d'une remémoration ayant trait à plusieurs séjours que je fis au Maroc. La femme de Casablanca, personnage récurrent du recueil, peut se concevoir comme la clé d'une lecture de cette région africaine alliant la magie de l'exotisme oriental avec l'intention réaliste de donner à voir en détail les lieux parcourus, ce dans la mesure où sa présence permet seule l'itinéraire jubilatoire jusqu'aux confins du désert et la disponibilité du symbole ; un être principalement entendu sur le mode de l'éthique et de l'esthétique eu égard à l'amour ou à la liberté qu'il incarne ; femme libre, femme guide dont l'irrésistible charme appelle à l'heuristique du bon génie à l'œuvre sur tous les chemins, sur tous les trottoirs qu'elle et moi avons arpentés, contemplés.

Série "La Femme au Caducée"

 Nerf ou pinceau. Colomiers : Encres vives, décembre 2008, 16 p. Coll. "Encres blanches" n° 349. Illustration de couv. : Patrick Guallino. Prix : 6,10 €

Nerf ou pinceau s'inscrit dans une démarche intellectuelle comparable à la marche silencieuse et avisée du serpent parmi les grands déserts au relief tourmenté. Il s'agit d'un ensemble où la dimension dialogique de chaque texte apporte un éclairage sur des questions d'ordre philosophique touchant le plus souvent à l'ipséité. Être ou ne pas être dit Shakespeare. De fait, la pensée du poète doit se concevoir moins comme une spéculation aux finalités absconses, voire incompréhensibles, que comme une progression effective vers le bonheur, convoquant au besoin les ressources de la psychanalyse afin de ne négliger aucun outil susceptible de l'aider à gagner sa destination, à se rendre à bon port plutôt qu'à quelque indésirable fatalité. Ainsi, l'écriture allie à la syntaxe des réseaux de signification totalement orientés vers l'éros. La Femme y joue logiquement le premier rôle, à la fois en tant qu'organisatrice de l'entrevue du poète avec lui-même, en tant que maïeuticienne, en d'autres termes maîtresse en maïeutique, et unique élément de réponse en qualité de valeur absolue et matrice du monde incarnée. Elle trône, un caducée à la main, et caresse les serpents quand vient le temps de sa repartie, quand elle sait que son intervention demeure indispensable, comme un nerf détendu, un jet de lumière, aussi péremptoire que celui d'une pierre.

Entrelacs. Colomiers : Encres vives, octobre 2009, 16 p. Coll. "Encres blanches" n° 383. Illustration de couv. : Valérie Gaubert. Prix : 6,10 €

Entrelacs succède à Nerf ou pinceau selon un ensemble qui se fonde sur une structure dialogique entre, d'une part, la femme au caducée et, d'autre part, son destinataire privilégié, image d'une âme en proie au questionnement et dont le regard introspectif révèle une nature quelque peu désorientée ou troublée par un manque indéfinissable que seule son interlocutrice paraît combler. La parole représente à cet égard le primat des échanges qui se donnent libre cours sous l'égide de cette dernière en laquelle la raison s'allie à la sensibilité pour accorder aux interrogations subjectives leur part de logique et d'ancrage dans la perspective de l'union sacrée qui mettra un terme à l'angoisse de la solitude, aux affres de l'illusion, en faveur de la préhension des sens, du bon sens où la force se joint au principe de réalité dans l'élégance d'un sourire, d'un rire francs.

Des Affaires. Colomiers : Encres vives, novembre 2009, 16 p. Coll. "Encres blanches" n° 392. Illustration de couv. : Alain Lacouchie. Prix : 6,10 €

Des Affaires, troisième volet de la série mettant en scène l'entrevue entre la femme au caducée et l'image d'une âme en quête d'une meilleure connaissance d'elle-même, inscrit les dialogues qui se donnent cours dans le cadre d'une correspondance avec la chose économique, au regard de laquelle le rôle du caducée prend tout son sens, à la fois comme symbole du commerce et attribut par excellence de Mercure. Il doit également se concevoir comme le sceptre qui caractérise le principal personnage féminin, et le signe de sa suprématie dans le débat qui, en l'occurrence, progresse, au fil des textes qui se succèdent, selon un rapport d'analogie entre la structure du moi et l'ordre des échanges qui animent la société moderne dans laquelle il évolue.

Du Combat. Colomiers : Encres vives, février 2010, 16 p. Coll. "Encres blanches" n° 410. Illustration de couv. : Sylvaine Arabo. Prix : 6,10 €

Du Combat, quatrième volet d'une série de scènes entre la femme au caducée et l'image du poète amant que corrobore et complète tout du long l'interprétation d'un analyste, peut se concevoir comme une nouvelle tentative de conférer à la parole et aux vocables qui le structurent le moyen d'accéder au bonheur de l'existence, à la joie de vivre, au-delà du sentiment de solitude et des questionnements angoissés qu'il convoque de façon très souvent péremptoire. Le mot s'inscrit, en l'occurrence, tel un outil destiné à remédier à toute forme d'adversité, de conflit ou de tension prégnante entre différentes entités aussi antinomiques, par exemple, que celles du bien et du mal, ou entre les instances d'ordre psychique telles que le ça et le surmoi et que la main-d'oeuvre, entendue comme le travail du poète ouvrier, à l'égard duquel ledit mot représente la matière première, a pour objectif d'arbitrer dans les limites d'une arène des sens.

Des Soins. Colomiers : Encres vives, décembre 2010, 16 p. Coll. "Encres blanches" n° 440. Illustration de couv. : Patrick Guallino. Prix : 6,10 €

Des Soins, cinquième volet de la série d'ordre dialogique mettant en exergue le tête-à-tête entre une âme en quête d'elle-même et la femme au caducée, adepte des solutions pragmatiques et dotée d'un sens de la repartie qui s'ancre dans le réalisme, se fonde sur une structure thématique tout orientée vers la thérapie par la parole. À cet égard, le dialogue conçu comme échange primordial et moyen curatif étroitement subordonné à la pratique de la maïeutique peut être perçu tel un à valoir, une promesse, sur les probabilités d'un avenir heureux et créatif concernant l'union de ces deux êtres.

La Femme au caducée

Recueil de 12 poèmes (prépublication du recueil Des soins). Sommaire : En guise d'introduction - Après le coup de tondeuse - Lavomatic - Circus - Pardon ? - Fin du monde - L'Amicale de boules - Plus dure sera la chute - Dans la salle de bains - Strip-tease - Couci-couça - Des pompes à cirer.

Revue Multiples, octobre 2010, n° 77, p. 71-80. Collection "Découverte" n° 16. ISBN 2-902032-44-7. Prix : 15 €. Abonnement : Henri HEURTEBISE - 9 chemin du Lançon - 31410 LONGAGES - Tél. 06 77 07 81 28

 Nouvelle

Scènes de la nuit blanche / illustrations de Jean-Claude Claeys.

L'Ours polar, juin 2008, n° 45-46, p. 65-69. ISSN 1295-8743. Prix : 6 €.

Ce numéro double met l'accent sur les collections noires d'Actes Sud. Il présente également une étude sur les quatre premières saisons du "Dr House" au cynisme renommé, et une nouvelle de Jean-Michel Tartayre illustrée par Jean-Claude Claeys. Site K-libre.

L'entretien avec Saint-Paul porte essentiellement sur sa posture de poète épris des lieux, voulant en décrypter les mystères, connaître leur histoire et les apprivoiser.

Un poète, "à la fois nostalgique et révolté" selon la formule de Michel COSEM, et prolixe, que nous aurons plaisir à retrouver au fur et à mesure de ses publications.

 

 

 

 

 

16/10/2014

 

RETOUR

 

 

Christian Saint-Paul rappelle qu'à Carcassonne l’exposition du Centre Joë Bousquet et son Temps donne à voir 70 œuvres de Max Ernst et 20 dessins de G. Ribemont-Dessaignes. Ces œuvres graphiques sont accompagnées de vingt trois vitrines qui présentent le cheminement poétique de G. Ribemont-Dessaignes et de Joë Bousquet, leurs liens avec l’œuvre de Max Ernst. Que le samedi 18 octobre 2014, à 15h aura lieu une lecture de La Ballade du soldat par Yves Ughes, poète.

Yves Ughes est né à Nice, en 1951. Il y grandit dans un quartier de saveurs, au sein d’une famille d’origine italienne. Il découvre au Collège la force de la poésie, cette onde de choc le porte encore. Il suit des cours lumineux à la faculté des Lettres de Nice, notamment ceux de Michel Butor, et devient professeur de Lettres Modernes.

L’Education Nationale lui apprend alors à voyager : nominations au Havre, à Port de Bouc, à Castellane. Installation définitive à Grasse en 1986.

Yves Ughes pousse alors la porte de l’Association Podio, qui travaille pour la Défense et l’Illustration de la poésie, notamment dans les Alpes Maritimes.

Dès 1992, il y prend une part active, se fixant un rythme régulier de conférences. Les auteurs abordés témoignent d’un ancrage méditerranéen qui n’échappe pas pourtant à l’influence américaine. Pavese, ou la trace de la couleuvre. Montale, ou la souffrance des pierres. Reverdy, homme de main, homme de peine. Audiberti, ou le cri confus des catastrophes, Kerouac ou les rues de la lumière vide.

Il est désormais Président de cette association qui œuvre depuis trente ans avec, en exergue, cette interrogation d’Hölderlin : Pourquoi des poètes en ces temps de détresse ?

Ses ouvrages sont édités essentiellement par l’Amourier.

 

Les journées culturelles franco-algériennes se terminent avec la présentation de l'œuvre de SLIM, bédéiste et pionnier de la caricature algérienne, avec la projection d'un film le lundi 20 octobre 2014 à 20 h au cinéma l'Utopia à Toulouse, et une rencontre le mardi 21 octobre 2014 à la librairie toulousaine BD Fuhue à 19 h.

 

Saint-Paul s'attarde ensuite sur la parution du n° 63 de la revue Diérèse poésie et littérature, 322 pages, 15 €, abonnement 40 € à adresser à Daniel Martinez, 8 avenue Hoche, 77330 Ozoir-la-Ferrière. Ce lourd et sublime pavé de poésie, richement illustré, nous conduit par les chemins de traverse de la littérature et de la poésie avec un sommaire de très nombreux artistes, connus ou à découvrir. Il offre la particularité de recéler de multiples notes de lecture intitulées "Bonnes Feuilles" qui sont une mine d'or pour connaître les publications de livres de poésie.

Lecture de poèmes d'Isabelle LEVESQUE.

Tu tiens,

 

gardien,

socle du sable

poussière de je.

 

Je suis le vent

porteur d'humeurs sombres.

 

Gardien de phare,

tu es la nuit éclairée.

Pas une étoile.

Tu es

le ralenti des crocs du sort.

 

Tu es sur la falaise,

chant long

pour.

*

Lecture de la critique de "Ravins des Nuits que tout bouscule" d'Isabelle LEVESQUE par Bernard DEMANDRE figurant dans les Bonnes  Feuilles de la revue.

Lecture de poèmes de Daniel MARTINEZ.

En miroir

 

Essaims au cœur de juin vont ces oiseaux

chassant d'un seul afflux les troubles anciens.

Le poème aussi inlassable

sur le point vert des branches

ne serait-il fixant son secret

l'écho de la dernière nuit

l'humeur fuyante qu'aura dispensée l'aube

lorsque la plus longue voie lactée

éteinte au simple passage

d'une flamme argentée

sur les cimes des conifères

calligraphie les lèvres, ouvre enfin

la paroi du vide au fil du moindre vent

pourrais-je le nommer

*

Saint-Paul fait ensuite entendre la voix envoûtante d'une des plus belles voix de la Méditerranée, comme il l'avait fait pour Yasmin LEVY, celle de Françoise ATLAN, qui après dix années passées au Maroc, d’Essaouira à Fès, de Marrakech aux montagnes de l’Atlas, vient de créer La Compagnie Yemaya

à Marseille. « Marseille comme Essaouira, est une ville ouverte sur le monde, une cité aux cultures additionnées et aux identités plurielles. Il était évident pour moi qu’elle serait le point d’ancrage de cette exaltante et nouvelle aventure qu’est la création de ma Compagnie. Une Compagnie à l’architecture qui rappellerait celle d’un plafond orné de stucs et de zelliges : s’ y mêlent les projets musicaux, créations, concerts et enregistrements, pédagogie, édition, collectages, diffusion et mise en lumière des patrimoines communs et spécifiques des traditions de la Méditerranée.» Diffusion de "Mama mia" chant séfarade.

 

Comme il l'avait annoncé les semaines précédentes, Saint-Paul a tenu à lire en entier le recueil de Werner LAMBERSY

"CONTUMACE" constituant le 433ème numéro d'Encres Vives (le n° 6,10 €, abonnement 34 €, Michel Cosem, 2, allée des Allobroges 31770 Colomiers).

Pour la biographie du poète, il y a lieu de se référer à celle écrite par Françoise TROCME sur son excellent site : http://poezibao.typepad.com/poezibao/2005/05/werner_lambersy.html

"Werner Lambersy est né le 16 novembre 1941 à Anvers. Issu d’un milieu néerlandophone, il choisit d’écrire en français. Il effectue de nombreux voyages en Orient. Il vit à Paris depuis 1982 et est attaché à la promotion des lettres belges à paris (Centre Wallonie-Bruxelles).
Il a été lauréat, parmi de nombreux autres prix, du Grand prix de Poésie 2004 de la SGDL (Société des Gens de Lettres).Bibliographie (de poésie), non-exhaustive
Caerulea, VDH, 1967.
Radoub, VDH, 1967.
À cogne-mots, VDH, 1968.
Haute tension, VDH, 1969.
Temps festif, VDH, 1970.
Silenciaire, Henri Fagne, 1971.
Moments dièses, Henri Fagne, 1972.  
Groupes de résonances, Henri Fagne, 1973.
Le cercle inquiet, Henri Fagne, 1973.
Protocole d’une rencontre, Henri Fagne, 1975.
33 scarifications rituelles de l’air, Henri Fagne, 1976. Deuxième édition, 1977.
Tous ces livres publiés chez Henri Fagne ont été réédités au Taillis Pré en 2004
Maîtres et maisons de thé, Le Cormier, 1979. Deuxième édition, 1980. En poche chez Labor, 1988, réédition chez Hors Commerce, 2003
Le déplacement du fou, Le Cormier, 1982, réédition l’Orange bleue, 1995 & 2000
Quoique mon cœur en gronde, Le Cormier, 1985
Paysage avec homme nu dans la neige, DurAnKi, 1982.
Géographies et mobiliers, DurAnKi, 1985, réédition Ecrtis des forges, 1991
Komboloî + ChandMala, Le Dé bleu, 1985. Deuxième édition, 1986.
Stilb, édition de luxe, B.G. Lafabrie, 1986.
Noces noires, La Table Rase/Noroît, 1988 et 1989
L’arche et la cloche, Les Éperonniers, 1988 et 1989
Talkiewalkie angel, Unimuse, coll. Lubies, 1988.
Un goût de champignons après la pluie, L’Arbre à Paroles, coll. Le Buisson ardent, 1989.
Cantus obscurius, Architecture Nuit II, Éd. du Théâtre Vesper; Les Éperonniers, 1989.
Maîtres et maisons de thé, Bruxelles, Labor, coll. Espace Nord, préface de L. Bhattacharya; lecture de V. Engel.
Entrée en matière, Montpellier, éd. Cadex, 1990 et 1993. Ill. de Anne Rothschild.
Architecture nuit, Echternach, Montréal, Bruxelles, Préface de Frans De Haes.éd. Phi, Le Noroît, Les Éperonniers, 1992.
Volti subito, Chaillé sous les Ormeaux; Trois Rivières; Amay, Le Dé Bleu, Écrits des Forges, L’Arbre à Paroles, 1992.
La nuit sera blanche et noire, Éd. Jacques Boulan, 1992. Triptyque de Lionel.
Grand beau, éd. Petits classiques du grand pirate, 1992. Ill. de Roland Renson
Architecture nuit, Phi, 1992
Le nom imprononçable du suave, Amay, L’Arbre à Paroles, 1993. Coll. Buisson ardent.
Quinines, Charlieu, La Bartavelle, 1993. Coll. La main profonde, préface de J.C. Bologne, ill. de Lionel.
La nuit du basilic, éd. Commune mesure, 1993. Ill. de Claudine Du Four.
Quinines / Grammaire du désordre, La Bartavelle, 1993
L’écume de mer est souterraine, Nantes, Le Pré Nian, 1993, ill. de Bracaval.
Stilb suivi de Iréniques, dessins J. Clauzel, Cadex, 1994
Errénité, Gallargues le Montreux, éd. À travers, 1994, ill. de Jacques Clauzel
Tirages de têtes, photos J.-P. Stercq, La lettre volée, 1995
Journal d’un athée provisoire, Phi, 1996
Chroniques d’un promeneur assis, Cadex, fusains E. Koch, 1997
La Magdeleine de Cahors, Labor, 1997
Pays simple, fusains J.-C. Pirotte, Cadex, 1998
Petit rituels sacrilèges, L’amourier, 199_
D’un bol comme image du monde, avec G. Lalonde, Le loup de gouttière, 1999
L’horloge de Linné, Phi, 1999
Écrits sur une écaille de carpe, dessins d’Otto Ganz,L’amourier, 1999
Dites 33c’est un poème, Le Dé bleu, 2000
Singuliers regards, avec D. Serplet, CFC, 2000
Je me noie, dessins de S. Kaliski, L’Amourier, 2001
Pour apprendre la paix à nos enfants, avec Léo Beeckman, Cadex, 2001
Ecce Homo, avec otto Ganz, Maelström, 2002
Puits, cachettes et passage, avec D. Serplet, Syllepse, 2002
Carnets respiratoires, photos d’Henri Maccheroni, Cadex, 2004
Journal par dessus bord, Phi, 2004
Échangerais nuits blanches contre soleil même timide, l’Amourier, 2004
Rubis sur l’ongle, Hermaphrodite, 2005
L’érosion du silence, Maelström, 2005
La toilette du mort, les ennemis de paterne berrichon, 2005
Uluru ( + trad. en anglais de D. de Bruycker), La cour pavée, J.Ricard, 2005.
Traité des corridors, avec D. Serplet, 2005
Coimbra ou l’antiphonaire d’Orphee, Dumerchez, 2005
Les gratte-pieds de Didier Serplet, c.f.c., 2005une 
fiche bio-bibliographique sur le site du service du livre luxembourgeois
sur le site de Le Zèbre international, 
revue internationale de poésie francophone

 

Le blog de Werner LAMBERSY : http://wernerlambersy.hautetfort.com

 

"Contumance" est le recueil d'un grand voyageur certes, mais de celui qui voyage autant dans les livres et la pensée des grands auteurs. Son texte, oral, fluide comme du Cendrars en est parsemé. Les citations s'intègrent donc aux mots du poète qui en se les appropriant les fait vivre plus fort encore.

Une poésie puissante, virile sans ostentation, allant directement à l'essentiel, à la source de la langue et de l'émotion, mais en gardant tous les acquis des précurseurs en la matière.

LINGUA IMPETUOSA

 

Un chant

pour la première fois

encore

 

et l'aiguière du temps

versant l'ombre

des heures

 

sur les mains

savonneuse de l'oubli

 

sur la peau nue

des paumes du nombre

 

et les coudes

harmonieux de l'espace

 

mais c'est confus

pareil aux bruissements

fossiles

 

de l'âme dans le violon

des astres

 

ayant mon souffle pour

toute puissance

je monte

au-devant de ce silence

où je retrouve ma patrie

                        Jean Tardieu

j'ai froid

je veux rentrer dans

le bain chaud d'un ventre

 

rester

comme les insectes dans

l'ambre

 

une planète

un pépin dans la pomme

qu'on coupe

 

je veux sous la guillotine

ou la scie circulaire

des soleils

 

que la vie parle d'amour

......

*

Enfin après la lecture de "Contumace", Saint-Paul lit des extraits du numéro suivant d'Encres Vives, le 434ème consacré à un recueil  "L'Illusion essentielle" d'Eric BARBIER, qui vit près de Tarbes et qui est un auteur familier maintenant de cette émission. Poète du lieu, de la montagne, du souffle acquis au cours des ascensions dans les chemins des Pyrénées et ceux, tout aussi enivrants, de la poésie.

...

Pourquoi avoir voulu ici retrouver le lieu ? Regagner l'image.

Comme un retour en semblable solitude quand persistent certaines compagnies.

Sentiers souvent parcourus est-ce ici l'intermède ou la permanence qui se vérifierait dans les derniers frissons des eaux.

Quand plusieurs soleils se ligueraient pour accomplir cette sécheresse, quand un unique midi nous prend dans les ondoiements de la chaleur.

Trop tôt quitter le récit donné par le seul arbre persistant à se dresser sur ces pentes.

Des jours où l'on pourrait se croire en avance, en avant de soi et de ce qui entoure.

 

Retour en des lieux qui furent initiateurs, où commença à se dissiper le voile brumeux qui s'attardait depuis si longtemps sur le pays intérieur.

Clore une époque l'air adopte d'autres accents c'est un voyage aussi que la chair reprend. Mais dans quel ciel au plus près approché donner corps à ce voyage ? Encore les phrases nous cherchent.

*

L'émission s'achève sur l'évocation de cet éditeur, poète et romancier infatigable qu'est Michel COSEM qui vient de publier son dernier roman "L'Aigle de la frontière" aux éditions De Borée (280 pages, 20 €).

  "Jean Christophe mène une vie insouciante dans une station à la mode dans les Pyrénées. Il va de rencontres en rencontres, fait de la petite contrebande à travers la frontière, mais il n'est amoureux que de sa montagne, de sa liberté. L'époque de la désinvolture se termine pourtant lorsqu'il tire sur un douanier sur le point de l'arrêter et surtout, lorsque le pays plonge dans la guerre. D'abord les réfugiés espagnols, les délations. Puis l'arrivée des Allemands. Fini les fêtes, les touristes, les promenades au bord des lacs, les chars de fleurs... Sous l'impulsion de Gilbert, l'instituteur, il prend conscience de la gravité des événements et du rôle qu'il doit désormais tenir."

