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25/12/2015





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Christian Saint-Paul présente le dernier livre de poèmes de Monique Saint-Julia : « Un jour de plus à aimer » aux éditions L’aire.

Cette catalane française qui étudia à Paris, vit aujourd’hui à Revel dans ce Lauragais de la Haute-Garonne, aux portes du Tarn et de l’Aude. Elle fut un des auteurs des éditions Subervie dès 1958 à Rodez. Ses poèmes furent publiés par maintes revues de poésie dont : Acilece, Texture, Arpa, Friches, Multiples, Insulaires, Thauma, Lieux d’Etre, Diérèse, Les Hommes sans épaules, Rue Ventura, Voix d’encre, Les citadelles … et elle totalise une dizaine de recueils :

« Un jour de plus à aimer » fait figure de quintessence de l’art poétique de Monique Sain-Julia. Son optimisme rayonnant, empreint d’un amour inextinguible de la vie, de la nature, des animaux et des personnes, n’est pas obscurci par la lucidité de son irrévocable destinée inscrite dans une durée qui va en s’amenuisant. Alors elle loue ce « jour de plus à aimer » avec la noblesse de celle qui, en des temps plus cruels, implorait : « encore une minute de plus, monsieur le bourreau ». « Et nous allons poussés par le temps / que rien ne peut arrêter », constate-t-elle avec cette douceur qui rejette tout pathos, « Fragiles bateaux nous traversons la vie / menés de voyages en voyages infinis ». « Que me reste-t-il à dire ? » s’interroge-t-elle en louangeant l’œuvre de Guy Goffette. Mais précisément, elle a toujours beaucoup à dire, celle qui voit toujours « Tant de reliques en moi », les images inexpugnables de la beauté du monde et des êtres, animaux comme humains. La langue qui se charge de cette beauté qui fait que chaque jour servira à aimer, demeure à hauteur d’homme. Pas de démesure chez Monique Saint-Julia. Le foisonnement de la beauté, du bonheur né d’aimer, s’épanche dans un langage maîtrisé, dans des poèmes brefs comme des évidences. Elle saisit les images dans leur intensité et leur fulgurance : « Un souffle, un courant d’air / joue avec les rideaux / éveille le jardin assoupi ». Cette poésie contemplative, poésie de célébration, de la beauté, de l’amour, n’élude pas l’appréhension du devenir, propre à tout mortel : « L’ampleur du silence enferme en nous la peur ». Mais le silence ne fait pas toujours naître l’inquiétude, il écrase le paysage quand il accompagne les grandes chaleurs de l’été : « La chaleur met bas un enclos de silence ». Ces poèmes sont comme murmurés dans un long souffle, celui de la vie, dont la seule preuve d’exister est la capacité d’aimer, et d’ajouter ainsi « Un jour de plus à aimer ».

Lecture d’extraits.

A Gaston Puel

La cloche de Veilhes qui sonne

me rappelle sa voix soucieuse de plaire

embusquée quelque part

à l’ombre d’un chêne séculaire.

*

Un souffle, un courant d’air

joue avec les rideaux

éveille le jardin assoupi,

une échappée, une respiration

une orangerie de senteurs

nous inonde

se jette à notre cou.

L’air transparent

comme une toile abstraite

cherche à préserver en notre mémoire

son pouvoir de vie.

***

C’est encore l’amour, éros et agapè<, qui vibre chez Isabelle Lévesque dans ce livre sur lequel revient Christian Saint-Paul, « Nous le temps l’oubli » aux éditions L’herbe qui tremble, peintures de Christian Gardair, 115 pages, 16 €. Car le temps et l’oubli se conjuguent, dit-elle, pour un « nous » fécond. « Je n’entends pas, je prends le sable. / Je retiens. / Des jours meilleurs où fut/ l’été ». Le temps, qui songerait à le canaliser, à le domestiquer, à le dominer ? « Qui fera sombre tranchée (rigole plutôt)/ de temps ? « Un poète. Ignorant des saveurs du jour. Un devin devise et s’arme de patience », répond Isabelle Lévesque dans une foi inébranlable du langage. C’est bien l’artiste qui sauvera le monde. Et l’artiste qui parvient à fusionner le temps l’oubli dans un « nous » universel. L’artiste aux aguets du silence : « Et si c’était ce soir, / grande équipée de silence ? (…) Je ne répète que le silence si/ ta bouche ». Une poésie syncopée où le vide, le silence façonnent en creux le mystère de la langue qui nous fait naître. Plus que la peur, c’est la terreur qui s’invite comme une image à repousser : « Où s’affole. Tu auras / emporté la dune. Mer où vagues ». Le monde d’Isabelle Lévesque n’est pas un monde fini. C’est une œuvre à compléter. D’où l’abrupt arrêt sur un mot, un verbe. Que le lecteur achève le vers, le poème, qu’il en soit responsable. Car cette poésie conçue comme un témoignage du monde, ne peut l’enfermer. Sa vocation est de suggérer, de remplir le silence de ce « nous » qu’elle appelle de toute son âme. Ce silence qui peut détruire comme la mort : « Affaires cessantes, à force silence / terrassé l’histoire de l’un ». Ce livre, c’est « nous », proclame-t-elle dans le dernier poème, comme un cri de victoire sur le temps l’oubli.

Lecture d’extraits.

Et si c’était ce soir,

grande équipée de silence ?


Si moindre, assorti de promesses, un pas,

triste ronde ?

Et si venu tu prenais

champs, labours accomplis,

la semence ?

Si les fleurs tard rendues retenaient

- printemps de lèvres ?

Quelle bouche silencieuse résisterait

au voile de taire, quelle précipitation ?


Tu tords tes doigts, je pense

au recours savoureux.

Engendre encore.


Ta bouche.

Le monde ta langue de signes,

inverse.

Quel témoin sans secret dénoncera le jour ?

Piquet, à l’horizon

le ciel, sa sanction ?


Je ne répète que le silence si

ta bouche.

*

Christian Saint-Paul revient sur le n° 52 de la revue Nouveaux Délits, revue de poésie vive, à commander à Association Nouveaux Délits, Létou, 46330 Saint-Cirq-Lapopie, 6 € le n° (+ 1,53 € de frais de port), abonnement 4 numéros 28 €. Un excellent numéro illustré avec force par Jacques Cauda cité dans une précédente émission, avec ces notes de lecture indispensables à la diffusion des ouvrages, un sommaire toujours riche, le tout sous le ton de la fraternité tendre et militante de Cathy Garcia. Ce sont des poèmes de Marie-Françoise Ghesquier qui sont lus à l’antenne. Cette hispanisante vit près de Chalon-sur-Saône et publie ses poèmes dans les revues Décharge, Comme en Poésie et Traction Brabant. Elle publie son premier recueil chez Michel Cosem à Encres Vives, puis chez Bruno Msika aux éditions Cardère avec « A hauteur d’ombre », recueil illustré de photos en duo avec Cathy Garcia. Elle dit aimer les esprits frondeurs.

Lecture d’extraits de « De tout bois si ».

On tourne en rond

dans notre bocal de ronces

Se dessèchent noires pointées

en sons filés assourdis

contre les fonds d’herbes

Les notes du chaos mineur s’égrènent

en idiomes grumeleux

ponctués noirs le long des failles

Faillite du moi

avec mots cadenassés

dans l’intervalle

Parole craquelée à la note forcée

Tant d’effort pour vivre

au travers des sons disjoints

Je renonce note à note M’

évapore parmi ronces et fuite d’ailes

au-delà des buissons démesurés

***

Toute cette grenaille crible

au plus fort du silence

Le sang s’étoile

aux charnières livides

des galaxies de paille

Je décimé par tant d’illusions

où je m’achève en éclosions

mortes rouges

Pétales glosés

clous ou glaives

dans la chair des chaumes

La langue s’insère

dans les versions

primitives glose entre les lignes

Parole close à l’instant

sur les lèves

mangées de coquelicots

Comment voulez-vous

que toute notion d’incarnat ?

Le poème en petite mitraille rouge

où coupée court

la phrase


***

Christian Saint-Paul reçoit son invité : Jacques ARLET Mainteneur de l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse, élu en 2002 au 1er fauteuil, Chevalier de la Légion d'honneur, Officier des Palmes académiques, Professeur émérite de l’Université Paul Sabatier, Faculté de Médecine, ancien Président de la Société Française de Rhumatologie. Président fondateur de l’Association Internationale de Recherches sur la circulation osseuse. Docteur Honoris Causa de l’Académie de Dublin. Archiviste adjoint de l’Académie des Sciences, Inscriptions et Belles Lettres de Toulouse. Auteur de livres sur l’histoire de Toulouse au XIXe siècle, sous Louis XIV et de biographies.

Voir les émissions le concernant sur ce site dont :

http://les-poetes.fr/son/son%20emision/2013/130404.wma


Cet amoureux de Toulouse vient nous parler de son livre :

« La vie à Toulouse dans l’entre-deux-guerres » éd. Loubatières – Histoire, 311 pages, 25 €.

L’essor culturel de Toulouse dès le XIème siècle avec les comtes de Toulouse, protecteurs des troubadours, tolérants à l’égard de l’hérésie cathare, l’épopée dramatique qui s’ensuivit jusqu’à la chute de Montségur en 1244 et la mise sous tutelle de l’Occitanie, désormais dominée par les rois de France et demeurée enclavée, éloignée du pouvoir jusqu’aux années soixante du XXème siècle, sont des faits bien connus.

Ce que l’on sait moins, c’est que Toulouse a toujours abrité des hommes de génie et des hommes et femmes de talent qui lui offrirent une certaine indépendance dans son enclavement et que, même tenues en lisière de la capitale, elle prospéra malgré tout et parvint à une certaine autonomie. Jacques Arlet connaît bien l’histoire de Toulouse, il en aime les artistes ; nous avons consacré avec lui une émission sur les poètes de Toulouse de la Belle Epoque. Pour les vingt ans qui séparèrent les deux guerres mondiales, nul, mieux que lui, ne pouvait en saisir l’atmosphère, ayant vécu cette époque. Et c’est dans l’euphorie des lendemains de guerre et l’appréhension de la prochaine, cette vingtaine d’années de paix, que Toulouse a posé les fondations de son devenir : une ville moderne tournée vers le progrès scientifique et technologique, en même temps qu’une ville indéniablement douée pour les arts et les idées. Et au fond, elle n’abandonnera jamais sa propre tradition. Occitane, indépendante, toujours un peu rebelle.

Cette courte période fut si riche en événements, en créations, que Jacques Arlet ne pourra tout citer sur près d’une heure d’entretien.

Dès 1920, la tradition et la modernité allèrent de pair. Le doyen de la Faculté de médecine, M. Abelous qui enseigne la physiologie, est aussi un grand amateur d’occitan. Plus tard, les médecins perpétueront cette double culture, scientifique et littéraire, souvent occitane, comme chez Ismaël Girard, Paul Voivenel, Camille Soula.

Notre actuelle Université des Sciences Paul Sabatier porte le nom d’un professeur de chimie, inventeur de la catalyse qui s’est vu décerner le prix de chimie en 1912. Il présida la Faculté à laquelle son nom fut donné et ne voulut jamais « s’exiler » à Paris. Visionnaire, il créa des instituts pour la formation d’ingénieurs.

Jacques Arlet précise qu’il a construit son livre en suivant la chronologie des trois municipalités qui se sont succédé durant cette période : Paul Feuga, Etienne Billières, Ellen Prévot. Pour chacun, les comparant à des étages, il convie le lecteur à les visiter dans leurs composantes : municipalité, ateliers, magasins, facultés, théâtres, librairies, buralistes, etc.

Jacques Alet nous apprend que c’est au lendemain de la victoire de 1918 que l’Institut catholique a créé l’Ecole Supérieure de l’Agriculture de Purpan, après l’achat d’un domaine.

Quant à la reprise des arts plastiques, Jacques Arlet déplore une certaine retenue dans l’innovation. Les peintres toulousains ne dépassent guère le néo-impressionnisme. Il faut dire que le Musée des Augustins va être dirigé sans partage, pendant 38 ans, par un conservateur, M. Rachou qui va imposer un immobilisme. La période fut au nombrilisme et même au chauvinisme, la lumière n’étant portée que sur les artistes locaux.

Mais des peintres toulousains s’illustrèrent par leur génie, ayant la plupart du temps été consacrés d’abord à Paris. C’est le cas d’Henri Martin (1860-1943) qui fut l’élève de Jean-Paul Laurens et qui a adapté la technique impressionniste à l’échelle monumentale.

L’Ecole des Beaux Arts, qui fut aussi un temps dirigée par le même Rachou, devint un enjeu politique pour la municipalité qui organisa pour les artistes des cours du soir.

Les tapisseries de Saint-Saëns demeurent dans le patrimoine mondial.

La littérature est bien vivante à Toulouse avec des auteurs qui se partagent déjà entre Toulouse et Paris. La tradition des revues poétiques toulousaines est largement respectée, inaugurée par Magre et Delbousquet.

Maurice Magre, Armand Praviel qui trouvent l’objet de leurs romans dans la vie à Toulouse ou l’Occitanie, connaissent un fort succès national.

René Laporte (1905-1954), poète toulousain, a sa place au Panthéon des poètes surréalistes, et ses poèmes ont aujourd’hui l’éclat et la force de l’intemporel.

Les journaux, comme le Télégramme ou la Dépêche du Midi, puissantes institutions alors, faisaient paraître des poèmes régulièrement.

Le sport, nous dit Jacques Arlet, tient déjà une grande place dans la cité. On se passionne pour le rugby.

En 1930, on dénombre 5 morts sur les terrains de rugby.

Etienne Billières, socialiste libéral, fera construire le Stadium. Paul Feuga laissera une ville endettée.

C’était aussi une ville ouvrière. La poudrerie ONIA comptait 30.000 ouvriers et devait sa création à un butin de guerre, un brevet allemand. On a fabriqué à Toulouse des millions d’obus.

L’aviation connaît son épopée. Latécoère a ses ateliers en haut des allées des Demoiselles.

Le 11 novembre 1918 vit la création de la première Compagnie d’Aviation Civile.
Toulouse devint une tête de ligne internationale à la conquête de l’Amérique du Sud.
Le 21 mai 1933, venant de Buenos Aires, Mermoz sur l’Arc-en-ciel, relie Casablanca à Toulouse, sans escale.

Lecture par Jacques Arlet de cet extrait du livre.

L’Aéropostale, la Ligne, entrent dans la légende avec Antoine de Saint-Exupéry qui logeait à l’Hôtel du Balcon, près de la place du Capitole, Henri Guillaumet, Didier Daurat, Alexandre Collenot, le mécanicien de Mermoz.

L’industrie aéronautique bat son plein. Après Latécoère, un de ses ingénieurs, Dewoitine, crée sa propre société et les militaires s’installent à Francazal.

Toulouse conservera son avance dans la future aviation commerciale.

Jacques Arlet évoque la figure mythique du nouvel archevêque de Toulouse, Monseigneur Saliège, qui vient remplacer Monseigneur Germain, enterré en grande pompe en présence de toutes les personnalités civiles, militaires et religieuses, dans une « belle unanimité et qui n’était pas seulement de façade et qui ne se verrait plus aujourd’hui », commente Jacques Arlet.

Monseigneur Saliège, qui deviendra cardinal, né en 1870 en Auvergne, est fils de paysan et arrive de Gap où il était en poste et « où il a eu froid ! », s’amuse Jacques Arlet. Il devint l’ami de Jean Guitton qui lui consacra une biographie. Mais rapidement, le cardinal Saliège tomba malade, atteint d’une lésion définitive du cerveau moteur qui lui ôtait ses capacités de marche et d’élocution. Mais son intelligence et sa volonté étaient intactes.

Le nouvel archevêque, assisté de Monseigneur de Courrèges, fit connaître ses opinions sociales dans ses « Menus propos » publiés dans la Semaine Catholique de Toulouse. (Voir à ce propos le livre de Pierre Escudé sur Monseigneur Saliège et l’émission que nous lui avons consacrée).

La force universelle de ces aphorismes n’est pas contestable. Jacques Arlet cite celui-ci : « c’est perdre son temps, c’est perdre sa peine que de ne pas aimer » (13 mars 1938).

Jacques Arlet souligne enfin l’importance de la radiophonie à cette époque, Toulouse se révélant, là aussi, ville pionnière.

La téléphonie sans fil mise au point par Branly et Marconi, la T.S.F. voyait le jour. Le docteur Saint-Béat, passionné de technologie nouvelle, donc de T.S.F., sans attendre l’improbable autorisation du ministre des PTT, lança Radio Toulouse. Cette installation en force, suscita une vive réaction de la part de l’Etat qui créa, bien que manquant gravement de moyens financiers (déjà …) « Toulouse-Pyrénées » pour concurrencer sa rivale, dans toute la mesure du possible.

L‘esprit frondeur toulousain permît à Radio Toulouse d’émettre, malgré les handicaps, et avec qualité.


Le livre de Jacques Arlet a pu emprunter pour sa réalisation des illustrations et des documents d’une exposition que l’on peut qualifier d’historique en janvier 2008, de la Bibliothèque de Toulouse : « De grandes espérances Toulouse entre les deux guerres, les écrivains, les artistes et le livre » qui donna lieu à un catalogue qui, par son excellence, enorgueillit notre ville.


Jacques Arlet est de la lignée de ces grands médecins qui sont, aussi et peut-être avant tout, des humanistes, des honnêtes hommes, selon l’expression du XVIIIème siècle, c’est-à-dire, savants et touchés par la sagesse. Il se range aux côtés d’Ismaël Girard, Camille Soula, Paul Voivenel qui étaient des exemples prônés par la génération de nos pères. Sa curiosité dévorante, sa verve littéraire, son œuvre au service d’autrui, l’héritage laissé à la Faculté de médecine, en font une des figures les plus accomplies de Toulouse. Il est heureux qu’il ait consacré ses forces intellectuelles à l’étude de Toulouse au cours des âges et aux toulousains remarquables. « La vie à Toulouse dans l’entre-deux-guerres » nous apprend d’où nous venons, non seulement nous, toulousains, mais tout homme, car l’histoire de Toulouse s’inscrit dans l’histoire de l’humanité.

 

 

 

 

 

 

Michel COSEM

 

 

 Peire Vidal (Editions TDO)

Michel COSEM


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Les vies multiples du Troubadour Peire Vidal

Les vies multiples

du Troubadour

Peire Vidal

Ce roman historique retrace la vie tumultueuse de Peire Vidal, considéré comme l’un des troubadours les plus illustres du XIIIème siècle. Fils d’un artisan toulousain, il apprend son art au château des comtes de Toulouse auprès de son mentor Maître Guiraud, avec d’autres illustres ménestrels de son temps. Une fois sa formation achevée, le jeune homme partira sur les routes de l’Occitanie, et bien au-delà, pour satisfaire son désir insatiable de découverte et d’aventure...

18 €

Ce roman historique retrace la vie tumultueuse de Peire Vidal, 

considéré comme l’un des troubadours les plus illustres du XIIIème siècle.

 Fils d’un artisan toulousain, il apprend son art au château des comtes de Toulouse

 auprès de son mentor Maître Guiraud, avec d’autres illustres ménestrels de son temps.

 Une fois sa formation achevée, le jeune homme partira sur les routes de l’Occitanie, et bien au-delà,

 pour satisfaire son désir insatiable de découverte et d’aventure. De la cour du roi d’Aragon à la Provence,

 en passant par Byzance ou par la Hongrie, Peire Vidal rencontre les plus grands de son temps,

 les plus belles dames de l’époque. 

Accompagné de ses instruments de musique et guidé par son inspiration, 

le célèbre troubadour toulousain entraîne le lecteur dans son sillage,

 lui faisant découvrir la profonde richesse de l’Histoire occitane.

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Les Soleils de la tourmente
 
de M. Cosem

Éd. De Borée, coll. "Roman", 320 pages. ISBN 978-2-8129-1676-2

Prix éditeur : 19 euros

   

                                                         

Estelle se console de l'indifférence et de l'autoritarisme de son père grâce 

à sa passion pour la montagne. Lorsque Francisco est embauché comme valet de ferme,

 les deux jeunes gens tombent sous le charme l'un de l'autre. 

Josep, un voisin qui a des vues sur la jeune femme, menace le valet qui finit par le tuer. 

Francisco est alors contraint de fuir, mais promet à sa bien-aimée de revenir.

 

 

 

 

 

 

 

17/12/2015





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Christian Saint-Paul joint Michel COSEM au téléphone.

La figure de Jean JOUBERT qui vient de disparaître en novembre 2015 à l’âge de 87 ans est évoquée. Michel COSEM était dans son amitié depuis longtemps et le côtoyait dans diverses animations et salons du livre. Tous deux avaient beaucoup écrit pour la jeunesse et se retrouvaient à l’occasion pour des signatures dans toute la France. C’est avec douleur qu’il se souvient de ces moments heureux passés ensemble. « On a perdu un grand poète » déplore-t-il. Il suivait avec attention les publications d’Encres Vives et y a souvent contribué. D’ailleurs, indique Michel Cosem, nous allons rééditer son dernier recueil d’Encres Vives : « L’éternité de la rose » ; les éditions Bruno Doucey ont fait paraître ce qui peut apparaître aujourd’hui comme une sorte de testament : « L’alphabet des ombres ».

L’émission « les poètes » consacrera prochainement une émission à Jean Joubert.

*

Une autre figure de la poésie nous a aussi quitté, un personnage qui incarnait également Toulouse et sa fringale de culture poétique contemporaine : Gil PRESSNITZER ; il fut l’instigateur de la Salle Nougaro à Toulouse, nous fit découvrir de superbes chanteurs à textes, anima le site espritsnomades, mine de renseignements sur les poètes contemporains et laisse une œuvre de poète.

Radio Occitania rediffusera prochainement l’émission au cours de laquelle il fut notre invité.



Gil PRESSNITZER
*

 

La revue DIERESE fait paraître son n° 66.

Comme toujours, c’est de la très belle ouvrage. Jean MALRIEU, Hélène MOHONE, Richard ROGNET en sont les auteurs mis en exergue. Ce volume de 284 pages est une vraie richesse tant pour la qualité des auteurs que pour celle des illustrateurs et de la mise en page. L’actualité de la poésie est exceptionnellement traitée dans cette revue qui fait là un travail indispensable à la connaissance de ce genre littéraire inconnu de la plupart des médias.

L’émission « les poètes » reviendra sur ce numéro 66 de Diérèse.

*

L’émission est ensuite consacrée à l’invité.

Michel Cosem est originaire du sud de la France. Il a fait ses études supérieures à Toulouse. Il écrit des romans et des poèmes depuis toujours. Il a publié de nombreux ouvrages (romans, poèmes, anthologies) et consacre sa vie à l'écriture, aux voyages, à la lecture et aux rencontres avec ses lecteurs un peu partout en France et à l’étranger.

 

Ses romans parlent tout aussi bien des régions du grand Sud aujourd'hui, que des pays lointains dans l'espace et dans le temps comme l’Égypte (Le Secret de la déesse BastetL’Or de Pharaon), le Sahara (La Rose rouge du désert), la Grèce (L’île pélican), la Mongolie (À cheval dans la steppe), l’Espagne (Les Oiseaux du Mont PerduFeu Follet de Santa Fé), les Pyrénées (Les Neiges rebelles de l’Artigou, Les Traces sauvages de l’Estelas). D’autres livres se situent dans le rêve et le légendaire (Malelouve des terres à brumeRendez-vous avec MélusineLes Chevaux du Paradis) ou se déroulent au Moyen Âge ou à l’époque de la Résistance (Les Doigts à l’encre violette).

Ses derniers romans pour adultes accordent une grande part à l’histoire et à l’imaginaire : La Nuit des naufrageurs relate l’épopée des pirates et Les Vies multiples du troubadour Peire Vidal reconstitue la vie de l’Occitanie au temps des troubadours. Ces deux livres sont publiés par les Éd. de Pierregord. Justine et les loups qui se situent en Aubrac et Le Bois des Demoiselles en Ariège (Éditions De Borée) mélangent réalité et légende tout comme Les Oiseaux de la Tramontane  (Souny). L’Aigle de la frontière évoque la montagne et ceux qui la traverse : contrebandier, berger, mais aussi réfugiés et fugitifs.

Le point commun de tous ces romans est l'imaginaire, le merveilleux, sans oublier la nature, le fantastique et surtout l’aventure avec des personnages attachants.

Michel COSEM romancier, poète, éditeur de la revue Encres Vives et de ses collections, familier de l’émission « les poètes » vient présenter deux nouvelles publications.

D’abord un roman Les Soleils de la tourmente, éd. De Borée, coll. "Roman", 320 pages. Prix éditeur : 19 euros.

Estelle se console de l'indifférence et de l'autoritarisme de son père grâce 

à sa passion pour la montagne. Lorsque Francisco est embauché comme valet de ferme, les deux jeunes gens tombent sous le charme l'un de l'autre. 

Josep, un voisin qui a des vues sur la jeune femme, menace le valet qui finit par le tuer. 

Francisco est alors contraint de fuir, mais promet à sa bien-aimée de revenir.

Le roman se situe au XIX° siècle, à Céret dans les forêts des Albères. C’est une période qu’affectionne particulièrement l’auteur qui avait déjà situé un de ses romans

« Le bois des Demoiselles », pendant « la guerre des Demoiselles » en Ariège. Il explique qu’il connaît une première période de méditation avec les personnages et avec les lieux. Il faut que s’opère l’incubation du sujet. Mais une fois la période choisie, les personnages vivent avec lui. Il a alors envie de les montrer dans des situations difficiles, heureuses, dans leurs rapports avec la Nature. Les nombreuses lectures diverses qui sont les siennes vont l’aider à construire les personnages. Pour écrire ce roman, l’auteur est allé dans la forêt des Albères.

Un roman qui connaîtra sans aucun doute le succès des précédents.

Ensuite, Michel Cosem nous informe que « Les vies multiples du troubadour Peire Vidal » est réédité par les éditions TOD collection Histoire. (voir sur notre site la rubrique « Parutions »)

Ce roman historique retrace la vie tumultueuse de Peire Vidal, considéré comme l’un des troubadours les plus illustres du XIIIème siècle. Fils d’un artisan toulousain, il apprend son art au château des comtes de Toulouse auprès de son mentor Maître Guiraud, avec d’autres illustres ménestrels de son temps. Une fois sa formation achevée, le jeune homme partira sur les routes de l’Occitanie, et bien au-delà, pour satisfaire son désir insatiable de découverte et d’aventure. De la cour du roi d’Aragon à la Provence, en passant par Byzance ou par la Hongrie, Peire Vidal rencontre les plus grands de son temps, les plus belles dames de l’époque. 
Accompagné de ses instruments de musique et guidé par son inspiration, le célèbre troubadour toulousain entraîne le lecteur dans son sillage, lui faisant découvrir la profonde richesse de l’Histoire occitane
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Il s’agit de l’histoire tumultueuse et incroyable, mais vraie, d’un grand troubadour toulousain de l’Occitanie à la Terre sainte, au XIIIème siècle. Ce roman explore cette époque qui fut l’une des plus belles de l’histoire de l’Occitanie avant que ne fonde sur elle la croisade dite « des Albigeois ». Dans ce passionnant roman, la grande et la petite histoire se côtoient pour faire émerger la figure d’un homme profondément humain, fasciné par la Méditerranée, poète avant tout, joyeux luron tout au long de sa vie.

Personnalité extravagante, Peire Vidal attire par son côté un peu fou, totalement dans la démesure. A Chypre, par exemple, il rencontre une dame qui se dit Princesse de Chypre et de Byzance et cela suffit pour que lui, se prenne pour l’empereur de Byzance ! Il transformait le monde à sa façon et se lançait ainsi dans des aventures désopilantes et souvent dangereuses. Pour avoir courtisé une dame mariée, on lui a coupé la langue, mais bien soigné il a pu retrouver l’usage de la parole, ce qui est vital pour un troubadour. Il part en Hongrie avec la fille du roi d’Aragon qui doit se marier avec l’héritier du trône de ce pays. On finira par perdre sa trace.

Il a parcouru les rives de la Méditerranée, lieu où les cultures se sont rencontrées et où le meilleur et le pire se sont côtoyés.

Michel Cosem insiste sur le fait que la vie de Peire Vidal se situe dans cette époque prestigieuse de la civilisation occitane avant le désastre qui a suivi la Croisade des Albigeois et la mise à sac de cette culture humaniste qui était trop en avance sur son temps.

L’auteur a beaucoup travaillé les troubadours ; les textes sur cette époque fastueuse sont nombreux et très bien explicites. En effet, les troubadours qui leur ont succédé au XIII° et XIV° siècle, ont tenu à raconter cette épopée dont ils étaient les héritiers.

Ce roman reprend l’histoire réelle de Peire Vidal démontrant par là-même que la réalité peut effectivement dépasser la fiction.

Mais le ton est toujours alerte et dominé par cet optimisme jubilatoire du romancier qui finit malgré tout, selon son habitude, par une fin heureuse.

Lecture d’extraits du roman.

En conclusion, Michel COSEM dans une langue qui est encore celle du poète qu’il incarne, nous offre deux romans passionnants, et nous plonge dans deux périodes riches de notre histoire, celle de la construction du monde moderne de la fin du XIX° siècle dans notre Roussillon, et celle, emblématique, d’une civilisation perdue qui rayonna sur l’Europe avant l’invasion des armées de Simon de Montfort et la défaite de la bataille de Muret où périt l’ami de Peire Vidal, Pierre d’Aragon.

 

 

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10/12/2015





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Avant de se consacrer à son invité, Christian Saint-Paul signale le livre d’Andrièu RESPLANDIN « A l’oumbro dou guidoun » « A l’ombre du style », avant-propos de Marie-Jeanne Resplandin , en provençal et en français, aux éditions L’Astrado, collection L’Esparganèu, 167 pages (L’astrado,7 Les Fauvettes, 13130 Berre l’Etang.

Cette fois-ci, après avoir dernièrement évoqué « Letro de la colo » « Lettres de la colline », on retrouve encore ce que la préfacière du livre nomme : « une constante dans l’œuvre poétique d’André : une communion qui est communion entre le poète et l’univers ». Poésie de célébration, de la nature et par extension du cosmos dans une quête inextinguible de la vérité. Poésie métaphysique donc, mais qui conserve toute sa lucidité aux choses dont il sait que l’équilibre et l’harmonie sont fragiles. Comme les personnages du livre, l’auteur n’a de destination que celle égarée, improbable dans un chemin toujours à poursuivre. Le tout dans une langue pure, simple, transparente comme l’eau qui se fait rare. Dans les deux langues les mots ont de la clairvoyance, et le lecteur chemine aussi « à l’ombre du style ».

Lecture d’extraits en français et en provençal par Alem Surre-Garcia.

Quand l’ombre du peuplier

Touchera l’orée du bois

Il sera temps de rentrer le troupeau.


Comment faire cependant

Les journées sans soleil

Lorsque l’ombre faillit ?


Ce sera peut-être le vent,

Les senteurs collinières

Qui nous diront le soir.


Et la voix des brebis aussi...

*

L’aube est longue montée,

Croissance qui se prolonge.

Fluide naissance du jour

Sans heurt et sans hâte.

Une rumeur de source,

Une promesse.


Somptueuse,

L’aurore est un grand cri,

Abrupt et fulgurant.


L’aube laisse la lumière venir,

Au temps, elle donne le temps.


L’aurore est un éclair,

L’aube est une douceur.


Qui fera plus bel éloge de la lenteur.

*

Qui saupra dire au jour nouvèu

Qu’aièr n’en fuguè n’autre

E que deman nous crido

Sus li cresten de noste envanc.

Que lou brasas que nous enauro

Souto lou cèndre vendra braso

Pèr li flamo de l’endeman.


D’aquéu biais d’aièr à deman,

Jour à cha jour pèr vuei passant,

Li tèms se fan...

*

Qui saura dire au jour nouveau

Que hier en fut un autre,

Que demain nous appelle

Sur les cimes de notre élan.

Car le brasier qui nous exalte

Deviendra braise sous les cendres

Pour les flammes du lendemain.


Et de cet art d’hier à demain,

Jour après jour par lui passant,

Se font les temps...

*

Jean PICHET publie à L’Arrière-Pays « Une poignée de feuilles ».

C’est Henri Heurtebise qui nous a fait découvrir au début du XXIème siècle, ce poète d’une grande simplicité qui n’avait d’égale qu’une redoutable subtilité dans la retenue de l’image et de la langue, qui lui assurent une force calme. Poésie de célébration, d’éveil devant les petits riens que créent la Nature. Le temps insaisissable comme l’oiseau dont les « ailes franchissent la lumière ». Et la Nature devient seul objet de spiritualité à conquérir par le regard et la langue. Mais de la désunion l’amour peut renaître, emportant avec lui l’enfance. Le poète sait que l’innocence est faite pour être perdue, mais que le poète en retrouvera l’essence dans le silence et la lumière.

Lecture d’extraits.


Enfants


Cœurs désunis, cœurs blessés,

Tendre détresse, dorment

Du même sommeil gris

Dans leurs lits disparates.


Les enfants de leur amour

Désormais trop lourd, trop loin,

Leurs enfants, comme réveillés

En pleine nuit, vont

Vers lui...


Renaissent en lui, non sans y perdre

L’enfance.

*

L’oiseau rare


Des jours partagés entre la douceur

Et l’amertume. A guetter l’oiseau

Plus rapide que son vol.


En écoutant le vent

Souffler son rêve

A des sommeils de feuilles.

Et tout à coup

L’oiseau vient boire

Dans les mains de la pluie.


Alors, nos yeux sourient.

Tandis que ses ailes franchissent la lumière.

*

Attentif


Je vous écoute, et c’est lumière.

Aujourd’hui comme hier j’écoute

Vos mystères, vos silences...

Votre simplicité.


Je vais jusqu’au jardin ; je viens

Parmi ses herbes, ses ailes

Et ses fleurs qui sont à vous,

Aussi...Je ramasse une branche,

Et je trouve les mots

Qui me mènent chez vous,

Près du vent et de l’eau.

*

Nous aurons l’occasion de revenir sur ce poète dont la sérénité de ton fait songer à son amie Monique Saint-Julia.

*

L’émission est ensuite consacrée à l’invité Alem SURRE-GARCIA pour son dernier livre, un roman picaresque : « Man Trobat » éd. IEO Edicions collection A tots, en langue d’oc.

Alem Surre-Garcia est né en 1944 en région toulousaine. Il a été chargé de culture auprès du Conseil Régional de Midi-Pyrénées de 1989 à 2006. Ecrivain occitan traduit en allemand, français, polonais, catalan... Traducteur en français des grands auteurs occitans. Librettiste, auteur dramatique, conférencier. Organisateur d’événements culturels. Essayiste en langue française.

Il a publié de nombreux ouvrages :

Archipels et diaspora : essai d'émancipation


La théocratie républicaine
Les avatars du Sacré

Les mohicans de paris

Il est aussi auteur de textes poétiques :

-Insoumissions natives, Ed. Oswald, Paris, 1974 (en français)
-Las Nivols uèi, Ed. Talvera, Paris, 1981
-Poemas traduits en allemand par Raoul Schrott in revue Literatur Kritik, Salzburg, sept. 1994
-Milgrana Clausa o lo retaule desmargat, 2001. Oratorio composé par Gérard Zuchetto et interprété par le Troubadour Art Ensemble dirigé par Gérard Zuchetto, CD, février 2002 (avec traduction en français, espagnol et arabe). Création été 2002 à Rodez et (Estivada) et à Lodève (Festival Méditerranéen). Représentations 2003 à Roques sur Garonne (Centre Culturel le Moulin) et à Foix (Scène Nationale). 4 avril 2004 à la Cité de la Musique, La Villette, Paris. 
-Posa-raca, recueil de poèmes choisis 1973-1999, inédit à ce jour. Lectures de certains poèmes du recueil sur Radio Occitania, 2006


Auteur de nouvelles et romans :

-La dança del lop, Ed. Talvera, Paris, 1978
-Ikalanà, Ed. Fédérop, Lyon, 1984
-Antonio Vidal, Ed. Le Chemin Vert, Paris, 1984. Traduit partiellement en polonais, Cracovie, 1987. Traduit par Erich Thaler en allemand aux Editions Fischer de Francfort sous le titre "Die Verletzung", 1999. Traduit en français par Françoise Meyruels et Martine Boulanger aux Editions du Trabucaire, Perpignan, 2001. Présenté le 19 juin 2001 à la Librairie "Ombres Blanches", Toulouse
-Lo Libre del Doble Despartible (le livre du Double divisible), 1997, Editions du Trabucaire, Perpignan. Prix Antigone , Montpellier , 1998. Présenté à la Bibliothèque Municipale de Toulouse, 1998. Extrait "Cant del pòble sillabic" inclus dans le spectacle de Serge Pey " L'evangèli de la sèrp" , La Mounède , avril 1998. Extrait "L'arbre-solelh" lu par Jean-Michel Hernandez et Florant Mercadier au Théâtre d'Elche (Valencia, 2001). Extrait "Falsetat" chanté par Eric Fraj en 2003.
-Granas de lagrema, contes bilingues, illustrations de Jean-Marc Petitfils, 1998
-Autisme, 2010 (à paraître avec sa traduction en français par Martine Boulanger)

Auteur de théâtre :

-En quête de héros, Festival universitaire de Nancy, mise en scène d'Antoni Vouyoucas, 1966 et Tu seras rugbyman mon fils, joué une dizaine de fois en Languedoc par Les Bouffons du Midi, 1980
-Lo lop, l'agaça e lo TGV, joué une vingtaine de fois en Midi-Pyrénées et Languedoc par la troupe Comedia dell'oc, 1992
-Las aventuras de Gran-de-milh, (en trois langues, occitan, français et nahuatl) représenté par Comedia dell'oc dans le cadre de la Foire Internationale de Toulouse, 1995. Pièce éditée par le Conservatoire Occitan, Toulouse, 1997, illustrée par Jean-Marc Petitfils. Jouée par le Théâtre 107 dans le cadre du Festival Théâtre en Fête de Carbonne, 1998.
-Astrada (en français, occitan et italien), créé au Théâtre du Peuple de Millau en 1994 par Comedia dell'oc et représenté au Théâtre de la Digue, Toulouse, en 1996. Edition d'une cassette vidéo par Lapilli Films , 1997. Edition du texte prévue à l'Institut d'Etudes Occitanes 2008.
-Nadalet 2005, Nadalet 2006, Nadalet 2007, Nadalet 2008, Nadalet 2009 (occitan, français) pastorales en occitane t français créés dans le cadre de la communauté de communes du Val d’Agout (Tarn) Mise en scène de Jean-Michel Hernandez

Auteur de traductions : 

-Le hautbois de neige de Max Rouquette, Ed. Gallimard, 1981
-Vert Paradis de Max Rouquette, Editions Le Chemin Vert, Paris, 1980
Prix Olivier de Serres, 1980. Réédition aux Editions de Paris, 1998. Réédition aux Editions du Rocher 2006
-Le Livre de Catoia/ Le Livre des Grands jours de Joan Bodon, Ed. Le Chemin vert, Paris, 1982
-L'oeuvre théâtrale de Glaudi Bruèis, Théâtre baroque occitan, mémoire de recherche pour les Hautes Etudes en sciences Sociales, Paris, 1982
-Le jeune homme de novembre/La pluie/La terre de Bernard Manciet, Ed. Le Chemin Vert, Paris, 1986
-Nihil consolamentum de Serge Pey, traduit du français en occitan, Délit Eidtions, Topulouse, 2009
-La boca tampada, pièce de théâtre de Belbel traduite de l'espagnol en occitan pour le compte de ART Cie, 1999
-O Toulouse de Claude Nougaro, traduit du français en occitan pour l’inauguration de l’Ostal d’Occitania, 2006. Chantée par Renat Jurié. 
-Chansons de Violeta Parra, traduites de l’espagnol en occitan pour Jean-Pierre Lafitte, 2007. Chantées par Martina de Peira.
-Poème de Rûmi, traduit du persan en occitan avec l’aide de Manijeh Nouri, 2007, poutr le cérémonial « La passion de Rumi » du 8 octobre 2007, St Pierre des Cuisines, Toulouse

"Librettiste" pour les spectacles suivants :

-Douce-amère de J.M. Hernandez, La Mounède, mai 98
-Erm de ròsas, argument de ballet pour Michel Raji, Toulouse, juin 98
-Contra suberna, livret d'une cantate de Gualtiero Dazzi, création à la Halle aux Grains avec l'orchestre de Chambre National de Toulouse, 1998
-La légende de Jaufre Rudel, livret pour la création musicale de Vicente Pradal, La Mounède, 2000, Fête de la Musique 2000 Toulouse, Estivada de Rodez 2000
-Terras del ponent, livret pour création musicale, création à la Mounède, mars 2003. Représenté à Figeac (mai 2003), à Roques sur Garonne (avril 2004), Festival Estivada de Rodez (juillet 2003)
-Terras londanas, livret poétique. Création musicale de Gérard Zuchetto, novembre 2004 au Centre Culturel Le Moulin, Roques/sur Garonne
-La Passion de Rumi avec le trio Chemirani et Manijeh Nouri, création Auditorium St Pierre des Cuisines dans le cadre du Festival Occitania, octobre 2007
-Lo Libre dels Rituals, en hommage à Françoise Meyruels (décédée en 1999). Composition électro-acoustique de Bertrand Dubedout, directeur artistique du festival Novelum. Création le 27 novembre 2007, dans le cadre du festival Déodat de Severac, à l’auditorium St-Pierre des Cuisines (Toulouse) : pour mezzo-soprano (Sonia Turchetta), flûtes, trio à cordes (ensemble italien ICARUS) et dispositif électro-acoustique.

