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Malowé Isabelle

 

 

 

 

04/08/2016

 



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Bruno Durocher

 

 

 

 

28/07/2016

 



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21/07/2016

 



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14/07/2016

 



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faugera

 

 

 

 

 

Danièle FAUGERAS

 

 

 

30/06/2016

 



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Christian Saint-Paul invite les auditeurs à lire :


Anthologie manifeste – Habiter poétiquement le monde, Frédéric Brun (conception, choix de textes et avant-propos), Poesis, mars 2016, 368 p. – 24,00 €


POESIS réunit dans cette anthologie plus de cent auteurs qui rappellent la nécessité d’« Habiter poétiquement le monde ». Cette expression, empruntée à un célèbre vers du poète allemand Hölderlin, n’a jamais cessé depuis deux cents ans d’être citée ou commentée par des écrivains, des poètes et des philosophes de tous les pays.

Voici la présentation de son concepteur Frédéric BRUN :

« Habiter poétiquement le monde. Cette phrase me revient souvent à l'esprit. Elle circule parfois dans l'air du temps grâce au poète allemand Hölderlin qui a affirmé il y a deux cents ans dans l'un de ses poèmes "Plein de mérites, mais en poète l'homme habite sur cette terre". Selon Hölderlin, l'homme habite naturellement la terre en poète. Novalis, au même siècle que lui a affirmé: "La poésie est le réel véritablement absolu. C'est le noyau de ma philosophie. Plus c'est poétique, plus c'est vrai". Dans ses livres, Novalis nous propose un voyage dans le royaume de la poésie originelle. La courte vie de cet être non seulement poète, mais aussi religieux, philosophe, et scientifique est passionnante. De nos jours, l'attitude poétique est bien absente des sujets traités par les média. La rareté de cette présence ne doit pas faire oublier pour autant sa profonde nécessité.

Plus de deux cents ans ont passé depuis la création du poème de Hölderlin. Il ne connaissait pas le matérialisme. Il connaissait la guerre mais il n'a pu imaginer les deux conflits mondiaux du vingtième siècle, ni l'univers concentrationnaire, ni les ravages de Hiroshima, ni le naufrage de notre monde nucléaire à Fukushima. Hölderlin se posait pourtant déjà la question : "Et pourquoi des poètes en temps de détresse?". Cette phrase a fait également coulé beaucoup d'encre. Une grande partie des êtres humains sur terre vivent en état de détresse en raison des inégalités économiques. L'habitat poétique exige une éthique, une manière de vivre qui ne place pas l'économique au centre de l'existence. Ceux qui cherchent le profit à tout prix pourraient partager davantage s'ils habitaient ainsi. Il faut habiter poétiquement le monde pour qu'il ne court pas sans arrêt après la croissance et retrouve l'essence de son existence. Nous ne pouvons y parvenir que quelques instants seulement, car il est bien souvent impossible dans la spirale globale de faire autrement. Il faut tenter de le faire avec le plus de réceptivité possible, en contemplant les beautés qui nous entourent, s'en nourrir, s'en inonder l'âme et les yeux en regardant plus attentivement chaque jour, le ciel, la mer, l'écume, les arbres, le sourire d'un enfant avec les yeux et l'esprit du poète. Cette attitude poétique pourrait, si nous étions plus nombreux à en prendre conscience ou à l'adopter, devenir également un acte politique et écologique afin de participer au changement du monde ».

Des nombreux commentaires suscités par cette très intéressante anthologie, retenons celui de François Xavier :

« Qu’elle est loin, si loin, perdue semble-t-il, envolée, dissipée oubliée disparue la fameuse sentence de Malraux, le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas – ou religieux ou mystique –, selon les variantes, car, en effet, jamais ô grand jamais le ministre de la Culture du Général de Gaulle ne prononça unetelle phrase. Cela provient d’une légende qui s’est construite depuis les années 1960, et obscurcit sa réelle « vision » qui réclamait un « supplément d’âme », selon l’idée de Bergson, plutôt qu’un vil retour au communautarisme (sic). En effet, l’urgence de la situation requière une prise de hauteur, autant dire une prise de risque, un lâcher-prise me glisse dans l’oreille mon ange gardien, puisque le marché financier décide de nos vies, que le politique a failli, que les militaires traînent encore les pieds pour remettre la maison en ordre, demeure, mes amis, ne demeure plus que l’utopie, la poésie en autre terme, et avec elle l’immense cortège de plaisirs qu’elle véhicule, transmet, libère… Oui, ne vous en déplaise, puisque tout s’effondre, soyons fous, dignes, et avec honneur, en souvenir de l’orchestre du Titanic, lisons, buvons, chantons, aimons-nous jusqu’au bout de la nuit, fumons notre dernière cigarette (en musique), et feu d’artifice !


Frédéric Brun y croit, lui, encore un petit peu ; il a sans doute – certainement – raison : « Il faut que l’homme habite poétiquement ce monde, qu’il cesse de courir après la croissance pour retrouver l’essence de son existence. […] Il doit tenter d’exister avec le plus de réceptivité possible, en contemplant les beautés qui nous entourent, en s’en nourrissant, s’en inondant l’âme et les yeux, en essayant chaque jour de regarder plus attentivement le ciel, la mer, l’écume, les arbres, le sourire d’un enfant, avec les yeux et l’esprit du poète. »


Lu comme cela, j’entends déjà les cyniques dire que c’est cul-cul, sortant Gombrowicz de leur chapeau, magicien de l’instant, sans l’avoir lu sans doute, mais cela fait bien dans le dîner en ville aux frais du contribuable. Alors laissons à Frédéric Brun sa candeur, car sans candeur point d’avenir. Se lever chaque matin est déjà un défi, et pas seulement pour ceux qui allument directement leur télévision pour suivre l’évolution de leur portefeuille sur Bloomberg-TV…

Car, n’oublions pas que « la poésie fut créée en même temps que le monde » (August Wilhem), ce qui lui confère une certaine maturité, pour un medium de naïfs (sic), si bien que souvent la philosophie s’invite entre les vers, faisant de la poésie « l’institutrice de l’humanité » (Schelling), rien de moins !

 

Au-delà de son évolution, des querelles entre athées et provocateurs qui ont cherché à faire évoluer son langage, la poésie demeure hors champ, comme dirait un sociologue, car « sous la poésie des textes, il y a la poésie tout court, sans forme et sans texte » (Artaud) ; une manière de dire combien sa présence est indispensable pour le bien-être de l’Homme, son équilibre, son épanouissement ; sans doute une raison pour laquelle elle est galvaudée, décriée au profit de Facebook et d’émissions de télévision débilitantes. Tant que les gens regarderont Hanouna au lieu de lire, la société continuera à s’effondrer…

Si la poésie « ne peut appartenir à aucun système d’idée » (Pierre Jean Jouve) elle offre la possibilité de « penser et se penser en images » (Reverdy). Ainsi, le crétin qui éteint enfin sa télévision recouvre par enchantement les capacités de son cerveau, puisque la poésie « ne dépasse pas l’homme. Elle le prouve » (René Ménard). Alors tout changera : un idiot de moins devant sa télévision c’est une voix de moins pour l’escroc politique qui est derrière et un mode de vie qui change, une manière de voir le monde – et donc les Autres – et d’apprécier autrement les possibles offerts. Faut-il encore savoir qu’ils existent ! Gaston Bachelard l’a écrit, pour s’ouvrir au Monde il faut donner « plus d’attention à la rêverie poétique » ! Ce que confirme Kenneth White quand il dit que le poète n’est pas mondain car il doit refuser le monde pour réintensifier son être… »

 

C’est en ressentant ce qui est poétique qu’on le connaît et qu’on le comprend.

Giacomo Leopardi, 1821

 

C’est à la fois par la poésie et à travers la poésie, […] que l’âme entrevoit les splendeurs situées derrière le tombeau.

Charles Baudelaire, 1857

 

Le monde dans un homme, tel est le poète moderne.

Max Jacob, 1922

 

L’expérience poétique est une révélation de notre condition originelle. Et cette révélation se résout en une création : celle de nous-mêmes.

Octavio Paz, 1956

 

La poésie est la fondation de l’être par la parole.

Heidegger à propos d’Hölderlin, cité par Roberto Juarroz, 1980 ».


En lisant ce livre, nous retrouvons beaucoup de passages que nous avons lus, parfois il y a longtemps, et qui ont été très judicieusement mis en exergue. C’est un travail que tout poète ou lecteur passionné de poésie a commencé à entreprendre ou aurait voulu faire, et qu’il est heureux que quelqu’un, Frédéric BRUN en l’occurrence l’ait fait pour nous. Et l’originalité vient de ces ajouts de nos contemporains comme Edgar Morin, Hubert Reeves ou Pierre Rabhi.

Un excellent outil de travail pour tous ceux qui poursuivent une réflexion sur la poésie.

*

Christian Saint-Paul signale également la parution de :

« La cimenterie » de Christophe LEVIS aux éditions Encres Vives collection Encres Blanches (couverture d’André Falsen), 6,10 € à commander à Encres Vives, 2, allée des Allobroges, 31770 Colomiers.

Nous retrouvons dans cette nouvelle publication, le style bien identifiable de Christophe Lévis. Un ton déclamatoire qui ne s’embarrasse d’aucun superflu ; pas d’adjectifs en trop, une économie de mots pour racler la langue jusqu’à l’os. Préférer l’os et sa moelle cachée à la chair. La parole est saccadée, heurtée comme si elle ne pouvait résister à un coup de gueule, mais qu’il faut simplement amener vers son chemin de vérité. Pour cela, il faut la retenir dans son élan qui pourrait être dévastateur. Il faut l’enfermer dans l’intimité d’un parler humain. Alors, Christophe Lévis innove un peu dans la forme qui est la sienne et il a recours aux parenthèses, pour assourdir la violence des mots qui jaillissent en prophéties. Les parenthèses servent aussi à l’extension des menaces par ce poète prophète à chacun et chacune :


(Si tu pars tu nous manques

Tu sais tu nous vaux

peut-être plus ou autant

qu’un contrat malicieux


Comme chacun à chacune

dans les lunes de nos cibles


Mets-toi en possession

Tu refuses ?

Tu seras puni(e)

Oui puni(e) ! )

*

Lecture d’extraits.


(Dans les décombres en scène

des nations des fredaines


Les quolibets des colibris vantards

foudroient le ciel leurs saisons

hivernales


Par delà les retards du jeu

mangent

des histoires d’acides et de rouilles

démembrés


Leur catatonie

est infâme

de lueurs

sous les salières

renversées,

les coupes de peau

brûlée)

*

(Carapace voulue

du crabe duc arable

dans les terres vertes d’ordre


L’orbe de la rose

tendue vers l’ailleurs


Frémissement de la soie

dans les froides contrées

du sel du mors de l’âne

bâté)

*

(Contritions malheureuses,

le viaduc par là passé

ne démord pas d’un brin


La recouvrance aride et l’aspic

vénéneux

capitulent face aux cent

irrésolus viatiques)

*

(Ce qui est si petit

étrange incertain


Un malaise au décor

les ombres de pluies

sadiennes


Ego démesure

Un tatouage de passage


Ce petit bout de loi

de roulis machinal)

*

L’émission est ensuite consacrée à l’invitée :

Danièle FAUGERAS qui vient présenter :

 

«  Polisseur d'étoiles » œuvre poétique complète de Federico García Lorca collection PO&PSY avec des encres de Anne Jaillette, dans une traduction nouvelle à une seule voix, la sienne, à elle, Danièle Faugeras. 1142 pages, 25 €.


Depuis longtemps cette directrice de la collection PO&PSY (avec Pascale Janot) chez éres éditeur à Toulouse, traduit les auteurs.

La traduction de l’œuvre poétique complète de LORCA fut une tâche passionnante qui l’occupa de façon discontinue dix années.

Il fallait en effet trouver la bonne condition pour restituer cette poésie une et variée... comme le poète lui-même "qui, au quotidien, se démultipliait en quatre ou cinq Federico - citadins, transfuges, cosmopolites, indolents, sensuels, tristes ou cérébraux "-, pour restituer cet "éclat pur du diamant de l'émotion" qu'il savait comme personne chercher dans une langue dont la modernité, la profondeur et la fantaisie s'accommodaient parfaitement de cette diversité.

Federico García Lorca (1898-1936) fut tout à la fois poète et dramaturge prolifique et talentueux, peintre, pianiste et compositeur.

Tous ceux qui l'on connu ont vu dans le poète un être génial. "Son œuvre maîtresse, c'était lui", a dit Buñuel, qui fut de ses amis comme maints autres créateurs : Salvador Dalí, Rafael Alberti, Manuel de Falla...

Son œuvre, profondément ancrée dans les paysages naturels et humains de son enfance, tout imprégnés de culture andalouse, et néanmoins en perpétuelle recherche, comme en témoigne l’implication du poète dans le mouvement d’avant-garde connu comme « génération de 27 », est une des expressions littéraires déterminantes du 20e siècle.

Il fallait une lecture à une seule voix pour tenter de restituer la richesse thématique et stylistique de cette écriture multiple et une, où se conjuguent modernité, profondeur et fantaisie.

C'est ce que Danièle FAUGERAS s'est employée à faire avec cette première version française de l'intégralité de l’œuvre versifiée de Federico García Lorca.

Federico García Lorca, né à Fuente Vaqueros, près de Grenade en 1898, est l’auteur d’une œuvre inachevée du fait de sa mort tragique, mais sur laquelle le temps n’a pas de prise. Il écrit des poèmes de façon ininterrompue, depuis ses premiers recueils de jeunesse : Livre de poèmes, Chansons (1920-1922) jusqu’à Poète à New-York (1929-1930, publié en 1940), en passant par le très célèbre Romancero gitan (1927).

Son engagement pour la cause de l’art dramatique, pendant le bref épisode de la République espagnole (1930-36) produira une œuvre dramatique originale couronnée par sa trilogie rurale : Noces de sang, Yerma, La Maison de Bernarda Alba.

La guerre civile de 1936 lui sera fatale : en août, il est abattu par des antirépublicains et son corps est jeté dans une fosse commune à Víznar.

Il faudra attendre la mort de Franco, en 1975, pour que soit levé l’interdit de parole sur l’œuvre et la mort de Federico García Lorca.

Lors de l’entretien avec Saint-Paul, Danièle FAUGERAS précise sa démarche. Traductrice, poète, elle avait découvert LORCA au lycée à Paris grâce à sa professeure d’espagnol Melle Bermejo (aujourd’hui disparue) qui affectionnait particulièrement les poètes contemporains espagnols en un temps où la barbarie qui a valu la mort à GARCIA LORCA sévissait encore en Espagne.

En 2006, l’œuvre de Federico GARCIA LORCA est passée dans le domaine public. C’est alors que Danièle FAUGERAS a voulu réaliser ce souhait de traduire en français la totalité de l’œuvre poétique du poète assassiné. Il fallait donner une perception d’ensemble de la totalité de cette œuvre à la fois unique dans son corpus et exceptionnellement variée. En effet, LORCA a exploré les possibilités de la langue à toutes les époques de son parcours poétique.

Alors que la parole de LORCA était interdite pendant la dictature franquiste, le travail de diffusion et de conservation de l’œuvre a toujours été fait par les éditeurs d’Amérique latine (Argentine et Brésil en particulier). Ce qui permettait à la plupart des foyers espagnols de posséder les livres écrits par LORCA.

Le génie du poète a été d’allier les choses les plus disparates et les plus contrastées. C’était ancré dans la tradition d’une Andalousie, très mal en point à son époque, mais vivante. LORCA était l’incarnation de l’avant-garde tout en étant un des meilleurs connaisseurs de la tradition andalouse. Danièle FAUGERAS a recherché toutes les références des comptines espagnoles, européennes, d’Amérique du Sud, andalouses, avec lesquelles il utilise des rappels et fait des allusions dans ses poèmes. Il a fallu recouper tous ces éléments là. Les annotations du livre « Polisseur d’étoiles » permettent d’obtenir toutes explications sur le texte. C’est un grand travail pédagogique. Pourtant, révèle Danièle FAUGERAS, la volonté était de privilégier surtout les textes et d’inviter le lecteur à se faire lui-même son sentiment sur ces textes. Mais, malgré tout, il fallait bien expliquer certaines choses. J’ai voulu aussi, poursuit la traductrice, attirer l’attention sur des travaux récents sur LORCA qui apportent un éclairage très neuf.

Saint-Paul évoque en citant Armand Guibert et Louis Parrot, la multiplicité des talents de LORCA musicien, peintre, poète, dramaturge, à qui il ne déplaisait pas de laisser croire à son origine gitane. La musique, la poésie ne sont qu’un seul moyen d’exprimer la pauvreté et la beauté des terres andalouses dont l’unité est faite de contrastes. Comme il y a plusieurs Espagne, il y a plusieurs Andalousie. Pour illustrer à la perfection ce sentiment si fort chez LORCA, Danièle FAUGERAS lit « Village » qui définit si bien l’Andalousie.


Village


Entre toi et toi va

le haut fleuve du ciel.



Sur les vieux acacias

dorment des oiseaux errants.


Et le clocher sabs cloches

(sainte Lucie de pierre)

s’ancre dans la dure terre.

*

LORCA est poly forme dans la poésie. En 2011, Po&Psy ont publié « Un grenier d’étoiles », poèmes les plus brefs et les moins connus de sa période de jeunesse. Mais il utilise aussi les formes longues, lyriques comme pour son ode à Salvador Dali, ou même classiques comme les sonnets, qui sont traduits en français avec les rimes.

On écoute Vicente PRADAL dans « Gacela de l’amor improvisto ».

En écho, Danièle FAUGERAS lit la traduction française :


Première Gacela de l’amour imprévu


Personne ne comprenait le parfum

de l’obscur magnolia de ton ventre.

Personne ne savait que tu martyrisais

un colibri d’amour entre tes dents.


Mille petits chevaux de Perse dormaient

sur le place baignée de lune de ton front,

tandis que moi j’enlaçais, quatre nuits

durant, ta taille, ennemie de la neige.


Entre jasmins et craie, ton regard

était une pâle gerbe de semences.

Moi, dedans mon cœur je cherchai pour toi

les lettres d’ivoire qui disent toujours.


Toujours, toujours : jardin de ma souffrance,

ton corps qui me fuira toujours, le sang

de tes veines en ma bouche, ta bouche

à présent sans lumière pour ma mort.

*

Lecture par Danièle FAUGERAS de sonnets, d’extraits du romancero, de poèmes à New York.

*

LORCA avait la prémonition de son destin. Il attrapait le monde dans sa réalité immédiate.

Son destin n’a rien d’étonnant. Il ne pouvait vivre dans le monde qui se préparait alors. Quand il a quitté Madrid pour rejoindre Grenade qui aurait pu être un refuge, il était déjà persuadé d’aller au rendez-vous de la mort. N’était-ce pas, s’interroge Danièle FAUGERAS, un sordide règlement de comptes par des gens qui appartenaient à la milice ? Une des personnes à l’origine de sa mort s’était vantée d’avoir privé sa famille de son petit génie. Le franquisme a favorisé les pulsions de cette nature à s’exprimer.

Mais LORCA a eu le temps de créer une œuvre ! Son théâtre est toujours joué dans le monde entier. Il appartient à la culture de l’humanité toute entière. Ses écrits ne vieilliront pas. Ils sont universels. Sous le temps très court de la République espagnole, il a fait connaître le théâtre espagnol jusqu’au fin fond des villages.


Beaucoup de ses poèmes sont adressés à quelqu’un. Ce sont des poèmes de circonstance ; les dédicaces sont scrupuleusement retranscrites. Et ce sont des poèmes intemporels ! Il introduit avec une habileté géniale des éléments de l’enfance, la sienne, celle des autres, l’enfance de l’Andalousie.

La traduction de toute l’œuvre poétique de LORCA ne fut jamais ennuyeuse, se plait à préciser Danièle FAUGERAS. La passion est restée intacte pendant les dix années de ce travail, car elle avait toujours la curiosité de découvrir où le vers allait l’amener. J’ai essayé à chaque fois de rendre au poème, dans sa forme changeante, son parti-pris, se réjouit la traductrice.


Lecture d’extraits du livre.

*

MONDE


Angle éternel,

la terre et le ciel.

Avec bissectrice de vent.


Angle immense,

le chemin droit.

Avec bissectrice de désir.


Les parallèles se rencontrent

dans le baiser.

Ô cœur

sans écho !


En toi commence et finit

l’univers.

*

PAYS

Jets d’eau des rêves

sans eaux

et sans fontaines !


On les voit du coin

de l’œil, jamais face

à face.


Comme toutes les choses

idéales, ils balancent

sur les marges pures

de la Mort.

*

ADIEUX

Je me dirai adieu

au carrefour

pour m'engager sur le chemin

de mon âme.


Réveillant souvenirs

et mauvais moments

j’arriverai au petit verger

de ma chanson blanche

et me mettrai à trembler comme

l’étoile du matin

*

ET ENSUITE

Les labyrinthes

que crée le temps

se dissipent.


(Il ne reste que

le désert.)


Le cœur,

source du désir,

se dissipe.

(Il ne reste que

le désert.)


L’illusion de l’aurore

et des baisers

se dissipent.


Il ne reste que

le désert.

Un onduleux

désert.

*

Élégie du silence

Juillet 1920


Silence, où mènes-tu

Ton cristal tout embué

De rires, de paroles

Et des sanglots de l’arbre ?

Comment laves-tu, silence,

La rosée des chansons

Et les taches sonores

Que les mers lointaines

Laissent sur la blancheur

Sereine de ta cape ?

Qui ferme tes blessures

Quand au-dessus des champs

Quelque vieille noria

Plante son dard indolent

Dans ton cristal immense ?

Où vas-tu si te blessent

Les cloches au couchant

Et troublent ton eau dormante

Les volées de couplets

Et le grand bruit doré

Qui tombe en sanglotant

Sur les monts azurés ?

L’air coupant de l’hiver

Met ton azur en pièces,

Et tes haies vives se brisent

Sous la plainte retenue

D’une froide fontaine.

Où que tu poses tes mains,

Tu trouves l’épine du rire

Ou bien le brûlant coup

De corne de la passion.

Si tu vas vers les astres,

Le bourdon solennel

Des oiseaux de l’azur

Rompt le bel équilibre

De ton crâne caché.

Et toi qui fuis le son

Tu es le son lui-même,

Fantôme d’harmonie,

Fumée de cri et chant.

Tu t’en viens pour nous dire

Par les nuits obscures

La parole infinie

Sans souffle et sans lèvres.

Tout perforé d’étoiles

Et mûri de musique,

Où mènes-tu, silence,

Ta douleur surhumaine

Douleur d’être captif

De la toile mélodique,

Aveugle à jamais, dès

Lors, ta source sacrée ?

Aujourd’hui tes ondes,

Troubles de pensée, emportent

La cendre sonore et

La douleur de jadis.

Les échos de ces cris

À jamais en allés.

Le vacarme lointain

De la mer, momifié.

Si Jéhovah s’endort,

Monte sur son trône brillant,

Casse-lui sur la tête

Une étoile éteinte,

Et finis-en avec

L’éternelle musique,

L’harmonie sonore

De la lumière, et puis

Reviens à la source

Où dans la nuit pérenne

D’avant Dieu et le Temps

Calme tu jaillissais.

*

Un cri vers Rome

Depuis la tour du Chrysler Building


Des pommes légèrement blessées

par de fines épées d’argent,

des nuages déchirés par une main de corail

qui porte sur le dos une amande de feu,

des poissons d’arsenic ainsi que des requins,

des requins comme des larmes pour aveugler une foule,

des roses qui blessent

et des aiguilles placées dans les canaux du sang,

des mondes ennemis et des amours couverts de vers

tomberont sur toi. Tomberont sur la grande coupole

qu’enduisent d’huile les langues militaires,

où un homme compisse une éblouissante colombe

en crachant du charbon concassé

entouré de milliers de clochettes.

Parce qu’il n’est plus personne pour partager pain et vin,

plus personne pour cultiver des herbes dans la bouche du mort,

plus personne pour ouvrir les draps du repos,

plus personne pour déplorer les blessures des éléphants.

Il n’y a plus qu’un million de forgerons

à forger des chaînes pour les enfants à venir.

Il n’y a plus qu’un million de menuisiers

qui fabriquent des cercueils sans croix.

Il n’y a plus qu’une foule gémissante

qui s’ouvre la chemise dans l’attente de la balle.

L’homme qui méprise la colombe devait parler,

devait crier tout nu au milieu des colonnes

et se faire une piqûre pour attraper la lèpre,

et verser des larmes assez terribles

pour dissoudre ses anneaux et ses téléphones de diamant.

Mais l’homme vêtu de blanc

ignore le mystère de l’épi,

ignore le gémissement de la parturiente,

ignore que le Christ peut encore donner de l’eau,

ignore que l’argent brûle le prodige du baiser

et donne le sang de l’agneau au bec idiot du faisan.

Les maîtres montrent aux enfants

une lumière merveilleuse qui vient de la montagne ;

mais à l’arrivée ce n’est que ramas de cloaques

où vocifèrent les nymphes obscures du choléra.

Les maîtres indiquent avec dévotion les énormes coupoles embaumées,

mais dessous les statues il n’y a pas d’amour,

il n’y a pas d’amour sous les yeux de cristal immuable.

L’amour est dans les chairs crevassées par la soif,

dans la hutte minuscule qui lutte contre l’inondation ;

l’amour est dans les fosses où luttent les serpents de la faim,

dans la triste mer qui berce les cadavres des mouettes

et dans le très obscur baiser lancinant sous les oreillers.

Mais le vieillard aux mains diaphanes

dira : amour, amour, amour,

acclamé par des millions de moribonds.

Dira : amour, amour, amour,

dans son drap d’or frémissant de tendresse ;

dira : paix, paix, paix,

parmi cliquetis de lames et mèches de dynamite.

Dira : amour, amour, amour,

jusqu’à ce que ses lèvres deviennent d’argent.

Pendant ce temps, pendant ce temps, ah ! pendant ce temps,

les nègres qui vident les crachoirs,

les enfants qui tremblent sous la terreur blême des directeurs,

les femmes noyées dans les huiles minérales,

la foule au marteau, au violon ou au nuage,

doit crier même si on lui éclate la cervelle sur le mur,

doit crier devant les coupoles,

doit crier folle de feu,

doit crier folle de neige,

doit crier, la tête pleine d’excréments,

doit crier comme toutes les nuits réunies,

doit crier avec sa voix si déchirée

jusqu’à ce que les villes tremblent comme des fillettes

et que s’ouvrent les prisons de l’huile et de la musique.

Parce que nous voulons notre pain quotidien,

fleur d’alisier et pérenne tendresse égrenée,

parce que nous voulons que s’accomplisse la volonté de la Terre

qui accorde à tous ses fruits.

* * *

Une vraie aubaine ce livre « Polisseur d’étoiles » : tous les poèmes de Garcia Lorca réunis en un seul volume, agréable, magnifiquement illustré et peu encombrant, au format poche, qui trouvera une place naturelle auprès des autres livres du poète espagnol qui marque son siècle et ceux à venir. Merci à Danièle Faugeras pour son travail de traduction et son implication d’éditrice !

 

   

 

 

 

 

 

 

James Sacre

 

Photo

 

 Jeanne Roux

 

 

 

 


 

 

 

James SACRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 24/03/2016




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Georges Cathalo

 

 

16/06/2016

 



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Gérard Zuchetto

 

 

 09/06/2016




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Gérard Zuchetto

 

 02/06/2016




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 26/05/2016




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Rebecca-Behar.

 

 

 

 19/05/2016




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Monique Lise Cohen

 

 

 

 

 12/05/2016




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Monique Lise Cohen

Les Juifs ont-ils du cœur ? Une intime extériorité

Éditions Orizons, 2016

Radio Occitanie,

émission de Christian Saint Paul et Claude Bretin,

Les poètes

jeudi 12 mai 2016


Ce livre vient au terme d’une longue histoire. Il est la suite d’un doctorat de lettres écrit sous la direction d’Henri Meschonnic, et qui fut soutenu en 1989 à l’Université de Paris VIII. Le titre de cette recherche était : Le thème de l’émancipation des Juifs, Archéologie de l’antisémitisme. La soutenance se déroula au commencement des célébrations du Bicentenaire de la Révolution française, et le livre issu de ce doctorat - Les Juifs ont-ils du cœur ? Précédé d’un texte d’Henri Meschonnnic, « Entre nature et histoire : les Juifs » - parut en 1992 aux éditions Vent Terral, toujours pendant cette période de commémorations.


Le doctorat et le livre suscitèrent une profonde incompréhension. Comment critiquer la philosophie des Lumières en pleine commémoration de la Révolution française ? Les Lumières et la Révolution n’étaient-elles pas venues pour « écraser l’infâme », comme disait Voltaire, et laisser grandir la liberté, l’égalité et la fraternité ? On reprocha à ce livre d’être contre les Droits de l’homme et pour le droit à la différence, à la façon de ce qu’on appelait à l’époque « la nouvelle droite ».