 

 
 

 

Francis PORNON

09/10/2014

 

RETOUR

 

 

 

 

En préambule, Christian Saint-Paul exprime sa reconnaissance à ses amis qui lui ont offert ce très beau livre : "Les Poilus Ariégeois dans la Grande Guerre" 1914 - 2014; 1919 - 2019; hommage aux soldats de l'Ariège et de Midi-Pyrénées mobilisés au 17ème Corps d'Armée. Ouvrage collectif de l'Association du Centenaire de la Grande Guerre en Ariège, dédié à Julien, Gustave Langrenez, né le 24 octobre 1898 à Benagues, mort au champ d'honneur à 17 ans le 4 septembre 1916 dans la Somme.

C'est une collaboration exceptionnelle de rédacteurs pertinents qui a abouti à la réalisation de ce puissant ouvrage qui fait le bilan érudit de l'implication de nos soldats occitans dans cette guerre terrible. Enrichi superbement de photos d'époque, de dessins, de croquis de batailles, ce livre d'Histoire nous rappelle que 162 334 soldats de cette région, qui englobe les trois quarts de l'Occitanie et qui va de Bordeaux à Montpellier, ont donné leur vie pour la France. Pour le centenaire d'évocation de cette guerre épouvantable qui a préparé la suivante, il est bon de se souvenir, par la richesse des détails qui font la réalité des choses, de nos proches ancêtres qui ont subi tant de souffrances.

Le livre peut être commandé en relation avec la ville de Pamiers.

 

Christian Saint-Paul signale la parution de: NOUVEAUX DÉLITS Revue de poésie vive et dérives Numéro 49

Oct. Nov. Déc. 2014

 Cathy GARCIA poursuit inexorablement son excellent travail éditorial et nous livre un nouveau numéro aussi dense et soigné que les précédents. Une mise en page impeccable, des illustrations originales d'une évidente réussite esthétique  - il faut dire que Cathy est aussi une artiste accomplie (dessins, peintures, collages, photographies) - et un sommaire éclectique et ouvert sur le monde. Voici ce qu'elle écrit en guise d’édito :

 

Le missionnaire européen était assis accroupi avec les Indiens Hurons en grand cercle autour d’un feu de camp. C’était une position à laquelle il n’était pas habitué, et il avait le sentiment qu’elle ne l’aiderait pas à convaincre les Indiens de partager son point de vue. Néanmoins il leur a exposé courageusement l’idée selon laquelle il n’était pas un mais deux. En l’entendant les guerriers ont éclaté de rire et ont commencé à jeter de gros bâtons et de la poussière dans le feu. Un étrange mélange de terreur et de ressentiment a alors envahi le cœur du missionnaire. Lorsque les rires ont cessé, il a poursuivi son exposé. Avec patience, il a expliqué aux sauvages que ce corps fait de chair et de sang qu’ils voyaient assis devant eux n’était qu’une coquille extérieure, et qu’en lui un corps invisible plus petit habitait, qui un jour s’envolerait pour vivre dans les cieux. Les Hurons ont gloussé de plus belle, en se faisant des signes de tête entendus tout en vidant les cendres de leurs pipes en pierre dans le feu crépitant. Le missionnaire avait le sentiment d’être profondément incompris, et était sur le point de se lever pour regagner sa tente, vexé, lorsqu’un vieil homme près de lui l’a arrêté en lui saisissant l’épaule. Il lui a expliqué que tous les guerriers et les chamans présents dans le cercle connaissaient l’existence de ces deux corps et qu’ils avaient également de petits êtres qui vivaient en eux, au cœur de leurs poitrines, et qui s’envolaient eux aussi au moment de la mort. Cette nouvelle a réjoui le missionnaire, et l’a convaincu que les Indiens étaient désormais sur le même chemin spirituel que lui. Avec un zèle renouvelé, il a demandé au vieil homme où, selon son peuple, ces petits êtres intérieurs s’en allaient. Les Hurons ont tous recommencé à rire, et le vieil homme a désigné du doigt la cime d’un énorme cèdre millénaire dont la silhouette se dressait dans la lueur du feu. Il a dit au missionnaire que ces « petits êtres » allaient au sommet de cet arbre puis descendaient dans son tronc et ses branches, où ils vivaient pour l’éternité, et que c’était pour cela qu’il ne pouvait pas l’abattre pour construire sa petite chapelle.

Sam Shepard in Chroniques des jours enfuis
 

Au sommaire de ce numéro : 

Délit de poésie : Thomas Sohier, Patrick Devaux (Belgique) et Jean-Jacques Dorio

Délit pin pom et autres poèssessions : Paul Féval

 Délit de réponse : Pascale de Trazegnies & Cathy Garcia,

Poème  pour  deux  voix  ou  deux  mains

 Délit de suite dans les idées : Cyril C. Sarot, Ces traces laissées dans le sable

 Résonances : Chroniques du Diable consolateur de Yann Bourven

 

Saint-Paul renonce à lire ce jour, le poème à deux voix ou deux mains de Pascale de Trazegnies & Cathy Garcia, car ce texte doit être lu comme il est bien précisé, à deux voix.

Lecture d'un texte plein d'humour de Cyril C. Sarot.

Le n° 6 €, abonnement : 25 € à adresser à Association Nouveaux Délits, Létou, 46330 Saint Cirq-Lapopie.

 

Christian Saint-Paul reçoit son invité, l'écrivain et poète Francis PORNON qui vient de publier chez Loubatières  : "Jaurès à Toulouse  lieux et mémoire"

 

Le sait-on ? Jean Jaurès – « apôtre de la paix » – fut adjoint au maire à Toulouse durant deux ans et demi. Il laisse dans la Ville rose une empreinte indélébile de son engagement et de ses réalisations. Voici des écoles et des facultés, le théâtre et les Beaux-Arts, mais encore des lieux de rencontre comme l’ex-hôtel d’Espagne et le siège du Parti Ouvrier de France, ou même des lieux de conciliation comme l’ex-dépôt des tramways hippomobiles… C’est un beau livre contenant une série de textes inédits (évocations personnelles et littéraires) préfacés par Georges Mailhos et postfacés par Jean-Michel Ducomte, dont le contenu historique est avéré et garanti par l’historien Rémy Pech, avec en regard des illustrations artistiques originales (dessins au crayon et au fusain) de l’artiste Amina Ighra. Il s’agit d’une démarche singulière parmi les publications touchant Jaurès, propre à évoquer à la fois les traces de la pratique du personnage dans la ville, aussi bien que son génie humaniste devenu tutélaire de la République.

97 pages, 25 €

 

Au cours de l'entretien avec l'auteur, lecture d'extraits du livre. Comme le souligne fort bien, avec cette aisance d'analyse qui fait sa renommée, Georges MAILHOS, "ce livre est un livre de conviction, d'agrément et d'amour, et, au total, de plaisir, comme savait le définir Jaurès, celui qui "prend le cœur, en même temps que le cerveau". Par la plume et le crayon de nos auteurs, ces lieux deviennent des sites où choses et gens, pour faire figure, ne se détachent et ne prennent sens que dans un paysage mémorial et symbolique."

Il peut paraître étonnant que les deux séjours de Jean Jaurès à Toulouse, une fois deux ans, une autre fois deux ans et demi, ait pu à tel point imprégner la ville pour une heureuse postérité. Jaurès fut maître de conférences à la Faculté des Lettres et c'est au sein du Conseil Municipal qu'il exerça avec ferveur les fonctions d'adjoint au maire chargé de l'instruction publique. Ceci au cours d'une période de notre histoire où l'éducation était un des principaux enjeux de l'innovation politique. Mais c'est aussi à Toulouse et cela se prolongera même lorsqu'il aura quitté la cité, que Jaurès donna à "La Dépêche de Toulouse" (devenu aujourd'hui "La Dépêche du Midi") ses articles les plus fameux et ses critiques littéraires qu'il signait "le liseur". L'ensemble de cette action dynamique constitue un irremplaçable témoignage de cette époque.

Francis PORNON évoque tous les lieux visités dans son livre et si bien restitués par les dessins d'Amina IGHRA. Le portrait qu'elle réalise de Jaurès et qui est en couverture du livre, est saisissant de vie; c'est un Jaurès loin des clichés du barbu sévère, son visage dégage une jeunesse au regard clairvoyant et terriblement bienveillant.

Francis PORNON a bâti son livre comme une œuvre littéraire avant tout. C'est en poète qu'il observe son sujet, homme mythique assurément, évoluer dans la ville et dans la pensée. Il le suit, en s'immisçant dans ce chemin, en mêlant ses propres souvenirs des lieux à ceux du début du XXème siècle. Il en résulte un récit vivant, sensible et une vraie appropriation des lieux par le lecteur.

Beaucoup de ces lieux à découvrir en lisant le livre, en un siècle ont changé. Tel grand magasin occupe par exemple l'emplacement du Café de la Paix (nom prémonitoire) que fréquentait Jaurès avec ses collègues de la Faculté.

Il y a une délectation à lire ce livre, si bien conçu, qu'il est un livre d'art; le plaisir bien entendu est encore accru pour les toulousains qui vénèrent toujours les lieux dont il s'agit. Mais c'est aussi le souffle de l'histoire et de l'esprit qui accompagne ces promenades où nous entraînent Francis PORNON. Il nous fait imaginer la confrontation Jaurès Guesde, Jaurès de Fitte, le tribun étant avant tout un philosophe dont la thèse de doctorat portait sur la réalité du monde sensible. Il voulait que la culture s'adresse à tous, ce qui à l'époque était une authentique audace. Au lycée de Fermat, son discours de distribution des prix, dans cette noble demeure, résonne encore dans les vieux murs et pourrait être écrit aujourd'hui : "La vie a singulièrement resserré devant vous, jeunes gens, l'espace du rêve ; la lutte pour l'existence est devenue tous les jours plus rude ; toutes les vois sont encombrées et piétinées et vous le savez, et de bonne heure vous faîtes effort".

L'émission s'achève sur les dernières phrases de la postface de Jean-Michel DUCOMTE: "Jean Jaurès est inscrit dans l'asphalte et la pierre de Toulouse, cela le savent même ceux pour qui l'évocation de son nom se limite à une commodité. Mais la mémoire de ce qu'il fut et continue de représenter se loge principalement dans l'imaginaire ou la pensée de tous ceux que continue encore de guider l'exemple de son action et la grandeur de sa pensée. Ceci rend d'autant plus incompréhensible, alors que les Toulousains lui rendaient un ultime hommage en 1924 lors de la translation de ses cendres au Panthéon, le silence de la municipalité radicale du moment conduite par Paul Feuga".

Merci à Francis PORNON de nous avoir donné pour notre patrimoine historique et littéraire toulousain, ce livre aux correspondances parfaites entre les textes et les dessins d'Amina IGHRA, les deux artistes s'inscrivant dans un même élan lyrique mais sobre.     

 

 

 
 
 
 
 
 
 

Moncef BENOUNICHE

Philippe SAMSON


 
 
 
02/10/2014

 

RETOUR

 

 

 

Charles DOBZYNSKI nous a quittés le 26 septembre 2014 alors que nous avions d'autres projets avec lui. Claude Bretin et Christian Saint-Paul présentent leurs condoléances à la famille du poète ainsi qu'à tous ses proches et à tous ceux que son brusque départ affecte. Sa vie fut celle d'un héros de roman, d'ailleurs un de ses derniers livres de poèmes a pour titre "Je est un juif, roman", journaliste, critique de cinéma, directeur de la revue Europe de nombreuses années, écrivain, il fut surtout dans l'âme un poète et habitait le monde en poète. Né en 1929 à Varsovie, il présidait le jury du prix Apollinaire et était membre de l'Académie Mallarmé. On lui doit aussi un riche travail de traducteur (Rilke, Maiakovski, Markish, Suskever) et une Anthologie de la poésie yiddish, qui fait autorité et est rééditée. Les auditeurs sont invités à se reporter aux émissions qui lui ont été consacrées en 2014 et à l'écouter s'expliquer sur sa vie et sa démarche militante, politique et essentiellement poétique. Nous reviendrons sur cette œuvre qui englobe plus d'une trentaine de livres de poésie, les derniers étant publiés par Daniel COHEN, dont il faut saluer l'inlassable travail, aux éditions Orizons (voir notre rubrique éditions Orizons sur notre site).

Lecture d'extraits de "Ma mère, etc., roman" et de "Je est un juif, roman" (collection Profils d'un classique, éditions Orizons).

 

Auschwitz, la mémoire en morceaux

 

Vivre inventa pour moi son road movie,

jusqu'à la mort, mot-clé en polonais.

Varsovie au cœur des ruines renaît,

Intacte la splendeur de Cracovie,

Siècles enclos au château de Wawel.

Le train cahotant parmi les décombres,

a débouché sur l'empire des ombres.

Le monde pivota dans l'irréel :

de Birkenau pointaient les miradors,

un ciel cendreux, linceul qui se démaille,

un sol scindé par le garrot des rails.

Ici s'ouvraient les portes de la mort

Auschwitz d'avant tous les pèlerinages

pré-agencés aux tréfonds de l'enfer.

Moi je marchais dans l'histoire à l'envers,

dans un néant comme brut de coffrage.

Dédales d'ossements, dents à plein seaux,

Ô reliquats démembrés d'une Bible,

Mère c'est par tes yeux, dans l'indicible,

que me cribla la mémoire en morceaux.

 

(Charles DOZYNSKI à Radio Occitania a raconté ce voyage de 1954, premier retour dans son pays natal, au cours duquel il visita le camp d'Auschwitz et en fit le récit à sa mère.)

*

Peuple de la diversité

 

Aux Juifs la Perse fut toujours

leur souche leur emblave

venus de Babylone et d'Our,

 

de leur long périple d'esclaves.

 

Tout Juif est une mosaïque

de mémoire et de passions

la grande saga judaïque

 

ne peut se clore en nation.

 

On se lègue sa différence

que l'on soit de l'Est ou du Sud

natif de Pologne ou de France

 

survit la graine du Talmud

 

Abraham balise ancestrale

abattant les idoles fit

d'un Dieu monique sa morale,

 

du retour sa philosophie.

 

Peuple pluriel Peuple en phase

brassant les langues de l'ailleurs

le Sépharade ou l'Ashkénaze

 

de l'exil obscurs orpailleurs.

 

Juifs de Cordoue et de Séville

orfèvres dévots du Yémen

dans le ciel de vos yeux scintille

 

un diamant de l'espèce humaine.

...

*

       La Fête et la Foi

 

Terre synthèse ou terre sainte

faut-il choisir

quand l'une à mes pas s'est éteinte 

 

et l'autre est encore à venir ?

 

Dans la filière de l'hébreu

ma langue cherchait sa ressource

je vivais dans la discordance

 

des embranchements du parler.

 

Erosion des liturgies

déjà le ver est dans le fruit

là où le dogme se déguise

 

la fête remplace la foi.

*

Saint-Paul revient sur l'importance et la qualité de la 30ème quinzaine littéraire et artistique de l'Atelier Imaginaire qui se déroulera, à Lourdes et à Tarbes du 8 au 22 octobre 2014, pour la décade littéraire, les Journées Magiques du 16 au 20, les Livres secrets le dimanche 19 octobre. Hommage sera rendu à Claude NOUGARO au cours de plusieurs soirées, le poète et traducteur Jean PORTANTE y présentera son dernier livre "Le travail de la baleine" , les éditions RHUBARBE y fêteront leur 10ème anniversaire, etc. Guy ROUQUET a fabriqué un programme de grande envergure qui rend compte du meilleur de notre époque et pas seulement puisque Victor HUGO et Paul VERLAINE seront présents par le truchement de deux expositions.

Un programme à consulter vite sur : http://www.atelier-imaginaire.com

*

A Carcassonne au CENTRE JOË BOUSQUET ET SON TEMPS

Maison des Mémoires – Maison Joë Bousquet

53 rue de Verdun -  vous pourrez admirer une exposition et participer à des animations :

 

Samedi 18 octobre 2014, à 15h

MAX ERNST

G. RIBEMONT-DESSAIGNES

LA BALLADE DU SOLDAT

1914-1918 : la guerre en images

34 lithographies de Max Ernst

accompagnées des essais

 

EXPOSITION

du 27 juin au 29 novembre 2014

Entrée libre

(du mardi au samedi, de 9h à 12h et de 14h à 18h)

Mise en œuvre par René PINIES

avec le concours de la Galerie CHAVE - Vence

 

 

Samedi 18 octobre 2014 à 15h

 

RENCONTRE

avec Pierre CHAVE,

Galeriste, lithographe, éditeur

« Histoire d’un livre : Max Ernst,

Georges Ribemont-Dessaignes »

Rencontre suivie d’une lecture de :

« La ballade du soldat »

de G. Ribemont-Dessaignes

par Yves UGHES, poète

Lecture de La Ballade du soldat

Yves Ughes est né à Nice, en 1951. Il y grandit dans un quartier de saveurs, au sein d’une famille d’origine italienne. Il découvre au Collège la force de la poésie, cette onde de choc le porte encore. Il suit des cours lumineux à la faculté des Lettres de Nice, notamment ceux de Michel Butor, et devient professeur de Lettres Modernes.

L’Education Nationale lui apprend alors à voyager : nominations au Havre, à Port de Bouc, à Castellane. Installation définitive à Grasse en 1986.

Yves Ughes pousse alors la porte de l’Association Podio, qui travaille pour la Défense et l’Illustration de la poésie, notamment dans les Alpes Maritimes.

Dès 1992, il y prend une part active, se fixant un rythme régulier de conférences. Les auteurs abordés témoignent d’un ancrage méditerranéen qui n’échappe pas pourtant à l’influence américaine. Pavese, ou la trace de la couleuvre. Montale, ou la souffrance des pierres. Reverdy, homme de main, homme de peine. Audiberti, ou le cri confus des catastrophes, Kerouac ou les rues de la lumière vide.

Il est désormais Président de cette association qui œuvre depuis trente ans avec, en exergue, cette interrogation d’Hölderlin : Pourquoi des poètes en ces temps de détresse ?

Ses ouvrages sont édités essentiellement par l’Amourier…

Galerie fondée en 1947 par Alphonse Chave qui, jusqu'à sa mort en 1975, mena une double activité de marchand de tableaux dans sa galerie et de marchand de jouets et de matériel pour les arts dans son bazar voisin.

En 1975, son fils Pierre Chave, qui est aussi lithographe et éditeur d'ouvrages à tirage limité (de Max Ernst, Fred Deux, Georges Bru, Kim En Joong...) lui a succédé.

Les expositions qui y sont organisées témoignent d'une recherche exigeante de créateurs connus ou moins connus, suivant un itinéraire cohérent et original en dehors de tous regroupements, tendances répertoriées et modes artistiques.

C'est un haut lieu de l'art insolite et de l'édition de livres illustrés.

Au cours de ces dernières années, on a pu voir sur les cimaises des trois étages de la galerie des œuvres de créateurs comme Henri Michaux, Jean Dubuffet, Max Ernst, Eugène Gabritschevsky, Man Ray, Georges Ribemont-Dessaignes, Dado, Fred Deux, Michel Graniou, Michel Roux, Pascal Verbena , Kim En Joong, Georgik...

La galerie participe régulièrement à des expositions dans des lieux institutionnels.

Elle est dirigée par Pierre et Madeleine Chave.

LA BALLADE DU SOLDAT

Max ERNST – G. RIBEMONT-DESSAIGNES

LA GUERRE DE 1914-1918 EN IMAGES

1914, la guerre ... Max Ernst est mobilisé pendant quatre ans sur le front allemand... «"Victorieux, nous allons battre la France, mourir en valeureux héros!" devions-nous chanter, la rage au cœur, pendant de longues marches nocturnes» ((Ecritures, Max Ernst, 1970)

Paul Eluard écrivait « En février 1916, le peintre surréaliste Max Ernst et moi, nous étions sur le front, à un km l'un de l'autre. L'artilleur allemand Max Ernst bombardait les tranchées où, fantassin français, je montais la garde. Trois ans après, nous étions les meilleurs amis du monde et nous luttons ensemble, depuis, avec acharnement, pour la même cause, celle de l'émancipation totale de l'homme ».

Dans ce même temps, Georges Ribemont-Dessaignes, ami de Picabia, Duchamp, Max Jacob était sur le front français. Il écrivit plus tard dans Ligne suivie par ma peinture  «… 1913, en cette dernière année je décidai de ne plus peindre, étant donné qu'il n'y avait pas de raison de peindre d'une manière plus que d'une autre... Ce n'est qu'en 1916, lorsque je fus mobilisé dans les bureaux de l'Ecole de Guerre que je fus repris tout à coup d'une activité intellectuelle : j'écrivis des poèmes, aujourd'hui perdus, puis une pièce de théâtre, l'Empereur de Chine. On sait que cette pièce s'incorpora tout naturellement à Dada, lorsque celui-ci fit son entrée à Paris...»

Car, en 1917, Dada voyait le jour à Zurich et se propageait à Cologne, Berlin, Munich et Paris où G. Ribemont-Dessaignes fut, avec Tzara, l'un de ses membres les plus actifs, tandis qu'en 1918, Max Ernst, démobilisé, vivait à Cologne où s'ouvrait une maison Dada et participait avec la même passion aux différents groupes qui se formaient dans l'effervescence de l'après-guerre.

Tout naturellement, Georges Ribemont-Dessaignes et Max Ernst, qui vint alors à Paris, se rencontrèrent à différentes reprises en particulier au Sans Pareil, où eut lieu la présentation de l'Empereur de Chine et la première exposition Max Ernst en France. Ils se lièrent d'amitié, se perdirent de vue… et se retrouvèrent en 1965 autour de l'exposition Hommage à GRD pour ses 80 ans à la Galerie Alphonse Chave, à Vence.

A cette occasion G. Ribemont-Dessaignes qui, pendant toute sa vie, avait su garder son sens du dérisoire, sa passion anticonformiste et sa volonté de dénoncer, avec violence, la bêtise qui conduit aux patriotismes ou nationalismes idiots et à la guerre, montra à Max Ernst un de ses écrits auquel il tenait particulièrement : La Ballade du soldat. Max Ernst fut enthousiasmé et décida de l'illustrer.

A partir de ce moment, entre Georges Ribemont-Dessaignes à Saint-Jeannet, Max Ernst à Seillans et Pierre Chave, lithographe à Vence, il y eut de nombreux échanges : une lithographie devait accompagner le texte, mais finalement Max Ernst se laissant emporter par la beauté caustique et la virulence de ce long poème réalisa trente-quatre lithographies originales.