*

Le dernier livre d’Alem Surre-Garcia est un roman picaresque. Le roman picaresque trouve son origine dans la littérature espagnole du XVIème siècle. C’est un genre populaire. Dès le XVIème siècle la littérature espagnole influencée non plus par la littérature française, arabe et juive comme dans les époques précédentes, mais par Dante, Pétrarque, Boccace et par eux par l’antiquité classique, n’en repose pas moins sur un solide substrat populaire. Nourri d’une tradition déjà longue, où la sensibilité chrétienne se combine avec une conception stoïcienne et héroïque de la vie, son réalisme ne redoute pas les aspects les plus sordides de la vie, mais demeure lié à une profonde tendance moralisatrice qui s’exprime volontiers sur un mode sentencieux. Or, le roman picaresque va reprendre cette tradition littéraire en transformant le sentencieux en comique jubilatoire. C’est cette force donnée par l’hilarité qui va faire le succès en 1554 de Lazarillo de Tormes, qui prend le contre-pied des productions narratives de son temps, donnant naissance à un genre nouveau. Un narrateur, qui est à la fois protagoniste de l'histoire qu'il raconte, s'attache à décrire "sus fortunas y adversidades". Sa narration est émaillée de thèmes récurrents qui constitueront le noyau dur du roman picaresque: la faim, la représentation de certains types sociaux (le noble, le curé, etc.) ou la transgression des valeurs sociales de l'époque. Quarante-cinq ans séparent le Lazarillo de Tormes(1554) du Guzmán de Alfarache (1599), "ouvrage de fondation", comme l'a qualifié M. Molho, qui pose les caractéristiques essentielles du genre picaresque.

Le roman picaresque est, en premier lieu, le récit d'un antihéros. Le pícaro est un gueux de basse extraction sociale, né de parents ouvertement marginaux ou délinquants. Son but est de changer de condition, de s'élever dans l'échelle sociale; à cette fin, il n'hésite pas à recourir aux subterfuges les plus astucieux, à la fraude et à la tromperie pour tenter d'échapper à la faim, ou à tout le moins, à la pauvreté. Il vit de menus expédients et se consacre à toutes sortes d'activités marginales, toujours liées à l'argent. Tour à tour mendiant, portefaix, valet, voleur, voire dans le meilleur des cas, financier, c'est-à-dire escroc pour les esprits de l'époque, il incarne le rejet des valeurs sociales. Dans une société où le profit est synonyme d'usure et le négoce d'activité douteuse, le pícaro reflète une mentalité hostile au mercantilisme. Au déshonneur de ses origines s'ajoute l'ignominie du personnage, prêt à tous les subterfuges pour trouver sa quotidienne pitance.

Le caractère moralisateur est indissociable du genre picaresque. À l'instar des livres de contes médiévaux et des sermons où l'exemplum illustre un comportement censurable, le roman picaresque apparaît comme une succession d'épisodes qui conduisent le gueux vers la déchéance.

Le roman picaresque est toujours une satire de la société.

C’est sur cet archétype littéraire qu’Alem SURRE-GARCIA a écrit « Man Trobat ».

C’est l’histoire d’un jeune homme perdu dans la grande Babylone, mégalopole contemporaine. Man trobat ("on m'a trouvé", Montrouvé) raconte sa propre histoire en une succession de courts chapitres à la manière d'un roman picaresque moderne. 
Man trobat ? Voici comme le dépeint Gabriel dans son avant-propos
 : « Un jeune, sans relations sincères autres que virtuelles. Coupé de la nature, fasciné par ce qui en reste. Un picaro contemporain en recherche d’emploi, qui se vit comme un déchet entravant la bonne marche du monde. Inapte au bonheur, il n’apprend rien des épreuves traversées. Incapable de s’enrichir, tant matériellement qu’intellectuellement ou moralement ».
A travers ce personnage s'exprime une amusante 
satire de notre société.

Ce roman picaresque est écrit en langue d’oc, reprenant ainsi la tradition du picaresque de la littérature occitane du XVIIème siècle.

Le comique de situations des tribulations de Man Trobat révèle le cynisme de la société. En vain le personnage tente de se soustraire à sa mauvaise condition sociale. Le récit est fragmenté par des parties très courtes, faciles à lire. Chaque épisode donne un éclairage sur la façon dont le personnage adhère ou pas à la société. Par la succession de ces différents tableaux, l’auteur suggère avec malice qu’il serait temps de corriger les mœurs de notre époque. Quant à Man Trobat, il n’est touché par rien ; rien ne l’atteint, même pas sa propre mort. Il ne comprend pas la société et la société ne le comprend pas. On rit et pourtant c’est tragique.

Cependant la roublardise du personnage picaresque espagnol n’est pas de mise dans ce récit. Ce n’est pas le caractère de Man Trobat. Il n’a même pas ça ! C’est la différence fondamentale avec le picaresque espagnol. Le picaresque occitan d’Alem Surre-Garcia est plus noir. C’est plus par instinct que par discernement, que Man Trobat s’écarte d’une secte. Son manque affectif est patent, mais en a-t-il vraiment conscience ? C’est un personnage projeté dans le XXIème siècle avec les archétypes du XVIIème siècle. Par exemple, ayant vécu dans une ferme, il s’entiche d’une poule.

Alem Surre-Garcia, lui aussi, a vécu dans une ferme dans les années quarante à soixante. A cette époque la vie rurale ressemblait à celle de la fin du XIXème siècle. La vie à la ferme était celle traditionnelle des animaux de ferme, d’une absence totale de machinisme, d’une société avec ses règles sociales immuables. L’exode rural dans les années soixante a pulvérisé brutalement et de façon immédiate cet équilibre social. La vie y était dure certes, mais il y avait une cohérence, le tout dans une grande simplicité.

Le récit est aussi mis en valeur par la saveur de la langue occitane. C’est une fable.

Les errements de Man Trobat sont prétexte à stigmatiser l’incommunicabilité, l’esseulement induits de notre mode de vie. On rit de nos malheurs, de nos travers.

Comment survivre parmi nos ordures ? Quel baume appliquer ? Celui de la Vierge Noire comme Man Trobat ?

L’auteur concède avoir mis beaucoup de lui dans ce récit, mais il n’y a pas que lui. Comme Man Trobat il a été un enfant abandonné. Certains, constate-t-il, ne s’en sortent pas. « A soixante dix ans, je peux avec ce personnage, ruser avec la vie. Mais il y a une distance. C’est un regard de discernement sur notre société. Les médias zappent, le livre impose de prendre du temps, donc du recul. Cette distance est indispensable pour mieux apprécier la vie », conclut notre romancier.


Lecture en français d’extraits du livre et lecture d’un passage en oc.

D’une langueur chagrine (chapitre XI)


Pour quelle raison vous me trouvez la mine défaite et le coeur blessé ? Hélas, Monsieur l’Erudit, quelle mauvaise nouvelle. Le malheur me poursuit et les choses, toujours, s’échappent de mas mains.

Voilà deux jours, lorsque je réintégrai le couloir, Cloqueta, ma chère Cloqueta, je l’ai trouvée étendue sur le parquet. Tombée du perchoir tandis qu’elle dormait ? Un cauchemar ? Une maternité contrariée ? La fatigue ? Un espoir d’envolée vers l’azur, que sais-je ? Un rayon cosmique...tout compte fait, une indigestion, sans doute cette farine que je lui donnais.

Lorsque je me suis approché d’elle, j’ai aperçu des filets verdâtres et puants qui s’écoulaient de son bec. Pauvre Cloqueta, elle qui savait compter les grains un par un jusqu’à neuf, je peux vous le prouver ! Cloqueta qui chaque soir me picotait le lobe de l’oreille, Cloqueta m’a laissé trois œufs en héritage.

Je l’ai portée chez lz vétérinaire pour connaître la cause de sa mort. L’homme, un fin lettré et savant réputé, établit un diagnostic assez métaphysique :

- Votre poule, jeune homme, a attrapé une « langueur monotone »

- ça peut se guérir ?

- Non et ce, d’autant plus que nous sommes en « automne » et que « les violons sortent du bois et que leurs plaintes détonnent »

- Coquin de sort, mais d’où vient cette maladie ?

- Lorsque le fossé entre la vérité et la réalité se resserre trop

- Et c’est contagieux ?

- Tant de choses se transmettent de nos jours. Voici un psychotrope. Vous l’absorberez chaque soir au moment où votre poule vous picotait le lobe, et vous verrez, au bout d’une semaine, la langueur sera plus supportable.

Et comme je craignais tout particulièrement cette langueur chagrine, je pris sans tarder la pilule et puis toute la boîte.

*

« Man Trobat » un chef d’œuvre d’une centaine de pages, hilarant et décapant, qui confirme que la littérature est la plus appropriée à révéler et corriger nos mœurs.

Certes, le texte est une perle de la langue d’oc, mais accessible du fait du raccourci des chapitres à la plupart d’entre nous qui avons une approximation de cette belle langue. Ensuite, ce livre devra être traduit et pas seulement en français, car il est universel.

 













Serge PEY.




























  03/12/2015






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Christian Saint-Paul reçoit Serge PEY.

Poète, écrivain, artiste plasticien, enseignant à l’Université Jean Jaurès de Toulouse, président de la Cave Poésie René Gouzenne de Toulouse, il a parcouru le monde entier pour dire ses poèmes dans les rituels inventés de la poésie action qu’il incarne. De ses nombreux ouvrages, retenons les derniers :

« Le trésor de la guerre d’Espagne » Zulma, 2011 ; « Ahuc, poèmes stratégiques » Flammarion, 20111 ; « Les poupées de Rivesaltes » éditions Quiero, 2011 ; « Chants électro-néolithiques pour Chiara Mulas » Dernier Télégramme, 2012 ; « La boîte aux lettres du cimetière » Zulma, 2014 ; « La barque de pierre » Voix Editions, 2014 ; « La sardane d’Argelès » dessins de Joan Jordà, Dernier Télégramme 2014.

Au cours d’un entretien de près d’une heure, cet artiste complet, dans la pleine maturité de son art qu’il n’a cessé de pratiquer depuis sa jeunesse, se livre et s’explique sur sa posture de créateur.


« Dans le poème, il y a cette voix haute qui est là, celle du fantôme, dit-il, je suis un héritier des troubadours. Il n’y a pas d’antinomie entre l’écriture et son expression orale. Je ne suis pas français dans le fond, ce sont les poètes de ma culture espagnole et hispano-américaine qui m’ont le plus inspiré.

Je suis un mystique ; je range cette clairvoyance su côté du peuple. Je pratique une poésie populaire que ma mère peut lire et comprendre.

Je suis un poète du rituel. Lorsqu’il y a sacrifice du langage il y a poésie. Le sacrifice du langage peut se résumer à un vers. Mais c’est une mise à mort. La Bible nous en parle, les grandes religions nous en parlent, toutes les traditions initiatiques nous en parlent. C’est la destruction de l’imaginaire qui permet le passage, qu’on va pouvoir passer et trépasser, passer trois fois. Ce que je fais n’est pas une rupture avec la tradition occitane des troubadours, je ne fais que décalquer ce que j’écris ; je suis un poète du rituel. Je trace par terre, je travaille avec des tomates, avec des bâtons. Le spectateur peut ainsi passer dans un poème dans lequel normalement, il ne pourrait pas passer. C’est un amour de l’autre. Il faut qu’il y ait des ponts. Nous sommes là pour offrir ce passage. La poésie est toujours un dialogue avec la mort. En opérant le sacrifice du langage, le poète devient un autre. Le poète n’est pas quelqu’un de normal. C’est ainsi que les autres vont devenir aussi des autres. La poésie va libérer le sacrifice caché de l’autre. C’est un échange entre celui qui va dire et celui qui va entendre. Les deux ressuscités vont se confronter et vont se faire face. En ce sens, je suis chrétien. Ce sacrifice c’est celui que nous a donné la tradition. La parole incarne le poème. La carnation conduit à la réincarnation. Arthaud ne faisait rien d’autre. Le poème est un état permanent de réincarnation.

Je suis passé de la révolution permanente à la résurrection permanente avec le poème.

La poésie est une spiritualité. Elle pense le monde d’un angle où personne ne peut le penser. Elle est alchimiste. Depuis fort longtemps je travaille sur Jérôme Bosch. Inventer le langage c’est s’inventer soi-même. C’est une expérience spirituelle et mystique. L’athéisme est une spiritualité. La performance c’est l’art de la publicité capitaliste, c’est la mise en scène de l’ego. L’ego n’est que l’objet. Moi, je m’oppose complètement à cela !

Je pratique la poésie d’action, comme le troubadour s’accompagnait de son luth autrefois. Mon projet n’est pas le spectacle, mais l’engagement d’un amour permanent, la libération d’un amour permanent de l’autre. Le poème ne fait que raconter ce chemin du retour, celui d’Orphée qui revient vivant. Le poète est celui qui revient vivant de son sacrifice. »

Christian Saint-Paul fait alors allusion à un souvenir, celui de Marianne Miguet, brillante bibliothécaire du fonds régional de la Ville de Toulouse, qui fit tant pour faire connaître la richesse de notre culture, qui, s’interrogeant sur le malaise qu’elle ressentait lors d’une lecture de poésie d’action de Serge Pey, avait fini par comprendre qu’elle était entièrement submergée par l’émotion. Cette émotion n’est-elle pas le résultat de la gravité du poème ? Dans l’amour il y a de la gravité aussi ; elle ne peut se débarrasser de la pesanteur.

Serge Pey répond :

« La joie est grave. Nous sommes dans un dialogue permanent avec la mort. L’acte sacrificiel n’est pas un acte où l’on rit. Le poète, prêtre du langage, peut avoir cette distance dans la dérision qui lui permet de rire. J’ai des poèmes qui font rire et je l’ai voulu ainsi. L’émotion n’est pas la condition du poème, mais elle menace l’autre dans sa carapace. Il faut être totalement désespéré pour être libre. On peut alors, dans cet état de liberté, envisager un autre niveau d’espérance. Je suis là, et d’un coup, je vais t’aimer. C’est ce désespoir qui va nous permettre d’accéder à la joie, une fois cassée l’espérance dans l’acte sacrificiel du poème. Car nous sommes dans la Joie pure, celle de Spinoza, celle de la Connaissance. »


Avant de lire des extraits de « La sardane d’Argelès », Serge Pey explique que ce livre d’artiste avec Joan Jordà répond à une nécessité de dialoguer avec les Ménines que venait de peindre Jordà.

« Mes Ménines sont les poupées de Rivesaltes. Jordà était dans le même camp de concentration que mon père. Et nous avons été, avec Jordà élève du même collège.

La poésie n’est pas un exercice de langage. Elle doit se perdre dans la vie. S’il n’y a pas d’aller-retour entre la vie et le langage, elle n’existe plus la poésie. Ce n’est que la copie des mots de la poésie.

A Rivesaltes, pour la commémoration du camp, avec Charria Mulas, j’ai réalisé une poésie d’action. Avec une énorme boule de barbelés, j’ai mis en place un rituel : avec des poupées de coton, clouées sur les barbelés, Charria Mulas, nue, a déroulé un grillage de cent mètres de long, et moi, avec deux anarchistes du POUM qui m’ont aidé à traîner les barbelés, nous avons traversé ainsi le camp. Les gens pleuraient. Les poupées ont été accrochées aux fils barbelés et du sang a jailli de ces corps de chiffons. Et puis il y a eu un miracle : Charria Mulas a trouvé une photo de mon père ; c’était le seul, au milieu des prisonniers, qui regardait l’objectif du photographe.

C’est après que j’ai écrit « La sardane d’Argelès » car mon père, comme tout catalan, dansait la sardane. J’ai imaginé une sardane dansée à l’envers par des libertaires catalans, les dos des danseurs uniquement se faisant face, la tramontane soulevant le sable froid, devant les fusils de l’armée française. Cette danse, symbole de la nation catalane, où les pas sont comptés en silence, est un hommage à ceux tombés dans toutes les fosses communes de l’espérance. »


Nous avons acheté

des fusils à silence

pour tirer contre les prières

Nous avons crié des poèmes

de traverse et de passage à niveau


La terre cloue nos paroles

à l’entrée des maisons

comme des oiseaux de caoutchouc

et de cuivre


Nous moissonnons

le sable

Nous fauchons la neige dans les morts


Nous comptons deux fois

nos pas courts

au bout de nos sandales

puis encore deux fois

nos pas longs

Et encore les courts deux fois

et les longs quatre fois

jusqu’à compter les pieds

de l’infini

Puis encore deux fois

pour être plus grand

que le nombre du sable

qui compte nos pieds

Deux fois nos pas courts

et deux fois nos pas longs

pour allonger l’infini

d’un pas plus grand que lui

Nous comptons nos pieds nus

jusqu’aux pieds nus

des morts qui dansent à l’envers

dans nos épaules

Et encore quatre fois nos pas courts

les bras baissés

et six fois nos pas longs

les bras levés

Sans nous arrêter


La nuit

n’arrête pas d’arriver

Le Tout qui s’unit au rien

tremble

dans ses additions et ses preuves


Josep patiemment

creuse le silence

avec une pioche

La nuit coud les étoiles

comme des boutons

sur sa chemise noire

Parfois quand il a chaud

il déboutonne le ciel

La nuit sue

quand il chante

 















Khalid El MORABETHI














  26/11/2015






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Christian Saint-Paul revient sur le n° 52 de « Nouveaux Délits, revue de poésie vive » (6 €, abonnement 28 €, chèque à adresser à Association Nouveaux Délits, Létou - 46330 Saint Cirq-Lapopie).

Cette semaine ce sont les textes de Corinne Pluchart qui sont lus à l’antenne. Elle vit en Bretagne. Marche. Chemine. Souvent face à la mer. Et jamais sans poésie. Vous pouvez visiter son blog : http://corinne.pluchart.over-blog.com


Habitude


Cette habitude des murs

l’invisible cri

les cailloux, l’épaisseur

le genou sous la peau

quand tu dévalais l’heure

qu’il ne fallait pas asseoir


17 h 00 -

Sans rien d’autre autour.

*

De la lumière


Parfois tu ne peux rien

ta bouche habite l’obscur

vacille à l’intérieur clos.

*

Murmures


Murmures des bouches pleines

grosses de cette mer

et de cet azur vert qui s’enfonce


A couvert, sous l’enrochement impassible

un lieu que tu n’as pas ouvert


tu avais dit étreinte et voix réunies

quand cette absence de mer asséchait ta peau

et tout ce qui soulève une paupière.


Derrière,

traces de lui, de nuit.


Devant,

Traces de lumière.

*

Déflagration


Toujours tu crois à la lumière et tu tends ta main, oubliant la brûlure possible, l’imminence de l’obscurité.


Et il y avait comme un effarement dans ce geste où tu le tenais serré : le détalement impossible des bêtes à l’approche d’un désastre, la lenteur décomposée d’une fulgurance

*

Prière


Il faudrait s’agenouiller

coudes repliés

mordre jusqu’au silence blanc

puis dans ce mouvement de paupières

disjointes

couler dans un murmure

jusqu’à l’effacement de l’absurde

S’agenouiller puis joindre les mains.

*

Ce n° de Nouveaux Délits, au sommaire bien choisi comme toujours, offre aussi l’avantage de comporter deux notes de lecture de Cathy Garcia qui excelle dans ce genre ce qui est l’apanage des artistes complets -ce qu’elle est authentiquement- qui sont les mieux autorisés à écrire sur la poésie.

Lecture de la note sur « Cigogne » (nouvelles) de Jean-Luc A. d’Asciano, Serge Safran éditeur, 184 pages, 16,90 €. C’est le premier livre de fiction de ce docteur en littérature et psychanalyste qui a fondé les éditions de l’Œil où il a publié « Petite mystique de Jean Genet ».

*

Eugène Savitzkaya fait paraître aux Editions de Minuit « A la cyprine, poèmes » ( 100 pages, 11,50 €) ; des textes sensuels à l’érotisme subtil. Une langue revigorée par un regard débarrassé de tout préjugé qui a fait le constat que « sans la cyprine, point de bonheur en ce monde, ni d’appétit ».

Lecture d’extraits


Il manque un doigt

à ton alliance, ma mère

mais derrière la haie

les mains s’unirent dans la mort

comme s’unit la nuit au jour

le sang au cœur, courez !

vous n’avez plus de poids

soyez dans le prunier assis

aux meilleures branches

petite mère et petit père

qui ensemble ramèrent

*

Le losange de l’ouverture de la vulve

de soie est autour de la pointe de la

flèche de la verge, la chair est dans

la chair, l’os est passé comme un col

et le long doigt d’éponge fait joujou

dans l’anneau iliaque, dure-mère, que

ton con est au-delà des os !

*

Portant son mouchoir à mes lèvres

je sus qu’elle marchait au vent

à Tarifa, Rees ou Tarfaya

que son genou droit luit

que sa mère a tressé ses cheveux

et que son ventre bruit

tendre sœur connue en rêve

dans l’odeur du lotus

de la cannelle et de l’euphorbe

*

Antoine de Saint-Exupéry constatait : « Il est aisé de fonder l’ordre d’une société sur la soumission de chacun à des règles fixes. Il est aisé de façonner un homme aveugle qui subisse, sans protester, un maître ou un Coran.

Mais la réussite est autrement haute qui consiste, pour délivrer l’homme, à la faire régner sur soi-même. »

Il m’a semblé que Khalid El MORABETHI était un homme qui régnait sur soi-même.

Ce que j’ai lu de lui, je crois pour la première fois précisément dans la revue Nouveaux Délits, m’a tout de suite interpellé. Le regard qu’il lançait sur le monde était celui de l’intime qui restitue, par ce qu’il y a de plus personnel, la nature universelle de l’homme. Par la peinture de son entourage familier, Khalid El Morabethi nous fait pénétrer dans le plus secret microcosme de la société dans laquelle il évolue. Et ce faisant, il nous livre l’ensemble de la société marocaine et accède par la justesse de cette représentation, à l’universel.

« Ma civilisation, héritant de Dieu, a fait les hommes frères en l’Homme » concluait Saint-Exupéry. Et la poésie de Khalid El Morabethi, toute de douceur et d’amour portés sur les hommes et femmes de sa ville, de sa famille, crie que les hommes sont frères en l’Homme.

Voici ce que ce jeune poète marocain dit de lui-même :

« Depuis la naissance d'un stylo, j'ai toujours écrit .

Je suis Khalid EL Morabethi, né le 10 juillet 1994 / 1 SAFAR 1415 à Oujda au Maroc. J’ai commencé à écrire dès l'âge de 12 ans. Après avoir obtenu le baccalauréat, j’ai décidé de continuer mes études à la Faculté de Lettres Mohamed1 de Oujda, en littérature française.

J’aime écrire . Parfois j’écris les mêmes phrases, les mêmes mots mais surtout pas les mêmes sentiments.
Je veux juste écrire un message mais il me faut juste cette chose, ce stylo d’or, cette force, cette voix, cette muse du ciel.

lamuseduciel.blogspot.com  

Mes textes ont paru dans quelques revues comme : 

( Tome ( Chemin faisant ) N°13  / Bleu d’encre n°33 /  XERO N°13 /  Traversées  76 /  Interventions à Haute Voix N°54 – N°52 / Cahiers de Poésie numéro n° 42 – n° 39  / Art’en-Ciel ! N°22 - N° 19 / Cristal Lyrics N°9 / PORTIQUE n°97 – N°93 / TÉHÉRAN n° 111 - n° 107 / Souffle vol 75 /  Poésie/première n°60 / SOLEILS & CENDRE N°111/ Vocatif '' Là ou souffle le vent  / AaOo / Le journal des poètes / LIBELLE N° 258 / Les Cahiers de la rue Ventura N°24 / Lélixire n°8 / A L'INDEX - espace d'écrits - N°22 / 

Reflets du temps / La cause littéraire /  Le Capital des Mots / moniqueannemarta /  Paradoxe / Salamandre D'axolotl N°14 -  La salamandre d'Axolotl n°9 / Sitaudis  / Mondesfrancophones / inks-passagedencres /  La revue Nouveaux Délits /  Le cahier d'écriture / Remue / Ravage N° 9 /  le florilège 2015 des Editions SOC et FOC  / Ce qui reste /  Recours au poème 2013 / Francopolis   )  

J'ai un recueil de poésie publié sur ( lesalondumanuscrit ) sous le titre de ( Le juste que ... ) »

Lecture de textes de Khalid El Morabethi

Absence .

Silence !
J’écris l’absence,
De ce point qui ne mettra jamais une fin,
Et le retour de quelqu’un, qui est loin,
Et la paix,
Et la lumière !
Sur la terre, sur mon ombre, sur l’océan noir,
Sur la terre, sur mes mains, sur l’arbre noir,
Sur la terre, sur mes doigts, sur la chaise noire,
L’absence,
De ce monsieur qui écrit le sens et part,
De ce monsieur qui rentre tard le soir,
Et dort tout simplement,
J’écris l’absence de ces rêves, malheureusement.
Silence !
Absence, absence,
De ce monsieur qui a des ailes, qui vole,
Et son sourire,
Et son regard qui peut tout dire,
Et son présent, et son futur,
J’écris le vide, j’écris sur ce mur dur,
J’écris le vide, j’écris sur …
Silence,
Un absent meurt,
D’autres résistent,
Certains existent,
Quelques-uns écrivent leur propre liste,
Et partent.
Silence ! J’écris L’absence,
D’un voisin fleuriste,
D’un autre plus près, un pianiste,
Et la vieille dame d’en face, qui chantait l’opéra … c’était triste,
C’était beau, c’était …
Admirable à écouter,
Admirable à voir, on ne pouvait rien ajouter.
Et puis J’écris, 
Absence, absence,
D’une voix,
D’un salut,
D’un livre qui aurait dû être lu.


*

Monsieur Noir

Monsieur noir,

Ouvre la porte, monte l’escalier, passe dans un couloir,

C’est un homme,

C’est un loup,

Les contours de son visage se découpent de l’ombre,

Et enfin il entre dans la chambre,

D’un absent,

Innocent !

Un sens assis et qui colore son sang,

Un sens conscient de sa maladie,

Conscient de ce qu’il écrit,

Un message pour lui-même,

Un message pour ses poèmes,

Un message pour sa mort et l’homme qui enterre,

Un autre petit message pour les vers de terre,

Et au questionneur sans prénom ni odeur.

Au questionneur habillé en blanc et qui porte une fleur,

Sans couleur,

Sans parfum,

Sans le mot de la fin,

Sans sens.

Sans un rythme,

Sans …

Juste absence, absence.

Le visiteur noir,

Grogne,

Respire,

Il lance un petit sourire,

Et quand l’horloge indique neuf  heures et demie,

Quand l’horloge indique que le cœur de la lune a arrêté de battre,

Que c’est bientôt fini,

Quand l’horloge indique que le soldat sans numéro a arrêté de se battre,

Que c’est fini,

Noir crie

Magnifiquement crie

Et fait partie entièrement de lui,

De moi,

C’est un homme,

C’est un loup,

Une raison, une passion, une foi,

Je l’entends parler,

Je m’entends parler et répondre,

A mes questions.

Monsieur noir,

Me dit que mon refuge est mon cri.

*

La chaise d’en face

La chaise d’en face,

Isolée, observatrice,

D’un vide qui danse au rythme de son fils,

Une chorégraphie qui fait couler les larmes du plafond,

De grosses gouttes visqueuses s’écrasent au sol et se noient tout au fond,

Tout au fond d’une mémoire douteuse face à son reflet putréfié,

Tout au fond d’un regard oublié

La porte s’ouvre pour laisser entrer le vent,

Faisant virevolter les longs cheveux d’un vieillard assis au milieu et qui attend,

Faisant s’ouvrir l’unique fenêtre violemment,

Et redonnant vie aux notes blanches et noires du piano,

Tandis que les lettres se lisent, se déchirent et se brûlent,

Et qu’au coin, près de la chaise, la trompette hurle.

A la moitié de la lune,

A la mort,

Au sort qui semble pleurer la flore.

La chaise d’en face,

Seule, spectatrice,

Des robes qui jaillissent du néant et déferlent à l’intérieur d’un cœur,

Qui bat lentement au rythme d’une éternelle prière qui ne s’entend pas,

Qui bat lourdement au rythme des anciens pas,

Des yeux qui se divaguent, cherchent et se perdent ailleurs,

Et des mains ouvertes, paumes face au ciel qui tiennent des fleurs,

Toutes ténébreuses,

Toutes pâles, silencieuses,

Attendant les petites gouttes de pluie,

Attendant une lettre, un message, un cri.

La chaise d’en face,

Observatrice,

D’un chef d’orchestre qui dirige avec une main l’Apocalypse,

Et au milieu de la terre, la mère attend son fils,

Le soldat,

Mort ou blessé mais victorieux au milieu d’un combat.

*


Un silence poétique

Un silence d’un vent, 
Un long silence du temps, 
Un rouge pourpre colore l’air,
Rien n’est clair,
Noir ! Dis-je.
La voisine d’à côté vient de mourir, 
Je l’ai vue hier planter des roses avec un sourire, 
Voilà qu’elle vient de partir.
La pluie tombe et les gouttes font un bruit étrange, 
Est-ce la tristesse ou la colère ?
D’un ciel spectateur ou la terre, 
Cette terre qui ne peut plus, 
Qu’on ne la mérite plus.
Un silence blanc,
Qui contemple les fleurs orphelines,
Un silence d’espoir qui essaie d’illuminer leurs racines,
Un rythme long,
Une forte respiration qui s’entend,
Je m’assois et je dis que je serai le suivant, il faut que j’attende,
Je partirai bientôt de ce monde.
Vois-tu, je sais qu’il m’attend, je sais qu’il m’entend
Un silence beau, 
Face à ce corbeau, 
Un corbeau rongé par la tristesse et qui pleure, 
Le soleil perd sa lueur, 
Et meurt, afin de laisser place à la lune, 
Meurt poétiquement au bout de la dune.
Espoir regarde le ciel, pour faire pitié peut-être,
Il regarde ce ciel en deuil qui a besoin de sa prière, peut-être,
Espoir pensif ne ferme pas ses yeux,
Même si ces chefs-d ‘œuvre tombent en feu,
Même s'il a perdu son combat,
Même si les cœurs fabriqués en papier ne battent pas,
Même si les regards sont vides,
Même si la patience affaiblit et commence à avoir des rides,
Un espoir silencieux, assis,
Face aux débris,
Face à la vie,
Une vie,
Pathétique,
Tragique,
Poétique.
Un silence, 
En face de moi, le corbeau danse autour d’un trou immense.

*


Point à la ligne

Point à la ligne,

À l’entrée,

Une femme parle des messages et des signes,

Elle parle de sa maladie presque délicieuse,

Qui a créé la poésie,

De son départ qui a fait souffrir ses amants,

Qui les a rendus silencieux, assis  et sans battement.

À l’entrée,

En face d’un ancien moulin,

Des rêves et des soupirs,

Des larmes qui coulent en dedans, sans prendre le risque de sortir,

Des réponses, et des remises en question,

Des souvenirs qui se rattachent aux vivants,

Qu’ils étaient autrefois.

En face, des esprits aveugles habitués par la même musique grinçante,

Errent dans une terre abondante.

À la ligne,

La foi seule, terrorisée et triste, crie famine,

Crie au secours,

A la vue de la haine nue et qui bat à mort, l’amour.

Point.

À l’entrée,

Près de la rivière,

Les femmes à côté de leurs ombres défigurées, chantent,

‘’ Ô temps, dis à mon père qu’il attend,

Ô ciel, dis à ma mère que je suis belle et rebelle. ‘’

Point à la ligne,

Le drame,

La vie,

La sagesse, la toute vieille dame,

Que n’en finit pas de vibrer,

Que l’homme n’a jamais écouté ce qu’elle dit,

Que l’homme n’a jamais vu ce qu’elle lit,

Que l’homme n’a jamais pensé où elle part,

L’homme n’a jamais pensé que le désastre sera un jour un art,

A la ligne,

Qu’est ce qui nous reste ?

A l’entrée,

Le soleil se lève à l'ouest.

*





Au fond

Au fond,

Elle dit,

Hélas,

Plusieurs fois de suite,

Hélas, hélas …

Une guillotine en face,

Là-haut, les yeux se ferment,

Les pleurs du temps s’arrêtent,

Les dernières paroles et la pluie tomba abondamment, lourdement sur la terre,

Une tète coupée, une belle histoire s’efface, derrière.

Si seulement...

Soupir en contemplant un visage,

Vouloir comprendre cette chose au milieu, au fond de ces pages.

Si seulement …

Ce Corbeau pouvait parler de cette naïveté qui ne cesse de déchirer les nuages,

De ce chant d’espoir montrant sa vieillesse, sa faiblesse,

Hurlant, s’étouffant dans son oreiller et laissant doucement le poison pénétrer.

Si seulement …

Ce Corbeau et son ami Oiseau pouvaient rechanter ensemble,

Et dire à ce vieillard au regard amer,

Qu’à droite le chemin mène à la lumière et l’autre jette brusquement en arrière.

Si seulement …

Un esclave pouvait choisir.

Entre laisser ses mains dans la poussière,

Et se battre contre ces bras qui ont poussé sa flamme sourde en enfer.

Au fond,

Le sommeil du mal est terriblement agité,

Seul dans un château où rien ne bouge, sauf l’ombre de la fatalité,

Regardant le plafond, cherchant le pardon,

Observant dans le miroir ses yeux, ses joues tremblantes, ses rides,

Son regard qui le percute de plus en plus dans le vide,

‘’Pardon … ! ‘’

A écrit sur les murs.

Au fond,

Ces trois chemins mènent au cimetière

Ö Mort !

Votre odeur,

 Votre lueur,

Proche, proche,

Ö Mort, la seule réalité, prend cette illusion en douceur.


Khalid EL Morabethi


*

La COP 21 siège à Paris. L’enjeu écologique depuis longtemps préoccupe les poètes. Homero ARIDJIS est de ceux-là.

Né à Contepec, dans l’Etat de Michoacán au Mexique, en 1940, d’un père grec et d’une mère mexicaine, Homero Aridjis commence à écrire à l’âge de onze ans et obtient son premier prix treize années plus tard. Il a suivi des études de journalisme avant d’enseigner dans plusieurs universités en tant que professeur invité. Il est très impliqué dans la défense de la nature : il lutte activement contre la disparition des forêts et la préservation des animaux et a participé à la création du “groupe des cent”, groupe d’intellectuels partageant son avis. Il a publié plus de nombreux ouvrages de poésie et de prose traduits dans une douzaine de langues, dont La zone du silence, roman paru au Mercure de France en 2005. Durant six ans il a été président de l’International PEN, l’association mondiale des écrivains. Depuis avril 2007, il est ambassadeur du Mexique à l’Unesco.

De lui, Yves Bonnefoy, dans sa préface à « Les poèmes solaires » (éd. Mercure de France,185 pages, 17,50 €) dit : « Homero est assurément très de son pays, qui est à la fois de langue indienne et espagnole. Il l’est comme Octavio Paz. Il l’est par un apport essentiel à cette conscience de soi dont il faut préserver la salutaire inquiétude ».

Lecture d’extraits de « Les poèmes solaires » et plus particulièrement, ce poème choisi en songeant au poète surréaliste toulousain Jean-Pierre Lassalle, spécialiste de Lautréamont.


Je te salue, vieux Soleil

(Hommage au comte de Lautréamont)


1-

Je te salue, vieux Soleil,

quand tu apparais au milieu du ciel

comme un jaune d’œuf frit

entouré de nuées insidieuses.


Je te salue, Soleil de la ville polluée,

quand tout le monde passe

maudissant la chaleur

sans même te regarder.


Je te salue, Soleil des murs froids

et des chambres abandonnées,

que personne ne regarde ni n’habite.


Je te salue, œil unique,

pupille blanche

de la nuit totale.

2-

Je te salue, vieux Soleil à la face joviale,

toujours différent et semblable à toi-même

grand solitaire, beau dans ton règne azur.


Je te salue, Soleil des matins gelés,

assommé sous les édifices horribles

comme un jaune d’œuf anémique.


Je te salue, Soleil des soirs sanglants,

quand tes rayons tambourinent aux murs

des temples le tam-tam de la mort.


Je te salue, Soleil des mystères ludiques,

quand tes pensées dansent aux sommets

des montagnes comme des jaguars d’or.


Je te salue, Soleil des non-voyants,

quand tu descends sur les mains noires

qui jouent dans la rue les instruments à cordes.


Je te salue, Soleil des lèvres bleues

et aux blessures qui jamais ne se ferment,

quand tu te poses sur les corps morts.