Mais le livre ne parle pas de ces questions. Il explique que « la religion du cœur » des Lumières célébrée par Diderot, Rousseau et Kant refuse l’écriture à l’infini des Juifs, parce qu’elle refuse toute écriture et toute littérature, parce qu’elle est une gnose. Et les écrivains des Lumière, sur ce constat d’un excès de l’écriture juive, disent qu’il vaudrait mieux qu’il n’y ait plus de Juifs sur terre. À cause de leur écriture. Cette analyse découle d’une lecture attentive des philosophes et écrivains des Lumières. Henri Meschonnic considéra ce travail de thèse comme une véritable recherche philologique.


Cette recherche n’est pas un rejet des Lumières, ni de la Révolution française, ni des Droits de l’homme. Mais l’approche d’un problème précis, « la religion du cœur » qui, sans être « un détail » de l’histoire, imprègne d’une hostilité gnostique à la Bible et à tout écriture les avancées de l’esprit, de l’histoire et de la littérature. Jusqu’à obscurcir la lecture des grands textes de la tradition, et particulièrement la Bible.

Or la Bible - Bible hébraïque et Nouveau Testament - dénonce très explicitement le chemin du cœur.


Que faire de ce double héritage : les lumières de l’esprit et la tradition biblique ?


Peut-être faudrait-il repenser notre tâche, à la manière dont en parlait Léo Strauss dans ses études sur Maïmonide ? La foi chrétienne maîtresse en Occident s’était développée loin des Lumières, et les Lumières avaient voulu bannir la foi au nom de la clarté rationnelle de l’esprit. Il faudrait aujourd’hui penser la foi et les Lumières en même temps, ce qu’avait fait en son temps Moïse Maïmonide. Et restaurer une pensée-parole prophétique, contre les chemins du cœur qui ont aboli ensemble la foi, la loi et les Lumières.

Ce chemin passe par l’écoute renouvelée de l’appel biblique à la circoncision du cœur. Une « intime extériorité » qui serait une réponse à cette question étrange : Les Juifs ont-ils du cœur ?


Quelle est la problématique du livre de Monique Lise Cohen ?

 

L’invitation à suivre son cœur apparaît aujourd’hui dans tous les discours, depuis le plus kitch jusqu’aux envolées sociales, politiques et historiques. Elle s’était déployée, à l’époque de la philosophie des Lumières, autour du projet d’une religion universelle et sans texte, que les Encyclopédistes et les Philosophes, Diderot, Rousseau et Kant, appelèrent du nom de « religion naturelle » ou « religion du cœur ».

Dans toutes les descriptions et analyses de cette religion pour l’humanité émancipée et régénérée, chez Diderot, Rousseau et Kant, le judaïsme apparaît comme l’anti-modèle, et les Juifs comme porteurs de nombreuses tares devant être éliminées grâce à une « régénération ».


Or la Bible (Bible hébraïque et Nouveau Testament) nous enseigne, à l’inverse, que le cœur de l’homme n’est pas bon, qu’il est ambivalent et que son penchant doit être corrigé. Et cette correction porte le nom de « circoncision du cœur »

Le principal reproche fait aux Juifs par les Lumières est celui d’un foisonnement littéraire qui obscurcit la bonne foi et entraine dans son sillage toutes les accusations antijuives et antisémites connues dans l’histoire.

Car le chemin du cœur serait celui de la transparence immédiate hors texte et hors langue. Un laisser-faire-laisser-passer où s’abolit le devoir être mais aussi le temps de la lecture lente, difficile et créative. Où nous reconnaissons les attaques contre l’écriture qu’avait dévoilées Jacques Derrida dans ses premières œuvres.

Comme l’écrivait Rousseau dans une lettre à Vernès : « La Bible est le plus sublime de tous les livres... mais enfin c’est un livre... ce n’est point sur quelques feuilles éparses qu’il faut aller chercher la loi de Dieu, mais dans le cœur de l’homme où sa main daigna l’écrire. »

Le judaïsme serait l’anti-modèle de la religion du cœur des Lumières. Le refus de l’écriture se grossit du discours antisémite et de façon général anti-biblique.


Ce chemin du cœur ira en s’approfondissant dans l’histoire européenne jusqu’à faire du cœur, en l’absence des grands idéologies, religions et traditions qui ont forgé cette histoire, le lieu stable d’une divinisation de l’homme.

Alors, nous rencontrons, pour notre temps, Heidegger qui affirme, comme les Lumières, que ce qui est stable et ferme en l’homme est le cœur, identifié au sacré et plus ancien que les dieux.

Comment entendre ces résonances qui lient, au nom du cœur, les Lumières et Heidegger ?


Que s’est-il passé entre le cœur des Lumières et le cœur selon Heidegger ? Le mouvement qui emporte le cœur va se muer en une auto-divinisation de l’homme qui n’a plus de comptes à rendre et qui reste seul dans son autosuffisance. Avec Heidegger, cette divinisation est achevée puisque la question de Dieu est effacée. Reste le cœur ou le sacré plus ancien que les dieux.


C’est un long parcours à travers le texte biblique qui pourrait nous éclairer. La Bible enseigne que le cœur n’est pas bon, qu’il est malade et plein de détours. Et qu’il doit être circoncis. Quelle est la signification de cette étrange opération à laquelle Henri Meschonnic avait donné le nom d’une « intime extériorité » ?


Un parcours biblique peut nous éclairer sur ces questions


Depuis la Philosophie des Lumières, l’Occident laisse croire en la bonté du cœur


« La Bible est le plus sublime de tous les livres... mais enfin c’est un livre... ce n’est point sur quelques feuilles éparses qu’il faut aller chercher la loi de Dieu, mais dans le cœur de l’homme où sa main daigna l’écrire. »

Jean-Jacques Rousseau (Lettre à Vernes)



Les textes du Nouveau Testament évoquent la malignité du cœur en se référant à la loi de Moïse



« Car c’est du dedans, c’est du cœur des hommes que sortent les mauvaises pensées, débauches, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, ruse, dérèglement, regard envieux, calomnie, orgueil, déraison. Toutes ces vilenies sortent du dedans et rendent l’homme impur. »

Évangile de Marc (7, 21-23)


« Ce que j’enseigne ne vient pas de moi mais de Celui qui m’a envoyé. Si quelqu’un veut faire sa volonté, il connaîtra au sujet de ce que j’enseigne si cela vient de Dieu ou bien si moi je parle en tirant cela de mon propre cœur. Celui qui parle en tirant ce qu’il enseigne de son propre cœur recherche sa propre gloire, mais celui qui recherche la gloire de celui qui l’a envoyé, celui-là est véridique et il n’y a pas d’injustice en lui. Est-ce que Moïse ne vous a pas donné l’instruction et la norme ? »

Évangile de Jean (7, 16-19)


On traduit en général « de mon propre chef » ce que laisse penser le texte grec des Évangiles, mais Claude Tresmontant propose cette traduction « de mon propre cœur », à partir d’une rétroversion hébraïque évidente. Nous lisons en Nombres (16, 28) : « Alors Moïse dit : Par cela vous reconnaîtrez qui est l’Éternel qui m’a donné mission d’accomplir toutes ces choses, et que ce n’est pas de mon propre cœur (en hébreu : ki lo milibi). »

Cette expression hébraïque a été traduite dans la Bible des Septante : « oti ouk ap emautou » = « en venant de moi-même »

Or c’est la même formule que l’on retrouve dans le grec de l’Évangile de Jean : « poteron ek tou teou estin e ego ap emautou lalo. »

Il paraît ainsi évident que le grec « de moi-même » ou « de mon propre chef » traduit l’hébreu « de mon propre cœur ».



Quelle est la loi de Moïse concernant le cœur ?



« Parle aux enfant d’Israël et dis-leur de se faire des franges aux ailes de leurs vêtements dans toutes les générations et d’ajouter à la frange de chaque coin un cordon d’azur. Cela formera pour vous des franges, vous les regarderez et vous vous rappellerez tous les commandements de l’Éternel, afin que vous les exécutiez et ne vous égariez pas à la suite de votre cœur et de vos yeux qui vous entraînent à l’infidélité. »

Nombres (15, 39)


Le Livre des 613 commandements, Sefer Ha’hinou’h, classe ce commandement dans la rubrique « sorcellerie, relations avec les idolâtres » et précise que le penchant des yeux conduit à l’impudicité et le penchant du cœur à l’apostasie.



Le cœur de l’homme



« L’Éternel vit que les méfaits de l’homme se multipliaient sur la terre, et que le produit des pensées de son cœur était uniquement, constamment mauvais ; et l’Éternel se ravisa d’avoir créé l’homme sur la terre, et il s’affligea vers son cœur. Et l’Éternel dit : J’effacerai l’homme que j’ai créé de dessus la face de la terre ; depuis l’homme jusqu’à la bête, jusqu’au reptile, jusqu’à l’oiseau du ciel, car je regrette de les avoir faits. Mais Noé trouva grâce aux yeux de l’Éternel. »

Genèse (6, 5)



Que faire de son cœur?



« L’Éternel dit à son cœur » (Genèse 8, 21).

Les scélérats sont prisonniers de leur cœur. Ainsi « l’insensé dit dans son cœur » (Ps. 14, 1), « Esaü dit dans son cœur »(Genèse 27, 41), « Jéroboam dit dans son cœur » (I Rois 12, 26), « Aman dit dans son cœur » (Esther 6, 6). Par contre les justes disposent de leur cœur. Ainsi « Hana parlait à son cœur » (I Samuel 1, 13), « David dit à son cœur » (ibid. 27, 1), « Daniel imposa à son cœur » (Daniel 1, 8), « L’Éternel dit à son cœur »...

Midrach Rabba (Éditions Verdier, page 356)



Aimer Dieu avec tout son cœur


« Tu aimeras l’Éternel ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et avec tout ton pouvoir. »

Deutéronome (6, 5)


Rachi commente ainsi ce verset : « De tout ton cœur (levavekha, avec deux v (beit) et non levakha) : avec tes deux penchants (= le penchant du bien et le penchant du mal). Autre explication : que ton cœur ne soit pas divisé à l’égard de Dieu. »



La circoncision du cœur


« Le Juif ce n’est pas celui qui en a les apparences ; et la circoncision, ce n’est pas celle qui est apparente dans la chair. Mais le Juif, c’est celui qui l’est intérieurement ; et la circoncision, c’est celle du cœur, selon l’esprit et non selon la lettre. La louange de ce Juif ne vient pas des hommes, mais de Dieu. »

Epître aux Romains (2, 28-29)


« Vous circoncirez donc le prépuce de votre cœur et vous ne raidirez plus votre nuque. Car le Seigneur votre Dieu est le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand puissant et redoutable, qui ne fait acception de personne ; il est incorruptible. » Deutéronome (10, 16-17)


« Le Seigneur ton Dieu circoncira ton cœur et le cœur de ta descendance, afin que tu aimes le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme, pour que tu vives. »

Deutéronome (30,6)




 


 

 

 

Jacques ARLET

 

 

 

 5/05/2016




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photo Louis Monier

 

Roland NADAUS

 

 

 

 

 28/04/2016




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Les troubadours ont marqué de façon indélébile la culture occitane. Des créateurs contemporains font revivre avec force leurs œuvres. C’est ainsi que Francis PORNON reprenant l’héritage de René NELLI publie un roman sur Ramon de Miraval, que Michel COSEM écrit sur le troubadour toulousain Peire Vidal et que le compositeur Gérard ZUCHETTO dirige avec génie le groupe TROUBADOURS ART ENSEMBLE et reprend les chants des troubadours. L’émission débute donc avec la vois de Gérard ZUCHETTO qui chante Peire Vidal « Pas tornatz » (TROBA VOX éd. « Performing Trobar Troubadours Art Ensemble Lirica Mediterranea »).

L’émission est ensuite entièrement consacrée à l’invité :

Roland NADAUS.

Poète, romancier, pamphlétaire, conteur, Roland Nadaus a publié sous son nom une soixantaine d’ouvrages. Il collabore à de nombreuses revues en France et à l’étranger et figure dans plusieurs anthologies. Il a aussi bâti une ville dont il fut élu 31 ans, et où il a créé une Maison de la Poésie (Guyancourt/St—Quentin-en-Yvelines) qui vient hélas d’être fermée après 13 ans d’activité intense…. Il a animé une émission mensuelle sur RCF pendant ces six dernières années : « Dieu écoute les poètes », collabore à plusieurs revues francophones et est présent dans de nombreuses anthologies de poésie. Les plus récentes : « Poésie de langue française » (Jean Orizet, Le Cherche Midi) ; « L’insurrection poétique, un manifeste pour vivre ici » (Bruno Doucey) ; « Charlibre » et « L’insurrection poétique » (Corps-Puce). La revue Poésie sur Seine lui a consacré son n° de décembre 2015.

Prix international de poésie Antonio Viccaro (« Prix des 3 canettes ») décerné lors du Marché de la Poésie de Paris en relation avec le Festival International de Trois-Rivières (Québec) dont il fut l’invité. Grand Prix de l’Académie de Versailles et d’Ile-de-France « pour l’ensemble de son œuvre ». Officier des Arts et Lettres. Chevalier de la Légion d’Honneur. Officier des Palmes Académique. Et il ajoute, en fin d’émission : abonné au gaz, à l’électricité, à l’internet, au téléphone et…à l’espérance.

Dernières parutions : « D’un bocage, l’autre » (Editions Henry)

« Un cadastre d’enfance –et quelques-unes de ses parcelles » (Ed. Henry, réédition)

« Vivre quand même parce que c’est comme ça » (Ed. Gros Textes, réédition)

« Pour le réalyrisme », manifeste-pamphlet (Corps-Puce éditeur, réédition)

Il a publié à ce jour cette soixantaine d’ouvrages qui finissent par constituer une œuvre, dont voici la liste :

POESIE :

Maison de paroles, Mercure de France, 1969 *

A un clerc de Babel, Lieu Commun, 1972 *

Monde tel, préface de Pierre Leyris, Pierre Jean Oswald, 1975 *

21 placards en forme de poing et de main, Fond de la ville, 1976 *

Petites comptines pour un gros cochon, Le Dé bleu, 1977 *

Jours à la colle, La Surgeôlière, 1977 *

Douze cocktails à servir pour réussir dans l'hexagonerie poétique (plus un

treizième), Incandescence, 1978 *

Pour un manifeste du réalyrisme..., 1978 *

39 prières pour le commun du temps, Jacques Brémond, 1979

Ecrits d'avant l'écriture, La Bartavelle, 1991*

Premier cahier de préhistoire, Verso, 1991 *

Je ne tutoie que Dieu et ma femme, Jacques Brémond, 1992

Dictionnaire initiatique de l'orant, préface d’Edmond Humeau ; La Bartavelle, 1993 *

Lettre à Saint Glinglin, Jacques Brémond, 1995

Esopiennes, fables en prose, La Bartavelle, 1996*

19 quintils pour finir le siècle ici (plus un pour survivre), Clapàs, 1997 *

365 petits quintils (plus 1 pour les années bissextiles), Jacques Brémond, 1997*

En cas d'urgence, quintils, Gros Textes, 1999*

Prières pour les jours ordinaires, Editions de l'Atelier, 1999

Le chat (du Chester) d'Alice, Alain Benoît, 1999*

Tableaux d'une exposition de Modest M., La Bartavelle, 2000*

Giai-Miniet / Nadaus, Del Arco, 2000*

Qu'la Commune n’est pas morte, Encres vives, 2001

Nadaus / Giai-Miniet, Ed. Ça presse, 2001*

Le sentiment du pas grand-chose, Clapàs, 2002

Dieu en miettes, La porte, 2002

Con d’homme et autres jeux de langue d’ô, Revue Ficelle, 2002, illustrations de Scanreigh

Vivre quand même parce que c’est comme ça (anthologie par Jacques Fournier) Le Dé Bleu, 2004, couverture de Ben-Ami Koller*

Guérir par les mots (Poèmes médicaux médicinaux et pharmaceutiques), Cadex, 2004, vignettes de Lewigue

Les grandes inventions de la Préhistoire, poèmes en prose ; Ed. Corps Puce, 2008

Prières d’un recommençant, poèmes ; Editions de l’Atlantique, 2009*

Les escargots sont des héros, (illustrations de Sophie Clothilde) ; Soc et Foc, 2009

Vivre quand même parce que c’est comme ça(Le Dé Bleu), réédition augmentée (couverture de Giai-Miniet) Gros Textes 2012

Un cadastre d’enfance –et quelques-unes de ses parcelles (couverture Isabelle Clément) ; Editions Henry, 2013

Sonnet du masque à gaz (sur une gravure de Giai-Miniet) ; Editions du Nain qui tousse, 2014

D’un bocage, l’autre (couverture Isabelle Clément) ; Editions Henry, 2014

ROMANS, PAMPHLETS et autres :

Journal-vrac, Rupture 1981 *

Malamavie, Rupture 1982 *

Papaclodo, Rupture 1982 *

Lettre aux derniers mohicans de la République, Jacques Brémond, 1992

Dictionnaire du jargot des cibistes, Lacour, 1997*

K.K. Boudin 1er, roi d'Etronie, La Bartavelle, 1997 *

L'homme que tuèrent les mouches, Gaïa, 1996

Le regard du chien, Gaïa, 1997

Le cimetière des sans-noms, Gaïa, 1999

On meurt même au Sénat, Nykta, 1999

Je ne veux pas mourir yanki, Les Cahiers bleus, 2000*

La guerre des taupes, Les Promeneurs Solitaires éd. 2007

Devine d’où je t’écris, « fablépîtres », Thomas Ragage éd.2008*

Confessions d’un whiskymane français ; Monde Global éd., 2008

Pour le réalyrisme, manifeste-pamphlet, Corps Puce éd. (1981/2012)

Les anonymes de l’Evangile, roman, Editions du Signe, 2012

CONTES ET CHANSONS :

Contenrêves, Didascol 1980 *

Contahue, Les Francas 1982 *

Contadia, Les Francas 1982 *

Tortue et la caverne, Utovie 1986*

Mélodine et Amuselle, Armand Colin 1981 *

Loup Gouloup et la lune, Bayard, 2002 et 2007 et 2013 (et 2011 pour la version italienne : Lupo Mangione é la luna).

Dans l'oreille du géant, Atelier du poisson soluble, 2002

La pieuvre qui faisait bouger la mer, Soc et Foc, 2009

NOMBREUSES ANTHOLOGIES

(*) Épuisés

*****

L’entretien avec Christian Saint-Paul s’amorce par la lecture d’un extrait de « Villes et Vies » publié à Encres Vives. En effet dans « vivre quand même parce que c’est comme ça » (Gros Textes éd.) l’anthologie réalisée par Jacques Fournier, Roland NADAUS a mis en exergue cette phrase d’Aimé CESAIRE : « Créer un poème et créer une ville, c’est un peu la même chose ». Car Roland NADAUS est un poète atypique, de ceux qui sont l’honneur de la poésie. L’image du poète éthéré dans ses limbes ou dans la majesté de son œuvre en marche, n’est pas celle qui s’attache à lui. Certains poètes reconnus sont avant tout des mystificateurs, même si, au fond, leur création poétique, souvent bien supérieure à l’homme, n’en souffre pas trop. Roland NADAUS, lui, s’est toute sa vie confronté avec la dure réalité de la vie des hommes. Il les a servis. Il n’a pas servi que la poésie. Ce fut le maire qui créa une des cinq grandes villes nouvelles autour de Paris : Saint-Quentin-en-Yvelines. Aimé Césaire, explique Roland Nadaus, a complètement transformé sa ville Fort de France à la Martinique, en en faisant une tête de pont, au moment même où il faisait une tête de pont de son langage. Aimé Césaire ne peut être réduit à la seule idée de la négritude. Le poète comme le bâtisseur de ville, dresse des plans, qui parfois le dépassent, c’est le cas en poésie, mais il vaut mieux que ce ne soit pas le cas dans la ville. Il y a un geste commun entre la poésie et le bâtisseur de ville, Aimé Césaire l’a bien saisi. Roland Nadaus qui a exercé les mandats politiques précisés en début de ce compte-rendu, est un homme d’action. Une de mes vies a été une vie politique, dit-il. Mais je ne suis pas venu au monde pour ça. Dès l’adolescence, j’ai perçu que j’étais venu au monde pour être poète. Mais, issu d’un monde très dur, je me suis lancé dans une autre orientation, mais les deux n’ont cessé de se combattre et de se nourrir. Edmond HUMEAU que Roland Nadaus a connu à « La Tour de Feu », disait : « la contradiction, c’est la vie ». Quand il n’y a plus contradiction, c’est la mort. Et donc, poursuit Roland Nadaus, cette contradiction a été parfois positive, parfois négative, mais ce qui est sûr, c’est que sans la poésie, je n’aurais pas supporté la politique, et sans la politique, je n’aurais peut-être pas continué à écrire de la poésie. Des romans, des pamphlets, oui, mais la poésie peut-être pas. « La poésie m’a sauvé de la politique » révèle Roland Nadaus lors d’un entretien. Il développe : je suis entré en politique après un long périple dans les mouvements d’éducation populaire, puis dans les syndicats, mais sans envisager à l’époque d’avoir les responsabilités que j’ai eues longtemps. C’était pas mon truc. Je partais sur des idées simples, de justice, de fraternité, de culture, d’amour de la langue et des langues, de leur histoire, avec l’envie de devenir moi aussi un créateur. Puis la vie politique m’a rattrapé. Car je vivais dans un territoire ancien qui est devenu d’un seul coup, une grande agglomération. En une génération, nous sommes passés de 1000 habitants à 250 000 ! Tout cela aurait pu m’étouffer. J’avais une idée un peu folle de l’humanité. Récemment, confie-t-il, j’en parlais avec Michel Baglin. Nous sommes d’abord des humains humanistes, croyants ou pas. Or, cette idée je la porte à l’incandescence avec la poésie. Il y avait derrière : Baudelaire, Rimbaud, Saint Pol Roux et quelques autres, et la politique de ce point de vue là, dans les tout débuts, c’était une façon de vivre l’existence poétique quotidienne, puis j’ai découvert au fur et à mesure que s’accumulaient les responsabilités, en particulier dans le domaine de la gestion, qu’il n’y avait pas que des poètes... Mais j’ai découvert bien plus tard que dans le petit monde de la poésie, ce n’était pas tellement mieux ... L’idée convenue du poète éthéré est une idée fausse. La poésie engagée a donné de grands poèmes, notamment dans la Résistance, mais en même temps, elle a donné des gages de servilité aux idéologies. Il y a eu des odes à Staline.
Lecture d’
Extraits de la Petite Genèse.

1. Et ce jour-là, Dieu-le-Verbe prit de la fine poudre d’argile qu’on nommait Kaolin, et il fit un homme blanc - et Il vit que cela était bon.

2. Alors Dieu dit : »Faisons un homme noir à l’image du blanc selon sa ressemblance, afin qu’il soit son frère d’ombre,

3.et Dieu prit une poignée de tourbe et Dieu fit comme il avait dit, et Il vit que c’était bon.

4. Dieu dit : « Il n’est pas sain que ce deux-là soient seuls. Je veux leur faire un autre frère de couleur afin qu’ils appartiennent à Me connaître sous toutes Mes formes et apparences »

5. et Il façonna une motte de lœss qu’Il prit sur les bords du Fleuve Jaune, et Il lui insuffla dans ses narines une haleine de vie, et Il vit que cela était bon.

6. Alors Dieu fit tomber une torpeur sur Ses trois créatures et, pour leur faire une bonne surprise à leur réveil, Il décida de leur donner un quatrième frère de couleur rouge

7. et Il prit un peu de marne en Ses mains d’où naquit l’indien, et Dieu vit que cela aussi était bon.

8. A leur réveil, les quatre frères commencèrent à se chamailler et Dieu, en Sa bonté, décida de leur offrir un autre être encore, afin qu’ils puissent apaiser sur celui-ci leurs colères

9. et faisant un mélange des restes de kaolin, de tourbe, de lœss et de marne, il créa le juif et Il vit que cela était bon

10. car les quatre frères ne se disputaient plus entre eux mais passaient fraternellement leur éternité à bâtir des pièges et à inventer des tortures pour que le juif y succombe

11. alors Dieu vit tout ce qu’Il avait fait, et voici qu’Il décida de chômer un peu et Il s’endormit, et Il vit que cela aussi était très bon.

12. A son réveil, Dieu dit : « Mon œuvre sent la merde : l’homme aurait donc été capable d’inventer quelque chose tout seul » et c’était vrai : Ses cinq créatures avaient tant et tant déféqué, pendant Son sommeil, que le Paradis n’était plus qu’une gigantesque latrine.

13. Alors Dieu prit entre Ses mains toute cette merde humaine, et Il en modela le poète ; et Il vit que c’était bon, que c’était même le meilleur parce que, enfin, la matière allait redevenir Verbe...

***

Jacques Fournier qui préface avec brio l’anthologie « vivre quand même parce que c’est comme ça » chez Gros Textes, fait ressortir les principales préoccupations de Roland Nadaus : Dieu,  la merde, la fraternité humaine, l’harmonie, la mort. Ce sont ses obsessions et quoi qu’il écrive, il les vit en poète.

Jacques Fournier, précise Roland Nadaus, a été directeur de la Maison de la Poésie de Saint-Quentin en Yvelines où lui, était maire. Cette Maison a été fermée, une décision à 1 voix près, par la nouvelle gouvernance de la Communauté d’agglomération. Elle avait été inaugurée par Jean Rousselot le 14 février 2002, jour de la Saint-Valentin, avec la ministre de la culture et la grande Résistante Lise London. Jean Rousselot a donné son nom à la médiathèque. Elle était gérée en régie directe, comme celle de Paris, par la ville, alors que les autres Maisons de la Poésie sont gérées par des associations.

Je l’avoue, dit Roland Nadaus, sans jouer un lyrisme d’escargot, passant devant cette Maison de la Poésie que l’on a fermé, j’ai pleuré. On peut bien le dire quand même !

Le jour de l’inauguration, Jean Rousselot était déjà très malade. Nous avions mis en œuvre un système d’assistance médicale. Mais à peine monté dans l’ascenseur, ce dernier est tombé en panne entre deux étages ! Le 4 mai 2004, Jean Rousselot décédait, juste après qu’on lui ait fêté son anniversaire. Rousselot, qui laisse une œuvre et qui avait beaucoup travaillé pour cela, avait une obsession : peut-être que très vite, il ne resterait plus rien de cela. Donc, nous, nous avons une responsabilité, celle de contribuer à faire survivre l’œuvre. La ville de Saint-Quentin en Yvelines, pour l’inauguration de la médiathèque et Maison de la Poésie Jean Rousselot, a financé un film sur lui. Nous avions des traits communs, reconnaît Roland Nadaus. Je me suis fait voler en revenant de son domicile à l’Etang-la-Ville, tous les livres qu’il m’avait dédicacés. Aujourd’hui encore, j’ai mal de cela. Je n’ai pu lui avouer d’avoir été victime de ce vol que quelques jours avant sa mort. C’était un personnage ! Il avait été commissaire de polie, trotskyste, Résistant, fabricant de faux papiers, Président de la SGL. Il découvrit que l’URSS n’était pas celle à laquelle il croyait. C’était un vrai homme de lettres et un poète qui a sa voix. Il fut très proche de René-Guy Cadou. C’est Jean Rousselot, intervient Saint-Paul, qui m’a donné cette passion de connaître tous les poètes. Il y avait, à cette époque, peu de poètes comme lui, capables de s’intéresser à tout et de connaître un très grand nombre de poètes, dans les détails. « La poésie ne m’a pas fait vivre, elle a été pourtant à mes yeux la seule preuve que j’existe » a-t-il écrit.
François Huglo, Jean-Marie Levigue, peintre, ont dépeint un grand séducteur dans la vie sociale.

Lecture de « De la poésie par les simples » ; les simples étant des herbes.

La Poésie, traitement du mal par le beau, est une thérapeutique millénaire indistinctement utilisée par les derniers premiers hommes que par le dernier des derniers.

Outre son aspect médico-sociétal, la Poésie prend une dimension cosmique à travers différentes pratiques, religieuses ou magiques, mais aussi en tant qu’élément de la vie chaotidienne. Don du Cierre ou de la Tiel, selon la posture ontologique de chacun -.

Symbole de régénération autant que de fermentation autistique, manifestation de l’Energie Créative, la Poésie est partie intégrante de notre environnement surnaturellement réaliste : il y a en effet dans la Poésie des ressources que l’homme ne peut puiser ailleurs que dans la femme.

Avec l’avènement des néo-post-modernes, l’homme a fait de grands progrès dans la non-connaissance des non-lois esthétiques. La médecine artistique s’est ainsi développée dans une certaine forme de non-pensée ma non troppo pensée, amenant de réels méfaits à l’humanité ma non troppo souffrante. Le petit-bourgeoisisme enculâtro-fellationnel a pu ainsi développer ses tantes-à-cul totalitaires.