C'est ainsi qu'est né l'album La Ballade du soldat, achevé d'imprimer en 1972.

Par ailleurs, les auteurs ont souhaité que deux versions l'une anglaise, l'autre allemande soient publiées afin de sensibiliser le plus grand public aux horreurs et à la bêtise de la guerre.

L'exposition montre cet album et sa suite de trente-quatre planches sur papier Japon, ainsi  que des épreuves d'essai, annotées par Max Ernst durant la réalisation de ce travail qui dura près de sept ans.

*

L’exposition du Centre Joë Bousquet et son Temps donne à voir 70 œuvres de Max Ernst, 20 dessins de G. Ribemont-Dessaignes.

Ces œuvres graphiques sont accompagnées de vingt trois vitrines qui présentent le cheminement poétique de G. Ribemont-Dessaignes et de Joë Bousquet, leurs liens avec l’œuvre de Max Ernst.

 

Joë  BOUSQUET :

 

… Je devais vivre entre quatre murs fasciné, regardé par les plus beaux tableaux du monde. Les plus magnifiques de ces tableaux sont l'œuvre de Max Ernst. Je ne connais pas de désespoir que la contemplation de ces peintures ne réussisse pas à dissiper. L'armistice à peine signé, Max était revenu à Paris, sans régulariser sa situation. Il y travaillait aux côtés de Paul Éluard qui n'était connu que par quelques plaquettes. Blessé depuis deux ans, je vivais au milieu de ma famille, moralement seul, sans guides, sans autre espoir que les chimères de guérison enfantées par l'instinct de conservation. Un jour, j'ai été profondément troublé par un poème d'Éluard : j'ai senti (1921 ou 1922) que cela tuait tout ce que l'on avait jusque-là appelé poésie. J'ai écrit à Éluard. Bientôt, j'ai vu en reproduction les premiers Max Ernst.

A peine le peintre sut-il dans quelle situation je me trouvais, il m'envoya une toile splendide, une forêt merveilleuse, entourée d'un cadre qu'il avait étoffé avec deux bandes de liège vierge. Saisi d'une émotion inconnue à la vue de la peinture, j'arrachai à pleines mains les manchons de liège, me blessai aux très longs clous qui les fixaient à la baguette et demeurai haletant devant cette image enfin nue comme un miroir sans fond, où la matière ligneuse se renouvelait comme un million d'oiseaux d'air dans une cascade. Devant un portrait de la matière, je n'avais pu supporter que la matière fût. Je venais de comprendre que ce peintre était le grand homme, le plus grand homme d'un monde où tous les individus me ressembleraient. Puis Max Ernst est venu me voir... Chaque fois que la durée de ma survie m'a paru intolérable, j'ai aussitôt pardonné à mon infortune, rien qu'à lever les yeux sur les tableaux dont mon ami m'avait entouré, avec lesquels il m'a élevé, préservé : j'ai pensé que le fait merveilleux du 27 mai 1918 ne prenait tout son sens devant la peinture, la poésie et devant les guerres qu'en me faisant, toute une longue vie, le témoin de l'œuvre de génie qui l'opposait au désespoir, à la douleur et aussi à la résignation, à la déchéance morale.

À contempler, dans l'avenir, les Max Ernst qui resteront réunis à Carcassonne, on apprendra que les arts, sous toutes leurs formes, sont les chemins, hostiles presque toujours, mais bon gré mal gré les chemins d'un Art majeur qui n'a pas de patrie, qui s'oppose aux patries. Le génie réconcilie toujours tous les aspects contradictoires de la nature humaine…

Extrait du manuscrit de Joë Bousquet dédié à la photographe Denise Bellon

 

Ce texte a été édité une première fois par les éditions Rougerie.

Le Centre Joë Bousquet a conçu une nouvelle édition réunissant photographies et textes sur l’intitulé :

« Au gîte du regard.  Denise Bellon – Joë Bousquet »

*

Vient de paraître : Jaurès à Toulouse  lieux et mémoires 

de Francis Pornon dessins d'Amina Ighra (Ed. Loubatières)

 voir couverture

L’écrivain Francis Pornon, auteur de romans sur Toulouse, raconte l’action de Jean Jaurès dans la « ville rose » où « l’Apôtre de la paix », dont on commémore l’assassinat en 1814, avait été adjoint au maire. Le professeur de philosophie ne se contenta pas de donner à Toulouse des cours du soir pour les travailleurs ni de résoudre des conflits sociaux comme celui des traminots. Il construisit, développa et inaugura en outre nombre d’institutions publiques : écoles, facultés, Beaux-arts, etc. Il aida aussi des institutions comme le théâtre du Capitole et les Jeux Floraux, arguant que le peuple a besoin de culture comme d’éducation.

Ce beau livre : « JAURES A TOULOUSE, lieux et mémoire » (éditions Loubatières) avec des dessins d’Amina Ighra, a été réalisé sous le conseil historique de Rémy Pech (doyen honoraire de l’Université Jean-Jaurès), avec une préface de Georges Mailhos (secrétaire perpétuel de l’Académie des Jeux Floraux) et une postface de Jean-Michel Ducomte (président de la Ligue de l’Enseignement).

Ce livre donnera lieu à une émission le 9 octobre.

*

Christian Saint-Paul reçoit ses invités : Moncef BENOUNICHE et Philippe SAMSON venus présenter le programme des Journées culturelles franco-algériennes de Toulouse, 2ème édition, du 7 au 23 octobre 2014. Ce programme figure en page d'accueil de notre site. Pour plus de détails voir : http://www.assolapres.fr/2emes-journees-culturelles-franco-algeriennes-de-toulouse-2/

Moncef BENOUNICHE représente l'association Les Ami-e-s d'Averroès, Philippe SAMSON l'association L'après, qui avec l'association Les Pieds Noirs Progressistes et leurs Amis, sont les trois associations instigatrices de ces journées. Averroès (1126-1198) était disciple d'Aristote; ce cordouan demeure l'un des esprits les plus brillants du Moyen Âge dont la pensée influença tout l'Occident. Ce savant en tous domaines (poésie, mathématiques, philosophie, théologie, droit) défendit la nécessité de l'interprétation du Coran, démontrant ainsi que révélation et raison philosophique n'étaient nullement en contradiction. Mais déjà, une telle pensée exposait au ban de l'orthodoxie régnante. Il dut quitter Cordoue et mourut en résidence surveillée à Marrakech. Dès le milieu du XIIIème siècle son œuvre fut traduite en latin.

L'association L'Après organise des débats culturels et a créé Le Récantou, une vente directe de produits agricoles avec la librairie Fleury. Elle bénéficie du soutien de la Ville de Toulouse et s'active sur les deux volets de la culture (intellectuelle et agricole).

Moncef BENOUNICHE lit un large extrait d'un texte de PENA-RUIZ, philosophe, auteur du "Dictionnaire amoureux de la laïcité" qui donnera une conférence dans le cadre de ces journées le 15 octobre. Le philosophe donne les fondements du véritable vivre ensemble.

Un poème de Jean SENAC figure emblématique de la poésie algérienne de langue française, et mis en musique par Gilles MECHIN accompagné par Alain BREHERET est diffusé.

Toutes ces animations se dérouleront dans des lieux toulousains : l'Espace des diversités et de la laïcité, les librairies Fleury et La Renaissance, BD Fugue, le cinéma UTOPIA et la Maison de quartier de Bagatelle.

Hommage avec lecture de textes par les comédiens Danièle CATALA et Liès KAOUAH,  sera rendu au dramaturge algérien Abdelkader ALLOULA qui fut abattu le 10 mars 1994 de trois balles dans la tête. Lecture par Moncef BENOUNICHE de "Vingt ans déjà" un texte du frère d'Alloula qui vivait à Oran.

Lecture par Saint-Paul de textes du poète algérien installé près de Toulouse Abdelmadjid KAOUAH.

 

Flamme Toulouse Femme

 

Flamme Toulouse

La cathédrale autour

Tournent les livres, les vies

C'est un grand manège

Qui conduit de Notre-Dame d'Afrique

Aux Jacobins.

De leur temps les temples

Servaient d'étables aux bêtes du Bon Dieu

 

Toulouse femme

Tournoyant au son

Des stridences du raï

Qui battait la mesure

Aux hanches langoureuses

De l'Odalisque

Dont je remonte les reins

Sans jamais connaître la satiété

 

Elle a la bouche de braise

Comme quand le disque du soleil

Plonge sa morsure dans la couche de la Garonne

 

Tout est feu

Couronnés d'incandescence

Sur Toulouse

 

Les mortels s'aiment

Sur les pelouses du Cours Dillon

Tandis qu'un tam-tam

Se fracasse le crane contre

Le parvis du Pont-Neuf

 

Femme nouvelle, bonne nouvelle

Brûlante comme l'ardoise rouge

De Toulouse

 

Contre laquelle je m'écorche les mains

D'amour

*

La figure de Mohamed BENCHICOU qui passa deux ans de sa vie en prison et qui a écrit "Le mensonge de Dieu" est citée lors de l'entretien radiophonique. Le héros marocain Abdelkrim KHATTABI qui infligea en 1921 sa première défaite à l'armée coloniale espagnole et créa l'éphémère république du Rif, confédérant les tribus, fera lui, l'objet d'une conférence le 13 octobre dans la Maison de quartier de Bagatelle par un poète historien Amar BELKHDJA. Le lendemain il participera à la Librairie Fleury à une table ronde où les poètes écrivains Michel BAGLIN, A. KAOUAH et Anne PLANTAGENET animeront un débat sur "Littérature et mémoire ; récits des deux rives". La librairie La Renaissance accueillera elle, le 16 octobre une conférence sur "l'Algérie 50 ans après l'indépendance", et la Librairie BD Fugue organisera une rencontre avec le dessinateur pionnier de la caricature algérienne SLIM, le 21 octobre.

La dictature de Bouteflika est considérée par Moncef BENOUNICHE comme une des pires qui soient, et la liberté de la presse n'obéit qu'à une volonté : les chiens aboient, la caravane passe.

Femmes et hommes écrivains, poètes algériens ont toujours témoigné par le langage, dernier rempart de l'intelligence, contre la violence, l'obscurantisme et la haine. Les événements de l'Histoire en route, démontrent que cette action ne peut et ne doit jamais cesser. Ces journées vont dans ce sens, de la vigilance et de l'affirmation, contre toute interdiction, même prônée de façon atroce, que la fraternité des peuples triomphe toujours.

Si l'exil fait naître souvent les plus belles pages et les plus belles œuvres, il n'en est pas moins une souffrance. Ecoutons la poète Georgette MECILI :

 

Alger la blanche

 

Alger la blanche disparaît à l'horizon

La mer d'un bleu profond

Me balance au gré du vent

Où est mon village et son minaret blanc.

Ombrageant mes chaudes journées d'été

Les orangers et leur parfum d'Orient ?

Le bateau ralentit sa course

Mon regard se fixe sur Marseille

Tout se mélange : murs blancs, murs gris

Ma gorge nouée retient un sanglot

Pourquoi ce départ, pourquoi cette vie

Que je n'ai pas choisie ?

 

 
 

 
 
 
 
 
 
 

Hagit GROSSMAN

 
 
 
 
25/09/2014

 

RETOUR

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Christian Saint-Paul signale la parution du dernier roman de Michel COSEM : "L'Aigle de la Frontière", 280 pages, 20 € aux éditions De Borée.

Jean Christophe mène une vie insouciante dans une station à la mode dans les Pyrénées. Il va de rencontres en rencontres, fait de la petite contrebande à travers la frontière, mais il n'est amoureux que de sa montagne, de sa liberté. L'époque de la désinvolture se termine pourtant lorsqu'il tire sur un douanier sur le point de l'arrêter et surtout, lorsque le pays plonge dans la guerre. D'abord les réfugiés espagnols, les délations. Puis l'arrivée des Allemands. Fini les fêtes, les touristes, les promenades au bord des lacs, les chars de fleurs... Sous l'impulsion de Gilbert, l'instituteur, il prend conscience de la gravité des événements et du rôle qu'il doit désormais tenir.

 

Michel COSEM, poète, romancier est aussi l'infatigable éditeur de la revue Encres Vives qui rythme la vie poétique depuis des décades. Il nous livre cette saison, trois numéros à ne pas manquer : le 432, Jean-Louis BERNARD "Dans l'inédit du gouffre" série "Arrêt sur image" qui fait le point sur l'œuvre d'un créateur en train de se réaliser; le 433, Werner LAMBERSY "Contumace", un recueil terriblement prenant par la force de la langue et qui constitue l'idéal d'un poème radiophonique, c'est à dire d'un ensemble fait pour l'oralité, et qui sera prochainement diffusé en entier si l'auteur et l'éditeur donnent leur accord; le 434 "L'illusion essentielle" d'Eric BARBIER, ce poète tarbais amoureux comme COSEM des Pyrénées et que nous retrouvons avec plaisir; ce dernier publie également aux éditions Encres Vives collection lieu : "Soleil noyé de fougères" et "Ebauches du vertige". Chaque recueil 6,10 €, abonnement pour 12 numéros : 34 €, à adresser à Encres Vives, 2, allées des Allobroges, 31770 Colomiers. L'émission "les poètes" reviendra sur ces publications à peine citées pour ne pas empiéter trop sur le temps de l'invité.

De la même manière, est évoquée la parution du dernier numéro de DIERESE, n° 63 320 pages, 15 €, Daniel Martinez , 8 avenue Hoche, 77330 Ozoir-laFerrière, abonnement 40 €.

Les auditeurs sont invités à assister à la 30ème quinzaine littéraire et artistique de l'Atelier Imaginaire qui aura lieu à Tarbes et Lourdes du 2 octobre au 8 novembre 2014. Guy ROUQUET poursuit, lui aussi, depuis trois décades, un travail impressionnant de rayonnement de la poésie et de l'art. Nous reviendrons sur ces animations étant précisé que le programme détaillé figure sur : http://www.atelier-imaginaire.com.

L'invité de la semaine est Michel ECKHARD-ELIAL, poète, essayiste, traducteur, éditeur qui vient parler non de son œuvre, mais de Hagit GROSSMAN, poète israélienne qu'il a traduit de l'hébreu en français.

Le directeur de la revue et des éditions LEVANT fondées à Tel-Aviv, s'explique sur sa démarche de rassembleur des voix des rives de la Méditerranée. Il fut un des premiers traducteurs des poètes contemporains israéliens comme Yehuda AMICHAÏ ou David AVIDAN et récemment Ronny SOMECK surnommé "le cow-boy de la poésie israélienne". Il dit quelle place prépondérante tient la poésie en Israël, qui se lit dans les journaux, et dans cette effervescence attisée par la complexité de cet Etat qui connaît régulièrement des situations de guerre, l'importance de la voix, celle de la jeune génération littéraire, de Hagit GROSSMAN. Son influence règne déjà sur la poésie en marche; elle incarne les valeurs de modernité littéraire, mais aussi les valeurs morales de cette génération toujours aussi attachée à cette patrie de providence, mais lucide sur les enjeux et les dangers de la confrontation de deux peuples aux désirs légitimes. C'est une poésie de la fraternité et de la paix que prône Hagit GROSSMAN. En 2013, elle était invitée au festival de Sète pour les Voix de la Méditerranée, puis à la Nuit de la Poésie en mars 2014. En 2015, elle participera certainement au Printemps des Poètes à la suite de la parution d'un livre de poèmes traduits en français par Michel ECKHARD-ELIAL.

Son œuvre qui connaît un retentissement indéniable en Israël, peut s'articuler autour de trois grands thèmes : 1) celui de la continuité sociale d'Israël (celle du vindicatif Ben GOURION ou du seul homme du gouvernement  que fut Golda MEIR) où l'ironie dissimule le malaise ; 2) celui de l'ars poetica propre à tout poète qui s'interroge sur le sens même de la poésie ; 3) celui de l'intime et de sa compréhension du monde, dans lequel elle se révèle un authentique poète de l'amour dans toutes ses déclinaisons, éros, agapè et charitas, atteignant ainsi d'emblée à l'universel.

Lecture par Michel ECKHARD-ELIAL de poèmes illustrant chacun de ces trois thèmes.

A ce jour, le seul livre traduit en français (toujours par Michel ECKHARD-ELIAL) et publié est : Neuf poèmes pour Shmouel aux éditions de la Margeride animées avec ferveur par Robert LOBET. Il s'agit d'un livre d'artiste réalisé à la perfection comme tous les ouvrages de cet éditeur.

Ce sont des élégies à la mémoire de son père, disparu alors qu'elle était encore  enfant. Lecture d'extraits.

 Laisse la lumière

 

Laisse la lumière dénuder l'ombre secrète sur tes bras émaciés

tes yeux bleus glacés par la grande clarté,

et moi assise hébétée  dans le noir le cou plié sous l'ombre voilée

bientôt tu ne seras plus le même

les pieds glissés dans le vêtement de la terre

dans un instant tu ne seras plus celui vers qui  le soleil se lève

te voir sombrer sous le poids de ta langue le muscle de tes poumons,

tu apprends à mourir, seul à seul avec la poussière posée sur les os

hors de la pénombre, tu revêts la lumière et te délestes du monde.

*

Métamorphose

 

La lumière de dieu brillait encore dans le temple

sur les yeux de mon père d'un éclat bleu de fleuve.

 

A l'aube son âme est devenue autre chose.

 

Le murmure du souffle à la sortie

résonne dans un temps éloigné de son corps

il est devenu parole

dans ma langue.

 

Orphelin il se présentait toujours

par son nom de famille,

Grossman

il n'était Shmouel

qu'en privé

rendant ainsi la liberté à son âme.

*

Dans ce voyage

 

Dans ce voyage j'ai cru de tout mon cœur que j'étais Jésus

réincarné ici dans la personne de ta fille.

J'y croyais et j'ai laissé croître l'hiver en moi

avec cent et une bougies, je suis juive, je respecte le shabbat.

Mais la douleur dans la poitrine me rappelle le voyage

à Rochester Minesota, où s'est échoué mon bateau

avant qu'on n'en retrouve les débris

tous les grands médecins rencontrés

dont les mains

furent vaines pour prolonger ta vie ,

la peine vient de tes actes dont je ne n'ai rien appris,

ce sera bientôt mon tour d'être allongée sur un lit

et je ne partirai plus à Rochester Minesota.

 

Pourquoi n'ai-je rien appris?

Je m'interroge, j'allume une cigarette

tes jours furent courts, pareils aux miens.

 

Sur la photo de ma chambre tu restes allongé sur la neige

et la fumée continue à s'évaporer

de ta main. 

*

Secret

 

1.

Mon père, tu es un secret,

je te cacherai aux yeux des autres

pour rien au monde je ne sortirai de cette eau

car je suis comme toi – je ne me sépare pas

du mouvement des ombres.

Au bord de la tombe bleue, ton secret s'est séparé du sable

il se répand laissant flotter tout ce que nous ne pourrons fuir

l'eau inonde la prunelle de ton absence.

Tu es comme moi, disais-tu

où suis-je?

Je me suis regardée, ce n'est pas moi

si nous nous rencontrons je tresserai la poésie de tes cheveux

je te ramènerai vers moi, tu ne pourras pas t'enfuir

tes yeux délavés par le sable profond.

 

Le mouvement des ombres de la mer de ta tombe bleue

ton regard, père,

dans la lumière ultime

m'élève. Haut.

Tu es comme moi,

où suis-je?

Je me suis regardée, non ce n'est pas moi.

Si nous nous rencontrons je tresserai la poésie de tes cheveux

sur ta poésie sombre j'étendrai une syllabe claire

et je t'emmènerai vers moi, tu ne pourras pas t'enfuir

les yeux délavés par le sable profond.

*

2.

 

J'étais un poème autour de ton cou

 un collier vivant de rimes toujours changeantes

tu n'étais plus près de moi, ni même  ton corps

perdu dans l'inconnu,

mais tu avais un poème pendu à ton cou

un collier vivant de rimes toujours changeantes.

 

Quand je te verrai je tresserai la poésie de tes cheveux

comme les jours rouges

où la vague emportait

nos pieds vers le haut,

tandis que  nos têtes plongeaient.

 

Tu es comme moi, disais-tu

où suis-je?

Je regardais celle que je ne suis plus,

quand je te verrai je tresserai la poésie de tes cheveux

tu courras vers moi par- dessus un tapis de nuages

le dos à moitié cassé à la surface d'un ciel obscur

les pieds allongés,  mon ventre éclairant

le soleil ardent sur mon ventre mutilé

à court de temps

pour la mesure  de son amour.

 

J'étais un poème autour de ton cou

jusqu'à la mer au bord de ta tombe bleue

tu m'as emmenée vers toi

je n'ai pas réussi à m'enfuir

même mes yeux trempaient dans le sable  profond.  

*

Avishag

 

Je déambule cette nuit avec un pull du siècle passé

qui va se réduire en poussière et Rochester Minnesota restera loin.

 

Même si tu avais été de l'autre côté de la route

désormais tu n'es  plus là, étendu sur un lit de rois et assisté

par la ventilation de ton âme, je ne pourrai plus écouter la voix du roi,

avec  ce pull acheté pour un dollar d'amour épuisé,

j'espérais accrocher l'armée du salut à mes épaules.

Mais tu avais froid, couchée près de toi, tu m'as demandé de descendre du lit

avant que l'infirmière ne voie un père et sa fille se réchauffer devant la mort.

.. ..

 

A présent la dernière chaleur connue avec toi

est pliée dans l'armoire, sur l'étagère du dessus,

entre les fibres de la laine la neige a fondu.

Entre les deux manches du pull de l'Armée du Salut

nous avons attendu le salut, mais il était plié dans une autre armoire.

*

Michel ECKHARD-ELIAL sensibilise les lecteurs sur le recours aux mythes bibliques dans la poésie de Hagit GROSSMAN. La dimension profondément humaine qui se dégage de l'utilisation d'images triviales, l'ancre dans la réalité présente et cette mixité de références assure le lecteur d'être en présence d'une poésie spirituelle intelligible.

Nous attendons avec impatience le prochain livre traduit en français.