Je te salue, Soleil des éclipses totales,

quand, entouré d’obscurité,

tu nous regardes de l’intérieur et du dehors.


Je te salue, vieil Être,

Œil Unique,

pupille blanche

de ma nuit totale.

**

 
























Cédric LE PENVEN

























  19/11/2015






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« On veut bien admettre que la conquête politique passe par la force des armes, mais celle des cœurs et des esprits exige l’assentiment, et une vibration à l’unisson chez les individus. Le génie de l’intégrisme tient à cette parfaite connaissance des masses frustrées auxquelles elle s’adresse : tant qu’on aura pas compris qu’il joue également sur la fascination à l’égard des valeurs spirituelles, on continuera de dresser avec horreur la comptabilité des attentats et des assassinats », nous avertissait, il y a déjà longtemps, Henry Chapier qui poursuivait : « La présence de l’intégrisme, quel qu’il soit et où qu’il émerge, provoque les mêmes ravages : sa place dans le paysage français au nom du droit à la différence est une aberration, un non-sens. Il n’y a dès lors aucune raison d’encourager sa floraison dans des pays comme le nôtre, et d’accepter cette régression à l’intérieur de l’harmonie d’un modèle culturel français qui garantit à chaque individu une liberté de conscience et un climat de tolérance à l’abri de toute frustration. »

Puissent ces paroles être enfin entendues !

Et que peuvent les poètes dans cette confrontation mortelle ? Ecrire malgré l’horreur était le thème en 2012 du n° 154 de la revue « l’Arbre à paroles ». Max Alhau écrivait alors que « la poésie n’était pas explicitement la traduction des états de notre société, mais plutôt l’expression d’un parcours intérieur, celui du poète, qui rejoint celui de tous les autres hommes. Soutenue par les mots, elle fait obstacle au matérialisme de notre époque et elle demeure cette aventure intérieure qui transcende le temps et s’inscrit dans une sorte d’éternité. [ ...] La poésie, dans sa variété, par une écriture qui est aussi cheminement de la pensée, reflète aussi la beauté de ce monde, même si elle est témoin de la tragédie qui parfois la sous-tend ».

La beauté de ce monde, elle est affirmée dans les poèmes de notre invité Cédric LE PENVEN. Il est né en 1980. Après des études de Lettres à Toulouse et notamment une maîtrise sur l’œuvre poétique de Thierry Metz, il devient professeur. Agrégé de Lettres Modernes, il enseigne et vit actuellement dans le sud-ouest de la France. Il écrit, cultive son verger, aime sa femme, et regarde son fils grandir.

Publications :

- Orage, Prix de la ville de Béziers 2000, Editinter 2001

  • Elle, le givre, Prix Voronca 2004, éditions Jacques Brémond, 2005
  • Ile de Cythère, à l’aube, Encres Vives, 2005
  • L’Immobile serti de griffes, Encres Vives 2008
  • Menus Travaux, éditions Tarabuste, 2009
  • Elégies Barbares, éditions Rafaël de Surtis, 2010
  • Permettez que ma voix, éditions Contre-allées 2011
  • Adolescence Florentine, éditions Tarabuste, 2012
  • Sur un poème de Thierry Metz, Editions Jacques Brémond, illustré par le peintre Jean-Gilles Badaire, 2013
  • Variations autour d'un geste, Encres vives, 2014
  • Bouche-suie, illustré par Philippe Guitton, Editions Unes, 2015

Livres d’artiste avec Jean-Pierre Thomas :

un Livre pauvre Les sources noires, cinq Face à face, un carnet de voyage Ce qui n’est que passage, un livre extrait de la collection Voyageurs Le paysage le songe

Certains de ses poèmes ont paru dans des revues telles que Poésie/Première, Contre-Allées, Décharge, Arpa, Souffles, Friches, N4728, Héraclite, Rétroviseur et la revue en ligne Terre à Ciel.

Un dialogue s’instaure avec Christian Saint-Paul qui est entrecoupé de lecture de textes par Cédric Le Penven.

Celui-ci précise avoir découvert la force d’attraction de l’écriture à l’adolescence, vers treize ans. Et c’est bien la Beauté du monde dont parle Max Alhau qui fut à l’origine de cet engouement. Cat c’est dans le paysage grandiose des gorges de l’Aveyron que notre poète a grandi. A Saint-Antonin Noble Val , dans ce triangle complété par Bruniquel, Penne de Tarn, où la beauté semble se réfléchir dans des miroirs. L’écriture a parachevé cet espace en célébrant une autre forme, indissociable, l’espace de liberté. Elle lui permet de donner libre cours à ses idées. Et très tôt il lui apparait que la Parole construit une forme de dignité à toutes les oppressions.

La lecture de Baudelaire va l’influencer ; il sera fasciné par les zones sombres et dangereuses et ne passera pas une journée sans lire de poésie. « Lire les autres, c’est nourrir sa propre parole » s’enthousiasme-t-il.

Comme Alain Freixe, il est « un poète qui enseigne ». Il n’établit pas de hiérarchie : poète et professeur sont intimement liés, c’est faire don de sa parole aux autres, partager la part d’humanité qu’on porte en nous.

Lecture d’extraits de « Menus travaux » (éd. Tarabuste)

Cédric Le Penven est un poète de la Nature. Il attache une importance primordiale aux lieux. Mais en aucune manière il ne saurait être réduit à un seul lieu. Dire le lieu, c’est se livrer à une expérience concrète. C’est une géographie de la conscience, une introspection, encore une fois : concrète. C’est dire le monde précisément et nommer chaque chose par son nom. Et cela , c’est une tâche qui nous incombe. Car offrir des mots, c’est proposer des clefs de lecture du monde.

Il convient qu’aujourd’hui les jeunes se dirigent vers ce qui est porté par les médias, et donc vers le rap, la chanson ; ils ne lisent pas de poésie. Mais quand on leur fait rencontrer la poésie, ce sont de vraies révélations. La rencontre est riche. Et le rôle de Cédric Le Penven, poète, est de favoriser ces rencontres, de les provoquer, de les amener vers Nerval, Rimbaud, Apollinaire, James Sacré etc.

Il est regrettable, toutefois , que l’enseignement de la poésie au lycée se soit arrêté au surréalisme. Elle marque ainsi le pas depuis une, voire deux générations.

Lecture d’extraits d’« Adolescence florentine », textes dictés par l’impression troublante des peintures de Fran Angelico à Florence lors d’une visite du Couvent de San Marcos. C’est ainsi qu’il prit conscience de sa soif de spiritualité, que la poésie comblera. Dans les tableaux à Florence il ressentit cette sobriété déroutante qui signe les grandes œuvres.

Dans ses livres de poèmes, il ne faut pas rechercher de grands thèmes mais plutôt y discerner les nécessités qui ont prévalu à l’écriture. En effet, chaque recueil est différent. Chacun correspond à un état de conscience particulier. Car la conscience est indissociable du langage. C’est avec la conscience que l’on se perçoit. Le poème est la confrontation de la conscience avec le réel. Par ailleurs, Cédric Le Penven est attiré aussi par le rapport avec les autres formes d’art.

L’écriture provient aussi de « la source noire », le magma de l’inconscient, les questions qui nous travaillent. En la matière, son modèle c’est Henri Michaux.

Thierry Metz fut son sujet de maîtrise à l’Université. « Parce que c’était lui, parce que c’était moi » explique-t-il en citant Montaigne. Il y a chez Thierry Metz un contraste entre la simplicité du langage et l’opacité et la vertigineuse profondeur des textes. De plus, il vient du peuple, et il était lui-même du peuple. Maçon. C’était aussi un très grand lecteur.

Lecture d’un poème de Thierry Metz suivi de poèmes de Cédric Le Penven.

Le Penven part de l’infime pour découvrir la spiritualité, espérant ainsi s’approcher d’une forme de sagesse. La parole poétique l’aide à être au cœur du sacré de la vie.

Être là est déjà un miracle en soi. Dans la conscience du sacré, il m’importe peu qu’elle provienne d’un Dieu transcendant ou d’une immanence.

Lecture de « Gourgue » poèmes inédits.

Y aller

pour le visage émeraude tourné vers le ciel

la résurgence aux moiteurs troublantes dont les traits appartiennent aux aimés que la vie exila

j’entame une histoire où trois pierres deviennent alphabet, de quoi tenir une nuit entière contre la masse informe qui réclame forme. Tu sais ce que je parle : mémoire, toujours mémoire

pour le chaos de la voiture sur le chemin qui longe le ruisseau

l’arrêt au bord de la barrière qui délimite le domaine du buis et du calcaire. Une ancienne carrière propose ses trônes vides. La garrigue ressemble à une Atlantide sous un manteau de ronces et de genièvres. Ces bois durs où graver des vers qui n’auront meilleure mémoire

tout un arsenal d’épines, de tiges sèches et coupantes, dans la stridence des cigales : le désir de se couper et de laisser du sang sur cette poussière qui sent bon après l’orage

sous la voûte végétale

l’expression consacrée qui s’ébroue et trouve place ici. Ceux qui remontent ce sentier chuchotent, perçoivent peu à peu le caractère sacré de cette eau au cœur d’un plateau aride : chapelle bâtie dans la patience d’un océan disparu

les rais de lumière par la frondaison éclatés ne trouvent aucun vitrail, si ce n’est la pupille de l’aimée qui parle du repas de midi

ce jour où

à l’écart des bruits et des colères, nous avons décidé d’avoir un enfant, dans le vallon du Frayssinet

remontant vers la source tarie, nous ne savions pas encore les cinq années à venir, si dures dans la peur de voir notre amour rester sans fruit

à chaque course, je pense à cette émotion qui m’avait envahie

cette décision que nous avions prise et que le corps nous a refusé

je priais alors beaucoup alors que je me disais agnostique en société

arrivé au puits, je ne regarde plus

(que ce qui repose au fond repose)

*

Cédric Le Penven, un poète de la spiritualité heureuse que nous aurons toujours à cœur de suivre son parcours qui s’annonce long, et c’est tant mieux !

avant la résurgence, la rivière aux eaux translucides, la succession de cascades, mousses minéralisées qui retiennent la fraîcheur au cœur même de l’été

je cède parfois au désir d’y plonger une main mais la morsure est trop vive, et je l’extrais d’un geste parcouru de frissons, retrouvant l’air comme bain d’eau tiède

j’aurai eu le temps de fouiller ce que l’on nomme une cave : espace secret qui s’enfonce sous la berge, où flotte la truite, son ventre souple et glissant à flatter de la paume


y aller


pour


y aller


je trouve toujours

une pierre trouée qui me ressemble plus que mon propre visage

plus becquetée d’oiseaux que dés à coudre

un nouvel insecte entrevu dont il faudra chercher le nom


la personne croisée qui nous a offert le bon jour


ce lieu est le lieu

où être se couche dans ta paume

 












Jean-Luc Dousset






 

Cet auteur toulousain a fait l'objet de l'émission
du jeudi 25 juin 2015 et du jeudi 12 novembre 2015

Giampietro Campana 

la malédiction de l'anticomane

Editions Jeanne d'Arc

Prix public : 15 euros

par Jean-Luc DOUSSET


 
 
 
 
 
 



Pour contacter l'auteur Jean Luc Dousset, c'est
Vous pouvez commander ce livre directement chez l'éditeur en cliquant

ici 

5 rue de la Gazelle 43000 Le Puy-En-Velay Tél. 04 71 02 11 34

















  12/11/2015






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Christian Saint-Paul revient sur la parution de la revue « Nouveaux Délits » revue de poésie vive, n° 52. Après l’éditorial de Cathy Garcia qui avait été lu lors d’une émission précédente, c’est la lecture de textes de Jacques CAUDA qui est donnée à l’antenne. L’auteur a poursuivi conjointement des études de philosophie et une formation de réalisateur. Dès 1978, il réalise pour les télévisions française, canadienne et algérienne une trentaine de documentaires. C’est en 1998 qu’il interrompt cette carrière de documentariste pour se livrer à la passion de peindre et d’écrire. Et d’ailleurs, c’est lui qui illustre ce numéro 52 de la revue. Il crée un courant pictural : le sur-figuratif. En écriture, il propose l’écriture polymorphe : « le style doit être au service du sens, la forme être l’effet du fond ». Sa biographie vient de paraître, écrite par Déborah et Elise Vincent chez Jacques Flament éd.

Lecture de textes extraits du n° 52.

Terre à terre

Quand on prend la route

Le vent la nuit les étoiles

C’était en 1497

Partir de Lisboa vers les Indes

Les esclaves les ors le Brésil

Comme à la lisière du monde


Allant de maniguettes en bisonnes

Fruits de Lisbonne

Au présent du passé

Com suas casas

D’azulejos bleu et bleu


Et moi de Gama en Pessoa

Mille routes mille mots

En chemin seulement seul

Prenant le temps d’écrire

Ce voyage d’ici à moi


Là-bas n(est pas pour maintenant

J’ai tant à dire

Que je reste seul à m’aimer

Immobile à grands pas

Dans ma nuit aux étoiles


Je me laisse marcher

Comme j’écris la terre de

La terre pour objectif

En chemin de papier

*

Revue Nouveaux Délits, le numéro 6 €, abonnement 4 n° 28 €, chèque à adresser à Association Nouveaux Délits Létou - 46330 St Cirq-Lapopie.


Christian Saint-Paul accueille son invité Jean-Luc DOUSSET journaliste, écrivain qui vit à Toulouse et qui vient de publier, presque à la suite, deux biographies très originales sur des personnages qui furent très connus et dont l'oubli menaçait de les ensevelir définitivement. Ces deux livres sont publiés aux éditions Jeanne-d'Arc au Puy-en-Velay ( www.ija.fr).

Il s'agit de : Philibert Besson - le fou qui avait raison -

et de : Giampretro Campana - la malédiction de l'anticomane -

Le livre sur Philibert Besson a fait l’objet de l’émission du 25 juin 2015 et est toujours disponible sur le site.

Ce soir, l’auteur qui vient de recevoir le prix spécial du jury d’Histoire 2015 des Gourmets de Lettres , sous l’égide de l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse, vient nous parler de son livre primé : "Giampietro Campana - la malédiction de l'anticomane".

Anticomane, nous éclaire l'auteur est celui qui est malade des antiquités, le véritable obsédé des antiquités.

Giampietro Campana, est un archéologue italien, collectionneur "boulimique" du 19.° siècle. 

Dans "Giampietro Campana la malédiction de l'anticomane", nous explique Jean-Luc Dousset, je m'emploie à  retracer l'existence de ce personnage hors du commun !

La majeure partie de la collection rachetée par la France en 1861 est conservée au Louvre (il y a une galerie Campana qui comporte je crois neuf salles) mais nombre de ces objets ont été dispersés à travers une centaine de musées en France. A Toulouse, le musée Saint-Raymond en possède un certain nombre. 

Giovanni Pietro Campana n'est pas un collectionneur. Il est le Collectionneur !

Né à Rome en 1808, cet aristocrate italien, devenu directeur du mont-de-piété de sa ville natale en 1833 a constitué en moins de trente ans la plus importante collection d'antiquités et d'œuvres d'art jamais réalisée !

Il perd la raison en mettant au jour les trésors, les milliers de bijoux en or que renferment les tombes étrusques !

L'anticomanie le dévore ! Il est en proie à la fièvre...

Giovanni Pietro Campana est tour à tour archéologue, marchand d'art, mécène... et directeur du mont-de-piété.

Giovanni Pietro Campana se constitue ainsi une collection unique... avec plus de 15.000 objets d'art, des bijoux étrusques, des poteries grecques et romaines, des majoliques mais aussi des tableaux, des peintures des primitifs italiens de la Renaissance...

Il a besoin d'argent, il n'en a plus, le mont-de-piété en a.

Le cardinal Antonelli qui n'a pas supporté la nomination de Giampietro Campana en 1833 à la tête du mont-de-piété de Rome tient sa revanche près de vingt-cinq ans plus tard. Campana a suscité la jalousie des nobles romains qui venaient mettre en gage des objets au mont-de-piété sous son regard peut-être méprisant.

Arrêté, incarcéré à la prison san Michele, à Rome, le marquis Campana di Cavelli, accusé de péculat, c’est à dire d’enrichissement personnel, est condamné à vingt ans de galères pour détournement de fonds publics...

Il a été le maître de Rome, il n'est plus rien.

Grace à l’influence de son épouse, une jeune anglaise dont la famille avait aidé au coup d’Etat de Napoléon III, sa peine fut commuée en bannissement perpétuel. Il se réfugie alors en Belgique puis en Suisse.

Dès lors, Giampietro campana va assister à la mise en pièces de sa collection, devenue la proie des Etats.

Mais, bientôt, en 1861, la France acquiert la majeure partie des œuvres d'art !

Pouvant enfin rentrer dans Rome après la chute des Etats pontificaux , il va s'attacher à obtenir réparation, au nom de la justice.

Mais son destin est scellé.

Certainement, le but de Campana n’était pas l’enrichissement et son accusation de péculat est impropre puisque plutôt que de s’enrichir, il s’est ruiné à l’accumulation de tous ces objets archéologiques ou historiques. En réalité, Campana avait un rêve qui témoigne d’une grandeur culturelle en avance pour son époque : celle de constituer un « musée universel » où serait regroupé l’ensemble de ce qui constitue une civilisation.

Le Musée du Louvre a aménagé 9 salles pour exposer la collection Campana. Le Musée Saint-Raymond à Toulouse possède sa collection Campana comme 100 musées en France.

Lecture d’extraits du livre.

Parallèlement à ces activités de directeur du mont-de-piété, Giampietro Campana poursuit ses fouilles. Avec avidité, il ouvre le sol italien.

En 1831, près de la Porta Latina, sur le côté droit de la via Appia, lors de travaux près du Parc des Scipioni, Giampietro Campana met au jour le colombarium de Pomponius Hylas qui vécut entre 69 et 96 mais dont la construction est antérieure et se situe entre 14 et 64 de notre ère, selon les inscriptions retrouvées sur place. Le lieu qui avait été racheté par Pomponius Hylas et sa femme Pomponia Vitalinis est magnifiquement orné de mosaïque et de griffons.

C'est la première grande découverte de l'archéologue Campana.

La trouvaille de Campana est jugée si exceptionnelle que ses compétences en archéologie sont désormais reconnues. Pour Giampietro Campana, la découverte est immense et elle l'incite à poursuivre un peu plus encore ses investigations.

Son obstination se trouve vite récompensée, il dégage, via Latina, à Rome, deux autres colombariums.

Il entreprend des travaux minutieux pour la réalisation et la publication d'une monographie de ces deux chambres souterraines abritant dans des niches des urnes funéraires. Là encore, son travail est salué par les spécialistes en archéologie. Il commence à faire partie des leurs.

Giovanni Pietro Campana continue de fouiller à Ostie jusqu'en 1835. C'est ensuite dans Rome qu'il revient continuer ses recherches archéologiques de 1837 à 1847.

Durant le même temps, en 1842, il se rend à Tusculum, puis à Véies et à Caere, ou Cerveteri, à partir de 1843.

Il est à un endroit, il est ailleurs, il est partout à la fois. Son appétit se révèle insatiable. C'est un boulimique. Sa quête prend un aspect pathologique.

Durant toutes ces années, il effectue lui-même ses fouilles, y participe activement.

Il s'est entouré d'une équipe d'assistants. Précédé, escorté par ces mains habiles, il est là, présent à chaque endroit du terrain fouillé, fébrile, en espérant toujours trouver la pièce rare, celle qui lui manque toujours.

A coups de pioche et de pelle, ils percent la croûte superficielle, pénètrent de quelques dizaines de centimètres, ils s'enfoncent un peu plus, deviennent peu à peu plus délicats. Les outils de terrassement sont abandonnés, les pelles jetées à terre. Il faut être précis malgré l'excitation qui monte.

Sous le soleil italien, l'ombre de la truelle met au jour quelques tessons, Giampietro Campana est comme un enfant, excité à la vue de ces trésors.

Il se met à quatre pattes dans la poussière, pose son chapeau à côté de lui, ses mains frottent les morceaux de poterie...

« Passe-moi la brosse pour les nettoyer », hurle-t-il avec impatience.

« Tenez Monsieur Campana » lui répond invariablement et avec déférence l'un des jeunes étudiants en archéologie de l'Université de Rome qui l'accompagne.

Giampietro Campana se relève, le fragment de vase découvert à la main, il s'empresse de le répertorier sur le carnet qu'il garde toujours dans sa poche. Le crayon s'agite sur la page, une agitation mesurée, presque méticuleuse, l'écriture est extrêmement petite. Il consigne tout ce que le sous-sol de l'Italie centrale et le sud du pays lui révèle. Il referme la couverture de moleskine noire, remet le lien. Tout est là. Rien n'en sortira... A jamais scellé. A tout jamais. Que fait-il de ses carnets ? Rien

Une fois les pages remplis de notes, de croquis, il les égare, il ne sait où il les met ; les informations disparaissent. Seules subsistent celles qui envahissent peu à peu son cerveau et finissent parfois par se mélanger.

Sa réputation devient telle que lorsque le cardinal Bartolomeo Pacca décide de lancer une nouvelle campagne de fouilles à Ostie, il en confie, tout naturellement, la direction à Giampietro Campana. On l'y voit diriger son équipe, mais déjà, il s'apparente plus à un commanditaire.

La campagne qu'il y mène entre 1831 et 1835 est par ailleurs fortement critiquée pour les méthodes qu'il emploie, jugées expéditives, manquant de rigueur scientifique.

Giampietro Campana ne prête guère attention à ces critiques qui commencent à se diffuser, il est tout entier plongé dans sa mission.

« Plus vite ! Plus vite ! Vous ne trouvez rien ! » scande avec insistance Giampietro Campana aux membres de son équipe. « Fouillez, mais fouillez vite ! »

Il est l'homme pressé, l'homme passionné, l'homme d'affaires !

Les résultats qu'il obtient à Ostie sont bien au-delà de ce qu'il pouvait espérer mais, comme à ses habitudes, il communique peu sur ses découvertes. Toute l'insistance de son ami, l'archéologue Edouard Gerhard, le persuade à peine de rédiger une description brève et qui demeure somme toute assez vague sur ce qu'il a découvert. Il fait cependant paraître cette notice succincte sur les excavations menées jusqu'au 1er juin 1834, dans le « Bulletin de l'Institut de correspondance archéologique » dont il est devenu membre.

*

Le directeur du mont-de-piété, si empreint de témoigner du fruit de ses recherches se laisse-t-il aller à quelques arrangements pour embellir la réalité.

L'appât du gain ne semble pas sa motivation...

Sa fortune personnelle... ses émoluments de directeur du mont-de-piété de Rome qu'il dirige toujours malgré ses activités d'archéologue, de marchand d'art, de collectionneur suffisent, encore, à ses besoins.

Plutôt est-il à la recherche d'une reconnaissance qu'il ne parvient jamais à assouvir. Peut-être aussi, la supercherie permet-elle de mettre au grand jour des pièces archéologiques découvertes lors de fouilles clandestines...

Giampietro Campana ne s'arrête pas à cela. Cette histoire n'est tout au plus qu'une anecdote, une simple péripétie de sa vie d'archéologue.

Il achève à peine, dans une monographie détaillée, l'illustration de la célèbre chambre découverte à Véies dans « L'Album », qu'il repart en campagne.

L'essentiel est de découvrir d'autres traces du monde étrusque perdu.

Sa campagne de fouilles s'avère fructueuse, il découvre la tombe des Deux Pilastres dans la nécropole de Banditaccia.

Il ne s'interrompt jamais, ne se repose pas. Giampietro Campana poursuit durant des mois, avec obstination à creuser le sol de l'ancienne Etrurie et trouve durant l'hiver 1845-1846 quatre autres tombes de grande importance : de l'Alcôve ; des Inscriptions ; des Sarcophages et du Triclinium.

A peine un an plus tard, il pénètre dans ce qui est sa découverte la plus sensationnelle de l'art funéraire étrusque, la « Tomba dei Rilievi » ou tombe des Reliefs.

*

A Rome, loin des intrigues parisiennes, Léon Rénier et Sébastien Cornu continuent leur travail, choisissent les œuvres et veillent scrupuleusement à l'organisation de ce déménagement hors du commun.

Pour autant, alors que les préparatifs de ce déménagement exceptionnel avancent, les marchandages se poursuivent jusqu'au dernier moment, la commission du Vatican chargée de procéder à des réserves oppose son droit de veto à la cession de tel ou tel objet.

Ainsi, les deux représentants français doivent composer avec la commission, constituée notamment de Giovanni Battista De Rossi, archéologue éminent, opposé aux rêves d'unité italienne et reconnu pour sa fidélité au pape, du sculpteur Pietro Tenerani, président de l'Accademia di San Luca, directeur des Musées du Capitole et qui vont prendre en charge ceux du Vatican.

La réserve établie par la commission regroupe bien évidemment les pièces d'une exceptionnelle beauté et par la même, souvent, le plus de valeur.

Ainsi, les plus beaux bijoux, les vases les plus remarquables, les terres cuites les plus abouties sont retirées de la vente sans qu'ils ne soient détaillés si ce n'est le tombeau lydien qui est nommément mentionné.

Napoléon III est dans l'obligation de se manifester ; de poser ses exigences, les tractations se multiplient avec les liquidateurs de la collection.

L'intervention personnelle de napoléon III est nécessaire pour que le Vatican revienne sur sa décision et accepte à contre cœur de se défaire du tombeau lydien.

Les émissaires russes n'ont même pas eu connaissance, eux, de l'existence de la plupart de ces pièces.

*

Le marquis est prévenu de cet article, se le procure, le lit, bouillonnant, contenant sa colère, n'ayant plus qu'une idée en tête, se rendre compte de lui-même : « Le nouveau musée vous laisse, à première vue, une assez mauvaise et maussade impression. Il a fait tant de bruit, il a coûté si cher, il a été rapporté de si loin qu'on s'attend à une série de merveilles. On compte sur l'admirable, sur l'extraordinaire, tout au moins sur le curieux. Rien de plus éloigné de la vérité... »

Giampietro Campana hurle ce qu'il lit : « ...des milliers d'objets d'art s'alignent devant vous ; une centaine-au plus!- vous arrêtent. C'est d'un médiocre étonnement soutenu. »

Chaque série est traitée ainsi. Aucune d'entre-elles ne trouve grâce sous la plume du journaliste du « Figaro ».

Les bronzes, échantillons de verrerie antique, bijoux : « Rien de très merveilleux comme travail. »

Les peintures : « ton passablement désagréable en même temps que d'une exécution très ignorante et très rudimentaire. »

Les armes : « … trophées assez pauvres. »

Des casques « qui ressemblent à des pots », des boucliers « qu'on prendrait pour des couvercles de marmites. »

Les statues « ont la tournure et lourde guindée des faux-antiques du temps de Louis XVI ; quelques-uns de ces bustes rappellent par la coiffure et par l'ajustement les modes les plus ridicules du Directoire et du premier Empire. D'autres encore, d'une facture gauche, dure, ignorante... »

Le « tombeau étrusque ou lydien » : « … le mari et la femme couchés et accoudés sur la pierre sépulcrale. Ce sont deux horribles mannequins en terre cuite, informes et raides. »

Et en conclusion !!! « … à quoi bon tant d'échantillon, souvent identiques, des mêmes choses ? Cela dénature singulièrement le caractère du nouveau musée ; ce n'est plus une collection, cela finit par être un magasin. »

Le marquis Campana di Cavelli arrête sa lecture, tente de se reprendre.

« Quel être abject et incompétent » finit par lancer Giampietro Campana quelques secondes plus tard.

Pour leur part, les journaux satiriques ne voient au Palais de l'Industrie qu'un nouveau « Musée Campana » et refusent d'adopter la dénomination de « Musée Napoléon III ».

Les découvertes réalisées lors des missions au Moyen-Orient y sont bien présentes, mais passées sous silence, absentes aux yeux des caricaturistes. Pour eux, tout ce qui est rassemblé au Palais de l'Industrie provient de la collection Campana.

Le public reste indifférent à toutes ces querelles ; depuis l'inauguration du musée Napoléon III, le Palais de l'Industrie continue d'accueillir chaque jour un nombre important de visiteurs.

Le marquis Campana di Cavelli s’enorgueillit de ce succès populaire et aristocratique. Il prend, d'autant plus, fortement ombrage de ce que se permet d'écrire Ludovic Vitet à ce sujet :

« D'où vient en effet la défaveur presque subite, ou du moins l'extrême indifférence qu'a rencontrée chez nous l'exposition de cette galerie ? D'où vient que les vastes salles du Palais de l'Industrie sont devenues si promptement désertes ? Qu'après le premier flot passé le nombre des visiteurs n'a plus égalé qu'à grand ‘peine celui des gardiens, et qu'on s'est trouvé plus à l'aise les jours publics que le jour réservé ? »

Giovanni Pietro Campana est touché dans son orgueil. La fréquentation du musée Napoléon III, c'est pour lui, la fréquentation du musée Campana ! Il ne peut se résoudre à laisser dire que le public y est parfois moins nombreux que ne le sont les gardes !

« A-t-il, seulement, un jour pénétré le Palais de l'Industrie ? Ou bien sont-ce ses informateurs qui l'ont trompé ? De quel droit ? Qu'il vienne avec moi, un seul jour se mêler aux curieux et aux amateurs qui s'y rendent ! » se met-il à crier, exaspéré, par ce qu'il juge de la seule mauvaise foi.

Même si le nombre de visiteurs baisse un peu, il reste malgré tout relativement important, Giampietro Campana est une légende, son histoire a défrayé la presse, animée les salons, son nom attire, il le sait.

*

Il est heureux que ce livre ait été remarqué et primé car il nous révèle comment se réalisent de grandes œuvres, souvent au détriment de leur auteur. Jean-Luc DOUSSET nous brosse avec l’entrain d’un romancier, la vie de Campana qui est effectivement un vrai roman. A lire pour l’Histoire et pour le plaisir !

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Dominique FERNANDEZ







Danielle CATALA





































  05/11/2015






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« Nouveaux Délits , revue de poésie vive », fait paraître son n° 52. Nous sommes habitués à cette belle ouvrage, conçue par Cathy Garcia qui signe un éditorial émouvant où elle dénonce le malaise dans lequel nous plonge la société de l’immédiateté et du spectacle et son propre mal-être, sa lucidité sans concession, mais où elle proclame que tout cela ne l’empêchera pas d’être constante sur l’essentiel : la parution de sa revue.

Nous la rejoignons dans cette posture qui comble nos manques les plus significatifs : la dignité et le don. La poésie est portée par de telles personnes qui l’ont placée en son juste lieu, le centre du cercle, le cœur du monde, dans une vision prophétique sacrificielle.
Lecture de l’éditorial. Lecture d’extraits de textes de
Jacques Cauda.

Sommaire de haut niveau, illustrations à découvrir de Jacques Cauda, deux notes de lecture, et sur la dernière page, cette citation de Goethe qui prend aujourd’hui un sens tragique : « il n’y a rien de plus effrayant que l’ignorance à l’œuvre. »

Le numéro, 6 €, abonnement 28 €, chèque à Association Nouveaux Délits – Létou – 46330 Saint-Cirq-Lapopie.

Le 446ème numéro de la revue Encres Vives publie le recueil de Marcel Migozzi « Temps mort » (extraits du journal d’un soldat victime de la guerre 39/45). (Encres Vives, le n° 6,10 €, abonnement 34 €, 2, allée des Allobroges, 31770 Colomiers)

C’est un récit fragmenté, « détourné » d’un « carnet de route » authentique, précise l’auteur. Les textes sont créés à partir de phrases d’un journal laissé par un soldat de la guerre 39/45. Cela commence dans l’attente lors du rude hiver 1939/1940 et finit dans l’exaspération de l’attente dans un camp de prisonniers. Le talent du poète, prompt à saisir l’essentiel, le remarquable, parvient à laisser de ce journal la quintessence du vécu d’un soldat ordinaire qui veut, avant tout, témoigner de la réalité de la guerre. Le résultat est surprenant, la poésie totale. Suffirait-il d’alléger le langage pour parvenir à l’essence des choses ? Car ces textes de ce soldat qui rend compte de l’ordinaire de cette guerre, appartiennent, en noble partage, aussi, à celui qui a su détacher et éclairer les mots, le poète Marcel Migozzi. Il suffit donc d’une paire de ciseaux à censurer l’inutile, pour parvenir à faire œuvre intégrale de poésie. Oui, car le poète sait voir le superflu et court à la vérité. Nous suivons le soldat dans ses pérégrinations, après l’hiver, juin 1940, et l’enfermement. C’est un vrai récit et c’est un long poème stratifié de textes courts qui progressent comme une marche.
Lecture d’extraits :

Inutile de raconter le ventre vide

L’ennemi est déjà

Et en nous

le silence irréel de la défaite

*

Bas les armes

*

Sommes parqués dans un jardin d’attente

accroupis dans la rosée froide

Bourbier sentimental

Gamelle de soupe de fèves

*

Cloches en plein vol

Le drapeau de l’ennemi flotte en grosse caisse pleine de joie

*

C’est un autre matin pour qui vers où

Sur la route croisons des soldats ennemis

jeunes bras nus sur des guitares

A nous de comprendre

C’est vite fait

*

Déjà le soir avec sa faim

Des cerisiers de talus ont pitié

*

Et le lendemain départ en train

eau et tinettes comprises

*

Allemagne

*

Stalag VIII/A

*

Christian Saint-Paul reçoit ses invités : Dominique FERNANDEZ, psychologue de formation et psychanalyste. Celui-ci réalise depuis plusieurs années des interviews filmées d’exilés espagnols et une exposition photographique de leurs portraits. Il milite dans l’association IRIS-Mémoire d’Espagne qui contribue au travail de récupération de la mémoire historique de la IIème République et de la révolution sociale espagnole.

Dominique FERNANDEZ est accompagné de Danielle CATALA, comédienne bien connue des toulousains, et depuis longtemps, totalement investie dans le travail de mise en voix de l’écriture. Elle consacre beaucoup de son activité artistique à la lecture de textes. Elle vient ce soir lire et parler de la pièce de théâtre de Dominique FERNANDEZ, « Fragments d’exil », qu’elle a déjà eu

l’occasion de jouer.
Cette pièce est éditée par
les éditions N & B, collection « théâtre »,

60 pages, 13 € :


Début février 1939. Quelque part sur les crêtes enneigées des Pyrénées entre l’Espagne et la France, une femme passe la frontière fuyant la barbarie fasciste. D’une vieille valise tout aussi épuisée qu’elle, elle tire, parmi ses souvenirs, des destins tragiques et poignants, les lambeaux d’une vie perdue, mais également le désir d’une nouvelle existence à construire et la volonté farouche d’un combat à poursuivre.
Ils sont un demi-million à vivre comme elle cette odyssée qui va les conduire dans les camps de concentration français. C’est la Retirada.


Dominique FERNANDEZ évoque le travail de
Progreso MARIN qui a publié aux Nouvelles éditions Loubatières « Exilés espagnols, la mémoire à vif », préfacé par Patrick Pépin (269 pages, 23 €). Comme Dominique FERNANDEZ, Progreso MARIN a donné la parole à ces « oubliés de l’Histoire ». Il est aussi l’auteur de recueils de poésie publiés par N & B et Encres Vives.

Dominique FERNANDEZ rappelle que Toulouse, à la fin de la guerre d’Espagne en 1939, comptait 25.000 réfugies espagnols pour une population totale de 250.000 habitants.

Il évoque son travail au sein d’IRIS-Mémoires d’Espagne. Il faut garder traces de ces événements, de ces hommes et femmes qui ont pu en témoigner. La guerre d’Espagne ne doit pas être considérée comme une simple guerre civile où deux factions s’affrontèrent. Il s’agissait de sauver une république légitimement élue, de faire respecter la volonté d’un peuple. Ce fut un combat contre un coup d’Etat militaire qui voulait imposer une dictature. Pour les républicains, il s’agissait de sauver la légitimité d’un gouvernement élu. Ce fut non pas une guerre civile, mais une guerre incivile. Cette guerre fut totale. L’affrontement sans pitié. « On fusille ici comme on déboise », dira Saint-Exupéry. A la différence d’une guerre de territoire, ce fut une guerre d’extermination. Ce qui la rend terrifiante. Car la seule finalité est de détruire l’autre, de le nier. Certes, il y eu des exactions des deux côtés, mais il serait faux de croire qu’elles furent équivalentes. Le pire fut commis par les troupes franquistes et l’horreur se prolongea bien après leur victoire. Or, il n’y a jamais eu de condamnation des crimes franquistes et pour des raisons d’équilibre politique, après la mort du caudillo Francisco Franco, la mémoire ne fut pas maintenue en Espagne. Les nouvelles générations n’en ont aucune empreinte. Le désastre est effacé de la mémoire collective.

« Fragments d’exil » veut révéler la vérité de cette période cruelle de l’Histoire par l’authenticité des choses. Ce sont les souvenirs recueillis qui sont réécrits et se succèdent tout le long de la pièce. C’est comme un concentré de la souffrance qui est mis en scène. Le texte est émaillé de poèmes de l’auteur en espagnol ou en français, ils ont été mis en musique par Tomas Jimenez, du groupe « El Communero ». Danielle CATALA a interprété « Fragments d’exil » pour la première fois en 2009 à la Cave Poésie de Toulouse. Et c’est vrai que l’on dirait que cette pièce a été écrite pour elle.

Lecture d’extraits de la pièce par Danielle CATALA :

Les républicains ont enfermé dans l’église curé, guardias civiles, gros propriétaires terriens, notables …

Les femmes ne sont pas d’accord, elles crient : « Hay que matarlos ! Si vencen os perseguiran ! » - s’ils s’en sortent ils se vengeront !

Mais ici le comité révolutionnaire n’a pas voulu de règlement de comptes.

Dans les immenses plaines d’Extremadura les troupes franquistes avancent rapidement, semant la terreur et la mort, violant les femmes, exterminant toute personne considérée comme fidèle à la république … maires ou conseillers municipaux, syndicalistes, maîtres d’école … femmes dont le seul tort est d’être la mère, la sœur, la compagne d’un rouge …

Le village est vite repris … Aussitôt libérés de l’église … c’est la chasse aux républicains, aux « rojos » … tirés des maisons, traqués dans les rues, les cours de fermes, les champs … abattus comme des bêtes…

Il y avait deux frères … ils fuient à travers champs … ils atteignent le bois … le plus jeune parvient à grimper dans un chêne … son frère non ! Et déjà la meute est là … En haut de l’arbre, le plus jeune assiste épouvanté à la mise à mort de son aîné.


Pour terminer, sont citées les publications suivantes :

-Manolo Valiente : «  Un vilain rouge dans le Sud de la France », édition bilingue, éd. mare nostrum 248 pages, 14 €,

-Evelyne Mesquida : « La Nueve 24 août 1944, ces républicains espagnols qui ont libéré Paris », cherche midi éd. 372 pages, 18 €

-José Martinez Cobo : « Frères d’exil. Espagne .Médecine. Politique » - Le pas d’oiseau éd. 313 pages, 23 €.