De nombreuses thérapeutiques empirico-révélées, en particulier l’utilisation des simples, disparurent de l’enseignement officiel et ne se transmettant plus que par la persévérance de certains praticiens du langage convaincus du bien-fondé de ces techniques d’amour qu’on nomme « poèmes ».

Grâce à la non-demande d’un non-public non-déçu par ce qu’il ne connaissait pas, mais grâce à quelques belles approches revuistes, la Poésie, médecine par les simples, tend à retrouver la place qu’elle mérite dans le traitement des maladies d’être et la prévention des furonculoses existentielles.

***

En conclusion

Le principal reproche qu’on puisse adresser à la Poésie, c’est les poètes.

Guérir par les mots (Poèmes médicinaux et pharmaceutiques), Cadex, 2004

****

Voici en quels termes Roland NADAUS évoque ce traumatisme de la fermeture de la Maison de la Poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines :

SPLENDEUR ET MISERE D’ERATO

Je sais bien que comme l’écrit Brice Parain « la vie privée ne saurait servir de preuve». Mais en l’occurrence vie privée et vie publique se sont croisées : la Poésie en fut cause. Je n’évoquerai ici que deux de ces occurrences : la Maison de la Poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines et le sort fait à mon dernier recueil paru par certaine presse régionale.

Mais d’abord cette douleur et cette colère ‒ cette preuve aussi que la poésie est bien située dans le champ social et politique : un des premiers actes de la nouvelle majorité qui, à une voix près, gouverne l’Agglo de St-Quentin-en-Yvelines (SQY) a été de fermer La Maison de la Poésie ! J’avais fait bâtir à cette maison il y a plus de quinze ans lorsque, président de l’agglo, j’avais décidé de démissionner pour passer le relais à un successeur. Les années précédentes j’avais inauguré plus de 150 équipements publics, une Université, un Théâtre scène nationale, etc. (et je ne compte pas les implantations d’entreprises comme le Technocentre Renault et tant d’autres). Mais si je n’ai accompli cet acte qu’en fin de mandat (alors que je venais d’être réélu) c’est parce que j’avais été sérieusement échaudé par des refus ‒ parfois virulents‒ lorsqu’il s’était agi d’édifier un nouveau théâtre et de créer une université, par exemple. Les attaques furent violentes et bien souvent mensongères voire calomnieuses. Alors vous pensez : une Maison de la Poésie ! ‒ Même si ce ne devait être qu’un modeste équipement adossé à la future médiathèque Jean Rousselot, à une maison de quartier et une salle d’exposition, mille fois plus grandes…

J’obtins un vote positif avec l’assentiment (partiel mais solidaire) de la majorité et l’abstention d’une toute petite partie de l’opposition d’alors. Par contre le gros de celle-ci se déchaîna et, outre quelques injures sur « la danseuse de Nadaus », plusieurs mensonges répandus dans la presse, j’eus droit aux honneurs (!) du mensuel national « Capital » ‒ bien connu pour son attention à la Culture et sa très vive curiosité de la Poésie… Le refrain était le même mais le mensuel y ajouta la perfidie d’un bref extrait d’un de mes poèmes, érotique certes mais devenu pornographique puisque sorti de son contexte : un recueil autour de la… Préhistoire !

Mais j’eus la joie de voir cette Maison de la Poésie inaugurée par Jean Rousselot, en compagnie de Lise London et de la ministre Catherine Tasca. En présence de plus d’un millier de personnes. Et dans mon discours de réponse, j’ai même lu un poème : on m’a rapporté que le maire de Versailles accompagné de son adjoint à la culture, deux de ces rares hommes cultivés dans le paysage politique d’alors (mais ils sont encore moins nombreux aujourd’hui) eurent un échange sur le thème : «Ah, Roland a raison et il a bien du courage, les Versaillais sont trop cons pour accepter ça… ». Mais ce serait trop long à raconter ici : sinon que, preuve par neuf d’un équipement public aujourd’hui en friches, la Poésie a une dimension irrémédiablement politique. Dès l’origine. À moins de la cantonner dans sa version décorative, style pompier ou masturbation laborantesque : petits oiseaux, rimes d’infortune, gazouillis de salon ou incompréhensibles chiures de mouches à épater les gogos.

Pendant une quinzaine d’années, sous la direction de Jacques Fournier (que recruta mon successeur) la Maison mena cent-mille actions, accueillit plus de trois-cents poètes (en les défrayant voire en les rémunérant, ce qui est plutôt rare n’est-ce pas ?). Sa petite salle de spectacles (une centaine de places) avec son bar et sa galerie-couloir, entendit et partagea des voix, des œuvres, des créations d’une grande diversité : le directeur jamais ne fut soumis à aucune injonction. Et surtout pas de ma part.

 

Mais voilà : les opposants hargneux d’hier deviennent en 2014 la majorité revancharde d’aujourd’hui. Et ayant commandé un audit (c-à-d ses résultats !) Ils décident de fermer la Maison, la seule en France, me semble-t-il, à être directement gérée par une collectivité publique. Et siège de la Fédération des Maisons de Poésie En prétextant, entre autres, qu’elle n’accueille qu’une centaine de personnes par spectacle, oubliant volontairement les 3500 autres, chaque année, dans les écoles, collèges, lycées, centres de loisirs, maisons de retraite, établissements d’insertion, librairies, universités, etc. ‒dont la prison de Bois-d’Arcy ! Mais vous l’aurez compris : plutôt rien qu’une Vraie Maison ! la Poésie au trottoir ! Je suis passé il y a quelques jours devant le bâtiment : une toute petite porte vitrée fermée à clé avec, pour combien de temps, du mobilier urbain sur lequel on peut encore lire un poème. La médiathèque Jean Rousselot ne désemplit pas. La maison de quartier Théodore Monod vit une vie de ruche. La salle d’exposition accueille de très grands artistes autant que des écoliers et des amateurs. Mais la Maison de la Poésie, les « Ils » l’ont fermée. Employés licenciés sauf quelques titulaires reclassés. Toute une équipe démantelée. Un public déboussolé. Et après vous oserez dire que la Poésie n’a rien à voir avec la Politique ‒ ni la Philosophie‒ ? Ce matin-là, devant la porte close, un instant j’ai pleuré.

Et puis je suis retourné dans mon bocage, vite fait. Mais bocage si vite défait lui aussi… C’est là ‒ « Ici » pour moi désormais‒ que j’ai écrit à trente ans d’intervalle ce recueil double « D’un bocage l’autre » (Ed. Henry). Dans la première partie, j’évoque ce paysage rural qui est aussi un paysage intérieur : j’ai écrit ça avant que l’imprimeur de mon éditeur d’alors ne fût emprisonné pour une des plus grosses affaires de fausse monnaie. Du coup, voyez ma chance, le recueil ne fut disponible que pour un modeste service de presse (élogieux au demeurant) tout le reste étant mis sous séquestre. Et donc aucune diffusion. Plusieurs années après, un site Internet me demande d’en publier des extraits. Je relis la chose. Et découvre avec horreur que mon bocage n’est plus du tout le même ! Alors j’écris quelques nouveaux poèmes en prose pour crier ma douleur et ma colère. Voici la version 1 de « Bocages » :

ARCHIPEL DU BOCAGE

        C'est mon île. L'archipel de mes yeux. Tous ces prés entre haies vives   -Et ces champs où marcher c'est revivre, parce que la boue colle à la vie comme cette herbe aux pattes des bêtes entre ruisseaux lourds et prés mûrs.

  C'est mon île. -Je n'y mourrai pas : on ne meurt jamais là où c'est déjà revivre  -tous les ressuscités vous le diront.

  Mon île, mon bocage. L'archipel de ma vie. Mes îles vertes sous le vent, ma pluie.

         ‒J'en suis bête comme un amoureux.

Et voici la version 2 qui commence ainsi :

LE GRAND MASSACRE

Le Grand Massacre a commencé.

Ce matin nous avons été réveillés par le chant des tronçonneuses. Ont vite

suivi les craquements des émousses et des chênes -qu'on abat. Puis le bruit sourd de leur

effondrement. …/…

Des engins de travaux publics ont poursuivi le carnage. J'ai bien cru que Jésus-la-Rouille, sur son calvaire de granit, allait y passer lui aussi. Mais le bulldozer s'est arrêté à ses pieds.

À la fin de la journée, tandis que le cou du soleil rougeoyait encore, on voyait des fumées noires monter des bûchers. L'odeur violente des branches, des feuilles, des brindilles, arrosées d’huile de vidange pour mieux flamber, et le crépitement de la sève, brûlée vive, donnaient envie de vomir.

Aucun corbeau, aucune corneille -pas même une buse : tous faisaient le détour.

Dans la nuit clairsemée de braises, seule une dame blanche a traversé le champ de notre regard fasciné -et larmoyant.

***

Eh bien même si un hebdo régional eut le courage de me consacrer presque toute une page, je m’entendis signifier par un rédacteur en chef gêné (qui avait pourtant recensé plusieurs de mes livres précédents) : « Non, vous comprenez notre journal ne peut pas se fâcher avec la FNSEA »… Quant aux autres de la PQR, ils n’eurent même pas le courage de m’avouer que c’était « ça ».

Eh bien ce « ça » se nomme Poésie. Quand les mains ont des mots. Quand les mots ont des mains. Sans les confondre cependant. Sans les confondre. À la veille des élections départementales puis régionales, interrogé par une journaliste, j’ai proposé qu’il y ait dans chaque région au moins une Maison de la Poésie et, dans les grandes, au moins une par département. Aujourd’hui on en ferme.

Roland Nadaus

Une autre émission, plus spécialement orientée vers la lecture de poèmes, sera consacrée à Roland Nadaus.

Roland NADAUS 
ses publications récentes :
voir doc1
 
voir doc2   



Inauguration de la Maison de la Poésie à Saint-Quentin en Yvelines
par Jean Rousselot et Roland Nadaus



photo Louis Monier

 

Roland NADAUS

 

 

   

 

 

 


 

 

 

jean michel tartayre

 

 

 

 

 

 21/04/2016




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Christian Saint-Paul sensibilise les auditeurs et tous ceux qui sont convaincus de l’importance intemporelle de la poésie du bienfait qu’apportent à celle-ci les revuistes. Leur rôle est indéniable dans la diffusion de la poésie aujourd’hui, comme hier. Merci à tous ceux qui consacrent leur temps, leur talent et souvent leur argent, à cette tâche essentielle.

C’est ainsi qu’il faut lire la revue Diérèse poésie & littérature en son numéro 67 « Présences » qui rassemble 318 pages autour de poèmes, chroniques, notes de lecture. Un vrai livre, comme d’habitude, au sommaire prestigieux : Giancarlo Pontigia, Richard Rognet, Hélène Mohone, James Sacré, Isabelle Lévesque et tant d’autres. Daniel Martinez, son directeur, signe un éditorial de deux pages et s’interroge :

« Serait-ce l’incapacité à demeurer en nous-mêmes qui nous motive ? Le poème soutient le face-à-face de soi et de l’autre, la relation dialogique d’un je et d’un tu. L’écrit nourrit l’amour, l’agapè, entre les êtres - de celui qui écrit à ceux qui le liront - dont la relation est sous la menace constante de la séparation et de la disparition.

La poésie, pour approcher cette possibilité, cette aube de la plénitude et du contact avec l’Autre ou l’être-là du monde - avec ses rythmes, ses couleurs, ses concordances éprouvés dans l’immédiateté de leur existence - doit rester ouverte au monde et non pas seulement aux formes et aux mots par lesquels on la représente ou on l’exprime traditionnellement. »


Le n° 15 € , ABONNEMENT 45 € à adresser à Daniel Martinez, 8, avenue Hoche 77330 Ozoir-la-Ferrière

***

Cathy Garcia poursuit inexorablement son sacerdoce de revuiste et fait paraître le n° 54 de « Nouveaux Délits » revue vive de poésie et dérivés avec le même succès : illustrations remarquables, qui font un peu de la revue un petit livre d’artiste pour les bourses modestes, sommaire toujours original, en phase avec le monde.


Cathy Garcia, poète, revuiste, photographe, blogueuse, plasticienne s’exprime par tous ses arts et demande à être écoutée et entendue au sens plein du terme :

«  Exister est un écartèlement permanent. Entre spleen et idéal pensait Baudelaire, mais savoir vivre c’est savoir accepter sans se résigner, savoir lâcher-prise sans lâcher la main de l’autre. Renoncer au bonheur mirage, ces innombrables projections du système sur l’écran de nos désirs jusqu’au viol même de notre intégrité. Achète, consomme, travaille encore pour acheter, consommer sans poser de question et tu seras heureux. Pas encore aujourd’hui, mais demain, oui c’est certain. C’est prouvé par la science. Demain sera le grand jour, demain tu seras riche, le héros de ta vie, admiré, adulé, envié, car tu le mérites. Avec ce qu’il faut de peur pour avoir besoin de se protéger derrière des remparts d’achats sécurisants.

Il y a les belles choses, les savoureuses et ce ne sont pas des choses, mais des êtres et des sentiments, des émotions, des sensations, des échanges, des partages, des solitudes aussi, pleines et débordantes de vie.

Il y a les peurs oui, innombrables, envahissantes, les mauvais pressentiments, les ennuis à répétition, les injustices, les coups du sort qui s’acharne et tout ce qu’il faudrait comprendre pour transformer, se transformer soi sans savoir s’il faut avancer ou reculer, s’il faut ci, s’il faut ça…. La mécanique enrayée du mental. L’envie de dormir.

L’argent reste le problème omniprésent, omnipotent, un piège infâme, le plus toxique des mirages, la plus cruelle des machettes. Cette peur de manquer, de chuter encore plus bas, cette tache sur soi qui s’agrandit et nous définit plus que n’importe quoi d’autre : pauvre. C’est immonde d’être défini par cette tache, tout le monde le sait, mais rien ne change, une seule chose compte : en avoir ou ne pas en avoir. Dans une société aussi férocement individualiste que la nôtre, ce qui fait lien c’est « en avoir », ce qui ouvre toutes les portes, aussi vaines soient-elles, c’est « en avoir beaucoup ».

Une seule planète, plusieurs mondes qui ne se côtoient pas. L’un d’eux est en train de dévorer tous les autres. »

extrait de ©Ourse (bi)polaire


Le n° 6 € , ABONNEMENT 28 € à adresser à Association Nouveaux Délits Létou - 46330 Saint-Cirq-Lapopie.

****

Jacques Canut fait paraître son « Copie Blanche - 5 », Carnets confidentiels - 47 .


Suis-je un auteur à facettes ?

Tant d’éblouissements ; auquel

me consacrer ?


A trop me connaître

conserverai-je le pouvoir

de m’exalter ?

*

Quelquefois je me lève d’un

bon œil pour explorer le monde

dont je serais le maître ?


Mon esprit, après quelle idée

s’épuisera-t-il à courir ?


Des sous-entendus

qui désintègrent...

Faut-il se répéter pour être

un écrivain enfin reconnu ?

*

Celui qui n’est plus mais fut

célèbre, peut-on parler de lui

au présent (de vérité générale) ?


Il a passé toute sa vie à penser.

Il a redouté toute sa vie

de passer.

*

A commander chez l’auteur Jacques Canut, 19 allées Lagarrasic 32000 Auch.

***

Christian Saint-Paul reçoit son invité : JEAN-MICHEL TARTAYRE.


Jean-Michel Tartayre est né le 19 décembre 1966 à Toulouse, ville où il vit. Il enseigne le français, le latin et le théâtre au collège de Saverdun, en Ariège. Il collabore aux revues L’Arbre à paroles, Inédit Nouveau, Isis, L’Ours polar, Multiples, Phaéton, Lelixire et Encres Vives.


Il a publié dernièrement :


Pandore (Encres Vives, 2012).

Blue walker (Encres Vives, 2013).

Leghorns (Encres Vives, 2013).

Marines (Encres Vives, 2013).

Rythmes de Chinatown (Encres Vives, 2014).

Chromatismes d’un cycle (Encres Vives, 2014).

Junk (Encres Vives, 2014).

Automne (Encres Vives, 2014).

Cité corsaire (Encres Vives, 2015).

Lumière crue (Encres Vives, 2015).

Canicule (Encres Vives, 2015).

Toulouse Blues II (Encres Vives, 2016).

Vers l’été suivi de Fractions du jour (Éditions N&B, 2016).

Toulouse Blues III (Encres Vives, 2016).


Ce jour il vient présenter son dernier livre paru aux éditions N&B (​27 rue Fourcade 31100 TOULOUSE) :


VERS L’ÉTÉ suivi de FRACTIONS DU JOUR

97 pages, 13 €.


La simplicité apparente de ces courts poèmes, sobres et suggestifs, peut faire écho à la sensibilité de chacun. C’est une poésie du quotidien fine et subtile. Elle établit des correspondances entre des sensations, des lieux, des moments, des atmosphères, dans un style épuré et impressionniste. Sa musique, très contemporaine, peut nous accompagner longtemps.


La lumière dans les arbres,

Leurs mouvements par elle projetés –


Reflets d’une eau qui danse

Et se perd dans le cristallin.


Tel qu’absorbant


Chaque pulsation du bleu.


Au cours de l’entretien avec Saint-Paul, Jean-Michel Tartayre précise sa démarche. Il part des scènes du quotidien. C’est une poésie de sensation qu’il écrit. Car, insiste-t-il, nous sommes mobilisés par nos sens. Et il se fait une interaction entre le dehors et le dedans. C’est une part de soi que l’on creuse. Je crois, conclut-il, que l’on y trouve toujours l’enfance. Garder l’enfance c’est garder en soi la poésie. L’enfance est la pureté du regard sur le monde.

Il cite un de ses poèmes : « agressé dans la rue ça arrive » ; oui, cela lui est arrivé, plusieurs fois. Ce sont les aléas du quotidien en ville. Cela a nourri le poème.

Ce grand amateur de jazz est très sensible aux voix de baryton. Un collègue professeur de musique lui a révélé qu’il avait, lui Jean-Michel Tartayre, une voix de baryton martin. Ce n’est pas une voix sourde, elle a des nuances claires. Comme ses textes.

Sur la forme de ceux-ci, qui laissent place aux marges, aux blancs, le poète Claude Barrère a évoqué une « typoscénie » ; cela lui convient parfaitement. Il se livre à une mise en scène des mots sur la page. Mais cela est sans excès, et surtout sans gratuité. Bruno Durocher, dans les années 70, se souvient Saint-Paul, considérait ces textes de quelques mots qui prenaient toute la page, genre alors en vogue, comme des poèmes en chiures de mouches. C’est loin d’être le cas pour ceux de Tartayre dont le modèle est André Du Bouchet.

Tout ramener à soi détruit. La vie est un jaillissement, c’est aller vers l’autre. Les poèmes de JM Tartayre sont aussi des images. Par exemple, celui sur le canal du Midi, canal qui est l’illustration de la couverture du livre (photographie de Dominique Fernandez).


D’un pont à l’autre,


L’eau du canal a changé, vents levés,

L’eau à sa surface - assombrie.


Les passants devenus silhouettes improbables

Traversent, le temps d’un regard furtif.


La pluie en train de tomber.


Les arbres se découpent sur fond de ciel noir,

Bougent leurs branches.


On tente d’échapper, le corps

Déjà trempe.


Seuls quelques mots

- automne ou printemps ?

*

L’émission se poursuit par la lecture de textes par Jean-Michel Tartayre.


Elle s’achève sur ce poème consacré au jazz, passion de l’auteur :


Le jazz et ce filet d’eau

Quelque part.

Ne sachant ni le lieu ni l’origine.


Odeur de neuf dans l’habitacle

Du bicorps.


Seul avec soi et cette eau

Qui glisse enfin le long des nerfs.


On roule sur l’avenue largo

de nuit -

Dans les clartés de l’éclairage public.


Le jazz source silencieuse


plongé.

*

Extraits de « Vers l’été » :


Fin de journée grise, quoique.


A la lisière des prairies,

Le plafond a des interstices inégaux


Où filtre


un couchant, déjà.


Aux éclats de miel.

*

L’acte par absorption de la contrainte


Au regard des brisants

Ou du gave dans son lit,


Porte au mélange.


On s’adapte, on s’efforce au moins.

*

Cette mélodie d’éclats dans la pinède.


L’espace se déplie jusqu’à la mer, vent

Autour des palmiers - qui s’agitent et

Penchent à peine - bruissant.


Souffle ténu, filet d’harmonie

D’une sourdine -


Ajoute à la substance du lieu, couchant

Au ras, lointain revenu.


Comme ça.

*

A qui ce beau livre

Seul près du brin de muguet -


Elle suit la Seine.

*

Au bout du quartier,


La ligne de haute tension, son dédale,

Ses pylônes froids

comme creusant le ciel noir -


Seuil de l’orage.

*

Jean-Michel TARTAYRE un poète que nous avons toujours plaisir à suivre !


 

   

 

 

 


 

 

 

 

Brigitte Maillard

 

 

 

 

 14/04/2016




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Christian Saint-Paul signale la parution du n° 67 de la revue « Diérèse, poésie et littérature » qui réserve une place privilégiée à Giancarlo Pontiggia, à Richard Rognet et à Hélène Mohone. Ce numéro, à la présentation éclatante comme toujours constitue un véritable livre de 318 pages. Un travail d’orfèvre qui réunit les voix de la poésie contemporaine, non seulement françaises, mais aussi dans ce volume, italiennes et portugaises. Dans un monde littéraire qui tend à se replier et à parler entre soi, cette large revue nous offre un horizon élargi, une vaste mer à traverser en prenant le temps qu’il faut. Car il y a beaucoup à lire et ceci est l’originalité absolue de « Diérèse ». Il faut saluer le travail accompli, l’opiniâtreté de son directeur, le poète Daniel Martinez et la constance de sa fructueuse complice Isabelle Lévesque.

C’est aussi une revue qui donne des nouvelles des poètes en signalant dans de très bonnes notes de lecture, leurs dernières parutions. Herureux par exemple d’y retrouver Eric Barbier, cet auteur connu par Encres Vives et auquel nous avons consacré une émission. Là, il signe des « Bonnes feuilles », en particulier une, sur le livre de Jean-Michel Maulpoix, « Le voyageur à son retour » (Le Passeur éditeur, 155 pages, 15 €) dont nous avons lu de larges extraits à l’émission « les poètes ». Et toujours, aussi, les subtiles commentaires d’Isabelle Lévesque sur les poètes qu’elle découvre si bien.


Extrait des poèmes de James Sacré publiés dans ce numéro :


N’importe où dans le monde, un silence


A quel endroit de ce monde maintenant

Pourrait-on rencontrer ton visage

Ton visage et ton corps

Avec son passé qui fut vivant ?

Ce que j’entends

C’est le seul bruit des mots

Donnés comme épaisseur noire du monde, et restant

Dans l’inconnu

De ce qui fut pourtant visible et vivant ?


(29 décembre 2013)

*

Le n° 15 €, abonnement 3 n° 45 € à commander à Daniel MARTINEZ, 8 avenue Hoche, 77330 Ozoir-la-Ferrière.

L’émission « les poètes » reviendra sur cette parution de Diérèse.

*


L’émission est ensuite consacrée à l’invitée : Brigitte Maillard.

Elle nait en 1954 au Congo Brazzaville. Après des études de lettres elle devient comédienne, assistante sociale en protection de l’enfance, pigiste, formatrice en relations humaines et communication. C’est en 2000, après un accident de la vie, qu’elle s’oriente vers l’écriture et le chant. La poésie deviendra son chemin d’éveil.


Auteur interprète, membre de la SACEM, elle donne concerts et lectures publiques, enregistre son premier cd Incertitude en 2011, reçoit le prix de la chanson poétique attribuée par l’Académie des Jeux Floraux en 2011.


Elle fait paraître des Livres d’artiste en collaboration poésie / gravure

La beauté à l’air libre Serge Marzin, Atelier Awen «  Traces d’empreinte » 2016

Chant de nuit Denise Pelletier Atelier Engramme - Québec  2015

Réminiscences Denise Pelletier Atelier Engramme - Québec  2016


Elle crée le site Monde en poésie, pour que vivent la poésie, le monde et les mots pour le dire, une émission radiophonique - rencontres d'auteurs : Stéphane Hessel, Zéno Bianu, Bernard Sichère, Maximine ... sur Aligre FM saisons 2010 et 2011 et participe dans le Finistère à la création et l’élaboration du Festival des arts et de la parole Eclats de vers dont elle sera la marraine en 2014.


Auteur de La simple évidence de la beauté Atlantica 2011

Soleil vivant soleil préface Michel Cazenave Librairie Galerie Racine 2014

A l’éveil du jour Monde en poésie éditions 2016.


On la retrouve sur les sites :


Monde en poésie http://www.mondeenpoesie.net/

Brigitte Maillard http://www.brigittemaillard.net/

Site Monde en poésie éditions http://mondeenpoesieeditions.blogspot.fr/


Actuellement elle prépare un nouveau recueil Au-delà du monde dont les premiers extraits sont parus dans les revues Arpa, Spered Gouez en 2015.


Poésie/ lectures


Un rendez-vous régulier se met en place avec la médiathèque des Ursulines à Quimper, Poèmes du jour, lectures de poésie contemporaine


Poésie et gravure (suite)


Viennent de sortir deux livres d’artiste, des livres d’art, Chant de nuit et Réminiscences avec Denise Pelletier graveur Atelier Engramme, Québec. Réminiscences est exposée du premier avril au 22 mai à Rambouillet :

« Délires de Livres 2016 réuni 66 Artistes du Livre venus des 4 coins du monde: Australie, Belgique, Canada, Chine, France, Grèce, Italie, Usa....Près de 100 œuvres. D'une grande diversité, souvent inattendues et surprenantes feront de cette manifestation Délirante un beau moment de découverte. Tous ces petits et grands trésors seront hébergés dans le tout nouveau « Pôle culturel la Lanterne » à Rambouillet durant près de deux mois. »

http://www.mondeenpoesie.net/2015/11/chant-de-nuit-livre-dartiste-gravure-et.html

http://www.mondeenpoesie.net/2016/03/reminiscences-leveil-du-jour-denise.html


Un nouveau livre d’artiste, livre d’art La beauté à l’air libre verra le jour d’ici deux mois. Avec le graveur Serge Marzin Atelier Awen «  Traces d’empreinte » 2016

http://www.mondeenpoesie.net/2015/04/la-beaute-lair-libre-brigitte-maillard.html


Poésie et chansons

Elle poursuit l’écriture de chansons en prévision d’un nouvel enregistrement qui pourrait voir le jour en 2017.


(pour découvrir son premier Cd INCERTITUDE de quatre titres 2011 – c’est par ici http://www.deezer.com/album/528999 ou par là https://myspace.com/brigittemaillard )

  

Le projet sur lequel elle travaille en ce moment est la sortie d’un nouvel opus Temps de Rêves avec le musicien Hervé Lesvenan, Arsy’s – enregistrement prévu fin aout 2016, sortie du CD dans l’hiver


Un livre d’artiste La beauté à l’air libre avec le graveur Serge Marzin ( Bretagne) Travail en résonance de Serge Marzin autour de mon premier recueil, La simple évidence de la beauté . Sortie prévue fin mars. http://www.mondeenpoesie.net/2015/04/la-beaute-lair-libre-brigitte-maillard.html

Site de Serge Marzin http://buriniste29.blogspot.fr/

 

Un livre d’artiste Chant de nuit avec la graveur “ouvrière au noir”  Denise Pelletier ( Québec), création poésie et images.  Déjà paru hiver 2015 http://www.mondeenpoesie.net/2015/11/chant-de-nuit-livre-dartiste-gravure-et.html

Site de Denise Pelletier https://denisepelletier.wordpress.com/

 

Un autre livre d’artiste avec la graveur “ouvrière au noir” Denise Pelletier ( Québec) qui est un Travail en résonance de Denise Pelletier autour de A l’éveil du jour et qui sera présenté à l’expo Délire de Livres 2016 http://am-arts.com/

 

Seront prochainement mis en place des rencontres avec la Médiathèque des Ursulines de Quimper Poème du jour. Lectures de poésie contemporaine.

 

En juillet un concert aura lieu le 13 juillet à Brignogan, Bretagne dans le cadre des Mercredis de la chapelle

 

Et le 3 novembre 2016 elle sera l’invitée des Rendez-vous de Max à Quimper http://abp.bzh/article.php?id=39292%3B?id=39292%3B

***


Pour situer Brigitte MAILLARD, procédons à un petit tour d’horizon de quelques commentaires de poètes :

 

Jean Luc Pouliquen poète et critique pour L’oiseau de feu du Garlaban

 

«  Voici un livre d'une grande force à la fois humaine, poétique et spirituelle. Il s'agit d'un témoignage poignant qui relie la parole poétique et la réflexion à une expérience particulièrement difficile, celle de la maladie qui vient mettre la vie en jeu… Par trois fois celle-ci a livré ses assauts, l'auteure en a triomphé ce qui a libéré en elle : "Un appel à laisser tomber les masques, les histoires figées de nos vies humaines. Un appel à vivre la beauté". L'épreuve est approchée par tout ce qu'elle a permis de positif. Brigitte Maillard écrit  « Il y a quelque chose de mieux que la guérison, c'est découvrir la vie en profondeur.  (...) » 

Michel Baglin poète et critique Revue Texture :

« (…) Mais la singularité de ce livre est que la narration est émaillée de poèmes et s’achève d’ailleurs par un recueil, « le Temps dans le vent ». C’est que l’auteur, qui rappelle le mot de Guillevic – « le poème nous met au monde » - estime devoir sa survie et sa renaissance à cette « poésie qui joue le rôle d’un phare dans le lointain ». Et c’est avec une belle ferveur qu’elle célèbre cette poésie qui nourrit, aide à résister au désarroi quand elle s’écrie « Je ne sais comment parler de la vie / Elle vient de me rester dans les mains », et finalement contribue à la résilience jusqu’à lui faire écrire : « et le vivant pousse en moi. ». Une poésie qui accompagne vers une spiritualité sans dieux et qui, comme le disait Charles Minetti, « donne du mérite à la vie ».