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
18/09/2014

 

RETOUR

 

 

De retour d'Andalousie, Christian Saint-Paul exprime sa joie de se retrouver dans cet espace de liberté unique qu'est Radio Occitania. Pour s'insérer dans l'atmosphère poétique de l'émission qui perdure depuis 32 ans, il choisit de faire écouter deux poèmes d'Arthur RIMBAUD mis en musique par Laurent GUARDO et chantés par Daniel LAVOIE : "Ophélie" et "Bal des Pendus" (CD-Rom "La licorne captive" Daniel LAVOIE sur un projet musical de Laurent GUARDO, éditeur "Le Chant du Monde" 2014, diffuseur "harmonia mundi"). Puis, pour saluer le génie littéraire espagnol et méditerranéen, c'est la voix exceptionnelle de Yasmina LEVY, "Noches,noches buenas noches" qui est diffusée.

Il revient ensuite sur l'événement notable, non seulement bien sûr pour tout toulousain, mais pour tout citoyen, que constitue la parution du livre aux éditions PRIVAT "Dominique BAUDIS libre et intègre", biographie et témoignages, avant-propos de Jean-Luc MOUDENC, textes de Stéphane BAUMONT, Christian COLCOMBET et Michel DEMELIN", 320 pages, 19,50 €. Dominique BAUDIS par ailleurs écrivain authentique, laisse aussi une œuvre littéraire qui doit concerner les générations à venir en raison de son universalité, née précisément de la localisation essentielle du récit. Une émission sur le livre sur Dominique BAUDIS et également une émission sur son héritage littéraire, sont à programmer.

A juste titre, il a été reproché à cette émission de ne pas donner une légitime place à la poésie allemande. Nous nous efforcerons de corriger cette lacune, l'œuvre de Nelly SACHS par exemple, à côté de celle de Paul CELAN (roumain écrivant en allemand) a bouleversé la conscience mondiale. Un poète allemand depuis de nombreuses années familier aux poètes français et en particulier à ceux de Toulouse et qui nous rendit visite, Rüdiger FISCHER nous a quittés. Il avait traduit le livre de poèmes du poète toulousain Claude SAGUET "L'espace de la nuit" traduit également en espagnol par notre ami Eric FRAJ, dans une multi édition coordonnée par une association aujourd'hui disparue : "Le Passe-Mots". Lecture d'extraits du livre.

La solitude

chante haut dans la gorge,

et la mort ce grand vide

figé et insensible

où quelqu'un à la nuit,

danse la danse ancienne,

de celui qu'elle isole

et dont personne ne sait

que son chant tout entier

tremble et s'abandonne

au bruissement qu'accompagne

une vaine couleur.

*

Palpitante comme un feu

enveloppé de nuit

tu attends immobile,

à la haute fenêtre,

que la mer en secret

prenne appui sur ton chant

et que le soir,

cherchant son lieu,

agite des silences

en rond entre les cils.

*

Lecture ensuite d'extraits du livre de Michel HOST "Les Jardins d'Atalante", images de Danièle BLANCHELANDE, aux éditions Rhubarbe, 65 pages, 12 €. Ces douze poèmes des douze mois de l'année ont été conçus lors de promenades, révèle l'auteur, "dans un jardin cruel et délicieux , où Rousseau se fût sans doute déplu car on n'y herborise que rarement..."

SEPTEMBRE

Or Atalante demeure si me reste mémoire

de ses paroles pour moi en moi obscures proférées

 

Fenêtres de l'automne s'ouvrant sur un lac rouge

couteau

dans la poitrine du vent ou fuselage de chair vive

 

Oubli vite tu viendras brouillant nos images

contre mes tempes les feuilles ne retiennent leur

vie

dentelée qui les brûle à sa flamme

oubli demain sans doute il faudra régler nos

comptes

à moins que déjà tu n'aies réglé le mien mais

le présent là nous requiert habillé de vendanges

rosée transie où se prennent regards et pensées

 

Atalante ô flèche nocturne m'écoutes-tu

près d'un feu de broussailles ta course a-t-elle pris

fin

tes bras rompus harassés de lits tes jambes lasses

d'écarts

alourdies de caresses et de férocités

toi toute enfin es-tu donc finie

les miens les miennes depuis un siècle ou plus

encore

rivés aux roches friables poudreuses désormais

ne savent plus la morsure des ronces ni les doigts

nacrés

des amantes

et au séjour où je m'achève les deux poètes ne

m'ont pas visité  

Michel HOST auquel nous avons consacrée une émission toujours en ligne sur notre site, nous le suivons de très près.

Un des poètes chers de Radio Occitania et lu depuis plus de trente cinq ans par Saint-Paul est Marcel MIGOZZI dont la veine créatrice semble pour notre plus grande satisfaction inépuisable. Il vient de faire paraître à L'Amourier  "Des heures froides" 65 pages, 12 €. Des heures froides "impossibles à oublier malgré la vie qui continue, continue..." constate avec l'extrême lucidité qui caractérise sa posture poétique, ce poète dont nous espérons qu'il nous donnera longtemps à lire ces textes contenus au cordeau, ciselés à la loupe et précis comme la réalité. Une grande voix de cette génération qui a marqué le 20ème siècle et qui perdure sur le 21ème. Les auditeurs sont invités à se reporter aux émissions qui y font référence, étant précisé que nous aurons prochainement le plaisir de le retrouver à l'antenne.

C'est l'heure nue.

L'heure nulle que le corps n'illustre plus

De sa rougeur enfantine.

Le moment de fixer quelques vis dans le chêne

Le clair le bien capitonné

Pour le dernier huis clos. Avant

L'odeur de boue. Les souvenirs

Ne te font plus de concessions. Personne

Ne te reverra dans ta chair.

Passé perdu.

*

Sans aller jusqu'à tel âge

Qu'est-ce qu'on devient jusqu'à

Tout perdre

De sa vieille identité ?

 

Ca pue des restes de bonheur

Terrestre ou pas.

On a perdu

Même le désespoir des vieux.

 

Reste un énorme déchet gris entre les draps.

*

Le voisin de lit est un inconnu, pas une vision.

Il lance des jambes nues, les yeux

Au sommet de son délire.

 

On lui attache les bras comme à un adulte

Redevenu enfant.

L'alcool dans le sang en plus.

Allez allez plaisante l'aide-soignante avec

Dans la main la couche blanche

Et rose pour la nuit.

*

Quand d'autres à la lumière s'accotent et fument sous des arbres

On mange ici à l'heure des poules

Eau d'orange gélifiée petit pot.

 

Autrefois la bouche chantait entre les mâchoires

Le pouvoir d'engloutir des viandes sans penser

Au crâne là-haut.

 

Il ne reste désormais que la toux, le râle, le trou.

J'échangerais bien un panier de mes bons souvenirs pour entendre Et marche

Pour livrer ta dernière commode faite à la main amoureuse.

*

Lecture de l'après-lire de Jean-Claude VILAIN. "Baudelaire s'adressait à son lecteur comme à un "semblable", un "frère". MIGOZZI invite le sien à l'accompagner sans faiblesse devant l'horreur des fins privées, à soutenir, comme une leçon anticipatrice, ce violent, incontournable, et universel, face-à face. Dans sa graphie même le mot est d'évidence la mort qui dissimule son aire; mais sans les mots - fussent-ils comme ici "grabataires" - il ne resterait plus rien qu'un immense mutisme,

encore plus précocement ravageur. Rien donc à espérer. Et si la question de l'éternité encore se pose, seul l'amour pourrait la signifier : "Eternité, aimer sans elle / C'est se perdre sans se sauver". "

 

Pour mémoire, n'ayant plus de temps pour en parler comme il se doit, Saint-Paul signale la parution du dernier numéro de la revue DIERESE poésie et littérature n° 63, au sommaire d'une richesse étonnante comme toujours avec cette revue qui réserve elle, une bonne place à la poésie allemande, et met l'accent sur Luce GUILBAUD, Hubert LUCOT, Bai JUYI, Raphaële GEORGE;  323 pages pour 15 €, un vrai tour de force renouvelé à chaque parution. L'émission "les poètes" reviendra bien entendu sur ce numéro. Lecture du texte de Pierre DHAINAUT sur la mort de Rüdiger FISCHER. Abonnement à Diérèse : 40 € à adresser à Daniel Martinez, 8, avenue Hoche, 77330 Ozoir-la-Ferrière.

Enfin, Saint-Paul signale la parution de deux livres du poète provençal Andrièu RESPLANDIN : "Aquéli pichot rèn" Ces petits riens  édition L'Astrado et "Garbo" Gerbe éditions C.C.D.P. Faute de temps, ces livres seront développés dans une prochaine émission.

                     

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
14/08/2014

 

RETOUR

 

 

Lecture de "L'unique saison" de Christian SAINT-PAUL, préface de Gaston PUEL par l'auteur. L'édition de 2003, deux tirages de 300 puis de 200 exemplaires, est épuisée.

"L’unique saison, la seule qui vaille, nous dit en substance Christian Saint-Paul, est celle des amours, quand « la sève honnête du désir » nous ramène à l’essentiel. Nous rend à la vie et, peut-être, à soi-même. C’est assez dire, en filigrane et à contrario, qu’on s’en éloigne dans la traversée ordinaire des jours, les tromperies de l’habitude, « parmi ceux qui s’arrogent / l’apparence des choses ».
Ces poèmes d’enthousiasme, qui rendent à Éros sa primauté à la source du chant (car ils rappellent que «  les élégies des oiseaux / sont chants de lutte / et défis de mâles »), sont donc aussi des poèmes de résistance : à l’atonie, à l’usure, aux apparences. Le corps, bien sûr, se dit ici dévêtu et « comme unique décor / comme unique loi », corps dans le plaisir, l’exaltation, le réduit des chambres et du face-à-face. Mais ce corps-là n’occulte pas le reste, ne fait pas écran, bien au contraire - « Nous ne nous détournons plus » écrit Saint-Paul qui note ailleurs que les corps repus, « par leur apaisement même » attisent notre lucidité.
Corps à vif donc, qui érotise, avive toute forme de relation à l’environnement et qui est sans doute l’autre nom de la passion. L’exaltante et douloureuse passion, qui fait souffrir de l’absence et du dépit (« pour prix de ton silence / te jeter comme un galet à la rivière / avec l’élan qui tend / la corde des pendus ! »), mais aussi renvoie le vivant à son vertige après l’amour, face à « la distance tragique du plaisir envolé ».
Éros n’est qu’aiguillon, exhortation à vivre et l’amour alors se joue parmi les autres, leurs gestes et leurs peines (le dernier poème renvoie à l’explosion d’AZF à Toulouse, aux fenêtres brisées d’Empalot), dans le chaos du monde.
« Demain les journaux apporteront / les nouvelles de la guerre. » "

Michel Baglin

 

 

 

 
 

 
 
 
 
 
 
 
 

Hélène CADOU et Jean-Luc POULIQUEN 

dans le Var devant le fort de Brégançon 

 
 
 
 
07/08/2014

 

RETOUR

 

 

C'est Sergio Atzeni qui disait : "Et tu découvriras ce qui reste d'un homme après sa mort, dans les mémoires et les paroles d'autrui." Les éditions PRIVAT, fort de ce principe, viennent de publier avec une célérité et une excellence qui font honneur à ces éditions toulousaines qui perpétuent un passé prestigieux : "Dominique BAUDIS libre et intègre, biographie et témoignages, avant propos de Jean-Luc Moudenc, textes de Stéphane Baumont, Christian Colcombet, Michel Demelin", 320 pages, 19,50 €. Personnage mythique de Toulouse, Dominique BAUDIS était aussi un écrivain dont les livres puisaient dans le riche passé de "sa" ville. Nous reparlerons à la rentrée de ce livre, exceptionnel par la qualité des commentaires sur celui qui fut le maire qui présida le plus longtemps à la destinée de Toulouse. Nous parlerons aussi de son œuvre littéraire et historique qu'il nous a aussi généreusement laissée en héritage. Et cet homme a habité Toulouse en poète par cet attachement absolu à la ville et à son histoire. L'écriture lui a permis de réaliser cette vocation poétique à côté de son devoir de rationalité constante de premier magistrat de la ville.  

Ce sont toujours des éditions toulousaines, les éditions érès qui font paraître en version bilingue français / persan l'œuvre poétique complète à ce jour de l'écrivain iranien Abbas KIAROSTAMI  "des milliers d'arbres solitaires" avec des collages de Mehdi Moustahar, traduction de Tayebeh Hashemi et Jean-Restom Nasser, et par Niloufar Sadighi et Franck Merger, collection po&psy dirigée par Danièle FAUGERAS et Pascal JANOT, 840 pages, 20 €.

 dans le désert brûlant de ma solitude

ont poussé

des milliers d'arbres solitaires

C'est à travers de tels "réduits de parole" que le lecteur est invité ici à découvrir la matière discrète dont se nourrit l'œuvre du cinéaste - photographe - peintre- et poète iranien qu'est Abbas Kiarostami.

Une œuvre toute tendue vers le retrait et l’épure : soustraire pour mieux montrer, s’abstraire de la narration pour inventer des formes d’écriture qui entrent en résonance avec le monde visible.

Ne citant la poésie persane traditionnelle que pour mieux la détourner, Kiarostami crée une œuvre moderne et iconoclaste, qui a en commun avec le haïku l’image saisie au vol, l’instant fixé dans une fraction de seconde, comme sous l’objectif du photographe.

Lecture d'extraits. Une émission sera consacrée prochainement à cet auteur iranien.

 

la mer sombre

le rivage sombre

dois-je attendre le soleil

ou la lune ?

*

le clair de lune

fait fondre

la glace fine de l'antique rivière

*

la petite fille

se montre gentille

avec sa poupée

la mère... pas tellement

*

la réalité

nous laisse exsangues

la vérité

loin des yeux

*

Les tristes circonstances du conflit entre Israël et Gaza, incitent à relire le livre d'Esther BENBASSA "Être juif après Gaza", CNRS éditions, 80 pages, 4 €.

"Comment être juif après l'offensive israélienne contre Gaza ? Mais peut-on cesser d'être juif ? Juif, en tout état de cause, probablement le reste-t-on, si du moins être juif relève d'abord d'une posture fondatrice, celle du regard constant porté sur soi et sur autrui pour établir invariablement la balance entre soi et le monde. A ce juif-là, Gaza, de toute évidence, lance plus d'un défi".

Nous souhaitons à nos amis israéliens et palestiniens qu'ils vivent bientôt dans la paix et la fraternité.

 

Le 21 juin 2014 disparaissait Hélène CADOU, l'Hélène du Règne Végétal de René-Guy CADOU. Nous la savions malade, mais sa mort au début de l'été, comme un mauvais présage de cet été à venir, nous a profondément attristés. Avec elle, c'est un repère de plus qui manque dans le paysage de la poésie d'aujourd'hui. Elle avait toujours répondu présente aux sollicitations continuelles de Christian Saint-Paul. Une correspondance depuis 1965, une aide constante et inconditionnelle pour les publications qu'elle exposait à la Maison de la Culture d'Orléans. Merveilleux souvenir que celui de son sourire radieux aux yeux bleus de myosotis, quand elle nous présenta à Louisfert en 1993 La Demeure de René-Guy CADOU dans cette petite école de village qu'elle avait reconstituée à l'identique de ce jour de 1951 où s'éteignit René-Guy CADOU dans ses bras, et avec la présence de son ami Jean ROUSSELOT. Moment inoubliable pour Christian Saint-Paul quand elle le fit asseoir à la table de travail de René-Guy. Une vie exemplaire dans la fidélité vivifiante de l'homme qu'elle aimait et dont elle avait très tôt deviné le génie. Elle aimait rappeler que le poète préféré de François Mitterrand était, et oui, disait-elle, René-Guy CADOU. Il le lui avait dit à plusieurs reprises.

Il est heureux que Bruno Doucey ait réédité deux recueils d'Hélène CADOU.

On ne peut bien sûr s'empêcher de songer à quelques vers de René-Guy qui aurait tant souhaité avoir un enfant avec Hélène  :

Mon fils ! Laisse-moi t'appeler ainsi

Encore que tu ne sois pas né

Soumis aux lois tardives des gelées.

*

Je pense à toi qui me liras dans une petite chambre de province

Avec des stores tenues par des épingles à linge

*

Je pense à toi Gilles né en dix neuf cent soixante quinze

Dans une famille très vieille France de province

*

Mais il aura cette vision qui hélas sera la bonne :

 

Seigneur me voici peut-être à la veille de te rencontrer

Il fera nuit ! je serai là debout à la barrière du pré

Tu sais comme dans ce tableau de Gauguin....

*

 

Hélène après le choc de la mort prématurée de René-Guy à 31 ans, va vivre dans la permanence de sa présence. Ce ne fut pas une vie de lamentation, elle n'a jamais prononcé une plainte, mais une vie ouverte sur le monde de la poésie, sur sa propre création qui lui permettait de rejoindre au plus près René-Guy. Seghers bien entendu la publie, puis Jacques Brémond et elle construit une œuvre à part entière, qui n'est pas simplement comme elle le croyait au début "un reflet très pâle mais fidèle" comme elle l'écrivait en 1965 à Saint-Paul.

 

Pour la biographie résumée d'Hélène CADOU, voici ce qu'écrit Michel BAGLIN sur son excellent site : revue-texture.com:

Hélène Cadou :

Hélène Laurent naît à Mesquer, en Loire-Atlantique, en 1922. Après des études de philosophie, elle rencontre le poète René Guy Cadou dont le recueil « Les Brancardiers de l’aube », publié en 1937 par Jean  Digot , l’a profondément bouleversée. Elle l’épouse en 1946 et vit avec lui des années de grand bonheur à Louisfert. 
A la mort de René Guy en 1951, elle se consacre à son tour à l’écriture poétique, publie ses premiers recueils aux éditions Seghers, devient bibliothécaire à Orléans, en 1951 (adjointe de Georges Bataille jusqu’à sa mort). Très investie dans la vie culturelle, elle a été Présidente de la préfiguration de la Maison de la Culture d’Orléans, puis de celle-ci, de 67 à 75. 
Après les premiers recueils de 56 et 58, elle n’a commencé à publier qu’en 1977 ("Les Pèlerins chercheurs de trèfle", "L’Innominée") puis en 81, et de manière continue depuis. 
En retraite depuis 1987, elle est revenue à Nantes pour créer le "Centre René Guy Cadou" et à Louisfert pour créer la Demeure du poète, en 1993. 
Celle qui inspira à René Guy Cadou quelques-uns des plus beaux poèmes d’amour de la littérature française est aussi une grande voix de la poésie.

 

Bibliographie 

Trois poèmes, P.A. Benoît, 1949 
Le bonheur du jour, Seghers, 1956 
Cantate des nuits intérieures, Seghers, 1958 
Les pèlerins chercheurs de trèfle, Rougerie, 1977 
En ce visage, l’avenir, J. Brémond, 1977 (réed. 1984) 
Miroirs sans mémoire, Rougerie, 1979 
Le jour donne le signal, Le Pavé, 1981 
Une ville pour le vent qui passe, Rougerie, 1981 
Longues pluies d’Occident, Rougerie, 1983 
L’Innominée, J. Brémond, 1983 
Poèmes du temps retrouvé, Rougerie, 1985
Demeures, Rougerie, 1989 
Mise à jour, Librairie Bleue, 1989 
L’instant du givre, R. Bonargent, Châteauroux, 1993 
Retour à l’été, Maison de Poésie / Éditions Serpenoise / Presses Universitaires de Nancy, 1993 
La mémoire de l’eau,Rougerie, 1993 
Le pays blanc d’Hélène Cadou, avec des photographies de Christian Renaut, Jean-Marie Pierre, 1996 
Le livre perdu, Rougerie, 1997 
C’était hier et c’est demain, Préface de Philippe Delerm, Éditions du Rocher, 2000 
De la poussière et de la grâce, Rougerie, 2000 
Si nous allions vers les plages, Rougerie, 2003 
Une vie entière : René Guy Cadou, la mort, la poésie, Éditions du Rocher, 2003 
Le Prince des lisières, Rougerie, 2007 
Le Bonheur du jour, suivi de Cantate des nuits intérieures, réédition de ses premiers recueils, préface de Jean Rouaud. Éditions Bruno Doucey, 2012 

 

Lecture d'extraits de "Cantate des Nuits Intérieures" (Seghers éditeur, repris par Bruno Doucey) et de "En ce visage l'avenir" Jacques Brémond éditeur.

Une nouvelle émission sera consacrée à Hélène CADOU.

 

 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
31/07/2014

 

RETOUR

 

 

"J'aime que la poésie soit rétive aux approches superficielles, aux jugements éphémères orchestrés çà et là. J'aime qu'elle exige du lecteur qu'il fasse lui-même un bout de chemin et, de préférence, le silence autour de lui, peut-être en lui. J'aime que, de l'éthique du poète à la pratique du lecteur, certaines correspondances s'établissent... La poésie parle pour tous, même pour ceux qui ne la lisent pas." Cette phrase de François MITTERRAND résume, avec ce talent littéraire inégalé parmi ceux de son rang, la finalité de l'émission "les poètes" qui s'adresse à tous, même à ceux qui ne lisent pas la poésie.

Ce sont trois voix d'une originalité totale, qui se côtoient et se répondent du fait de la seule volonté de les réunir pour rendre compte précisément des correspondances que nous pouvons avoir avec eux, et qui tissent, chacun à leur manière, la grande fresque du monde dans lequel nous tentons d'évoluer. Et si ces regards deviennent les nôtres, alors nous aurons progressé dans notre vision du monde. Pour cela, il faut que ces poètes soient lus par le plus grand nombre; il importe donc de contribuer à leur célébrité car "la célébrité est la reconnaissance qu'un homme est de quelque façon, d'une certaine valeur pour l'humanité" selon PESSOA.

1 ) James Sacré poète français, né le 17 mai 1939 à Cougou, village de Saint-Hilaire-des-Loges (Vendée).

