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14/06/2018

 

 

Frank

BARDOU



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07/06/2018



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31/05/2018

Anne

 REBESCHINI

 



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24/05/2018

 

Jean-Claude

ETTORI



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17/05/2018

 

 

 



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10/05/2018

 

Yves BELAUBRE

et

Frédéric DUCOM

 

 



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03/05/2018

 

 

 



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26/04/2018

 

 

 Andrea

 

 GENOVESE 

 



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En préambule, Christian Saint-Paul invite les auditeurs à lire le dernier livre de poésie d’Aurélia Lassaque « En quête d’un visage » occitan, français, aux éditions Bruno Doucey Collection : L’autre langue ; 144 pages, 15 €.

Née en 1983, aujourd’hui installée dans la région de Toulouse, Aurélia Lassaque rêve et écrit en deux langues, le français et l’occitan. Poète cosmopolite, animée par un véritable goût de la scène, elle fait entendre sa poésie en France et à l’étranger dans des lectures musicales où interviennent parfois le chant, la peinture et la danse. Son premier recueil, Pour que chantent les salamandres, paru aux Éditions Bruno Doucey en 2013, a été traduit en plusieurs langues et souvent mis en voix . Elle publie donc un deuxième recueil aux Éditions Bruno Doucey, En quête d’un visage.

Le mot de l’éditeur : Une femme attend un homme depuis longtemps… Et cet homme, parti au loin, espère que la femme ne l’oubliera pas… Histoire banale et universelle des amants séparés par le destin ? Oui et non, car l’histoire de cet homme est chantée depuis la nuit des temps, puisqu’il s’appelle Ulysse. Et voilà qu’Aurélia Lassaque nous entraîne derrière son Ulysse, l’homme qui dialogue avec « Elle », amoureuse qui n’a pas de nom. Dans ces longs chants poétiques entrelacés, composés en deux langues, l’occitan et le français, l’auteure donne vie à deux personnages qui peuplent son imaginaire depuis toujours. Et surgit l’évidence première de la poésie : l’amour tire sa force de la mort qui suspend le dialogue des amants ; le temps enlise nos saisons mais nos joies sont tenaces et tiennent tête au néant. Pour nous qui aimons la Grèce, ce livre est un cadeau de la vie.

*

En parlant d’Ulysse, Aurélia Lassaque a voulu parler de l’Histoire. Ce qu’elle écrit, c’est l’Histoire universelle et intemporelle. Le livre est un dialogue entre deux personnages : Ulysse et Elle.

Dans la Grèce antique, la poésie, le théâtre ne formaient qu’un art. C’est ce que l’auteure a voulu perpétuer.

Ce livre prouve, s’il en était besoin, combien est vivace et puissante la poésie occitane contemporaine. Les deux langues permettent heureusement à Aurélia Lassaque d’atteindre un large public. Mais elle est au cœur de la contemporanéité de la poésie. Elle démontre que cette poésie qui s’exprime en langue d’Oc n’a rien à voir avec le régionalisme, la ruralité ou le folklore. Elle est au centre de ce que la poésie véhicule d’humanité universelle.

L’auteure qui n’a appris l’occitan qu’à dix ans avec son père, a fait de cette langue, la première langue avec laquelle elle écrit en poésie.

Il y a là, une significative analogie avec la posture d’un autre poète occitan : Franc Bardou qui veille lui aussi à publier dans les deux langues.

Tous les artistes n’écrivent pas fatalement dans leur langue maternelle, et la langue qu’ils adoptent alors, ils la magnifient.

Lecture d’extraits :

« il n’est pas de territoire plus vaste
que celui de ma mémoire
j’ai creusé ses montagnes, vidé ses rivières
retourné les pierres de toutes ses murailles
en attendant le retour de mon amant barbare

cet homme qui rassemble vos voix
endure vos délires
et porte tous les masques

cet homme que vous appelez Ulysse »

*

Christian Saint-Paul reçoit alors son invité : Andrea GENOVESE venu parler de son dernier livre : Dans l'Utérus du volcan aux éditions Maurice Nadeau, 19 €.

Voici ce qu’en dit l’éditeur :

Vanni, écrivain italien résident en France, revient dans sa Sicile natale avec sa femme lyonnaise pour recevoir un Prix de poésie chrétienne richement doté et décerné par un ponte de la Mafia. Sous l’influence de l’Etna toujours prêt à s’enflammer, l’apparition de la pulpeuse Lilina va provoquer l’éruption des sens du poète et mettre à mal l’équilibre du couple. Dans une ambiance de polar, qui peut faire penser à l’écrivain sicilien Leonardo Sciascia, l’auteur nous entraîne, sous la violence d’un été torride, des Îles Éoliennes à l’Etna, dans l’agonie d’un monde refermé sur lui-même. Nostalgie, sensualité effrénée, mythologie, l’écriture éclate comme une éruption volcanique.

Écrivain italien, Andrea Genovese (né en 1937 à Messine en Sicile), vit en France depuis 1981. Il définit sa vie comme une Odyssée minime (titre de son premier recueil de poèmes), mais trois romans autobiographiques publiés en Italie nous en révèlent, de 1945 à 1960, à peine une partie. Poète, romancier, dramaturge, critique littéraire, d’art et de théâtre, il édite Belvédère, un webzine on line entièrement écrite par lui, hors norme et sans tabous. En français il a écrit des recueils de poèmes et des textes de théâtre joués à Lyon. Dans l’Utérus du volcan est son premier roman écrit directement en français.

*

Un entretien s’instaure entre Saint-Paul et Andrea Genovese qui rappelle qu’il a publié de la poésie écrite en français,( il lit des poèmes ) et qu’il est l’auteur de la revue en ligne Belvédère qu’il rédige seul. Cette revue accessible sur le web est également en ligne sur le site les-poetes.fr.

Andrea Genovese s’explique sur la genèse de son livre, sur les rapports entre la Sicile et la France, sur l’héritage commun des troubadours.

*

Note de lecture de Christian Saint-Paul :

« Dans l’Utérus du volcan » est un grand livre et il importe qu’il soit accueilli comme tel. Andrea Genovese est un auteur italien, poète, dramaturge, qui signe là son premier roman écrit en français. Et la langue est sublime ! Nous avons déjà eu Hector Biancciotti, cet argentin italien qui a épanoui notre langue. Nous avons aujourd’hui Andréa Genovese.

Mais le monde, maintenant, n’obéit qu’à une seule loi, pour la première fois, l’universalité est atteinte. C’est la sacro-sainte loi du marché.
Friedrich Hölderlin nous avait prévenus :

« Ha : La foule a le goût des valeurs du marché,

Et le valet n’a de respect que pour le fort ; »

Il nous appartient de faire connaître que « Dans l’Utérus du volcan » est l’œuvre d’un écrivain puissant, le « fort » qui plaît à la foule et que le livre « a le goût des valeurs du marché » et bien au-delà.

Le plaisir que l’on prend à lire ce livre n’est pas dû qu’à la découverte, amenée de loin, de l’intrigue du récit. C’est la truculence de la langue émaillée d’expressions siciliennes et italiennes, c’est l’érotisme qui s’inscrit avec force dans la réalité crue du récit, c’est la peinture précise des lieux, Messine, la Sicile, Lyon, les îles Eoliennes, un village perdu face à l’Etna. C’est aussi l’atmosphère étouffante d’une époque où en Sicile, on vivait « entre la peur, le soupçon et la résignation », où les mafieux « faisaient » les politiques ou l’inverse.