 

 













Alain FREIXE





















  29/10/2015






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Nous avions signalé la parution en bilingue occitan (provençal) français d’ « Aquéli pichot rèn » ces petits riens, d’Andriéu RESPLANDIN. Chez le même éditeur L’Astrado (7, Les Fauvettes - 13130 Berre L’Etang) il publie « Letro de la colo » lettres de la colline, préface de Michel COURTY, toujours en bilingue, oc, français. Le lecteur est laissé dans l’ignorance du destinataire de ces lettres, mais comme conclut le préfacier, « nous pouvons ouvrir avec confiance les Lettres de la colline : le Poète nous invite à l’accompagner pour que nous fassions avec lui (...) moisson / D’heures pleines de colline, / D’odeurs et de chants de vents. »

L’intelligence de cette publication est de paraître dans les deux langues, ce qui permet au lecteur français peu ou pas rompu à la langue d’oc, d’accéder à cette poésie de célébration, à sa fraicheur, à la légèreté d’une langue qui se déguste comme une brise ténue mais omni présente. Une langue pour dire son cœur et son pays.

Lecture de la préface in extenso et d’extraits dans les deux langues.


Ni les vents, ni les pluies

Ne m’ont rien dit de Toi,

Les grands oiseaux non plus.

Oh la joie de tes nouvelles.

Ne serait-ce

Que par quelque grive siffleuse

Fuyant le nord

Ou quelque blanc goéland

D’au delà des mers.

*

Tu languis sans doute

Et tu n’en veux rien dire.

Même si je devais en souffrir plus que Toi

Dis-le moi.

Quand nous aurons assez pleuré

L’un ou l’autre saura

Dire le baume doux

Pour feutrer d’amitié

La parole trop rude.

*

L’automne tout embrase

Et la colline flamboie de térébinthe.

*

Après la première pluie

Je l’ai courue avec le chienne

- Nous avons depuis quelque temps

Une chienne d’arrêt -

En cela

Tu ne la reconnaîtrais plus :

Pas une aire de crottes,

Pas un perdreau,

Nous n’avons vu que des pies

Et de très loin,

Un pauvre écureuil apeuré.

Les chasseurs seront bien à plaindre.

Si cela pouvait te lever

Un peu de tes regrets.


Que je te dise, cependant,

Mon chasseur de battue

Qui guette depuis la prime aube,

Au passage du chêne noueux

Attentif et silencieux,

Ecoutant les aboiements de la meute

Pour savoir

Le chemin de la bête pourchassée

Et calculer

Ses chances de salut.

Mais peu lui chaut, peut-être

Que le sanglier

S’échappe et se tire d’affaire

Assez qu’il fasse, lui, moisson

D’heures pleines de colline,

D’odeurs et de chants de vents.

*

Monique SAINT-JULIA publie aux éditions de L’Aire « Un jour de plus à aimer ».

Cette lauréate du prix Troubadours nous offre un nouveau livre de sensations toujours en éveil, au regard apaisé, ravi de l’harmonie qu’elle décrypte dans son jardin à l’image de cette Nature qui la rassure et qui l’enchante. Une poésie de l’équilibre, de la sérénité, de la beauté qui se laisse admirer sans se cacher. Un bien-être surgit de ces poèmes. Nous y consacrerons une émission.


Ecoute

nous poursuivre les cris des chats

et la sarabande des vieux rêves

dans les bordures de la nuit.

Une odeur de solitude campe.

L’Autan secoue les hochets de chasselas

apprivoise les dunes, roule les vagues

se pâme au passage du jardin

où s’entêtent à refleurir les arums.

*

Christian Saint-Paul invite les auditeurs a aller voir l’œuvre de Serge PEY « Les continents de la parole » au Hall de la Maison de la Recherche à l’Université Toulouse - Jean Jaurès, 5 , allées Antonio Machado 31300 Toulouse. Le vernissage aura lieu le jeudi 12 novembre 2015 à 12 h 30.

Serge PEY qui publie au Dernier Télégramme « La Sardane d’Argelès » avec des dessins de Joan Jordà (85 pages, 13 €). Le livre est dédié à José Juan Amelino Pey Saguer qui dansa une sardane à l’envers avec une poignée de compagnons dans le camp de concentration d’Argelès en février 1939. Une émission sera consacrée prochainement à l’auteur entre autres de « Ahuc, poèmes stratégiques » Flammarion éd. , « Le trésor de la guerre d’Espagne » Zulma éd. , « La boîte aux lettres du cimetière » Zulma éd.


Ils avaient dit

vous avez une gueule

et pas de bouche

Vous aboyez

quand vous parlez


Nous sommes devenus

des chiens obligatoires

dans les parloirs

et les souterrains


Nous bouffons du papier

comme les rats et les lampes


La vérité casse

des bouteilles pleines

sur le talus pendant

la messe des cochons


Depuis deux jours

la vérité ronge des os à moelle

vivants jetés dans la mer

par les avions


La vérité roule

son obscurité critique

dans la cave secrète

des squelettes

*

Christian Saint-Paul joint son invité par téléphone : Alain FREIXE.

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Alain Freixe est né le 3 décembre 1946, en terres catalanes. Il aime à musarder entre philosophie et poésie. Président de l'Association des Amis de l'Amourier, vice-président du Centre Joë Bousquet et son temps, Maison des mémoires, à Carcassonne et de l’association Podio (Alpes-Maritimes), membre du comité de la revue Friches, il chronique la poésie au journal L’Humanité ainsi que dans de nombreuses revues de poésie.

Parmi ses derniers livres : Madame des villes, des champs et des forêts, avec Raphaël Monticelli, éditions de l’Amourier, 2011 ; L’homme-qui-cherchait-à-voir, avec 4 xylogravures d’Alain Lestié, La Diane Française, 2011; Vers les riveraines ; L’Amourier, septembre 2013, Arrêt dans la montagne, Les Cahiers du Frau (2014), Prises de vue, prise de sang, avec des eaux-fortes de Gérard Serée, Atelier Gestes et Traces (2014) ; A la belle matineuse avec 2 photographies, 2 lavis, une Egypte bleue, 1 dessin au trait d’Henri Maccheroni, 2015

Son blog : http://lapoesieetsesentours.blogspirit.fr

Un long entretien s’instaure, émaillé de lecture de textes.

Alain FREIXE interrogé sur l’activité poétique, s’enthousiasme : « l’activité poétique, c’est la vie, la « passante » comme je l’appelle. Je n’ai pas été un professeur qui écrit de la poésie, mais un poète qui enseigne. Le poème est le rendez-vous des hommes libres. La poésie est un combat pour que vive la langue et à travers elle, l’homme. »

Il précise que sur le grand nombre de ses publications, il y a en réalité peu de livres courants. La plupart sont des livres réalisés avec des artistes, des peintres, des photographes. Ce n’est pas nécessairement une complicité harmonieuse qui prévaut à ce partage, car, révèle Alain FREIXE, il aime bien être dérouté par les œuvres qui accompagnent les textes.

Saint-Paul évoquant la similitude avec la posture de Gaston PUEL, FREIXE se souvient d’une mise en garde de Joë BOUSQUET à PUEL : « Et souvenez-vous, Puel, il n’y a pas de grands hommes ». Mais il y a des hommes qui ouvrent la voie, complète FREIXE. Puis l’invité aborde son travail au sein des éditions L’Amourier et invite à aller voir le site.

Se souvenant d’un livre de poèmes « Où suffit la lumière ? », Saint-Paul l’interroge sur l’existence dans son œuvre, d’une spiritualité sans Dieu, et solaire comme chez Camus, Bousquet ou Malrieu. « Mystique, ça me va tout à fait. Solaire, oui, mais si on aime le soleil c’est pour l’ombre ; il y a cette part ténébreuse, comme des violettes cachées dans les sous-bois. C’est ce moment où quelque chose vous saisit, vous êtes saisi, cogido en espagnol, surpris, arraché. C’est quelque chose qui vous coupe la chique, qui vous coupe la langue. C’est une révélation peut-être, mais de rien, en même temps. »

Pour mieux expliquer cette position, il cite RILKE : « ce n’est pas assez d’avoir des souvenirs, il faut encore les oublier ». Le coup de soleil dont il est question chez FREIXE, est de cet ordre là, de l’ordre de l’oubli.

Après une lecture de textes (« Comme autant d’amoureux » La Porte éd.), l’entretien reprend sur l’influence qu’a exercée l’œuvre de Joë BOUSQUET. Alain FREIXE s’est intéressé tôt à Joë Bousquet, il a rencontré Ginette Augier, René Piniès ; Bousquet est un homme important, un « grand » du XX° siècle. Souvent on parle des écrivains blessés ou morts, là, remarque-t-il, on parle d’un écrivain qui va naître de sa blessure. Simone WEIL lui a rendu visite dans sa chambre rue de Verdun à Carcassonne. Citant « Le génie d’Oc et l’homme méditerranéen », Alain FREIXE reprend les mots de Jean TORTEL à propos de Simone Weil : « la présence et l’écart ». Mais Simone Weil était une militante, et le pays était occupé, elle devait voir Joë Bousquet pour plusieurs raisons et pas que littéraires.

Cette notion du « Sud », de l’âme méditerranéenne, FREIXE avoue qu’il l’habite plus, qu’elle ne l’habite. Pour lui, le « Sud » c’est un territoire à construire au fil des jours. Il cite une phrase de Jean BALLARD qui a dirigé « Les Cahiers du Sud », extrait d’une lettre à Joë BOUSQUET de 1940 : « Nous sommes de vrais méridionaux, des hommes de jour pur et d’eau courante, uniquement sensibles à la part renaissante de chaque chose qui dure, nous savons qu’être c’est devancer dans ce qui passe, le souffle qui va l’emporter, participer ainsi de ce qui le ressuscite et ne saurait, sans la collaboration perpétuelle de la mort, entretenir la vie. »

« Les sources sont en aval » comme disait René CHAR. « Que serait un éclair qui durerait ? » interrogeait Apollinaire. « Probablement rien. L’homme est aux avant-postes de l’homme et le Sud est toujours à venir. Il est en ce sens le possible sur lequel veille le poète, le lecteur de poésie, un peu avant la nuit » répond Alain FREIXE.

Lecture d’extraits de « Vers les riveraines » La Porte éd.


Interrogé sur la façon dont la poésie peut changer la présence des uns aux autres, Alain FREIXE résume : la poésie laboure la langue, elle refuse la grande langue molle des médias, elle est insurrection. Elle va vers une lucidité toujours plus grande. Elle est ce contre-sépulcre de Char. « Dans mon pays, on n’interroge pas un homme ému ». C’est le respect de l’autre qui dit le poème. C’est l’opposé de ce que nous servent les télévisions qui recherchent l’émotion, les larmes et pratiquent le voyeurisme de l’audimat.

La poésie a à voir avec la vérité, elle est donc parfaitement utile. Elle fait émerger le réel.

Lecture de poèmes.


Profil de vent, de feu et de roc*


(…)


le pas glisse

la main glisse

le long du bras

qui ne retient pas

je pars dit la main ouverte



visage renversé

je te regarde partir disent les yeux fermés

ton visage sur ma paume

en véronique



deux bras

et des visages qui s’abandonnent

deux mains

une clé sur le vide

et c’est l’amour

qui prend corps

quelque chose qui ne se donne pas

à voir

et se voit

si on disait beauté

on donnerait un nom

à ce qui en manque



sur les miroirs écorchés

du monde

passe une lumière pressée

de retourner à elle-même


(…)


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Alain Freixe


(collection A Côté, 2014, Les Cahiers du Museur, avec une photographie de Guy Divetain)


*Ce que cherchent les danseurs, c’est le « profil sûr » : « le profil de vent, profil de feu et profil de roc » dont parlait Federico Garcia Lorca

*

L’automne est sans pitié*

1-

Il remontait le courant. 

La Castellane engloutissait le temps dans la craie de ses eaux. Sa source hantait les yeux de l’enfant, plus qu’au-dessous des pierres, les truites, verrouillées à l’ombre des vases blanches.

Le vent sous le crâne arrachait des aveux à l’absence de raison. Que de fois il a couru jusqu’à la mine de talc qui écartait les forêts et fermait la rivière!

Sous le soleil du vide, le mal venait d’en-haut.

Et l’enfance rayonnait.

2-

L’extase des roses, les doigts froids de la lune sur la muraille et les guirlandes d’écume trop lourdes pour ce ciel, il ne les a pas vues.

Le vertige des étoiles, leur chuchotis de lumière, leur fièvre écarlate, fille de la nuit, sur la peau du lac, ce désir de sang, son chemin dans les ruines de l’été, avant la mort couleur de cave humide, je le vois aujourd’hui. Encore.

3-

Et rien de plus!

Sinon aimer ce bleu qui bondit par dessus les arbres du jardin. Aimer ce coeur qui déchire les lèvres et sur la mort prend assurance d’un mot. D’un charbon ardent sur les cendres rugueuses d’hier. D’une luciole égarée dans les menthes qui invente la nuit contre les lampadaires, les flambeaux et les torches.

4-

Le cœur vole au profond des eaux changeantes. Des fleurs violentes prises dans le feu de la rosée. Des clairières cloutées de ronds de sorcières autour de Sainte-Marie-de-Jau.

Au coeur d’une rosace d’herbes folles, l’olivier de Bohême attend sa souveraine, la lumière blanche de l’été. Madone aux secrets gantés de gris.

5-

La solitude et le silence. Deux anneaux Deux ondes. Deux rythmes accordés. Serpent noir qui ondule jusqu’à se cacher dans ma langue. Au point de disparition, un nœud dans le ciel sur le paysage dentelé de nuages. Comme une étoile lointaine. Et pour la voir, jouer de l’oblique. Jouer boules/bandes. Aborder de côté. Du côté de la coulisse.

L’œil ne serait-il que dans l’œil?

6-

Jeté à côté, l’œil zigzague. Chancelle. Fait un geste. S’offre à la perte. Il bat.

Deux bras tirant l’un amont, l’autre aval. Deux bras s’effleurant, ouvrant sur le vide, clé d’une prise de corps, profil sûr d’une séparation comme le jour de ce coup de foudre qui fit sang sur Mascarda, ma sarrazine. Ma silencieuse à la langue trouée.

7-

Comme s’abandonnent, se déchirent deux danseurs jusqu’à aimer leur déchirement, l’oeil trouve l’âme au moment même où il la perd, en enfuie entre deux corps.

À regarder, entre hier et aujourd’hui, les odeurs sauvages que le vent noue à ce qui du monde restera muet, on voit sa tête se perdre dans les nuages où s’abîme notre vision.

Un paraphe de soleil signe la fatalité du jour.

Alain Freixe

* A paraître dans l’hiver 2015/2016 aux Cahiers du Museur, sous étui toilé de l’atelier A fleur de peaux de Claude-Adélaïde Brémond, avec frontispice et 4 collages de Claude Massé

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  22/10/2015






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Lors de l’émission précédente consacrée à RADO, un poète de Madagascar disparu en 2008, Christian Saint-Paul avait annoncé qu’il reviendrait sur une des voix majeures de la poésie malgache qui, une, puis deux générations après sa mort, avait durablement marqué la poésie francophone. Il s’agit de Jean-Joseph RABEARIVELO (1901-1937) qui s’est exprimé dans les deux langues : malagasy et surtout français. Ce poète a tout sacrifié à l’écriture. Ce sacrifice pour la parole poétique a accompagné son combat pour faire vivre la poésie dans l’avenir de la modernité, en se heurtant à toutes les désillusions, à la pauvreté et même à la mort de sa fille. L’administration coloniale française, dans son implacable rigidité, l’a toujours tenu à distance, ignare sur son génie. Elle l’a conduit au sacrifice suprême : le suicide. Mais, nous dit Saint-Exupéry : « sacrifice ne signifie ni amputation, ni pénitence. Il est essentiellement un acte. Il est un don de soi-même à l’Etre dont on prétendra se réclamer. Celui-là seul comprendra ce qu’est un domaine, qui lui aura sacrifié une part de soi, qui aura lutté pour le sauver, et peiné pour l’embellir. Alors lui viendra l’amour du domaine. Un domaine n’est pas la somme des intérêts, là est l’erreur. Il est la somme des dons ».

Jean-Joseph RABEARIVELO, passionné de poésie française, subira l’influence vivifiante du surréalisme qui donnera à son écriture une vraie liberté. Correcteur d’imprimerie, donnant des cours de français, inconsolable de la mort de sa fille, épuisé, criblé de dettes, asthmatique ne se soignant pas, il met fin à ses jours, deux jours après que l’administration française lui ait fermé ses portes.

Il est aujourd’hui une des voix les plus puissantes de la poésie malgache et par extension, de la francophonie.

Lecture de « dernier journal » :

A 14 heures moins 9 de mon horloge,

je prends 14 pillules de 0 grs 25 de quinine pour avoir la

tête bien lourde. Un peu d’eau pour les avaler.


A l’âge de Guérin, à l’âge de Deubel,

un peu plus vieux que toi, Rimbaud anté-néant,

parce que cette vie est pour nous trop rebelle

et parce que l’abeille a tari tout pollen,

ne plus rien disputer et ne plus rien attendre,

et, couché sur le sable ou la pierre, sous l’herbe,

fixer un regard tendre

sur tout ce qui deviendra quelque jour des gerbes.

Fixer un regard tendre ! Tendresse de l’absence,

dans le Néant, Néant auquel je ne crois guère.

Mais est-il plus pure présence

que d’être à toi rendu, ô Mère douce, ô Terre ?

On se retrouvera tous dans ta solitude,

et peuplée, et déserte ainsi que l’océan.

Et chaque fois que ici-haut soufflera le vent du sud

en bas l’on causera des survivants.

Quelles racines de fleurs viendront alors nous boire

pour calmer dans le soleil telle soif de fruits.

Se pencheront sur nous les héliotropes du soir

et viendra prendre de nos secrets le Bruit.

Le Bruit, le Bruit humain –vaines rumeurs de

coquillages

pour les marins endormis du sommeil de la terre !

Le Bruit, le Bruit humain, toujours le même à travers

les âges

et qui ne se dépouille que chez les morts d’un peu de

vos misères.

Mais déjà je sens l’odeur de la poussière

et des herbes ; déjà j’entends l’appel de ma fille ;

ah ! pour peu que l’oubli n’ait pas cerné vos yeux de

terre

songez quelquefois à nous dans nos grottes

tranquilles !

Et que ce ne soit pas pour verser des larmes

près de nos portes closes par le silence !

Que ce soit pour penser qu’il n’y aura quelque

charme,

un jour, à être guidés par nous dans la fin immense.

(…)

A 14 heures 37 de mon horloge.

L’effet de la quinine commence, bientôt dans un peu d’eau

sucrée, je prendrai plus de 10 grs de cyanure de potassium.

(…)

  • J’embrasse l’album familial. J’envoie un baiser

aux livres de BAUDELAIRE que j’ai dans l’autre chambre.

  • 15 heures 02. Je vais boire – c’est bu. Mary,

enfants, à vous mes pensées – mes dernières.


J’avale un peu de sucre. Je suffoque. Je vais m’étendre.


Lecture d’extraits de « Traduit de la nuit » :


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XVII

Le vitrier nègre

dont nul n’a jamais vu les prunelles sans nombre

et jusqu’aux épaules de qui personne ne s’est encore

haussé,

cet esclave tout paré de perles de verroterie,

qui est robuste comme Atlas

et qui porte les sept ciels sur sa tête

on dirait que le fleuve multiple des nuages va

l’emporter

le fleuve où son pagne est déjà mouillé.

Mille et mille morceaux de vitre

tombent de ses mains

mais rebondissent vers son front

meurtri par les montagnes

où naissent les vents.


et tu assistes à son supplice quotidien

et à son labeur sans fin ;

tu assistes à son agonie de foudroyé

dès que retentissent aux murailles de l’Est

les conques marines –

mais tu n’éprouves plus de pitié pour lui

et ne te souviens même plus qu’il recommence à

souffrir


chaque fois que chavire le soleil.


XIX

Il y aura un jour, un jeune poète

qui réalisera ton vœu impossible

pour avoir connu tes livres

rares comme les fleurs souterraines,

tes livres écrits pour cent amis,

et non pour un, et non pour mille.


Sur le golfe d’ombre où il te relira

à la seule lueur de son cœur où rebattra le tien,

il ne te croira pas

dans les houles pacifiques

dont s’empliront toujours les abysses sans soleil,

ni dans le sable, ni dans la terre rouge,

ni sous les rochers dévorés de lichens

qui s’étendront derrière lui

jusqu’au pays des vivants

aveugles et sourds depuis la Genèse,

Il lèvera la tête

et pensera que c’est dans l’azur,

parmi les étoiles et les vents

que ton tombeau aura été érigé.

(Extraits de « Traduit de la nuit » Orphée. La différence éd.


C’est un éditeur en région toulousaine, N&B, qui nous régale de la première anthologie poétique bilingue, galicien, français, de Manuel RIVAS, « La disparition de la neige », anthologie réunie et traduite du galicien par Paloma LEON, 171 pages, 18 €.

Au moment où notre Sénat rejette la ratification de la charte européenne des langues minoritaires, il est bon de rappeler que cette anthologie de Manuel RIVAS a été publié en Espagne, dans les quatre langues officielles de ce pays : le galicien, le castillan, le catalan, le basque.

Paloma LEON nous révèle que « dès les premiers poèmes publiés, les préoccupations écologiques, les interrogations et les inquiétudes d’un futur incertain, son amour pour la planète, pour sa Galice, ce village mondialisé, transparaissent » chez Manuel RIVAS. Sa poésie « se nourrit de [sa] contemplation, mais requiert aussi l’enfermement, la solitude qui la fera naître comme la végétation lorsque la neige disparaît ».

« La poésie de Manuel RIVAS se lit, écrit-elle, comme autant de petits récits où se mêlent le désespoir lucide du poète et l’espérance qui brûle comme « le feu obscur [dans] les mottes de terre ».


Lecture d’extraits de « La disparition de la neige » :

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POETES

Des flocons bleus tombaient de l’ombre de ses yeux.

Si nous nous hâtons,

dit-il avec un sourire,

nous serons dans la Grande Encyclopédie galicienne.

Et il en était ainsi.

nos noms étaient à la fin de l’alphabet.

Mais cet hiver-là, à Madrid

nous fîmes connaissance de jeunes filles

qui remirent à plus tard notre entrée dans l’Histoire.


AVERSE

J’aime par-dessus tout le ciel quand il écrit

des vers qui se lovent dans l’âme

vraiment.
Les lavandières courent vers l’étendoir,

les doigts sans ongles

et un éclat d’escargot dans les yeux.

Les enfants forment un arc

de l’école au grenier

Pour l’ouvrage,

On dirait que les animaux n’ont jamais existé

mais les vieux étaient là

s’endormant sur les avis d’obsèques.

Le roi Carnaval s’est enfui en exil

avec des allures de mendiant

où il s’est enfermé dans une église

parmi les boiseries dorées

ou il a revêtu la pierre

des terrifiantes gargouilles.

Quoi qu’il en soit, le roi Carnaval s’est enfui

et cela change tout.

La couronne de lumière roule parmi les aulnes

qui exhibent leur envers d’argent,

mais pour peu de temps.

Laissez passer l’héraut de l’éclair.

Cent sbires avec leurs dagues

ne pourront m’arracher ces vers

écrits par le ciel

lorsque l’âme se love

dans un oursin.


L’ENIGMATIQUE ORGANISATION

A Marcos Valcarcel


Les mots viennent réclamer leur dû,

ce qui a été dérobé.

Loin des champs de travail,

prudents ils se meuvent comme la porcelaine

ou le premier jour du mois d’avril.

Ne sens-tu pas la fragrance hydrophile

des feuilles de leurs épis,

la sueur argonaute de leurs grains ?

Ils existent.

L’aviateur qui lit le braille dans la nuit existe.

La borgne qui porte des voix basses

dans son panier d’oursins existe.

La bouche de la littérature existe,

cette folle qui parle seule

comme une méduse.

La bouche du puits qui essaime,

charnue, malsonnante,

protégeant les siens, existe.

Une autre mélancolie existe.

Le train où voyage la nostalgie

dépossédée existe.

Les mots dorment

sous l’Alzheimer des ponts.

Dans les bouches d’égout se déroule l’histoire :

les faux témoignages torturent les poèmes.

Dans le tourment de l’asphyxie,

les mots manquent d’air,

la précieuse information.

Survivront ceux qui simulent la mort

dans la splendeur de l’herbe.

Ou ceux qui se souviennent de la complainte d’un aveugle,

dans laquelle tout se raconte

sans espoir et sans crainte.

Ou encore ceux libérés par l’énigmatique organisation

des mots en alerte.


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Les éditions Caractères, sous l’impulsion dynamique de leur directrice Nicole GDALIA, poursuivent la publication de l’œuvre intégrale de Bruno DUROCHER. Après la création poétique (plus de mille pages), c’est la création théâtrale qui paraît. L’émission « les poètes » reviendra sur cet évènement.

En hommage à Bruno DUROCHER, Saint-Paul lit « Elégie des semences, à Bruno DUROCHER » de Jean LAUGIER, cet ami aussi de Georges PERROS, extrait de « Le Verbe et la Semence » éd. Caractères, illustrations de Jan BOUAL – 1982 :


ELEGIE DES SEMENCES

A Bruno DUROCHER

Alors que se profile, à l’horizon, l’échéance des

oiseau voraces

augurant, sans précision de l’heure, le dispersement

de la chair

de même qu’aux quatre vents, et dans l’indifférence,

sous tous les ciels, de par le monde, se partagent

parures ou guenilles


Quelle part secrète de nous, un jour, au simple gré

de l’aléatoire

brassée dans les successives turbulences des métamorphoses,

face au tribunal de la précarité quotidienne

une fois pour toutes, enfin, établi l’arrêt du bilan et

des comptes


Quelle part secrète, un jour lointain, pourrait être

de nous tenue pour legs

saison après saison

dans le cycle infini et salvateur des semences ?


On prêche la terre à sa connivence

Dieu vous vertèbre l’âme jusqu’au cou …

Une corde craque, et la nuit s’ébroue

On imagine que le soleil danse

Brûlant dans le nid d’un nuage fou.

Et dans cet incessant ballet séminal

qui, des salmonidés aux bourdons et lampyres,

des phoques à trompe jusqu’aux migrateurs saisonniers de l’espace,

impose à chaque branche du vieil arbre de vie

son rite éternellement dionysiaque

pour la pérennité fragile de l’espèce,

sans aucune crainte d’embûche et sans prévoyance

apparente des pièges,


Dans cet incessant ballet nuptial qui fait de l’abeille

la porteuse et la messagère de l’élément fécondateur,

pourvoyeuse ainsi comme maquerelle de la végétation immobile,

et jusques au vent qui, en son absence, la supplée


Ainsi confronté à l’incessante et convulsive spirale

tourbillonnante

où s’engloutit sans fin toute semence pour renaître,

qu’apporterions-nous en offrande

si jamais ne léguions au vent que notre chair friable

et la vanité toujours possible du scribe

dans l’anonyme et concertante transcription de

l’opéra du Verbe ?


Nous savons tous où vont les choses :

Décharge publique du Temps …

Cœurs fanés, pétales de rose,

Même nos pleurs, prisme-diamants,

Se moquent des métempsycoses.


Oui, quelle part de nous en vérité serait jugée digne

d’offrande

si par quelque accident d’écoute ou de grâce,

le simple don de parole qui nous fut imparti

oubliait de transmettre


Ne fût-ce qu’un seul jour,

resurgi de la plus lointaine mémoire pour d’autres

migrations futures,

l’unique et très essentiel message d’amour où se

décode l’existence ?


Charnellement, nous élevons l’espoir

Gerbe, du quotidien transfiguré :

Les mots seront semences de mémoire

Et nous engrangerons amour et volupté

Quand deux regards se conjuguent pour

[ croire.


Et quand bien même la planète nous paraîtrait

fragile et vulnérable

aux mains de ces fallacieux et pâles condottieri

qui, de chaque pôle à l’équateur,

comme gibelins et guelfes ne rêvent inlassablement

qu’à en découdre

à seule fin de survivre seuls

et n’être plus contestés dans leurs crimes,


Nous ne douterions pas de l’aube.


Vaisseau aveugle de l’espace

Planète programmée pourtant,

Chacun de nous refait surface

Et soucieux d’enracinement

Cherche dans l’air encor sa trace.


Arche terrestre,

quand bien même nous trouverions-nous déjà à

l’orée d’un nouveau déluge

qui ne serait plus cette foi l’œuvre de Dieu, mais de

l’homme

nous garderions foi dans l’impertinence absolue de

la vie

seule sauvegarde du grain face à la mort

de même que la parole

même bafouée

pour triompher doit renaître.


Toute création use d’insolence

Parfois bouscule l’âme en porte à faux,

On charroie l’esprit comme une semence

Qui divorce de vous sans souci de prudence …

Un rameau d’olivier sauva Noé des eaux.


Entrevoyant les portes du déclin du jour

alors que se profile, à l’horizon, l’échéance des

oiseaux voraces

sachant bien qu’il me faudra rendre, nécessairement,

à tous vents

la chair friable

au terme d’un face à face éperdue d’espérance


Je ne léguerai devant Dieu et devant les hommes

qu’une humble quadrature

où s’encercle et toujours s’évade pour un vol

d’amour la parole :


Poésie, semence du Verbe.

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Les éditions N&B ont fait paraître « Fragments d’exil » de Dominique FERNANDEZ, œuvre majeure qui fera l’objet d’une émission particulière avec l’auteur.


Enfin, l’émission s’achève sur la lecture d’extraits de « Chaldée » du poète américain Nick TOSCHES, éd. Vagabonde, bilingue anglais, français, 116 pages, 10 € :


« En quel ciel loge l’auteur de Chaldée, livre qui oscille entre l’espoir de faire revivre, par l’imagination, les rites archaïques de fertilité et la conscience, lucide, que le monde qu’il s’efforce de ranimer est irrémédiablement perdu, qu’il ne se manifeste plus que par la trace et la ruine ? »

On ne peut être plus actuel !


CONTRAPASSO


Sans une brise,

et ayant renoncé à toute sagesse

et sachant qu’aucun poème

ni aucune âme humaine

ne peut me sauver,

je me couche

et attends n’importe quel dieu

qui soit assez indulgent et puissant.


Etranger éternel, soutiens-moi

Etranger éternel, lève-toi.

Etranger éternel, soutiens-moi.

Etranger éternel, lève-toi.

Je me donne à toi qui rassembles mes morceaux.









Photo Claude BRETIN

 





















Photo Claude BRETIN





































Photo Claude BRETIN

















  15/10/2015






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Photo Claude BRETIN

Christian Saint-Paul invite les auditeurs à assister à la conférence que donnera Alem SURRE-GARCIA à la Maison de l’Occitanie, 11, rue Malcousinat à Toulouse sur le thème : « Les Orients d’Occitanie III , Le Midi antichambre des Orients, méridionalisme, orientalisme, colonialisme, du méridional à l’indigène. » le jeudi 5 novembre 2015 à 18 h 30.

« Le romantisme européen a manifesté un profond intérêt, à la fois historique pour le Moyen-Âge et géographique pour le sud de l’Europe, la Méditerranée, portes de l’Orient. Le « Midi » français, de par la poésie des Troubadours, de par son climat, ses moeurs, de par ses façades méditerranéenne et pyrénéenne, a exercé sur les voyageurs français et européens une vive impression : il sera considéré pour la plupart comme l’antichambre de l’Orient. Entre la France du Nord et l’Algérie décrétée française, et au moment où l’ethno type du « méridional » se construit en même temps que celui de « l’indigène », comment les écrivains, les artistes de la société méridionale dans son ensemble ont-ils réagi ? »

Alem SURRE-GARCIA qui a fait paraître aux éditions  A Tots. I.E.O. -edicions, « Man trobat », 108 pages, 13 €, un roman picaresque en langue d’oc qui est une féroce critique de la société d’aujourd’hui, de ses mythes et de ses valeurs folles et fausses. Ceci par l’auteur des « Orients d’Occitanie » et de « La théocratie républicaine » entre autres.


Michel BAGLIN réédite « Entre les lignes » avec une préface de Didier Pobel aux éditions Le bruit des autres, 115 pages, 10 €. Nous connaissons bien l’amour des trains chez cet écrivain, qui comme l’écrit Jérôme Garcin : « dans un livre émouvant et juste, le poète Michel BAGLIN paie sa dette aux chemins de fer qui, dans un sifflement de western, ont traversé son enfance ».


Christian Saint-Paul signale également des publications sur lesquelles il reviendra au cours des prochaines émissions : Manuel RIVAS « La disparition de la neige » N&B éd. anthologie poétique bilingue réunie et traduite du galicien par Paloma Léon , 172 pages, 18 €. Devant l’importance de cet événement éditorial, une émission lui sera bientôt consacrée.


Béatrice BALTI a publié il y a déjà quelque temps un roman historique sur une période chère à beaucoup, le temps de Boaddil, dernier roi de Grenade, « Zeyda, servante de l’Alhambra » aux éditions L’Harmattan. L’auteure sera une de nos prochaines invitées.


Revenant sur les Journées culturelles franco-algériennes de Toulouse, Saint-Paul invite les auditeurs à assister à une conférence à la Maison des Diversités et de la Laïcité sur « L’Algérie 2015 ». Nous nous ferons l’écho de cette conférence dans les prochaines émissions.


Après avoir rappelé que L’Atelier Imaginaire de Lourdes a publié « Lignes de vie » dont le contenu est décrit sur le site les-poetes.fr , et salué Lenny ESCUDERO artiste qui a, entre autres, chanté les chants universels de la liberté, l’émission se plonge dans un grand pays qu’a parcouru quatre mois, notre éminent technicien Claude BRETIN : MADAGASCAR.

Cette île gigantesque, la troisième du monde, s’est largement ouverte à l’extérieur par ses 5000 km de côtes. C’est un pont entre deux mondes car elle doit à l’Afrique et à l’Asie son milieu naturel, son peuplement, son histoire, son héritage culturel.

Nés de la mer, instruits de la mer, les Malgaches se sont, au cours des siècles solidement ancrés sur ce petit continent massif. C’est un peuple autonome, qui s’exprime par une unique langue, de souche malaise selon les linguistes : le malagasy. Les français arrivèrent à Madagascar en 1895 au moment où la reine des Mérina (caste la plus cultivée) voulait étendre sa suprématie à tous les groupes minoritaires de l’île. Devenue colonie française en 1896, Madagascar conservera toujours un très fort esprit de résistance. Elle fut le seul exemple de colonie où les chefs locaux refusèrent de perdre leur autonomie. L’échec de l’intégration provoqua de rudes soulèvements ; en 1947 une grande révolte fut impitoyablement réprimée par l’armée française qui tua 80 000 insurgés. De là surgit plus fort encore une véritable conscience nationale qui devait conduire le pays à l’indépendance en 1960.

Claude BRETIN a ramené des photographies dont certaines s’affichent sur notre site, prouvant l’existence d’une grande diversité des paysages végétaux et d’une faune à part.

Trois noms illustrent l’histoire contemporaine de la poésie malgache : Jean-Joseph RABEARIVELO, poète de la dualité franco-malgache angoissée ; Jacques RABEMANANJARA, chantre du nationalisme ; Flavien RANAÏVO qui peut être considéré comme le produit de l’acculturation réussie. Ce dernier fut aussi à l’aise dans l’inspiration du patrimoine français que dans les valeurs et traditions de l’Imérina, région de Madagascar.

Mais c’est d’un poète tout à fait contemporain qu’il sera question dans cette émission, un poète à découvrir pour nous français. Il s’agit de RADO.

Cet artiste qui toucha à beaucoup d’arts est considéré à ce jour, comme un monument de la culture malgache.

Né en 1923 à Antananarivo, le poète Georges ANDRIAMANANTENA, connu sous le pseudonyme de RADO est fils de pasteur. Après des études secondaires dans les meilleurs établissements scolaires malgaches, il poursuivit ses études au Centre International d’Enseignement Supérieur de Journalisme de Strasbourg. Il exerça diverses fonctions avant d’être nommé Directeur au Ministère chargé de la Culture, poste qu’il occupa jusqu’à son départ à la retraite en 1989.

RADO est mort le 15 septembre 2008 à 85 ans.

Ce poète dit son amour de la langue malgache. Sa langue se veut simple, accessible. On le qualifie de poète de l’espoir, de l’amitié, de l’universalité.

Ses poèmes sont étudiés dans les programmes scolaires malgaches.

Ce fut aussi un musicien, un journaliste bien entendu du fait de sa formation, où il s’illustra comme le chantre de la liberté d’expression et de la pluralité des idées.

Il accumula les médailles en reconnaissance de ses mérites, étant un pur produit de la « méritocratie ».

RADO a fait le choix de n’écrire qu’en malagasy. Il affirma ainsi sa volonté d’être reconnu comme un poète populaire malgache.

Une anthologie bilingue malagasy-français put être éditée en 2005 à Madagascar. Elle n’a pas encore vraiment franchie les frontières et sans Claude BRETIN nous n’aurions pas ce précieux exemplaire dont l’édition est celle d’un imprimeur à Tananarive.

Monica, originaire de Madagascar, directrice d’école en retraite, de passage en France, a bien voulu lire RADO dans sa langue malagasy. La lecture est ensuite suivie de la lecture des poèmes de RADO en français.

 

           

Georges Andriamanantena alias Rado

 

*

Le village de la paix


Le nom de ce village, je ne sais ni ne connais

Mais ce qui frappait le plus ma vue et mon esprit

C’était cet ordre emplissant tout l’endroit :

L’éventuel visiteur s’y plaît déjà.


Toutes les petites rues sont égayées de fleurs

Les rizières ressemblent à des champs sans frontières

Des gens au sourire ampli du temps des moissons

Travaillent dans chacune des maisons.


Les tourments pénibles, ici sont inconnus !

La paix règne dehors ainsi que dans les codeurs

Vous êtes tenté de croire au vu des alentours

Que ce village-ci, n’a jamais vu la guerre.


Oui ! il n’a point connu la guerre et ses souffrances

Les portes dans ce lieu n’ont jamais eu de clé

Les habitants s’y plaisent et s’aiment sans jalousie,

Leur livret de famille ? La solidarité !


Et tous les noms des rues y sont très édifiants :

Vous pouvez y trouver : « Rue de l’Egalité »

« Rue de la Justice », « Place de la Libération »

Ainsi que ce « Monument des Droits et Liberté ».


Ce village conquit mon cœur et mon âme

J’eus hâte de connaître le nom qui le décrit.

Un enfant me sourit puis il me répondit :

Ce village s’appelle : « Village de la Paix ».

*

Laisse


Laisse donc tout cela, n’en dis plus un seul mot

Pour ne pas remuer sans le vouloir

La boue déjà dormante enfouie dans son cœur

Le seul trésor de sa mémoire !


Que ferais-tu de son désespoir si se déversait le passé

Dont il a rempli sa cruche ?

Car celui-ci est fait des ruines de ce qu’il a projeté

Qu’il a gardées pieusement.


A dire vrai, s’il y a un lambeau du passé

Qui tombe sous des yeux qui se souviennent...

Que ce soit toi ou lui, je comprendrai

Qu’on veuille jalousement le préserver.

*


J’en ai assez !


J’en ai assez, ô ma Patrie

Reste donc là où tu es !