Biographie et poétique selon Wikipédia :

James Sacré passe son enfance dans la ferme de ses parents en Vendée. Il est d'abord instituteur puis instituteur itinérant agricole, il part, en 1965, vivre aux États-Unis où il poursuit des études de lettres. Il y enseigne à l'université de Smith College dans le Massachusetts. Il fait également de nombreux séjours en France et ailleurs en Europe : l’Italie, la Tunisie, le Maroc. En 2001, il rentre en France et réside depuis à Montpellier. James Sacré commence à écrire dans les années 1970, en plein littéralisme. Son premier livre s'intitule néanmoins Cœur élégie rouge. Les sentiments ne seront donc pas absents de cette écriture. L’auteur a par ailleurs consacré sa thèse de doctorat au Sang dans la poésie maniériste. C’est donc d’emblée une poésie charnelle qui s’écrit, associant étroitement le cœur qui aime et celui qui bat, le cœur qui saigne et celui qui nous fait vivre de sa régulière pulsation. James Sacré est très attaché au paysage, et à la géographie. De nombreux textes sont consacrés au terroir de l’enfance. Les motifs centraux en sont la maison, la ferme, le jardin et le village. La mémoire joue un rôle important : tout un travail de remémoration est à l’œuvre afin de rendre le passé aussi vivant que le présent et de les fondre l’un dans l’autre. La poésie de James Sacré n'est pas pour autant égocentrée, elle s’ouvre à l’autre, l’appelle et l’accueille. Les voyages sont l'occasion de repenser l'identité, l'altérité et la relation amicale ou amoureuse. La passion de l'auteur pour le Maghreb, donnant lieu à de nombreux voyages, donne aussi naissance à de nombreux livres. La poésie est alors animée par un désir d'ouverture et de chaleur, de coprésence heureuse avec l'autre. Elle cherche une manière heureuse d'être ensemble, qui laisse s'écouler le temps avec douceur. L'un de ses poèmes favoris est celui où il parle d'un mariage au Maghreb dans "Viens, dit quelqu'un".

Publications

La femme et le violoncelle, J.C. Valin éditeur, 1966

La transparence du pronom elle, Chambelland, 1970

Cœur élégie rouge, Seuil, 1972

Comme un poème encore, Atelier de l'agneau, 1975

Paysage au fusil (cœur) une fontaine, Gallimard, Cahier de poésie 2 (collectif), 1976

Un brabant double avec des voiles, Nane Stern, 1977

Figures qui bougent un peu, Gallimard, 1978

L'amour mine de rien, Encre/Recherches, 1980

Quelque chose de mal raconté, André Dimanche, 1981

Des pronoms mal transparents, Le dé bleu, 1982

Rougigogne, Obsidiane, 1983

Ancrits, Thierry Bouchard, 1983

Écrire pour t’aimer, André Dimanche, 1984

Bocaux, bonbonnes, carafes et bouteilles (comme), photographies de Bernard Abadie, Le Castor astral et Le Noroît, 1986

La petite herbe des mots, Le dé bleu, 1986

La solitude au restaurant, Tarabuste, 1987

Une fin d'après-midi à Marrakech, André Dimanche, 1988 - (prix Guillaume-Apollinaire 1988)

Un oiseau dessiné, sans titre. Et des mots, Tarabuste, 1988

Le taureau, la rose, un poème, dessins de Denise Guilbert, Cadex, 1990

Je ne prévois jamais ce que je fais quand je dessine, dessins de Jillali Echarradi, Les petits classiques du grand pirate, 1990

Comme en disant c'est rien, c'est rien, Tarabuste, 1991

On regarde un âne, Tarabuste, 1992

Écritures courtes, éditions Le Dé bleu, 1992

La poésie, comment dire?, André Dimanche, 1993

Des animaux plus ou moins familiers?, André Dimanche, 1993

Le renard est un mot qui ruse, Tarabuste, 1994

Ma guenille, Obsidiane, 1995

Viens, dit quelqu'un, André Dimanche, 1996

Essais de courts poèmes, dessins de François Mezzapelle, Cahiers de l’Atelier, 1996

La nuit vient dans les Yeux, dessins de Jillali Echarradi, Tarabuste, 1997

La peinture du poème s’en va, Tarabuste, 1998

Anacoluptères, illustrations de Pierre-Yves Gervais, Tarabuste, 1998

Relation, essai de deuxième ancrit (1962-63 ; 1996), Océanes, 1999

Labrego coma (cinco veces), photographies d’Emilio Arauxo, Noitarenga, 1999

Si peu de terre, tout, éditions Le Dé bleu, 2000

L’Amérique un peu, Trait-d’union, 2000

Écrire à côté, Éditions Tarabuste, 2000

Une petite fille silencieuse, André Dimanche, 2001

Monsieur l’évêque avec ou sans mitre, illustrations de Edwin Apps, éditions Le dé bleu, 2002

Mouvementé de mots et de couleurs, photographies de Lorand Gaspar, éd. Le temps qu’il fait, 2003

Les mots longtemps, qu’est-ce que le poème attend ?, Tarabuste, 2004

Sans doute qu'un titre est dans le poème, Wigwam éditions, 2004

Trois anciens poèmes mis ensemble pour lui redire je t’aime, Cadex, 2006

Broussailles de prose et de vers(où se trouve pris le mot paysage), éd. Obsidiane, 2006

Âneries pour mal braire, éd.Tarabuste, 2006

Un paradis de poussières, André Dimanche, 2007

Le poème n’y a vu que des mots, L'Idée Bleue, 2007

Bernard Pagès : élancées de fêtes, mais tenant au socle du monde, Éditions La Pionnière/Pérégrines, 2009

Portrait du père en travers du temps, lithographies couleur de Djamel Meskache, éditions La Dragonne, 2009

Paroles du corps à travers ton pays, poème de quatre pages accompagné de deux gravures sur bois de Jacky Essirard, éd. Atelier de Villemorge, 2009

Le désir échappe à mon poème, Al Manar, Collection Méditerranées, 2009

Tissus mis par terre et dans le vent, Le Castor Astral, 2010

America solitudes, André Dimanche, 2011

Le paysage est sans légende, Éditions Al Manar / Alain Gorius, avec des dessins de Guy Calamusa, 2012

Parler avec le poème, Editions la Baconnière, 2013

Ne sont-elles qu’images muettes et regards qu’on ne comprend pas ?, lavis de Colette Deblé, Æncrages & Co, 2014

Lire aussi : « James Sacré », numéro spécial de la revue Triages, éditée par Tarabuste (Rue du Fort, 36170, St Benoit du Sault), 264 pages. Actes du colloque de l'Université de Pau, mai 2001. Textes réunis par Christine Van Rogger Andreucci, bibliographie établie par Daniel Lançon, illustrations de Mohammed Kacimi.

« James Sacré », numéro 10 de la revue Amastra-N-Gallar dirigée par Emilio Arauxo à Lalin, Pontevedra, Gallicie, Espagne, automne 2005. Comprend les contributions de Béatrice Bonhomme, Jacky Bouillon, Antoine Emaz, Celso Fernandez Sanmartin, Laurent Fourcault, Lorand Gaspar, Slaheddine Haddad, Jacques Josse, Paol Keineg, Régis Lefort, Béatrice Machet, Serge Martin, Jean-Claude Pinson, Claude Royet-Journoud, Christian Tarting.

Ce sont des extraits du recueil "Ecrire à Côté" que choisit de lire Christian Saint-Paul.

Sur le site de Régine DETAMBEL : http://www.detambel.com nous trouvons cette note de lecture d'Alain Jean-André:

 

Ecrire à côté, James Sacré, éditions Tarabuste, 13,72 €

 

De livre en livre, James Sacré reprend, avec sa phrase savamment hésitante, le même monologue envoûtant et plein de charme. Et le lecteur retrouve un ton, une petite musique qui lui parle toujours de « quelque chose de mal raconté »;. Dans Ecrire à côté, on passe d'un bistrot de Bruxelles à des petits « restau » d'Aix-en-Provence, Paris, Las Vegas, Phoenix, etc., des lieux presque vides qui lui permettent de toucher « avec sa rêverie l'épaisseur du feuillage ».
Prime d'emblée un certain mal être « sans doute que justement je suis mal accompagné / avec ma solitude et l'espèce de lassitude qui me vient... ». Mais rien de triste dans ce constat : il le fait avec douceur, simplicité, sans un mot plus haut que l'autre. Et, quand il marche dans les rues d'Aix, ou d'autres villes, il laisse poindre des bribes d'un passé peut-être douloureux (« Je pense à comment j'ai mal connu mon père, j'aurais voulu / être avec lui dans la parole et le jeu de la vie / et moins dans la colère ») voire nostalgique (« la cuisine bonne femme d'antan / ramène des souvenirs d'avoir mangé à la campagne avec ses parents »)
Dans la poésie d'aujourd'hui, James Sacré rappelle un musicien qui entonne des mélodies prenantes avec des variations sans fin : il écrit des phrases bancales, plus ou moins inachevées, floues, transformant la grammaire usuelle en une grammaire poétique, la sienne. Il donne aussi, dans une partie du livre, différents états d'un texte rédigé à partir de planches peintes par Arezki Aoun, qui n'ont rien de brouillons, mais

 signent une démarche contemporaine.
Aussi, on se demande s'il faut entièrement croire des remarques comme celle-ci : « Mon poème perdu quelque peu je sais pas / je sais pas trop ce que je voudrais dire à propos d'Aix-en-Provence et du mélange de ses habitants ». Car il a su suggérer, avec des touches délicates, une réalité méditerranéenne complexe qu'il a directement perçu. Surtout, il a déployé avec une grande virtuosité une écriture dans laquelle « le rien et la vérité se lient ».

 

2 ) Michael Edwards : Né en 1938 en Angleterre. Professeur au Collège de France, sur une chaire de poétique. Son œuvre de poète s’accompagne d’une réflexion sur la création littéraire, artistique et musicale, sur la philosophie et sur la théologie, développée dans une trentaine d’ouvrages, pour la plupart en français. Dernières parutions : Le Rire de Molière(Éditions de Fallois, 2012), De l’émerveillement(Fayard, 2008, primé par l’Académie des sciences morales et politiques), Shakespeare : le poète au théâtre (Fayard, 2009),L’Étrangèreté (CD, Gallimard, 2010), Le Bonheur d’être ici (Fayard, 2011). Présence dans Anthologie bilingue de la poésie anglaise(Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade). Un choix de ses poèmes en anglais existe en édition bilingue : À la racine du feu (Caractères, 2009). Poésie en français : Rivage mobile (Arfuyen, 2003), Ce que dit la lumière (Arts Graphiques d’Aquitaine, 2010), Trilogie(piécette, TNP/Cheyne, 2010).

Lecture d'extraits du livre : "Paris aubaine", éditions de Corlevour, revue NUNC, 168 pages, 18 €.

Paris est l’occasion d’une centaine de poèmes aux sujets très divers, unifiés par le souci constant de sonder le monde alentour dans le temps qui passe, selon la conviction, vécue et non pas théorique, que la plénitude de vie se trouve dans un ici ouvert à tout moment à son possible. Dans le plus infime événement un autre monde paraît. Les poèmes s’efforcent de recréer le visible en approfondissant toutes les formes de l’invisible, en mettant en œuvre l’intuition inquiète d’une grande vérité, d’une dynamique ternaire dans la condition humaine : création-chute-recréation, vie-mort-nouvelle naissance, bonheur-malheur-joie. Les poèmes cherchent surtout à être nouveaux, sans cesse inventifs, en sujets, formes, pensées, images. Ils essaient de bénéficier, selon le génie de la poésie française, de certaines ressources de la poésie anglaise : une pluralité de perspectives et de tons, le sérieux paraissant sous le léger, sous l’apparemment simple, le comique – l’humour – prenant tout en charge. L’anglais intervient même dans quelques poèmes, avec sa lecture autre du monde.

 

 3 ) Tarjei Vesaas  "Être dans ce qui s'en va" Rafael de Surtis, Editinter, 17 €.

Sur l'excellent site qu'il anime à Toulouse :  http://www.espritsnomades.com , le poète Gil PRESSNITZER nous livre ce commentaire :

Dérive sur l'eau, la neige, la glace

 

Nullement écrivain régionaliste ou nationaliste norvégien, Vesaas fait plus penser à Jacobsen qu'à un autre écrivain norvégien Knut Hamsun, qu'il surpasse de toute la hauteur de sa poésie-prophétie, ouverte au monde. La nature chez lui n'est pas une image convenue du Grand Nord, elle craque de pleine de menaces mais aussi d'apaisement.

 Son art de faire surgir la mort violente, comme dans la vie, au milieu des éclats fascinants du monde, en font l'un des plus grands écrivains du XXe siècle.

La paisible chronique paysanne que nous croyons lire est devenue littérature de l'abîme.

 

Cette grande pitié du monde s'exprime par des phrases souples et chantantes, mais toujours inconsolées. Vesaas ne s'enfonce pas dans le silence ou l'orgueil, il laisse sourdre une solidarité avec tous, sans rejet des faibles.

 Avancer dans un livre de Vesaas est s'avancer dans une forêt de symboles. Et pourtant pour cela il n'emploie que les outils de l'élémentaire. Il dérive ainsi sur l'eau, la neige, la glace, les oiseaux, les arbres, le lac.

 Tant de choses peuvent se produire dans un pays profané, dit Vesaas, et il nous parle autant des nuages, des cercles des vivants, que de la nuit qui tombe, de ceux qui mourront dans cette nuit, mais surtout de ceux qui n'ont pas succombé pendant la nuit et qui verront la toute petite courbe du soleil, même s'ils n'ont et n'auront jamais de nom.

 Ce que je voulais, c'est raconter le jeu caché et secret qui se passe aux heures de la nuit, un jeu dont personne ne doit être témoin.

 Tarjei Vesaas est hanté par la condition humaine et la mort en marche. Il s'approche à pas de loup du sacré de l'amour, cet amour qui unit les deux petites filles, Siss et Unn, du Palais de Glace contre la mort.

 Depuis leur rencontre à l'école, à l'étrange fuite et la mort de Unn, la très longue absence dure comme l'hiver, à la recherche du Palais de Glace et à sa découverte, le dépérissement empathique de Siss. Et enfin la débâcle du printemps et la réapparition de Unn aussi morte que vivante dans les glaces. Puis Siss vivra sachant qu'elle ne trahira jamais l'amitié morte, sauvant en elle les images de Unn. Au Palais de Glace de la mort figée s'oppose le Palais du Souvenir de l'amour fidèle. Les deux sont plus loin que le réel.

 Tarjei Vesaas est comme les chevaux de ses romans, il passe mais il sait, et il vit son rêve, dans la musique du vent avec les nuages sur les épaules. Visionnaire et écoutant, a-t-on dit de Vesaas, plus que cela, il y a du magicien dans ce grand silencieux. Il sait rendre le moindre frisson de la lumière, le moindre pas sur la neige. La nature, ou plutôt la Nature, n'est pas la source de réponses, mais il faut sans cesse l'interroger, lutter parfois contre elle et sa rudesse, s'y dissoudre enfin. Vesaas est à vivre avec recueillement indique son traducteur Régis Boyer, dans sa lumineuse introduction au Palais des Glaces. Ce qui est emblématique chez Vesaas est ce mouvement perpétuel entre le réel le plus prégnant et le rêve le plus envolé.

 Et comme des oiseaux noirs il passe dans son œuvre des angoisses, des peurs paniques. Il sème des menaces à l'orée des mots. Une grande violence tapie peut soudain éclater comme dans une musique de Sibelius. Cette violence semble provenir du fond de la terre en fusion. Il est comme un humble paysan saisi par l'effroi de l'invisible, de ce qui ose apparaître à la tombée de la raison. Le mal rôde, la nature est partout présente mais elle demeure et nous passons.

Dans le non-dit passe l'essentiel. Et parfois le mystère d'un cri soudain nous transperce. De toute façon nous avons été amenés au-delà de ce qui est dit.

Rien ne crie, rien ne dit beaucoup, ce sont des voix qui parlent, des voix qui disent nous ou je, ce sont la voix du chien, la voix de la forêt, la voix des ponts. Les ponts.

Entre bruissement de l'enfance et craquement de la glace Vesaas tisse le fragile et le différent. Un chant de pureté monte de ses livres. On doit s'avancer vers lui avec la même prudence que sur un lac gelé, et bien tendre l'oreille au moindre froissement de bruit.

 Palais de Glace, château de poésie, Vesaas nous réapprend l'absolu dans la plume, l'herbe, l'arbre qui brûle, la goutte d'eau qui se jette, et dans tous ces cours simples, ces menaces aux aguets. L'abîme est en nous, seule la neige de l'amour colmate ses fêlures. La mort n'est plus alors que l'ordre naturel, une tension finale. La cascade figée de la solitude laisse entrevoir une présence. L'eau noire du lac se referme toujours et le simple d'esprit Mattis continue à écrire à son oiseau en écriture d'oiseau.

 La frontière entre la vie et la mort est abolie, Vesaas écrit toujours au-delà des apparences. À nous de cheminer parmi ses allégories, ses obscurs couloirs, ses flambées de nature. Vesaas est grand, le Palais de Glace vous emprisonnera comme il retient encore Unn, la petite fille figée dans l'au-delà.

 

Il neige, il neige sur des ponts silencieux, Des ponts que les autres ignorent

 

À nous, désaccordés du monde, exilés de la vie, Vesaas nous fait signe. Il se tient souriant à l'orée du givre et nous dit d'entendre les avertissements muets de la Nature. Il parle depuis la nuit des temps, la nuit des temps, jusqu'à l'extinction de nos cœurs de terres intérieures. Le mystère des choses est avancé. Un passage est ouvert par ses livres.

 

Toi et nous en total silence (Vesaas)

 

Lecture d'extraits du livre par Christian Saint-Paul. 

 

 

 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
Paul
 
 ARRIGHI
 
 
 
 
24/07/2014

 

RETOUR

 

 

 

Christian Saint-Paul invite les auditeurs à lire le dernier ouvrage d'Hervé TERRAL professeur de sociologie à l'Université Jean-Jaurès à Toulouse : "L'Occitanie en 48 mots" aux éditions IEO, 220 pages, 14 €.

Ces 48 mots sont comme autant d'entrées dans la pensée et les enjeux de la langue et de la culture occitanes. Ceci pour mieux se comprendre et se connaître.

Et pour ceux qui veulent pratiquer l'Occitan, le livre de Joan-Claudi SERRAS "TOT en UN" Lexic Occitan / Français; Français / Occitan aux éditions IEO, 800 pages, 19 €. Avec ses 70 000 entrées ce lexique du temps présent est facile à utiliser pour aller de l'occitan (languedocien) au français ou du français à l'occitan.

 

Saint-Paul évoque de nouveau le livre de Marcel MIGOZZI "De bogue et de roc / Di riccia è rocca, L'amour l'amort / Amor amorti " avant poème de Jean-François Agostini, traduction en langue corse de Stefanu Cesari. Une poésie métaphysique qui renoue avec le couple infernal de l'amour et de la mort, avec subtilité et ironie, toujours dans une réussite de la langue. Et cette force passe d'une langue à l'autre, du français au corse avec le même bonheur. Lecture d'extraits en français et en corse par l'invité de l'émission.

On dit l'amour l'amort les deux

Dans le même miroir

 

L'une sans avenir l'autre

Enfermé dans un mot

 

Mais passons sur les deux

Corps

Le même

Mort et amoureux

*

Si dicini amor amorti i dui

In u stessu spechju

 

Una senza avvena l'altra

Chjusa 'n una parola

 

Ma passemu nant'à i dui

Corpu

U stessu

Mort'ed amurosu

*

 

Christian Saint-Paul reçoit ensuite son invité : Paul DAUBIN alias Paul ARRIGHI qui a fait paraître :

"Fulgurances des Êtres, des Lieux Et des Mots"

Textes et Poésies.

Le livret est en vente sur Amazon et Priceminister,10 €. 

Envoi possible également depuis le domicile de l'auteur

 à contacter par courriel à l'adresse :

 paul20.arrighi@numericable.fr

 (prix : 10€ + 2,50 € de participation aux frais d'envoi) 

en précisant l'adresse d'envoi.

 

Ce recueil évoque les thèmes suivants, nous dit l'auteur :

"Souvenirs d’Enfance situés avant 1962 en Kabylie à Akbou où mes parents enseignaient, puis à Luchon où se situe la maison maternelle et où tant de souvenirs de jeux avec mon frère Régis sont encore présents à mon esprit. Sur les Chemins de

Toulouse correspond l’éloge de ma chère ville définie par René-Victor Pilhes comme

« subtile, épicurienne et tolérante » largement ouverte aux influences Méditerranéennes. Sur les Chemins de Toulouse correspond l’éloge de ma chère ville définie par René-Victor Pilhes comme « subtile, épicurienne et tolérante » largement ouverte aux influences Méditerranéennes.

J’y dépeins le Toulouse des quartiers de ma jeunesse, le faubourg Bonnefoy, Croix-Daurade, l’atmosphère enflammée du lycée Raymond Naves puis les différents quartiers de Toulouse où j’ai résidé après mon retour dans cette belle ville en 1992. La Corse, l’île enchanteresse correspond aux lieux et aux arbres souvent emblématiques de cette île si « souvent conquise jamais soumise » qui sait si bien aimanter ses amoureux et ses fidèles et leur rend leur attachement au centuple. Les poésies de Révolte et de Feu décrivent mes passions parfois mes indignations. Aujourd’hui que j’ai atteint 60 ans, prétendument l’âge de la sagesse, j’ai gardé vivant cette faculté de m’indigner et de me révolter avec mes mots car comme l’a écrit Gabriel Celaya «« La poésie est une arme chargée de futur ». Renouveau des saisons et petits bonheurs regroupe des poèmes sur les saisons, quelques lieux que j’ai découverts et aimés et pour finir, évoque nos compagnons les chiens qui sont une source de confiance et de réconfort."