« Tout sicilien naît en état de guerre », résume l’auteur.
Et cette violence originelle est symbolisée et exacerbée par le volcan l’Etna et sa mythologie, figure féminine terrifiante avec ses seins « cônes volcaniques des deux globes » et son utérus d’où s’échappe le feu.

Vanni, l’écrivain italien héros du livre qui vient de Lyon recevoir dans le pays qu’il a quitté depuis fort longtemps, un « Prix de poésie chrétienne », emprunte beaucoup naturellement à l’auteur. Pour l’avoir charnellement vécu, Andrea Genovese peut se livrer avec justesse à une satire des mœurs de tous les milieux de l’île, y compris le milieu littéraire. Le poète du roman, qui vit à Lyon, est le « champion de la sicilianité européenne ». Il retourne dans le port de Messine, où les « bateaux américains vont emmerder les arabes réfractaires à la démocratie mafieuse ». Vanni a consumé sa jeunesse à Messine, issu de cette « génération babba » (sotte), affamée, attendant l’aventure impossible ».
Il est passé de « l’instinctive violence sicilienne » au « cancer » de la « cocagne industrielle » de Lyon.

Vanni n’ignore rien de l’animalité des origines du Sicilien, du mythe de Polyphème, ce cyclope « toujours à l’affût pour défendre son terroir », et de l’agression, l’intrusion de l’étranger, du Grec « venu planter un tronc brûlant dans l’astre de son œil ». « On ne s’infiltre pas impunément chez l’autre sans déclencher un bain de sang » , résume Vanni.

Et la violence de tous les jours, qui règne dans l’île dans les années du retour du poète venu chercher le montant de son Prix de poésie chrétienne, et qui oblige ses parents, le père ayant été agressé, à se réfugier en montagne, trouve son origine dans les racines profondes de l’Inquisition. Pour lui, « le catholicisme était à l’origine des pires délits et génocides des derniers siècles ». Et depuis, l’île n’a cessé sa familiarité avec l’horreur. Pourtant, l’éloignement de la réalité compacte du lieu-dit Sicile, coagulation magmatique de sang et de rochers à l’intérieur d’une bulle gazeuse, fait de Vanni un perpétuel exilé.

L’amour d’une terre et l’amour d’une femme, sa femme, Vanni l’éprouve au tréfonds de son âme. Et c’est un homme blessé par sa propre infidélité à ces deux amours. C’est ce qu’il apprendra de ce séjour dans l’île.
 

La conscience douloureuse de cet amour double de la terre et de la femme, empêche la défaite totale du voyage, même si, comme en avaient eu l’intuition les Grecs, Vanni sait que « les êtres humains n’avancent pas, qu’ils tournent en rond, qu’ils se gaspillent. Qu’ils sont une plaie à jamais ouverte dans le Sacré-Cœur de l’Absolu ».

EXTRAITs

Extrait 1 : Vanni

Un immense tapis de coquelicots se présenta inattendu, courant à perte de vue vers l’horizon haché par un ravin. Ses yeux avaient suivi comme dans une séquence cinématographique la palette de couleur fauve, presque au ras du sol, et c’est seulement quand son regard trouva la fracture du ravin qu’il reçut le choc de la masse gigantesque, pyramidale et absurde de l’Etna. Le volcan était si imposant, si nettement scandé et si minutieusement inscrit dans l’azur du ciel, avec son cratère central voilé de nuages, que Vanni ne comprenait pas comment il s’était imprimé en dernier dans sa rétine. C’était grandiose et écœurant. Effrayant, d’une certaine façon. 

Il le voyait comme un dieu descendu sur terre. Planté sur sa vaste base de lave, en juge, en justicier. En despote. Superbe, méprisant. Refusant toute identification, toute réduction à une échelle humaine. Pas de compromis, pas de ridicules comparaisons. Je suis et je demeure, au-delà de ton regard de petite fourmi, disait le volcan. Et cependant...

Être fils de l’Etna, c’était monstrueux, c’était outrancier. Même pour un Sicilien, qui avait une conception cyclopéenne de la vie et portait en dot dès sa naissance la damnation d’un œil unique, démesuré et terrifiant comme un cratère. De là, de ce vagin de l’absurde, venait la pâte qui l’avait pétri, modelé et projeté dans la fiction théâtrale qu’était sa vie. Il était fils de l’Etna, donc il ne pouvait en aucune manière se soustraire à cette contrainte existentielle. C’est pourquoi, il ne pouvait pas se soustraire non plus à la rancune ancestrale qui l’incitait à s’affronter aux dieux. Tout Sicilien naît en état de guerre.

 

Extrait 2 : Louise

—   C'est vraiment comme je l'imaginais, la Sicile.

L'haleine de Louise lui chatouilla l'oreille. Il sentit sur son dos la pression des seins, libres sous la chemise de nuit. Elle s'était levée sur la pointe des pieds et regardait l'agitation de la rue. Il aurait voulu se lancer dans une explication critique sur le caractère un peu fossile de la scène, sur cette présence presque irréelle d'un aiguiseur à une époque où, même en Sicile, les ménagères achetaient leurs couteaux par série de trente-six au supermarché, ou éventuellement sur la provenance des poissons, arrivés peut-être par avion, de Bretagne ou du Canada, on ne sait jamais. Mais il y renonça aussitôt et se retira dans la chambre, en laissant retomber les rideaux de la fenêtre.

Louise se raidit, contrariée. Elle déplaça à nouveau les rideaux et s'étira. Ses seins pointèrent sous la chemise. Elle était bien cadrée par la fenêtre et, la voyant, l'aiguiseur arrêta sa machine, pour lui faire un grand geste de la main. Les trois femmes aussi levèrent la tête pour regarder vers la fenêtre. La vieille ne tarda pas à hurler son commentaire : 

—   Fimmini piddùti, malanova chi-mm'aviti !  

—   Qu'est-ce qu'elle a dit la vieille ? demanda Louise. Vanni la regarda de travers. Il venait de se rendre compte du petit émoi que la présence de Louise à la fenêtre avait provoqué dans la rue.

—   La vieille a pris l'hôtel pour un bordel, répondit-il froidement.

Louise se mit à rire, regarda avec mépris dans la rue, et laissa glisser à ses pieds la chemise de nuit, se contorsionnant comme une odalisque. Cette fois, les pêcheurs aussi regardèrent vers l'hôtel, en gesticulant entre eux comme deux marionnettes excitées. Vanni prit Louise par les épaules et la poussa brusquement sur le lit, puis referma la fenêtre.

 

Extrait 3 : Lilina

Les détails de la scène atroce de la matinée s’étaient estompés comme ceux d’un cauchemar invraisemblable. Son inconscient se refusait obstinément à se laisser gâcher la journée par les brutalités de Bummulicchiu et de ses compères. Elle avait déjà le souci du comportement volatile de Lorenzo, pour penser à cette autre source éventuelle d’ennuis. « Je devais être vraiment saoule hier soir, se dit-elle, pour aller dormir à Mutandona ».

Pour l’instant, elle avait le feu aux fesses. Et ce n’était pas seulement la chaleur du siège. Tous ses pores papillotaient. Elle savait bien ce que son corps réclamait depuis une semaine, et dont elle avait été dépossédée traîtreusement par son amant. La rage l’emporta, et ses mains se raidirent sur le volant. Jamais l’idée de cocufier Lorenzo ne lui avait traversé l’esprit. C’était une chose simplement inconcevable, dangereuse, et après tout jusque là non désirée. Mais cette manière cavalière avec laquelle il l’avait liquidée à la cérémonie de remise du prix lui parut éloquente, c’était tout à fait dans le style de Lorenzo. Si ce n’était pas un adieu, cela lui ressemblait beaucoup. Ne lui avait-il pas fait comprendre qu’elle pouvait coucher avec le poète, sans crainte ? « Ce que tu veux » avait-il dit. Il l’avait donc licenciée. 