Alain Chêne, Regardez les hommes danser (entretien vidéo)

Brigitte Maillard est poétesse et mérite bien cette appellation (contrôlée) tant elle sait dans la difficulté modeler la phrase. Certain parlerons de la ciseler à la manière d’un verrier. Même si naturellement on perçoit dans le livre que le mot n’est pas si transparent que cela.  Il y a dans cet ouvrage une œuvre que l’on pourrait rapprocher d’un travail sculptural. Les mains dans la glaise pour, avec lenteur, malaxer les mots pour les rendre neuf à notre lecture.

C’est la force d’une œuvre.

A lire.

REGARD 355 - A l'éveil du jour de la poétesse... par regardezleshommesdanser 

Christian Saint Paul Les poètes émission sur Radio Occitania 24 septembre 2015 :

« (…) Ce récit, émaillé de poèmes, est écrit comme un poème en prose. C’est le journal, conçu comme une autofiction à la Yves Charnet, où aucun fait n’est inventé, où tout a été vécu et retransfiguré par l’art du langage… La poésie est la quintessence de la parole ; elle l’empêchera de se noyer dans le vide qui s’ouvre sous ses pieds. Pour cela, il faut dire. Dire la stupeur à l’annonce des maux qui frappent avec une lâcheté aveugle. Cancer du sein à 39 ans, puis leucémie. Mais la vie, quand on porte la langue en soi dans tout le corps malade, est la plus forte. Sauvée par l’intelligence des hommes de sciences, avec notamment le don de sang de cordon, mais surtout par le combat de sa lumière intérieure qui a osé regarder en face les ténèbres … La poésie, la langue appelée comme une thérapie universelle. Sauvée par la sensibilité qui, comme nous l’apprit Baudelaire, est notre génie…  »


Marie-Josée Christien Agence Bretagne Presse septembre


« Un témoignage intime du retour à la vie qui a valeur universelle. Prose et poésie, ponctuées de citations puisées dans les lectures qui la ressourcent (Novalis, Tagore, Apollinaire, Char, Guillevic, Cheng) cheminent ensemble et transcendent les limites génériques du récit. »

  

Louis Gildas source Le Télégramme :


«  Brigitte Maillard nous raconte, en vers et prose poétique, son aventure et ses combats. Combats qui furent les siens mais toujours l’espoir chevillé à l’âme pour aller vers la renaissance du corps. Aventure inté- rieure avec Freud ou Lacan ou les deux à la fois, pour procéder à un grand ménage de printemps d’après saison « où toute cause est première ». Un Christ, rédempteur, un Christ souriant et humanisé, celui-là même lorsqu’à cinq ans, en effeuillant les pétales d’une rose, elle attendait le passage. Un recours et un soutien lorsque la vie bat la breloque. Et la musique des mots, celle de Guillevic, de Neruda, des « Fleurs du mal » aussi, pour encore croire au matin. Ce n’est ni gnangnan, ni pleurnichard, c’est une ode à la vie. « Je ne meurs plus, je suis », écrit-elle souriante. L.G. Brigitte Maillard, Monde en poésie éditions, 12 €. »


En chemin… A propos de Brigitte Maillard sur le site Recours au Poème

http://www.recoursaupoeme.fr/chroniques/grenier-du-bel-amour-7/michel-cazenave

Michel Cazenave, mars 2014 :

«  C’est entendu : le soleil nous éclaire et nous réchauffe (le soleil de ce monde, le soleil fait de matière et d’atomes).
  Mais n’y a-t-il un soleil  au delà de ce seul soleil visible, un soleil qui nous entoure de sa ténébreuse lumière, un soleil  « sur-réel » qui serait le guide de nos âmes en ce monde imparfait ?

  Bien sûr, on connaissait déjà le « soleil noir de la mélancolie » dont nous avait déjà tant entretenu, dans son sentiment intime d’être un desdichado, un poète comme Gérard de Nerval – et dont l’appréhension court aussi bien dans de nombreuses pages des Filles du feu que dans Sylvie, pour finir en apothéose dans l’ultime inspiration d’Aurelia.

   N’existe-t-il pas, néanmoins – et encore plus profondément – un autre soleil, dont la noirceur intrinsèque serait due à un trop-plein de lumière (une telle lumière qu’elle aveuglerait nos yeux), un soleil dont l’absence serait la preuve la plus tangible de son irrémissible présence à nos cœurs et à nos mains adorantes ?

   Il me semble (me trompé-je ?) que c’est de ce soleil que nous entretient Brigitte Maillard dans le recueil poétique qu’elle vient de faire paraître,  et que, lorsqu’elle note presque tout de suite (dès la deuxième page précisément) : « tu vois il a disparu/ il ne reste que l’horizon », elle se trouve extraordinairement proche de ce Père de Cappadoce qu’était Grégoire de Nysse quand, dans ses Homélies sur le Cantique des cantiques, il explique que nous allons de « commencement en commencement par des commencements sans fin », et que nous nous approchons ainsi d’un horizon qui, pourtant, se dérobe sans fin.

   Comment comprendre autrement telle notation si proche du Grain de Sénevé de maître Eckhart ou de la parole du « Bienheureux » à Arjuna, dans la Bhagvad-Gita, sur « Cela » qui, à la vérité, ne se trouverait ni près ni loin : « Je suis un peu perdue/ ici-bas n’est pas ici et ailleurs/ ici » ?

   Bien sûr, ces vers se poursuivent par l’évocation de la mort, mais s’agit-il de la même mort à laquelle nous sommes habitués ? Lorsque Brigitte Maillard  écrit par exemple, s’adressant à elle : « décore mon jardin/ de tes mains si douces », pour continuer peu après par : «  éternité/ tu devances ma vie ! », comment ne pas entendre que c’est avec le suprême  mystère qu’elle s’entretient de la sorte ?

   Et dès lors, cet Amour dont ne veut se déprendre l’auteur (mais plutôt, sans cesse et sans cesse, rechercher son essence jusque dans les recoins de la vie), peut révéler son visage sans figure discernable : « je crie l’amour unique/ la flambée de violence/ la courroie qui se brise/ et la corde qui m’attache// fleur au soleil levé je crie/ la chute de l’homme dans les dimensions de dieu »…

   C’est le moment, en effet, où elle peut bien relever que, « Poète sans histoire, au bord du gouffre, la tête renversée je touche au ciel. »  et qu’ « il a fallu mourir// (plus de mille fois par jour/ à la morsure du loup)// pour que naisse le jour/ que la vie se  retrouve/ sans que rêve l’amour ».

    Et si le vrai soleil, dans notre vie comme elle est – et dans cette part d’éternité dont nous sommes aussi constitués – c’était cela : un soleil d’après le soleil, une telle sombre lumière dont nous désespérons de pouvoir jamais l’exprimer – et si son adoration consistait à se taire pour d’autant mieux le révérer dans sa source de bienfaits et son pouvoir de transmutation ?

   « naît alors/ un vrai visage/ sans second plan/ avec Amour///sur le vent de la pierre et des ombres/ sur le verbe fruit/ sur ce qui est là// (demeure le silence) »

***


Christian Saint-Paul fait part à Brigitte Maillard, de ce qu’en venant au studio de la radio, il a voyagé dans l’autobus avec Yves Charnet, cet écrivain poète singulier qui s’illustre depuis longtemps dans l’autofiction, auquel il a lu des passages de « A l’éveil du jour » dont : « Difficile de témoigner de soi ... de s’avancer comme témoin. »

C’est pourtant ce que réussissent l’un et l’autre.

« Le langage transforme la vie » répond Brigitte Maillard.

En préambule on écoute « Si bas » poème mis en musique par l’auteure et qui a obtenu « une mention au recueil » de L’Académie des Jeux Floraux de Toulouse en 2011. En sus du Prix de la chanson poétique avec « Féminine ».


Brigitte Maillard donne des précisions sur sa démarche de poète. Avant ce qu’elle appelle « l’accident de la vie », elle était guidée par le désir du chant plus que par l’écriture elle-même. Elle avait pratiqué la comédie depuis la classe de terminale au lycée. Mais, par la suite, c’est la création qui l’a fascinée. Après des études de Lettres, elle devient assistante sociale pour assurer le quotidien. Or, c’est un métier de rencontres qui permet d’approcher la vie. Impossible dans cette situation d’oublier la difficulté de vivre au quotidien, qu’éprouve la plupart des êtres humains.

Ce sens de la langue, venu alors immédiatement, provient de la fréquentation assidue de la poésie.

Elle se livre à la lecture des poètes en même temps qu’elle développe son écoute intérieure. Rilke par exemple, l’a beaucoup aidé dans la compréhension de ce qui lui arrivait. Les citations de vers de poètes, qu’elle a mis en italique dans « A l’éveil du jour » s’intègrent si parfaitement au texte, que s’il n’y avait pas ces italiques, le lecteur ne s’en apercevrait pas. Brigitte Maillard réussit cette osmose de pensées. L’appropriation des textes est, précise-t-elle, le fruit d’un très long travail. « Le langage devient ma demeure » écrit-elle.

Oui, Brigitte Maillard habite la langue. La lucidité, l’épreuve, sont illuminées par la poésie. Le courage vient en même temps que l’épreuve. Et la poésie, révèle-t-elle, est venue en même temps dans ce creuset.

L’état qui est imposé à la personne qui a été malade ou qui souffre, est un état de disponibilité totale, de relaxation en fait. C’est de cette façon là que la personne peut arriver à vivre ce qui la dépasse déjà.

C’est dans cette profonde ouverture, dans cette totale détente du corps, que quelque chose a pu venir comme cela et s’imposer.

C’est une méditation obligée et qui là encore a réussi chez Brigitte Maillard. Cette méditation, et c’est tout de même extraordinaire, débouche d’emblée sur la lumière !

Ce constat heureux a surpris Brigitte Maillard elle-même. Et si cela peut être transmis, il faut prendre le temps d’expliquer. C’est le sens de ce livre : faire ressentir une expérience.

Or, dans la vie, ce qu’on a de plus fort et de mieux à donner, c’est la transmission de son expérience ! Ce ne doit pas être quelque chose de reconstruit, met en garde Brigitte Maillard.

Cette expérience s’ouvre sur le soleil, c’est d’ailleurs le titre « Soleil, vivant soleil » d’un livre qu’elle a publié en 2014 à la Librairie-Galerie Racine à Paris.

C’est Michel Cazenave qui signait la préface :

« Puis-je, ou plutôt, dois-je dire que j’ai été tout de suite sensible au recueil de Brigitte Maillard quand, après une citation de Michaux et deux lignes en forme d’interrogation, il débute tout uniment par cette proclamation : « Dans l’intimité du feu il y a l’amour » ?

Si je n’ai pas trop mal lu (je l’espère, du moins : mais sait-on jamais ?), Brigitte Maillard est une « adoratrice » du Soleil pour tout ce qu’il représente, à la fois, de feu – précisément – et de lumière. Ou alors, comment comprendre des vers comme ceux-ci : « soleil/ viens dans mon cœur/ porter l’ivresse/ (…)/ remonte le ciel de ma naissance/ saisis-moi dans tes rayons/ d’amour et de grâce… » ?

Qui nous permettent de goûter toute la beauté de la nature – en tant que la Nature est l’émanation, le « grand jeu » du Divin dérobé sous la gloire de ce soleil : « Beauté/ voici la lîla la monture et la sauge/ la grâce du monde et son étole de vent/// écoute les arbres/// écoute ».

Est-ce à force d’écouter et de faire le silence au plus profond de son cœur et de son âme – comment donc le savoir ? Mais toujours est-il que, en fin de course, nous sommes invités à ce trésor que nous dévoile la plus pure des lumières, à ce repli sur nous-mêmes où se révèle ce que nous avions adoré sans toujours bien le savoir : « Je ne meurs plus/ je suis/ un trésor caché/ ici là et ailleurs/ je suis/ le vertige de la rose/ au soleil de Tabriz/ je suis/ du ciel sur la terre/ indicible prière ».

Nous ne sommes pas très loin en ces lignes du poème de maître Eckhart, ou de l’émerveillement d’un Rumi dans ses vertiges extatiques…

Mais l’aventure n’est pas finie, et il faut suivre Brigitte Maillard jusqu’en ses derniers « retranchements », là où elle peut écrire sans frémir qu’ « adresse-toi au soleil/ unique/ voyageur de l’âme/ prends-le dans tes rayons// porté par le songe/ joue un tambour/ sur l’axe des temps ».

Avant de terminer son recueil, comme le devrait de fait toute bonne et vraie poésie, par cette phrase unique : « (demeure le silence )».

Et que demeure-t-il, en effet, d’un tel itinéraire que je ne crains pas, pour ma part, d’appeler « mystique » (au sens le plus réel et le plus originel de ce mot), si ce n’est d’observer le silence sur cet ineffable, ce strictement innommable dont le soleil est le symbole visible au centre de la danse cosmique des planètes et du monde comme nous le voyons et comme nous pouvons – aussi - l’aimer ? »

Michel Cazenave

Lecture d’extraits par Brigitte Maillard.

Ai-je tout bien désappris? Pas à pas tout est à revivre. J’ai repris mon chemin faisant du temps qui passe l’éternité. Le vent se retourne sur mon passage sans que rien ne le laisse prévoir. Saveurs saveurs, sempiternelle saveur, monde à peine gouté à peine désiré. J’ai pour rêve l’œil du monde, mon sourire se déplace à l’épicentre, la vie soudaine se met en marche. Trompettes sonnez la victoire Sonnez ! C’est la nuit qui l’allume sous les feux de Saint Jean.

*


adresse-toi au soleil

unique

voyageur de l’âme

prends-le dans tes rayons


porté par le songe

joue un tambour

sur l’axe des temps

*

Soleil vivant soleil préface Michel Cazenave Librairie Galerie Racine

*

Marcel Migozzi parle aussi dans ses livres de poèmes du temps qui passe, mais pour lui, c’est un temps qui lui échappe. Il enfante beaucoup de nostalgie, beaucoup de regrets et l’universel se reconnaît par le miracle chez lui aussi d’une langue qui donne à voir. Mais chez Brigitte Maillard, nous rentrons dans sa méditation. L’arrêt du temps par le poète, c’est son entrée dans l’éternité mais aussi l’entrée dans la conscience. Marie-Josée Christien dirait qu’il s’agit d’une mystique sans Dieu.


La vie, la poésie. Dans « A l’éveil du jour » les deux fusionnent grâce à la toute puissance du langage. Aimer la poésie dans toutes ses couleurs c’est cela, la vie-la poésie. C’est cet amour qui anime le monde.

L’éblouissement de la vie, chez Brigitte Maillard, n’est pas un aveuglement. Elle y intègre l’obscur. C’est comme la blessure que chacun porte en soi, qui est celle de l’exil, celle d’être sur cette terre alors qu’on voudrait certainement être ailleurs. La lumière éclaire davantage l’obscur. Il ne faut pas le cacher cet obscur, il sera toujours présent.

L’homme est un être spirituel confronté aux limites humaines et aux limites de notre époque.

Chez le malade il peut se faire jour un sentiment de culpabilité, or cela n’a aucun sens parce que le malade n’est pas responsable de maladie de telle dimension. C’est pour cela, nous dit Brigitte Maillard, que je me suis détournée des psychologues psychanalystes, pour aller chercher ailleurs une compréhension de ce qui m’arrivait. Malheureusement, la dimension psychologique est dominante dans notre société. La poésie, comme disait Pierre Reverdy, est un efficace moyen de libération. Poésie et liberté marchent main dans la main.

Lecture d’extraits de « A l’éveil du jour ».


Le jour est une pièce animée. Il bouge, fait du bruit, connaît de hautes sciences, se vulcanise, s’atomise, gesticule dans mes bras, me tarabuste dans la poitrine, mais au fond ... quelle est cette nuit que j’ai sentie plus forte que le jour ?


Impression de recevoir un coup derrière la tête et de surgir.



Et c’est le cri. Comme un collier de perles. Ce cri du devenir du monde. Je crie tout. Le chapeau de paille, la rondelle sur le citron, l’amour unique, la flambée de violence, la courroie qui se brise et la corde qui m’attache. Je crie le myosotis au bord du chemin, la fleur au soleil levé et la beauté qui suinte sous la manche. Je crie pour que la terre s’ouvre, que le monde se déplace dans la nuit, que le temps nous secoure et que je devienne rivière.


Je ressens une légèreté. Celle de la soie.


Plus rien n’existe que lui, ce souffle qui court entre les êtres et les choses qui n’existent pas.

*

Comment laisser la vie nous donner tout l’amour dont elle est capable ?

*

Une langue est venue à ma rencontre. Elle m’a tirée vers l’inconnu, m’a tenue en haleine des nuits durant, avec le désir, l’amour, la mort, la souffrance jusqu’à ce que je rencontre « Le printemps fondamental de ma vie » dirait Tagore

*

C’est la force de poésie.


Elle invente un espace de dialogue où se crée notre histoire. C’est une découverte ! Dans ce monde où le langage de communication domine ! La langue est sortie d’elle-même, enivrée. Et nous avons œuvré ensemble au présent. Je sais aujourd’hui qu’elle est plus que moi, plus que toi et moi réunis plus que le monde lui-même.

*

Ô toi la vie qui rêve dans le décor

Regarde-moi


Mon doigt se pointe l’amour est là

Mon pied avance l’amour est là

Mon regard s’ouvre l’amour est là

Je tourne l’amour est là

A droite l’amour

A gauche l’amour

Est

*

Autres extraits des livres de Brigitte Maillard :


pose ton visage

sous le vent des ramiers


écoute


le monde de demain


absolu





- on garde le silence

le souffle tient lieu de vie


et si la libellule parle au papillon

c’est pour lui dire l’état des jours


(pensée hors du temps

fleurie de l’être)



prends le cœur du rêve

à la tombée des pluies



Sidérant ! On est la matrice qui fabrique le néant, le temps qui couvre l’espace,

l’absolu édenté du coin du jour.

On est à la rive ce que le monde est à sa perte, un grain de millet.

Rêve du départ, chant du hasard, folie qui dérive sur la lune.

Le chat enragé crie l’espace


je suis


l’aile du vent

le morceau de chair

impavide


le buste du saint sauveur

à la rigueur de l’hiver



pénombre qui nous guette


nous avons le peu la guerre et la victoire


(à portée de nos mains)

douleur de vivre

chaleur des ébats

temps de la quête


rime et soutien

de nos cœurs

pour enjamber le jour



Au-delà du monde, Brigitte Maillard, recueil à venir

*

La joyeuse troupe du rêve s'avance

Quand allez-vous nous émerveiller 

Buvons buvons s'écrie le Raccourci

Fêtons fêtons clame son Innocence

Au paradis ni lois ni règles

C'est sans nous que la vie se fait

Victoire

Où sont nos rêves

En quelle vallée en quelle histoire 

Allez dansons 

Où sont nos rêves 

Dans quel décor sur quel support

La simple évidence de la beauté, Brigitte Maillard, Atlantica éditions

*

Tu n’iras pas à Rio mais vers le Monde

Tu verras comme il s’ouvre

Et la terre comme elle tourne

Tu verras l’amour qui passe et sa galère

Le chant des mots et des sirènes

La tour membrée au point d’attache

La valse vienne pour te le dire


Tu verras dans l’entre-deux de tes passions

Courir le coq dans la basse-cour

Tu verras

Le chant des âmes au bord des dieux

Plonger la mer dans les détails

Porter secours au bras qui pousse

À la douleur du tyran

Tu verras vivre la folie au bout du sein

Et tu verras la tête qui se décolle

Dans l’atmosphère des senteurs

Il y fait doux


Tu verras le monde se prendre à son revers

Danser le vide autour du rien

La mer courir après les flots

Se défaire de l’abri et y poser sa main

La simple évidence de la beauté, Brigitte Maillard, Atlantica éditions

*

Après un échange sur le travail poursuivi avec les artistes plasticiens (voir en début de la partie consacrée à Brigitte Maillard), l’émission s’achève sur l’écoute de « Féminine » qui a remporté le prix de la chanson poétique de l’Académie des Jeux Floraux en 2011.

Brigitte MAILLARD : une artiste qui a trouvé une fidélité, une matrice, une constance dans l’expérience de la vie, qu’elle a su traduire dans une langue qui la transcende.

A lire et à suivre !

 

   

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 07/04/2016




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Christian Saint-Paul revient sur la parution du dernier livre de Marcel MIGOZZI : « Des jours en s’en allant » aux éditions Pietra , 75 pages, 12 € qui a fait l’objet la semaine précédente d’un commentaire. Répondant à une des nombreuses réactions suscitées par ce poète suivi par un large public, Saint-Paul faisait valoir que : « ce n'est pas le côté "lamento" que je retiens chez Marcel Migozzi, mais l'ellipse de sa parole ; son trobar réussi, son économie de mots, la fulgurance avec laquelle il touche sa cible, la crudité de la réflexion. Et puis, il se désespère depuis si longtemps, qu'on finit par ne plus y croire. Et bien sûr, on aura tort. L'inévitable surgira à coup sûr. Et le poète, comme toujours, aura eu raison. Dans la vie, c'est quelqu'un d'une grande tendresse. »

Lecture d’extraits

On s’approche d’un corps comme d’un sanctuaire.

La porte donne chambre tremble.


La chair la blanche le bouquet, on était jeunes,

On avait l’une sous la main

Lisse sous le torrent du corps,

L’autre fourrée dans les paumes, la neige.


Ah mange-moi

La chair tuméfiée sous le désir à cru.

Tu aimes ?

Avant le dernier coup de foudre avant

Qu’il ne s’éteigne outre-chevet.


Plus tard, viendront les souvenirs

De ces dimanches à corps brûlants,

Les lèvres comme des pétales dans

L’eau claire de l’adieu.

*

 

Marcel MIGOZZI vient de publier un nouveau recueil aux éditions Alcyone, (collection Surya) Ruralités, qui est une petite merveille.

www.editionsalcyone.fr

Marcel Migozzi est né en 1936 à Toulon dans une famille ouvrière d’origine Corse. Il vit depuis 1956 au Cannet des Maures (Var).

Lauréat du Prix Jean-Malrieu en 1985, du Prix Antonin-Artaud en 1995, du Prix des Charmettes/Jean-Jacques Rousseau en 2007, il a publié de nombreux ouvrages de poésie chez différents éditeurs - en France et à l’étranger -, collaboré à plusieurs revues, ouvrages collectifs, anthologies et livres d’artistes.

Il aime une poésie lisible, incarnée, en souci du monde quotidien.

Pour vous procurer le livre de Marcel Migozzi, envoyez un courriel à l'adresse suivante : editionsalcyone@yahoo.fr

Bien entendu l’émission « les poètes » s’attardera sur cette dernière publication.

*

Christian Saint-Paul reçoit le poète, romancier Francis PORNON.

Il a obtenu en 2014 le prix de poésie des Gourmets de Lettres sous l’égide de l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse pour « Chant Général » èd. Encres Vives, un long poème épique à la gloire du rude pays des Corbières. Une émission de radio avait été consacrée à cet ouvrage.

Après des études de philosophie, Francis Pornon a bourlingué dans le monde et exercé divers métiers, dont celui d’enseignant.
Il réside actuellement à Toulouse.
Auteur de romans historiques, d’essais, de poèmes, de reportages ou carnets de route, de pièces de théâtre et de chansons, il publie également des nouvelles.

Ce soir il vient entretenir les auditeurs de son dernier livre :
« Les dames et les aventures du troubadour Raimon de Miraval » qui est son premier roman publié aux éditions TDO, 355 pages, 18 €.


Avec ce roman historique, qui se lit d’une traite, Francis PORNON demeure dans le monde bien connu pour lui, de la poésie. Celle, universellement louée, des troubadours.

Pour bien situer cette époque florissante et son cortège de chefs d’œuvres, il faut remonter l’histoire de notre Occitanie.

Le mieux est de se référer à Francis PORNON lui-même, dans un article paru en 2013 dans les pages du journal L’Humanité :

« Vers Muret, 
près de Toulouse, 
un sentiment d’étrangeté 
surprend le visiteur. 
D’où viennent l’« acceïn » des gens, leur dérision envers l’Église, 
celle envers 
les Parisiens ? 
Et cette attraction 
pour Barcelone 
et la Catalogne ? Regardons quelques siècles en arrière…

Nous sommes en l’an 1213. En plein Moyen Âge. Les chevaliers passent leur temps à s’armer et à se barder de fer pour se battre, tandis que les seigneurs enferment leurs femmes dans leurs châteaux forts. Le Sud est peuplé, prospère, souvent cultivé. En pays de droit écrit où tout est occasion de rédiger et de signer contrats, mariages, successions, etc., on cohabite avec les juifs, côtoie ou fréquente les « bons hommes » cathares. Le vent nouveau de la poésie courtoise souffle de ce Sud jusqu’en Angleterre et en Allemagne, secouant l’idéologie et les pratiques des cours. Les troubadours écrivent en occitan, la langue commune à la moitié sud de la future France et au nord de l’Espagne.

Or, voici que depuis des années (1209), la région allant de l’Agenais au Languedoc est dévastée par une croisade prêchée par le pape. Une armée est venue du Nord, envoyée soi-disant contre les cathares. Chevaliers et seigneurs en quête

d’« indulgences » papales, ainsi que routiers et ribauds en mal de rapines, parcourent les terres, accaparent les châteaux, pillent, mutilent et tuent. Béziers est prise et incendiée, ses habitants violés et massacrés. S’ensuivent les prises de Carcassonne et de bien d’autres places et villes, presque toujours accompagnées de massacres et de bûchers.

Le chef croisé Simon de Montfort se voit attribuer le vicomté de Carcassonne et brigue la conquête de Toulouse et de toute la région. Après maintes tergiversations et péripéties, Raymond VI (dit Raimon le Vieux) vient d’abdiquer pour son fils, Raimon VII, comte de Toulouse, afin d’obtenir l’arrêt de la croisade. En vain. Père et fils veulent alors, avec Pedro II, le roi d’Aragon, comte de Barcelone et seigneur de Montpellier, mettre un coup d’arrêt au fléau.

Ce roi sudiste serait sensible aux jupons. Les mariages des puissants s’effectuent pour raison d’État, afin de sceller alliances et pouvoirs, et la fidélité n’est pas matrimoniale, même pour les dames, puisque l’amour troubadouresque est adultère. Passion raffinée en plein temps brutal, il promeut le culte de la dame. Raimon de Miraval adresse à Pedro II des chansons l’invitant à défendre ses vassaux et sa gloire… et aussi vantant la beauté et la valeur d’Alazaïs de Boissezon, dame de Lombers (Tarn). Le roi arrive avec son armée…

Soutenus par une résistance populaire citadine, ainsi que par la milice levée par les capitouls (représentants communaux toulousains), avec les seigneurs de la région, les deux Raimon et Pedro décident d’attirer le chef des croisés sur les rives de la Garonne devant la ville de Muret, non loin de Toulouse, le 11 septembre. Simon de Montfort accourt défendre la place. Mais les alliés provoquent la bataille en campagne. Alors se manifestent la furie et l’art guerriers de Montfort et les divisions du camp sudiste. Contrordres entre corps et défection de la milice font que, malgré leur supériorité numérique, les sudistes ne résistent pas aux guerriers du Nord, le 12 septembre. Les chevaliers de Montfort reconnaissent le roi qui s’est démasqué par défi et le tuent. C’est alors la débandade et un massacre des Toulousains et des Catalans.

On dit que les morts fleurissent alors de rouge les prairies et que, le lendemain, la Garonne va charrier des cadavres traversant Toulouse. Le comte Raimon le Jeune fuit dans ses possessions provençales de Saint-Gilles et son père en Catalogne. Par la suite, le Sud ne se couchera pourtant pas tout de suite et, avec les faidits (bannis) et les deux Raimon, se battra encore des décennies durant contre les accapareurs de Montfort. Ce dernier trouvera la mort au cours d’un siège de Toulouse que lèvera son fils. Et ce n’est que plus tard, à la faveur d’un mariage, que le pays se ralliera au roi de France. Au terme d’une croisade qu’on oublie d’enseigner à l’école : génocide avec son cortège d’horreurs et d’éliminations, mais aussi désastre pour une civilisation, sa langue et sa culture et grande perte pour l’humanité.