Mais ma course et moi

Nous allons fuir car nous sommes las

De ta misère

De ton malheur

Qui devient ma misère

Et qui me colle à la peau !

...Pourquoi serais-je le seul

A rester pour regarder

Ton visage ravagé

Et ta beauté défaite ?

La plupart sont fatigués ;

Certains sont devenus esclaves de l’argent

D’autres se sont lassés de lutter

Et se sont fanés avant que de fleurir.

D’autres encore ont déserté

Epuisés par cette lutte sans répit.

Il y a ceux qui n’ont pu rien faire

Battus par les flatteries et les applaudissements,

Ceux qui n’ont plus honte

D’avoir goûté aux haricots.

Il y a ceux qui sont tombés sans pouvoir se relever

Après avoir bradé la vérité

Tous ceux-là

Se sont éloignés sans prévenir.

Et je reste seul désormais

Des millions qui étaient là

A supporter cette poutre

Qui chancelle et se fissure.

Oui, je suis bien seul

Qui épuise mes forces

Et qui perds le sommeil

Pour redresser ce pilier.

Pourtant ce mur-ci,

Je vois bien qu’il penche

Et que dans quelque temps

Il va tomber et s’écraser

Si on ne vient pas à son secours !

Les marches de l’escalier sont brisées

Comme l’étage et la plancher

Le toit que Père a construit

Commence à se lézarder.

Sont taris les silos à grains :

La famine semble proche.

L’acier qu’autrefois l’on polissait

Le voilà qui est rongé par la rouille...


Je voudrais avoir dix bras

Pour te réparer, ô mon bien.

[ ... ]

Qu’on laisse fuir ceux qui veulent fuir !

Qu’on laisse éclater ce qui va éclater !

Que le sort se retourne !

Qu’on laisse aller ceux qui veulent s’en aller !

Mais aie confiance, ô ma Terre,

Idole que j’aime, que je vénère !

De moi, regarde, cette main

Je vais de nouveau lui redonner force

[...]

L’émission se termine sur une chanson d’Hinitra, artiste malgache qui rayonne dans le monde entier.



Photo Claude BRETIN

 



















Photo Claude BRETIN




Annie Briet
















  08/10/2015






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Christian Saint-Paul rappelle que se tiendra à Toulouse le samedi 10 et le dimanche 11 octobre 2015, le Salon du Livre des Gourmets de Lettres, sous l’égide de l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse. De nombreux prix seront remis à cette occasion concernant le roman, les nouvelles, l’histoire, la littérature scientifique et la poésie. Le salon et les cérémonies de remise des prix auront lieu dans le cadre prestigieux de l’Hôtel d’Assézat, siège des Académies savantes de Toulouse.
Les lauréats de ces prix seront invités au cours des mois à venir à l’émission « les poètes ».
Les 3ème Journées Culturelles Franco-Algériennes de Toulouse se tiendront du 6 au 17 octobre 2015. Un programme particulièrement riche à suivre.

Le samedi 10 octobre 2015 à 17 h, une rencontre poétique réunira au Château Saint-Louis à Labastide Saint-Pierre, dans le Tarn et Garonne, quelques auteurs de la revue Encres Vives : Jean-Louis Clarac, Jean-Michel Tartayre, Cédric Le Penven, Jacqueline Saint-Jean, Annie Briet, Christian Saint-Paul, Francis Pornon et Michel Cosem.

Michel Cosem, écrivain, poète, revuiste, éditeur, se joint à l’émission. Directeur d’Encres Vives, il sera ce jour là entouré par ses amis qu’il a eu plaisir à publier. Il précise que cette rencontre poétique « Vendanges de mots » a été organisée par Jean-Louis Clarac, instigateur des Moments Poétiques d’Aurillac.

Dans les dernières parutions de Michel Cosem, un roman, « Le berger des pierres » (éd. Lucien Souny, 221 pages, 17,50 €), succède à son précédent roman chez le même éditeur, « Les Oiseaux de la Tramontane ».

Pierrot aime se retirer dans la partie la plus sauvage du causse, un lieu favorable à la rêverie qui meuble ses longues journées. Le berger s’y repose tout en gardant un œil sur ses bêtes. Peu de gens s’aventurent sur ces terres, car elles sont le dernier refuge des bandits, des vagabonds, des réprouvés, des lépreux. Ce désert peut tout accepter ; il peut recueillir et même protéger, à condition que ceux qui y viennent possèdent une connaissance de la nature et des animaux, cultivent le goût de la solitude et éprouvent l’envie absolue d’échapper au reste du monde.
Michel Cosem a choisi cet endroit pour raconter, sur plusieurs générations, une histoire fascinante. Depuis le déserteur des armées napoléoniennes jusqu’aux jeunes d’aujourd’hui en passant par l’époque de la Résistance, l’auteur dresse une fresque où l’humain, le tragique, les légendes, les pierres se mêlent pour finalement faire partie de notre quotidien et de notre imaginaire.

L’étrangeté, l’intemporalité, le réalisme magique qui auréole ce roman, le rendent à la fois singulier et remarquable.

Quand Michel Cosem s’intéresse à un terroir, il le « met dans tous ses états ». Il le fait vivre au présent bien sûr selon les variables des saisons, de l’heure ou de l’humeur ; au passé qui livre aussi de merveilleuses clés de compréhension et enfin, au futur, le tout sous le regard de l’imaginaire. L’amour de la nature, du merveilleux, de l’histoire et du voyage sert de fil conducteur à l’auteur dans tous ses écrits, quels que soient les lieux où se déroule l’action. Michel Cosem est l’auteur d’une abondante production littéraire (romans, contes et poèmes) qui s’adresse aussi bien au jeunes lecteurs qu’aux adultes. Remarqué par la critique, plusieurs fois primé, il a été publié aux Éditions Robert Laffont, Seuil, Milan, Seghers, Casterman, Gallimard et Syros. Ses deux derniers romans, Justine et les loups et Le Bois des demoiselles, ont été publiés chez De Borée.

(224 pages 20 € port compris à commander 2, allée des Allobroges 31770 Colomiers)

Michel Cosem dit sa fidélité et son attachement à cette forme d’écriture qui met en valeur un lieu et l’histoire humaine de ce lieu. C’est cette passion de sonder, de décrypter un terroir dans ses profonds mystères, qui l’a amené à créer la collection « Lieu » aux éditions Encres Vives qui rencontre un réel succès, preuve de l’intérêt des auteurs et des lecteurs aux ancrages géographiques et historiques, les deux caractéristiques étant indissociables.

Cette préoccupation du lieu l’a conduit à publier après « L’Ariège, vérités et émotions » chez le même éditeur Un Autre Reg’Art : « Le cœur et la raison », livre sur les beautés multiples et variées de la Haute-Garonne, avec de superbes photos. Sa volonté à Michel Cosem avec ce beau livre, c’est de faire aimer cette terre.

Par ailleurs, il annonce que son livre « Les vies multiples du troubadour Peire Vidal » qui avait paru en 2009 aux éditions du Pierregord, sera réédité. Il s’agit de l’histoire tumultueuse et incroyable, mais vraie, d’un grand troubadour toulousain de l’Occitanie à la Terre sainte, au XIIIème siècle. Ce roman explore cette époque qui fut l’une des plus belles de l’histoire de l’Occitanie avant que ne fonde sur elle la croisade dite « des Albigeois ». Dans ce passionnant roman, la grande et la petite histoire se côtoient pour faire émerger la figure d’un homme profondément humain, fasciné par la Méditerranée, poète avant tout, joyeux luron tout au long de sa vie.

Revenant sur les auteurs qui seront présents pour ce récital à plusieurs voix au Château Saint-Louis, Michel Cosem souligne que tous sont unis par des liens d’engagement poétique très forts dans le monde.

Se tourner vers l’imaginaire, c’est imaginer qu’il puisse exister un monde meilleur. Par l’imaginaire, les poètes deviennent les prophètes qui nous montrent un monde qu’il serait possible d’habiter en poète. L’écriture, nous dit Michel Cosem, est un outil qui permet d’entrer en résonnance.

Michel Cosem donne lecture de ses poèmes, dont des inédits, qu’il publiera sous le même titre qu’une précédente publication « Le Midi des coquelicots ».

Où est le monde ? Est-ce lui ce soir qui pleure avec un violon tsigane et qui renouvelle toutes les espérances et la douceur des amours ? Est-ce lui qui écrit l’étrange maison sauvage qui palpite des paupières et répond avec menace ?

Est-ce lui qui chemine tel un témoin sur les sentiers de fortune et qui donne au silence la vraie soie des oiseaux ? Nul ne le sait, mais toutes les réponses sont possibles.

**

Nous cheminions ensemble au bord des champs de blé dans la nuit des grillons et des courtilières. Je croyais que nous serions toujours ensemble. Le chèvrefeuille embaumait et quelques lumières annonçaient nos belles futures maisons. Nous cheminions ensemble vers une séparation cruelle et sans retour, vers des ciels de tourmente et des absences infinies. Restent quelques écorces noircies et l’odeur du chèvrefeuille au printemps. Les orages ont laissé des rides dans la poussière.

**

Simplement regarder le fil de la vie comme on regarde l’océan au petit matin. L’horizon est là, témoin fidèle. Les nuages parlent de continents imaginaires. Les oiseaux ne cessent de refaire le monde en écrivant le ciel. Le silence comme une bulle brille à chaque geste et entre les doigts on laisse en riant couler le sable au creux de l’estuaire.

**

Les chênes la nuit venue sont immobiles et l’image même du silence. Le feuillage noir dessine une nouvelle géographie sur le ciel tandis que passent d’un trait les engoulevents, ces oiseaux fous. La nuit a gagné l’étoile du berger, la grande ourse est presque effacée. On sèche un à un les oripeaux de la journée. Y aura-t-il seulement un autre demain ?

**

Quelle est cette soudaine inquiétude qui me serre le cœur au milieu des pierres du causse dans le matin clair et nu ou au crépuscule souligné d’ombres noire. En nul endroit ailleurs je me sens aussi seul comme abandonné en un pays pourtant bien connu. Comment expliquer cela ? Alors qu’un épervier blanc flotte au-dessus des petits chênes bourrus qui sont aussi chez eux.

**

Bruyères et fougères murmurent dans le sous-bois. Que disent-elles en cette nuit de grand vent ? Quelles sont leurs confidences ? Qui donc veut s’emparer de leurs corps fidèles pour jouer ensuite au migrateur à la pointe des herbes ? Fougères, belles compagnes de l’été aux courbes qui font croire aux longues histoires j’essaie de vous protéger. Bruyère aussi, petit monde après l’orage et chanson sincère dans le silence. Quelle lecture inventer pour vous ?

(extraits de « Le Midi des coquelicots, Encres Vives éd. 6,10 €)

L’émission se poursuit par la lecture de poèmes d’Annie Briet, qui ne cesse de dire son amour pour les terres du Lot et qui travaille du reste à la rédaction d’un livre sur les écrivains qui ont séjourné dans ce majestueux pays.

L’aube

les flammes de l’aube

par brassées de fleurs

lancées sur le bûcher de la nuit

une croix de cendre sur le fond du jour

les perles de rosée à l’infini roulent

tout tremble, tout bruit, à peine

c’est l’heure des jardins

enclos derrière leurs portes rouillées

elles couinent apprivoisées comme les bêtes

une fumée monte par bouffées de plaisir

c’est le songe de l’arbre qui brûle

c’est le chant du verger

les papillons se posent sur les lèvres des fleurs

et la lumière s’agenouille sur l’herbe


SOLEIL LEVANT

Couchant plus somptueux que l’aurore

sommeil plus langoureux que l’éveil

mais la première étincelle

qui fait prendre le feu du jour

comment ne pas la choyer

telle une divinité ?

**

Matin

en guirlandes d’églantines

en sanglots de source

élu de l’aube

va cueillir la rosée

déranger le grand sommeil des fougères

et l’air te sera doux comme une grande aile


SOIRS D’ETE

Délicatesse de soie

des soirs d’été

ces amples papillons de nuit

dépliant leurs ailes

sur la lumière du jour


le souffle est en suspens

aux lèvres des secrets

**

Cachée derrière un chêne

La lune est dans le pré

Loup blanc grimpant au ciel

Pour faire sa ronde autour des bois

**

Contemple la nuit

qui s’élève en voile de soie noire

cousue avec la pointe d’argent des étoiles

pour recevoir la lune

au jardin d’étincelles.

Elle s’endort d’un sommeil enfantin

sa joue blanche posée sur l’étoffe fine.

(Extraits d’ « Eveil de feuilles et de racines « ) (322ème Encres Vives).


L’émission s’achève sur le signalement du livre « VEGA » de Daniel Martinez qui vient de paraître aux éditions du Contentieux (136 pages, 10 € port compris), à commander par règlement à l’ordre de Robert Roman 7 rue des Gardénias 31100 Toulouse).

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Cédric Le Penven

Jean-Louis Clarac

au récital du Château Saint-Louis

 le 10 octobre 2015






  01/10/2015






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Christian Saint-Paul revient sur la publication d’un livre qui apporte un fabuleux éclairage sur l’appropriation par les poètes occitans contemporains du Grand Œuvre des Troubadours : « Les Troubadours dans le texte occitan du XXème siècle », sous la direction de Marie-Jeanne Verny, Classiques Garnier éd. (Etudes et Textes occitans,1). Quelle place occupent dans l’imaginaire de nos créateurs modernes ces troubadours qui ont incarné un âge d’or où la langue et la littérature d’oc fournissaient des modèles à l’Europe ?

Ce livre contient une somme de réponses qui, cependant, ne se veut qu’une première ébauche synthétique de la réception contemporaine des troubadours. C’est dire combien le sujet est riche !

Lecture d’un passage de Max Rouquette reprenant un discours de son maître au lycée de Montpellier, le poète catalan Joseph Sébastien Pons qui rappelait les belles heures du pays d’oc et d’une langue « si courtoise [qui] devait s’affaiblir malgré la promesse des fleurs ».

« Ce discours, d’un grand poète il est vrai, exprime parfaitement ce que fut la place de l’occitan au cours, très prolongé (presque jusqu’à ce jour) d’une histoire rapidement condamnée à la clandestinité et au silence d’un oubli programmé. Alors qu’en deux ou trois siècles elle avait marqué à jamais le destin littéraire de l’Europe.

[…]

Cette explosion printanière ne dura que deux siècles environ, avant d’être écrasée par la Croisade albigeoise et la mainmise capétienne sur le monde occitan. Deux cents ans ont suffi cependant pour asseoir cette prépondérance culturelle sur le monde entier d’alors. Le message des troubadours, illustré par quelques lyriques de très haut niveau, s’étendit au continent tout entier : l’Espagne avec le marquis de Santillana, l’Angleterre de Chaucer, l’Allemagne des Minnesänger, la France des trouvères. Et, plus éclatant, sur l’Italie de Dante et de Pétrarque. Dante, la plus haute voix de la poésie italienne, ne cessa, tout au long de son œuvre, de citer avec éloge les plus grands de nos troubadours. L’hommage rendu à Arnaut Daniel est le plus éclatant. Dans une œuvre immense où jamais aucune autre langue n’est invoquée que l’italien, le poète accorde huit vers au damné qu’il admire, dans sa propre langue. Huit vers occitans de Dante. Qui témoignent avec éclat de sa parfaite familiarité avec le style et les formes de pensée du disciple de Raimbaut d’Orange. Et d’une dette qu’il n’a jamais reniée. »

Continuant sur la poésie en langue d’oc, est de nouveau signalé le livre d’Andriéu Resplandin « Aquéli pichot rèn-Ces petites riens », l’Astrado éd. 7, les Fauvettes – 13130 Berre L’Etang. Finesse, subtilité et musicalité de la langue provençale font de ce recueil un régal de poésie contemplative où les « petits riens » anesthésient dans la familiarité de leur douceur, l’écrasante pesanteur du monde à vivre.

Lecture d’extraits dans les deux langues : provençal et français

Si je regarde le ciel

ce n’est pas pour y quémander

quelque secours divin

mais

l’aile de l’alouette,

les nuages en errance

et le vent …

Ah ! le vent !

*

Que fais-tu de tes promenades,

que dis-tu au vent,

que te dit la draille ?

 

par drailles et collines

je grapille des mots

pour faire des poèmes.


Puis je pars dans le vent …

*

Les Journées Culturelles Franco-Algériennes se tiendront à Toulouse du 6 au 17 octobre 2015. Le programme est sur le site les-poetes.fr.

Lecture d’un poème d’Abdelmajïd Kaouah extrait de « Le Cri de la mouette quand elle perd ses plumes », Encres Vives éd. (6,10 € 2 allée des Allobroges 31770 Colomiers).

 

Christ maure

 

C’est un simple sourire

franc comme du froment

de l’ancien temps

sourire étincelant

pareil à un horizon

après l’averse

 

Le petit maure repose

dans une benne à ordure

il a croisé son destin

dit-on en guise d’oraison

 

pas de Noël

pour Larbi

simplement un cercueil plombé

pour la rive sans jouets

des mottes de terre jetées

à ciel ouvert sur un ange lacéré

 

Larbi a rencontré au détour des Aubiers

l’ogre des contes ancestraux

Au royaume du petit maure

le père Noël n’existe pas

et ici pour rire

on le traite de salaud

 

Etait-ce l’Ogre nécrophage

un faux père Noël

le destin

dans une benne à ordures

en la bonne ville de Bordeaux

un enfant d’ici d’ailleurs

un petit Rimbaud sans voix

surpris par l’enfer

se décompose

entre gel et Noël

 

Christ fils de Meriem

reconnais-le avec effroi

Le petit maure

s’est trompé de sourire

comme toi avec Judas

mais ceci est une autre histoire

 

Le samedi 10 octobre 2015 à 17 h, un récital poétique sera donné au Château Saint-Louis, domaine vinicole à Labastide-Saint-Pierre dans le Tarn et Garonne.

 

Jean-Louis Clarac, Annie Briet, Michel Cosem, Jean-Michel Tartayre, Jacqueline Saint-Jean, Francis Pornon et Christian Saint-Paul feront des lectures de leurs textes.

La revue Encres Vives (n° 354) en janvier 2008 a consacré un numéro « spécial  Jean-Louis Clarac » avec des illustrations de Françoise Cuxac et des critiques, notes de lecture sur l’ensemble de la création poétique de ce poète né à Limoux dans la rigole des Corbières et qui vit à Aurillac où il anime avec le Théâtre de la ville, « Les Moments Poétiques » où se sont produits bien des poètes.

Ces rencontres ont fait l’objet d’une publication : Jean-Louis Clarac « Vibrations en partage » reprenant la présentation de chaque poète et d’un texte (12 € La Porte des Poètes éd. 128 rue Saint-Maur 75011 Paris).

A signaler également, en relation avec ce récital dont tous les artistes ont été publiés par Encres Vives, le numéro 60 de la revue Poésie/première (15 € 16 rue de Chaumont 75019 Paris) qui consacre un long et vigoureux dossier à Michel Cosem, poète, romancier et éditeur de la revue et éditions Encres Vives.


Cédric Le Penven n’a pas encore participé à l’émission « les poètes ». Dans cette attente, c’est ce jeune poète, enseignant, qui a reçu en 2000 le Grand Prix de Poésie de la Ville de Béziers pour «Orage », Editinter éd, et qui depuis, a multiplié les publications et s’est vu décerner le Prix Voronca en 2004 pour « Elle, le givre » Jacques Brémond éd, qui est choisi pour la lecture d’un recueil dans sa totalité : « Variations autour d’un geste », 427ème Encres Vives (6,10 €, 34 € abonnement, 2 Allée des Allobroges 31770 Colomiers).

Ces « Variations » ont été écrites à partir de trois premières figures, peintes d’après des troncs d’arbres et s’inscrivent au cour du projet « Commune Figure » qui réunit danse, peinture, musique et poésie, nous dit Florent Mabilat.

Lecture de « Variatons autour d’un geste ».


Figure 1


ce geste

s’il fallait retenir

un geste

main posée

contre écorce

ce silence immobile

vivant

qui épouse la conscience

la trouble

*

l’arbre connaît

la saveur du sol

le goût du ciel

alors que moi

benêt

pas entendre

ce que lui ignore

connaître

et pourtant

ce geste

*

ce geste

pauvre

ce pauvre

geste

derrière l’écorce

des aveux

travaillent le corps

au corps

*

je

finirai par

ce geste

coup porté

au cœur

le corps entier

qui s’étire

et se ramasse

le poids du merlin

brise en deux

cette odeur de l’intime

étonné

d’être

*

je commence aussi

par ce geste

lire de la paume

les lignes de l’écorce

traits d’un visage ami

aux paupières calmes

il chuchote

des conseils étranges

se mordre la langue

pour tenir debout

*

j’exprime

le dedans

comme vieille éponge

gorgée de

sel ou d’amour

de la colère

sur ce blanc

mots-colchiques

empoisonnent

vénéneux

mais

jolis

*

L’émission se termine par l’annonce de la parution du dernier livre de Daniel Martinez : « VEGA » à commander pour 10 € (port compris) aux éditions du Contentieux, 7 , rue des gardénias, 31100 Toulouse.


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Brigitte Maillard



  24/09/2015






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Du 7 au 21 octobre 2015 se tiendra la 31ème quinzaine littéraire et artistique de l’Atelier Imaginaire à Lourdes, Tarbes, l’Escaladieu-Bonnemazon. Les auditeurs sont invités à consulter la programmation de cette quinzaine qui se déroule, comme chaque année, en deux temps : la Décade et les Journées Magiques, sur le site : w.w.w.atelier-imaginaire.com. A ne pas manquer le dimanche 18 octobre 2015 avec la présentation de « Lignes de vie », quatrième ouvrage de la collection « le livre d’où je viens », qui est la publication venant en substitution de celles des prix anciennement décernés. Ecouter aussi l’émission du 3 et 10 septembre 2015 consacrée à Guy Rouquet, instigateur de cette Quinzaine.

*

Le Centre Joë Bousquet et son Temps présente du 2 octobre au 5 décembre 2015 une EXPOSITION : Edmond CHARLOT, un éditeur méditerranéen Libraire-éditeur.

Edmond Charlot publia à Alger, dès 1936, les premiers ouvrages d’Albert Camus, et ceux de tant d’autres écrivains de premier plan : André Gide, Jules Roy, Emmanuel Roblès, Federico Garcia Lorca, Albert Cossery, Henri Bosco… soit un catalogue de plus de 300 titres qui témoigne d’un attachement constant à la Méditerranée. Il édite également les revues Rivages, L’Arche… et diffuse dans sa librairie « Les vraies richesses » les nombreuses revues de l’espace méditerranéen. Dans le même temps, Max-Pol Fouchet rayonne avec la revue Fontaine ; plus tard, d’autre revues surgiront à Alger, Oran : Forge, Simoun, Soleil… Henri Bosco au Maroc fait paraître la revue Aguedal ; en Tunisie, Armand Guibert édite Mirages, Les Cahiers de Barbarie… Autant de revues qui transitent par la chambre de Joë Bousquet et auxquelles il collabore parfois. Cette créativité des revues l’amène à dire : « … J’ai travaillé, écrit, j’ai vécu de la vie des revues. Jean Ballard, le directeur des Cahiers du Sud, a associé à ma destinée et à celle de mes amis la destinée de son groupe. Aujourd’hui, cette revue appartient au département de l’Aude autant qu’aux Bouches du Rhône ; et c’est à Paris qu’elle se distribue, non moins d’ailleurs qu’en Algérie et dans tout le bassin méditerranéen… ». Joë Bousquet à la photographe Denise Bellon, 1946 Dans le prolongement de l’exposition permanente Joë Bousquet et son Temps, cette exposition temporaire, consacrée à l’éditeur méditerranéen Edmond Charlot, présente le Temps des revues d’Edmond Charlot, de Jean Ballard, de Joë Bousquet... et de l’espace méditerranéen. Exposition conçue et présentée par le Centre Joë Bousquet et son Temps mise en oeuvre par René Piniès du 2 octobre au 5 décembre 2015 (Ouverture du mardi au samedi, de 9h à 12h et de 14h à 18h Entrée libre)

Le samedi 3 octobre 2015 à 15 h 30, René Piniès présentera, toujours à la Maison Joë Bousquet, « Edmond Charlot, Jean Ballard, de part et d’autre de la Méditerranée », suivi d’un entretien de Guy Basset : « Revues de la Méditerranée » et d’une présentation et lecture des poètes édités par Charlot, par Jean-Claude Xuereb et Jean-Louis Vidal.

Le samedi 7 novembre 2015 à 15 h 30, aura lieu une rencontre « Méditerranées, Fidélité aux valeurs libertaires ».

Vous trouverez le détail de ces programmations en page d’accueil de notre site : http://les-poetes.fr

*

Brigitte Maillard, auteur-interprète, vient de publier « A l’éveil du jour », qui est le premier ouvrage de la collection « L’écriture du poète » de « Monde en poésie éditions » qu’elle vient juste de créer.

Il s’agit d’un livre au format de poche, voisin de celui de la collection poche Poésie/Gallimard, de 130 pages (12 €), à la mise en page et au graphisme sobres et parfaits, illustré en page de couverture d’une photographie en noir et blanc de l’auteure.

Brigitte Maillard vit en Bretagne. Après des études de Lettres, elle devient comédienne, exerce différents métiers liés à la communication, puis s’oriente vers la poésie et la chanson. Un tournant s’impose : dire la vie, celle qui nous réinvente. Elle a publié « La simple évidence de la beauté » aux éditions Atlantica, « Soleil, Vivant Soleil », préface de Michel Cazenave, aux éditions Librairie Galerie Racine.

« A l’éveil du jour » est le livre « d’une expérience humaine vécue comme un appel à la « vraie vie » pour que naisse le jour. Une aventure en poésie qui conduit l’auteure aux portes du silence. Ce récit témoigne, par la douleur et la joie, de cette clarté vibrante qui nous entoure. Une vie dont nous sommes, avant tout, le vivant poème.

Ce récit, émaillé de poèmes, est écrit comme un poème en prose. C’est le journal, conçu comme une autofiction à la Yves Charnet, où aucun fait n’est inventé, où tout a été vécu et retransfiguré par l’art du langage. Une écriture précise, aux phrases courtes trouvant comme d’instinct le bon chemin pour décrire le tracé d’une vie dont elle dit pourtant : « Je ne sais comment parler de la vie / Elle vient de me rester dans les mains ». Et c’est manifestement cet art providentiel de la parole qui sauve Brigitte Maillard de l’hébètement dans lequel les cruautés de la vie auraient dû l’anéantir. La poésie est la quintessence de la parole ; elle l’empêchera de se noyer dans le vide qui s’ouvre sous ses pieds. Pour cela, il faut dire. Dire la stupeur à l’annonce des maux qui frappent avec une lâcheté aveugle. Cancer du sein à 39 ans, puis leucémie.

Mais la vie, quand on porte la langue en soi dans tout le corps malade, est la plus forte. Sauvée par l’intelligence des hommes de sciences, avec notamment le don de sang de cordon, mais surtout par le combat de sa lumière intérieure qui a osé regarder en face les ténèbres. Certaines sœurs d’armes n’ont pas eu cette force. Et le triomphe n’efface pas le chagrin. La poésie, la langue appelée comme une thérapie universelle. Sauvée par la sensibilité qui, comme nous l’apprit Baudelaire, est notre génie.

Brigitte Maillard est de ces artistes qui savent voir. La pensée est son regard. Ce qu’elle voit l’ancre à une réalité secrète qui force la volonté de vivre. Nul artifice chez Brigitte Maillard. Elle « regarde l’univers du haut de sa grandeur ». Elle écrit « au bord du monde ». Privée de la vue après une opération, elle éprouve cette nudité, ce silence d’où s’échappe seul le poème : « Les yeux posés sur le regard / Monte une gravité soudaine / C’est le regard de l’animal / Il n’y a rien d’autre / Le reste, une kyrielle d’idées ». La finalité de Brigitte Maillard est de « chanter sans repos », maintenant qu’elle a prévenu : « je n’existe pas là où tu crois ».

Lecture d’extraits de « A l’éveil du jour » par Christian Saint-Paul.

Le vin nouveau est arrivé ! Je savoure ce délice de l’accord de l’âme et du corps. Toutes voiles dehors ! Vivons-nous pour sentir la lumière rayonner à chaque instant de la vie ? La possibilité d’une flamme.

L’être pourrait-il vibrer de vie, de beauté, de poésie ? Je le devine et mon corps semble contenir le monde. Tout s’inverse, ce n’est plus l’homme dans le monde, mais le monde dans l’homme. Il faut penser autrement.

Sur mon cahier de pensées je note ce 22 avril 2003, rien ne sera plus jamais comme avant. Je suis reliée. Une même étoffe et la conscience de tisser la matière.

Donne-moi ta chaleur

Ta couleur

Ton odeur

Et je vais de ce pas

Me mettre à danser

vibre l’amour des croisés

Au large des océans

vibre la lumière

Au palais des mirages

vibre le temps qui reste

Vibre

*

La gravité vivifiante qui émane de la poésie de Brigitte Maillard, Matiah Eckhard nous l’a offerte avec son recueil posthume « Lointains chants sacrés d’où je suis né » (Euromedia éd.) : « Lumière, / tu me renvoies à la vie / tu me dévoiles ». Lumière gagnée dans l’épreuve par la justesse des mots, mais aussi chez ce musicien, par l’harmonie des sons. A 19 ans, cet artiste nous terrasse d’une leçon indépassable résumée en quelques mots : « Vivre c’est déjà être libre ». Et c’est tout le sens du livre de Brigitte Maillard !

Lecture d’extraits de « Lointains chants sacrés d’où je suis né », par Christian Saint-Paul.

Ressentir la vie

comme une création perpétuellement nouvelle.

Le temps est aboli mais les actions

sont d’autant plus vives et colorées.

Ressentir une joie immédiate,

que l’entendement humain

n’a pas eu le temps de salir,

d’analyser, de juger.

Et avec cet émerveillement continu

devant tant d’œuvres nouvelles,

d’appels sensoriels,

d’inventions de la nature,

s’éloigner des souffrances

qui réhabilitent la lourdeur terrestre :

le Temps.

Dépasser les souffrances, car le monde est trop beau

pour qu’on puisse y souffrir.

*

Retrouver mon Sens profond

celui qui, à son contact,

me reconnectera au Monde et à moi-même.

Ainsi je vibrerai en harmonie avec l’univers,

deviendrai une corde unique

mais accomplie dans la lyre cosmique.


Ne faire plus qu’un avec le Cosmos.

*


La lumière, celle de l’éblouissement de la parole, de la vie intérieure, de « la vraie vie », n’est pas donnée sans désir de la recevoir. Elle nécessite l’effort de la volonté de ce désir. En ce sens, pour y accéder, il faut se livrer à des « Exercices de lumière ». C’est le titre du livre d’artiste de Michel Eckhard-Elial publié chez Robert Lobet (35 €). La parole du fils Matiah guide le père vers la lumière. Et c’est de cette logique inversée, acceptée avec l’humilité des grands, que jaillit comme une grâce retentissante cette lumière si rare. Et le père peut dire du fils : «Je porte / le visage de/ Ton nom ».

Lecture d’extraits d’ « Exercices de lumière » par Christian Saint-Paul.

Au dessus du carré de terre

Semé d’étoiles et de cailloux

Qui voile le ciel

De mon fils

Je prie debout

Vers son visage

D’enfant visage de dieu

Au milieu de tant d’êtres transpercés

Chenilles papillons

Qui me disent la fin

Et l’infini de l’être

Où se retrouvent

Le ciel et la terre

Après qu’ils furent séparés

Je retrouve mon fils

Dans le ciel de sa terre

Son visage est un soleil

Qui les réunit dans sa lumière


***

Namen

En ta voix

Je reviens au monde

Des noms à la mémoire de

L’ange


Sans mémoire

Seulement je suis

Que je sais

Pour extraire un peu

De monde

A l’opaque

Douleur

Calfeutrée d’oiseaux


Pour le monde je compte

Les déluges de mots

A découvert d’ombre

Je porte

Le visage de

Ton nom

*

Mon fils

Mon roi

Vivant de mon corps

Aujourd’hui vivant

De mon âme


Tu existes

Dans le souffle

Du temps

Sans instrument inutile


Source creusée

Dans la lumière

Du monde


Pour garder

Le nom comme

Une couronne royale


***


Au cours de l’émission du 11 juin 2015 consacrée à ce livre, Michel Eckhard-Elial avait précisé que l’œuvre du poète espagnol José Angel Valente (1929 - 200) l’avait fortement influée dans sa spiritualité.

La recherche de la lumière est la quête de vérité. Or « ce n’est pas avec les mains que l’on saisit la vérité, c’est en chassant au plus profond de l’abîme les ténèbres de l’existence » nous avertit le poète surréaliste Maurice Blanchard.

Les ténèbres, chez Valente et chez Eckhard-Elial, sont issues du même sang : la mort d’un fils. Matiah en 2014, Antonio en 1990. « Fragments d’un livre futur » de José Angel Valente rassemble des poèmes de 1991 à 2000.

     Licencié en philosophie romane, José Ángel Valente a enseigné rendant quelques années à l'Université d'Oxford. De 1958 à 1980 il a vécu à Genève. Il a partagé sa vie entre Almería, Genève et Paris. Son premier recueil obtient le prix Adonaïs en 1955. En 1994, il reçoit le Prix national de poésie.
     "Il appartient par son âge à ce qu'il est convenu d'appeler la génération de l'après-guerre civile – la troisième, pour être précis ; autrement dit cette génération de poètes qui publient leurs premiers livres dans les année 50 au moment où naissent les "novisimos", les "tout nouveaux”, qui arrivent à maturité aujourd'hui. C'est dire sa position charnière dans le panorama de la poésie espagnole de ce siècle."
Jacques Ancet, Le nouveau dictionnaires des auteurs, Robert Laffont, 1994.
     "Situé au carrefour de la philosophie et de l'histoire, de la poésie et de la prose, très à l'écoute des voies ouvertes par la musique et la peinture, l'écriture de José Ángel Valente est une des plus vastes et des plus profondes de la littérature espagnole contemporaine."
(G. de Cortanze)
     "José Ángel Valente, un des grands poètes du siècle, mystique, mystique de l'immanence, héritier de la tradition espagnole, nous conduit en ces chemins de l'indicible, il nous rapproche du vide, du rien (...), il ouvre ces chambres d'une interminable clarté voilée."
(Gaspard Hons, Espace de Libertés, N°205, novembre 1992)
     "Suivre l'itinéraire de Valente est d'autant plus important que son œuvre est unitaire, les essais enrichissant la vision poétique sans jamais lui conférer le dangereux statut d'illustration au service d'une théorie, si belle soit-elle". (Laurence Breysse-Chanet, Une lointaine lumière d'aube, La Quinzaine littéraire, 1/15 mai 1997)

« Fragments d’un livre futur » constitue, comme pour Brigitte Maillard, une sorte de journal de poèmes. « Descente au néant, disparition du fils » […]. Pour toi, la poésie fut toujours ce paradoxe : mort et renaissance, indissolublement. […] Comme si disparaître, c’était en même temps charger le vide triomphant de la claire imminence d’une possible présence », écrit
Jacques Ancet dans sa préface. La mort et la vie se confondent dans l’aspiration à incarner cette présence immanente qui brûle d’amour. Et Jacques Ancet relie le feu du bûcher mortuaire de Valente qui disait : « Brûle alors ce qui a brûlé », aux flammes du supplice de Giordano Bruno dont la figure tutélaire est évoquée dans livre.


Lecture, parfois en bilingue, de larges extraits de « fragments d’un livre futur » de José Angel Valente.


QUELQU’UN me dit

qu’un jeune homme vient

de temps à autre rendre visite à ta tombe.


Il arrache les mauvaises herbes.


Un jeune homme, dit-on, beau

avec un chapeau de paysan.


Interrogé, il a dit

être un ami de tes proches.


Qui est cette silhouette qui surgit ainsi ?


Peut-être est-ce toi-même qui reviens

pour voir où tu te trouves et qui déposes

au pied de tes cendres,

humide, un bouquet

de pluie ou de tristesse.

(Le visiteur)

*

La voix au téléphone fut une sourde agression de

l’ombre. Elle dit ta mort, rauque, cruelle, inexorable.

Comme un destin. Elle dit. Je ne pouvais pas la

comprendre.

(Anniversaire)

*

Les sens sautent au-dessus des pensées.

Eckhart

Tu es là

dans ta lumière non visible, non engendré,

unique, l’unique.

Ton regard se pose

sur l’absence de toi, sur la non déchiffrable

irruption de ta forme dans ton vide.


Tu y laisses la trace de ton pas.


J’ai couru criant.

Rends-moi à tes yeux

que je porte en mes entrailles gravés.

(Le néant)

*

Animal étendu

par-dessus la durée,

tapis au-delà du temps et des temps

ou au-delà du dieu.


Matière.

Mère

du monde.

Sein blanc dressé

qui touche le ciel ou qui l’engendre

et fait naître l’infinité.

C’est à peine

si nous existons un bref instant.


Accueille-moi de nouveau en toi,

mais seulement quand mon chant

se sera achevé.

(En survolant les Andes)

Et en feu tu brûlais,

seul dans l’infinité de l’univers,

et de ses innombrables mondes,

victime de juges

tributaires de l’ombre

de l’ombre

et de l’ombre

jusqu’à nous.

Ombre.

Mais toi tu brûles encore lumineux.

(Campo dei Fiori, 1600)*

*Giordano Bruno.

***






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Daniel MARTINEZ


  17/09/2015






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Christian Saint-Paul revient sur la publication de Fabien Marquet, « Cent noms d’oiseaux que je n’ai pas appris », recueil qui constitue le 442ème numéro d’Encres Vives (6,10 € le volume, abonnement 1 an : 34 € à adresser à Michel Cosem, 2 allée des Allobroges, 31770 Colomiers).

C’est en Roussillon que vit Fabien Marquet, dans la ville de Perpignan où, après des études de Lettres, il se consacre au théâtre et à la poésie. Ses textes ont été publiés dans la revue « Europe », « Bleu d’encre », « A l’index », ainsi qu’aux Presses Universitaires de Perpignan. Poèmes courts, gravés comme des sentences. Ton élégiaque, nostalgique, où l’incertitude devient dérision : « à la lumière du soir j’ai gagné mon salut / le monde peut bien s’écrouler ». Pour vivre, il faut apprendre « à sentir la lumière » et à « soulever les pierres quand les heures se promènent ». Une langue simple et pure que l’on espère lire encore bientôt.

Lecture d’extraits.

*

Christian Saint-Paul signale la parution d’un livre qui comble enfin un manque dans l’approche de la poésie occitane : « Les Troubadours dans le texte occitan du XXème siècle ». Un très bel ouvrage de 420 pages publié par les Classiques Garnier émanant des Etudes et Textes Occitans, série « Les Troubadours », textes rassemblés sous la direction de Marie-Jeanne Verny.