Elle revit les yeux du Grand Prix , étincelants sous les lunettes, braqués sur ses seins. Non, il avait l’air d’un putanier je m’en-foutiste, le poète. Il avait empoché le chèque de dix millions avec une indifférence olympienne, tandis qu’il la détaillait avec une catholique ferveur religieuse. Non, elle ne comprenait rien et il était parfaitement inutile de supputer quoi que ce soit.

 

 

19/04/2018

 

 



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Christian Saint-Paul présente le dernier livre de Gérard Bocholier : TISONS, éditions de La Coopérative, 112 pages, 15 €.

La brûlure du désir et la brûlure de l’absence forment les deux grandes sources d’inspiration de ce livre placé sous le signe du feu, dont la genèse s’est étendue sur de longues années.

La première partie rassemble des poèmes dont chacun fixe la mémoire d’un instant d’extase, d’une rencontre amoureuse faite de trouble et d’émerveillement : « Lumières éteintes / Dans la maison en sursis / Nous avons tendu sur le sol / La toile d’un feu très obscur. » Dans la proximité de Cavafis, de Sandro Penna et de Luis Cernuda, que le poète nomme à bon droit « nos tutélaires », ces poèmes disent avec simplicité la surprise causée par la découverte de l’accord avec le jeune homme désiré.

Mais « comment faire durer le brasier ? » demande un des poèmes de la deuxième partie. Tout aussi incandescente, celle-ci affronte le mystère de la mort et de la séparation et situe l’expérience du désir dans la lumière qui, aux yeux du poète, lui confère sa vérité, celle de la rencontre des âmes par-delà celle des corps. « Mon Dieu / Tu m’accompagnes// La beauté me fait trembler encore / Je la traverse / Comme une vigne vendangée. »

Nourri de la lecture des psaumes, comme les précédents livres de l’auteur, ce recueil s’achève comme un bréviaire d’espérance qui affirme que « La belle aventure de l’âme/ Ne finit pas ».

 

Né en 1947 à Clermont-Ferrand, où il a été professeur de lettres classiques, Gérard Bocholier dirige depuis plus de quarante ans la revue de poésie Arpa. Il est l’auteur d’une trentaine de recueils de poèmes et poursuit une activité infatigable de critique, pendant longtemps dans la NRF et aujourd’hui dans l’hebdomadaire La Vie.Parmi ses derniers essais, citons Le poème comme exercice spirituel(Ad Solem, 2014) et Les chemins tournants de Pierre Reverdy (Tituli, 2016). Parmi ses derniers livres de poésie : Psaumes du bel amour(Ad Solem, 2010), Psaumes de l’espérance (Ad Solem, 2012), Belles saisons obscures (Arfuyen, 2012) et Les étreintes invisibles (L’Herbe qui tremble, 2016).

Lecture d’extraits.

L’émission les poètes reviendra plus amplement sur ce livre et ce poète dans une prochaine semaine.

***


 

Danièle Faugeras, traductrice et éditrice de Po&psy est une artiste à part entière qui publie aux éditions Pippa des haïkus « A chaque jour suffit son poème » illustrés de ses propres photographies (15 €).

Danièle Faugeras a noté au jour le jour pendant plus de dix ans, les observations et réflexions nées de son vécu dans son environnement naturel et humain, pour en tirer ces « leçons de choses ».

Celle qui consacre désormais tout son temps à la poésie par ses activités d’éditrice, de traductrice d’actrice aux lectures publiques, poursuit la publication de ses propres œuvres poétiques. Plus tournée vers les poèmes brefs, ceux qu’elle fait connaître dans la collection Po&psy, il est naturel qu’elle écrive des haïkus. Les allusions savantes à des références littéraires anciennes, sont toujours expliquées par des notes figurant en fin de livre. Un ouvrage agréable à lire, saisissant dans le raccourci des images et du sens, et à regarder car les photographies de l’auteure émaillent avec brio ces fulgurations réussies.

Lecture d’extraits.


 

qui consent

à la caresse la caresse

le transformera

*

les veines sous ma peau

comme filons dans la roche

: trajectoires du temps

*

les œufs durcissant

dans la casserole trépignent

comme déconcertés

*

debout à manger

des sardines à même la boîte

- ah ! solitude...

*

Les éditions Fata Morgana ont publié « Le poème des morts » de Bernard Noël (22 pages, 11 €).

Toute la puissance poétique de ce poète majeur explose dans ce court recueil en deux parties « Tombeau de Lunven » et « Le poème des morts ».

Obsession de la chair, thème familier du poète, de sa métamorphose, de sa défaite et la chair des hommes comme une simple marchandise qu’utilise les puissances qui nous gouvernent.

Lecture d’extrait.


 

il manque à l’Etat un presse-cadavres

des appareils pour exploiter les morts

pourquoi brûler ou enterrer les corps

chacun est une mine à ciel ouvert

les os la peau la chair la chevelure

un lot précieux de matières premières

longtemps laissé au gâchis religieux

voilà de quoi inventer des produits

découper détailler vendre à la pièce

on saura vite extraire de la viande

un jus de jouvence aussitôt fameux

pour peu que les médias fassent savoir

que son fumet a fait jouir les dieux

du temps où les humains les régalaient

la mort enfin sera rendue rentable

si bien que les cadavres manqueront

alors sans doute envisagera-t-on

de diminuer la quantité humaine

pour augmenter la matière exploitable

la rentabilité est si pratique

qu’elle peut servir de règle morale

*

Fred Ducom publie aux éditions 39/17 (15 €) dans un volume où il apparaît aux côtés de Yves Belaubre« Papiers d’Essaouira ».

Une poésie épique, orale à souhait, narrative avec tout ce qu’il faut de surprises, de déconcertassions pour nourrir le poème de son souffle vivifiant. Un regard aussi inquiet que généreux sur notre humanité. De la puissance dans le ton, l’image et la musique d’alerte.

Lecture d’extrait.


 

Réveillons-nous dans l’écriture pas sous les bombes

que nous avons semées

Avec cette odeur de cigales déterrées aux

ouvertures

Les chagrins d’une plante aimée

Qu’en délient les fileurs éternels

Aux sots les parures en toc

et les fouets dyslexiques

Pour nous les baisers à califourchon

La pierre de Rosette sur un ruban de hanches

Les bruits naissant dans le fandango des accents.


 

Frédéric Ducom est aussi l’auteur de « Estos Dias azules » avec les photographies de Antonio Lachos, magnifique livre hommage aux réfugiés espagnols de la guerre civile qu’il a eu la chance, dit-il de saluer tous vivants !

Fred Ducom sera prochainement invité à l’émission « les poètes ».

***

Christian Saint-Paul reçoit alors son invité Francis PORNON qui vient de publier

La Fille d’Occitanie aux éditions TDO, collection Histoire du Sud, 427 pages, 20 €.


 

Francis Pornon étudia à l’École Normale d’Instituteurs et à l’université de Toulouse et commença par publier des poèmes. 
Auteur de romans historiques, d’essais, de poèmes, de reportages ou carnets de route, de polars, de pièces de théâtre et de chansons, il publie aussi nouvelles et romans. 
A notamment vécu en Algérie et en Auvergne, et accompli des résidences, dont Vénissieux (69), Saint-Léonard de Noblat (87) et Fabrezan (11), des interventions à l'étranger, notamment à Saragosse (Espagne) et en Algérie : au Sila (salon international du livre d'Alger), ainsi que de nombreux ateliers d'écriture.
Tout en séjournant souvent en Rhône-Alpes, vit actuellement le plus souvent à Toulouse où il a notamment publié des romans noirs traitant de la "ville rose" ainsi que des livres sur l’Algérie.