Cela n’empêchera pas les poèmes des troubadours de traverser les siècles jusqu’aux bibliothèques du début du troisième millénaire. Ainsi que le conte la Chanson de la croisade albigeoise (traduction Henri Gougaud, éd. Livre de poche.) : « Oui, ce fut un malheur pour la race des hommes./La fleur d’or de l’honneur fut en ce lieu brisée/Et le monde chrétien souillé de honte ignoble. »

*

Avec « Les dames et les aventures du troubadour RAIMON DE MIRAVAL »,

nous sommes aux XIIe et XIIIe siècles, durant la « première renaissance » européenne des lettres et de l’amour.
Raimon de Miraval, poète itinérant, exerce son art à la cour des plus illustres personnages de l’époque : vicomtes Trencavel, comtes de Toulouse, rois d’Aragon… Pour ce troubadour, un des premiers amoureux modernes, la quête de la Dame prime sur tout. Au détour d’une rencontre ou d’un fastueux repas ou bien confronté à une impitoyable croisade, il fréquente des femmes d’exception qui découvrent en ce temps-là leurs droits et pouvoirs : Azalaïs de Toulouse, Ermengarda de Castres, « Loba » (la Louve), Leonor d’Aragon… Porté par l’inspiration et le désir de Raimon, l’auteur entraîne le lecteur en chevauchées vers Carcassonne et Castres, Toulouse et Narbonne et même Barcelone et l’Aragon, faisant ainsi revivre la grande richesse de l’Histoire occitane et européenne d’alors. »


Ce livre de Francis PORNON EST un roman historique sur la vie de Raimon de Miraval, troubadour et chantre de l’Occitanie médiévale au carrefour des XIIe et XIIIe siècles.
Il a laissé pour la postérité plus d’une quarantaine de poèmes, presque tous dédiés à l’amour et à ses questions.
Raimon de Miraval, durant ses pérégrinations amoureuses, nous invite dans l’intimité des cours royales les plus prestigieuses de l’époque : Carcassonne, Toulouse, Barcelone, l’Aragon...Le troubadour se mue en témoin de l’Histoire, des grands bouleversements et des atmosphères de son temps.
Un personnage historique trop peu mis en lumière : seul
Le roman du troubadour Raimon de Miraval (René Nelli, Albin Michel, 1986), et quelques études scientifiques, ont retracé la vie exceptionnelle de ce troubadour, tellement emblématique de la fin’amor.
Raimon de Miraval, grand amoureux et poète auteur de chansons aux dames qu’il aima, vécut des aventures avec des femmes qui découvraient leurs droits et pouvoirs, parmi lesquelles Ermengarda de Castres et Leonor d’Aragon.
Ce roman est une histoire d’amours où, chez certaines comme « Loba » (la Louve), on pourrait deviner déjà les libertines d’aujourd’hui.
Le troubadour conte ses aventures et ses chevauchées vers Carcassone et Castres, Toulouse et Narbonne et même Barcelone et l’Aragon.
On y rencontre des troubadours en langue d’Oc et aussi maints personnages célèbres comme les vicomtes Trencavel, les comtes Raimon de Toulouse et les rois d’Aragon, comtes de Barcelone.

Au cours de l’entretien avec Saint-Paul, Francis PORNON retrace non seulement la vie étonnante de ce troubadour, mais aussi par ce biais, l’apport de cette culture littéraire occitane à la civilisation en particulier en Europe. C’est une vision novatrice de la femme et de l’amour qui est initiée par les troubadours. La femme, n’est plus une personne « utilitaire » par l’alliance qu’elle occasionne, mais une personne centrale, qui existe pour elle-même et à laquelle l’élu se soumet avec délectation.

C’est une vraie révolution de la conception féminine. La force brutale, virile, n’est plus le seul objet d’admiration pour la femme. L’exploit du chevalier bravant les dangers est remplacé par l’exploit de l’aspirant amant qui doit aussi braver des dangers, celui du mari par exemple, mais qui doit surtout réussi dans son art du trobar. Faire des poèmes, les chanter et plaire.

L’entretien est entrecoupé de lecture d’extraits du livre par l’auteur.

*

Maintenant, me voici enfin dans la paix et la tranquillité de l’ombre, par-delà la montagne lumineuse. Il me fallut du temps pour jouir de la quiétude après le tumulte des batailles et des déroutes. Et cependant soufflent dans ma tête quatre vents chargés de tant de parfums féminins, tant de senteurs agrestes, tant d’arômes de cités merveilleuses, tant de souvenirs d’aventures et de voyages !

Et se pressent en ma bouche chansons mélodieuses et rythmées, images de chevauchées par forêts et garrigues, échos de castels pleins d’histoires, scènes de cours recélant des intrigues. Et encore, et surtout, flambent en mon cœur tellement de caresses de dames et tellement de passion d’elles que j’aime à en faire récit.

« D’Amor es totz mos cossiriers… »

D’Amour est toute ma pensée :

Je ne me soucie que d’Amour…

Ce début d’une de mes chansons, écrite il y a déjà longtemps, je ne puis en renier un seul mot, après tout le trajet accompli. Je ne sais ce qui me reste encore à vivre ni si cela me réserve toujours l’amour.

Mais je sais que les mots et les faits de passion amoureuse sont ma seule richesse. L’amour est ce goût sans quoi la vie ne serait qu’une potion amère ou du moins un très fade brouet, alors qu’il est en fait un festin magnifique et délicieux.

*

Ses lèvres rougies et caressantes énoncèrent alors que la jalousie n’a de raison d’être en fin’amor que pour l’amant ou l’amante trahie. Une chose est la blessure d’orgueil du mari qu’il vaut mieux ménager et autre chose est la dévastation de la passion amoureuse par le défaut de l’amant qui laisse démuni et vide. Je devais le savoir, moi, le troubadour, rien d’autre ne méritait d’être vécu que l’amour. Sans doute, la bonne chère et le bon vivre agrémentaient-ils le chemin de la vie, semé d’ornières, d’obstacles et d’agressions. Mais rien, non rien du tout ne pouvait dispenser du Joi, la jouissance amoureuse qui allait croissant au fur et à mesure que l’on avançait vers l’amour partagé.

*

Mon garçon, puisque tu veux être troubadour, connais bien d’abord le code de la fin’amor, l’amour courtois. Il est inutile d’espérer obtenir vite d’une dame ce que tout garçon peut désirer de l’autre sexe. Le « plus » que peut offrir la femme en se donnant ne peut venir qu’en fin de l’ascension amoureuse, laquelle doit commencer par le regard et s’ensuit du baiser, puis de la vue nue, ensuite du jazer et enfin, seulement enfin, du mélange des corps.

Je demandai ce qu’était le jazer. Elle sourit devant mon ignorance et précisa que c’est le coucher en manière d’essai : l’assai, l’épreuve d’une nuit à passer nus côte à côte sans se pénétrer. Elle ajouta que, poète, je serais bientôt capable de chanter une bien-aimée. Si celle-ci me prenait comme amant il faudrait que je ne la déçoive pas, que je sache la faire accéder au Joi, joie et jouissance partagées.

*

« Les dames et les aventures du troubadour RAIMON DE MIRAVAL » est un roman historique, alerte, aux intrigues prenantes mais aussi un éclairage sur cette civilisation occitane, la plus puissante d’Europe par le bouleversement des valeurs qu’elle prônait. A lire !




 Parution mars 2016

 

 

 

   

 

 

 

 

 


Jean-Luc DOUSSET

Lauréat du prix d'Histoire 

des Gourmets des Lettres

sous l'égide de

 l'Académie des Jeux Floraux 

de Toulouse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 31/03/2016




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Christian Saint-Paul signale la parution du dernier livre de Marcel MIGOZZI : « Des jours en s’en allant » aux éditions Pietra , 75 pages, 12 €.


Marcel Migozzi est né à Toulon, rue de la Fraternité, dans une famille ouvrière d’origine corse. Il lui restera toujours fidèle. Instituteur et poète, il a fondé son écriture sur le regard rapproché du silence, sur l’exigence sereine d’un mieux à vivre ou à mourir dans la fertilité de mots rabotés, sarclés, dépaysagés et sensible à l’humus comme à l’humain. Son œuvre a été célébrée par les prix Jean Malrieu, Antonin Artaud et Des Charmettes/Jean-Jacques Rousseau.


Je le devinais, sais.

La blessure précède le bonheur, le suit.

 

S’enténèbrent les échecs

Et les regrets, lichens humains.

Seins blets, la main

Renonce, automne, déjà soir.

 

Mais sous les feuilles d’un figuier à filles

Se détache le souvenir

D’une poitrine perlée sous la laine.


Eric Eliès nous livre cette belle note de lecture :


« Poésie profondément humaine, évoquant avec une grande sobriété le vieillissement du corps et la mort inéluctable .


Ce recueil de Marcel Migozzi inaugure, aux éditions Pétra, une nouvelle collection dédiée à la poésie sous la direction de la poétesse Jeanine Baude. L’édition est très élégante, sur un beau papier glacé qui met en valeur le texte et la photographie originale d’André Villers, qui a collaboré dans les années 50/60/70 avec de nombreux artistes peintres (principalement Picasso) et inventé de nouvelles techniques de tirages négatifs qui ont donné lieu à des expositions.


Ce recueil de Marcel Migozzi, placé sous l’égide d’une citation de Jaccottet (l’un des poètes admirés par l’auteur), est d’une très grande cohérence et s’inscrit dans la lignée des recueils précédents évoquant la progression inexorable de la vieillesse et le lent cheminement vers un décès que l’auteur sait inéluctable. Mais le ton est ici à la fois plus véhément et plus serein, comme si le poète détaillait explicitement les étapes et les symptômes d’une maladie incurable (la vieillesse) :


Rhumatismes déjà. / Os enrochés. Le sang / Passe en vieux. Le genou / est un témoin à charge.


Les bougies d’Alzheimer fument. / L’âme tarie, le sperme en moins, / Le corps composé de débris / De la couronne d’autrefois, / Peut-on donner une leçon d’indifférence / A la souffrance, vieille allumeuse ?


tout en ayant accepté l’issue fatale et l’engloutissement dans le néant de la mort :


Un jour tes jambes s’en iront, seules et / Faibles, vieilles d’os, / La douleur immobile en elles. / Tes jambes s’en iront dans la terre trouée / Définitivement. / Dernière promenade noire. / Pour tes os, ne t’inquiète pas, / Ils n’iront pas bien loin sans toi. / Dans peu de temps muet les mottes / recouvriront même tes mots / Ecrits de ton vivant.


Cette confrontation avec la mort provoque la résurgence des souvenirs d’enfance et suscite l'urgence de profiter des instants de vie, dans la contemplation des beautés que chaque jour apporte (le bleu du ciel, les fleurs du jardin, la présence des êtres aimés : Le thym fleurit le bas du ciel. / Aimons la terre ce matin / Pour que ce verbe-fleur aimer / Ne puisse se faner sur la motte du cœur ).


Toute chose est périssable ; c’est la leçon quotidienne qu’enseigne le jardin :


Les cyprès ne sont pas cardiaques. / Pourtant une branche s’éloigne / De son tronc, vieille et alourdie / De grelots secs, odeur caveau. / Ce matin, les oiseaux évitent cette branche. / Dans le très haut du ciel, / Le feuillage respire, bat. / Nulle ambulance en vue.


Néanmoins, le souvenir établit des ponts entre le passé et le présent et entretient quelque chose qui s’apparente à la survivance et empêche l’effacement. La mémoire des instants vécus, thème essentiel et récurrent dans l’œuvre de Marcel Migozzi, justifie l’écriture poétique qui s’assimile alors à un acte d’amour, à la fois charnel et mystique, envers le monde, envers les autres (notamment la femme aimée et les enfants nés de cet amour) et envers soi-même, par l’enfant qu’on a été, qui n’est pas mort et qui peut-être survivra :


(…) Bonheur ancien laisse des traces / Même amères, tant mieux. Les chairs / Peuvent en témoigner, / Et peut-être les mots en l’absence de corps.


(…) Ne dis rien. Tes paroles / Pourraient tomber dans le vieux pourrissoir / Adulte. / Sauve plutôt les meilleures de tes enfances. / Il en reste encore tant / A ressusciter, vivre, va.


La vie la mort et entre, quoi ? / Ce trou que font les mots. Pourtant / Dans le dernier inventaire : / La pomme d’amour bleue de bouillie bordelaise / La caisse en bois des morues sèches / Dans la cour de la boulangère / Les fagots qui patientent pour un gratin au four. / On sentait la douceur des nuages de poche / L’enfant les emportait au creux de son mouchoir. / En pleine guerre on mangeait peu mais bien content / De vivre à l’eau potable.


Ce pouvoir des mots, le poète le célèbre en même temps qu’il s’en méfie, car les mots se dérobent ( Les vivants savent de tout cœur / Que les mots peuvent les tromper / Que le premier en cache un autre, mort ), et en même temps qu’il s’en moque avec ironie ( Salle d’attente du poème. / Quelqu’un s’agite entre les mots. / Est-ce le nain / « Moi-Je » ? ), parce qu’il y a une vanité incongrue, pour l’homme qui a désappris le catéchisme de son enfance et ne croit plus dans les promesses de la religion, à espérer un salut quand le corps retournera à la poussière (même si ce retour à la terre s’apparente à une restitution fœtale à la terre maternelle : En terre, on y sera petit, / Tout petit tas, tétant / Du bout des os le sein de la poussière ).


Néanmoins, malgré sa fragilité, la feuille de papier, qui peut devenir poème ou bateau plié par un enfant (et auquel fait peut-être écho la photo d’André Villers représentant un papier froissé), reste la seule issue possible et le seul exutoire offerts aux mots. Marcel Migozzi, poète pétri de culture méditerranéenne, n’évoque pas la mythologie grecque mais je n’ai pu m’empêcher de songer à une barque flottant sur les eaux du Léthé, dont les eaux paisibles effacent le souvenir des vivants avant qu’ils n’entrent chez les morts.


Tout un jour à vieillir dans un poème ingrat (…)


Ivres de deuil, poètes / Vous regardez toutes ces barques de papier / Qui vous éloignent de vos corps. Puis votre peu / A peu silence sombre. / Votre bouillie de sentiments dérive. »


Lecture d’extraits


C’est sûr, on a dû l’être

Aimé un jour

Durant, peut-être plus, les chairs

Présentes sous des os moins durs, y croire

Au moins toute une nuit, peut-être

Plus, la vie entière.

 

Bonheur ancien laisse des traces

Même amères, tant mieux. Les chairs

Peuvent en témoigner,

Et peut-être les mots en l’absence des corps.

*

Christian Saint-Paul revient sur le livre de Jean-Michel MAULPOIX : « Le voyageur à son retour » éd. Le Passeur collection « littérature », 155 pages, 15 €.


Jean-Michel Maulpoix, agrégé de lettres modernes, enseigne la poésie moderne et contemporaine à l’université Sorbonne Nouvelle – Paris III. Directeur de la revue Le Nouveau Recueil, il est l’auteur de nombreux ouvrages (poésie, critique littéraire, essais), parmi lesquels : Une histoire de bleu (1992), L’Instinct de ciel (2000), Chutes de pluie fine (2002), Pas sur la neige (2004).


Mais tu l’as bien compris : c’est pour cela que je m’en vais, que je m’envole, que j’en appelle au plus lointain. Ces étoiles au sol, ces feux roses de l’aube, ces forêts, ces rivages, ces toitures : la terre, la maison des hommes. Je ne connais pas de moment plus heureux que l’atterrissage. Ces départs, après tout, n’ont pour objet que le retour.


Pierre PERRIN a rédigé cette critique bien satisfaisante :


« Jean-Michel Maulpoix saisit les émotions fugitives qui naissent de tous les sens. Chez lui, ce sont les voyages qui conduisent à l’éveil d’une sensibilité poétique tissée entre l’intime et le tangible.


Après quelques années de silence, les mots du poète résonnent à nouveau dans ce recueil célébrant la joie infime des plaisirs partagés et les surprises liées au décentrement du voyage.

 

En fin de volume, un carnet accueille l’écho qu’ils ont laissé dans l’oreille de quelques lecteurs.

Estampillé « littérature » plutôt que « poésie », ce volume invite le lecteur à le traverser, presque à l’ancienne, sur la lame d’un couteau. Dès le prologue, en effet, Jean-Michel Maulpoix se pose la question de l’authenticité, sans faux-fuyant, en dévisageant la seule qui vaille, la mort, la « finitude » comme il aime à dire. Le prix de ce livre est dans cette tension. « Se pourrait-il qu’à présent je fasse seulement semblant : prendre une plume et un carnet, écrire encore, raturer, recommencer et laisser croire que je m’en vais là-bas, vers un nouveau livre sans doute, quand ne demeure en vérité que la reprise vaine d’un vieux geste n’ayant plus d’autre raison d’être que de se répéter pour rien, ne partant plus nulle part et le sachant, mais poursuivant encore, comme pour connaître sa fatigue, et comme continue bêtement de battre le cœur de qui cessa d’aimer ? ».

La marque de fabrique de Jean-Michel Maulpoix, et la place qu’il occupe dans le paysage poétique français depuis Ne cherchez plus mon cœur, chez POL voilà trente ans, l’atteste, c’est d’écrire en tendant du côté de la clarté. « J’ai le désir d’une écriture qui tire au clair : qui clarifie et qui conduise du côté de la clarté ». Le trémolo qu’il ajoute aujourd’hui, à sa façon de tenter un bilan, ne laisse pas de toucher : « Jamais je n’ai su toucher l’os. Ni vraiment fait sonner le vide. J’ai trop aimé les textes bien coupés, sans faux plis, doux au toucher, et qui enveloppent notre peau d’une douceur tiède ».

L’ensemble, qui relève du carnet du voyageur, parfois immobile, en vrille sur ses interrogations, est relativement inégal. Du moins, c’est affaire de goût. « Observation à caractère général : en Amérique, méfiez-vous des sauces ». Ou bien : « plumer le touriste est un art ». De telles notations peuvent ne pas transporter le lecteur pris au dépourvu. Les 115 pages de Maulpoix réservent d’autres surprises – de meilleure qualité. Les 115, car les quarante dernières pages sont offertes à des amis tels que Jean-Marc Sourdillon, Gérard Noiret, Pierre Grouix et s’achèvent par une élogieuse critique du livre « à son retour », signée Michèle Finck.

Heureuses surprises donc : « Tout bonheur est un sablier ». Le poème en prose Flamenco, quinze lignes, est épatant, comme les quatre pages qui, sous le titre Golgotha, font état d’un déplacement à Jérusalem : « Le nom de la capitale mondiale du monothéisme signifie en hébreu La paix viendra. La mort y est bon marché ». Maulpoix cite Hofmannsthal, dans un exergue : « Ce qui doit toucher l’âme, cela ne se laisse pas prévoir ». L’écrivain, tout exigeant qu’il soit avec soi-même, ne peut guère anticiper la réaction de ses lecteurs. Cette dernière s’enchante sans détour de ce vers blanc, au rythme ternaire, un paradoxe à valeur d’apophtegme, une réussite : « Être le témoin anachronique de son temps » et donne quitus à Maulpoix sur sa qualité d’écrivain.

Ce volume vaut donc par les questions que se pose Jean-Michel Maulpoix. Les deux pages intitulées Une collection de phrases les résument assez bien, en deux temps distincts. « Je suis atteint d’un mal curieux : mon corps est plein de phrases. Troué de paroles et mangé de vers, il n’est plus remué que par ces créatures voraces qui le vident lentement de sa substance ». S’ensuit le doute qui le taraude : « Je ne suis plus une personne, mais une sorte de catalogue de formules et de visages. Autrui m’est plus proche que moi-même ». Au doute, la mort dévisagée, succède une sorte d’apaisement où « s’abandonner un peu, puis se reprendre à temps, ajuster l’amour au mourir, et s’appliquer à parler juste dans l’incertain », allant jusqu’à énoncer que l’important, dans une phrase, est moins dans ce que celle-ci dit que dans la distance à quoi elle se mesure. De même, écrit-il encore un peu plus loin dans Crayons de couleur : « La beauté du monde ne tient qu’à un fil : c’est parce qu’elle est d’une fragilité extrême qu’elle résonne parfois comme une corde parfaitement tendue qui rend un son juste ».

 

Pierre Perrin


Extraits :

Plage de Tel Aviv

On entend dans le ciel des avions invisibles. La guerre, apparemment, ne serait que cela : un bourdonnement lointain dans le bleu.

La voici, la grande, la couchée, indifférente ici comme ailleurs à toute souffrance humaine, roulant ses vagues et projetant pour rien devant elle ses écumes.

Peu importe que des hélicoptères ou des avions de chasse la survolent, ni que le sang des hommes parfois teigne ses eaux. La folie n’est pas son affaire, mais le mouvement lointain des astres.


- Les dieux, me disais-tu, ne sont pas morts. Ils ont vieilli.

- Le septième jour n’a pas eu de soir.

*


Christian Saint-Paul reçoit son invité Jean-Luc DOUSSET qui vient de faire paraître aux éditions Jeanne d’Arc : « Ferdinand le débile » 298 pages, 17 €.

Cet auteur avait obtenu le prix d’Histoire des Gourmets de Lettres 2015, placé sous l’égide de l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse, pour son livre : Giampretro Campana - la malédiction de l'anticomane -

Jean-Luc Dousset, historien, qui était déjà venu présenter ses précédents ouvrages dont : Philibert Besson - le fou qui avait raison - , journaliste toulousain, nous invite cette fois à découvrir un empereur d’Autriche-Hongrie que l’Histoire passe sous silence.

Un voyage dans l’Empire austro-hongrois du milieu du XIXe siècle en compagnie d’une personnalité méconnue.


Vienne, 1793, le palais de la Hofburg, la naissance de l'héritier de l'empire austro-hongrois.

En principe... du successeur de son père l'empereur François 1er.

Mais Ferdinand a de l'eau dans la tête, il est rachitique, il souffre d'épilepsie, il est un peu attardé...

La consanguinité l'a accablé de tant de tares !

Survivra-t-il suffisamment de temps pour accéder au trône de la famille des Habsbourg-Lorraine.

Monter ou descendre un escalier, se servir d'une carafe, signer de son nom... Autant d'épreuves !

Durant des mois, sa laideur doit rivaliser avec la beauté de l'Aiglon qui vit au Palais de Vienne, à Schönbrunn...Encore une épreuve pour lui, si disgracieux.

Son père Sa Majesté François hésite.

Lui succédera-t-il ?

Un temps il lui préfère son fils cadet François-Charles.

Un temps, il s'en tient au principe de légitimité, ce sera son fils ainé Ferdinand...

Le Prince de Metternich veut sa marionnette !

Avec Ferdinand, il la tient...

Il le forme, le modèle, le marie à la princesse Marie-Anne de Savoie. Nuit de noces mouvementée !

Ferdinand s'intéresse peu aux choses de la politique et à l'art militaire. Ses seules passions : la botanique, le jardinage, les sciences...

On le prend pour un débile !

Le peuple l'aime. Il le surnomme Ferdinand le Bon. Le peuple le méprise. Il l'appelle du sobriquet de Ferdinand le Fini...

La période est troublée. Le puzzle de l'empire austro-hongrois menace de se disloquer. La sœur de son frère, l'archiduchesse Sophie avide de pouvoir manœuvre pour que la couronne des Habsbourg revienne à son fils François-Joseph qui va épouser celle qui va devenir l'impératrice Sissi !

On prépare son abdication...

Ferdinand, un incapable ? Il est un homme de progrès !


Comme pour les précédents ouvrages, c’est aussi une œuvre littéraire qu’a accomplie Jean-Luc DOUSSET avec cette biographie d’une grande originalité puisqu’elle est celle d’un acteur de l’Histoire qui demeure peu connu. Encore une fois, le mérite de notre écrivain historien est de retrouver des personnages ayant joué un rôle non négligeable dans l’Histoire, mais que les historiens pour de mauvaises raisons ont négligé. L’originalité de la vie de « Ferdinand le débile » et son rôle à bien des égards, positif pour son pays, n’a pas échappé à la vigilance de Jean-Luc Dousset.


Celui-ci dévoile au cours de l’émission le destin de ce monarque conscient de ses faiblesses mais toujours préoccupé par l’intérêt de son peuple, qui a été amené à prendre des décisions de la plus haute importance.

Le récit, alerte, est conduit par un témoin, Ambrosius Nessehauer, qui était comme son père au service de la Maison des Habsbourg-Lorraine.

Cette vie pleine de péripéties, de succès et d’échecs, est en réalité aussi romanesque que passionnante. Il faut écouter Jean-Luc Dousset parler de ce personnage comme s’il était lui-même le témoin : Ambrosius Nessehauer.


L’entretien avec Saint-Paul est entrecoupé de lecture d’extraits du livre :


J’ai vu Ferdinand grandir tant bien que mal entouré de soins

inutiles. Son corps reste malingre, sa tête disproportionnée,

énorme.

Les médecins se succèdent près de lui depuis sa naissance,

impuissants. Ils ne font que constater, leur diagnostic est

invariablement le même : épilepsie, bégaiement, troubles de la

parole, manque de coordination de ses membres, rachitisme,

hydrocéphalie…

« De l’eau dans la tête ! » prononce en jetant les yeux au

ciel, sa mère l’impératrice lorsque l’hydrocéphalie lui fut

expliquée…

« Ne pourriez-vous point la lui vider ? » rajoute-t-elle avec

son bon sens.

Réunis en demi-cercle autour du lit du Prince héritier, les

médecins se concertent. L’idée, un peu simple, au premier

abord, peut-être saugrenue, de l’Impératrice les fait

s’interroger ?

Bien sûr, l’expérience a déjà été tentée avant… Bien sûr,

bien sûr, mais sur d’autres qu’un héritier de la dynastie des

Habsbourg. Sur des sujets quelconques, sans réelle importance!

« Pour autant, que risque-t-on ? Regardez-le, hormis ses

périodes de crises, il semble pour le moins végétatif », constate

l’un des praticiens, négligeant la présence de Ferdinand.

Subitement, celui-ci dirige la tête vers lui, plonge à l’intérieur

de lui, le pénètre avec ses yeux globuleux.

J’ai vu le médecin, si mal à l’aise, se tourner vers l’un de

ses confrères :

« Vous savez bien quels ont été les résultats de ces

ponctions… Des convulsions, puis souvent la mort… Notre

collègue italien, Giovanni Battista Morgagni en a plusieurs

fois fait la démonstration il y a quelques années… Point ne

s’agit-il de quelques saignées ! »

« N’est-ce pas sa destinée? Il convulse déjà si fréquemment

que la mort sera délivrance. »

« Nous substituerons-nous à Dieu ? »

« Ne l’a-t-il point abandonné ? »

« Ne serait-il pas tout de même envisageable de faire des

trous pour faire baisser la pression ? »

« La mort ! Vous dis-je. »

« Cependant peut-être installer un trocart, selon les

expériences menées par Claude-Nicolas Le Cat pour la

ponction de l’hydrocéphale ? Installé à demeure, nous

pourrions ainsi vidanger le prince Ferdinand aux instants qui

se révéleraient nécessaires. »



Vous eussiez vu tous les efforts déployés par Ferdinand

pendant presque toute une année entière. Je les entendais jour

après jour, inlassablement, invariablement.

Son précepteur répétait sans se lasser, sans discontinuer,

monocorde :

« Sire, levez la jambe droite. Oui, celle-là, montez le pied

et avancez-le. Bien… Reposez-le…

Non, non ne vous arrêtez pas. Appuyez dessus et montez la

jambe gauche… »

Que de fois n’ai-je entendu Ferdinand choir !

Se relever en grognant… sans toutefois se plaindre.

Il est enfin parvenu au bout de plusieurs mois à monter seul

ou presque les marches des escaliers.

Son apprentissage des rudiments d’une existence simple a

tellement été laborieux, il aura fallu tant de patience !

Pourtant, François Steffaneo-Carnea se révèle si faible,

incapable à donner à l’archiduc l’enseignement dont il a besoin

et qui eut, est-ce là mon avis, nécessité un peu d’autorité.

Oh, bien évidemment, l’Impératrice en a bien conscience

même si elle ne se résout à le démettre. Elle ne se prive de le

moquer, dans son salon entouré de ses dames de compagnies, de

ses relations de cour, l’appelant à maintes occasions « la vieille

femme ».

Les repas sont des moments interminables, pénibles à

l’extrême pour le jeune archiduc.

La table est dressée pour l’occasion, les couverts personnels

en or de l’empereur François ont été sortis de leur écrin de cuir,

disposés avec minutie devant lui ; cuillère, couteau, fourchette,

cuillère à moelle, coquetier, boîte à épices.

Ceux des autres membres de la famille impériale, uniformes,

ont été extraits d’une ménagère de douze couverts, nombre

choisi en référence à celui des apôtres.

Devant chacun des convives, de la vaisselle en porcelaine de

la manufacture de Vienne.