Dans la renaissance de la littérature occitane au xxe siècle, les troubadours sont souvent invoqués par les plus grands écrivains (René Nelli, Max Rouquette, Robert Lafont, Jean Boudou et bien d’autres), comme images d’un âge d’or où la langue et la littérature d’oc fournissaient des modèles à l’Europe. Cet ouvrage s’intéresse à la place de ces grands anciens dans l’imaginaire des créateurs (la chanson est également étudiée). Entre modèles idéalisés, figures recomposées sur un mode romanesque, imitation des formes et motifs, et aussi distance critique ou refus d’assumer un tel héritage, on trouvera ici une première ébauche synthétique de la réception contemporaine des troubadours.

 Cet ouvrage analyse la réception des troubadours dans la littérature occitane contemporaine, entre fascination pour un âge d’or où cette littérature – ainsi que la langue qui la portait – se constitua en modèle européen, imitation des formes et des motifs et distance critique.

Ce volume reprend les interventions du colloque international des 1ers et 2 avril 2010 à Montpellier par la composante RedOc qui associait les universités d’Aix-Marseille, Bordeaux, Gérone, Montpellier, Pau, Toulouse, sous le patronage de l’Association internationale d’études occitanes.

Des 14 auteurs contemporains étudiés, seul Serge Bec, né en 1983 et dont nous avons salué ici les derniers ouvrages parus notamment chez Cardère, est toujours vivant. Parmi les éminents contributeurs de cette étude, figure Franc Bardou qui demeure, avec Félix Castan, l’érudit sur René Nelli. A deux exceptions près, les interventions sont rédigées en français, ce qui fait de ce livre un ouvrage destiné à un large public qui ne saurait ignorer le devenir actuel de l’héritage des Troubadours. Bien des poètes du Sud en sont, sur les formes les plus variées, les descendants reconnaissants. Cet impressionnant ouvrage qui nous livre de multiples clés, fera l’objet d’une émission particulière.

*

Christian Saint-Paul salue l’invité de la semaine : Daniel Martinez

Né le 24/11/1958, Daniel Martinez réside depuis l’automne 1975 à Ozoir-la-Ferrière, en Seine et Marne.


Des publications en revues : Les Cahiers du Schibboleth, La Nouvelle Tour de Feu, Phréatique, Linea, Le Cri d’os, Arpa, Thauma, L’Indicible frontière, Pphoo, La Passe, Les Citadelles, L’Arbre à paroles, Verso, Concerto pour marées et silence, 22 (montéé) des poètes, Voix d’encre, Carnavalesques, Revue Alsacienne de Littérature

Daniel Martinez dirige la revue Diérèse, à périodicité trimestrielle (actuellement quadrimestrielle) depuis mars 1998, 65 numéros parus à ce jour. Il dirige les éditions Les Deux-Siciles, depuis septembre 1998 (42 titres parus à ce jour, le catalogue reproduit dans les dernières pages du n°65).


Daniel Martinez a publié pour l’essentiel 12 recueils de poésie : N'être qu'une fois (éditions du Contentieux, sept. 2001), Le Bestiaire de Vénus, préface de Jean Rousselot, en regard de collages de Jacques Coly (coédition Les Deux-Siciles/Le Petit Véhicule, mai 2003). En janvier 2005, Libre champ, au Petit Véhicule. 2007 : en mars, coédité par Les Deux-Siciles & Le Petit Véhicule, Feeders, (20 peintures à partir de poèmes de Jacques Coly) ; en avril, Les mains du songe (éd. Le Nerprun solaire) ; en août, Solstice d’été, au Petit Véhicule. En avril 2009, Approches, au Petit Véhicule. En 2011 et 2012 ont été édités aux Deux-Siciles : Diadème du regard et Terre entière. En mai 2013 : La croisée des saisons et Kakusha (éd. du Contentieux). A paraître en octobre 2015 : Véga, aux éditions du Contentieux.


S’instaure un dialogue entre Christian Saint-Paul et Daniel Martinez, interrompu par de longues lectures de ses textes par le poète invité.

En particulier, Daniel Martinez offre aux auditeurs de Radio Occitania la primeur de la lecture de poèmes inédits à paraître : « Le temps des yeux ».

Daniel Martinez confie qu’en 1998, il décide de publier une revue et part véritablement de rien. Les auteurs se sont ralliés au fur et à mesure des numéros. Eric Rognet fut un des premiers et apporte toujours une contribution bienvenue. Pierre Dhainaut et les poètes reconnus ont façonné au fil des numéros –Diérèse- qui n’a cessé de s’enrichir de voix nouvelles.

Ce travail éditorial s’il n’étouffe pas vraiment l’œuvre de création du poète Daniel Martinez, le contraint à un certain retrait, devant l’impératif des échéances de parution de la revue qui est prioritaire.

Lecture de « Enluminures » poèmes de Daniel Martinez, par lui-même.

Revenant à Diérèse, le n° 65 comme les précédents est impressionnant par l’abondance et la qualité des auteurs et des textes, ainsi bien-sûr, comme toujours, des illustrations. Le livre, car c’est un véritable livre, est conçu au cordeau, dans une visée esthétique d’une perfection de la mise en forme des textes et des illustrations. Tout d’abord, on peut lire d’Alain Fabre-Catalan une sobre et remarquable analyse du travail de traduction : « La voix de la traduction ». Et on poursuit en bilingue par des poèmes de Georg Trakl, mort il y a cent ans, et d’un poète chinois de la dynastie Tang (IXème siècle). Les deux œuvres sont présentées.

Richard Rognet revient dans ce n° 65 avec des poèmes, et un livre inédit à suivre dans trois numéros.

Juliette Drouet et Alfred Jarry sont présents dans ce numéro par les textes d’Etienne Rouhaud qui visite leurs tombeaux. L’originalité et la profondeur de cette démarche attestent de la qualité exigeante de la revue.

Parmi les poètes, nous relevons bien-sûr Isabelle Lévesque, familière des auditeurs de cette émission, mais aussi Monique Saint-Julia, une amie proche, prix Troubadours comme Béatrice Marchal autre auteure de ce numéro. Figure également Guy Girard dont nous avons parlé récemment lors d’une récente émission « les poètes ».

La poésie domine dans la revue, mais elle se veut élargie aux récits, (Christian Saint-Paul a plaisir à retrouver le poète Daniel Abel) et même au cinéma avec Jacques Sicard et Jean-Paul Gavard-Perret. C’est bien une volonté de ne pas s’enfermer dans la poésie, une recherche d’éclectisme.

Les Bonnes Feuilles rendent compte de l’opulence des publications de poésie, contrairement aux idées reçues qui voudraient que la poésie soit moribonde. Ce catalogue de notes de lecture, précieux pour les amateurs de poésie, mêle les auteurs très reconnus (édités par Gallimard) aux poètes nouveaux à découvrir.

Sur le devenir de la poésie, Daniel Martinez, en première ligne du front pour défendre la poésie, a compris que les médias ont amorcé une forte position de retrait. Les journaux, les magazines, ne publient plus de poésie et de plus en plus rarement des notes de lecture de livres de poèmes. L’Etat s’est retiré aussi.
Mais cela n’empêche pas la poésie d’être toujours aussi vive. Les poètes savent qu’ils doivent compter sur eux seuls. Il existe, dès lors, une kyrielle de petites maisons d’édition. Et les revues demeurent intensément militantes.

L’effort créatif est intense. A aucun moment, il ne faiblit. Mais les poètes ont saisi que leur existence, si elle n’est pas dramatiquement menacée, ne sera pas facile.
au loin : de la langue perdue

le trop maigre écho

souffle le blanc gagné

feuilles ruines que l’on nomme

voyelles contre l’épaule amie

de celle qui m’est voix

puis modulant

dans la matière du corps

vingt peupliers d’Italie

*

question : de l’être et du percevoir

ses allées ses venues

au jour des charbons rougis

réveillent un champ de possibles

parfois dorment images

ou tracent au jugé

les proportions d’un refuge

dans la toile vivante

nombrer toutes les instances

*

exploration : la forêt qui noue

fil à fil la conscience

absente du monde dit

telle une horreur sacrée de l’inerte

longues et précieuses minutes

au-delà des évidences

sans point d’attache vraiment

quand le dessus gémit

à la moindre pression de la main

* (extraits du livre d’artiste « Diadème du regard » avec Jacques Coly)


Daniel Martinez, avec quelques autres d’un même sang et d’un même feu qui leur brûle les mains, porte témoignage de l’impérissable force de la poésie.


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Guy ROUQUET
 

  03/09/2015






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« Le génie est d’un seul type – l’originalité », assène Pessoa dans Erostrate. Trente années durant, Guy Rouquet a fait en sorte de pouvoir traquer cette originalité et de la faire resplendir chaque année par l’attribution des prix Prométhée (prose) et Max-Pol Fouchet (poésie). L’aura de ces prix décernés à Lourdes a bien aidé à être reconnus les artistes récompensés, dont d’ailleurs, beaucoup ont été reçus dans l’émission « les poètes ». Aujourd’hui, Guy Rouquet poursuit dans cette Bigorre qu’il n’a pas quittée, son œuvre d’instigateur culturel. L’Atelier Imaginaire ajoute à ses créations éditoriales un volume centré sur la poésie « Lignes de Vie » et du 7 au 21 octobre 2015 se dérouleront la Décade Littéraire, les Journées Magiques qui rassembleront plus de cent animations.

Guy Rouquet, que nous sommes allés rencontrer à Lourdes, nous parle de Jacques Chancel, de Max-Pol Fouchet, de son enthousiasme à conduire aux côtés d’artistes magnifiques, cette organisation d’actions culturelles dans tous les arts.
Dramaturge, préfacier, Guy Rouquet est aussi auteur de poésie. Vous pouvez l’écouter également lire un extrait d’un poème au cours de l’émission en cliquant sur : http://les-poetes.fr/emmission/emmission.html


Le compte-rendu de l’émission :

 

 L’émission est réalisée à Lourdes, devenue depuis quelques décennies au mois d’octobre de chaque année, un haut lieu de la poésie et de la culture, ceci grâce à la passion tenace d’un poète : Guy Rouquet qui a créé, jusqu’à s’y confondre intimement, l’Atelier Imaginaire.

Il reçoit Claude Bretin qui installe table de mixage et micros et Christian Saint-Paul ravi de retrouver ce lieu chargé de mémoire qui accueillait dans l’amitié, le jury régional des prix Prométhée et Max-Pol Fouchet.

Mais ce lieu est aussi chargé d’une autre histoire comme le précise Guy Rouquet : nous sommes sur l’emplacement de l’ancien presbytère où Bernadette Soubirous vint révéler à Mgr Peyramale, curé de Lourdes, ses visions de la Vierge Marie. Une plaque, du reste, en atteste sur la façade de l’immeuble qui a conservé la petite porte d’origine.
Président d’une association culturelle « Le Grenier des Arts et des Loisirs », Guy Rouquet, en 1973, décide de créer un prix littéraire d’importance, le prix Prométhée, qui concernait le roman. Pax-Pol Fouchet et Jacques Chancel ont soutenu ce projet.

En 1980, l’association a pris le nom de « L’Atelier Imaginaire » et a organisé tous les ans jusqu’en 2011, l’attribution des prix Prométhée (roman-nouvelles) et Max-Pol Fouchet (poésie). En même temps, une collection « Le livre d’où je viens » a vu le jour aux éditions Le Castor Astral. Ont paru : « Ton monde est le mien, 39 poètes contemporains », anthologie présentée par Guy Rouquet ; «Le livre d’où je viens », 16 écrivains racontent « préface de Guy Rouquet ; « Livres secrets, 18 écrivain racontent », avant-propos de Guy Rouquet, préface d’Alain Absire ; « Mon royaume pour un livre, 16 écrivains racontent, avant-propos de Guy Rouquet, préface de Joël Schmidt (chaque volume 15 €).

En Octobre 2015, paraîtra « Lignes de vie ».

Au total, 50 participants auront livré aux lecteurs la raison profonde qui leur a donné l’envie d’écrire. Cette interrogation, certainement essentielle dans la vocation de chaque auteur, est née dans l’esprit de Guy Rouquet après avoir lu qu’Albert Camus a écrit après la lecture d’un livre de Jean Grenier, « Les îles ».

L’originalité de « Lignes de vie » est qu’il est entièrement consacré à la poésie. L’interrogation devient : « Quel est le poème qui vous a fait entrer en poésie ? » 18 auteurs composent un livret poétique idéal et chacun présente 10 poèmes d’auteurs différents. Guy Rouquet a rédigé la préface. Il en lit un extrait :

« 18 écrivains sont conviés par l’Atelier Imaginaire à s’interroger sur la place que la poésie occupe dans leur vie. Ces auteurs, n’ayant jamais publié de poèmes pour certains, sont d’abord de grands lecteurs. Avec une sincérité et une sensibilité rares, ils racontent les circonstances qui les ont conduits à regarder l’homme et le monde d’une manière différente après avoir découvert un texte en prose ou en vers et, chemin faisant, à écrire leur premier “vrai” poème ou à élaborer leur propre œuvre. Ils montrent de façon éclatante que la poésie demeure une source d’inspiration et de réflexion essentielle pour les chercheurs de sens, les aventuriers de l’esprit et les assoiffés d’absolu. Les témoignages singuliers des écrivains ici réunis ne manqueront pas de constituer un guide pratique pour bien des lecteurs ou amateurs en mal de poésie, en particulier de ceux, nombreux, dont une certaine société broie les aspirations en ce domaine à la fin de l’adolescence. »

Ont participé à ce livre :

Guy ROUQUET ALAIN ABSIRE • MICHEL BAGLIN • MARIE-CLAIRE BANCQUART CLAUDE BEAUSOLEIL • ARIANE BOIS • JEAN CLAUDE BOLOGNE GEORGES-OLIVIER CHÂTEAUREYNAUD • SYLVESTRE CLANCIER HUBERT HADDAD • WERNER LAMBERSY • JEAN-PIERRE LEMAIRE JEAN MÉTELLUS • JEAN-LUC MOREAU • JEAN ORIZET JEAN PORTANTE • AMINA SAÏD • JOËL SCHMIDT FRÉDÉRICK TRISTAN

 

L’atelier Imaginaire a été porté dans ses débuts par deux fortes personnalités du paysage médiatique culturel de l’époque : Jacques Chancel et Max-Pol Fouchet.
Jacques Chancel, homme de radio puis de télé, est bigourdan. Guy Rouquet suivait son émission « Radioscopie ». C’est à Paris, à la Maison de la Radio, qu’il le rencontre par hasard. Contre toute attente, il accepte d’apporter son parrainage à l’Atelier Imaginaire.

Max-Pol Fouchet, lui, est reçu à Lourdes par Guy Rouquet en 1973.

En 2000, à l’instigation de Guy Rouquet, paraît au Castor Astral en collaboration avec l’Atelier Imaginaire et l’Association des Amis de Max-Pol Fouchet, un très beau livre dont Guy Rouquet signe la présentation, « Max-Pol Fouchet ou le passeur de rêves » (21,34 €), qui offre des textes rares ou inédits, 48 photographies prises par Max-Pol Fouchet à l’occasion de ses innombrables voyages dans le monde. Chaque tableau a inspiré un commentaire original offert pour la circonstance par ses amis écrivains ou gens de culture, comme José Artur, Marie-Claire Bancquart, Eric Brogniet, Jacques Chancel, Edmond Charlot, Pierre Dumayet, Julien Gracq, Jules Roy et d’autres aussi prestigieux.

Max-Pol Fouchet se disait « amant de la liberté et marié à la poésie ». Toutefois, son œuvre personnelle est mince. Actes Sud, dirigé alors par Hubert Nyssen, a publié son anthologie poétique : « Demeure le secret », préfacé par Marie-Claire Bancquart. C’était un grand admirateur de Victor Hugo qui disait plaisamment : « j’ai planté ma tente aux pieds de la montagne Hugo ».

Comme Hugo, Max-Pol Fouchet considérait qu’on ne saurait être poète dans sa tour d’ivoire. Le poète doit être poète dans la musique, doit s’engager, mettre un bonnet rouge aux mots du dictionnaire, s’opposer à la tyrannie, à la médiocrité.
Max-Pol Fouchet, dit Guy Rouquet, c’est une grande figure romantique, grand voyageur, curieux, amoureux des arts. Mais il ne perd jamais de vue ceux que Victor Hugo nommait : « les pauvres gens ».

L’Atelier Imaginaire s’est calqué sur cette posture : sa démarche se veut à la fois élitaire dans sa volonté de tirer le public vers les sommets, et en même temps,  égalitaire, que chacun puisse y accéder.

Guy Rouquet évoque ensuite les figures successives qui ont marqué le prix Max-Pol Fouchet, ne pouvant citer la trentaine de lauréats. Le sud toulousain retiendra Michel Baglin, Casimir Prat, Jean-Luc Aribaud, Jacqueline Saint-Jean. A signaler la persévérance de Dominique Sampiero qui a participé 7 ans de suite avant de recevoir le prix. 

Mais sans un livre, sans une édition originale, il n’y aurait pas d’Atelier Imaginaire. Cette année, Guy Rouquet se réjouit de la parution de « Lignes de vie ».

Cependant, Guy Rouquet, dans cette boulimie d’activités littéraires et d’organisation d’animations culturelles de haut niveau (théâtre-concerts-expositions-lectures) n’a-t-il pas été empêché d’exercer son art de poète ? C’est vrai que sa grande passion pour la poésie éclate d’évidence chez Guy Rouquet. Mais, dit-il, il faut faire des choix dans la vie, pour réaliser cette « vraie vie ».

Sa passion s’est vraiment révélée à la Faculté. Au fil du temps, les rencontres, les échanges, les lectures, l’ont façonné. Il a été fortement impressionné voici 40 ans par l’interprétation à la télévision de « Pour faire le portrait d’un oiseau » de Jacques Prévert. Il voyait vraiment l’oiseau. La lecture de « Lettre à un jeune poète » de Rilke l’a également marqué.

Les journées de l’Atelier Imaginaire lui ont permis depuis plus de trois décennies de lier amitié avec des gens de théâtre, de musique, et de bien des artistes.

Chaque année est programmée une centaine d’évènements. Guy Rouquet a écrit des œuvres théâtrales. Mais il faut imaginer le désert culturel qu’était la Bigorre il y a 30 ou 40 ans. Il ne pût monter de troupe. Les poètes sont dans la vie comme les autres, se plaît à rappeler Guy Rouquet. L’étude de Mallarmé alors qu’il était étudiant, l’a fasciné. Il veut, comme lui, « rendre les mots de la tribu plus purs ». Quant à Saint-John Perse, il ouvre une page au hasard et elle lui parle.

Guy Rouquet n’a publié qu’un poème écrit en 1974 et enrichi plus tard. Jacques Ibanes a mis en musique précisément cet ajout du poème.

Lecture d’extrait de ce poème par Guy Rouquet.

« 

....

Les marins enfiévrés imaginent les courses

promulguées certains soirs par la houle jalouse

dans les barbes de miel du bourdon exorcisé

Les gagneurs de vent épient des baguettes sidérales

la trame impalpable des dissidences célestes

quand sur l’arbre d’étrennes les tourterelles enrouées

incantent les fifres cloués aux étoiles

 

Hissez haut la herse de Citadelle

 

Loin des sables éclatés au sillon de mémoire

je devins l’idolâtre des fontaines perdues

alors qu’en guise d’offrande

des mages perfides déversaient sans vergogne

leurs sortilèges accrus à des gels perpétués de bronze

leurs enclumes aux portiques des recluses accréditées

délimitant du jardin conciliatoire l’itinéraire inventorié

désignant à grands coups d’airain mon investiture de forges

mon enclouure reniée

 

Et rivalisent aux carquois des anges

les palefrois échevelés des fouleurs de vigiles

que les courtisanes tutélaires

à défaut de cuirasses

lestent des miroirs les plus fastes

pour donner le change aux guetteurs exténués

 

Ah ! que n’ai-je gardé de mes yeux fous les noires étincelles

 

Une lande partout incalculable s’octroie

vaste aire cérémonielle

à mes poumons déhalés

me notifie l’arborescence prochaine sur la crique scintillante

où l’officiant extatique émonde ses propres cicatrices

 

Un merle flûteur se souvient des pailles d’aurore

comme s’effrange la ronde des cinéraires vieilles

à pleine amorce écriée

parmi les chevaux solaires en leur enclos lacté

 

Un promontoire m’est acquis

à la péninsule des milices percluses

des alliances culbutées

dans les instances du salpêtre trafiqué

par foudres d’arquebuses engainées de lucioles

 

Au confluent des fissures d’ivoire

sur les masques éclatés à l’extrême profuse des vases

                                                                                vulnéraires

toutes cousues de soie et d’émeraudes tièdes

des guérisseuses louangent les neuves lignes de faîte

soudain reconnues à l’axe des sillages écornés

                                                                    de constellations

 

Au gouffre d’abysse j’ai planté ma bannière

une nuit que les meutes du songe aboyaient à leur éveil d’exil

que de l’obituaire prémonitoire

en révélation des légataires faillis jusqu’à nos héritages d’hier

j’inventais les pétales arénicoles sur l’emblavure

                                                                            désacralisé


Et je martèle depuis à fleur de terre une eau encore plus

                                                                                        douce

que la mer des toisons en fête sur nos chemins

                                                                    de transhumance. »

 

Enfin, Guy Rouquet invite les auditeurs à assister à la Décade littéraire et aux Journées Magiques qui se dérouleront à Lourdes, Tarbes, Escaladieu, du 7 ai 21 octobre 2015.

Voir le programme détaillé sur www.atelier-imaginaire.com.

A retenir, la présentation le samedi soir de « Lignes de vie » en présence des auteurs. De 9 h à minuit seront mobilisés des ateliers sur la création, sur la poésie. « Mémoires d’un fou » de Flaubert sera donné au théâtre de Tarbes. Et « l’opération 2000 jeunes » sera poursuivie cette année encore. Les meilleurs élèves qui se sont distingués dans les épreuves de Lettres viendront passer 4 jours en Bigorre.

Le dimanche soir sera consacré à Jacques Chancel ; le spectacle « Maitre Jacques » sera une soirée dans l’esprit qui animait l’action de l’écrivain journaliste. Cela permettra de faire connaître cette figure marquante de la culture aux jeunes générations qui vont le découvrir. Ils apprendront que dans son livre «La nuit attendra », Jacques Chancel, jeune journaliste à Saïgon, blessé, est demeuré huit mois aveugle, expérience humaine décisive.

L’opéra, la chanson à textes de Ferré, Ferrat, Béart, Brassens, seront représentés avec les interprètes d’aujourd’hui.

Le dimanche soir verra la grande messe de la littérature, avec la soirée « Lignes de vie », des lectures de poème, des poèmes chantés et des chansons de poètes.

Notre ami le poète-chanteur Bruno Ruiz aura cette année aussi sa place dans la programmation.
Dans la préface de « Ton monde est le mien », Guy Rouquet écrit : « Depuis Malherbe, nous savons que le poète n’est pas plus utile à l’Etat qu’un bon joueur de quilles, mais avec d’autres, nous savons aussi et depuis longtemps, que la poésie est comme le levain dans la pâte, qu’elle est en mesure d’élever le cœur de l’homme et d’infléchir le destin de toute une nation ».

Guy Rouquet est le bon boulanger de Lourdes. La pâte de la poésie a bien levé et élève tous ceux qui, grâce a lui, peuvent aller à sa rencontre.






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Jacques CANUT








Eric Dubois
 

 27/08/2015






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L’attention portée par Annie ERNAUX au quotidien, sa façon de s’en saisir et de le projeter dans nos mémoires, est toujours apparue à Christian Saint-Paul comme une tentative de transcender ce que Georges PERROS nommait : « la vie ordinaire ». Et, sur cette vie que nous vivons tous, que nous le voulions ou pas, elle pose la seule question qui vaille : « de quelle façon sommes-nous présents les uns les autres ? » (« Regarde les lumières mon amour » ; Seuil 2014 ; P 40).

Être présents les uns aux autres est la finalité qui guide depuis plus de trois décennies l’émission « les poètes », poursuivant en cela le principe même de la culture occitane que fait rayonner Radio Occitania.

C’est ainsi que souvent sont présents les uns aux autres, les poètes vivants et les poètes disparus, confondus dans un même élan de la pensée qui nourrit.

C’est ainsi que le jeudi 27 août 2015, deux poètes d’une belle différence, de génération, de style, d’expression de révolte devant un monde qui échappe à l’amour, sont mis, par le simple truchement de leurs textes, en présence l’un l’autre. Et le monde rassemble ces voix infinies dans leur diversité en un ensemble mystérieux, laissant à chacun le soin d’y découvrir son unité.

couter : http://les-poetes.fr/emmission/emmission.html

1  ) Jacques CANUT, vétéran de la poésie, né à Auch en 1930, n’a cessé d’exercer son art, en français et en espagnol, se dressant contre la solitude et trouvant dans les mots simples, l’observation du quotidien, « une résonnance sans égale » selon l’expression d’Henri MICHAUX.

Jacques CANUT vient de publier ses deux derniers « Carnets confidentiels » : « Derniers kilomètres » et « Bastide » (à commander chez l’auteur, 19, allées Lagarrasic, 32000 Auch).

Lecture in extenso des deux livres par Christian Saint-Paul.

*

Agir avec la démesure du poète.

 

Aviateur Saint-Ex,

les ailes du Latécoère moins vives

que l’imagination,

le ciel est-il plus vaste la nuit

que le jour ?

Certaines contrées bouleversent-elles

autant que brûlante passion ?

 

Extrême Sud en friche

où l’on se retourne pour admirer

le soleil

courant sur les pampas...

Etait-ce la récompense,

le terme capiteux du voyage ?

*

Quel destin en cet appartement

sur l’Atlantique ?

 

Séjour où tant d’objets ressuscitent

l’image d’êtres chers

trop souvent absents

ou désormais disparus.

 

Mais le soleil refait la Nature.

Le beau temps s’exhibe

sur la dune et l’Océan, miroirs

d’instants paradisiaques jouant

de nos corps,

de nos âmes.

*    (extraits de « Derniers Kilomètres »)

 

Les rues se recoupant à angles droits

autour de la médiévale place centrale

(festonnée d’arcades) je respire un air

de vie castillane.

En cette cafétéria à la salle profonde

comme une avenue ombragée je me plais

à regarder le soleil glisser sur les murs

d’en face.

Je plonge entre songes et regrets, fais revivre

de multiples et chaleureuses découvertes,

des rencontres qui sublimèrent d’exaltantes

évasions.

*

Dans Mirande il y a

          Mardi.

Mardi.

C’est si calme Mirande

après le trépidant marché de la veille.

Recueillie, la bastide semble n’avoir

d’attention que pour moi.

 

J’en savoure les discrets, inaltérables

enchantements sur les pas, les pages

d’Alain Fournier.

* (extraits de « Bastide »)

 

Le poème, cette arme chargée de futur, se transforme en abri pour ceux qui sont exposés au déchaînement de la violence.

Salah AL HAMDANI dans son livre sur l’exécution de Saddam Hussein : « Adieu mon tortionnaire » écrit à propos de l’Irak : « Il est vrai que sur cette terre arabe, il n’y a plus de refuge excepté dans le poème pour ceux qui fuient la sentence de mort des islamistes et des baassistes. (Le Temps des Cerises 2013, p.112)

En octobre, l’émission « les poètes » donnera la parole depuis le Maroc, à un jeune poète El Morabethi Khalid, poète marocain d’expression française.

 

Christian Saint-Paul rend hommage à l’incessant travail depuis 1974 de Guy Rouquet au sein de L’Atelier Imaginaire de Lourdes, qui délivra trente années les prix Prométhée et Max-Pol Fouchet. En 209, L’Atelier Imaginaire, avec le Castor Astral, publia « Ton monde est le mien , 39 poètes contemporains », une anthologie présentée précisément par Guy Rouquet (155 pages, 15 €).

La prochaine émission « les poètes » sera consacrée à Guy Rouquet qui parlera de son action à la direction de L’Atelier Imaginaire et du programme 2015, déjà accessible sur la page d’accueil de notre site.

*

2 ) Eric DUBOIS, le cadet de Canut, né en 1966 à Paris, mais déjà dans la maturité de son art, homme de radio, blogueur, familier de la technologie qui régente notre quotidien, jette sur le monde un regard suspicieux. La revue Encres Vives lui a consacré son 444ème numéro en publiant son recueil « Le Silence sur la dune » (le volume 6,10 €, abonnement 34 € à adresser à Michel Cosem, 2 allée des Allobroges, 31770 Colomiers)

Lecture du recueil par Christian Saint-Paul.

*

L’œil de la distraction

apporte la preuve

 

Que le monde

est le dernier spectacle

 

A la mode

 

On n’est rien

 

Que surface

 

Pixel mort

dont la bouche 

 

Se tord

dans une grimace

 

Hachures de sable

 

Contraction

 

Le temps est disponible

quand l’offre et la demande

 

Circulent

*

Nous sommes les poèmes du temps, mes mots du ciel, les cris de la

pluie, les silences du soleil, les larmes et les rires de l’orage.

 

Nous vivons des hypothèses et des sempiternelles questions. Nous

sommes des pièges dans une histoire à écrire toujours.

Je suis le poème qu’on oublie.

 

La soif du ciel est l’avatar suprême.

 

On parle toujours de quelque chose sans parfois en dire davantage.

Les mots forment la réalité. La charpente du temps soutient le poids

des pensées.

 

Navigue toujours à vue et n’épargne pas les récifs.

 

Chaque corps obéit au magnétisme des temps.

 

Le bruit du monde est pour mes oreilles une chanson familière.

 

La pierre du langage fonde le désir.

 

Le mot est peut-être une caméra.

 

L’œil exercé sait avant tout.

 

Il y a quelque chose.

 

Il y a quelqu’un.

 

Les cendres remuées emplissent les voix seules. La trajectoire fait

l’existence.

*

 








 

 20/08/2015






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« La poésie est partout […] ; poésie dans le vacarme des voitures sur le pavé » expliquait Fernando Pessoa dans son Journal. La poésie est dans la corrida; le combat de l’homme et du taureau a toujours fasciné les artistes : peintres, musiciens, poètes, romanciers. A Toulouse des artistes comme Yves Charnet et Francis Ricard ont renouvelé l’approche poétique de la tauromachie. Dans la nuit chaude toulousaine du mois d’août, Christian Saint-Paul lit « La corrida des Ombres » de Francis Ricard (éditions Atlantica, 15€). Composé comme un livre d’artiste aux feuilles volantes, les poèmes sont illustrés de photographies de l’auteur et l’alternance de pages blanches imprimées en noir et de pages noires imprimées en blanc, n’est que l’alternance de l’ombre et de la lumière, du jeu où triomphent dans une dualité qui disparaîtra, la vie et la mort.


Monologue de la peur


l'éclat des trois clarines

fait la piste claire

le sable est ratissé

les clameurs s'éteignent

le silence s'installe

minute fatale

page vierge

ils ne sont plus que deux

seuls

duo

duel

dialogue

 

peur contre peur

c'est l'unique question à présent

instant suspendu

corps tendus

deux peurs s'affrontent

dialogue

force et intelligence

violence et temple

meuglements et mots

bave et bouche sèche

deux peurs

dialogue

 

le sable vierge se couvre de traces

je te parle toro

quieto toro

tu m'entends

tu t'inclines

je te tue

tics rites et rictus

la main ne tremble pas

la page s'écrit

le sable vierge se couvre de signes

l'encre ruisselle

monologue

*

Cathy Garcia a fait paraître en mars 2014 aux éditions Cardère « fugitive ». Avec ce livre elle parvient à la plénitude de son art. Très beau livre dont les illustrations originales de l’auteure, artiste accomplie, sont elles aussi comme dans le livre de F. Ricard en noir et blanc et font de ce livre, un véritable livre d’artiste à la portée de tous (12€).

Lecture de « fugitive » par Christian Saint-Paul.


Douce musique, si douce, mais la berceuse ricoche, crible

le cœur.

 

La folie est à quelques cellules à peine, trois fois rien.

Le refuge du placard est vain.

 

Traquée, détraquée. Ça me hurle.

 

Ma lèvre tremble, le ciel est tombé en cataracte de verre.

En granit fracassé à la mer.

Tant de pêcheurs encombrent la rive et le soleil veut

sa part de crème géologique.

 

Je glisse, toboggan, vers l'abîme entraperçu sous la couverture

des océans.

*

Couchée. Nue sous un sureau, des hanches comme des

barques. La catharsis.

 

Puis la confession acidulée des choses haletantes.

La lune à blanchir piaffe un requiem. Le ruisseau suscite

une rivière.

Et je rejoins mon ombre qui dévide le rouet des incantations.

 

Tenace

Déchue

Fugace

Rétive

Fauve

Et fêlée

 

Fragile et voluptueuse nouée.

*

Je danse alors la nitescence des aurores.

 

Le sourcier rompt la pluie et butine les pigments.

L'inépuisable ouvre les serrures d'eau gelée.

 

Je danse oui car il faut oser l'amour.

Ouvrir les cuisses pour l'envol.

 

La vie nous tend brassées de lumière, volée d'oiseaux.

Suspend sa musique à nos oreilles.

 

Ne pas oublier, non, ne pas oublier.

 

Elle et moi sommes fugitives.

*

 

En juin 1958, Pierre Boujut faisait paraître  dans sa collection « les poètes de la tour » de la Tour de Feu (n°58) un recueil de poèmes deJean Laurent (1912 - 2000). Dans sa présentation Pierre Boujut écrivait sur celui qui avait dit : « Etre à sa petite place de poète mineur, je trouve cela déjà si merveilleux que j’enrage d’en voir tant qui sont malades de ne pas se sentir suffisamment élus parmi les élus… » : « orateur de réunion publique, Jean Laurent sait bien que le meilleur des discours électoraux ne portera jamais aussi loin et aussi longtemps qu’un poème « réussi ». Quand celui-ci n’aurait que cinquante lecteurs pendant cinquante ans, le jour viendra où le monde ne pourra plus avancer sans passer à travers le poème. »


Lecture de « cantate pour un jeune mort » par Christian Saint-Paul.


J'ai compté les pas de l'enfant dans la rue

Je l'ai vu sauter par-dessus les fossés des marelles

Il s'est assis sur le trottoir

A regardé le flot de la vie

a penché la tête a fermé les yeux

S'est endormi dans les sables

A rêvé de châteaux de clowns et de fiancées

A retrouvé son front bercé sur des genoux de

     mère

A pris l'espace en son regard

A joué de chaque feuille éperdue et de neige

Et s'est chauffé les doigts aux cœurs fraternels

J'ai vu j'ai vu l'adolescent

Devant moi a passé le collier de ses folies

Sa joue s'est colorée d'images tendres

Il a pleuré pour un soir qui ne finissait pas

Pour une note incertaine un cœur fermé

Quand je prenais ta main de grand garçon

   indocile

Aux heures où nous jouions la liberté

C'était pour te conduire où tu savais marcher

    sans moi

Et mieux que moi

Chez les enfants qui rient dans les royaumes

   poétiques

Et les terres prêtées pour inventer des joies

   nouvelles

Ils te diront les compagnons du rire et de la

   grimace

Ils voudront poings tendus contre le néant

Témoigner de ta vie placarder les vrais mots

Jurer de la vérité de ta voix et de tes pas

Les chants de tous les pays l'entouraient

Et construisaient pour lui l'univers aux cent

   dimensions

Il a marché il a couru dans les forêts du monde

   brûlées

A travers les collines d'automne et les landes

Dans la ville fermée sur ses orages mortels

Dans la ville au soleil triste des soirs du Nord

La vie aux Climats infinis aux orgues grandiloquentes

Au sourire dans le silence et dans l'étude

Flattant la table aux signes familiers de France

La vie portée par les lointaines lumières des ans

Il a pu l'enfermer et lui donner le baiser de

   l'éphèbe

Mais il tendit un jour à sa mère un long bras

   d'épouvante

La terre avait menti à sa faim d'espace

Les portes qui se refermaient sur lui

Nul corps nulle angoisse nulle supplication

Ne pouvait plus les laisser entr'ouvertes

Il a fallu pleurer sur un souvenir

Ensevelir vingt ans dans des gerbes rouges

   d'amour

Et se taire à jamais dans l'ombre absolue de

   la mort

Devant moi la tempête a brisé les branches

   du jardin

Et pourri le plus substantiel des printemps

Les voûtes où j'ai cru déchaîner des foudres

   de colère

En unissant mes mains à celles des crucifiés

Ma haine à leurs entrailles déchirées

Où j'ai jeté mon anathème contre les forces

   divisées

N'ont pu que répéter une complainte abécédaire

Une homélie qui s'éteignait dans un surplis

Un amen sur des flûtes d'esclaves

Mais la branche va refleurir

Les racines ont trempé dans l'eau des révoltes

Nul ne refermera la terre

Nous avons nié la tombe et refusé l'holocauste

Il n'y aura pas de fin malgré la mort

Nous viendrons épauler debout entre les mâts

   brisés

Tout destin faussement navigué

Non je ne brûlerai pas d'encens

Mais je ne crierai plus

Le mausolée n'insultera plus aucun dieu

J'ai dessiné pour toi le cercle où l'on ne peut

   mourir

Regarde Voici le miracle des pleurs.

TU AS VÉCU DEUX FOIS

*

Pour Jean-Pierre Siméon, ce jour "où le monde ne pourra plus avancer sans passer à travers le poème" ne saurait tarder, puisqu’il est sûr que « La poésie sauvera le monde », titre se don essai aux éditions « Le Passeur »,

90 pages 15 €.

« La dématérialisation que génère l’absorption du réel dans le virtuel dévalorise de facto les sens du combat charnel avec le monde : le toucher, le goût, l’odorat. Dans les pays développés, parangons du monde tel qu’il doit advenir, une abolition progressive du lieu du corps avec l’environnement est à l’œuvre. » C’est la poésie qui invite « à rejoindre le réel par l’évocation sensible » : « Il n’est pas de poème digne de ce nom qui ne fasse appel à l’expérience sensible du monde, donc à la mémoire sensorielle du lecteur. »

L’émission " Les Poètes " reviendra sur cet essai de Jean-Pierre Siméon.

 

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Marcel MIGOZZI





 

 13/08/2015






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Pour mémoire, Christian Saint-Paul signale, sans s’étendre car il y reviendra à l’occasion de prochaines émissions, la parution de deux nouveaux « Carnets confidentiels » de Jacques Canut.

Le n° 45 « Derniers kilomètres », poèmes courts, bouffées d’émotion qui remontent des ans passés et des lieux vécus, et un hommage élégant à un poète-éditeur qui avait gardé « un souvenir émerveillé de ses années d’enfance passées dans un sombre orphelinat », près de la ville natale de l’auteur.

Agir avec la démesure du poète.

Aviateur Saint-ex,

les ailes du Latécoère moins vives

que l’imagination,

le ciel est-il plus vaste la nuit

que le jour ?

Certaines contrées bouleversent-elles

autant que brûlante passion ?

Extrême Sud en friche

où l’on se retourne pour admirer

le soleil

courant sur les pampas…

Etait-ce la récompense

Le terme capiteux du voyage ?

Le n° 46 « Bastide ». C’est Mirande dans le Gers. L’auteur y déambule avec les souvenirs prégnants et des questions sans réponses :

« N’aurait-on de délivrances que celles

Où l’imagination offre d’exceptionnels

Et intimes délires ? »

Ouvrages à commander à Jacques Canut, 19 allées Lagarrasic 32000 Auch.