Il anime un site:
http://www.francispornon.fr/ 


 

L’auteur rencontre en Occitanie la grande Histoire de la fin’amor qui éclaira et illumine toujours l’Europe, pour peu qu’on veuille bien la lire.

 

Pour bien situer ce dernier livre « La Fille d’Occitanie » il faut se souvenir qu’en 1218, Simon de Montfort, chef des croisés qui tentaient de prendre Toulouse, est tué d’une pierre lancée du haut des remparts par une Toulousaine.

A l’occasion du huitième centenaire de cette victoire de la résistance occitane, les éditions TDO, éditeur en région, présentent donc ce livre: La Fille d’Occitanie, après Les Dames et les aventures du troubadour Raimon de Miraval et La Dame de Toulouse, Azalaïs de Burlatz ; ce tome achève un triptyque romanesque sur le Moyen-âge en Occitanie, avec les aventures de Colomba, paysanne et servante.


 

Colomba, pauvresse devenue servante, vit à la fois le sort d’une femme ordinaire au Moyen Âge et une exceptionnelle ascension sociale, aventures incroyables dans un monde troublé de guerres et de croisades. Elle côtoie Azalaïs de Burlatz, la Dame de Toulouse, avec sa Cour et accède à la poésie amoureuse courtoise. On la suit dans les péripéties d’une femme de son temps, amour et maternité, rencontres avec amis et amants, fréquentation de poètes, hommes et femmes comme Raimon de Miraval et Azalaïs de Porcairagues. Porté par le désir et l’énergie de Colomba, l’auteur fait partager les états d’âme de l’héroïne et entraîne le lecteur en aventures, moments graves ou festifs ainsi que chevauchées depuis la haute Ariège et la vallée de l’Aude jusqu’à Toulouse, Carcassonne, Béziers, Montpellier et même la Catalogne. De quoi revivre la grande richesse de l’histoire occitane et européenne d’alors. Comme Les Dames et les aventures du troubadour Raimon de Miraval et La Dame de Toulouse, Azalaïs de Burlatz, ce livre se lit d’un souffle et nous propulse au Moyen-Âge comme si l’on y était.

Aujourd’hui où explose la revendication du respect des femmes, nous dit Francis Pornon, il se trouve que je viens de publier un triptyque romanesque se déroulant au Moyen-âge occitan. Or, la condition féminine (celle des dames de la haute société s’entend), fait alors un bond en avant, en avance même sur les siècles à venir. Dans la société occitane des XIIè et XIIIè siècles les femmes peuvent hériter et régner, elles jouissent d’une indépendance dans le mariage et surtout elles sont élevées au rang supérieur à l’homme par la poésie de l’amour courtois (la fin’amor).Après l’histoire du troubadour Raimon de Miraval et celle de la mécène de poètes, Azalaïs de Toulouse, dite de Burlatz, j’ai voulu écrire celle d’une femme du peuple, paysanne qui devient servante, entre autres aventures. La vie de Colomba (La Fille d’Occitanie) est le troisième volet d’un triptyque romanesque sur le temps de l’amour courtois en Occitanie médiévale. Car si cette aventure reste marquée par la grande culture du tròbar, la poésie d’amour, il eût été paradoxal – et injuste - de ne pas évoquer la réalité sociale et culturelle de la classe populaire composant la très grande majorité des vivants en ces temps et lieux.

Lecture d’extraits.

PROLOGUE

Je n’ai crainte à le dire, je suis un miracle. Ou presque ! Fille née dans la terre de montagne, de mère paysanne et de père inconnu, mon chemin passa par de folles aventures. J’eus d’abord les pattes dans la fange. Excusez-moi de parler franc, c’est ainsi que j’aime à conter ma vie et c’est ainsi que je la veux transcrite.

Je vécus le statut de servante, voire des états pires encore. Et parfois je bénéficiai d’une plus brillante condition, celle de suivante d’une châtelaine. Il ne m’était possible d’apprendre entièrement à lire et écrire, quand maints seigneurs et à plus forte raison bien des femmes ne le faisaient. Pourtant j’eus la chance inespérée de pouvoir goûter la poésie d’amour.

Je naquis de ma mère. Bien fort qui peut faire autrement ! Elle me nomma Colomba, comme l’oiseau blanc paisible, alors que j’étais agitée et fort brune. Je restai autant que possible au chaud de son giron. Rien et nul autre ne me protégea, ce qui ne me laisse confiance en personne, sinon en la mère… Et encore !


 

Je vécus tout d’abord dans un orri, comme on disait chez nous d’une cabane en pierres sèches. Elle était heureusement recouverte de terre et d’herbe qui nous défendaient contre le climat terrible en montagne. Mes festins étaient faits de lait de chèvre, de racines, de brouets de fèves ou de farine de châtaigne. Lorsque je passais la tête par l’entrée, étroite et basse, je voyais les pentes jaunies par le gel ou blanchies par la neige, le castel aux lourdes murailles grisâtres et les monts abrupts qui ombraient le plateau.

Mes premiers jours s’étirèrent à la lumière des Pyrénées, glacée par les neiges et le cers l’hiver, rôtie en été du soleil de midi. Dans la montagne, bien qu’on soit situé plus près du ciel, la lumière décuplée par les glaces et le soleil tombant dru, le monde sauvage est un hiver glacial où l’on est balloté et parfois écrasé par évènements et cataclysmes. Or, je découvris ensuite comme la vie est aussi printemps pointant avec des fleurs qui percent la neige. Après la tempête s’épanouit une embellie délicate et passionnée, celle de la poésie d’amour qui nous fait célébrer par de jeunes, beaux et valeureux hommes, nous, femmes ainsi reconnues.

Un livre qui est à la fois un roman qui se lit avec le plaisir offert par le cheminement de l’intrigue incessante, mais aussi par la richesse de la langue qui incorpore les mots en langue d’Oc qui sont notre héritage et nous fait vivre dans les mœurs saisissantes de ce Moyen-âge et de la culture occitane.

 
 

12/04/2018

 

 



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Christian Saint-Paul dit sa joie de retrouver le studio de Radio Occitania et son ami technicien Claude Bretin qui rentre d’un long séjour à Madagascar.


 

Les bonnes publications qu’il faudrait présenter sont trop nombreuses pour être citées au cours de cette émission hebdomadaire d’à peine une heure.

Cette semaine sera donc consacrée au signalement de quelques unes et non à un auteur particulier, contrairement à la norme habituelle.

C’est en rappelant la vocation de l’émission « les poètes » qu’il évoque la réponse du poète éditeur Jean-Paul Michel à la question : « que peut la poésie ? Rien ne l’établit mieux que l’effet de quelques pages de vérité profonde et sentie : un arrachement à la vie inessentielle.»


 

Les auteurs cités dans cette émission nous recentrent sur la vie essentielle, que les tourbillons de la vie quotidienne éloignent, sans crier gare, de notre vécu, accaparé par ce dévorant inessentiel.


 

Michel COSEM vient de faire paraître à l’Harmattan :

Echo de braise et de cigale, avec une photographie en couverture d’Annie Briet : Paysage andalou. 13 €

 

Michel Cosem a fondé Encres Vives, à la fois revue et éditions qui compte près de 1000 titres au catalogue. Il publie régulièrement ses carnets de voyages poétiques vers les pays du Sud. Il est l'auteur de nombreux recueils de poèmes, d'anthologies de poésie ( Milan, Seghers, Gallimard) et de romans. Il a obtenu les prix Artaud et Malrieu pour l'ensemble de son œuvre.