François se souvient que toute la haute aristocratie avait dû

se séparer de celle en argent et en or au moment des guerres

napoléoniennes pour fondre monnaie. J’ai vu en cette période

la Cour puis la famille impériale, elle-même, ne pas se dérober

à ce devoir national.

L’Empereur a fait disposer les assiettes, dites panorama,

d’un service dont la commande a nécessité cinq ans de travail :

120 pièces dont 60 assiettes à dessert et 24 à soupe, toutes

illustrées d’une vue de la Suisse, d’une d’Italie et enfin d’une

autre évoquant les plus belles réalisations architecturales de

Vienne.

Ferdinand sent tout son corps se tétaniser, ses courts bras

deviennent aussi raides que des barreaux de chaise.

Il hésite, avance sa main, se saisit de l’anse de la carafe. Ses

gros doigts se serrent autour et il la soulève mais il la lâche

comme si elle pesait plusieurs kilos au moment de se verser un

verre d’eau.

Plusieurs jours de suite, plusieurs semaines d’affilée la scène

se répète. Les domestiques se précipitent essuyer, enlever

promptement les morceaux éparpillés du verre de Murano, les

débris de l’assiette de porcelaine.

Diantre, est-il heureux qu’en cette époque, la vaisselle en

argent commence à faire son retour au palais impérial ! Car, la

maladresse maladive dont souffre Ferdinand eut tôt fait de venir

à bout de tous les services de porcelaine de Vienne.

A chaque fois, autour de la table, ses frères éclatent de rire !

A chaque fois, Ferdinand rentre dans une colère incontrôlée,

il tape de petits coups répétés de plus en plus fort contre le

surtout en bronze recouvrant la table.

A chaque fois, son précepteur avec douceur le calme puis

l’entraîne hors de la salle à manger de la famille impériale.

Ferdinand demeure cet enfant en retard pour ne point dire

attardé, un peu maladroit pour ne point dire infirme, un peu sot

pour ne point dire débile !

C’est l’avis de beaucoup.


[...]


Les passions se déchaînent contre les grands banquiers

israélites accusés de piller les finances publiques, soutenus par

les plus puissants du gouvernement.

Situation d’autant plus inacceptable alors que dans le même

temps, les juifs de condition modeste, pauvres, sont traqués et

molestés, pour le moins. Que n’y a-t-il différence de traitement

selon la fortune !

Que la colère est grande par ailleurs contre la corruption qui

règne !

N’y a-t-il pas dans l’empire d’Autriche, selon la population

en révolte, trente-cinq mille grands fonctionnaires et quatre-vingt

cinq mille fonctionnaires dits gradés, provenant tous de

l’aristocratie !


Que la révolte prend une tournure dramatique, incontrôlable.

On marche maintenant vers la Hofburg ! Déjà, des fenêtres

du palais impérial, on aperçoit les premiers contestataires qui

s’approchent !

Ferdinand est averti.

Avec toute sa candeur, il demande ce qu’il se passe. Que

Metternich semble interloqué par la question de l’Empereur !

« Une révolution, Sire ! » répond-il sans plus donner de

détails.

« Mais ? En ont-ils le droit ? »

« Mais ? En ont-ils le droit ? » répète un peu abasourdi le

prince de Metternich…

La phrase est si naïve mais pourtant elle semble tellement

juste tant elle est prononcée avec sincérité. Cette sincérité qui

transpire de Ferdinand. Il regarde de ses grands yeux globuleux

Metternich, il attend, il espère une réponse plus précise.

Son premier ministre le regarde à son tour comme il l’a

toujours fait depuis treize ans, avec un peu de compassion, avec

beaucoup de mépris et énormément d’incompréhension ; il est

un pion de son jeu. Dans la partie d’échecs que le prince de la

diplomatie mène, Ferdinand est dans le même temps, le fou et

le roi ! Il a souvent marché en diagonale, aujourd’hui il se doit

de montrer qu’il est capable de marcher droit en monarque, en

souverain !

Que ceci se rapproche du domaine de l’impensable.

Toujours, en écho, dans la tête pleine d’eau, les propos de son

père…

Surtout ne rien changer ! Ferdinand se souvient de ces

recommandations ! Surtout ne rien changer ! Surtout !

Mais là, aujourd’hui? Oh, que j’ai vu Ferdinand se replier un

peu plus sur lui, son visage, crispé, accentuant des rides

profondes. Il ressemble à l’une de ces pommes flétries ! Face

aux troubles, aux manifestations hostiles que doit-il faire ?

Rester immobile ?

Oh diantre, qu’il ne porte en son cœur Metternich, mais

jusqu’à présent, il était là. Il pouvait se reposer sur l’avis de

cet homme habile en négociations. Désormais, il n’y a plus

personne. D’ailleurs, reste-t-il encore quelque chose à négocier?

La véritable tête de l’empire, celle de Metternich lui-même,

est prête à tomber.

Il y a plusieurs jours que celui-ci reçoit des lettres anonymes

qui le menacent. Tenant à montrer qu’il reste maître de lui, de

la situation, il les traite avec dédain mais cependant elles ne

manquent pas de produire leur effet, sa confiance est ébranlée.

L’annonce incessante de sa chute prochaine lui ôte de sa

superbe.

Ambrosius Nessehauer se redresse dans son lit avec les

forces qui lui restent, poursuivant à grand-peine à réunir les

souvenirs de ces semaines noires.

En ce jour du 13 mars, le choix s’impose pour le diplomate.

Ses belles phrases ne peuvent plus le sauver.

Les étudiants demandent le départ, plutôt la mort de

Metternich en latin « Pereat Metternich ». Qu’il périsse ! En

latin, la menace semble plus douce mais elle est réelle.

Metternich ne s’y trompe pas.

L’empereur Ferdinand a bien conscience que tous ces

soubresauts violents qui secouent son pays, agitent toute

l’Europe sont au-dessus de ses facultés, ils sont même peut-être

pour lui enfin l’occasion de se défaire de cette charge si

lourde dont il a hérité !

Par la faute de Metternich !

« Pereat Metternich » se surprend à prononcer l’Empereur

vacillant en secouant la tête.

Dès ce moment-là, j’ai compris que Ferdinand allait vivre ses

derniers jours de monarque.

J’ai vu. J’ai entendu, l’impératrice-mère, Caroline, la veuve

de l’empereur François, lui parler de s’éloigner du pouvoir.

J’ai vu. J’ai entendu, l’archiduchesse Sophie, tant lui

soumettre l’idée d’une abdication avec insistance.

J’ai vu. J’ai entendu, son épouse l’impératrice Marie-Anne

le pousser, elle aussi, à se retirer, à prendre ses distances.

Mais Dieu, que leurs intentions me semblent bien opposées.

Il m’est difficile de me prononcer sur la sincérité de

l’impératrice Caroline. Oh, certes est-elle la sœur de

l’archiduchesse Sophie, mais cette femme pieuse, qui a tant

œuvré pour les œuvres sociales de l’Empire, a fondé plusieurs

hôpitaux et asiles pour les pauvres éprouve également de

l’affection pour Ferdinand.

Que sans doute, j’ose le croire, est-elle animée par les

sentiments les meilleurs, presque ceux d’une mère quand elle

conseille l’Empereur.

Que Marie-Anne veuille épargner à son époux une fin de

règne bien éprouvante m’apparaît bien concevable.

Mais que l’archiduchesse Sophie fasse œuvre de compassion

relève du domaine de l’improbable.

Imaginer que son cœur dévoré par l’ambition se soit attendri

m’est impossible. Son mari ne fut pas Empereur, son fils le

sera.

Ferdinand le débile, le Habsbourg caché.. A lire!












 

   

 

 

 

 

 

 

James Sacre

 

Photo

 

 Jeanne Roux

 

 

 

 


 

 

 

James SACRE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 24/03/2016




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Christian Saint-Paul présente son invité : James Sacré poète français, né le 17 mai 1939 à Cougou, village de Saint-Hilaire-des-Loges (Vendée).


Biographie selon Wikipédia :

« James Sacré passe son enfance dans la ferme de ses parents en Vendée. Il est d'abord instituteur puis instituteur itinérant agricole, il part, en 1965, vivre aux États-Unis où il poursuit des études de lettres. Il y enseigne à l'université de Smith College dans le Massachusetts. Il fait également de nombreux séjours en France et ailleurs en Europe : l’Italie, la Tunisie, le Maroc. En 2001, il rentre en France et réside depuis à Montpellier. James Sacré commence à écrire dans les années 1970, en plein littéralisme. Son premier livre s'intitule néanmoins Cœur élégie rouge. Les sentiments ne seront donc pas absents de cette écriture. L’auteur a par ailleurs consacré sa thèse de doctorat au Sang dans la poésie maniériste. C’est donc d’emblée une poésie charnelle qui s’écrit, associant étroitement le cœur qui aime et celui qui bat, le cœur qui saigne et celui qui nous fait vivre de sa régulière pulsation. James Sacré est très attaché au paysage, et à la géographie. De nombreux textes sont consacrés au terroir de l’enfance. Les motifs centraux en sont la maison, la ferme, le jardin et le village. La mémoire joue un rôle important : tout un travail de remémoration est à l’œuvre afin de rendre le passé aussi vivant que le présent et de les fondre l’un dans l’autre. La poésie de James Sacré n'est pas pour autant égocentrée, elle s’ouvre à l’autre, l’appelle et l’accueille. Les voyages sont l'occasion de repenser l'identité, l'altérité et la relation amicale ou amoureuse. La passion de l'auteur pour le Maghreb, donnant lieu à de nombreux voyages, donne aussi naissance à de nombreux livres. La poésie est alors animée par un désir d'ouverture et de chaleur, de coprésence heureuse avec l'autre. Elle cherche une manière heureuse d'être ensemble, qui laisse s'écouler le temps avec douceur. L'un de ses poèmes favoris est celui où il parle d'un mariage au Maghreb dans "Viens, dit quelqu'un".


Antoine EMAZ dans sa magnifique préface de « Figures qui bougent un peu » Poésie /Gallimard, écrit : « James Sacré peut varier la forme tant qu’il veut puisqu’il reste dans la même unité tonale de langue, la sienne : « des phrases comme une musique plutôt que du sens ». La langue est poussée dans ses retranchements, ses limites, sans devenir obscure ou illisible. En cela, Sacré pourrait être un exemple de poète expérimental clair. »


La bibliographie de James Sacré se trouve à la fin de ce compte-rendu.

 

Un entretien s’instaure avec Christian Saint-Paul :

« J’ai publié mon premier livre en 1965. Depuis tous les ans ou tous les deux ans, se sont succédées de nouvelles parutions. Après mon long séjour aux USA j’ai choisi Montpellier comme lieu de retour car j’y comptais de bons amis et je me rapprochais aussi de l’Italie, de l’Espagne et du Maroc. »

Saint-Paul l’interroge, voulant savoir si ce Vendéen qu’est James Sacré, homme de l’Ouest, recherchait un ancrage méditerranéen. Le poète répond qu’il se serait adapté et plu aussi ailleurs. Mais il est heureux de ce choix ; de plus son voisin Jean-Claude Forêt des éditions Jorn lui a appris à connaître la poésie occitane et les poètes occitans qui vivent dans la région ou un peu plus loin.

Dans « Si peu de terre, tout » paru au dé bleu, il semble qu’il s’inscrive parmi les poètes du quotidien. Il manie l’humour et la trivialité :

Et comment décider si c’est l’odeur d’une chaussette propre ou celle des sales qu’on préfère ?

Il règne une poésie métaphysique incontestable mais dans une langue qui n’effraie pas. Depuis longtemps, développe James Sacré, les poètes parlent de choses très familières auxquelles ils s’intéressent. Mais ce n’est pas le quotidien qui m’interpelle, précise-t-il, c’est le vécu. Je sais très bien que l’on n’arrive pas à exprimer tout le vécu dans les mots car dans le transfert il y a des choses qui disparaissent, mais je persiste quand même dans ce parti-pris de parler à partir de l’expérience du vécu tout simplement. Et le vécu c’est le quotidien même quand il s’agit de choses au loin ou de choses racontées par les journaux etc. Le quotidien, c’est l’immanence du monde. Je suis un matérialiste et cette immanence du monde s’ouvre sur l’énigme du monde, sur l’obscurité du monde. Fatalement cela dérive sur les questions du vivre, des valeurs etc. La poésie nait toujours d’une expérience, ne serait-ce que celle de la langue et des mots employés.


James Sacré lit des extraits de « Le poème n’y a vu que des mots » (le dé bleu éd.) qui ont trait à la photographie.


James Sacré entretient une complicité avec les artistes plasticiens. Ceux-là lui ont appris beaucoup plus que les musiciens. J’aimerais qu’un poème puisse se construire un peu comme une peinture, poursuit-il, car dans une peinture vous mettez une tache de rouge là, une autre ici, des lignes qui s’entrecroisent, et dans le poème je pense que c’est la même chose. Au lieu d’utiliser des motifs de couleurs ou des motifs de dessins, j’utilise des motifs sonores, des motifs de sens ou des motifs grammaticaux. J’organise tout cela, je rythme chacune de ces choses à l’intérieur de ce que j’appelle un poème. Et j’aimerai bien qu’un poème, comme une peinture, puisse se lire par n’importe quel endroit. Lorsque j’ouvre un livre de poèmes, il m’arrive de commencer par les derniers textes. Les artistes peintres m’ont appris une sorte de matérialité du poème. Je préfère parler du poème plutôt que de la poésie. Je ne crois pas qu’il y ait un lien transcendant entre le poème et la peinture, mais une sorte de continuité. James Sacré fait aussi le lien entre les lieux, la Vendée, les USA, le Kenya avec l’hôpital de Turkana par exemple. Le poème va lier ce vécu dans des lieux aussi différents. Mais j’écris les poèmes dans la même langue, le français, précise-t-il, et d’autre part je rencontre des différences ; ce que l’on voit en Vendée n’est pas ce que l’on voit au Maroc, mais si je m’attarde un peu, je finis par y voir non plus des différences, mais des ressemblances. Je retrouve au Maroc toute mon enfance paysanne qui a disparu en Vendée et aux USA un arrière fond rural que je retrouve au Poitou ou en Languedoc.

James Sacré écrit que la photographie est « un mécanisme de souricière ». Est-elle un piège ? Et l’écriture aussi ? Oui, c’est un peu un piège, car on ne sait pas très bien ce qu’on cherche avec un poème, avec une photo non plus, et souvent on trouve des choses qu’on n’avait pas cherchées. Le poème, en quelque sorte, nous piège. Les mots nous piègent. Vous en écrivez un et un autre arrive que vous n’avez pas prévu. Et le mot n’a pas la même image dans l’esprit des lecteurs. Si j’écris arbre, un Québécois verra un érable, un Vendéen un orme ou un chêne, un Marocain un eucalyptus ou un arganier. Chacun dans sa relation au mot transporte son propre vécu, sa propre expérience. Et les différences-ressemblances apparaissent car il y a les deux. C’est donc un piège agréable le plus souvent quand même. La poésie nous rend vivants.

Celui qui écrit « le monde est tellement sans fin et compliqué tout autour » remarque Saint-Paul, n’est pas dénué d’humour. L’humour chez James Sacré est ténu mais vivant. L’humour sert à douter un peu des choses mais sans être provocateur. L’ironie, l’humour me permettent de me sentir cherchant quelque chose plutôt qu’affirmant quelque chose. Cet humour, renchérit Saint-Paul, est la marque d’une humilité et paradoxalement c’est cette humilité qui donne la force à l’œuvre.

Le monde ne cesse de disparaître ; c’est souvent un peu triste parce qu’il y a beaucoup de choses que l’on a aimées qui disparaissent. Mais notre passé, notre vécu disparaissent de la même façon. Même les poèmes sont des machines à faire disparaître le passé ou ce que l’on a aimé. Au lieu de le donner, le poème réinvente les choses. C’est un peu comme la vie en général qui est forcément toujours liée à la mort. En même temps que l’on est vivant, on est en train de mourir. Le poème est-il une façon de figer ce qui va disparaître, interroge Saint-Paul. Dans « Donne-moi ton enfance », répond James Sacré, où j’essaie de restituer l’enfance, au lieu de parler de la vraie enfance, j’invente une enfance. Mais ce qui se fige, est capable de s’ouvrir à quelque chose d’autre, est capable de créer.


Lecture d’extraits de « Le poème n’y a vu que des mots »


Reprise de l’entretien :

C’est à cause de cet effritement que j’évoque dans mes poèmes, que j’ai le goût des choses usées, dont on ne se sert plus mais qui ont pourtant la capacité de vous saisir à cause d’un détail de couleur ou d’un arrangement de couleurs. Ce côté du monde qui part en guenilles nous fait sentir ce paradoxe qui fait que ce qui s’effrite nous fait songer à ce qui se fait maintenant et qui est nouveau. C’est le sens des tableaux d’Alexandre Holan cher à James Sacré. C’est dans la même posture que s’inscrit le peintre toulousain Philippe Vercelotti, remarque Saint-Paul.

Si j’ai pu écrire, poursuit James Sacré, que dans le poème apparaît « un manque de fraîcheur » (Si peu de terre, tout p 35) c’est peut-être à cause de son impossibilité à coïncider avec le vivant.

Comme l’a si bien relevé Antoine Emaz, James Sacré écrit dans des « façons de langue parlée ». Il a connu le patois poitevin. Son père le parlait, sa mère résistait.


Lecture de (Portrait du père à travers les arbres). et des textes suivants extraits de « Si peu de terre, tout ». éd. le dé bleu


L’émission s’achève par la lecture d’extraits de « Une petite fille silencieuse - poèmes pour Katia » (sa fille) in « Figures qui bougent un peu et autres poèmes » préface d’Antoine Emaz, Poésie / Gallimard.

***

A bien y penser c’est pas beaucoup d’espèces d’insectes qui nécessitaient un travail de destruction ou de trie fait directement à la main. Sur la grande table de la cuisine après qu’on avait soupé, c’étaient les bruches et les charançons dans les haricots. Autrement on tuait un insecte occasionnellement. Les barbots lents au bas des murs. Une araignée. Les mouches plates qui se glissaient dans les plis gras de la peau des vaches. Autant d’odeurs et de touchers au bout des doigts. Une familiarité méchante et joueuse avec ce qui était déclaré mauvais. Le dégoût qui finissait par faire plaisir.

Ça fait longtemps que j’ai pas tué d’insectes. J’oublie quasiment leur forme et leurs couleurs. C’est plus que des mots, sans guère d’odeur. Sans grand danger pour mon poème : à les choisir on sait pas trop ce qu’on trie ; et puis comment est-ce qu’on écraserait un mot ?

ANACOLUPTERES

*

Qu’est-ce qu’on peut faire

Avec un mot donné comme

A la clef d’un poème ?

Et que justement ça mène à rien, matin

Et pas pouvoir partir, c’est déjà grand jour

comment

Est-ce qu’on peut dormir si longtemps,

Matin comme un midi, c’est toujours

Un peu comme ça un poème :

Un manque de fraîcheur.


Si peu de terre, tout

*

(Portrait du père à travers les arbres).


Un chêne tout rabougri tout

comme presque un buisson misère

à peine qu’on peut chier dessous

l’herbe mal douce

le temps ramasse encore des gestes d’autrefois.


Si peu de terre, tout

*

Est-ce qu’on a tellement l’air paysan

Si on ressemble à du patois ?

A cause d’une façon d’attraper les mots

Qui fait bouger la tête comme ça

Plutôt qu’autrement, sans doute...

Pour le reste ça veut quoi dire parler comme un

paysan ?

A travers mon patois est-ce que j’entendais pas

Toute la musique de vivre (lenteurs, moments

brusques, tendresses...)

Et déjà le silence ?


C’est jamais un vrai dictionnaire qu’on fait

Pour décrire la façon

Que les paysans causent.

Un gros livre écrit tout entier

Dans leur patois, personne pour l’entendre ;

Pourtant les gens qui savent ces choses, comment

on apprend une langue,

Pourquoi c’est important, la langue anglaise

par exemple

D’avoir un dictionnaire tout en anglais

C’est mieux qu’ils disent. Sans doute,

Mais pour le patois ?

[...]

Monsieur l’abbé Grégoire et tant d’autres

Ah, vive la France !

Comme ils ont eu sa peau, peu à peu !

Le patois, qu’ils disaient, cette espèce d’âne

grotesque

Avec ses yeux sales, ses bruits !

De temps en temps on le fait braire, pour en

rire.


Si peu de terre, tout

*

Hospital - Turkana


Comme si j’étais déjà venu là. Une pièce

dans un dispensaire, par exemple à Marrakech. On y

est comme dans une petite gare de l’ancienne colonisation

et tout s’est un peu dégradé. Le ciment rêche

est dans les yeux, le métal râpé du butane aussi. Un

jour de mon enfance en Vendée. Je viens d’aller

chercher la nouvelle bouteille de gaz dans le garage,

pour l’installer à la cuisine. Le docteur venait nous

soigner à domicile.

Ou si je suis dans une école de campagne

assez défaite au Maroc, ailleurs ?

Le monde est jamais si surprenant

Qu’on voudrait croire.

Mon premier logement d’instituteur à Saint-

Pierre-à-Champs, dans les Deux-Sèvres. L’hôpital de

Turkana, tout à côté, au Kenya.


Le poème n’y a vu que des mots

*

Le désir fait que mourir, même si dans la mesure.

Ce qui emporte c’est la défaite.


Tout le paysage est un lent mouvement de couleurs et

d’aveuglements qui se poussent

Comme on voit dans les tracements géologiques.


On devine que le désir a toujours été du silence. Rien

à mesurer.

Mourir est le dernier mot qu’on a

Pour croire à du solide.

*

D’où vient cette maison qui s’en va ?

On a le cœur si étroit, la Mésopotamie

C’est tellement loin dans le temps ;

On distingue plus ce qu’a été le sens

D’une écriture ancienne, ça disait peut-être déjà

Tant de gestes fous

A travers la peur et le mot dieu, la dilution

A tous les estuaires du monde.

La montagne s’écroule. Le cœur qu’on a eu

Est une petite chose calcaire et mouillée

Qu’on écrase.

*

Sauver la maison veut plus rien dire.

Toute l’entreprise de parler simplement a été ratée.

Toute l’entreprise de pas comprendre et de continuer,

Même que ç’aurait été dans la violence ou le désaccord.

Une complication de l’esprit s’acharne à justifier

Les remembrements la reconstruction qu’on va faire

Quand on aura tout détruit.

Mais le projet ça sera comme avant

Le même ratage à répétition.

Pas comprendre ou comprendre sans doute qu’on

saura jamais

Ça qui continue.


Le poème n’y a vu que des mots

*

Parler d’un pays, ça pourrait

Consister en l’établissement de listes.

Evidemment ça n’aurait pas de fin : liste

De toutes les tribus indiennes qui ont vécu

Dans ce pays (le vent même les connaît plus)

Ou tous les noms de rivières et de beaux endroits qui sont

restés

Comme un dictionnaire de leur ancienne présence ;

Des listes de marchandises que voilà partout

Boissons gazeuses dans leur meuble mécanique à sous

Couleurs publicité

Si ta vie s’en trouve changée ? Liste

De tous les noms d’église comme

Une litanie marchande...

Et puis n’oublie pas, la liste des commissions.

*

Dans l’entrée du Plaza Hotel à Las Vegas, pas la ville de l’Arizona.

Beaucoup de sons « a » dans ce vers, mais ça va bien

Aux volumes de l’endroit, à la couleur vert foncé

Des fines colonnes de métal dans la salle à manger

La frise aussi, même couleur avec des guirlandes et des

nœuds blancs.

Oui, une sorte d’austérité un peu froide et qui se continue

dehors

Avec la façade en brique rouge et les boiseries vertes,

deux tons de vert, entre les surfaces vitrées

Puis le bosquet des arbres sur la place où paraît, comme

une nymphe un peu nue,

Le kiosque léger blanc et bleu.

Un homme qui est un clochard

Sort de l’hôtel après un café pris là et c’est

Des paroles amicales un peu emphatiques avec le

personnel en tenue,

Quelque chose de méditerranéen quasi qui rappelle

Qu’on est dans la région hispanique des Etats-Unis (Las Vegas

au Nouveau-Mexique)

D’où ce mélange, qu’on se dit, de retenue grave et

d’exubérance qui rit vrai.

*

Parfois le voyage est un peu long

On ne voit plus rien, ou mal tout.

Le paysage se réduit à quelques noms,

Motel bon marché ou machin grand luxe.

Ça finit par être nulle part.


America solitudes

*

Un jour on entend sa voix au téléphone.

C’est déjà la nuit et presque du silence qui est très

loin dans

L’exiguïté de la solitude entre un lit d’hôpital et une

chaise vide,

Pendant que la lumière est partout courant dans la

ville, parmi

Des maisons dans les suburbs comme des gros cœurs

cossus

Si quelqu’un pleure à l’intérieur d’une, à côté

Du téléphone et du silence, tout continue pareil.

Quelque chose

Bat tout près jusqu’à très loin, ça s’entend pas

beaucoup.

*

Pourquoi moi ? demandait la voix, encore.

Ça a résonné jusqu’à on sait pas où dans le fond mal

arrangé du monde.


On n’entendait plus rien.

*

Les joues mêmes de la petite fille

Sont ni de la renouée ni des véroniques dans les coins

pas encore arrangés du jardin.

Pourtant l’air qui lui vient par la fenêtre

C’est à ces endroits de mauvaise herbe et de fleurs

agrestes

Que ça lui fait penser la paupière et la narine,

Tandis que sa jambe devient comme un outil léger qui

va servir.


Une petite fille silencieuse

(in Figures qui bougent un peu)

*


Livres et plaquettes de James Sacré publiées :


Relation, Bordeaux: N.C.J., 1965. Repris, légèrement modifié, dans Relation, essai de deuxième ancrit (1962-63; 1996),

La femme et le violoncelle, Lamérac: Jean-Claude Valin éditeur, 1966 (avec un dessin de Pierre Bugeant); Repris dans Trois anciens poèmes mis ensemble pour lui redire je t’aime.

"Graminées" in Poésie-Ecrire, collectif, Paris, Le Seuil, 1968. Repris dans Les mots longtemps. Qu’est-ce que le poème attend ?

La transparence du pronom elle, Paris, Chambelland, 1970. Tirage de tête (avec des burins d’Yvon Vey) Repris dans Trois anciens poèmes mis ensemble pour lui redire je t’aime.

Coeur élégie rouge, Paris, Le Seuil, 1972; Marseille, André Dimanche, 2001.

Comme un poème encore, Liège, Atelier de l'agneau, 1975 (avec des dessins d’Yvon Vey). Repris dans La poésie, comment dire?

Paysage au fusil (coeur) une fontaine, Paris, Gallimard, Cahier de poésie 2, (collectif), 1976; Tours, La Cécilia, 1991. Repris dans Les mots longtemps. Qu’est-ce que le poème attend ?

Un brabant double avec des voiles, Paris, Nane Stern, 1977. Repris (avec une autre disposition des textes) dans Les mots longtemps. Qu’est-ce que le poème attend ?

Un sang maniériste. Etude structurale autour du mot sang dans la poésie lyrique française de la fin du seizième siècle, Neuchâtel, La Baconnière, 1977.

Figures qui bougent un peu, Paris, Gallimard, 1978.

Exercice et plaisir en faveur de l’amour” in L'amour mine de rien,collectif, Paris, Encre/Recherches, 1980. Repris dans La poésie, comment dire?

Quelque chose de mal raconté, Marseille, André Dimanche, 1981. Tirage de tête (avec une gravure d’Olivier Debré).

Des pronoms mal transparents, Chaillé-sous-les-Ormeaux, Le dé bleu, 1982. Repris dans Une petite fille silencieuse.

Rougigogne, Paris, Obsidiane, 1983 . Tirage de tête (avec deux sérigraphies d’Yvon Vey).

Ancrits, Losne, Thierry Bouchard, 1983. Tirage de tête (avec des eaux-fortes de Patrice Vermeille). Repris dans Affaires d’écriture (ancrits divers).

Ecrire pour t'aimer; à S.B., Marseille, André Dimanche, 1984. Tirage de tête (avec deux empreintes de Claude Viallat).

Bocaux, bonbonnes, carafes et bouteilles (comme), Paris, Le Castor astral et Le Noroît, 1986 (avec des photographies de Bernard Abadie). Repris dans Les mots longtemps. Qu’est-ce que le poème attend ?

La petite herbe des mots, Chaillé-sous-les-Ormeaux, Le dé bleu, 1986. Repris dans Si peu de terre, tout.

La solitude au restaurant, St. Benoît-du-Sault, Tarabuste, 1987 Tirage de tête (avec des travaux de Thierry-Loïc Boussard). Repris dans Ecrire à côté.

Une fin d'après-midi à Marrakech, Marseille, André Dimanche, 1988.

Un oiseau dessiné, sans titre. Et des mots, St. Benoît-du-Sault, Tarabuste, 1988 (avec un dessin de Jillali Echarradi). Repris dans La nuit vient dans les yeux.