 

Christian Saint-Paul lit un extrait de « Cœur sauvage » de Joël Vernet, lettre à Marina Tsvetaeva, récit, éditions de l’Escampette, 133 pages, 15 €. L’auteur, par ce récit à lire comme un roman passionnant, est allé à la rencontre de la grande poétesse russe, qui vécut 14 années « d’existence invisible dans la banlieue parisienne » avant son retour en 1939 dans une Russie terrifiante de folie.

 

L’émission est ensuite consacrée à l’invité : Marcel Migozzi.

En 2012, il s’était expliqué au micro de Radio Occitania (voir sur le site émission du 4 octobre 2012) sur le livre qu’il venait de publier alors aux Editions de l’Atlantique (aujourd’hui disparues). Voici la relation qui en était faite :

 

En réalité, ce poète a su privilégier une vie faite d’observation heureuse des choses de la nature et de la vie, avec une volonté de conserver malgré tout une sérénité et une intelligence rare du bonheur. Bien sûr, sa lucidité n’est jamais entamée et il n’échappe pas aux tourments du temps perdu et de l’impuissance devant l’injustice.

A ce jour, il a publié une soixantaine de recueils, a collaboré à la revue  Action Poétique et à la revue Sud, compte de nombreux amis parmi les poètes reconnus de notre époque, a été honoré de nombreux prix dont le prix Antonin Artaud en 1995.

Il vient de publier « A la fenêtre sans rideaux » aux éditions de L’Atlantique, collection Phoïbos 50 pages, 14 €. Il s’explique sur ce livre composé de quatre parties qui forment un tout, une unité, celle du regard de l’enfant qui a vieilli et se tient devant la fenêtre, avec son dénuement, sa transparence, sur un temps désorienté, passé-présent passant dans l’immobilité silencieuse des souvenirs. Vivre-écrire à la fin n’est-ce pas se regarder au-delà de la page (de son corps, de sa rue, de sa maison, de l’amour…) dans un visage où les rides ne vont pas tarder à disparaître ?

Il lit des extraits de « A la fenêtre sans rideaux » en avançant dans les quatre parties.

L’émission s’achève sur la citation de Paul CELAN reprise dans un des poèmes :

            Dire alors

            comme Paul Celan   bientôt on se retrouvera dans la

langue   on aura une voix   et répéter avec un souffle

à partager jusqu’à la chambre   on ne sacrifiera pas nos

éclats de draps   n’oublie pas mes caleçons de coton

n’oublie pas mon pyjama de laine   répétant ce mot   vivre

pour retrouver le souffle et l’espace de la chambre du désir

            n’entends-tu pas déjà l’imprononçable écho   bientôt on

se retrouvera

Ce jeudi 13 août 2015, il vient parler de l’ensemble de son travail d’écriture. Il est né à Toulon en 1936, dans une famille que l’on qualifiait alors de prolétaires. Il en gardera une stimulante fierté. Il devint vite instituteur et d’impliqua dans l’édition de revues de poésie comme « La Cave » ou « Chemin ». Puis il intégra le comité de rédaction de la revue historique « Action Poétique » et collabora à la revue « Sud ». Dans les années soixante, il publia des recueils chez Guy Chambelland, chez Pierre-Jean Oswald. Déjà, ses premiers textes étaient des écrits sur l’enfance. La revue Poésie 1 le présentait, de la même manière d’ailleurs que William Cliff, comme un poète « intelligible ».


Marcel Migozzi se dit peu favorable à une poésie de laboratoire. Il écrit une poésie du quotidien, une poésie du vécu. Il se veut en phase avec le réel.
Le poème naît toujours d’une émotion.

Il lit des extraits de « Cité aux entrailles », des textes sur son quartier de Toulon.

Le poème, s’enthousiasme Marcel Migozzi, permet de dédoubler la vie, de l’agrandir. C’est en sur-dimensionnant la vie qu’elle se fait voir sous son vrai jour.

L’invité lit un poème sur sa mère, figure mythique de sa famille ; puis un poème sur son père qui n’a jamais lu un roman. « Lire ne gagne pas de pain », disait-il.

Le poète s’attarde sur le souvenir brûlant de son père, atteint d’une cataracte avancée qui le cloisonnait dans un univers réduit.

L’engagement politique est toujours vivace chez Marcel Migozzi. Chez lui, on votait « pour les ouvriers », mais l’engagement n’allait pas au-delà. Il fut le premier à le revendiquer comme une dignité de vivre, au même titre que l’écriture.

Il lit des poèmes inédits, à paraître, ayant trait précisément à l’engagement. Il cite
Pablo Neruda : « J’écris pour remercier ». Il reprend la phrase à son compte.

Le prix Antonin Artaud 1995, qui n’a cessé de publier depuis, a évoqué aussi la figure de son grand père corse, Marcel Vincenti qu’il n’a pas connu, dans un livre
« De bogue et de roc, l’amour l’amort » (Colonna édition 10 €) où se marient Provence et Corse.


Ses derniers livres, en particulier « Derniers témoins » (Tarabuste éditeur, 11 €), sont d’une lucidité sans concession. Il y explore le vide, le silence, la mort. L’avenir du corps, dans sa route vers la déchéance, est un sujet récurrent des poèmes. Le langage se fait cru. Il y a une violence devant l’obscénité de la mort. « La mort ne me fait pas peur, s’explique l’auteur, je crains la décrépitude. La mort est un scandale : il faut tout abandonner, tout perdre ».

Marcel Migozzi rejoint le fameux « mourir la belle affaire/mais vieillir, vieillir … » de Jacques Brel.


Toutes ces obsessions, ciselées comme des diamants noirs, dans ses poèmes sur le dépérissement du corps, ne sont pas de vaines jérémiades, mais des cris de rage devant cette injustice. A quoi bon construire dans la lutte, toute une vie, si c’est pour la perdre ? Il y a dans cette constatation quelque chose d’inadmissible. Et ce scandale là, non plus, n’est pas à taire. Alors il le dit, dans un langage serré, où ne subsiste que l’essentiel, dépouillé comme un arbre nu lève ses branches au ciel. Paradoxalement, cette rage devant son impuissance à lutter contre la fatalité du temps, donne sa force au poème et à la pensée. Mais, dit-il, « je veux tourner le dos aux ombres et me diriger vers la lumière ».


les corps ne font-ils que se perdre

à s'aimer se griser

 

se ressembler comment

détacher son corps faible

 

du monstre aimer ce

monolithe

(extrait de "De bogue et de roc")

*

avec des mots de petit bois

et la page sans date

 

une flamme fera la loi

(extrait de "Derniers témoins")

*

aimer mourir espérer voir

se purifier croire

sentir mourir remercier

rêver écrire aimer

mourir

se souvenir de partager

 

cherchez l'intrus sans avenir

(extrait de "Derniers témoins")

*

La lumière a cessé de vieillir, celle

qui leur avait promis de rayonner

encore quelques ans, cessé.

Plus d'ouvreuse dans la rosée.

Plus de souffleur dans le sommeil.

 

La lumière des souvenirs

ne va plus en-deçà du passé, a cessé.

*

L'un sans dieu parmi les enfants, assis

dans un pré lumineux au cœur

d'un Centre de vacances,

l'autre,

le cœur d'un apôtre enseignant, élu

par ses douleurs pour compatir à d'autres.

 

Les deux disparus, nous allons

leur ressembler, et nous

de si peu de chair vive, irons

bientôt les embrasser dans nos dépouilles.

(extraits de "Voyageurs sans regard" E.V.éd.)

*

Si ces phrases sont lentes longues, aux imprévisibles et facultatifs arrêts, c'est pour entendre chanter l'enfant de 44, pauvre et libre. La campagne l'a protégé jusqu'à la fin de la guerre enfin lavée des bas excréments.

C'est pour qu'il soit reconduit (perdu ?) dans le labyrinthe des images sans dieu ni maître, vers une mère et des soeurs.

Phrases qui sentent le fumier, la pomme mûre, le vieil automne, ce que tu aimes depuis l'enfance, sans mesure, peut-être bien jusqu'à l'arrêt du cœur.

Ou si c'est avec ces mots de campagnard que tu cherches à effacer le lotissement sous ta fenêtre ? A corriger comme un poème le paysage d'ici, toits en trop, et le béton, et les clôtures arrogantes ?

 

Tu ne veux pas rester muet dans l'autrefois vivace

Quand l'ombre mure d'un pommier te gagne

Du fond vert-noir d'obscurs désirs, te lange

Et t'englue de tendresse ?

Pour Louisette, ma sœur

(extrait de "Et si nous revenions, sans vieillir ?" E.V. éd.)

*

Marcel Migozzi, prix Jean Malrieu 1985, prix Antonin Artaud 1995, prix Des Charmettes/Jean-Jacques Rousseau 2007, poursuit son itinéraire en poésie, tendu vers la lumière des hommes. Tant qu’il y aura du souffle, le poème naîtra, témoin de ce miracle qui se nourrit à la fois du bonheur d’exister et de la rage de périr.

 

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Jacqueline  Saint-jean



 

 23/07/2015




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La revue Diérèse, poésie et littérature a fait paraître son n°65 Printemps-été. Un numéro volumineux (383 pages) comme les précédents avec des poèmes bilingues (allemand-français) de Georg Trakl présentés par Alain Fabre-Catalan qui conclut que celui qui avait pour devise : « A celui-là seul qui méprise le bonheur, sera donnée la connaissance », a « réussi à créer un univers qui n’appartient qu’à lui : son écriture prise dans le désarroi du quotidien fait du sujet une instance impersonnelle et de ses poèmes un espace « débordant de mouvements et de visions ». » Richard Rognet revient dans Diérèse 66 avec une suite de poèmes « En chaque aspect du monde » et un livre inédit à suivre dans les 3 numéros de Diérèse 65, 66 et 67 : « La jambe coupée d’Arthur Rimbaud » présenté par Jean-François Sené. Le reste de la revue est égal à cette exigence d’excellence à laquelle elle souscrit et nous offre un panel de poètes dont entre autres Monique Saint-Julia, Isabelle Lévesque, Jeanpyer Poëls, Daniel Martinez, Guy Girard, des récits où nous retrouvons Daniel Abel, des « libres propos » et des nouvelles du cinéma et plus de quarante pages de « Bonnes feuilles » qui fait de cette revue la plus importante du genre. Les illustrations sont à la hauteur des textes et la présentation soignée au cordeau comme toujours avec Daniel Martinez. Un vrai livre qui prend place dans la bibliothèque au côté des livres de poésie. Nous reviendrons dans une prochaine émission sur cette publication. Diérèse, le volume 15 €, abonnement 45 € à adresser à Daniel Martinez, 8 avenue Hoche, 77330, Ozoir-la-Ferrere.

La diffusion de la poésie aujourd’hui requiert ce type de revues dont Diérèse est le fleuron, mais aussi, et de façon tout aussi vitale, l’audace, l’éclectisme et la persévérance qui ont assuré une longévité inégalée à la revue Encres Vives qui depuis plus de cinq décennies nous livre des recueils de poètes aussi bien, très reconnus, que découverts, et permet de suivre le panorama en mouvement de la poésie de notre siècle. Michel Cosem livre ses trois derniers numéros, des recueils de 16 pages chacun : 442è Encres Vives : Fabien Marquet « Cent noms d’oiseaux que je n’ai pas appris » ; 443è : Ivan Dmitrieff « Présence » ; 444è Eric Dubois « Le silence sur la dune ». Nous reviendrons également sur ces publications à peine évoquées pour ne pas amputer le temps consacré à l’invitée. Chaque numéro d’Encres Vives 6,10 €, abonnement 34 € à adresser à Michel Cosem, 2, Allées des Allobroges, 31770 Colomiers.

Christian Saint-Paul reçoit Jacqueline Saint-Jean. Deux émissions lui avaient déjà été consacrées de manière à faire écouter, par la lecture de poèmes lus, cette voix qui marque l’histoire de la poésie du XXème et XXIème siècles. Pour cette émission, il s’agit d’interroger la femme poète, écrivaine et militante de la lecture et de la poésie. Et Jacqueline Saint-Jean se raconte. Avec pudeur, retenue mais avec passion.

Ce qui apparaît tout de suite, à la lecture des nombreux livres de Jacqueline Saint-Jean, c’est sa double identité - pour reprendre un terme tristement galvaudé par nos médias - de Bretonne et de Pyrénéenne.

Elle naît à Saint-Geven dans les Côtes d’Armor. Dans ses oreilles d’enfant vibre ce frottement de la langue bretonne, ses mélodies, ses danses. La culture au sens fort, s’enthousiasme Jacqueline Saint-Jean. Profondément marquée par la Bretagne, elle se ressent en même temps Pyrénéenne. Dans son livre « Lumière de neige », on découvre la traversée de la montagne et son répondant intérieur. On se connaît au travers de la langue. L’auteure publie ses premiers textes à vingt ans, un peu sous l’influence de René Guy Cadou, après la lecture d’ « Hélène et le règne Végétal ».

Mais en consentant à publier, elle a senti que ce serait l’engagement de toute une vie. Les poètes d’Encres Vives ont été le déclic énorme qui m’a fait assumer entièrement le fait d’écrire, et surtout d’écrire de la poésie, se souvient-elle. C’est devenu un centre, un foyer de vie et de partage qui m’a élargi la vie.

A partir de ce moment-là, Jacqueline Saint-Jean connaît une régularité dans les publications. Mais lorsque Christian Saint-Paul l’interroge sur les « étapes » qui jalonnent son œuvre, elle répond que c’est plutôt les critiques qui détiennent la réponse. Sa première période, avec la parution de « Décliner vos noms, prénoms », c’est la recherche de soi-même dans une écriture ininterrompue, un flux, un assaut. Chaque texte de ce recueil est une entrée identitaire. Par l’écriture elle, l’auteure, réussit à s’inscrire dans un lieu, dans une filiation culturelle, dans ce que la guerre a ancré en elle, avec son père Résistant. Elle a été marquée par la Shoa. Cela imprègne aussi son œuvre destinée à la jeunesse. Le prix Max-Pol Fouchet en 1999 pour « Chemins de bord » suivi de « Visages mouvants » (préface de Vahé Godel) et le prix Xavier Graal en 2007 pour l’ensemble de son œuvre poétique marquent également un passage, celui de l’assurance d’une reconnaissance dans le milieu littéraire et donc des lecteurs.

Dans « Isthmes » ou dans « Table de l’estuaire », elle a voulu créer des espaces intérieurs plus que géographiques. Jacqueline Saint-Jean lit un extrait de « Les Mordorées », une scène d’enfance où sa mère apparaît dans une procession. Reprenant l’entretien avec Christian Saint-Paul, elle cite Guillevic : « Quand je parle de la vie des pierres / c’est comme si je parlais de ma propre vie ».

En effet, toute perception est subjective. Car que prélève-t-on par le paysage ? Qu’y voit-on ? Sa propre subjectivité, constate Jacqueline Saint-Jean. Par exemple, illustre-t-elle, récemment elle a isolé et révélé d’un paysage, les orties, le lierre. Or, ce sont des choses fortement liées à des ancrages personnels. Les orties, c’est l’enfance. Le lierre, c’est la lumière qui s’enroule au corps. Un paysage est foisonnant d’informations. Et nous choisissons nos propres signes.

Par ailleurs, poursuit l’invitée, les vestiges humains me fascinent dans les lieux. Elle a écrit un recueil sur un tumulus vu en Irlande. Toujours elle ressent une impression très forte dans les lieux préhistoriques. Dans son livre sur l’estuaire du Guadalquivir, elle est hantée par les traces de l’Histoire, les conquêtes, les parias. Elle rentre en contact avec tous les humains de toutes les époques. Le lieu est le croisement de l’espace, du temps et de l’histoire humaine. Les contes, les mythes, les légendes des lieux parlent de nos angoisses. Mais Jacqueline Saint-Jean ne parle pas de tous les lieux où elle va en voyage. Seuls, les lieux qui ont provoqué de fortes émotions feront naître les textes à publier.

Lecture par l’auteure d’extraits de « Retour aux terres rouges ». Ces poèmes disent la similitude de la condition humaine, de la pauvreté. Jacqueline est très sensible à ce qui lui fait voir les difficultés à vivre. C’est l’émotion. Et selon l’étymologie, l’émotion veut dire : être soulevé. Lecture de « Tu parles d’un village », de « Les pierres ». Interrogée sur le sens de la phrase d’Edmond Jabès : « lorsque les hommes seront d’accord avec le sens de chaque mot, la poésie n’aura plus besoin d’elle », elle répond que Jabès écrit cela parce qu’il sait que ce n’est pas possible. Elle cite une autre phrase de Jabès : « le mot c’est l’homme, sa mémoire et son devenir ». Le mot est vécu par chacun dans une histoire personnelle unique. Quand les mots se groupent autour d’une image, c’est comme les gens qui se regroupent autour d’un feu. Il y a une communion humaine possible autour d’une image, autour de la poésie.

Les mots aujourd’hui, déplore Jacqueline, sont suffisamment aplatis, galvaudés, pleins d’esbroufe, très superficiels. Guillevic disait que si l’on entendait plus la voix des poètes, nous allons être condamnés à ce « bla-bla délavé des médias ».

La langue, c’est la saisie personnelle, donc unique, à l’énigme d’être au monde. Rien ne peut remplacer les arts, d’une façon générale. Ce n’est pas parce que l’homme est devenu plus civilisé, qu’il a commencé à graver sur les parois, c’est parce qu’il a créé, qu’il est devenu plus civilisé. La poésie reflète notre complexité au monde réel. Tout mot est chargé de l’histoire humaine.

Je n’aime pas théoriser sur ma poésie, car ma poésie est dans mes poèmes, insiste Jacqueline Saint-Jean. Lecture d’extraits d’ « Isthmes », de « Table de l’estuaire », de « Hors je(u) », ce dernier livre fait la part belle au social. Il a été écrit alors qu’elle était immobilisée, donc « hors-jeu », à la suite d’un accident. Les sensations décrites, universelles, se retrouvent, observe Christian Saint-Paul, dans les livres de Marie Didier.

Jacqueline Saint-Jean est une femme poète, prolifique, profondément humaniste, qui ne détache jamais son regard de la destinée des hommes. Dans « Jelle et les mots » elle « cherche un mot un mât une amarre / pour arrêter la dérive des mondes ». Objectif colossal à hauteur de poésie !

 




Gilles LADES






 

 16/07/2015






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Cette émission complète les émissions déjà consacrées à Gilles Lades. Dans les premières émissions, il a été donné essentiellement lecture des poèmes de cet auteur qui éclaire la poésie d’expression française depuis près de 40 ans et qui, à l’apogée de son art, poursuit son œuvre, la prolonge avec l’humilité - devant la force de la parole ainsi créée - des plus grands artistes de notre temps. L’homme est discret, s’efface et laisse généralement tout l’espace à ses textes.

Dans cette émission centrée sur l’entretien avec Christian Saint-Paul, fait rare, il se livre. Le poète se laisse approcher, s’explique sans détours sur les arcanes de sa création littéraire, dominée par la poésie. Gilles Lades est aussi un critique de talent qui saisit avec justesse le sens des textes et dispense cette clarté sur les livres et les poètes dont il parle.

Ce qui lui est demandé ce jeudi soir de juillet, c’est d’être à la fois l’objet et le sujet ; même s’il est plus facile de parler des autres que de soi, Gilles Lades réussit étonnamment l’exercice, avec toujours cette humilité naturelle au sens le plus noble du terme.

Nous apprenons qu’il a écrit au sortir de l’adolescence. Emergeant de « ces profondeurs difficiles », il vécut une sorte de crise d’identité. Il s’aperçut que l’écriture pouvait l’aider à se retrouver lui-même. Son premier réflexe fut de se réfugier dans la poésie classique. Puis la lecture des poètes contemporains l’orienta vers la modernité. L’aventure intérieure solitaire était en route. Très vite, elle prend une autre dimension. Etudiant en Lettres, il comprend qu’il fait de la littérature. L’écriture est alors un enjeu bien au-delà de l’apprivoisement des tourments adolescents. Il va falloir dire le monde. Et évaluer cette parole. Il lance alors des messages. Il adresse des textes à Jean Malrieu qui lui répond : « vos poèmes sont bons ». Il voit Joseph Deltheil qui lui prodigue ce conseil : « il faut vous assurer que vous êtes plein de vous-même ». La formule fera mouche. Gilles Lades n’écrira que lorsqu’il sera assuré « d’être plein de lui-même ».

C’est alors que durant ces premières années de professorat, loin de son Sud-ouest chéri et immergé dans l’apprentissage d’un métier accapareur, il observa un silence initiatique. Six ou sept ans. Puis l’écriture revint. On se forge à travers le doute, constata-t-il. Ce doute, qui est donc une force, lui fait aussi connaître « des moments de désert ». La lecture de René-Guy Cadou lui a donné l’élan pour trouver sa propre harmonie.

Les recueils vont alors se succéder. Ils naissent d’une « liasse écrite pendant un ou deux ans ». Le livre « Le pays scellé » rend compte d’un temps et d’un espace un peu bloqué. Pour « Le chemin contremont », tous les poèmes venaient se magnétiser sur cette idée de montée. « Lente lumière » est le constat de ne pouvoir faire émerger la lumière que difficilement. Pour chaque livre, explique le poète, je suis animé d’une idée forte.

Cependant, l’auteur n’est jamais dans la certitude. Inguérissable maladie bienfaisante du doute. A chaque livre, il faut tout reprendre à zéro. Recommencer en innovant sans cesse.

Dans sa posture de poète, Gilles Lades se juge « désintéressé ». Le seul enjeu est l’aboutissement d’une écriture, la mieux réussie possible. « Je ne crois pas être doué pour le bonheur, avoue-t-il, vivre c’est magnifique pourvu qu’on ait un peu de liberté ».

C’est un grand lecteur de poésie. Il signe des critiques pour des revues, notamment pour « Friches ». Il aime relire Verlaine, Cadou, des ciseleurs comme Reverdy. Il a éprouvé un peu de crainte face au surréalisme, mais André Breton est un très grand poète. Il lit beaucoup les poètes étrangers, considérant que tous les grands auteurs sont à découvrir au fil de leurs œuvres.

A partir d’un certain moment, son écriture s’est resserrée. La poésie est l’art de la quintessence. Le choix des mots le hante assez. « Est-ce le mot juste ? » Pour s’en assurer, il faut ressentir un brusque décalage. Le mot doit être inattendu. C’est la pratique du discernement.

Pour Gilles Lades, la poésie n’est ni inutile ni gratuite. Elle est au commencement de l’homme. Dans la pratique de la poésie, on ne peut qu’être en prise avec le destin.

L’entretien est entrecoupé de lecture de poèmes.

Inédits de Gilles Lades :

Le bleu d'hiver

adouci de grands bois

questionne qui seras-tu

qu'as-tu perdu de toi ?


pourrais-tu demeurer

seul dans le cercle des jours

face aux pierres dressées

le chiffre des années

les versants d'ombre

sondant vers l'absolu silence ?


qui t'aurait forcé d'être

différent face aux mêmes collines

de t'assombrir comme renié

par le dévoilement de l'aube ?


que deviendraient les mots

une première fois tramés sur le métier

puis laissés libres à courir jusqu'au bord du vide

délaissés du souffle ?

*

Page nouvelle

pour le vers ou la ligne

continue ronde

emmeneuse de mots de mémoire

de villes de rumeurs

de front fermé sur l'impossible


page

qui m'attend

que j'espère

au début de moi-même

de barrières levées sur la piste blanchie

par l'arrivée soudaine d'un pépiement de fleurs

par le souffle écrivant le long des rameaux du jasmin

*

 









 

 09/07/2015




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Christian Saint-Paul reçoit Casimir Prat.

Ce poète, né en 1955 qui vit à Toulouse, se fait remarquer par ses poèmes publiés sous le titre « Herbier » en 1980, dans la revue Vagabondages qui avait alors une large diffusion.

Henri Heurtebise, en 1983, publie son premier recueil dans la revue Multiples « L’horreur ou la merveille » avec un avant-propos de Francis Ponge. Il multiplie ensuite les publications jusqu’en 2005, est lauréat en 1989 du prix Antonin Artaud pour « Elles habitent le soir » (éditions de l’Arbre 1988), du prix Max-Pol Fouchet en 1995 pour « Tout est cendre » (éditions le Dé Bleu) et ses poèmes de 1995 à 2004 sont repris sous le titre « Sait-on jamais » par les éditions Gallimard, collection L’Arpenteur, avec une préface de Guy Goffette, en 2005.

Depuis cette date, aucun nouveau livre de Casimir Prat n’a encore paru. Un manuscrit se prépare dont il donne lecture de quelques extraits à la fin de l’émission.
D’entrée, Saint-Paul se réjouit que son ami Casimir Prat, après une période de silence malgré tout préoccupante, ait rejoint les lieux de diffusion de la poésie : La Cave Poésie, dimanche 28 juin 2015 pour la « Fête à Henri Heurtebise » et ce jeudi, les studios de Radio Occitania pour l’émission « Les poètes ».

Mais c’est un homme exalté par l’actualité qui répond, considérant comme primordial les messages de soutien qu’il peut lancer au micro, sur deux sujets qui le hantent. La passion quand elle rejoint le devoir citoyen, doit s’exprimer. Et Casimir Prat s’exprime. Il explique qu’à Toulouse, le collège Bellefontaine a perdu son classement dans la catégorie des ZEP. Que les enseignants qui ont contesté cette décision ont été lourdement sanctionnés par leur hiérarchie. Qu’en protestation de la démesure de la sanction et dans une volonté de vérité et de justice, une enseignante du collège Bellefontaine, Laure Betbeder, a entrepris, se faisant l’écho de l’ensemble de ses collègues sanctionnés, une grève de la faim depuis 15 jours, devant les nouveaux locaux du Rectorat de l’Académie de Toulouse. Les poètes Serges Pey et Yves Charnet ont manifesté leur soutien à la gréviste. Casimir Prat s’associe à cette démarche et salue à l’antenne Laure Betbeder, en souhaitant qu’une solution intervienne rapidement, la santé de l’enseignante étant en péril.

Casimir Prat clame ensuite son soutien au peuple grec. Il s’insurge sur le sort que subit, de la part des décideurs européens, la Grèce, pays fondateur de la démocratie et de la pensée occidentale. Il rappelle que les poètes grecs ont nourri la poésie française. Il dit son attachement à la poésie contemporaine grecque, l’éblouissement qu’il ressent à la lecture des poème de Yannis Ritsos. La France, exhorte Casmir Prat, doit retrouver dans ce combat l’image de défense de la liberté, qu’elle a toujours eue. En réalité, explique Casimir Prat, il s’identifie au peuple grec, en raison de ses origines. Il est fils de réfugiés de la République espagnole. Ses parents ont été séparés à la frontière et dirigés dans des camps d’internement différents. Son père, pour rejoindre sa mère, s’est évadé du camp d’Argelès. Il y a une similitude dans la souffrance que connut le peuple espagnol et celle que subit aujourd’hui le peuple grec.

Casimir Prat, après ce long préambule, évoque ses publications. Année après année, il commente chaque libre publié. « S’éloigner de la flamme » (édition L’Arrière Pays 1993; A Chemise ouverte 1999) a été préfacée par Gaston Puel, une des grandes figures de la poésie, qui a vécu en accord avec lui-même, nous dit Casimir Prat, sans compromission avec le milieu imprévisible de la poésie contemporaine. Il est heureux d’annoncer que la revue du Tarn va bientôt faire paraître un numéro spécialement consacré à Gaston Puel.

C’est Jean Malrieu qui, dès qu’il l’a lu, lui a donné envie d’écrire de la poésie. Pourtant, à la fin des années quatre-vingt-dix, ses livres étaient introuvables. Aujourd’hui, il serait urgent qu’un éditeur reprenne son œuvre dans une édition de grande diffusion.

La poésie, pour Casimir Prat, est une sorte de consolation, un des chemins de la réappropriation du langage. Il faut laver les mots de tous les jours et les utiliser de façon qu’ils provoquent un étonnement. C’est d’ailleurs l’étonnement, cher à la poésie, et qui met l’intelligence en éveil, qui est commun avec l’engouement de la philosophie. Poésie et philosophie, l’une et l’autre, ont pour vocation d’aider l’homme à mieux vivre sa condition humaine.

Interrogé sur ce qu’il était advenu de son travail de poète de 2005 à 2015, Casimir Prat explique que « le poète, ça n’existe pas. Il est comme tout un chacun, il travaille » à gagner sa pitance. Ecrire n’est rien, être dans la situation d’écrire, voilà la difficulté. Pendant longtemps, Casimir Prat, libraire à la FNAC, chargé de famille, n’a pu trouver cette disponibilité. Il cite le regretté Pierre-Autin Grenier qui confiait à son épouse le soin de subvenir aux besoins du ménage. Comme Charles Juilet à ses débuts. La vie triviale empêche ce travail qui exige un vrai retour sur soi, une concentration absolue. Il cite le cas d’un auteur qui imposait un silence total à sa femme toute la matinée, pour ne pas le divertir dans sa tâche d’écrire. L’idée peut disparaître comme une bulle de savon. Ce travail de poète requiert un effacement des obligations ordinaires. Casimir Prat avoue beaucoup aimer son travail de libraire. Il a écrit la plupart de ses livres la nuit, dans un silence propice. Yves Heurté, lui aussi, médecin, écrivait la nuit dans la chambre, pour ne pas s’éloigner de son épouse, dont il disait qu’ainsi, elle le connaissait surtout de dos. La plupart des poètes sont des enseignants, souvent universitaires. C’est normal, car ils ont déjà l’accès à la culture, et des vacances privilégiées. Mais certains exercent des métiers sans aucun lien avec l’écrit. Pierre Gabriel, très cher à Casimir Prat, dirigeait une distillerie d’Armagnac. Pierre Boujut fabriquait des tonneaux pour le cognac.
Casimir Prat a repris la plume, fort d’une expérience de la vie, encore accrue. Son prochain livre aura pour titre :
« Du lundi au vendredi ou le sable entre mes doigts ». Une constance. Comment retenir ce qui nous échappe ? Mais la poésie intimiste de Casimir Prat n’est jamais une poésie de la déploration. C’est ce paradoxe où l’inéluctable n’est pas nécessairement tragique, ou l’éphémère nous ravit, qui fait tout l’éclat de la poésie de Casimir Prat.

Lecture d’extraits de « Vers la nuit » (à Pierre Gabriel) ; « Au moment de partir », « Sait-on jamais ».

EN ATTENDANT

Avec son index, il traça un cercle

sur la poussière de la table, puis un autre,

plus petit, à côté. Un œil, plus loin, en haut. Une étoile.

Des branches.

Il écrivit l'heure aussi. Et signa.

Rajouta quelque chose, que je n'ai pas pu déchiffrer

- peut-être à propos des longues jambes du lierre

qui pendaient devant la fenêtre

et de leurs reflets jaunes qui se mêlaient tristement dans

la pénombre du couloir ?

Ou de l'immortalité frémissante du rayon de soleil

au fond d'un tiroir laissé grand ouvert.

*

Lecture d’inédits.

 

 




Gilles LADES






 

 02/07/2015




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« La pensée vole et les mots vont à pied. Voilà le drame de l’écrivain », avait coutume de dire Julien Green. Le livre de Guy Girard, poèmes associés aux polaroïds de Christian Martinache, préface de Jean-Pierre Lassalle, Le Grand Tamanoir Editeur, 98 pages, 12 €, est un peu un démenti à la déploration de Green. La surréalité du monde est saisie au vol par les deux artistes. Et les mots ont chaussé les bottes de sept lieues pour marcher au rythme d’une pensée emballée. Le surréalisme qui a opéré la plus profonde des révolutions en poésie, certainement plus que dans les autres arts, et imprègne qu’on le reconnaisse ou non, notre poésie actuelle, compte toujours des adeptes de talents. Guy Girard, nous dit son préfacier Jean-Pierre Lassalle, poète surréaliste lui aussi, répond aux exigences énoncées par André Breton selon lesquelles « il n’y avait de poésie qu’avec le ton, l’image, le souffle ». Et, insiste Lassalle, l’originalité des images de Guy Girard « renouvelle la métaphore et l’hypallage : « la laine hilare des taupinières », "une petite fille de mercure qui nidifie sur la banquise de l’impatience », etc. Le poète est, par ailleurs, un plasticien : « il épie les faillites de l’objet », cette phrase est saluée par le préfacier comme « une phrase-prisme qui réfracte une part des interrogations de l’art contemporain ». Ce bien beau livre, avec des polaroïds en couleurs (pour 12 € !) de Christian Martinache, plasticien de haut vol, honore la poésie surréaliste, toujours présente et vivace. Nous solliciterons Jean-Pierre Lassalle, Mainteneur de l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse, pour approfondir l’impact des surréalistes et évoquer aussi son œuvre personnelle. Lecture d’extraits du livre.
A signaler également,dans l’immédiat, l’article à lire pour mieux connaître la personnalité de
René Nelli qui a été publié dans la revue « La sœur de l’ange » N° 14 (2015) : « René Nelli et Toulouse : des amours difficiles ».Nous reviendrons sur ce sujet et sur cet article dont le titre est loin de nous surprendre, dans une prochaine émission sur René Nelli.

*

Un petit éditeur toulousain, ou plus exactement un éditeur indépendant, Jean-Pierre Paraggio, publie dans sa collection de l’umbo Passage du Sud-Ouest : « Où mes ruines sont fixes » de Mauro Placi avec un frontispice de Claude Barrère.
Des poèmes, comme des cris d’interrogation, dont le ton est magnifiquement résumé par l’auteur lui-même dans un des textes du livre :

" Poèmes d'un lent échouage, d'une accalmie funèbre, muette, qui tire sur la corde jusqu'à la voix.

Et pourtant une main qui consigne, qui parle long, qui voudrait convaincre les mots que l'exigence perdure, que le cœur n'est pas faible, que la Ville est ouverte, toujours. "

Il y a comme un renoncement douloureux dans ce recueil à la beauté noire envoûtante, parce qu’il y a, là aussi, le souffle, le ton, l’image.

Et le frontispice de Claude Barrère, qui tire sa force de la méticulosité du détail de sa fabrication, est désormais un « classique » de cet artiste dont le style affirmé est immédiatement repérable. En résumé, de la belle ouvrage que ce petit recueil publié par Jean-Pierre Paraggio.

*

L’émission est ensuite consacréeà Gilles Lades. Elle sera suivie d’autres émissions sur ce poète qui vit à Figeac, ville où il est né en 1949. Il a été professeur de Lettres dans plusieurs académies, avant de retrouver le Lot au cours des années 80. Il a publié de nombreux recueils de poésie depuis 1977. Parmi les plus récents : "Lente lumière", éd. L'Armourier, 2002,"Le temps désuni", éd. Sac à mots, 2005, "Vue seconde", éd. Encres Vives, 2008, "Témoins de fortune", éd. L'Arrière Pays, 2010, "Au bout des pas de source", éd.Trames et La Porte, 2014.

Il est également l'auteur de récits et de nouvelles : "Dans le chemin de buis" éd. Le Laquet, 1998, "Sept solitudes" éd. Le Laquet, 2000, ainsi que d'études de paysages : "Rocamadour, le sanctuaire et le gouffre" éd. Tertium, 2006, "Les vergers de la Vicomté" éd. Tertium, 2010. Il a composé une anthologie des poètes du Quercy éd. Le Laquet, 2001.

La poésie de Gilles Lades occupe une place prépondérante, et bien cernée, dans la mosaïque de plus en plus vaste de la poésie d’expression française. Il est, par le ton, le voisin immédiat de son ami Michel Cosem. Une écriture irrépressible qui quitte le corps qui l’a créée et qui la retenait, avec une maîtrise savamment calculée. Lades est avant tout un orfèvre. Il cisèle la langue, l’enferme au cordeau dans les mots justes et suffisants. Tout est dans cet équilibre étincelant. L’homme est pudique, ce qui pourrait être un handicap en poésie. Mais il n’élude pas la réalité. C’est un poète de la lucidité. Il ne la crie pas. Il la laisse voir en filigrane. Dans certains recueils, l’angoisse est là, tapie sous quelques mots. Elle devient familière, non envahissante, inquiétude qu’il faut bien apprivoiser. Cette inquiétude inhérente à l’état deviné du monde, de la difficulté de s’harmoniser à ce monde, ne peut s’apaiser que dans le travail de création. Etre poète, c’est être un artiste au travail. Paradoxalement, pour trouver sa place dans le monde et chanter le monde, il faut se « défamiliariser » d’avec l’état entrevu de ce monde.

C’est ainsi que « la terre est bleue comme une orange ». Il faut énoncer le monde en le renouvelant. En l’offrant sous un jour surprenant mais plus juste ;
Et qu’est-ce qui accroche le regard de chacun ? Les lieux de notre présence, les lieux traversés. Dire les lieux, c’est peindre le particulier, le détail, unique, croit-on, et pourtant qui confine, s’il est bien saisi, à l’universel. Et à cet exercice, Gilles Lades, dans toute son œuvre de poésie de célébration, excelle. Ses mots précis, retenus, grattent le paysage jusqu’à l’os. Un de ses derniers recueils
« Village à l’Embrasure » (Encres Vives, collection Lieu), avec une économie de mots poussée à son comble, cerne le réel d’après les photographies, subversives, comme toutes les photographies, de Jérémie Fauré. Et dans cette suite de poèmes fulgurants, à l’instar des instantanés du photographe, Gilles Lades construit son art et parvient par là-même à la sérénité : « devenir / le silence / de la paix / d’octobre ».

Lecture par Christian Saint-Paul de « Village à l’Embrasure ».

Dans « Chemins croisés » (La Porte éd. 2015, 3,83 € - livret à commander à Yves Perrine, 215 rue Moïse Bodhuin, 02000 Laon), le ton est plus ample, la phrase plus large. C’est la vie du poète qui remonte des profondeurs et l’interroge. La douceur de la mère, de l’été, du jardin, de la maison d’enfance, relie une nostalgie sans pathos, mesurée, mais terriblement lucide : « Pays qui s’en va / seul / avec ses morts / qui le regardent ». Un petit chef d’œuvre où le poète, à sa façon toujours pudique, maîtrisée, se livre intimement. Cette retenue donne une force à l’émotion qui est un grand plaisir de lecture.

Lecture de « Chemins croisés » par Christian Saint-Paul.

Enfin, avec son ami Claude Barrère, poète et plasticien, Gilles Lades a fait paraître un livre d’artiste chez Trames « Une source au bout des pas », un régal pour les yeux, avec les gravures de Claude Barrère et le luxe de l’impression, et pour le texte conçu dans la perfection, de Gilles Lades.

*

Chaque hiver

les troncs se redessinent

comme pour atteindre

la pureté du symbole


ils sont les remparts

d'un pacage tendre

dont la beauté brille

pour le seul inconnu,

dont le silence

habite la durée

comme l'arôme noir

les longs couloirs d'une maison

*

Gilles Lades, un poète du siècle, à coup sûr. Qu’il faut lire dans le recueillement pour écouter cette voix ténue, mais vive, comme une musique envoûtante dans le silence.