« Cet ouvrage permet de saisir sur le vif la poétique de Michel Cosem. Une nouvelle poétique ? En tout cas un nouveau palier vers l'unité et l'universel. L'on ne saurait trop souligner le ton d'émerveillement et de naïveté, au sens d'une capacité à saisir les choses à leur état naissant. Il y a là un pacte originel avec les "grandes étendues de l'imaginaire" qui sont "ses pays de naissance". » nous dit Gilles Lades.


 

Cet ouvrage sera évoqué plus amplement dans une prochaine émission.

Lecture de poèmes de « L’Encre des jours » de Michel Cosem paru aux éditions Alcyone (20€).

Palmiers endormis comme venus là par hasard et surpris tout simplement par l’aube, odeur de café, d’encre s’échappant des journaux du matin, immeubles blancs repeints de la nuit, enfant allant à école en sautillant : juste ce qu’il faut pour que le jour s’éveille, que les mots se rassurent et s’envolent et que tout naisse en harmonie. Les ombres de la nuit se cachent-elles encore quelque part ? Mon écriture et mes rêves ont survécu : cela suffit. (Peniscola, Espagne)


 

Encres Vives publie : Nathalie RINGAUD

L'Équinoxe des songes

Coll. "Encres Vives" n° 475.

«  Son univers envoûte et nous entraîne à fleur de ses songes. Quelques textes vivants, à la folie ; quelques textes timides aussi, tout en douceur : "Un papillon s'ébroue dans la chair des rêves..." "de l'échancrure des songes, s'est envolé un bout de soie d'anges." Où sommes-nous ? En poésie, sans aucun doute. L'écriture de Nathalie Ringaud existe. Elle est forte et fluide à la fois. L'univers de la poétesse est empli de vies singulières et hardies, audacieuses ; la profondeur d'une véritable personnalité. À découvrir. » écrit sur la 4ème de couverture le poète Alain LACOUCHIE. Lecture d’extraits.


 

Gérard MOTTET

Petites Suites pour ombre et lumière

Coll. "Encres Vives" n° 474.

Les poèmes rassemblés ici sont extraits d'un ensemble de trois recueils publiés en 2017. Poèmes de l'absence et de la solitude, de la résonance entre les choses et les êtres, de la quête de soi dans les méandres de la vie, et toujours poèmes murmurés où s'entrelacent et se répondent ombres et lumières, en un dialogue sans fin. Poèmes qui tentent, par delà l'immédiateté du réel, d'appréhender l'envers des choses, le révolu ou l'originaire, le possible ou l'improbable, l'invisible, l'ailleurs vers où se porte notre être, qui ne se satisfait jamais d' "être-là".

Lecture d’extraits.


 

Anne MOUNIC

Aux courbes du langage

Coll. "Encres Vives" n° 476

Anne Mounic, fut maître de conférences à Paris 3 Sorbonne nouvelle ; elle est l'auteur de plusieurs études critiques sur la pensée poétique. Jacob ou l'être du possible, a été publié en 2009 aux éditions Caractères et chez le même éditeur , L'eau de prudence ou La vigueur des reflets, a paru en mai 2011. Elle est une illustre « spécialiste » de l’œuvre de Claude Vigée.

Elle fait paraître à Encres Vives son dernier recueil poétique qui regroupe des poèmes écrits de 2015 à 2017. 

Lecture d’extraits.


 

royaume


 

L’espérance est très lente qui

se faufile entre les fûts

des peupliers où s’esquisse à peine

la promesse des bourgeons.


 

Les horizons s’inclinent

sous les nuages rebondis.

La lumière, plus intense,

insuffle à l’intime

une énergie toute neuve.


 

Le fleuve, paisible, la guide

entre ses berges, au royaume

très heureux de la patience.


 

Chaque volume 6,10 €, abonnement un an 34 €, chèque à adresser à Michel Cosem, 2, allée des Allobroges, 31770 Colomiers.

***

Gilles LADES fait paraître aux éditions Alcyone

« Le poème recommencé » avec une encre de Silvaine Arabo, 20 €.

Gilles Lades est né en 1949 à Figeac. Professeur de Lettres jusqu’en 2011. Enfance et adolescence partagées entre la région toulousaine et le Quercy, dont les paysages marquent son imaginaire. A beaucoup voyagé en Europe, particulièrement en Italie.

Auteur de nombreux ouvrages de poésie. Parmi ses dernières publications : Lente lumière, L’Amourier, 2001 ; Le temps désuni, Sac à mots, 2005 ; Témoins de fortune, L’Arrière-pays, 2010 ; Damier du destin, Encres Vives, 2010 ; Au bout des pas la source, éd. Trames et La Porte, 2014 ; Chemins croisés, La Porte, 2015. Prix Froissart 1987 et Antonin Artaud 1994.

En prose, récits : Dans le chemin de buis (Le Laquet, 1998) ; Sept Solitudes (Le Laquet, 2000) ; textes de critique, études de paysages : Les vergers de la Vicomté (Tertium, 2010) ; Quercy de ciel de roche et d’eau (Tertium, 2015).


 

Gilles Lades fait partie des comités de rédaction des revues Encres Vives et Friches.


 

Celle qui reste seule

n’a que peu de visages à aimer


 

un jour quelques jours quelque temps

il y eut un soleil

presque accordé


 

mais quel désert

depuis les villages ensoleillés et froids


 

et la retombée dans la cour aux brèves échappées

la mémoire d’années

bâties de quelques belles pierres

que l’on espère voir grandir

la furtive compagnie

de la plus haute vie

voie du sang voie de la longue enfance

sur l’indissociable chemin


 

Une émission sera consacrée prochainement à Gilles Lades.


 

***

Cathy GARCIA poursuit avec l’enthousiasme qu’on lui connait la publication de « Nouveaux Délits »

Dans le n° 59, en janvier elle rédige cet éditorial :

Eh bien voilà revenue l’année nouvelle ! Nous savons que ça ne veut pas dire grand chose, mais si ça peut nous permettre de nous sentir de même un tant soit peu neufs, décidés à laisser derrière nous le pesant et l’obsolète... Une nouvelle chance, un nouveau départ, un peu de poudre de perlimpinpin qui brille, une virginité en toc, un lustre qui disparaitra en deux coups d’éponge, mais quelques secondes de rêve, ce n’est pas rien, alors on ne va pas se les gâcher en faisant du mauvais esprit, surtout quand on s’appelle « Nouveaux Délits ».


 

Si la lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil, comme l’écrivait Char, alors elle est au soleil pendant que d’autres sont au bureau, aussi spacieux soit-il. Alors, fait-elle vraiment souffrir cette lucidité ? Et si elle était justement la garante du rêve ? Entre la transparence et l’opacité, il y a la beauté de la translucidité, ce qui n’est pas sans rapport avec la poésie.


 

Aussi, je vous invite sans plus de blabla à la découverte des poètes de ce nouveau numéro. Je les ai choisis avec mon meilleur mauvais goût, clin d’œil à de pauvres petites idées fixes et préconçues et donc pas très neuves, de ce qu’est, doit être et ne peut pas être la poésie. Ne cherchez pas, la poésie n’y est déjà plus ! Souhaitons-nous plutôt de tirer le meilleur jus de cette année inédite et de le boire en chantant à tue-tête. Soyons sérieux : rions beaucoup et aimons plus encore !