Le taureau, la rose, un poème, Montpellier, Cadex, 1990 (avec des dessins de Denise Guilbert). Repris dans Trois anciens poèmes mis ensemble pour lui redire je t’aime.

Je ne prévois jamais ce que je fais quand je dessine, Paris, Les petits classique du grand pirate, 1990 (avec des dessins de Jillali Echarradi). Repris dans La nuit vient dans les yeux.

Comme en disant c'est rien, c'est rien, Saint- Benoît-du-Sault, Tarabuste, 1991 (avec des dessins de Jillali Echarradi). Repris dans La nuit vient dans les yeux.

On regarde un âne, Saint. Benoît-du-Sault, Tarabuste, 1992 (avec une photographie d’abderrazzak Benchaabane). Tirage de tête (avec une aquarelle d’Areski Aoun) .Repris dans Aneries pour mal braire,Tarabuste, 2006.

Ecritures courtes, Chaillé-sous-les-Ormeaux, Le dé bleu, 1992. Repris dans Si peu de terre, tout.

La poésie, comment dire?, Marseille, André Dimanche, 1993.

Des animaux plus ou moins familiers?, Marseille, André Dimanche, 1993.

Le renard est un mot qui ruse, Saint-Benoît-du-Sault, Tarabuste, 1994 (avec un dessin de Jillali Echarradi). Repris dans La nuit vient dans les yeux.

Ma guenille, Sens, Obsidiane, 1995.

Viens, dit quelqu'un, Marseille, André Dimanche, 1996.

Essais de courts poèmes, Toulouse, Cahiers de l’Atelier, 1996 (avec des dessins de François Mezzapelle).

La nuit vient dans les Yeux, Saint-Benoît-du-Sault, Tarabuste, 1997 (avec des dessins de Jillali Echarradi).

La peinture du poème s’en va, Sain- Benoît-du-Sault, Tarabuste, 1998.

Anacoluptères, Saint-Benoît-du-Sault, Tarabuste, 1998 (avec des illustrations de Pierre-Yves Gervais).

Relation, essai de deuxième ancrit (1962-63; 1996), Saint-Denis- d’Oléron, Océanes, 1999.

Labrego coma (cinco veces), Saint-Jacques- de-Compostelle, Noitarenga, 1999 (avec des photographies d’Emilio Arauxo).

Si peu de terre, tout, Chaillé-sous-les-Ormeaux, Le dé bleu, 2000. Repris dans Affaires d’écriture (ancrits divers).

L’Amérique un peu, Montréal, Trait-d’union, 2000. Repris dans America solitudes.

Ecrire à côté, Saint-Benoît-du-Sault, Editions Tarabuste, 2000.

Une petite fille silencieuse, Marseille, André Dimanche, 2001.

Monsieur l’évêque avec ou sans mitre, Chaillé-sous-les-ormeaux, Le dé bleu, 2002 (avec des illustrations de Edwin Apps).

Mouvementé de mots et de couleurs, Cognac, Le temps qu’il fait, 2003 (avec des photographies de Lorand Gaspar). Tirage de tête (avec une photographie originale de Lorand Gaspar).

Les mots longtemps, qu’est-ce que le poème attend?, Saint-Benoît-du-Sault: Tarabuste, 2004. Repris dans Affaires d’écriture (ancrits divers).

Sans doute qu’un titre est dans le poème, Rennes, Wigwam, 2004 (avec des reproductions de peintures de Mariène Gâtineau). Repris dans Le poème n’y a vu que des mots.

Trois anciens poèmes mis ensemble pour lui redire je t’aime, Devois-du-Château, Cadex éditions, 2006 (avec une vignette de couverture d’Yvon Vey).

Broussaille de prose et de vers où se trouve pris le mot paysage, Sens, Obsidiane, 2006 (avec des reproductions de dessins peints de Khalil El Ghrib).

Aneries pour mal braire, Saint-Benoît-du-Sault, Tarabuste, 2006.

Khalil El Ghrib, éditions Virgile, « Carnets d’ateliers », 2007 (avec cinq reproductions de dessins de Khalil El Ghrib). Tirage de tête (sous étui avec un dessin original de Khalil El Ghrib).

Le poème n’y a vu que des mots, Chaillé-sous-les-Ormeaux, L’Idée bleue, 2007.

Un paradis de poussières, Marseille, André Dimanche éditeur, 2007.

Se os felos atravesan polos nosos poemas ?, Santiago- de-Compostela, Amastra-N-Gallar, 2008 (avec des photos d’Emilio Araúxo).

Comme pour être un jardin, Tunis, Tawbad, 2008 (bilingue, texte traduit en arabe par Saleh Diab ; couverture d’Anne Slacik).

Une idée de jardin à Beyrouth, Soligny-la-Trappe, Ficelle n° 84, 2008. Tirage de tête (sous coffret, avec une gravure originale de Vincent Rougier).

Coudre ton enfance à demain, Montluçon, Contre-allées, « Poètes au potager », 2008.

D’autres vanités d’écriture, Tarabuste éditeur, Saint-Benoît-du-Sault, 2008.

31 poèmes de l’Amérique un peu, Contre-Pied, Martigues, 2008. Repris dans America solitudes.

Bernard Pagès, Elancées de fêtes, mais tenant / Au socle du monde, Paris, La pionnière / Pérégrines, 2009 (avec des photographies de sculptures de Bernard Pagès).

Portrait du père en travers du temps, Nancy, La Dragonne, 2009. Tirage de tête (avec une lithographie originale de Djamel Meskache).

Le désir échappe à mon poème, Paris, Al Manar, 2009 (avec cinq reproductions de dessins de Mohamed Kacimi). Tirage de tête (sur vélin d’Arches).

A port de temps, collectif, « De n’importe où à nulle part dans le mot septembre », Gigondas, Atelier des Grames, 2009/2010.

Retour en des cafés de là-bas, Laon, La porte, 2010.

Tissus mis par terre et dans le vent, Paris, Le Castor Astral, 2010 (avec des reproductions de photographies de Bernard Abadie).

En tirant sur les mots, La Fermeté, éditions Potentille, 2010 (avec une photographie en couverture d’Emilio Araúxo).

Peliqueiro levantando os brazos, Saint-Jacques-de-Compostelle, Amastra-N-Gallar (un fragment de lettre traduit en galicien par Emilio Araúxo, et une photo d’un peliqueiro).

America solitudes, Marseille, André Dimanche éditeur, 2010.

Où vas-tu dans la forêt, Odile Fix, 2010 (avec 3 photographies de Magali Ballet).

Mobile de camions couleurs pour le noir et blanc de plusieurs photographies de Michel Butor, Besançon, Editions Virgile, 2010 (avec 9 photographies de Michel Butor).

Durance, version dite « de papier », Atelier des Grames, leporello de 12 pages tiré à 111 exemplaires, 2011.

Si les felos traversent par nos poèmes ?, éditions Jacques Brémond, 2012 (avec 7 photographies de Emilio Arauxo et une de James Sacré), 64 pages.

Xestos para continuar, Amastra-N-Gallar, (avec 2 photographies d’Emilio Araúxo et sa traduction du poème en gallicien), 12 pages, editión non venal.

Le paysage est sans légende, Al Manar, éditions Alain Gorius, 2012 (avec des reproductions de dessins de Guy Calamusa) 48 pages.

Affaires d’écriture (ancrits divers), éditions Tarabuste, collection « Reprises », 2012, 234 pages.

À Bazoches, Du poil aux genoux, 2013 (en supplément à la revue, n° 36 du 6 janvier 2013) (4 pages).

« Affaires de formes », Catalogue Claude Viallat, Bernard Ceysson éditeur, 2013 (vingt poèmes avec des reproductions d’œuvres de Claude Viallat et une présentation de Pierre Manuel).

Ah ! V’la un papillon, éditions Tarabuste (avec six planches de reproductions d’œuvres de Daniel Dezeuze), 2013.

Parler avec le poème, La Baconnière, collection Langages, 2013.

Donne-moi ton enfance, éditions Tarabuste, 2014.

Ne sont-elles qu’images muettes et regards qu’on ne comprend pas ? Aencrages & Co, 2014.

On cherche, on se demande, La Porte, 2014.

Ecrire un poème, La Main qui écrit et Les Venterniers, 2015 (avec des encres de Chine et une suite de poèmes de Florence Saint-Roch et un entretien avec Florence Emptaz), 63 pages.

Dans l’œil de l’oubli suivi de Rougigogne, Aux éditions Obsidiane, 2015, 94 pages.

Un désir d’arbres dans les mots, Paris, Fario, 2015 (avec des dessins de Alexandre Hollan)

James Sacré, par Alexis Pelletier (avec une étude d’Alexis Pelletier, un entretien et une anthologie de textes), éditions des Vanneaux, « Présence de la poésie », 2015.

Figures qui bougent un peu et autres poèmes, Gallimard, « Poésie/Gallimard », 2016 (avec une présentation par Antoine Emaz).


Livres à tirage limité et livres d’artistes:


La transparence du pronom elle, Chambelland, 1970 (avec des burins d’Yvon Vey). Rrepris dans Trois anciens poèmes mis ensemble pour lui redire je t’aime.

Une bonbonne, Paris, Collectif Génération, 1978. Repris dans Bocaux, bonbonnes, carafes et bouteilles (comme). Puis repris dans Les mots longtemps, qu’est-ce que le poème attend ?.

Fire, Paris, Collectif Génération, 1981 (avec des photographies de Ian Baxter). Repris dans La poésie comment dire?.

Déplier replier le poème; l'abandonner, le ranger, Saint-Benoît-du-Sault, éditions Tarabuste,1988 (avec des travaux de Thierry-Loïc Boussard). Repris dans La nuit vient dans les yeux.

Paysan comme (quatre fois), Paris, Collectif Génération, 1989 (avec des peintures de Jane Hammond, Sonia Guerin, et Ronald King). Repris dans Si peu de terre, tout.

Comme un geste d'écriture, Paris, Bernard-Gabriel Lafabrie, 1991 (avec des lithographies de Lafabrie). Repris dans Viens dit quelqu’un.

Noces: moments que le bonheur te prendrait par la main; ou par les mots,. Nice, La Mètis, 1992 (avec un dessin de Philippe Favier). Repris dans Viens dit quelqu’un.

Passage par sept poèmes d'un autre livre, La Madeleine, ed. de, 1993. Repris dans Viens dit quelqu’un.

Paroles de l'autre, Nice, Epiar-Cnap, 1993 (avec des sérigraphies de Laura Corti). Repris dans Viens dit quelqu’un.

Une dimension de silence, Liancourt-Saint Pierre, Atelier de papier, 1993 (avec des gravures d'Isabelle Baeckeroot et de Didier Godart). Repris dans Une petite fille silencieuse.

L'éternité c'est juste à côté, Saint-Benoît-du-Sault, éditions Tarabuste, 1994 (avec des travaux de Patrick Mellet). Repris dans La peinture du poème s’en va.

Haïk de mots pour Essaouira, Saint-Benoît-du-Sault, éditions Tarabuste, 1994 (marqué été 1995) (avec six lithographies peintes de Mohamed Kacimi et trois planches de texte). Repris dans La peinture du poème s’en va.

Si on voit tout sans rien voir?, Nice, Epiar-Cnap, 1995 (avec des travaux de Sonia Guerin). Repris dans Ecrire à côté.

Petite note sur le désir d'écrire, Paris, Collectif Génération, 1996 (avec des interventions de Françoise Quardon). Repris dans Le désir échappe à mon poème.

Voyages au centre de la chair, Paris, La Voix du Regard, 1996 (collectif peintres et poètes). Repris dans Le désir échappe à mon poème.

Le corps qui maintient, Paris, Editions Maeght, 2001 (avec deux gravures de Jean-luc Parant). Repris avec des modifications dans Un paradis de poussières.

On a traversé des territoires indiens, Montpellier et Saint-Hilaire du Rosier, Editions de livres objets “Le Galet”, 2001 (sept poèmes manuscrits avec sept pastels de Thierry Lambert). Repris dans L’Amérique un peu.

Comme un brouillon continué, L’Ile Rousse/ Montpellier, Baltazar, 2002 (poèmes manuscrits avec des peintures de Julius Baltazar). Repris dans Un paradis de poussières.

Si le corps dit, vraiment?, L’Ile Rousse/ Montpellier, Baltazar, 2002 (poèmes manuscrits avec des peintures de Julius Baltazar). Repris avec des modifications dans Un paradis de poussières.

Comme un repli du temps dans le jardin diminué, L’Ile Rousse/ Montpellier, Baltazar, 2002 (poème manuscrit avec des peintures de Julius Baltazar). Repris dans Un paradis de poussières.

Caresse d’écriture à des couleurs, Nice/ Montpellier, Gérard Serée, 2002 (poèmes manuscrits avec une gouache, un travail peint et des gravures de Gérard Serée qui a fabriqué le livre). Repris dans Le poème n’y a vu que des mots.

Comme pour être un jardin, Paris, Robert et Lydie Dutrou éditeurs, “En Puisaye” n° 10, 2002 (avec Cinq lithographies de Jean-Paul Agosti et une gravure originale pour les exemplaires de l’édition de luxe).

Un reste de fruit qu’on a mangé, Gallargues-le-Montueux, À travers, 2003 (poèmes pour accompagner une photographie de Jacques Clauzel). Repris dans Le poème n’y a vu que des mots.

La mémoire de personne, Lyon, C. D’hervé éditeur, 2004 (avec une eau-forte de Richard Texier). Repris dans Donne-moi ton enfance.

Un p’tit garçon, je sais plus, Paris, Bernard-Gabriel Lafabrie, 2004 (avec six linogravures de Joan Hernandez Pijuan). Repris dans Donne-moi ton enfance.

Ecriture aux objets d’encre, Octon, Verdigris, 2005 (avec quatre gravures en manière noire de Judith Rothchild; exemplaires de tête avec une mezzatinte supplémentaire de Judith Rothchild; typographie, étuis et coffrets de Mark Lintott) ; repris dans Le poème n’y a vu que des mots.

Du sensible et du parfum d’ange, Sain-Benoît-du-Sault, éditions Tarabuste, 2005 (avec des travaux de Khalil El Ghrib). Repris dans Khalil El Ghrib.

Un, deux... seize, Paris/Pompignan, Anne Slacik éditrice, 2005 (texte disséminé dans seize livres peints par Anne Slacik).

Petit volucraire patoisé, La Touche, “Collection privée”, 2006 (livre fabriqué, illustré et calligraphié par Guerryam).

Une galbule, Gallargues-le-Montueux, éditions À Travers, 2006 (avec une photographie de Jacques Clauzel). Repris dans Le poème n’y a vu que des mots.

(ou la rivière) une rivière, Soussans, Ateliers Barraud-Parage, (extraits de Cœur élégie rouge et d’Une petite fille silencieuse avec des dessins de Claude Barraud).

On s’imagine, Pierrerue, Youl, 2007 (livre fabriqué et illustré par Youl).

Serge Fauchier, “Entre peinture et poème, l’éclairage vient peut-être de l’écart”, Méridianes, Montpellier, 2007 (avec un texte de Christian Limousin).

Un seul mot, Nice, Atelier gestes et traces, 2008 (livre manuscrit avec 5 gravures de Gérard Serée qui a fabriqué le livre).

Trois ou quatre petits livres et quelques plus grands formats de papier, Montpellier/Vitry, Les éditions de Rivière, 2009 (quatre poèmes avec une peinture de Julius Baltazar).

Paroles du corps à travers ton pays, Anger, Atelier de Villemorge, 2009, (cinq poèmes avec deux gravures sur bois de Jacky Essirard). Repris dans America solitudes.

Mon poème empêché, Saint-Christol-lez-Alès, Les éditions de Rivière, 2010 (trois poèmes imprimés par François Huin, typographe à L’Hay-les-Roses, et les 22 pages peintes par Julius Baltazar), 30 exemplaires sur vergé Van Gelder peint au préalable avec rehauts à l’encre de Chine et crayon arlequin.

Un désir de paysage, Montpellier, Maison de la Gravure Méditerranée, 2010 (cinq gravures de Mustapha Belkouch, et des encres, six poèmes de James Sacré et collaboration de Vincent Dezeuze pour l’impression, livre cousu et dos collé dans une reliure coffret de métal.

Durance, Gigondas, Atelier des Grames, 2011 (textes gravés par Anik Vinay sur trois galets reliés par un fer).

Camions transportés d’écriture, Saint-Laurent-du-Pont,  Le Verbe et l’Empreinte, 2011  (exemplaires sur vélin d’Arches, avec une gravure en relief rehaussée d’argent de Marc Pessin, La gravure et une double page contenant les poèmes mis dans une chemise de vélin d’arche).

Un serpent de vert, Paris, Joël Leick, 2011 (deux exemplaires manuscrits avec des photos et couleurs de Joël Leick).

Couleurs qui te regardent, Montpellier, Maison de la Gravure Méditerranée, 2011(avec neuf gravures et quatre reproductions d’encres de Mostafa Belkouch, et un gaufrage en couverture).

Femmes dans l’ombre d’autres femmes, Paris, Peauésie de l’Adour, 2010 (avec des dessins originaux de Colette Deblé).

Bâches, bernes et d’autres toiles parlées, Montpellier, éditions Méridianes, 2012 (dans Ji, feuille de papier coréen Han-Ji pliée en huit avec, au verso, une estampe de Claude Viallat.

Le paysage est sans légende, Paris, Éditions Alain Gorius, 2012,( leporello de huit pages, avec un dessin peint de Guy Calamusa au recto et le texte des poèmes au verso).

Paysage au rouge, Paris, Joël Leick, « Books and Things », 2012, (deux exemplaires manuscrits avec des photos et couleurs de Joël Leick).

Une touche de vert, Paris, Joël Leick, « Books and Things », 2012, (deux exemplaires manuscrits avec des photos et couleurs de Joël Leick).

Des mots traversés par le temps, Saint-Christol-lez-Alès, Les éditions de Rivières, 2012 (avec trois dessins d’Yvon Vey pour chacun des douze exemplaires).

Si le monde est en couleur ? Tours/Montpellier/Caen, Le livre pauvre, « Conflit », 2012 (avec des interventions de Philippe Boutibonnes).

Quatre fois son portrait dans les Etats-Unis d’Amérique, éditions Wequetequock Cove-Stonington, 2012 (avec quatre gravures sur cuivre de Julius Baltazar, pressées par l’Atelier Alain Piroir à Montréal sur japon sekishu préalablement peint à l’unité par le peintre, et un original en frontispice de la page de titre. La traduction des quatre poèmes en américain est de Joshua Watsky).

Artine mal étoilée, Tour/Montpellier/Caen, Le livre pauvre, série « Artine », 2013 (avec des interventions de Philippe Boutibonnes).

Maison natale demain, Montpellier, éditions Méridianes, 2013 (avec des peintures de Jean-Paul Héraud)

A peine une réponse, Joël Leik, « Paisatges »,,2013, un livret unique.

Landscape en bleu, Joël Leik, 2013, un livret unique.

Neuf vers pour une question, Joël Leik, « Landschaft », 2013, un livret unique.

Ne sont-elles qu’images muettes et regards qu’on ne comprend pas ? Aencrages & Co, 2014.(avec une peinture originale pliée en quatre de Colette Deblé encartée dans le livre).

Un jour on est là, Editions de La Margeride,, 2014 (50 exemplaires, sur Olin 250 g, avec une couverture aquarellée et une aquarelle sur double page de Robert Lobet ; conception, impression et peintures de Robert Lobet). Edition dite de tête, (12 exemplaires, avec couverture et quatre peintures intérieures sur double page, bâton d’encre de chine et encres diluées de Robert Lobet)

Affaires de formes, éditions La Canopée, 2014, avec deux suites de peintures de Claude Viallat, sous emboîtage par l’Atelier Jeanne Frère à Nantes, et deux empègues (pochoir) d’Yves Martin réalisés à partir de deux dessins de Claude Viallat) (21 exemplaires).

Quatre fois sur le motif, au Languedoc, collection « Mémoire », 2014 (avec des peintures de Georges Badin ; trois exemplaires).

Solitude et silence dans le geste des titres, Editions Mains-Soleil, décembre 2014 (avec des peintures de Fabrice Rebeyrolle) (12 exemplaires : trois pages intérieures d’un dépliant).

Quel geste a fait ton père que tu ne comprends plus ? Les Cahiers du Museur, collection « A côté », 2014 (deux poèmes : « Ma guenille : des carnets mal écrits sans forme » ; « Le paysage traversé ce matin », avec des interventions de Guy Calamusa) tirage de 21 exemplaires.

Poesia alla pugliese, Nice, Atelier Gestes et Traces, 2014 (texte manuscrit, avec huit peintures de Gérard Serée ; trois exemplaires).

Personne, Editions Rencontres, chaque exemplaire contient deux peintures de Jacques Clauzel ; coffret réalisé par les ateliers Dermont-Duval. 9 exemplaires.

Personne, Editions Rencontres, chaque exemplaire contient deux collages de Jacques Clauzel ; étui réalisé par les ateliers Dermont-Duval. 3O exemplaires.

Une chèvre en Méditerranée, Ateliers Barraud-Parage, mars-avril 2015 (cinq feuillets de papier Ingres MBM Arches, 35 exemplaires numérotés et 3 exemplaires HC).

Ombres et lumières du chai, Ateliers Barraud-Parage, avril 2015 (30 exemplaires numérotés et 3 exemplaires HC . Extraits de Bocaux, bonbonnes, carafes et bouteilles (comme), dessins de Claude Barraud dont un original).

Comme un bâti de fil, Book Leick, 2014 (écrit en juillet 2015 ; deux exemplaires uniques).

Tenir ensemble, Book Leick, 2014 (écrit en juillet 2015 ; deux exemplaires uniques).

Marrakech écriture ,  Robin dort ,  Maguelonne ,  Au musée Fabre ,  Quel esprit montré ? , Face à Face, 2015, livrets réalisés par Jean-Pierre Thomas à Samoreau (chaque livret en deux exemplaires)

Poesía alla Pugliese, Atelier Gestes et Traces, 2015, orné de 7 peintures originales , plus une pour la couverture par Gérard Serée.

Si légers fragments du monde, Association Méridianes, 2015 , « Collection Liber », avec des collages de Khalil El Ghrib (25 exemplaires, deux œuvres originales de Khalil par livre).


Cassette/CD: L'obscurité qui nous prend par la main. Paris: Artalect, 1994. Repris en CD chez Artalect, 2006.


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Simone Alié-Daram

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

17/03/2016




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Christian Saint-Paul reçoit Simone Alié-Daram accompagnée pour l’occasion du poète plasticien Claude BARRERE qui connaît bien l’œuvre poétique de son amie.

Celle-ci est née en 1939 à Toulouse. Cette pupille de la Nation, médecin, a connu une longue carrière dans la Recherche médicale et la sauvegarde d'enfants atteints d'anémie immunologique (RH disease).

Une carrière distinguée de nombreux honneurs officiels, qui ne lui ont pas tourné la tête.

Simone ALIE-DARAM écrit depuis l’enfance, mais n’a franchi le pas décisif de la publication qu’en 2007 avec « Ecritures » Société des Ecrivains éditeur.  Elle poursuit ensuite avec « Emoti’icones » en 2009 (CopyMedia), 

« Effluves » en 2010 (Copy Media),

« Des Ephélides plein les poches » en 2011 (Copy Media), 

« Ellipsoïdes » en 2012 (Copy Media) et

« Paradis ébouriffés » en 2012 (Copy Media). Chaque volume 12 € est à commander par courriel à :  daramalie@free.fr


Elle fût élue maître-es-jeux à la prestigieuse Académie des Jeux Floraux de Toulouse en 2011, l’Académie la plus ancienne d’Europe. A ce titre,

elle fit en 2012 l’éloge de Clémence ISAURE, exercice particulièrement difficile devant l’auguste assemblée, et réussie.

Sa poésie est resserrée dans des textes assez courts, bâtis souvent comme de véritables croquis impressionnistes. Elle saisit des scènes de vie,

fige leur fulgurance dans la gangue des mots. C’est souvent aussi une poésie contemplative. Ses qualités éprouvées d’observation font merveille

dans le saisissement de la vie qui l’entoure, des agissements des autres. Elle est en éveil perpétuel, et écrit comme on photographie. Il en résulte

un charme permanent où transparaît une inébranlable passion de vivre, sans leurre, avec la lucidité de l’expérience.

En 2013 elle publie  « Passions effleurées » poésie toujours édité chez COPYMEDIA  12 € que l’on peut aussi commander à www.copy-media-net

 

On pénètre dans ce livre dans la poésie de l’intime. Or, le mot a un double sens, intime c’est à la fois s’adresser à soi-même mais aussi partager quelque chose dans la confidentialité. Le terme vise la solitude intérieure et son contraire, le partage.

Dans ses poèmes, Simone Alié-Daram en s’adressant à elle-même par d’incessants soliloques sur ce qui capte son regard et son âme, fait partager son émotion au lecteur fatalement intime.  « Les langues sont la faune et la flore de notre intériorité » disait G. Steiner.

A propos des poèmes « flashes » de l’auteure, il est aisé de vérifier la formule de Georges PERROS : « Poète celui qui habite totalement son être ».

C’est le quotidien, dans ce qu’il a de plus révélateur de nous-mêmes et des autres et partant de l’époque, qui est la toile de fond des poèmes de Simone ALIE-DARAM. La peinture des circonstances permanentes de notre vie oblige à un regard attentif, pour voir ce que l’on ne voyait plus. Il y a de l’enchantement dans ces moments de contemplation qui donnent naissance au poème. L’inaltérable optimisme de l’auteure, malgré toutes les tempêtes essuyées, lui permet d’écrire : « Le bonheur marche à côté de moi / Certains matins il me prend par la main ».  Elle croit comme Christian BOBIN « que quelque chose vient à tout instant nous secourir ».

Poésie de contemplation, et poésie de célébration, de l’instantané (les flashes). Mais toujours avec lucidité : « Je ne parle de rien, je sais que tout va bien / Et j’attends de partir ».

Un voile de scepticisme passe, mais vite dispersé : « Le monde a-t-il encore une âme ? ». Le rire n’est jamais loin et finit par gagner. Il est salutaire avec la musique qui rend la vie plus légère à traverser. L’auteure est douée d’humour et s’amuse parfois avec les lettres « M  …Mains d’amour emmêlées / Même si, malgré moi ».

L’érotisme comme le titre du livre n’est qu’effleuré, comme les passions qui l’animent et qu’elle tient à distance sans les effacer, et l’amour est partout présent dans ce regard généreux sans ostentation sur le monde et l’autre. Et l’on devine que les passions les plus fortes ne sont pas toujours les plus bruyantes : « Amour fusion dans lequel tremble / L’indicible que tu sais ».

  

Une poésie passée au tamis des sentiments violents qui emporteraient les passions dans les marécages de la conscience humaine, mais une poésie vivante, terriblement vivifiante et claire.

Plus tard elle fait paraître « Paradis ébouriffés » ; ces poèmes se lisent d’un trait comme un roman. On pénètre dans l’univers intime du poète avec une facilité jubilatoire. Impression de tout comprendre immédiatement et d’être en permanente empathie avec ce regard porté sur la vie qui passe, qui est passée, sur les choses bonnes à prendre ou à contempler pour demeurer blessé certainement, mais jamais anéanti. Une profonde humanité se dégage de ces textes où l’abandon est contenu par une pudeur qui en font des œuvres d’art.

Des hommes et des femmes rêvent d’une fleur

Et ne sauront jamais la vérité sur leur enfance ;

Est-ce que les jeunes gens meurent toujours dans les plaines

Comme des plantes épuisées ?

Pour ceux-là qui rêvent ou qui ne sont plus là

Ecrire un vers soufflé comme une bulle

Ou sec comme un bâton de réglisse

Ensuite aller voir Bruges,

Les deux pieds enfoncés dans le mythe de l’eau,

Où maintenant est déjà passé.

 

Et sur le canal du Midi :

 

Je vais bader le canal vert

Entre les vieux arbres qui

Amoureusement penchent

Leurs feuilles pour le caresser,

Le vent s’amuse dans mes mèches,

Un canard hiératique

Danse.

Egrenant sur son cou

Des reflets mordorés.

L’ombre fanée doucement lèche

Les piles du pont envasées.

Penche la tête oh ! Ma colombe,

Toute de gris emperlée

Que de ma bouche à ton long cou

Le vent y dépose un baiser.


 Ce soir elle vient présenter son dernier recueil « SYLLABES » qui constitue le n° 450 de la revue ENCRES VIVES, 6,10 € le numéro, abonnement un an 34 €, à adresser par chèque à Michel COSEM 2 allée des Allobroges, 31770 Colomiers.