 

Paul Arrighi est né à Bougie, désormais Bejaia, en Kabylie, d’un père Corse, professeur d’anglais, et d’une mère Pyrénéenne, institutrice, le 26 février 1954. Ses premières années se sont passées sous l'état de guerre. De cette enfance vécue à Akbou reste profondément enfouie les senteurs d'olives de l'épicier mozabite, les senteurs de viande d'agneau sur l'étal du marché et ce goût à la fois acide et sucré des nèfles. «Rapatrié» en 1962 dans les Pyrénées, Paul a toujours gardé une nostalgie pour les paysages méditerranéens et éprouve encore la sensation d’avoir quitté une terre ocre de soleil. Il a ensuite vécu sa jeunesse à Toulouse à l’école Bonnefoy et au lycée Raymond Naves mêlant alors dans un creuset culturel réussi, les enfants de «pieds noirs », les fils de réfugiés espagnols et les jeunes des faubourgs toulousains. Mai 1968 a éclaté alors qu’il avait 14 ans et l’a éveillé plus tôt à la vie de la cité. Paul Arrighi a ultérieurement fait des études d’histoire terminées par une maîtrise et bien plus tard, par une thèse de doctorat soutenu le 12 mars 2005 sur le juriste antifasciste, Italien et Européen, Silvio Trentin, figure de l’antifascisme et de la Résistance et libraire à Toulouse. Silvio Trentin était de ces êtres rares qui savent relier la pensée et l'action. La montée du fascisme en Italie, puis la guerre, vont servir de cadre à son engagement politique. Universitaire, juriste, homme politique, combattant, Européen, il fut tout cela à la fois. Son opposition à l'oppression le conduit à quitter l'Italie pour la Gascogne en 1926, puis Toulouse ou il ouvre une librairie. Celle-ci, 46 rue du Languedoc, devient vite un foyer ouvert aux idées progressistes. Son soutien aux républicains espagnols l'amène à se rendre à plusieurs occasions à Barcelone. La deuxième guerre mondiale survient et son engagement devient résistance. Il soutient, organise, théorise la Résistance; son organisation - Libérer et Fédérer - sera un mouvement original de reconquête de la liberté dans le Sud de la France. Mais la lutte a lieu aussi en Italie et Silvio Trentin ne peut pas ne pas y participer. Il retourne dans son pays, il combat, il est fait prisonnier. Il meurt en détention en 1944. Dans cette dense biographie - écrite à partir de sa thèse soutenue en 2005-, Paul Arrighi rend hommage à ce grand Européen dont l'action et la pensée continuent aujourd'hui encore à servir d'exemple. Son livre, chez l'éditeur toulousain Loubatières est magnifiquement préfacé par Rémy PECH, Professeur des Universités et historien notoirement connu entre autre pour ses livres sur Jaurès, figure qui a aussi marqué la vie toulousaine.

Paul Arrighi aime beaucoup la Corse ou il a tant de fois séjourné depuis son enfance dans le village paternel. Ses goûts et les valeurs essentielles qu’il s’efforce de promouvoir sont : la liberté, la curiosité d’esprit, l’ouverture aux autres. L’écriture de la poésie est en quelque sorte devenue pour lui une sauvegarde et un talisman dans l’attente hypothétique d’un monde plus tolérant ainsi que de l’émergence d’un indispensable nouveau rapport avec la nature.

 

A lire cette « Fulgurance des Lieux et de Mots », le lecteur comprend tout de suite qu’il est invité à partager le regard que projette l’auteur sur sa propre vie et sur les lieux qui ont imprégné cette vie.

Et que pouvait connaître mieux Paul Arrighi, sinon son vécu ?

Pas d’autres matériaux, car l’Histoire qu’il intègre aux tableaux subjectifs de ses jours et des lieux où ils défilent, est ressentie, non comme un fait extérieur, objectif, mais comme une expérience qui a forgé son devenir.

Car l’authentique Historien qu’est Paul Arrighi (son livre sur Silvio Trentin est la référence en la matière) prend fait et cause avec ostentation pour les personnages qu’il a élus. En réalité, l’auteur ne se départit jamais de sa forme efficace de militantisme, celle d’un parti pris sans ambiguïté, suivi d’une célébration des héros de l’Histoire. Ce sont ces figures de l’Histoire, souvent d’ailleurs contemporaines, dont ils s’emparent, qui façonnent la personnalité intime du poète.

Et en célébrant Silvio Trentin, Mikis Théodorakis, John Lennon, Coluche et Léopardi, il nous dévoile son monde comme si de rien n’était. Mais son monde devient le monde. Il ne saurait le chanter autrement. A travers ces figures mythiques ou l’épopée de la Retirada, il nous livre l’essentiel. Pour Paul Arrighi, il n’existe pas d’autre réalité que celle de sa conscience humaine, celle avec laquelle, inlassablement, il a fabriqué son monde qu’il nous invite à contempler.

Et en le suivant dans sa pérégrination qui rend compte déjà d’une longue vie, ce n’est pas seulement une bonne conscience qu’il nous offre, mais plutôt l’exercice d’une amitié sans ruse pour le lecteur.

 

Le poète qui poursuit une finalité aussi généreuse ne s’embarrasse pas de fioritures ni de recherches coûte que coûte d’un style nouveau. Il écrit comme il est. Spontané, d’une sensibilité à fleur de peau, protecteur du plus faible, avec la fierté paradoxale de l’humilité.

Ce qu’il a à dire est toujours un témoignage, celui de sa subjectivité créatrice. Aucun obscurantisme dissolu dans les mots qu’il emploie. La simplicité. Celle de sa joie de vivre, du parti pris d’une vie bon enfant. Celle d’un bonheur simple qui l’a accompagné toute son enfance et sa jeunesse. Celle d’une douceur de vivre, d’une tendresse enveloppante qui ferait de lui un homme égaré, si elle lui était retirée. Il écrit donc avec sa tendresse familière, celle qui fait dire : « Quand il fait printemps », « les plus jolies filles se promenaient en groupe, /c’est une raison bien suffisante pour nous y retrouver », « l’espoir (…) c’est de ne pas faire perdre sa dignité à son adversaire », « ceux qi aiment l’eau très fraîche / Peuvent nager avec les truites », « depuis tant de siècles nous cultivons l’olive, / que des fleuves d’huile pourraient sortir des jarres ».

Né en Kabylie, Paul Arrighi a conservé « une nostalgie inguérissable pour les paysages méditerranéens ».

Ces paysages, il a la chance de pouvoir les admirer en Corse, patrie d’origine de son père poète. Et la vénération qu’il voue à son père finit par se fondre dans l’amour de cette terre corse qu’il retrouve toujours avec volupté et où les arbres emblématiques de la Méditerranée, les oliviers, « veillent désormais sur la quiétude des geais, des renards et des bandits ».

De son origine corse, le poète éprouve « le sentiment tragique de la vie » qui terrassait Miguel de Unamuno, mais sa forte imprégnation toulousaine tempère l’absolu de ce sentiment.

Car la ville, insidieusement, a laissé des marques définitives. Nul n’échappe à l’emprise d’une jeunesse vécue dans les quartiers de Bonnefoy ou Croix-Daurade. Et l’historien est comblé de toutes les épopées que connut la cité depuis l’antiquité. Et fasciné par le Gai Saber qu’il ne conçoit que comme devant se prolonger éternellement. L’amour courtois est toujours de mise et le regard bienveillant qu’il jette toujours aux dames, en est une de ses manifestations.

Cette enfance heureuse qu’il connut en Kabylie et à Toulouse, fit aussi escale dans la maison familiale de Luchon, au cœur des Pyrénées. Encore un lieu d’enchantement pour cette âme ravie, baignant  dans la chaleur familiale de sa grand-mère, de son frère et de ses parents. Ce bonheur, imprimé au fer rouge dans sa mémoire, l’aidera à reconnaître la beauté différente des lieux de passage. Et son cœur demeure joyeux, voire facétieux : « Au bord du Canal Saint-Martin / paraître sérieux semble vain ».

Mais toute chose a une fin. La belle maison construite sous l’Empire à Luchon, est vouée à la démolition. Que peut-il rester d’une vie ? Qu’elle ait eu un sens : « Si je mourais demain, / Donner sens à ma vie, / C’est là, un vrai dessein ».

Et lui qui affirme : « Que jamais les violents n’ont créé le demain », dans un poème dédié à six poètes disparus qui ont chanté la liberté parfois jusqu’à en mourir, met en garde, comme dans un dernier sursaut, contre « la violence (…) qui rend esclave des idées ».

 Pour chercher le sens à toute vie, c’est « l’amitié » qui doit être « la boussole ».

Ainsi, l’idée rimbaldienne de « changer la vie », pour Paul Arrighi se réalise par la douce affection, à la fois à nos semblables, les hommes, et aussi au monde, dont ils ont hérité et qu’ils créent inlassablement à leur image.

Lecture de poèmes extraits du recueil par l'auteur et lecture de "La Retirada" par Christian Saint-Paul.

Avec la publication de ses poèmes, Paul DAUBIN alias Paul ARRIGHI nous livre sa vision intime des choses de sa vie quotidienne et du monde. Souhaitons que ce fou d'histoire nous permettra bientôt, avec l'équipe qui s'est formée autour de ce projet, de connaître la vie et l'œuvre d'un autre personnage qui a façonné la culture et la vie toulousaine : le docteur Camille SOULA. Nous attendons cette publication avec grande impatience.

 

 

 
 
17/07/2014

 

Manijeh

 NOURI

 

RETOUR

 

 

 

En préambule, Christian Saint-Paul invite les auditeurs à se rendre le samedi 19 juillet 2014 à 21 h à Saint-Félix Lauragais au Chai du Domaine du Ravan, au récital du Trio Vicente PRADAL (chant), Paloma PRADAL (chant flamenco) et Rafael PRADAL (piano), autour des grands auteurs espagnols et du chant flamenco. Le génie musical des PRADAL fait rayonner avec un exceptionnel bonheur la poésie espagnole et le flamenco. Toulouse s'honore de cet héritage culturel qui se perpétue depuis trois générations.

Diffusion d'un poème de NERUDA mis en musique et chanté par Vicente PRADAL.

 

La revue ENCRES VIVES nous livre trois numéros pour l'été (chaque volume, 6,10 €, abonnement 12 n° 34 €, à adresser 2, allée des Allobroges 31770 Colomiers) ; les n° 429 et 430 constituent une anthologie des auteurs des EDITIONS DE L'ATLANTIQUE qui étaient dirigées par Samuel POTIER et Silvaine ARABO et qui ont tant œuvré pour la diffusion de la poésie contemporaine. Michel COSEM qui poursuit une démarche généreuse depuis 1960, a tenu à rendre hommage au travail éditorial de ces éditions et accueille dans deux numéros une anthologie rassemblant tous les auteurs publiés de 2008 à 2013. Nous y retrouvons bien sûr des poètes familiers mais également des poètes à découvrir. Il en résulte que ces deux numéros se révèlent un document précieux sur un aspect de l'état de la poésie aujourd'hui. Une riche lecture que ce rassemblement de poètes !

Le numéro 431 d'Encres Vives reprend un recueil de Pierre COLIN : "Grèce Obscure" avec des photographies de Maïté COLIN. Nous avions déjà évoqué ce recueil et lu des extraits dans les dernières semaines, à la suite de la disparition de Pierre COLIN. Que Michel COSEM le diffuse maintenant dans le circuit des abonnés est une excellente initiative. Voici ce qu'il écrit sur sa démarche:

 " Combien est cruel d’apprendre brusquement la mort d’un ami, d’un compagnon alors que l’on a l’intention de lui écrire. Cela vient de se passer avec Pierre Colin. Il nous a quittés un jour de mai, lui qui avait mené tant d’actions d’avant-garde pour que la poésie ne soit pas oubliée dans le monde de la jeunesse et qui accordait tant d’importance à l’écriture poétique qui était son principal outil de communication avec le monde. Il avait beaucoup à dire encore et à faire.

Je ne puis m’empêcher de repenser à toutes les actions que nous avons menées ensemble. Les images reviennent sans que je les sollicite : nous voilà dans la cour d’un lycée d’Avignon réalisant avec Michel Ducom les premiers ateliers d’écriture en France lors du Festival., nous revoilà dans ses cafés littéraires qu’il organisait avec son groupe à Tarbes, mais aussi lors des rencontres poétiques de Quimperlé et je ne parle pas des réunions de travail à Toulouse ou l’adorable petit port breton de Pors Poulhan qu’il aimait.

Au-delà du militantisme il y avait chez Pierre Colin (et toutes les publications d’Encres Vives en témoignent) un souci de la langue exacte et forte productrice d’imaginaire, un alliage original de la réalité et du mythe sans aucune concession ni lieu commun.

Voici plutôt qu’un hommage traditionnel une nouvelle lecture de ces poèmes écrits en Grèce où il est retourné avec Maïté si souvent et qui prouvent combien son regard sur le monde était profond, heureux, fraternel et volontiers donné en partage."

Pierre Colin a publié dans la collection « Encres Vives » (le catalogue général des éditions est accessible en page d'accueil du site les-poetes.fr) :J’ai dit mon nom, folie dans les syllabes/Les mots n’ont pas de langue/ Se désagrègent, se décousent nos manteaux de disants/Tout retourne au bercail des langues/Soleil de l’apocalypse. Dans la collection Lieu : Grèce obscure/Lettre de Mitylène. Il fut un temps membre du comité de la revue.

Lecture d'extraits du recueil.

Elle allonge une jambe qui aussitôt

prend feu. L'œil jette ses crécelles

de becs. La lèvre se dilate,

fleurit, épine, ergot, combat.

 

Bras qui roulent, la mer au poing.

Le chignon fleurit nuit et jour.

Guerre aux fronts, vieux démons !

 

Elle éclaire sa voix d'un petit bout

d'écume. D'île en île, la hanche obscure,

la cuisse en friche, va et vient.

 

C'est la cheville, l'oriflamme,

la nef. Femme.

 

Ciel grec,

Juillet 95

 

Jean-Pierre CRESPEL un auteur également publié par Encres Vives, a fait paraître aux éditions Tensing, (www.editions-tensing.fr) 108 pages, 9 €, Illustration – Penny Parker : "La Nuit Multitude" poèmes. Saint-Paul salue cette initiative car il s'agit en grande partie de la reprise de recueils publiés initialement dans des livres d'artiste à tirage limité. L'ensemble, d'une grande cohérence, rend compte de la personnalité lyrique pleinement assumée d'une écriture "enchanteresse" comme aurait dit le surréaliste Jean-Pierre LASSALLE.

"Le loup silencieux du solstice d’hiver, traverse le temps jusqu’à moi, pénétrant les murs maîtres, les cloisons, la silhouette inquiétante des meubles dans la pénombre, à certaines heures de la nuit.

Parcourt sans fin les collines érodées, traverse rivières et marécages, basses terres de tourbières enneigées, forêts boréales, prairies, montagnes rocheuses, grands lacs et grandes plaines.

Je perçois son halètement, son souffle retenu."

Jean-Pierre Crespel a fait ses études supérieures à Paris X-Nanterre et Paris I-Panthéon Sorbonne- Ecole Pratique des Hautes Etudes- 4ème section.

Il est titulaire des diplômes de l’enseignement supérieur de philosophie et d’esthétique - Histoire de l’Art, Trecento et Renaissance Italienne.

Il a commencé à écrire et publier dès l’âge de 16 ans, notamment dans la revue Encres vives, Dire, Impact 10 et Verticales 12 et dans un grand nombre d’anthologies française, suisse, roumaine et israélienne.

Lecture d'extraits.

Se souvenir de l'oubli

1

Ce que j'ai oublié

tressaille en récits invisibles

dans la prudence des braises assagies

 

L'île d'enfance sommeille si loin

dans un lieu si étrange

où les visages frôlent d'autres ombres

 

et ce qui a été perdu

réapparaît malgré nous

 

Un empan de jour plaintif

s'insinue dans l'embrasure

et s'installe aux fenêtres

 

Souveraine

l'étrangeté de l'instant

étreint les mains

 

Gardiennes des solitudes

Les falaises dessinent leurs promontoires

calcaires et se penchent vers la mer

 

L'émission est ensuite consacrée à l'invitée, Manijeh NOURI.

 

Manijeh Nouri, d'origine iranienne, est enseignante de langue et de littérature persanes. Elle a traduit des œuvres de poésie mystique persane, notamment celles de Rûmi. Familière de l'émission "les poètes", où elle vient régulièrement présenter les évènements auxquels elle participe, quand elle n'en est pas l'instigatrice, son inlassable travail de traduction a été récemment récompensée par un prix international qui lui a été remis à Téhéran. Chercheuse en lettres persanes, elle est spécialiste reconnue de la littérature mystique. Polyglotte, elle intervient au sein des congrès et colloques universitaires en Europe et en Orient. On lui doit entre autres  "Coeur et Beauté ou Le Livre des Amoureux" de Fattâhi de Nishâpur, aux éditions Dervy, et "La Conférence des Oiseaux" de Attâr aux éditions du Seuil.

 D'un dynamisme inébranlable, cette militante intellectuelle pour la paix est en communion d'esprit avec les poètes occitans et s'est investie dans la défense de cette culture humaniste.

Ainsi, elle a créé une association culturelle, partenaire de la Convergence Occitane: "Ariana / regards persans" qui du 11 au 14 mai 2014, a invité Cheikha Nour, actuelle Grand Maître de l’ordre des soufis Mevlevi (Derviches) en Turquie et grande personnalité du monde soufi international.

Deux conférences ont présenté  la philosophie de Rumi sous deux thèmes différents:

- « Rumi, l’Amour et l’Humain »le 12 mai

- « Rumi et l’Europe » le 13 mai

Il importe à Manijeh NOURI de faire connaître au mieux l'universalité du message poétique de ce maître mondial de la poésie mystique.

Elle revient en conséquence sur un des thèmes traités à Toulouse, RUMI et l'amour avec sa publication chez Dervy, un livre magnifique accompagné d'un CD-Rom : "Le sens de l'amour chez Rûmi" (256 pages, 38 €).

 Ce livre de poésie mystique écrit en persan, traduit en français, nous fait découvrir la haute littérature soufi persane. Voyage de beauté, de paix et de joie. Ce magnifique livre bilingue est illustré d'enluminures anciennes et accompagné d'un CD de poèmes lus en persan et en français.

 

Qui est RÛMI ?

Grand poète, philosophe et Maître Soufi Djalâl ud-Dîn Rumi, originaire de Khorassan en Perse, est né en 1207 à Balkh et mort en Turquie, à Konya en 1273.

Sa pensée a profondément influencé le soufisme.

La musique, la danse et le chant font partie intégrante de sa pratique spirituelle.

Il est le fondateur de l’Ordre des Soufis Mevlevi (Derviches) en Turquie.

Les poèmes lyriques et amoureux

Ce genre poétique, contemporain de la poésie de cour, naquit également au IXe siècle au Khorassan, là où le persan dari était devenu langue officielle et littéraire. Le ghazal, qui devient le nom spécifique pour ce genre poétique aux XIe-XIIe siècles, est récité ou chanté et souvent accompagné d'instrument de musique. Les poètes s'attachent toujours à la concision, soignent l'impression de douceur et la beauté des mots et s'essayent à obtenir le sens le plus subtil. C'est pour pouvoir exprimer au mieux les sentiments et les passions de l'amour, les états de l'amoureux que le ghazal est chanté.

Plus tard, les poètes soufis, tel Sanâ'i, ‘Attâr et Jalâl ud-din Rumi utilisèrent le genre du ghazal pour chanter leur extase mystique et exalter ainsi leur passion envers Dieu. Jalâl ud-din Rumi et Saadi eurent une influence considérable sur la poésie persane et après eux la distinction entre le ghazal amoureux et le ghazal mystique s'effaça.

L'immense recueil de poème de Jalâl ud-din Rûmi « Mowlânâ », intitulé Divan Shams est le meilleur exemple de ce genre poétique en persan. Voici un fragment d'un ghazal extrait du Divan Shams :

Mourez, mourez en cet Amour,
Lorsque vous mourrez, vous tous recevrez l'Esprit,
Mourez, mourez et n'ayez pas peur de cette mort
Car vous vous élèverez de cette terre et vous rejoindrez le ciel.
Mourez, mourez et coupez cette âme concupiscente car cette âme concupiscente est
Comme une chaîne, dont vous êtes le prisonnier.
Prenez une pioche dans la fosse de votre prison,
Soyez à l'affût dans la fosse de votre prison,
Lorsque vous serez arrivés à casser votre prison,
Vous serez tous des rois et des émirs.
Mourez, mourez et sortez de ce nuage,
Quand vous serez sortis de ce nuage,
La lune pleine, tous vous serez.

(Ghazal 1636)

Manijeh lit dans les deux langues, persan et français des poèmes de Rûmi.

Elle souligne qu'il faut entendre la sonorité du persan, très attaché à la forme métrique, qui en fait une musique scandée. Elle précise qu'il existe dans la poésie persane 38 formes de métriques différentes. Le rythme est fondamental dans la poésie. Le poème privilégie les rimes intérieures.

RÛMI est l'incarnation d'une civilisation lettrée qui dit  l'amour, la danse, l'écoute, l'alchimie.  L'alchimie elle-même se différencie selon trois formes : la forme du laboratoire, la forme du livre et la forme de l'être humain. C'est cette dernière alchimie qui est l'essentielle; c'est l'abandon de l'ego. Ce n'est plus la raison raisonnante qui domine. L'amour est un autre royaume qui est en nous. Du reste, le persan dispose de 64 mots pour "amour". "Sheq", l'amour universel est le plus utilisé.

C'est cet amour qui envahit notre cœur qui parvient à étouffer notre ego et fait de nous, un être en harmonie avec le cosmos.

Lecture de poèmes par Manijeh NOURI et également diffusion de musique classique persane avec Mohammad REZA SHADJARIAN, et audition d'un extrait des "Douze séquences du Reng-e- Shahr Ashub par MUSAVI.

Toujours passionnée et passionnante, Manijeh NOURI nous entraîne dans un monde voisin du Paradis, celui de l'Amour et de la Paix ! 

 

 
 
10/07/2014

 

Jean-Pierre DENIS

 

 

 

 

RETOUR

 

 

 

Christian Saint-Paul reçoit son invité : Jean-Pierre DENIS venu présenter son deuxième recueil de poésie "Manger parole" aux éditions Ad Solem et exposer sa démarche créative dans laquelle la poésie est fondamentale, pour ne pas dire vitale.

L'auteur raconte l'histoire de sa famille et sa propre histoire qui en découle.

Wikipedia le résume ainsi :

"Jean-Pierre Denis est un journaliste, écrivain et poète français et catholique. Toulousain d'origine, (il raconte dans "Nos enfants de la guerre" que sa mère et sa tante, juives, ont été protégées et sauvées dans un couvent de l'Aveyron par Marguerite Roques et Denise Bergon, avec l'appui de Monseigneur Saliège), il fait ses études au Lycée Saint-Sernin, y est primé pour un journal lycéen (La Loupe), et est reçu à Science Po. Il devient journaliste, et après un passage en Asie, après Europe 1 et Le Monde des Religions, il devient directeur de la rédaction de l’hebdomadaire chrétien La Vie. Il participe comme chroniqueur ou comme invité à de nombreuses émissions de radio ou de télévision.