 

Bonne année 2018 à vous toutes et tous et que la paix ferme le bec des imbéciles qui ne laissent pas passer la lumière.


 

Lecture de l’article rédigé par Cathy Garcia dans ce numéro 59, sur le recueil « Tu écris des poèmes » de Murièle Modély paru aux éditions du Cygne.


 

Dans le n° 60 Cathy en 4ème de couverture nous pouvons lire de Cathy Garcia :

La simplicité joyeuse et volontaire, comme je la vis et l’ai vécue avant même de l’avoir nommée, c’est de savoir apprécier ce qu’on a, quels que soient nos moyens, et ceci sur tous les plans. Pas dans l’idée d’une discipline qu’on s’impose, d’une vertu à cultiver, non, pas d’efforts qui finiront par nous dégoûter, nous révolter et nous faire retomber plus bas qu’au départ, c’est vraiment autre chose. C’est une sorte d’initiation à l’essence du plaisir. C’est d’abord apprendre à regarder les choses à la loupe et à amplifier nos sensations. Lorsqu’on passe près d’une plante à toutes petites fleurs, souvent elle est tellement insignifiante qu’on ne la remarque pas ou à peine, mais si on prend le temps de se pencher et de la regarder de près, alors se révèlent des trésors de nuances, de finesse, de beauté. C’est pourquoi j’aime faire de la macro en photo. En macro une punaise devient un joyau, mais la macro, c’est aussi une façon de voir que l’on peut appliquer à tous les domaines de notre vie. Pas seulement pour aller remuer ce qui ne va pas, ce qui manque, ce qui fait mal, ça en général on sait tous le faire et il faut parfois le faire, mais il faudrait aussi le faire pour aller arroser les minuscules graines de joie inconditionnelle qui n’attendent que notre attention pour s’épanouir. Alors, ça ne veut pas dire se forcer à être d’un optimiste béat ou se voiler la face, bien au contraire, plus on sait apprécier le minuscule, plus on voit aussi la moindre petite ombre triste de ne pas être prise en compte elle aussi, car la vie est faite d’ombres et de lumière et nous avons à apprendre des deux. Les deux sont nécessaires pour prendre conscience, terme emprunté au latin classique « conscientia », la « connaissance en commun », donc quelque chose qui va au-delà de l’individu, quelque chose que nous partageons et que nous devons chacun alimenter autant que possible, afin que l’humanité dans son ensemble puisse évoluer. Ainsi la simplicité joyeuse et volontaire pourrait s’apparenter à une sorte de travail d’alchimiste : en plongeant dans l’infiniment petit, on dégage les éléments les plus élémentaires du réel et il nous est alors possible de transformer le plomb en or. (…)


 

La simplicité ce n'est pas seulement faire des choses mais c'est aussi et surtout ÊTRE. Faire autant que possible des choix qui nous permettent d’être plutôt que de paraître et/ou d'avoir (deux redoutables diktats), donc que ce soit sur le plan pratique et matériel ou moral, toujours se poser la question de l'utilité, du sens de ce qu'on l'on fait, de ce que l'on achète, de ce que l'on possède, de ce que l'on pense, de ce que l'on dit. L'utilité d'une façon très vaste et le sens et l'impact des choix que nous faisons, comment nous utilisons notre temps et quelle place nous laissons dans notre vie pour l'essentiel. Ce qui veut dire déterminer déjà qu'est-ce qui est réellement essentiel pour nous et là nous trouverons ce qui est essentiel communément à la plupart des êtres humains et puis ce qui nous est essentiel à nous tout personnellement et particulièrement, et pour déterminer cela il faut se connaître, au-delà de ce que nous avons appris, au-delà de ce que nous pensons devoir être ou faire, au-delà de ce que nous pensons devoir prouver et au-delà des attentes que nous pensons être les nôtres ou celles des autres qui nous entourent et de la société elle-même.

Cathy Garcia


 

Lecture d’un poème de Florent Chamard.


 

Pour vous procurer ces numéros de « Nouveaux Délits » :

ASSOCIATION NOUVEAUX DÉLITS

Létou – 46330 St CIRQ-LAPOPIE

Le numéro : 6 € + port (1,50 pour la France, 2 pour zone 1 et 2,60 pour zone 2)

Abonnement :

- 28 € pour 4 numéros ou 54 € pour 8 (France)


 

- 32 € pour 4 numéros ou 62 € pour 8 (zone 1)


 

- 34 € pour 4 numéros ou 66€ pour 8 (zone 2)


 

 

« Nouveaux délits et les 40 éditos » (mars 2011) : 10 €


 

Délit buissonnier n°1 (Feu de tout bois de Murièle Modély, illust. Sophie Vissière) :

10 €

Adhésion à l’association Nouveaux Délits (non obligatoire) : 10 €

***

Christian Saint-Paul revient ensuite sur les publications dirigées par Brigitte Maillard Monde en poésie.

Monde en poésie a fait paraître Le cercle de l'aurore de Sylvie Méheut

232 pages, format 11/18, 13 euros ; ce livre a déjà été signalé dans une précédente émission, mais sa forme classique et en même temps parfaitement contemporaine en fait une des publications les plus remarquables de ces dernières années. William Cliff si attaché à la forme classique, ce François Coppée moderne et audacieux devrait aimer ce livre que Saint-Paul voudrait voir concourir l’an prochain aux Jeux floraux à Toulouse.

Voici ce qu’en dit Jean Lavoué : « Chacun, nous sommes conviés à cet oratorio intérieur en nous laissant prendre et emporter par ces rythmes secrets, ces sonorités mystérieuses, ces envolées pleines de souffle soutenu et de tendresses partagées (…) C’est un chant de haute sensibilité que nous livre Sylvie Méheut avec ce recueil. Chaque mot y est accueilli avec une attention et une précision inouïes. On se laisse prendre par la houle de cette voix qui nous emporte ..."

Lecture d’extraits.

***

Monde en poésie éditions a fait paraître :

Un monde de rosée de René Le Corre

préface Pierre Tanguy, postface René Peron 130 pages format 11/18, 12€.


 

« Son écriture – à la manière de Philippe Jaccottet – mêle à la fois sensations vécues et méditations philosophiques, dans une prose que l’on peut qualifier de poétique. « Je suis toujours saisi d’un sentiment de secret, de quelque chose qui nous a échappé et que nous ne pouvons retrouver et qui est pourtant à portée de main ». Terrible et fascinant mystère de l’existence que l’auteur nous aide à sonder. Mais sa voix, nous dit-il, c’est « ma voix avec tous, plus pure quand elle va vers l’effacement (…) dans la dépossession de l’amour et de l’inconnaissance ». Oui, parole de sage, écrit Pierre Tanguy.

René Le Corre est né en 1923 à Pouldreuzic. Il est à la fois philosophe et poète.

Il se dit « écrivant » plutôt qu’écrivain.

René Le Corre est homme d’expériences. Il contemple le monde comme une infinie merveille. Mais l’horreur n’est jamais loin. Celle de la fin, du retour à la poussière car « il y a une chute du temps pour chacun ».

Pourtant, « L’hiver sera beau ».

L’amertume qui se dégage de ses poèmes et de ses proses naît de savoir qu’il va bien falloir abandonner la merveille. Même si « le temps est venu » l’écriture nous plonge dans l’essentiel, la merveille, qui prend la forme du colchique ou d’une musique de viole.

La simplicité de la langue de René Le Corre, pour une pensée où le fugace ramène toujours à une interrogation métaphysique, façonne sa parole d’une beauté proche, familière.