 









Jean-Luc Dousset


 

 25/06/2015




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Christian Saint-Paul appelle les auditeurs qui le peuvent à participer à la " Fête Henri HEURTEBISE " qui rassemblera ses amis poètes toulousains à la Cave Poésie René Gouzenne à Toulouse le dimanche 28 juin 2015 à 15 h.

Ce poète, éditeur de la revue Multiples et de la collection " Fondamente ", fait partie depuis le tout début des années soixante dix, de l'incontournable paysage poétique de la cité mondine. Il publie un très grand nombre de poètes, et construit dans le même temps une œuvre personnelle, essentiellement publiée chez Rougerie.

Lecture d'un poème d'Henri HEURTEBISE.


Ode à mon père


Toi qui m'a appelé ton petit frère, frère poète frère

communiste que tu ne comprenais pas

Nous nous sommes côtoyés dans le silence, moi

qui savais parler, moi qui ai vécu longtemps

seulement au bord de tes prés, de tes fleurs,

de tes départs brusques

Toi qui as payé mes diplômes qui n'ont servi qu'à

plus de silence, plus de gêne entre nous

Toi qui m'as légué ton rire (tu t'étonnais de ce

qui te venait comme ça et que j'appelle

maintenant ton humour)

Qui m'as donné cette naïveté forte, ce goût de

la vie et de la femme, de cette matière noble

que je sais chanter maintenant

Rien ne me fera baisser le col, rien ne rabaissera

ce qui en moi vient de toi, qui illustrera

notre nom aérien, cette musique qu'aiment

de grands étrangers

Sais-tu que george est un laboureur, un vacher

d'Homère, un terrien ?

Sais-tu que ce qui lui faisait honte (tu diras que

tu es le fils d'un propriétaire terrien) est

aujourd'hui mon honneur, mon émotion, ma vitalité ?

Sais-tu que ton fils vieillit avec courage, aidé

seulement de ses mots, de ses gestes et de

ses regards ?

Un jour sans doute je serai vieux, très fatigué

comme toi

Mais aujourd'hui que la vie m'entoure comme

une amante rose, que j'aime et je suis aimé,

que Toulouse me pousse dans sa lumière,

que j'écris des odes qu'aiment de grands

étrangers, des femmes sensibles, des jeunes

à qui je donne ma passion, mon savoir senti

et livresque, toi qui ne lisais jamais

Je me tourne vers toi qui ne vois plus, qui

n'entends plus, qui ne bouges plus mais qui

m'aimes

Je te rends hommage,

je te rends amour pour amour

mon grand frère aîné, mon silence.


(Pour ton anniversaire, ce 26 août 1992)

extrait de "Le Chevet" ed. Rougerie


Avant d'aborder le thème central de l'émission consacrée à deux livres sur des personnages historiques extravagants, c'est Claude NOUGARO que l'on écoute avec "L'espérance en l'homme".


Christian Saint-Paul reçoit Jean-Luc DOUSSET, journaliste, écrivain qui vit à Toulouse et qui vient de publier, presque à la suite, deux biographies très originales sur des personnages qui furent très connus et dont l'oubli menaçait de les ensevelir définitivement. Ces deux livres sont publiés aux éditions Jeanne-d'Arc au Puy-en-Velay ( www.ija.fr).

Il s'agit de : Philibert Besson - le fou qui avait raison -

et de : Giampretro Campana - la malédiction de l'anticomane -


L'auteur explique que l'engouement pour ces personnages lui est venu, pour Philibert Besson d'une très courte évocation sur la Chaîne Parlementaire de la télévision, et pour Giampetro Campana, d'une visite au musée du Petit Palais d'Avignon où certains de ses objets sont exposés.


D'abord, Philibert Besson, le député fou :

Philibert Besson est un précurseur ! Ce natif de Haute-Loire , en 1898, avait "ses" visions pour créer un monde nouveau fait pour l'Homme par tous les hommes.

Philibert Hippolyte Marcellin Besson a eu le destin d'un héros de roman!

En avance sur son temps, il a compris que la paix en Europe ne pouvait passer que par l'unification des Etats. La guerre de 1914 qu'il a vécu l'en a convaincu, le traité de Versailles qui inflige des dettes de guerre saigne à blanc l'Allemagne vaincue, chauffe à rouge les esprits d'Outre-Rhin.

La paix ne peut s'établir sur ce terrain.

Philibert Besson, ingénieur en électrotechnique et en électricité, deux spécialités inédites pour l'époque débute comme officier de la marine marchande; sur les grands paquebots, il côtoie le monde capitaliste, se frotte à la misère lors de ses escales.

Parcourant le Monde, il découvre le taylorisme, voit les premiers effets de la crise qui commence à meurtrir les Etats-Unis avant d'atteindre son paroxysme en 1929. Il voit s'allonger les files d'ouvriers à la recherche d'un emploi.

C'est décidé, de retour en France, il se lance dans la politique,. Devenu maire de sa commune en 1929, il part à la conquête de la Capitale.

 Le peuple de Haute-Loire ne s'y trompe pas.

Il est l'un des leurs, parle leur patois, le gaga comme eux, s'intéresse à leurs préoccupations.

Original, honnête, sincère, sont des adjectifs qui pourraient le qualifier.

Philibert Besson se lance dans la bataille, il entre en guerre contre tous les Puissants, tous les monopoles.

S'attaquant aux Compagnies de chemins de fer, il commence à voyager sans billet, ou tend au contrôleur toute une liasse de titres de transport déjà compostés mais surtout il s'en prend aux Compagnies d'électricité qui développent leur réseau au mépris des paysans.

 Lecture d'extraits par Christian Saint-Paul.

" -Les Vautours ! Les Vautours ! Les Vautours !
Sur un trottoir, un homme d’apparence respectable se met à courir en hurlant. Ses bras s’agitent de haut en bas. Il lève et replie les pans de son manteau noir qui battent comme les deux ailes d’un rapace.
En face de lui, un groupe de soldats avance au pas cadencé. Ce 16 mars 1941, à Paris, l’armée est allemande ! L’air occupé, des passants ralentissent, observent avec curiosité cet homme qui continue de courir, traverse subitement la rue en tous sens en vociférant toujours et toujours.
-Les Vautours ! Les Vautours ! Les Vautours !
Les cris résonnent et finissent par s’évanouir alors que l’homme s’est déjà immobilisé les bras en croix, les ailes ouvertes, la tête, surmontant un long cou, jetée en arrière. Elancé, de grande taille, de faible corpulence, le volatile frêle paraît décharné mais n'est pas dépourvu d'envergure…
La colonne vert-de-gris poursuit sa marche. Les visages aux traits figés restent imperturbables, ne laissant trahir aucun sentiment.
Ayant suivi la scène à quelques mètres de là, un individu s’approche de l’homme-oiseau planté au milieu du trottoir et lui tape sur l’épaule.
-Tourneil, cessez ! Vous voulez donc vous retrouver dans les griffes de la police allemande !
-Il n’avait pas peur, lui ! Il n'a pas peur, lui!
-Qui ? Mais parlez moins fort tout de même ! s’inquiète l’homme, de taille plus petite, un peu bedonnant, au feutre enfoncé jusqu’aux oreilles. Forçant son aspect passe-partout, il semble se ratatiner sur lui-même comme un escargot se retire dans sa coquille. Son visage replet trahit une inquiétude qui paraît être imprégnée en lui.
-Besson, Philibert Besson ! Nom de Dieu ! Qui d’autre ! s’exclame Lucien Tourneil.
A ce nom, son interlocuteur paraît surpris.
-Enfin, que vous prend-t-il ! Vous avez eu de ses nouvelles, dernièrement?
-Non, pas depuis quelques jours, mon cher Roquenboule! Au début de son  incarcération, dans sa prison de Riom, nous pouvions encore communiquer. Mais depuis un certain temps, personne n’en entend plus parler ! A croire qu’ils l’ont mis au secret.
L’un de mes amis doit lui rendre visite dans les prochaines heures. En espérant que son autorisation lui soit enfin accordée. Alors peut-être qu’aujourd’hui…
-Poussez-vous donc ! Ne traînons pas ici...
Arrivée à leur hauteur, la colonne de militaires se scinde en deux et passe à droite et à gauche sans rien changer à sa démarche mécanique.
-Pauvre Roquenboule, vous vous effrayez pour bien peu de choses ! Que serait-ce si nous avions croisé Hitler en personne ? Vous vous seriez découvert ?
Deux silhouettes un jour d’hiver, en bas des marches du palais Bourbon dans le froid d’une  journée presque ordinaire. Tous deux sont des habitués du lieu devant lequel ils discutent. Ce ne sont pas des députés ! D’ailleurs, tous les députés ont fui Paris !
Lucien Tourneil et Albert Roquenboule sont des assistants parlementaires. Ils ont été au service de plusieurs représentants du peuple, ont collaboré aux nombreux cabinets ministériels qui n'ont cessé de se succéder ces dernières années, passant de l'un à l'autre au gré des dissolutions.
Sur les quais de la Seine, les hommes pressent leur pas pour échapper à l’humidité, tiennent leur chapeau d’une main afin d’éviter de se retrouver tête nue, fouettés par le vent glacé. Lucien Tourneil, étranger à ce qui l'entoure, laisse se dérouler le fil de ses pensées.
-Si l’on veut bien accorder un peu de crédit aux dernières rumeurs, l’état de santé de Besson inspire beaucoup d’inquiétudes.
Il ne serait plus à présent qu'un sac d'os, ne pèserait plus aujourd’hui qu’une trentaine de kilos… Lui, si vigoureux et athlétique avant !
-Il en est à ce point-là ? Sa situation est certes bien désolante mais quoiqu’il en soit, son arrestation n’a été en rien surprenante. Cette fois il était allé trop loin. Douter de la France, de la Patrie et du Maréchal, de cet homme qui a tout sacrifié pour nous !
- C’est de la haute trahison. De toute façon, Besson n’a jamais été français. J'entends, il ne s'est jamais senti Français!
- Vous ne pouvez le nier mon bon Tourneil. Il n’a eu de répit de vouloir brocarder notre République
-Il a tout de même combattu pour le pays ! Ne le lui enlevez pas.
-Le défendriez-vous ? Prenez garde que ceci ne se propage en ces temps…
-Et pourquoi pas ? Pensez-vous un instant que les Vautours, fussent-ils venus d'Allemagne, m’épouvantent ? Certes, nous sommes désormais en train de vivre à l'ombre des ailes d'un aigle, mais je ne me laisserais pas intimider."

*

 Les choses ont-elles changé? Ses combats apparaissent encore d'actualité!

Philibert se joint aux paysans anti ligériens, arrache les poteaux implantés en pleins champs!

Elu député en 1932, il n'a de cesse avec François Joseph Archer, ingénieur original, maire de Cizely dans la Nièvre, et fondateur du mouvement fédériste auquel il s'est joint de vouloir créer les Etats fédérés d'Europe.


Dès 1928 ils créent l'Europa!

La "monnaie universelle, la monnaie de la paix", selon leurs termes, circule, de manière effective dans la Nièvre et en Haute-Loire.

Basée sur le capital-travail et non sur l'étalon-or, elle doit terrasser les spéculateurs qui s'enrichissent indûment.

Plus de 70 ans avant, il crée l'euro! Une monnaie alternative...

Archer et Besson continuent de ferrailler contre les monopoles et notamment les grands groupes minotiers. C'est ainsi qu'ils développent le Pain Philibert, fabriqué avec l'aide de petits producteurs de farine et vendu un tiers de moins du prix habituel!

Toutes ces actions dérangent...

On essaye de le faire taire! Par tous les moyens on veut le museler!

En 1935, il est déchu de ses fonctions de député, fait rarissime, pour une sombre et insignifiante affaire de vol de carnet à souches.

Empêtrée dans les scandales politico-financiers comme le dossier Stavisky, c'est l'ensemble de la représentation nationale qui aurait dû être déchue!

Philibert s'enfuit! On le cherche partout, il devient l'homme le plus recherché de France.

Pendant près d'un an, il nargue toutes les forces de l'ordre, se réfugiant de ferme en ferme, se déguisant en femme, en curé.

Arrêté en décembre, il subira de nombreux procès, tentera plusieurs retours en politique.

Cet européen gardera toujours l'affection de la population, mais à Paris on l'a assassiné politiquement.

Auteur de son ouvrage "Peuple tu es trahi!" pendant sa cavale, Philibert enchaîne les conférences... et les procès !

On le traite de fou!

On le fait passer pour un aliéné!

On évoque son état de santé mentale lors des procès.

Mobilisé en 1939, pour un conflit avec l'Allemagne qu'il avait prédit depuis près de dix ans, il est arrêté pour propos défaitistes!

Il proclame dans un café de Vorey-sur-Arzon, en attendant de rejoindre sa garnison que la France ne peut vaincre...

Etait-il fou, encore?

Tuberculeux, tabassé par ses gardiens, Philibert s'éteint à la prison de Riom, le 16 mars 1941!

Il a seulement 43 ans!

L'Europe a perdu l'un de ses pères fondateurs.

Un père dont les hommes politiques ont tout fait pour que son existence même soit oubliée.

Et si l'esprit de Philibert revenait ?

Cette biographie se présente sous la forme d'un dialogue entre deux personnages de fiction mais tout ce qui y est raconté est véridique.

*

Ensuite, et malheureusement dans le temps plus court qui restait de l'heure d'émission, Jean-Luc DOUSSET évoque son deuxième livre :

"Giampietro Campana la malédiction de l'anticomane".

Anticomane, nous éclaire l'auteur est celui qui est malade des antiquités, le véritable obsédé des antiquités.

Giampietro Campana, est un archéologue italien, collectionneur "boulimique" du 19.° siècle. 

Dans "Giampietro Campana la malédiction de l'anticomane", nous explique Jean-Luc Dousset, je m'emploie à  retracer l'existence de ce personnage hors du commun !

La majeure partie de la collection rachetée par la France en 1861 est conservée au Louvre (il y a une galerie Campana qui comporte je crois neuf salles) mais nombre de ces objets ont été dispersés à travers une centaine de musées en France. A Toulouse, le musée Saint-Raymond en possède un certain nombre. 

Giovanni Pietro Campana n'est pas un collectionneur. Il est le Collectionneur !

Né à Rome en 1808, cet aristocrate italien, devenu directeur du mont-de-piété de sa ville natale en 1833 a constitué en moins de trente ans la plus importante collection d'antiquités et d'œuvres d'art jamais réalisée !

Il perd la raison en mettant au jour les trésors, les milliers de bijoux en or que renferment les tombes étrusques !

L'anticomanie le dévore ! Il est en proie à la fièvre...

Giovanni Pietro Campana est tour à tour archéologue, marchand d'art, mécène... et directeur du mont-de-piété.

Giovanni Pietro Campana se constitue ainsi une collection unique... avec plus de 15.000 objets d'art, des bijoux étrusques, des poteries grecques et romaines, des majoliques mais aussi des tableaux, des peintures des primitifs italiens de la Renaissance...

Il a besoin d'argent, il n'en a plus, le mont-de-piété en a.

Le cardinal Antonelli qui n'a pas supporté la nomination de Giampietro Campana en 1833 à la tête du mont-de-piété de Rome tient sa revanche près de vingt-cinq ans plus tard.

Arrêté, incarcéré à la prison san Michele, à Rome, le marquis Campana di Cavelli est condamné à vingt ans de galères pour détournement de fonds publics...

Il a été le maître de Rome, il n'est plus rien.

Dès lors, Giampietro campana va assister à la mise en pièces de sa collection, devenue la proie des Etats.

Mais, bientôt, en 1861, la France acquiert la majeure partie des oeuvres d'art !

Pouvant enfin rentrer dans Rome après la chute des Etats pontificaux , il va s'attacher à obtenir réparation, au nom de la justice.

Mais son destin est scellé.

*

Lecture d'extraits du livre par Christian Saint-Paul.

" Dans les galeries du Louvre, dans celles de nombreux musées en France, en Belgique, à Londres, en Russie, à l'Ermitage, quand les portes se sont fermées, parfois un étrange visiteur...

Désormais, tous les matins, Giampietro Campana sillonne les ruelles de Rome, traverse les places où le soleil commence 10 à étendre sa luminosité, pour se rendre dans le quartier de Regola, non loin des méandres du Tibre. Quotidiennement, il emprunte le chemin entre son domicile, via San Giovanni in Laterano et la Piazza del Monte di Pietà. Selon l’humeur du jour, il parcourt, soit à pied, soit en calèche, les deux kilomètres et demi qui le séparent de l’établissement pontifical. Le plus souvent, c’est à pied. Il aime à flâner, comme s’il se rendait à un rendez-vous amoureux. Il remonte la via San Giovanni in Laterano, longe un moment le Colisée, s’arrête contempler l’immensité de l’amphithéâtre, puis d’un pas plus rapide, il traverse la Piazza Venezia, regarde l’ancien quartier médiéval tout proche, poursuit sur la via di San Marco… Lorsqu’il emprunte son cabriolet, il ne manque pas de demander à son cocher de passer le long du Tibre avant de rejoindre le mont-de-piété… Le Palais du mont-de-piété l’invite à admirer les témoignages du passé. Chaque jour, il pousse ses pas sur le marbre jusqu’à la chapelle, chef-d’œuvre de l’art baroque. Chaque matin, Giampietro Campana parcourt du regard, pose ses yeux sur les trésors qu’elle recèle. Là, il se souvient de ce qu’il avait lu au sujet de cet endroit, c’était bien avant qu’il n’y travaille. Enfant, il s’était emparé d’un des livres de la bibliothèque de son père. Il s’agissait de l’ouvrage d’Andrea Manazzale: « Rome et ses environs avec une description générale très exacte de tous ses monuments anciens. »

L’étruscomanie Parallèlement à ces activités de directeur du mont-de-piété, Giampietro Campana poursuit ses fouilles. Avec avidité, il ouvre le sol italien. En 1831, près de la Porta Latina, sur le côté droit de la via Appia, lors de travaux près du Parc des Scipioni, Giampietro Campana met au jour le columbarium de Pomponius Hylas qui vécut entre 69 et 96 mais dont la construction est antérieure et se situe entre 14 et 64 de notre ère, selon les inscriptions retrouvées sur place. Le lieu qui avait été racheté par Pomponius Hylas et sa femme Pomponia Vitalinis est magnifiquement orné de mosaïque et de griffons. C’est la première grande découverte de l’archéologue Campana. La trouvaille de Campana est jugée si exceptionnelle que ses compétences en archéologie sont désormais reconnues. Pour Giampietro Campana, la découverte est immense et elle l’incite à poursuivre un peu plus encore ses investigations. Son obstination se trouve vite récompensée, il dégage, via Latina, à Rome, deux autres columbariums. Il entreprend des travaux minutieux pour la réalisation et la publication d’une monographie de ces deux chambres souterraines abritant dans des niches des urnes funéraires. Là encore, son travail est salué par les spécialistes en archéologie. Il commence à faire partie des leurs.

*

Le directeur du mont-de-piété de Rome acquiert, également, la petite église Sainte Marie Impératrice. Le lieu est abandonné, mais pourtant il vaut au nouveau propriétaire quelques légères tracasseries. Ainsi en décembre 1846, Giampietro Campana est victime d’une dénonciation anonyme auprès des autorités pontificales, l’accusant de destruction d’églises. Aussi passionné qu’il l’est par les vestiges du passé, Giampietro Campana n’en aurait peut-être pas moins transformé la petite église en une simple dépendance de sa propriété… pour raisons pratiques. Face à cette accusation, il est dans l’obligation de se justifier auprès du camerlingue, le Cardinal Riario Sforza. 45 Si l’entrevue est solennelle, elle revêt, paradoxalement, un caractère presque amical, Giampietro Campana est proche de la curie romaine. Il est du cercle pontifical. « Monseigneur, jamais je n’aurais pu souscrire à l’idée même de détourner Sainte Marie Impératrice de sa vocation. Son acquisition n’a pour objectif que de lui redonner toute sa splendeur. Lorsque les travaux de restauration auront été effectués, elle sera ouverte de nouveau au culte. Bien évidemment, en tant que propriétaire et selon les termes du contrat, j’avais toute latitude a lieu donner une destination toute autre. Mais vous connaissez mon attachement à votre Sainteté. Bien évidemment, les frais occasionnés par la restauration seront à ma charge. » L’affaire est close. Aussi Giampietro Campana décide de faire réaliser un tunnel privé reliant Sainte Marie Impératrice à sa villa de la via San Giovanni de Laterano et passant sous la via Santi Quattro Coronati. D’autres négociations se déroulent entre le directeur du mont-de-piété et le Vatican au terme desquelles il obtient des conditions avantageuses. Le 7 décembre, il fait une demande d’autorisation de fouilles des terrains alentour. Les surintendants Visconti et Grissi se rendent sur place la veille de Noël. Seulement quelques jours plus tard, le 5 janvier 1847, il est accordé au Commandatore Campana la possibilité de procéder à des fouilles dans son jardin supérieur ainsi que dans les espaces publics avoisinants. Dans un premier temps, il est prévu d’effectuer un partage moitié-moitié entre les parties mais les termes du contrat changent et le Commandatore Giampietro Campana ne restituera que 30 % de ce qu’il découvrira.

*

Plus sobrement, ont lieu les funérailles de l’ancien directeur du mont-de-piété. Les obsèques du marquis se déroulent à l’église Santi Vincenzo et Anastasio a Trevi. L’édifice de style baroque se trouve à proximité de la fontaine de Trevi et, ironie du sort, du palais du Quirinal, l’ancienne résidence des papes. De ceux-là même, qui l’avaient assassiné vingt-deux ans auparavant, en le condamnant. Giampietro Campana était mort, à ce moment-là, se souvient René de Lagarde, dans « Le Figaro »: « Il est expulsé de Rome, et il va se réfugier à Naples dans l’obscurité et le chagrin. Rouelle aux Pégases et aux Chimères, probablement une boucle d'oreille. Or à décor de filigrane, de granulation et d'estampage, début du IVe siècle av. J.-C. 225 Hélas! Ce n’était plus le brillant et généreux Romain connu pour son hospitalité princière et qui mettait à la disposition des visiteurs de son musée ses équipages attelés des plus beaux chevaux ! C’était un malheureux, maladif, sombre, blanchi, courbé en deux comme un vieillard, attestant le ciel de son innocence et maudissant l’intrigue qui l’avait précipité du faîte de la fortune et qui n’avait visé que la place donnée depuis au frère d’un haut personnage. » Depuis, il survivait. Le corps de Giampietro Campana a pris le chemin du cimetière du Verano, à Rome, où il a été enterré sans honneurs particuliers. Sa vie a déchaîné les passions, sa disparition passe presque inaperçue. Dans quelque musée, dans quelques salles, au bout de quelque galerie, on voit parfois passer une ombre…"

*

Deux biographies d'une haute originalité, faciles à lire par le ton alerte employé par Jean-Luc DOUSSET, dont on espère d'autres révélations aussi agréables, et qui peuvent nous offrir deux livres de vacances qui pourront ensuite prendre place dans la bibliothèque des livres d'Histoire.

 












 

 18/06/2015




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Le 17 février 2015 s’éteignait dans un hôpital de Berlin une des voix les plus prophétiques, les plus étincelantes de la poésie algérienne de langue française :

Malek Alloula.
Ses derniers écrits, mûrement travaillés précisément à Berlin où il était en résidence d’auteur, ont été publiés sans attendre, sous le titre : "Dans tout ce blanc" (82 pages, 8 €) à la fois par les éditions Rhubarbe d'Auxerre et par les éditions Bourzakh d’Alger. C’est le romancier algérien, Yahia Belaskri, par ailleurs aussi journaliste, nouvelliste et essayiste, qui est né à Oran comme son ami Alloula, qui est l’invité de Christian Saint-Paul pour parler de son ami poète disparu. Yahia Belaskri, après une formation de sociologue, a travaillé dans les ressources humaines dans des entreprises algériennes, avant de se consacrer au journalisme. Les événements d’Algérie de la fin des années 80 l’amènent à s’installer en France, dès octobre 1988. Journaliste à Radio France International, il livre de nombreux articles, notamment sur les relations entre la France et l’Algérie, l’immigration, le dialogue des cultures autour de la Méditerranée. Il écrit des romans et des essais. Son dernier roman, « Les fils du jour », est honoré de deux prix.

Son œuvre romanesque :

2014 : Les fils du jour, éd. Vents d'ailleurs, octobre 2014. Prix Beur FM TV5 Monde 2015 ; Prix Coup de cœur des Journées du Livre Européen et Méditerranéen 2014.

2012 : Une longue nuit d’absence, éd. Vents d’ailleurs, mars 2012 ; éd. Apic 2013, Alger.

2010 : Si tu cherches la pluie, elle vient d’en haut, éd. Vents d’ailleurs, 2010 ; éd. Apic, Alger 2011 ; éd Donata Kinzelbach, Frankfurt 2013 ; Prix Ouest France-Etonnants Voyageurs 2011 ; Prix Coup de cœur de Coup de Soleil Languedoc-Roussillon 2012.

2008 : Le bus dans la ville, éd. Vents d’ailleurs, mars 2008 ; éditions Apic, Alger, 2009.

Yahia Belaskri lit, d’emblée, les premières pages du poème éponyme du titre du livre : Dans tout ce blanc (Récitatif) : ... je te dis/je te dis la mer/la mer la mer/ avec des poissons/des hommes le matin/ (…) je te dis que ce bruit me revient/dans le souvenir même/dont tu es absent ».

Il veut, ainsi, en faisant entendre cette voix, avant même de parler de son ami Alloula, démontrer la puissance évocatrice de ce poème taillé pour être lu à voix haute, mais ciselé au microscope ; pas un mot qui ne soit indispensable ; bannies toutes les fioritures qui décoreraient la langue. Il reste juste ce texte, conçu comme un cri. Un cri qui, nous le confirme Yahia Belaskri, a été dicté au poète d’Oran, le premier étonné de cette tension irrépressible qu’il devait transcrire sur le papier. Oui, certains poètes connaissent cette grâce. Elle stupéfait Yahia Belaskri qui constate avec émotion qu’il suffisait de quelques phrases, de quelques mots seulement, à Malek Alloula pour dire ce que lui, romancier, aurait dit dans tout un livre. Et cela tient du miracle qu’accorde parfois la poésie à ceux qui la servent bien. Et cette voix : -« quelque chose d’incompréhensible à jeter sur le papier » - qui résonnait aux oreilles émerveillées d’Alloula et qui lui parlait d’amour, était une voix de femme ! Il fallait donc obéir et écrire en incarnant cette femme : « moi muette de tant de mots », « ai-je dit que je t’aime ».

Yahia Belaskri donne le nom de la belle inconnue, avare de mots pour mieux porter son lamento de femme écorchée : l’Algérie. Car c’est terrible pour une femme éprise de passion de ne pas savoir dire « je t’aime ». Et dans ce récitatif, obsédant chant tragique qui refuse l’issue fatale, c’est tout l’univers de Malek Alloula, nous dit Belaskri. C’est son attachement charnel à l’Algérie : « je te parle mon amour/dans tout ce blanc », finit-elle par dire, espérant simplement être entendue.

Yahia Belaskri évoque la vie que connût son ami Malek Alloula. Né en 1937 à Oran, il s’installe à Paris en 1967 où il y poursuit des activités éditoriales. Il meurt le 17 février 2015 à Berlin où il travaillait à de nouveaux écrits, en résidence d’auteur, invité par la DARD. Il avait fait des études de lettres modernes à la faculté d’Alger, puis à Paris, à la Sorbonne. Son attirance pour l’esprit des Lumières l’amena à rédiger sa thèse sur Diderot et le XVIIIème siècle.

Il laisse une œuvre importante :

Villes (poèmes), couverture de Khadda, Souffles, Rabat, 1969.

Villes et autres lieux (poèmes),Alger Barzakh 2008, Christian Bourgois éditeur, Paris, 1979.

Le Harem colonial, images d'un sous-érotisme (essai illustré de photographies), Slatkine éditeur, Genève/Paris, 1981 et Séguier, Paris, 2001.

Rêveurs/Sépultures suivi de L'Exercice des sens (poèmes), Alger Barzakh 2008, Sindbad éditeur, Paris, 1982.

Mesures du vent (poèmes), Alger Barzakh 2008,, Sindbad éditeur, Paris, 1984 

Alger photographiée au XIXe siècle (Malek Alloula, Khemir Mounira et Elias Sanbat), Marval éditeur, Paris, 2001 

Belles Algériennes de Geiser, costumes, parures et bijoux (L'Autre Regard par Malek Alloula, commentaires de Leyla Belkaid) Marval, Paris, 2001.

Les Festins de l'exil (essai), Éditions Françoise Truffaut, Paris, 2003 

L'Accès au corps (poèmes), Éditions Horlieu, Lyon, 2003 et 2005 

Alger 1951, Un pays dans l'attente, photographies d'Étienne Sved, textes de Malek Alloula, Maïssa Bey, Benjamin Stora, Manosque, Le Bec en l'air et Alger, Barzakh, 2005 

Approchant du seuil, ils dirent Paris, Al Manar,2009

Dans tout ce blanc, Auxerre, Rhubarbe, 2015 (éditions barzakh, pour l'Algérie)

Prose

"Mes enfances exotiques" (in Une enfance algérienne, Gallimard, Paris 1997)

Les festins de l'exil, Paris, Françoise Truffaut, 2005

"Le Cri de Tarzan, la nuit, dans un village oranais" (Barzakh, Alger, 2008)

Paysages d’un retour (photoroman), photographies de Pierre Clauss, Actes Sud, Arles, 2010.

Essais/livres illustrés :

Le harem colonial. Images d'un sous-érotisme Paris Séguier 2004

Belles Algériennes de Geiser Paris, Marval, 2001

Alger photographiée au XIX siècle Paris, Marval, 2001

L'infini du portrait Quelques notes sur le travail photographique d'Arnaud Maggs 1984

Lent mouvement vers la lumière. La peinture de Benanteur (Institut du monde arabe, Paris, 2003)

Les miroirs voilés. De Delacroix à Renoir (Institut du monde arabe, Paris, 2003)

ALGER 1951.Un pays dans l'attente. Photographies d'Etienne Sved. Manosque, Le Bec en l'Air, 2009

L'espace grand ouvert de Dalloul (Centre culturel Jacques Brel, Thionville, 2006)

Algérie Indépendance Photos de Marc Riboud Manosque, Le Bec en l'Air, 2009

Alger sous le ciel Photos de Kays Djilali Alger,Barzakh/Manosque, Le Bec en l'Air, 2013

Anthologies

Une anthologie des poésies arabes, images de Rachid Koraichi, (poèmes choisis par Farouk Mardam-Bey et Waciny Laredj, calligraphies d'Abdallah Akkar et Ghani Alani), Paris, Éditions Thierry Magnier, 2014 [poème: Déjà assises dans vos songeries]

*

Malek Alloula disait aimer « l’abstraction concrète » (bel oxymore) que l’on retrouve, avec son assentiment, dans sa poésie. Ghislain Ripault, dans son très bel « après-livre », brosse un portrait attachant de cet écrivain scrupuleux qui ne voulait pas imiter bien des « confrères » qui « vendent à peu près tout ce que le commerce réclame et disperse à l’encan, à l’envi, à l’emporte-fantasia ! ».

Yahia Belaskri confirme l’attachement à la terre natale de Malek Alloula qui a toujours revendiqué fièrement sa « paysannerie ». En 1994, dans cette période de guerre civile en Algérie, son frère Abdelkader Alloula, dramaturge reconnu, est abattu par des tueurs. Certainement, nous dit Belaskri, le poète ne s’est jamais remis de cette blessure. Sa violence, son injustice, la rendent irréparable. Et il n’aura de cesse d’exorciser cette douleur, morsure indélébile, par le maniement de la langue française. Le français : « une obsédante langue fantôme vivante ». Cette fidélité à la langue française, qu’il considérait comme beaucoup plus « qu’un butin de guerre », selon la formule de Yacine, nourrira sa création toute sa vie. Il s’attache également à l’arable parlé, dont il goûte les saveurs à chacun de ses retours en Algérie.
La deuxième partie du livre, intitulée :
« Il vient », est une suite d’ « invocations » minutieuses qui content les tribulations des pluies, des vents, des hommes ancrés dans une terre à « l’immémoriale soif », « cette terre que nous parlerons/ et que nous sommes devenus ». Le poète s’identifie complètement à la terre algérienne. Cette terre est riche de 2500 ans d’histoire. On y lit la latinité, la romanité, Byzance, Saint-Augustin, l'émir Ab-el-Kader. C’est une terre mythique et une terre de spiritualité.

Enfin, la troisième partie « Les pluies du miracle », « courte séquence comme une queue d’averse qui serait bienfaisante », résume Ghislain Ripault, s’achève sur un espoir dévorant. C’est l’instant précis où « nous sommes au-delà du bonheur/au-delà de notre vie », l’instant béni et construit de la « résurrection ».

...

nous tels un milieu passif et clair nous diffractons

ce qui de lumineux nous traverse

pour rêver seuls sans fin à ce mystère

à ces nuances jamais entrevues

éclatant dans des irisations

et en cascades au-dessus de nos têtes

telle une eau chuchotant inaudible

mais toute hautement musicale

dans ses pierreries ses gemmes

dans une profusion de rires secrets

nous savons seulement alors

mais seulement à cet instant

que nous sommes au-delà du bonheur

au-delà de notre vie oui parvenus enfin

sans mouvement sans figement

et nous sommes cela oui

une résurrection

*

Euphorisante parole prophétique du poète Malek Alloula qui nous offre en guise de testament le mode d’emploi d’accession à cette « résurrection » d’un pays, d’un peuple capables de connaître cet état de plénitude « au-delà du bonheur ».

 








Michel ECKHARD–ELIAL




Matiah Eckhard

 

 11/06/2015




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Michel Eckhard-Elial, poète, traducteur, fondateur et directeur de la revue LEVANT publia ses premiers poèmes à Toulouse où il résida jusqu’en 1967. Il vécut ensuite quelque temps à Paris, puis rejoignit Israël où il s’établit à Tel Aviv. Professeur à l’Université de Beer Sheva, il milite pour l’essor de la poésie, rassemble les acteurs juifs et arabes de la création poétique et affirme que la poésie est aussi l’instrument du rapprochement des peuples. Il fait paraître en français la revue LEVANT où les auteurs de haut vol se succèdent dans la progression des numéros. Un travail considérable qui fait partie aujourd’hui de notre patrimoine littéraire.

Il traduit de l’hébreu les auteurs contemporains. C’est lui, le premier, qui fait connaître en France par sa traduction, le poète mythique Israélien, de la génération de Ben Gourions, Yehuda Amichaï. On lui doit entre autres l’excellente traduction de « La vie conjugale » de David Vogel (éd. de l’Olivier) et des poèmes de Roni Sonek.

Poète de la spiritualité, virtuose dans la méticulosité de l’emploi de la langue, Michel Eckhard-Elial construit, avec une discrétion inhabituelle chez les poètes, une œuvre qui comptera parmi les trésors de la poésie de langue française.

Aujourd’hui, il fait paraître dans une édition limitée à 100 exemplaires un livre de poèmes d’artistes, « Exercices de lumière », dans une édition livre d'artiste, illustré par Robert LOBET.

Le souci de la qualité matérielle de la présentation (fort réussie) de ce livre destiné certainement à une réédition dans une anthologie, fut une volonté forte de l’auteur.
Ce livre, d’une spiritualité éblouissante, est un acte d’amour, car, nous dit l’auteur, que serait la poésie qui ne serait pas un acte d’amour ? Un simple jeu de langage.

Et ce qui est vrai de toute l’œuvre poétique de ce poète, l’est, de façon démultipliée pour ce dernier livre « Exercices de lumière ». Ces poèmes, en effet, ont été écrits pour Matiah.

Matiah Eckhard a quitté ce monde il y a peu, terrassé par la maladie, à l’âge de 19 ans. Matiah avait accompagné son père à Toulouse au musée Georges Labit quand ce dernier était venu présenter la revue LEVANT. Matiah, musicien hors pair, issu du Conservatoire National de Montpellier, composait de la musique, en particulier des rythmes de jazz. C’est ainsi qu’il avait joué, ce jour de présentation. Mais, en sus de cet indéniable talent, Matiah maniait aussi, avec une maturité incroyable, le verbe, et écrivait des poèmes, aujourd’hui publiés sous le titre : « Lointains chant sacrés d’où je suis né ». Un prix international de poésie Matiah Eckhard a été créé pour les jeunes poètes et attribué pour la première fois en juin 2015.

Les mots de Michel Eckhard-Elial « Exercices de lumière » qu’il adresse à son fils Matiah et, dans l’universalité de cet acte d’amour, à toute l’humanité, ne pouvaient qu’être enfermés dans un écrin : le livre d’artiste.

En exergue des vers de Matiah, de Paul Celan, une phrase de Hildegarde de Bingen : « J’ai entendu une voix émanant de la lumière vivante ».

Michel Eckhard-Elial, dans cette époustouflante création, fait œuvre de veilleur prophétique. « Le silence prophétique apporte la plénitude » dit-il. Le poète doit se rapprocher de la lumière. Il cite Victor Hugo : « Le puits de la poésie va vers le ciel ». La poésie est verticale. Le sacré est cette dimension qui nous pousse à habiter l’être des choses. Il s’en suit que la poésie ne vient pas de la langue. Elle préexiste à la langue. Elle est la recherche de l’éblouissement originel. La symbolique du visage (chère à Emmanuel Levinas), et de la voix, éclaire « Exercices de lumières » : « En ta voix/ Je reviens au monde » ; « Je porte/ Le visage de/Ton nom ».

Le poète révèle avoir puisé de la force dans le véritable réservoir de spiritualité qu’est l’œuvre de José Angel Valente, en particulier, les « Trois leçons de ténèbres ».

« Ce que disent autrement les poètes, c’est le langage d’un avenir à penser et à inventer. Et son humanité, faite de présence attentive, de rassemblement et d’espérance », écrivait Michel Eckhard-Elial dans un éditorial de sa revue LEVANT. L’espérance. Telle est la clé de son œuvre magistrale, qui nous fait entrevoir, sinon une consolation, du moins, le chemin de la sérénité.
Lecture de larges extraits d' " Exercices de lumière " et de « Beth » par l’auteur.

Le cri de l’arbre

Déraciné

s’étend

De la terre au ciel

Il ajoute

A la blessure

L’amputation du corps

Et l’exil

De quel cri

Vient l’infini

Aux lèvres

Un tissu de

Vide dans le plein

De la fournaise

Vers le ciel

Lancer

Comme Moïse

La poignée de terre

Pour parler

Et se rassembler

***

J’ai tenu droit

Le mot

Comme une hache

Sur les ailes

Du nom

En voix

D’étincelle

***

Au dessus du carré de terre

Semé d’étoiles et de cailloux

Qui voile le ciel

De mon fils

Je prie debout

Vers son visage

D’enfant visage de dieu

Au milieu de tant d’êtres transpercés

Chenilles papillons

Qui me disent la fin

Et l’infini de l’être

Où se retrouvent

Le ciel et la terre

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