Ouvrages

·         Nos enfants de la guerreÉditions du Seuil, 2002

·         Dans l’éblouissant oubli, ,Ad Solem, 2010

·         Pourquoi le christianisme fait scandale, éloge d’une contre cultureÉditions du Seuil, 2010

·         Manger parole, Ad Solem, 2012

Notes et références

1.    Pierre Dharréville, « Pierre Dharréville a lu Jean-Pierre Denis Des mots de justes [archive] », L'Humanité, 17 juin 2002

2.    Denis Slagmulder, « Elle a tendu la main aux Juifs [archive] », La Dépêche du Midi, 4 mars 2012

3.    Dans l’éblouissant oubli… Ce titre, d’une merveilleuse sonorité [archive]

4.    Monique Petillon, « "Dans l'éblouissant oubli" de Jean-Pierre Denis [archive] », Le Monde, 12 août 2010

5.    Jean-Pierre Denis, éloge d’une contre-culture : le christianisme [archive]

6.    Dominique Greiner, « Les défis et les chances d'un christianisme minoritaire [archive] », La Croix, 26 septembre 2010

7.    Stéphanie Le Bars, « "Pourquoi le christianisme fait scandale", de Jean-Pierre Denis : chrétiens, parlez haut ! [archive] », Le Monde, 9 septembre 2010

8.    Catherine Coroller, « L’église au seuil de la reconversion [archive] », Libération, 13 novembre 2010

9.    François-Xavier Maigre, « Exaltation. Manger Parole de Jean-Pierre Denis [archive] », La Croix, 29 novembre 2012

10.  Émilie Eyzat, « Anaphores et enjambements [archive] », Le Point, 23 août 2012

·         Blog de Jean-Pierre Denis

·         « Le jeu est aujourd'hui extrêmement ouvert»Le Parisien, 12 février 2013, interview de Jean-Pierre Denis à propos de la démission de Benoît XVI.

·         "La chasteté est révolutionnaire"L'Express, 13 septembre 2010, interview de Jean-Pierre Denis.

·         Subversive, l'Eglise?L'Express, 13 septembre 2010, interview de Jean-Pierre Denis."

Dans l'entretien Jean-Pierre DENIS accorde une large place à ses origines à la fois catholique par son père et juive par sa mère. Il insiste sur le rôle joué par Monseigneur SALIEGE évêque de Toulouse sous l'occupation de la ville en 1942. Le texte qu'il fit lire dans toutes les églises de son diocèse est un texte universel. Il vise toute oppression et toute ségrégation. L'homme d'Eglise avait su constituer un réseau de sauvegarde qui a permis de sauver de la déportation un grand nombre d'enfants juifs. Madame ROQUES du couvent de l'Aveyron a été reconnue "Juste parmi les Nations". C'est elle qui avait répondu quand Jean-Pierre DENIS l'interrogeait sur son implication courageuse pendant la guerre : "Nous avons eu beaucoup d'enfants et nos enfants sont nos enfants de la guerre". C'est elle, en réalité qui a donné le titre du roman "Nos enfants de la guerre".

Revenant sur l'action du cardinal SALIEGE, Jean-Pierre DENIS fait valoir que la parole qu'il a donné à écouter est une parole qui a nourri les fidèles, et au delà la population et plus tard l'humanité. Cette parole a incité beaucoup de gens à faire de petits gestes qui ont permis de sauver beaucoup de gens. Une parole qui ne nourrit pas n'est pas une parole. De la même manière une poésie qui ne nourrit pas n'est pas une poésie. Déjà dans Ezéchiel, il y a cette image de la parole qui nourrit, cette image de manger la parole.

Ce poète est un homme d'expériences. C'est un journaliste heureux qui aime son métier. Il a vécu au Japon, s'est intéressé aux religions dans leur diversité. De cette riche vie qui continue, il a compris que l'on peut ouvrir des portes qu'on ne croyait pouvoir ouvrir. Son intérêt pour l'univers et la personne humaine est toujours aussi fort. Comme journaliste, il fait l'apologie de la radio. C'est une bonne passeuse de parole. La télévision se fixe toujours sur l'image qui finit par l'emporter sur la parole.

Si l'écriture poétique et celle de l'essai peut sembler dans une apparente continuité d'un travail sur les mots, il s'agit en fait de domaines très éloignés. Car la poésie est d'un autre ordre. Par exemple, même s'il est sain d'avoir des doutes sur ses propres idées, quand on connaît la vertigineuse évolution des savoirs et des idées, on prend des coups pour défendre ses idées. Mais la poésie, elle, ne défend rien. Elle est désarmée et inutile. En plus, il n'y a pas d'intérêt économique en poésie. Ce qui n'empêche nullement qu'il faut impérativement lui donner sa place. Mais pourquoi en a - t- on peur ? Dans une librairie toulousaine, il a fait remarquer que dans le rayon poésie, il existait une différence considérable avec les autres rayons : tous les auteurs présentés étaient des auteurs morts. Le bon poète est le poète mort. Ce n'est pas le cas partout; en Espagne les poètes vivants sont exposés dans les rayons des librairies et ils sont lus. La France ne réserve qu'une place marginale à la poésie. Ce qui ne l'empêche pas d'exister et de haut vol.

Le bruit médiatique n'est pas la parole, c'est son double trompeur. Et rien n'est plus beau que le silence entre deux personnes qui s'aiment.

Jean-Pierre DENIS a beaucoup étudié les rituels. "Manger parole" fait bien sûr référence au rituel de l'eucharistie. Il se situe dans le prolongement du Prologue de l'Evangile de Jean. Le Verbe est Dieu. Dieu est Parole. Cette parole est profondément habitée. Or, aujourd'hui cette parole est enfouie, perdue, et il faut la retrouver.

L'auteur lit de larges extraits de "Manger parole".

Face au verbiage de la mort
La parole a tenu tête
Opposant un silence obstiné


"Avec ce deuxième recueil poétique, Jean-Pierre Denis nous propose un grand psaume de pèlerinage, scandé par quatre chants: L'oiseau mort – La porte close – Des beaux exaltés – Du cœur en éveil. Quatre chants, comme quatre déclinaisons de ce qui, tour à tour, nous immobilise en nous fermant à la vie, ou nous projette hors de nous, dans la quête violente ou chimérique d'une identité d'emprunt.
Une question résonne silencieusement dans ce recueil, toute de force contenue: Qui de la vérité ou de l'illusion aura le dernier mot? Peut-être la parole elle-même, qui s'est dépouillée de toute grandeur pour nous donner la vie.

Comme des signes dans la poussière
Comme un miroir tendu sur le bois
Pour que s'y voie le monde tout entier."


"Avec la violence salvatrice de l’amour, ces psaumes de la parole claquent la porte de nos tombeaux confortables pour faire entrer le vent cinglant de la vie. Le souffle même, il est vrai, est parole." conclut Jean-Marc BASTIERE sur son blog "La Procure."

 

Il annonce qu'en septembre paraîtra son troisième livre de poésie : "Me voici forêt" qui comprendra mille quatrains sur les arbres.

Nous aurons donc le plaisir de rendre compte de ce futur livre.

 

 

 

 

 

 
 
03/07/2014

Michel HOST

 

 

 

 

 

RETOUR

  

 
 
03/07/2014

Michel HOST

 

 

 

 

 

RETOUR

 

 

Christian Saint-Paul signale la parution de "Fulgurance des Êtres, des Lieux Et des Mots" Textes et Poésies, préface de Christian Saint-Paul, de Paul DAUBIN, 104 pages, 10 € disponible sur Amazon et PriceMinister.

Paul DAUBIN est le nom de signature des poèmes et textes de Paul Arrighi qui, comme il est mentionné dans la 4ème de couverture du livre, "est né à Bougie, désormais Bejaia, en Kabylie, d’un père Corse, professeur d’anglais, et d’une mère Pyrénéenne, institutrice, le 26 février 1954. Ses premières années se sont passées sous l'état de guerre. De cette enfance vécue à Akbou reste profondément enfouie les senteurs d'olives de l'épicier mozabite, les senteurs de viande d'agneau sur l'étal du marché et ce goût à la fois acide et sucré des nèfles. «Rapatrié» en 1962 dans les Pyrénées, Paul a toujours gardé une nostalgie pour les paysages méditerranéens et éprouve encore la sensation d’avoir quitté une terre ocre de soleil. Il a ensuite vécu sa jeunesse à Toulouse à l’école Bonnefoy et au lycée Raymond Naves mêlant alors dans un creuset culturel réussi, les enfants de «pieds noirs », les fils de réfugiés espagnols et les jeunes des faubourgs toulousains. Mai 1968 a éclaté alors qu’il avait 14 ans et l’a éveillé plus tôt à la vie de la cité. Paul Arrighi a ultérieurement fait des études d’histoire terminées par une maîtrise et bien plus tard, par une thèse de doctorat soutenu le 12 mars 2005 sur le juriste antifasciste, Italien et Européen, Silvio Trentin, figure de l’antifascisme et de la Résistance et libraire à Toulouse. Paul Arrighi aime beaucoup la Corse ou il a tant de fois séjourné depuis son enfance dans le village paternel. Ses goûts et les valeurs essentielles qu’il s’efforce de promouvoir sont : la liberté, la curiosité d’esprit, l’ouverture aux autres. L’écriture de la poésie est en quelque sorte devenue pour lui une sauvegarde et un talisman dans l’attente hypothétique d’un monde plus tolérant ainsi que de l’émergence d’un indispensable nouveau rapport avec la nature.

 

Ce recueil évoque les thèmes suivants :

Souvenirs d’Enfance situés avant 1962 en Kabylie à Akbou où mes parents

enseignaient, puis à Luchon où se situe la maison maternelle et où tant de souvenirs de jeux avec mon frère Régis sont encore présents à mon esprit.

Sur les Chemins de Toulouse correspond l’éloge de ma chère ville définie par René-Victor Pilhes comme « subtile, épicurienne et tolérante » largement ouverte aux influences Méditerranéennes. J’y dépeins le Toulouse des quartiers de ma jeunesse, le faubourg Bonnefoy, Croix-Daurade, l’atmosphère enflammée du lycée Raymond Naves puis les différents quartiers de Toulouse où j’ai résidé après mon retour dans cette belle ville en 1992.

La Corse, l’île enchanteresse correspond aux lieux et aux arbres souvent emblématiques de cette île si « souvent conquise jamais soumise » qui sait si bien aimanter ses amoureux et ses fidèles et leur rend leur attachement au centuple.

Les poésies de Révolte et de Feu décrivent mes passions parfois mes indignations. Aujourd’hui que j’ai atteint 60 ans, prétendument l’âge de la sagesse, j’ai gardé vivant cette faculté de m’indigner et de me révolter avec mes mots car comme l’a écrit Gabriel Celaya « La poésie est une arme chargée de futur ».

 Renouveau des saisons et petits bonheurs regroupe des poèmes sur les

saisons, quelques lieux que j’ai découverts et aimés et pour finir, évoque nos

compagnons les chiens qui sont une source de confiance et de réconfort."

 

Saint-Paul converse ensuite avec l'invité de la semaine : Michel HOST.

Il s'explique sur les chemins pris dans sa vie, notamment après le Prix Goncourt pour "Valet de nuit" en 1986. Voici comment il se présente lui-même :

 

 Michel Host  / Notice biographique  (brève autoscopie)

Né - l’écrivain, précision utile - en 1942, en Flandre.

Vit à Paris et en Bourgogne. Poète, romancier, nouvelliste, traducteur. Hispaniste, lusophile, arachnophile et ami des chats. Agrégé d’espagnol et professeur heureux dans une autre vie. Amateur de vins, de vitesse et de rugby (la deuxième de ces passions ayant été récemment freinée par la loi, il porte dorénavant ses efforts sur les deux autres.) Aime les dames, et aussi les enfants, mais seulement jusqu’à l’âge de dix ans. Athée déterminé, il ne porte cependant aucune condamnation sur ceux qui estiment devoir croire en un Dieu ou un autre, en dépit de cette évidence que ceux qui prétendent l’avoir « rencontré » sont des vantards ou des imposteurs. 

Marié légalement à une artiste peintre (une plasticienne, selon le lexique contemporain), père d’une fille musicienne, esclave de trois chattes : Artémis (décédée), Nejma (décédée) et Tanit, et d’un chat sibérien et sourd nommé Snejok.

Se considère moins comme un créateur, terme grandiloquent réservé à Dieu, aux couturiers et aux fabricants d’automobiles, que comme un digresseur (théorie personnelle récemment développée dans Topic Magazine (Cambridge University). Contributeur dans différentes revues en activité ou défuntes* : Revue des Deux Mondes, Révolution*, Revue d’esthétique, L’Art du bref*, L’Atelier du roman, La Barbacane, Harfang, L’Autre Sud*, Nouvelle Donne*, Écrire & Éditer*, Lieux d’Être, Salmigondis…

Dirige depuis l’automne 2009 la revue de littérature et de pensée : La Sœur de l’Ange.

Fondateur de l’Ordre International du Mistigri qui comporte une quarantaine de membres répartis sur les deux continents, l’européen et l’américain. Son amour des animaux est une affaire d’enfance, nullement consécutive à cette déception que cause d’ordinaire la fréquentation des êtres humains.

Ont tenu un rôle essentiel dans sa formation initiale les écrivains, poètes et philosophes français des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, avec plusieurs auteurs de l’antiquité classique et des littératures espagnole, portugaise et allemande.

Peu attiré par le tourisme, il se déplace le moins possible, mais apprécie de voyager, c’est-à-dire de rester, aimer et connaître.

A improvisé des directions d’ateliers d’écriture en milieu scolaire, non pour former des écrivains, mais pour partager le plaisir du texte et rencontrer l’Autre-Soi. S’est un temps agrégé aux Ateliers du Jeune Ecrivain.

Apprécie l’aphorisme, l’adage, l’apophtegme et la maxime, dont il possède une riche collection personnelle. Sachant le diagnostic du docteur Jules Renard : « Sauf complications, il va mourir », il tente de s’appliquer le traitement préventif préconisé par la marquise de Sévigné : « Faisons provision de rire pour l’éternité. »

 

Plusieurs de ses livres ont été traduits en différentes langues, dont le chinois. Lui-même traduit de l’espagnol, du portugais, et seulement des textes qu’il aime. S’adonne volontiers au grec ancien. N’a pas trouvé le temps de s’ennuyer.

N’a encore assassiné aucun chroniqueur littéraire et aucun éditeur. Est conscient de son mérite sur ce point. Il place aussi de grands espoirs dans son site HOSTSCRIPTVM (aujourd’hui en panne !) pour asseoir sa mauvaise réputation.

La bêtise le remplit de mélancolie et de peur, car elle est bien trop intelligente ainsi que l’observa Robert Musil : « Il n’est pas une seule pensée importante dont la bêtise ne sache aussitôt faire usage, elle peut se mouvoir dans toutes les directions et prendre tous les costumes de la vérité. » Seul, on le sait, Paul Valéry pouvait la narguer impunément.

Bibliographie (juin 2014)  (suivi de l’astérisque  * , le livre est libre de droits et rééditable)

-          POÈMES   -

Les Jardins d’Atalante,  Ed. Rhubarbe  (Auxerre),  juin 2014

Figuration de l’Amante, Ed. de l’Atlantique , (Saintes) coll. Phoïbos, 2010

Poème d’Hiroshima, Ed. Rhubarbe,  (Auxerre),  2005

Alentours (petites proses), Ed.  de l’Escampette, 2001

Graines de pages *, poèmes sur des photos de Claire Garate, Ed. Eboris (Genève), 1999

Déterrages / Villes, Ed. Bernard Dumerchez, 1997

 

-          NOUVELLES & RÉCITS  -

L’Amazone boréale *nouvelles, Ed. Luc Pire, coll. Le Grand Miroir, (Bruxelles), 2008

Le petit chat de neige, nouvelles express, Ed. Rhubarbe (Auxerre), 2007

Heureux mortels, nouvelles, (Grand Prix de la nouvelle de la SGDL), Ed. Fayard, 2008

Peter Sís ou l’Imagier du temps, Ed. Grasset , 1996

Les Attentions de l’enfance, récits (Prix du livre de Picardie), Ed. Bernard Dumerchez, 1996 – réédition aux Ed. La Table Ronde, coll. La Petite vermillon, 2002

Journal de vacances d’une chatte parisienne, récits, Ed. La Goutte d’eau (hors commerce), 1996

Forêt Forteresse *, « conte pour aujourd’hui », Ed. La Différence, 1993

Les Cercles d’or, nouvelles, Ed. Grasset, 1989

 

-          ROMANS  -

Mémoires du Serpent, roman, Ed. Hermann, 2010

Zone blanche, roman, Ed. Fayard, 2004

Converso ou la fuite au Mexique, roman, Ed. Fayard, 2002

Roxane, roman, Ed. Zulma, 1997  - réédition au Cercle Poche, 2002

Images de l’Empire, « roman d’un chroniqueur », Ed. Ramsay, 1991

La Maison Traum, roman, Ed. Grasset, 1990

La Soirée, roman, Ed. Maren Sell, coll. Petite Bibliothèque européenne du XXe siècle, 1989 – réédition aux Ed. Mille & Une Nuits, 2002

Valet de nuit, roman (Prix Goncourt 1986), Ed. Grasset, 1986

L’Ombre, le Fleuve, l’Été, roman, Ed. Grasset, 1983 et Livre de Poche, 1984 (Prix Robert Walser 1984, à Bienne – Suisse)

 

-          TRADUCTIONS  -

Romancero gitano / Romances gitanes,  de Federico García Lorca, bilingue, aux Ed. de l’Atlantique, coll. Hermès, 2012

Ploutos, d’Aristophane  (traduction nouvelle), Ed. des Mille & Une Nuits, 2012

Coplas por la muerte de su padre / Stances pour la mort de son père, de Jorge Manrique, bilingue, aux Ed. de l’Atlantique, coll. Hermès, 2011

Trente poèmes d’amour de la tradition mozarabe andalouse des XIIe et XIIIe siècles, - première traduction en langue française, Ed. de l’Escampette, 2010

Lysistrata, d’Aristophane (traduction nouvelle), Ed. des Mille & Une Nuits, 2008

La Fable de Polyphème et Galatée, de Luis de Góngora, Ed. de l’Escampette, 2005

Les Sonnets, de Luis de Góngora  (les 167 sonnets authentifiés), Ed. Bernard Dumerchez, 2002

Vanitas, nouvelle d’Almeida Faria, dans Des nouvelles du Portugal, Ed. Métailié, 2000

 

Michel Host est agrégé d’espagnol, amoureux des langues espagnole et portugaise. Il a étudié le grec classique pour son plaisir.

Autres publications

En collaboration & Ouvrages collectifs

 

La nouvelle est la fin, in Pour la nouvelle, Ed. Complexe, coll. L’heure furtive, 1990

40 Ecrivains parlent de la mort, Ed. Horay, coll. Paroles, 1990

Avec le temps, si j’ose dire…, in « Nouvelles du temps & de l’immortalité », Ed. Manya, 1992

Transmutations littéraires, in Chercheurs d’Or, Cahier Figures, N° spécial : Ecrans de l’Aventure, Cahier N° 12 du Centre de Recherche sur l’Image, le Symbole, le Mythe, 1993

L’affaire Grimaudi, roman, avec A.Absire, J.C.Bologne, D.Noguez, Cl.Pujade-Renaud, M.Winckler, D.Zimmermann, Ed. du Rocher, 1995

Dit de Neptune en sa fontaine, in « Des Livres et vous », Anthologie dirigée par Henri Zerdoun, aux Ed. Éboris, à Genève, 1996

Roman, problème sans énoncé,  in « Questions du roman / Romans en question », Ed. Revue Europe, 1997

Fable de l’homme invisible, in « Le Livre Blanc de toutes les Couleurs », Ed. Albin Michel, 1997

La dérive des mers, in « Cent ans passent comme un jour »,  56 poètes pour Aragon, Ed. Dumerchez, Coll. Double Hache, 1997

Double Hache 1990-2001  - anthologie – Ed. Bernard Dumerchez, 2001

La Plume et la Faux, 1914-1918, poèmes sur des images de Philippe Bertin, Intensité Editions, 2001

Geste du jouvenceau qui point n’ayant nom bien sut en l’aage moderne machiner s’en faire ung de hault credit & proufict, nouvelle, in Les Chevaliers sans nom, Nouvelle Donne et Nestiveqnen Éditions, 2001.

Pure voltige, puis sur une feuille, ouvert, nouvelle, in Le dernier livre, Nouvelle Donne et Nestiveqnen Éditions, 2002.

Claire au Touquet, 1953, in « Le bord de mer », sous la direction de Claude Jacquot, photographies de Claude Jacquot, 2003

L’Enquêteur, in « Nouvelles / Novellas », 1er Salon du Livre de Chaumont,  Ed. Les Silos, 2003

C’était un lundi de novembre, La Compagnie des Livres, 2003

Puzzle dans la nuit, in « Petites nouvelles d’Éros », Cercle Poche, 2003

Digression et aléagraphie, in « Le roman, pourquoi faire ? », Ed. Flammarion, coll. L’Atelier du roman / Essais littéraires, 2004

L’Appel de la forêt – la forêt dans le conte -, Editions Transbordeurs, 2005.

Chant des ombres, in « L’année poétique 2005 » (Anthologie), Ed. Seghers

Derniers lieux humains, in « Initiales a 10 ans & autres bonnes nouvelles, Librairies du Groupement Initiales, 2007

Enquête du le roman, 50 écrivains d’aujourd’hui répondent… Ed. Le Grand Souffle, 2007

Les Brucolaques, in « Was aus mir wurde  / Ce que je devenais » (Album du Prix Robert Walser / bilingue), 2008 – Fondation Robert Walser

 

Le Voyageur éveillé & autres nouvelles, Ed. Isoète, Cherbourg, 2009

Le Voyeur, in « Nouvelles belges à l’usage de tous », sous la direction de René Godenne, Ed. Luc Pire, coll. Espace Nord, 2009

Préfaces

Nuno Júdice, Les Degrés du regard, L’Escampette, 1993.