Nous aimons le suivre dans sa célébration de la vie.


 

Lecture d’extraits.

Le vieux temps effiloché s’en va. Le vent court

sur la terre retournée.

Premières fleurs sur les talus. Grèbes et harles s’aventurent près des bords et pêcheurs se hâtent au présent. Tu reviens, de quelle nuit ? Et quelles bourrasques encore nous guettent, en ces temps incertains ?

La rose des vents ne résout pas l’énigme du sens.

***

Enfin, c’est un roman qui est cité, le premier écrit en français

d’Andrea Genovese : Dans l'Utérus du volcan

aux éditions Maurice Nadeau 228 pages, 19 €.


 

Écrivain italien, Andrea Genovese (né en 1937 à Messine en Sicile), vit en France depuis 1981. Il définit sa vie comme une Odyssée minime (titre de son premier recueil de poèmes), mais trois romans autobiographiques publiés en Italie nous en révèlent, de 1945 à 1960, à peine une partie. Poète, romancier, dramaturge, critique littéraire, d’art et de théâtre, il édite Belvédère, un webzine on line entièrement écrite par lui, hors norme et sans tabous. En français il a écrit des recueils de poèmes et des textes de théâtre joués à Lyon. Belvédère est en ligne également sur le site les-poetes.fr à la rubrique « Parutions ».


 

Vanni, écrivain italien résident en France, revient dans sa Sicile natale avec sa femme lyonnaise pour recevoir un Prix de poésie chrétienne richement doté et décerné par un ponte de la Mafia. Sous l’influence de l’Etna toujours prêt à s’enflammer, l’apparition de la pulpeuse Lilina va provoquer l’éruption des sens du poète et mettre à mal l’équilibre du couple. Dans une ambiance de polar, qui peut faire penser à l’écrivain sicilien Leonardo Sciascia, l’auteur nous entraîne, sous la violence d’un été torride, des Îles Éoliennes à l’Etna, dans l’agonie d’un monde refermé sur lui-même. Nostalgie, sensualité effrénée, mythologie, l’écriture éclate comme une éruption volcanique.


 

EXTRAIT :

Un immense tapis de coquelicots se présenta inattendu, courant à perte de vue vers l’horizon haché par un ravin. Ses yeux avaient suivi comme dans une séquence cinématographique la palette de couleur fauve, presque au ras du sol, et c’est seulement quand son regard trouva la fracture du ravin qu’il reçut le choc de la masse gigantesque, pyramidale et absurde de l’Etna. Le volcan était si imposant, si nettement scandé et si minutieusement inscrit dans l’azur du ciel, avec son cratère central voilé de nuages, que Vanni ne comprenait pas comment il s’était imprimé en dernier dans sa rétine. C’était grandiose et écœurant. Effrayant, d’une certaine façon.

Il le voyait comme un dieu descendu sur terre. Planté sur sa vaste base de lave, en juge, en justicier. En despote. Superbe, méprisant. Refusant toute identification, toute réduction à une échelle humaine. Pas de compromis, pas de ridicules comparaisons. Je suis et je demeure, au-delà de ton regard de petite fourmi, disait le volcan. Et cependant...

Être fils de l’Etna, c’était monstrueux, c’était outrancier. Même pour un Sicilien, qui avait une conception cyclopéenne de la vie et portait en dot dès sa naissance la damnation d’un œil unique, démesuré et terrifiant comme un cratère. De là, de ce vagin de l’absurde, venait la pâte qui l’avait pétri, modelé et projeté dans la fiction théâtrale qu’était sa vie. Il était fils de l’Etna, donc il ne pouvait en aucune manière se soustraire à cette contrainte existentielle. C’est pourquoi, il ne pouvait pas se soustraire non plus à la rancune ancestrale qui l’incitait à s’affronter aux dieux. Tout Sicilien naît en état de guerre.

 


 


 

Angèle Paoli en fait ainsi une critique de ce roman dans la revue TERRES DE FEMMES dont voici un extrait :

Renouer avec l’île des origines n’est pas une mince affaire. Pour Vanni, émigré sicilien, le retour à Messine, sa ville natale, semble, même si c’est pour quelques jours, une épreuve qui l’entraîne, par-delà ses forces, dans un univers qu’il croyait ne plus jamais être sien. Revenir sur ses pas, sur les lieux de l’enfance, n’est pas aventure innocente, surtout si la terre originelle a quelque chose à voir avec le volcan. Car c’est lui, le volcan, ce « monstre » hostile, « sphinx indécryptable », qui draine depuis toujours les affects des enfants issus de ses entrailles.

Le volcan, c’est l’Etna millénaire. Le Mongibel des Arabes. « Masse pyramidale et absurde » qui souffle à Vanni un refrain oublié dans les replis de sa mémoire : Di Muncibeddru figghi semu (« Nous sommes fils de Mongibel »). L’Etna, c’est cet utérus gigantesque qui éjecte au cours de ses éruptions tous ceux qui sont nés de ses mythes et qui s’en repaissent. Ou qui, au contraire, s’évertuent à s’en défaire, à trancher net les tentacules. Violences incontrôlées, passions poussées jusqu’à l’extrême, Éros et Thanatos fusionnant dans ses laves. Nul ne ressort indemne des coulées qu’il vomit hors de son effroyable vulve.

Ainsi autour de Vanni, débarquant avec Louise, sa jolie épouse, Lyonnaise élégante raisonnable et quelque peu « frigide » — un reproche que lui adresse son mari —, se met en place toute une série d’actes et de rencontres. Lesquels se fomentent et se forgent dans le roman de l’écrivain et poète sicilien Andrea Genovese : Dans l’utérus du volcan. L’action première se noue à partir de Vanni, lauréat du Grand Prix de poésie chrétienne Gaetano Ferrella et invité d’honneur de la cérémonie qui va se dérouler dans les ruines majestueuses du théâtre gréco-romain des alentours.

D’origine messinoise et vivant lui aussi . Lyon, Andrea Genovese signe là son premier roman écrit directement en langue française et enlève avec lui son lecteur médusé d’être d’emblée embarqué en plein cœur du violent et puissant engrenage de la cosca, le clan mafieux.


 

Ce livre fera l’objet d’une émission particulière avec l’auteur et sera présenté à Toulouse Jeudi 26 avril à 18h30 à la Librairie Floury

36 rue de la Colombette .

Les intervenants seront :

Andrea Genovese, poète, romancier, dramaturge, critique d’art et de littérature

Pascal Papini, directeur du Conservatoire d’Art Dramatique et du Théâtre Julien

Christian Saint-Paul, poète, animateur littéraire à Radio Occitania

François Pic, Université Toulouse Jean-Jaurès

***

 

 

29/03/2018

 

 

Casimir

PRAT



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Christian Saint-Paul reçoit Casimir Prat.

Ce poète, né en 1955 qui vit à Toulouse, se fait remarquer par ses poèmes publiés sous le titre « Herbier » en 1980, dans la revue Vagabondages qui avait alors une large diffusion.

Henri Heurtebise, en 1983, publie son premier recueil dans la revue Multiples « L’horreur ou la merveille » avec un avant-propos de Francis Ponge. Il multiplie ensuite les publications jusqu’en 2005, est lauréat en 1989 du prix Antonin Artaud pour « Elles habitent le soir » (éditions de l’Arbre 1988), du prix Max-Pol Fouchet en 1995 pour « Tout est cendre » (éditions le Dé Bleu) et ses poèmes de 1995 à 2004 sont repris sous le titre « Sait-on jamais » par les éditions Gallimard, collection L’Arpenteur, avec une préface de Guy Goffette, en 2005.

Depuis cette date, aucun nouveau livre de Casimir Prat n’a encore paru. Un manuscrit se prépare dont il donne lecture de quelques extraits à la fin de l’émission.
D’entrée, Saint-Paul se réjouit que son ami Casimir Prat, après une période de silence malgré tout préoccupante, ait rejoint les lieux de diffusion de la poésie : La Cave Poésie, dimanche 28 juin 2015 pour la « Fête à Henri Heurtebise » et ce jeudi, les studios de Radio Occitania pour l’émission « Les poètes ».

Mais c’est un homme exalté par l’actualité qui répond, considérant comme primordial les messages de soutien qu’il peut lancer au micro, sur deux sujets qui le hantent. La passion quand elle rejoint le devoir citoyen, doit s’exprimer. Et Casimir Prat s’exprime. Il explique qu’à Toulouse, le collège Bellefontaine a perdu son classement dans la catégorie des ZEP. Que les enseignants qui ont contesté cette décision ont été lourdement sanctionnés par leur hiérarchie. Qu’en protestation de la démesure de la sanction et dans une volonté de vérité et de justice, une enseignante du collège Bellefontaine, Laure Betbeder, a entrepris, se faisant l’écho de l’ensemble de ses collègues sanctionnés, une grève de la faim depuis 15 jours, devant les nouveaux locaux du Rectorat de l’Académie de Toulouse. Les poètes Serges Pey et Yves Charnet ont manifesté leur soutien à la gréviste. Casimir Prat s’associe à cette démarche et salue à l’antenne Laure Betbeder, en souhaitant qu’une solution intervienne rapidement, la santé de l’enseignante étant en péril.

Casimir Prat clame ensuite son soutien au peuple grec. Il s’insurge sur le sort que subit, de la part des décideurs européens, la Grèce, pays fondateur de la démocratie et de la pensée occidentale. Il rappelle que les poètes grecs ont nourri la poésie française. Il dit son attachement à la poésie contemporaine grecque, l’éblouissement qu’il ressent à la lecture des poème de Yannis Ritsos. La France, exhorte Casmir Prat, doit retrouver dans ce combat l’image de défense de la liberté, qu’elle a toujours eue. En réalité, explique Casimir Prat, il s’identifie au peuple grec, en raison de ses origines. Il est fils de réfugiés de la République espagnole. Ses parents ont été séparés à la frontière et dirigés dans des camps d’internement différents. Son père, pour rejoindre sa mère, s’est évadé du camp d’Argelès. Il y a une similitude dans la souffrance que connut le peuple espagnol et celle que subit aujourd’hui le peuple grec.

Casimir Prat, après ce long préambule, évoque ses publications. Année après année, il commente chaque libre publié. « S’éloigner de la flamme » (édition L’Arrière Pays 1993; A Chemise ouverte 1999) a été préfacée par Gaston Puel, une des grandes figures de la poésie, qui a vécu en accord avec lui-même, nous dit Casimir Prat, sans compromission avec le milieu imprévisible de la poésie contemporaine. Il est heureux d’annoncer que la revue du Tarn va bientôt faire paraître un numéro spécialement consacré à Gaston Puel.

C’est Jean Malrieu qui, dès qu’il l’a lu, lui a donné envie d’écrire de la poésie. Pourtant, à la fin des années quatre-vingt-dix, ses livres étaient introuvables. Aujourd’hui, il serait urgent qu’un éditeur reprenne son œuvre dans une édition de grande diffusion.

La poésie, pour Casimir Prat, est une sorte de consolation, un des chemins de la réappropriation du langage. Il faut laver les mots de tous les jours et les utiliser de façon qu’ils provoquent un étonnement. C’est d’ailleurs l’étonnement, cher à la poésie, et qui met l’intelligence en éveil, qui est commun avec l’engouement de la philosophie. Poésie et philosophie, l’une et l’autre, ont pour vocation d’aider l’homme à mieux vivre sa condition humaine.

Interrogé sur ce qu’il était advenu de son travail de poète de 2005 à 2015, Casimir Prat explique que « le poète, ça n’existe pas. Il est comme tout un chacun, il travaille » à gagner sa pitance. Ecrire n’est rien, être dans la situation d’écrire, voilà la difficulté. Pendant longtemps, Casimir Prat, libraire à la FNAC, chargé de famille, n’a pu trouver cette disponibilité. Il cite le regretté Pierre-Autin Grenier qui confiait à son épouse le soin de subvenir aux besoins du ménage. Comme Charles Juilet à ses débuts. La vie triviale empêche ce travail qui exige un vrai retour sur soi, une concentration absolue. Il cite le cas d’un auteur qui imposait un silence total à sa femme toute la matinée, pour ne pas le divertir dans sa tâche d’écrire. L’idée peut disparaître comme une bulle de savon. Ce travail de poète requiert un effacement des obligations ordinaires. Casimir Prat avoue beaucoup aimer son travail de libraire. Il a écrit la plupart de ses livres la nuit, dans un silence propice. Yves Heurté, lui aussi, médecin, écrivait la nuit dans la chambre, pour ne pas s’éloigner de son épouse, dont il disait qu’ainsi, elle le connaissait surtout de dos. La plupart des poètes sont des enseignants, souvent universitaires. C’est normal, car ils ont déjà l’accès à la culture, et des vacances privilégiées. Mais certains exercent des métiers sans aucun lien avec l’écrit. Pierre Gabriel, très cher à Casimir Prat, dirigeait une distillerie d’Armagnac. Pierre Boujut fabriquait des tonneaux pour le cognac.
Casimir Prat a repris la plume, fort d’une expérience de la vie, encore accrue. Son prochain livre aura pour titre : « Du lundi au vendredi ou le sable entre mes doigts ». Une constance. Comment retenir ce qui nous échappe ? Mais la poésie intimiste de Casimir Prat n’est jamais une poésie de la déploration. C’est ce paradoxe où l’inéluctable n’est pas nécessairement tragique, ou l’éphémère nous ravit, qui fait tout l’éclat de la poésie de Casimir Prat.

Lecture d’extraits de « Vers la nuit » (à Pierre Gabriel) ; « Au moment de partir », « Sait-on jamais ».

EN ATTENDANT

Avec son index, il traça un cercle

sur la poussière de la table, puis un autre,

plus petit, à côté. Un œil, plus loin, en haut. Une étoile.

Des branches.

Il écrivit l'heure aussi. Et signa.

Rajouta quelque chose, que je n'ai pas pu déchiffrer

- peut-être à propos des longues jambes du lierre

qui pendaient devant la fenêtre

et de leurs reflets jaunes qui se mêlaient tristement dans

la pénombre du couloir ?

Ou de l'immortalité frémissante du rayon de soleil

au fond d'un tiroir laissé grand ouvert.

*

Lecture d’inédits.


 

 
 

22/03/2018

 

 

Frank

BARDOU



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15/03/2018

 

 

Bruno

DUROCHER



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08/03/2018

 

 

Michel

HOST



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01/03/2018

 

 

Margo

OHAYON



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22/02/2018

 

 

BRETAGNE

SAINT-PAUL



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15/02/2018

 

 

Marianne

 MOORE



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08/02/2018

 

 

Jean-Michel

TARTAYRE



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01/02/2018

 

 

Hervé

 TERRAL



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25/01/2018

 

 

Gerard

 ZUCHETTO



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18/01/2018

 

 

Monique

 SAINT-JULIA

 



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11/01/2018

 

 

Franck

VERNAILLE



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04/01/2018

 

 

Michel

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