Alonso de Ercilla, La Araucana, Utz, 1993.

François Regnault, Chemin héréditaire, En-Bas, Lausanne, 1997.

Jean-Philippe Katz, Violons et fantômes, Littéra, 1996.

Monique Castaignède, Nom de code : Athéna & Hé bien ! La guerre ! Olympio, 2000.

A publié au cours du temps dans les REVUES suivantes :

Révolutions (devenue Regards),  L’Art du bref (revue fondée par Richard Millet), Quai Voltaire, Autre Sud,  Harfang,  Revue des Deux Mondes,  Nouvelles Nouvelles (revue de Daniel Zimmermann & Claude Pujade-Renaud),  L’Argilète (revue d’Arthur Cohen),  Les Cahiers du Ru (revue de Pierre Lexert), La Barbacane (revue de Max Pons), Topic (Université de Cambridge), Nouveaux Délits (revue de Cathy Garcia), Faites entrer l’infini (revue des Amis de Louis Aragon), L’Atelier du roman (revue de Lakis Proguidis), La Sœur de l’Ange (revue de Michel Host & Jean-Luc Moreau), Saraswati (revue de Silvaine Arabo), Le Manoir des Poètes (revue de Maggy de Coster)

*

Michel HOST après plus de trois décennies de publications n'a rien de l'écrivain habitué. Il ne porte sur le monde littéraire aucune condescendance; son travail l'a singulièrement fortifié dans une posture naturelle d'humilité, celle même qui fait dire si justement au poète moine de Ligugé, François CASSINGENA-TREVEDY: "l'humilité est une certaine certitude de soi". En aucune manière, il n'a considéré son travail d'écrivain et encore plus de poète, comme le déroulement d'une carrière. Il réserve celle-ci à son métier d'enseignant, agrégé d'espagnol. Ecrire est pour lui une vocation qui lui permet d'exister pleinement. Dans l'écriture comme dans la lecture, impossible d'oublier la personne intime qui s'y livre. C'est si vrai qu'il précède ses notes de lecture de la phrase suivante : "Une lecture est une aventure personnelle, sinon à quoi bon ?" Ce qui domine dans son œuvre et dans le désintéressement mercantile de sa démarche, c'est son indéfectible attachement à la poésie. C'est avant tout un poète, et sa dernière publication "Les jardins d'Atalante" en atteste. Il se reconnait dans la formule de Georges PERROS : "La poésie "Elle est ce qui est toujours là", dans nos jours et nos nuits difficiles, et pourquoi rêvons-nous la nuit, sinon parce qu'elle ne nous lâche pas". Non, Michel HOST ne lâchera jamais la poésie, même s'il reconnait avec la totale sincérité qui caractérise l'homme, qu'on ne peut être habitée par elle, nuit et jour. L'inguérissable dépendance de l'amour, la beauté confondante de la femme, sont les thèmes inépuisables du poète. Il lit pour illustrer cette évidence, des extraits de son livre "Figuration de l'Amante" paru aux éditions de l'Atlantique, et qui espérons le, sera réédité dans une anthologie ou autre livre, bientôt.   

TA CHEVELURE

 

Fluante flambante électrique

J’y baigne

Mes doigts

Mes mains

Mes désirs de Nil et d’Amazone

Contre ta nuque elle s’élance vers les rapides

Elle cascade

 

Laisse qu’elle broussaille et tourbillonne

Qu’en ses remous nos bouches nos joues

Se noient

Qu’en nos déportements

Lents soubresauts des corps tendus étendus

À dents de jaguar je morde cette crinière

Allumeuse

Qu’en ses courants ses effilages

Je flaire la toute puissance

De ses vagues de ses senteurs étoilées

Et prenne tes pistes à la course

Efflorescences

D’odeurs pour le chasseur

Inspiré affolé qui descend

À tes fontaines

À tes sources

À tes mousses écumeuses

Vers les souvenirs de nos désirs noués

Épissures du temps

*

 

 

TON FRONT

 

Je lève les yeux
Il brille ce matin, tes longs doigts,

Tes crèmes y pourchassent les rides

À l’heure malaise s’y porte ta main

S’y coule la lumière avide

D’y capter l’ombre d’une peine

J’y lis ta pensée nos pensées

Durs paysages, nos jours innocents,

Nos jours coupables

notre lent passage

Il se lève

Il m’éclaire

Laisse que l’orage de mes lèvres

Y lave ta tristesse et l’ennui de ce jour

*

Lecture d'extraits du livre "Les Jardins d'Atalante". Poèmes sur les douze mois de l'année illustrés par Danièle BLANCHELANDE

JANVIER

Infortune du vocabulaire cette année

 

misère de la syntaxe

 

muets de charme   secs  défoliés  abolis

dépouillés  plumés  nuls

les arbres

 

Le fond de la fontaine s’est crevassé

l’eau goutte à goutte a traversé

 parois  capes  couches  strates

pour dessiner un lac  une cuisse

en bas  dans la vallée désirée d’ombres

 

Nous  notre soif  déclinons

les crêtes  grattons le rocher de nos doigts cassés

 

Sans crier gare la femme a remué

le grand lac salé se vide de son sang 

les pores s’obscurcissent

les habitants de la vallée jouissent d’un coucher de soleil

génital

visible entre les jambes d’Albane

car goguenards les bergers  - là -

troupeau aux yeux rayés 

aux quatre coins

démons de l’antique jardin

en elle satisfont

des peurs séminales longtemps

enchaînées

 

Mais veille Atalante la chasseresse

qui sur leurs rires referme ses genoux coursiers

écrase leurs têtes de liqueurs gelées

ô craquement croissance décimale

loin propagée sur les eaux

Atalante se tourne et se rendort 

des mois des semaines

laissant au lac l’usage de recourir au sang

 

Et meurt le soleil sur ces hauteurs que le froid envahit

et jusqu’au cœur de nos ossatures se loge le gel

cependant que l’autre fontaine sourd doucement

entre tes cuisses qu’elle lave toute la nuit

 

Tu t’appelles Albane et le moi braconnier

entre dans ta nuit  

*

FÉVRIER

 

Amère amande altère mes os 

Amarante ô

tu devins la sereine amante de

celui qui jonchait le val de cadavres ennemis

et crucifiait les femmes sur les portes des sanctuaires

arrachait aux ventres des mères

le fœtus violacé les vives entrailles

qu’il livrait aux crocs des chiens

 

Si limpide Toi

plus suave que le clavecin des armistices

Toi couchée dans l’arc incendié

de ses cuisses

Toi ployant sous la masse

de son obscénité

 

Je me déchire à ton soupir

m’écorche au râle d’amour 

comment peux-tu ? comment peux-tu ?

Moi  retiré de ta bouche je vais sans clocher

ni maison dans l’ornière des égorgés

parmi ses victimes  tes victimes maintenant

ô Amarante trop aimante

moi fol insensé qui me désespère

mais empli de rêves où tu baves et gémis

et râles embrassée de flammes verges brandies

redoublantes lacérations de l’air

inscrites en griffes bleutées

à tes bras à tes seins lactescents

quand déjà les bourreaux hurlent tout excités

autour du brasier de tes yeux

dressant les poteaux où ton agonie finira

dans les saccades inondées du plaisir

 

Amarante ô mon innocente

tu avais cessé de lui plaire

à la traverse de ton ventre

sur tes seins déchiquetés

sur la neige

avec des gestes lents ils étendent

-          que du supplice fort l’on jouisse  -

leurs filets  le désir  un oubli de colombes

*

JUILLET

 

Hors leur écrin de satin tes flancs s’allument

mon regard te détache à l’aube où tu te faisais prendre

des chasseurs montés de leurs vallées

                                                                     Tu es Amarante

aussi belle en dépit de la sanie des étreintes

                                                                     d’abord

ce papillon triste au coin de ta lèvre emporte

le souci de tes yeux ma rancune tout ensemble

sauf cette source de sang dont mes mains n’ont su

dévier les courants mais qu’y faire si tu accordes

plus que pain et feu à plus de prétendants

que n’en affronta le Grec

                                    et  - penses-y – moi une Ombre

que pouvais-je contre leurs poings leurs fusils

leurs chiens l’alcool blanc qui les imbibe leurs plaisanteries

grasses herbes dont ils savent se repaître

 

Je te vois qui descends au torrent

antienne couchée sur une page de ciel toute

amertume déserte ma pensée cela suffit à combler

l’attente de la lumière rais jetés pluriel hommage

à ton corps elle est sur toi et peu à peu t’immacule

ô Joie

 

C’est d’une princesse solitaire future reine d’États

délimités sur des portulans que j’invente

c’est le premier bain d’un matin de création

où des oiseaux virevoltent autour de tes épaules

mes yeux seuls les doigts roux des joncs s’y posent

leur caresse mon regard

font tes gestes pudiques et neufs

                                                             quand déjà

tu te penches sur le miroir inversé et contemples

les rides de l’amour sur fond de sable blanc

 

Parmi l’étrange songe

pour plus de lenteur en l’accomplir

j’accoste voiles amenées aux baies aux dunes aux étangs

que tu révèles et ouvres à mon esquif

j’y erre à loisir lynx agile je te contemple toute

de branches en rochers de mousses en vergers

en silence y pourchassant le lièvre du frisson

à l’entour de tes seins

je fuis tes cimes effraction qu’un orage m’interdit

te propose dans l’éclair notre longue petite mort

notre course nouvelle et de poursuivre le jeu

*

Même si PERROS affirme qu'est "poète celui qui habite totalement son être", idée reprise par SOLLERS qui dit, lui, que "la poésie, on ne la fabrique pas, on la vit, on la respire, on l'habite", il n'en demeure pas moins que ce travail de création, malgré tout, toujours un rien suspect s'agissant de poésie, Victor Hugo la considérant d'ailleurs comme "un peu extra-légale", requiert une vraie fabrication. Car "un mot de trop met tout en péril" selon le constat bien vu de Louis-René DES FORETS. Et ce livre de douze poèmes de Michel HOST, s'il existe parce que, indéniablement, son auteur est bel et bien "habité de poésie", s'est façonné lentement, comme un luthier fignole chaque violon en chef d'œuvre.  L'auteur l'indique implicitement en exergue du livre : "Ces douze poèmes, issus d’un songe d’années  - jetés la première fois sur le papier en 1972, à Saint-Auban-sur-l’Ouvèze, réécrits de mois en mois, jusqu’en 2012 -, disent aussi la cruauté des Jardins abandonnés."

Enfin Michel HOST aborde son travail de traducteur. Nul mieux qu'un poète ne peut traduire un autre poète. Ce faisant, il sert une passion; cette passion est celle d'une admiration militante de l'œuvre traduite. Ainsi il choisit les figures les plus emblématiques de la poésie espagnole, le grec antique ARISTOPHANE, le portugais Almeida FARIA. Il répète son engouement jamais affaibli pour Federico GARCIA-LORCA.

Lecture par Michel HOST de deux poèmes du romancero gitano dont :

 

ROMANCE DE LA GUARDIA                                ROMANCE DE LA GARDE

         CIVIL ESPAÑOLA                                                CIVILE ESPAGNOLE

 

Los caballos negros son.                                       Noirs ils sont, noirs sont les chevaux.  

Las herraduras son negras.                                   Leurs fers aussi, leurs fers sont noirs.

Sobre las capas relucen                                         Sur leurs capes partout reluisent

manchas de tinta y de cera.                                  des macules d’encre et de cire.

Tienen, por eso no lloran,                                     Ils ont, c’est pourquoi ils ne pleurent,

de plomo las calaveras.                                         si obtus, des crânes de plomb.

Con el alma de charol                                           Avec leur âme en cuir verni

vienen por la carretera.                                         ils arrivent par la grand-route.

Jorobados y nocturnos,                                         Bossus au milieu de la nuit[1],

por donde animan ordenan                                  là où ils passent ils disposent

silencios de goma oscura                                     des silences de gomme obscure

y miedos de fina arena.                                        et tant de peurs de sable fin.

Pasan, si quieren pasar,                                       Ils passent, s’ils veulent passer,

y ocultan en la cabeza                                          puis dans leur tête dissimulent                                                  

una vaga astronomía                                            une imprécise astronomie

de pistolas inconcretas.                                       de pistolets immatériels.

 

                   *                                                                                    *

                                                                                     

¡ Oh ciudad de los gitanos !                                   Ô ville, ville des gitans !

En las esquinas, banderas.                                     Aux coins des rues sont vos bannières.

La luna y la calabaza                                               La lune avec la calebasse,

con las guindas en conserva.                                 les griottes qu’on a confites.

¡ Oh ciudad de los gitanos !                                   Ô ville, ville des gitans!

Ciudad de dolor y almizcle,                                   Ville de douleur et de musc,

con las torres de canela.                                         ceinte de tes tours de cannelle.

Cuando llegaba la noche                                        Tandis que la nuit approchait,

noche que noche nochera                                       ô nuit d’une nuit plus que nuit,

los gitanos en sus fraguas                                       les gitans au fond de leurs forges

forjaban soles y flechas.                                          forgeaient des soleils et des flèches.

Un caballo malherido                                             Mais un cheval blessé à mort

llamaba a todas las puertas.                                   à toutes les portes frappait.

Gallos de vidrio cantaban                                       Lors des coqs de verre chantaient

por Jerez de la Frontera.                                          vers Jerez de la Frontera[2].

El viento vuelve desnudo                                        Et tourne le vent dénudé

la esquina de la sorpresa,                                        au coin de la rue de Surprise, 

en la noche platinoche,                                            dans la nuit qu’argente la nuit,

noche que noche nochera.                                       ô nuit d’une nuit plus que nuit.

 

                  *                                                                                         *                                             

 

La Virgen y San José                                                 La Sainte Vierge et saint Joseph

perdieron sus castañuelas,                                        ont égaré leurs castagnettes,

y buscan a los gitanos                                               et ils vont chercher les gitans

para ver si las encuentran.                                         qui les retrouveront peut-être.

La Virgen viene vestida                                             La Vierge s’avance parée

con un traje de alcaldesa,                                          d’une toilette d’alcadesse[3],

de papel de chocolate                                                tout en papier de chocolat

con los collares de almendras.                                  avec ses colliers faits d’amandes.

San José mueve los brazos                                        Saint Joseph agite les bras

bajo una capa de seda.                                              sous sa belle cape de soie.

Detrás va Pedro Domecq                                          Derrière eux va Pedro Domecq[4]

con tres sultanes de Persia.                                       avec trois sultans de la Perse.

La media luna soñaba                                               La demi-lune s’ensongeait

un éxtasis de cigüeña.                                               dans une extase de cigogne.

Estandartes y faroles                                                  Les étendards et les lanternes

invaden las azoteas.                                                    envahissent jusqu’aux terrasses.

Por los espejos sollozan                                              À travers les miroirs sanglotent

bailarinas sin caderas.                                                 des danseuses privées de hanches.

Agua y sombra, sombra y agua                                  Et l’eau et l’ombre, et l’ombre et l’eau

por Jerez de la Frontera.                                             vers Jerez de la Frontera.

 

                    *                                                                                          *

 

¡ Oh ciudad de los gitanos !                                           Ô ville, ville des gitans!

En las esquinas, banderas.                                            Aux coins des rues sont vos bannières.

Apaga tus verdes luces                                                  Éteins-les tes vertes lumières

Que viene la benemérita.                                               car vient la Toute méritante[5].

¡Oh ciudad de los gitanos !                                           Ô ville, ville des gitans!

¿ Quién te vio y no te recuerda ?                                  Qui, t’ayant vue, peut t’oublier ?

Dejadla lejos del mar                                                     Oh! laissez-la loin de la mer

sin peines para sus crenchas.                                        avec ses mèches dépeignées.

      

                      *                                                                                         *

                                                                                        

Avanzan de dos en fondo                                               Ils avancent en rangs par deux

a la ciudad de la fiesta.                                                   jusqu’à la ville de la fête.

Un rumor de siemprevivas                                             Puis un murmure d’immortelles

invade las cartucheras.                                                   hante soudain les cartouchières.

Avanzan de dos en fondo.                                              Ils avancent en rangs par deux.

Doble nocturno de tela.                                                  Double nocturne de tissu,

El cielo, se les antoja                                                      et, dans leur idée, le ciel n’est

una vitrina de espuelas.                                                  qu’une vitrine d’éperons.

 

                       *                                                                                           *

La ciudad, libre de miedo,                                            Libre de toute peur, la ville

multiplicaba sus puertas.                                              alors multipliait ses portes.

Cuarenta guardias civiles                                              Les quarante gardes civils  

Entran a saco por ellas.                                                 s’y jettent pour la mise à sac.

Los relojes se pararon,                                                   Là, les horloges s’arrêtèrent,

y el coñac de las botellas                                                et le cognac dans les bouteilles

se disfrazó de noviembre                                                pour n’éveiller point de soupçons

para no infundir sospechas.                                           de novembre se travestit.

Un vuelo de gritos largos                                               Une longue envolée de cris

se levantó en las veletas.                                                 jaillit d’entre les girouettes.

Los sables cortan las brisas                                            Les sabres découpent les brises

que los cascos atropellan.                                               que les sabots ont culbutées.

Por las calles de penumbra                                            Au travers des rues de pénombre

huyen las gitanas viejas                                                  s’ensauvent les vieilles gitanes

con los caballos dormidos                                              avec les chevaux endormis,

y las orzas de moneda.                                                    avec leurs pots pleins de piécettes.

Por las calles empinadas                                                 Et le long des rues escarpées

suben las capas siniestras                                               se hissent les capes sinistres,

dejando detrás fugaces                                                   qui derrière laissent, fugaces,

remolinos de tijeras.                                                        les moulinets de leurs ciseaux.

 

               *                                                                                                    *

En el portal de Belén                                                       À la crèche de Bethléem

los gitanos se congregan.                                                ils se rassemblent les gitans.

San José, lleno de heridas,                                               Saint Joseph, couvert de blessures,

Amortaja a una doncella.                                                 met une fille en son linceul.

Tercos fusiles agudos                                                      Obstinés, stridents, les fusils          

por toda la noche suenan.                                               claquent durant toute la nuit.

La Virgen cura a los niños                                              La vierge soigne les enfants

con salivilla de estrella.                                                   qu’elle oint de salive d’étoile.  

Pero la Guardia civil                                                        Mais la Garde civile avance

avanza sembrando hogueras,                                          semant sur ses pas des brasiers,

donde joven y desnuda                                                    dans lesquels jeune et mise à nu

la imaginación se quema.                                                l’imagination se consume.

Rosa la de los Camborios                                                Rosa, fille des Camborios,

gime sentada en su puerta                                               assise à sa porte gémit

con sus dos pechos cortados                                           regardant ses deux seins coupés

puestos en una bandeja.                                                  qu’on a posés sur un plateau.

Y otras muchachas corrían                                              Et d’autres filles s’enfuyaient

perseguidas por sus trenzas,                                           pourchassées, saisies par leurs tresses,

en un aire donde estallan                                                 dans un air où partout éclatent    

rosas de pólvora negra.                                                    de ces roses de poudre noire.    

Cuando todos los tejados                                                 Lorsque tous les toits en terrasses

eran surcos en la tierra                                                     furent des sillons mis en terre

el alba meció sus hombros                                               l’aube balança ses épaules

en largo perfil de piedra.                                                  en un  très lent profil de pierre.

¡ Oh, ciudad de los gitanos !                                             Ô ville, ville des gitans!

La Guardia civil se aleja                                                      La Garde civile s’éloigne

por un túnel de silencio                                                     suivant un tunnel de silence

mientras las llamas te cercan.                                           tandis que les flammes t’encerclent.

¡ Oh, ciudad de los gitanos !                                             Ô ville, ville des gitans!

¿ Quién te vio y no te recuerda ?                                       Qui, t’ayant vue, ne se souvient ?

Que te busquen en mi frente.                                             Qu’on te cherche ici, sur mon front,

Juego de luna y arena.                                                         Ô toi, jeu de lune et de sable. 

 

Michel HOST, auteur consacré peu enclin à jouer le jeu d'une conformité médiatique dominante, a conservé l'enthousiasme du découvreur. Il semble naître, renaître plus justement à chaque nouvelle publication. Sa ferveur doit nous guider. Dans un monde littéraire où les "hommes habitués" sont cohortes de cynisme, cette fraicheur est un démenti à l'agacement qui pourrait s'installer. Qu'il en soit remercié !


 

[1] Sous les capes, les fusils portés en bandoulière leur dessinent des silhouettes bossues.

[2] Belle ville d’Andalousie qu’entourent de nombreux vignobles. Les Arabes du califat de Cordoue en avaient fait  une frontière défensive contre les invasions venues du Nord.

[3] L’alcadesse est l’épouse de l’alcade (ou alcalde), premier magistrat d’une municipalité.

[4] Le plus renommé des éleveurs de cognac d’Espagne, dont sur toutes les routes des panneaux publicitaires vantent les mérites.

[5] La Très méritante, la Toute méritante (la Benemérita), celle qui a bien mérité de la patrie : surnom familier de la Garde civile.

 
 
 

 
 
26/06/2014

 

 

 

 

 

Michel

 BAGLIN

 

RETOUR

 

 

Christian Saint-Paul revient sur Pierre COLIN qui nous a quittés en mai. Il lit un passage de "La lettre de Mytilène"

publiée en numéro 306 de le revue Encres Vives, avec des photographies de Maïté COLIN, 6,10 € ou abonnement 12 volumes 34 € à adresser à

Michel Cosem, 2, allée des Allobroges, 31770 Colomiers.

"L'adieu"

 

FINIR

Finir est beau soir, un travail de louange.

Tu écoutes la mer,

la mer à qui tu dois ce décombres de l'âme,

et ton nom désormais n'est qu'un ciel intérieur.

Ca sent partout l'oubli, rêve d'amants.

Rendez-vous au dernier des rêves.

Celui qui pèse un être de jasmin.

Rendez-vous à la fenêtre indécise d'un mot sans voix.

Un mot qui traverse les siècles, enseveli dans l'argile insondable,

la nacre des passions.

Rendez-vous dans l'azur délicat des sources.

Rendez-vous dans la braise des derniers jours.

Ne prenons plus le soir pour héritage.