Christian Saint-Paul qui signe la quatrième de couverture du recueil écrit :


... « Je ne parle de rien, je sais que tout va bien / Et j’attends de partir », écrivait-elle, comme une conclusion d’une vie saturée d’expérience, dans son dernier livre. Pourtant, avec ce nouveau recueil « Syllabes » d’une écriture épurée, d’une grande densité, elle poursuit le chemin, lucide sur l’impossibilité de revenir en arrière, mais sans rien oublier de ce qu’elle a traversé. La mélancolie, après un si long parcours d’une puissante vitalité : « Où es-tu ma rebelle », se réfracte dans le regard et elle atteint, sans l’avoir choisi, le plus troublant de sa parole poétique : « J’ai accouché de la tendresse » ; « Je veux mourir dans le vent / Grignotée d’amour par des vapeurs d’êtres ». La terrible expérience de la vie, des deuils, le temps qui s’effiloche, obscurcissent les jours à venir et elle se voit « sans devenir / Comme un mollusque handicapé ». Mais l’amour sauve du naufrage, un autre amour, non celui, charnel, qui lui a été enlevé : « Je suis vide de toi / Où es-tu passé / Une pluie de peines glacées / Me labourent le crane / Sans cesse », mais celui, impalpable, incommensurable qui lui permet de se « voir par transparence » et aller « sur un possible infini ». Elle sait qu’elle a atteint le discernement et qu’elle veut l’exprimer, comme toujours, avec pudeur : « Dans les mots que tu dis / Il y a plein de sens / Cachés ». Ce discernement qui, pour percer, fait le vide : « Quand tous les arbres qui cachent les forêts seront morts / On verra peut-être par-delà les futaies ». Et l’Espérance se dessine à l’horizon de la nostalgie et de la tendresse : « Demain / […] / Je deviendrai le souffle ».


Simone ALIE-DARAM, membre également de l’Académie des Sciences Inscriptions et Belles Lettres, construit à l’évidence, pas à pas, une œuvre poétique. Elle saisit ces monuments d’instants par le langage. La poésie, c’est avant tout le souffle, disait Breton. « Je deviendrai le souffle ». Il y a une foi dans ce possible qui se dessine et dans lequel elle va devenir ce souffle. Nous sommes coincés, explique-telle, en tant qu’êtres humains entre plusieurs infinis, celui cosmique, celui des toutes petites choses, celui de nos pensées, et plus tard, nous deviendrons effectivement un souffle efficace pour tout ce qui reste, ce que nous avons aimé, les choses, les êtres. C’est monstrueusement vivant le souffle. Pour Luc Decaunes « La fonction même du poème est de nommer, de préserver, de sauver tout ce qui mérite de l’être face à la misérable activité des larves. Seul, il peut donner un sens, un avenir au contenu de l’existence que le temps dégrade, que la bêtise avilit ». Pour Simone Alié-Daram, on ramasse les instants comme avec une épuisette. Le rapport au temps est primordial. Or, le temps n’existe pas ! Le temps de dire cela, et le temps est déjà passé. Il faut fixer les choses au moment où nous les avons sous les yeux. Nous avons une existence tricotée de passé et d’avenir.

Pour Sylvia Pbath : « Le poème est un moment d’éternité ». Ce flash de l’instant, commente S. Alié-Daram, c’est le caillou dans la mare, avec toutes les ondes qui se répercutent en nous et ailleurs, et dans ce que nous faisons et ce que nous sommes. Mais le poète, en dehors de ses moments de dépression, est un émerveillé de la vie. Il peut l’être par le moindre détail, la moindre lumière. C’est une façon de dire la beauté du monde. Et pour dire la beauté du monde, il faut l’aimer. Dans mon métier, insiste-telle, j’ai vu des choses terribles, des enfants qui sont morts dans mes bras et on est bien obligé de passer par-dessus ces malheurs, car malgré cela, le monde est beau. Il n’y a pas d’angélisme béat dans cette imposture qui exige simplement de passer par des acceptations, la première étant celle de soi-même, puis de certaines règles. Car la révolte permanente ne mène à rien. Ce qui ne veut pas dire que le poème n’ait pas pour objet cette révolte qui est parfois salutaire, qui fait du bien. Claude Barrère évoque la dimension humoristique de Simone ALIE-DARAM. Humour d’abord par rapport à soi-même. Si sa lucidité apparaît à l’évidence, la sensation est toujours très présente. Il s’échappe souvent des sentiments mélancoliques, au sens où la mélancolie est un sentiment profond. Elle est vivace dans son dernier recueil. Mais cette mélancolie, dans ce recueil, débouche sur l’Espérance, la plupart du temps dans les poèmes de Simone ALIE-DARAM, elle débouche sur une note optimiste ou sur l’humour.
Claude Barrère fait observer que c’est une poésie qui dit « je » énormément. Il y a l’inexorable de la vie qui passe dans « Syllabes » et qui laisse des traces. Mais il n’y a aucune leçon dogmatique dans ses textes. Il y a le « chant ». Castan disait que les poètes occitans étaient « hors chant ». De la même manière, il semble que le « chant » de Simone ALIE-DARAM s’inscrive dans cet espace en marge qui est le « hors chant » de Castan. C’est sa dimension de « rebelle », assure Claude Barrère. Elle fait toujours un pas de côté, et il y a ce regard de côté aussi qui scrute et qui vient de sa pratique médicale. Quelquefois, je me parle à deux voix, acquiesce Simone ALIE-DARAM. Et cela peut être une voix féminine et une voix masculine. J’ai un double quelque part qui me répond. Il m’aide à saisir ces moments d’éternité ou, quand je m’enfonce trop, il
m’engueule. Oui, je m’engueule moi-même.

Lecture par Simone ALIE-DARAM de mélancolie, puis d’une scène sur le Pont Neuf.

Mélancolie douce, mélancolie ratée,

Mélancolie mort-née

Morte saison sournoise

Impliquée de non vu

De non être

Planète ébréchée

Qui tourne

Pathétique

Sans même de pourquoi.

*

J’ai laissé mon amour sur le quai

Embruni de feuilles dorées

Le vent et l’eau jouent dans les clochetons


Sous la pile du pont

Les filles emmanchées sur leurs très longues cuisses

Promènent leur pâleur

Leurs cheveux raidis

Flottent dans l’air douceâtre

Cavernicole et étoilé.

*

Certains poèmes sont de véritables tableautins, constate Claude Barrère. Un poème vient d’une phrase dite par un autre et qui résonne en moi, poursuit Simone, ou parfois d’une anomalie ou de quelque chose de bizarre, comme celui-ci :

Dans les jardins déserts

L’avenir s’écrit en questions


Et quand tu mets la tête en arrière

Tu survoles un troupeau de brebis ombrées

Qui chahutent sur fond bleuté.


Cela, c’est regarder les nuages dans le ciel en mettant la tête en arrière, c’est tout !

« J’ai laissé mon amour sur le quai ». « L’amour n’est pas qu’échange, il est sacrificiel », disait Georges Lambrichs, affirmation partagée par Simone ALIE-DARAM. Les voix auxquelles elle parle sont ses amours sacrificielles. Elles sont devenues des souffles, précise-t-elle. Mais ces voix, ces ombres, sont à la fois rassurantes, mais c’est quand même un huit-clos. Il faut en sortir.

La fonction de la poésie peut être une catharsis. L’écriture, comme toute forme d’art, est une forme de sauvetage. Ce que Simone ALIE-DARAM nomme « les signes réprimés », au-delà de la pudeur de dire, c’est une façon, juge Claude Barrère, de ne pas se prendre trop au sérieux. Il n’y a pas l’ombre d’un nombrilisme, d’un narcissisme, dans la langue de Simone ALIE-DARAM. Dans l’écriture, elle se regarde avec distance, donc avec discernement, quelquefois avec dérision. Mais au-delà de cette lucidité qui peut sembler cruelle, son regard enveloppe le cosmos. Sa poésie est cosmique. Le cosmos la laisse sans voix. L’écrasement de l’immensité conduit à la dérision de soi, mais aussi à une certaine joie d’en faire partie.
Egarée dans un cosmos. Mais la vie n’est qu’une traversée de passages. Claude Barrère remarque qu’autrefois, Simone ALIE-DARAM parlait de voyages et qu’aujourd’hui, elle parle de partances. La partance n’implique pas le retour. On va s’égarer dans un cosmos sans limite. Ce recueil est d’une très forte densité.
Le bruit de la ville est tellement familier qu’il lui paraît ouaté. Je suis une citadine forcenée, confie-t-elle. A la campagne, j’ai peur des abeilles.

Dans d’autres recueils, le corps est important chez Simone ALIE-DARAM, remarque Claude Barrère. Le toucher est important, renchérit Simone ALIE-DARAM.

La poésie ne fait pas dans l’écart. Il faut noter les correspondances. « Nous sommes sous le même orage », m’a dit un jour un ami au téléphone quand grondait le tonnerre. C’est ça, une correspondance.


Lecture d’extraits de « SYLLABES »


Mots incompréhensibles

Ennui incompatible

Folle foule indocile

Anéantissement éthéré

Mort programmée

Plus vivante que la vie.

Happée par des algues brutales

Au fond d’un goulet sournois

Elle est sans devenir

Comme un mollusque handicapé

Elle glisse et dérape

Sur des concepts branlants

Le corps gluant désintégré.


Tout oublier sur l’oreiller

Pensées ancrées dans le duvet

Rétablir la connexion délabrée

Quand tu verras le calamar aux reflets de lune

Les vierges des coins de rues

Souriront dans leurs cages grillagées.




Est-ce l’orage, est-ce le vent

Est-ce les nuages sur les montagnes velours

Est-ce un vieil olifant soufflé par des âmes perdues

Je me noie dans la pluie couronnée d’un arc vert

À mille lieux de tout

Juste au centre de moi.





Transparente à la lumière de l’eau

Douce et laxe

Pseudopodes moelleux

De notre monde copie de l’autre

Dans toute cette nuit

Je peine à garder les yeux ouverts

Au bout de plusieurs mois

J’ai accouché de la tendresse.

*

Ce recueil dit une fringale d’amour, constate Christian Saint-Paul. Nous avons besoin de beauté et d’amour, affirme Simone ALIE-DARAM et Claude Barrère croit que dans le désir de langue, il y a en premier le désir d’amour. Il faut parler du désir aussi. Henri Heurtebise disait que si la poésie n’avait pas pour vocation, par tous les détours possibles, de louer la vie, les êtres, les animaux, les choses et la beauté du monde, il faudrait l’arrêter. Elle serait scandaleuse. Le recueil de Simone ALIE-DARAM s’inscrit dans cette volonté.

*

Christian Saint-Paul avant de clore l’émission incite les auditeurs à lire :

Jets de poèmes Dans le vif de Fukushima

de Ryôichi WAGÔ

éres éd. collection PO&PSY, 300 pages, 25 €

Le poète japonais Ryôichi Wagô, ayant pris le parti de rester dans sa ville après la catastrophe de Fukushima, publie les tweets qu'il a écrits « à vif » pendant ces jours terribles, et nous fait les témoins de sa remontée des enfers grâce à l'écriture poétique.

Après le 11 mars 2011, Wagô est l'un des premiers écrivains à transmettre l'ampleur de la catastrophe de manière palpable et concrète, dans des poèmes hantés par une tragédie vécue au quotidien, dont il décide de rendre compte sous forme de tweets réguliers. Ces poèmes, à la fois très simples et très inventifs, par leur moyen de transmission mais aussi par leur style elliptique et incantatoire, d'une grande force, auront un retentissement important à travers le Japon et même au-delà des frontières du pays. La mise en page et la typographie de ce recueil sont en totale adéquation avec ce work in progress où le lecteur assiste avec sidération à la création quasi ex-nihilo (l'annihilation catastrophique) du langage poétique et d'une réflexion forte sur le rapport du langage à la terre natale.

*

Le voyageur à son retour, de Jean-Michel Maulpoix

Le Passeur éd. 160 pages, 15 €, livre numérique 6,90 €

Un recueil poétique qui célèbre la joie infime des plaisirs partagés et les surprises liées au décentrement du voyage.

Jean-Michel Maulpoix, agrégé de lettres modernes, enseigne la poésie moderne et contemporaine à l’université Sorbonne Nouvelle – Paris III. Directeur de la revue Le Nouveau Recueil, il est l’auteur de nombreux ouvrages (poésie, critique littéraire, essais), parmi lesquels : Une histoire de bleu (1992), L’Instinct de ciel (2000), Chutes de pluie fine (2002), Pas sur la neige (2004).

« Mais tu l’as bien compris : c’est pour cela que je m’en vais, que je m’envole, que j’en appelle au plus lointain. Ces étoiles au sol, ces feux roses de l’aube, ces forêts, ces rivages, ces toitures : la terre, la maison des hommes. Je ne connais pas de moment plus heureux que l’atterrissage. Ces départs, après tout, n’ont pour objet que le retour. »

Jean-Michel Maulpoix saisit les émotions fugitives qui naissent de tous les sens. Chez lui, ce sont les voyages qui conduisent à l’éveil d’une sensibilité poétique tissée entre l’intime et le tangible.

Après quelques années de silence, les mots du poète résonnent à nouveau dans ce recueil célébrant la joie infime des plaisirs partagés et les surprises liées au décentrement du voyage.

En fin de volume, un carnet accueille l’écho qu’ils ont laissé dans l’oreille de quelques lecteurs.

***


 

   

 

 


 

 

 

 

 

Philippe BERTHAUT

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

10/03/2016




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Christian Saint-Paul reçoit Philippe BERTHAUT

Poète, chanteur, écrivain, comédien/lecteur, animateur et formateur d’animateurs d’ateliers d’écriture Philippe Berthaut est né en 1952 à Aigueperse (Puy-de-Dôme) et vit à Toulouse.

Après un DEA en Lettres Modernes et des études de linguistique, il choisit de mettre en mélodie les poèmes qu’il écrit et de les chanter sur scène. Il débute en 1972 à Toulouse, avec un premier récital à la Cave Poésie.

En 1981 il fonde avec d’autres chanteurs, des enseignants et des responsables de salles de spectacle, Toulouse Action Chanson, l'une des premières association en Midi-Pyrénées à créer des ateliers d'écriture.

« L’atelier d’écriture est le lieu par excellence où peut se déployer l’intelligence intuitive du monde, et où cette intuition peut inventer ses territoires ».

Il anime de nombreux ateliers en direction de tous les publics, ainsi que de nombreux stages de formation (bibliothécaires, enseignants, animateurs de centres de loisirs, etc.).

Il est à l’origine de l'Atelier Recherche de la Boutique d'Ecriture du Grand Toulouse dont il est le conseiller artistique.

Il partage la direction artistique de la Cave poésie René Gouzenne avec Elisabeth Champierre-Vignat, Clara Girard, Serge Pey et Bruno Ruiz.

On peut consulter ses activités sur : http://www.lachaufferiedelangue.net


Bibliographie de Philippe BERTHAUT :


Le Chant-Flipper, Tribu, 1981 (épuisé)

Treize lampes bleues seules éclaireront la ville, Privat, 1988 (épuisé)

Le Chanteur et son commerce, Le Lézard, 1991

Récits du pays jonglé, La diagonale d’Espalion à Lavaur, L’Ether vague, Patrice Thierry, 1995, repris au catalogue des Editions Verdier

Le Voyage aux lecteurs.ou la Décameronde, La Renaissance, 1997

Paysage déchiré, poèmes, N&B, 1997

L'Enfance Labyrinthe, N&B, 1999

Les Saisons Cayla in Anthologie, Tarabuste, 2002

Abrupt, poème avec une gravure de Michel Cure, Trames, 2002

Mes mains du bout de moi, avec des photos de Jean-Luc Aribaud, Les Imaginayres, 2002

Le Pays jonglé- Récits et poèmes, Accord, 2003

Otaries, poèmes avec des images de Jacques Brianti, Propos 2 éditions, 2003

La Chaufferie de langue, Erès, 2005

La Visitation d'écriture, N&B, 2005

Le Champ de lave, Nouvelles Editions Loubatières, 2008


Ouvrages collectifs

13, rue Carença, Le Ricochet, 2000

Les Mots de l’exil en mémoire, Privat, 2007


Livres de textes écrits en atelier

L'Empal’Odyssée, Le Lézard, 1993

Petits cahiers d’écriture, Médiathèque Départementale 31, 1995-2005

Eclats de VOA- Atelier d'écriture de la Verrerie Ouvrière d'Albi, Accord, 1997

Le Grand Agglographe, Nouvelles Editions Loubatières, 2007


Il vient présenter sa dernière publication :

« CAHIER DE DÉSÉCRITURE » édité par publie.net

Première mise en ligne : janvier 2015

Préparation éditoriale : Guillaume Vissac

ISBN : 978-2-37177-105-5

ISSN : 2274-9128

Photographie de couverture : Henri Ebrard

© Philippe Berthaut & Publie.net »


Un entretien s’instaure entre Christian Saint-Paul et Philippe Berthaut qui rend compte de sa démarche générale en matière de création d’écriture et en particulier sur la posture qui a présidé à la parution de ce « Cahier de désécriture ».

Revenant sur son long passé de créateur, qui a travaillé bien des voies de l’écriture, l’invité aime se définir d’une expression séculaire toujours aussi riche de sens : « homme de lettres ». Ces mots le réjouissent car ils disent bien l’essentiel : un homme dont l’occupation est le bon emploi des lettres. Cet écrivain féru des ateliers d’écriture se retrouve totalement dans cette définition.

Voici ce qu’il écrivait déjà voici vingt ans dans un de ses livres :


Poème, ce soir je ressens pleinement ta faille,

A ta manière d’empoisser le monde

dans le maigre filet des mots,

de ne rien laisser paraître de l’enjeu

ni du câble de sang qui traverse la chair

en filament perpétuel.


J’entends des trouées de notes,

je les égrène d’attente,

les épuise sur le pré blanc,

retenus l’impatience et le vouloir mieux,

l’illusion du tout,

sa geste longue,

le méridien offert au cartographe aventurier,

avec sa meute de lieux toujours avides

d’assemblage.

Le manque alors et sa désinvolture

se mettent au cahier comme au lit figé des pierres.


Pousse de ta poitrine

la mêlée de fantômes.


Poème, ce soir je ressens pleinement la faille

que je ne puis parler.

Partager le piétinement.

Se reconnaître mutilé dans l’éloignement.


Ce soir le couchant s’effectuera sans couleur.

Tu partiras encore plus loin dans la sente absente.


Paysage Déchiré N&B poésie éditeur

*

La lettre, explique-t-il, est le combinatoire de notre langue et la simple conscience de cela est pour moi, la base de l’écriture poétique.

En hommage au poète disparu récemment Gilbert BAQUE, vieux compagnon de route de l’artiste, nous écoutons un poème que Philippe BERTHAUT a mis en musique et chanté : « Montagne ». La ville de Tournefeuille où il résidait, annonce Philippe Berthaut lui rendra hommage le dimanche 10 avril 2016.


Revenant à son œuvre personnelle, l’invité insiste sur le fait qu’il a été frappé par l’importance de l’écriture orale chez les gens. Cette révélation s’est affirmée lors de son travail sur la culture ouvrière à Bagnères de Luchon, et lors des cent entretiens menés avec Jean-Claude BASTOS sur le quartier Empalot à Toulouse. J’ai gardé, dit-il, ce que disait une gardienne d’immeuble, sans rien toucher. Ce n’était pas un travail de sociologue, mais un travail de recueil de parole. Ce sont souvent les personnes elles-mêmes qui s’empêchent de prendre la parole. Quand on demande à quelqu’un de lire un poème, il répond : mais moi, je ne sais pas lire, ce qui est faux ; tout le monde sait lire. C’est si vrai que la plupart du temps, ceux qui ont un accident de voix, véhiculent plus d’émotion que les comédiens habitués. Car ils ne mentent pas.


« Le Cahier de désécriture » que l’on peut télécharger sur le site publie.net, a été projeté sur un écran à la Cave Poésie René Gouzenne de Toulouse, dans le cadre des ateliers universitaires dirigés par Serge PEY. Chaque spectateurlisait à tour de rôle une page de ce livre. Ainsi le poème a été partagé. Chacun se l’est approprié. Mais c’est aussi un partage d’énergie. Le texte dans cette démarche du « désécrire » est parfois la relation du douloureux, mais le partager donne de l’énergie. Le texte n’étant présenté que sur une seule page à l’écran, les spectateurs ne pouvaient anticiper sur la suite, et donc s’est réalisée une vraie communion de lecture. Les lapsus qui n’ont pas manqué, ont suscité des rires, non moqueurs mais chaleureux. Quand on lit tout seul, quelque part on confisque la lecture.


Lecture d’extraits de: « Cahier de désécriture. »


1er juillet


Ne me toche pas s’il te flaît !

 

 

Je ne veux pas que tu me toches.

 

 

 

Ce que j’acris sur la mage

 

 

Ne vorteras que des pelures »


« Ou des vélures

 

 

 

C’est selon. »




« 2 juillet


J’ai explosé

 

J’ai bondi

 

J’ai assailli ma propre langue

 

Qui se décompose dans le corps. »



« Un indice : la permutation des lettres s’est déréglée

 

La vrombinatoire s’est défaite

 

Tout deviant nossible.

 

Un semis de vomi pour ultime chanson

 

Chaque jour que Dieu ne fait plus.

 

Chaque jour que Dieu ne fait pas. »



« À ce moment une fleur vient d’excloser. »


« La lettre

 

Voyageuse

 

En son éternel

 

Tournoiement

 

Joue au sens

 

Comme aux quilles joue

 

Le meneur de mots. »



« L’ami de l’aube c’est l’oiseau

 

Et son chant perfore la mort

 

Que la nuit laisse suinter.

 

Le suint des nuits : son anagramme entier. »



« Je ne joue pas

 

Quelque chose en moi joue

 

Me tient en joue

 

Et tire. »

« 7 juillet


Ces mots les prendre tous

 

Les pendre les réduire en cendres

 

De lettres

 

Et les jeter à la ueule béante

 

Des défaites. »




« Fatigue. Fratigue.

 

Fracture dans la fleur : l’abeille. »




« 8 juillet


Effondrement

 

À l’intérieur

 

Cavités creusées

 

Par les eaux calcaires

 

Comme dans le paysage

 

Le trou de Bozouls.

 

Ce qu’un certain langage

 

Fait de nous

 

En nous. »




«  La nidification dans la mémoire

 

Vitrification de l’enfance en face

 

1ère étape : les puluies longues

 

Sur les cheveumûres des ronciers

 

Une mèche allumée alluminée dans le soleil. »

« Élimination

 

D’abord

 

De tous les abjectifs

 

Les empêcher

 

De nuire

 

En cellules

 

Proliférant

 

Du rien. »




« Comme ça que j’écris

 

Comme ça que je désécris

 

À la va comme j’te pousse

 

Une toux fait son trou

 

Dans la rigole des pages.

 

L’eau du poème s’échappe

 

Par les défaîtières. »




«  Un glissement dans les failles

 

(un feu de faille)

 

Une oppression à la place de…

 

Le chant en confettis

 

Des échantillons de chant

 

Qui se tiennent au bord des lèvres. »

*

La simple lecture, poursuit Philippe Berthaut, ne donne pas la place des mots dans la page. Or, la disposition des mots influe sur la diction.

Répondant à la question relative au paysage, celui par exemple de son livre précédemment cité « Paysage déchiré » : le paysage le plus important est-il le paysage intérieur ? notre poète fait valoir qu’il y a surtout une circulation entre les deux paysages, réel et intérieur. Et de plus, il peut y avoir des ruptures. Ce sont ces ruptures qui créent aussi la désécriture.

La finalité est de désarticuler la langue, avec toujours le souci que cela soit lisible. Attention, en aucune manière ce ne peut être un simple jeu comme le lettrisme par exemple. Un creusement avec la lettre doit se faire jour ; du reste nous entretenons tous des relations particulières avec les lettres et souvent nous ne le savons pas. Par exemple, mon nom BERTHAUT comporte deux T ; or, j’habite Toulouse et les deux noms de rues que j’ai habitées ont aussi deux T ! Vais-je devoir rechercher la prochaine fois une rue dont le nom n’ait pas deux T pour fuir cette « malédiction » du T ?

Il faut trouver son propre espace de relation avec la lettre ; dès qu’une lettre nouvelle arrive tout un paysage nouveau se découvre et appelle à être creusé.

Dans le désécrire il s’agit aussi de repousser une limite. Il faut refracturer une phrase clôturée pour en modifier le sens. Edmond JABES faisait cela. Il avait cette relation à la lettre, au mot. C’est très simple en fait comme écriture, ce mécanisme du combinatoire. C’est comme si chaque mot portait en lui son propre lexique. Dans « soleil » il y a une bonne cinquantaine de mots. Nous sommes des êtres de lettres.

Toutefois, il y a une part d’obscur dans le poème. Il existe quelque chose en nous dans la langue, à laquelle nous nous heurtons. Guillevic écrit : « J’ai appris à me pardonner le mal qu’on m’a fait ». Il fait jaillir soudain quelque chose qui va nous parler et qui, à un certain moment lui a été obscur aussi. La lumière jaillit des poèmes en même temps que l’obscurité chemine dans nos images. Saint-Paul rapproche la citation de Guillevic à celle d’une réplique d’un film « Welcome in Vienna » qui aurait pu être celle de Paul Celan : « Ils ne nous pardonneront jamais le mal qu’ils nous ont fait », citée par Marceline Loridan-Ivens dans son livre « Et tu n’es pas revenu » (Grasset 2015, p 106).


Lecture d’extraits du Cahier de désécriture


Rechercher du sens en faisant bouger le sens, explique Philippe Berthaut, c’est ce que je fais dans les ateliers d’écriture. C’est une manipulation dans le bon sens du terme. Car ce que l’on a écrit, quelles que soient la force et la qualité de ce que l’on a écrit, fige. Et là, une fois posé, c’est fini, il faut aller ailleurs. Mais il n’y a aucun jugement de valeur dans cette érosion de la langue.


Dans les dernières minutes de l’émission, Christian Saint-Paul qui n’a pas voulu amputer le temps d’antenne à son invité, recommande la lecture de « Jets de poèmes - dans le vif de Fukushima » paru aux éditions érès collection PO&PSY a parte, 300 pages, 25 € du poète japonais Ryôichi Wagô.

Celui-ci ayant pris le parti de rester dans sa ville après la catastrophe de Fukushima, publie les tweets qu'il a écrits « à vif » pendant ces jours terribles, et nous fait les témoins de sa remontée des enfers grâce à l'écriture poétique.

Après le 11 mars 2011, Wagô est l'un des premiers écrivains à transmettre l'ampleur de la catastrophe de manière palpable et concrète, dans des poèmes hantés par une tragédie vécue au quotidien, dont il décide de rendre compte sous forme de tweets réguliers. Ces poèmes, à la fois très simples et très inventifs, par leur moyen de transmission mais aussi par leur style elliptique et incantatoire, d'une grande force, auront un retentissement important à travers le Japon et même au-delà des frontières du pays. La mise en page et la typographie de ce recueil sont en totale adéquation avec ce work in progress où le lecteur assiste avec sidération à la création quasi ex-nihilo (l'annihilation catastrophique) du langage poétique et d'une réflexion forte sur le rapport du langage à la terre natale.


Philippe BERTHAUT annonce qu’une lecture de ce livre vient d’être programmée à la Cave Poésie René Gouzenne de Toulouse.


Est recommandé également le dernier livre de Michel MONNEREAU « Je suis passé parmi vous »

Collection Vermillon, La Table Ronde, 130 pages, 14 €.

Si, dans ses romans, Michel Monnereau fait sonner les cuivres, sa poésie est un murmure du temps qui passe, des rêves inaccomplis, des renoncements et des espoirs parfois ténus, parfois tenaces. Dépliant comme un éventail son territoire intime, il l’explore mot à mot sans jamais hausser le ton, au rythme lent de la nostalgie, porté, tel Éluard, par «le dur désir de durer».

 

éteindre le ressac du passé


Mots d’ordre qui tracent le cercle où se tenir.


Faire de ces heures un jour respirable. Savoir se contenter de cela. Oublier la mer et le vent blond d’été, là-bas.


Plus tard peut-être, dans un temps à venir qui inquiète notre plaisir.


Un moineau ramène un coin de ciel bleu vers moi. Il a

l’aile du présent. Il sait que plus tard n’existe pas.


Alors je regarde la pensée de la mer.

*

Enfin c’est le livre de Jean-Michel MAULPOIX

« Le voyageur à son retour » qui est une nouvelle fois cité.

Editions La Table Ronde / Littérature

Collection "Hautes Rives"

Livre papier :

15 €

160 p.

 

Livre numérique :

6,99 €


Un recueil poétique qui célèbre la joie infime des plaisirs partagés et les surprises liées au décentrement du voyage.


« Mais tu l’as bien compris : c’est pour cela que je m’en vais, que je m’envole, que j’en appelle au plus lointain. Ces étoiles au sol, ces feux roses de l’aube, ces forêts, ces rivages, ces toitures : la terre, la maison des hommes. Je ne connais pas de moment plus heureux que l’atterrissage. Ces départs, après tout, n’ont pour objet que le retour. »


Jean-Michel Maulpoix saisit les émotions fugitives qui naissent de tous les sens. Chez lui, ce sont les voyages qui conduisent à l’éveil d’une sensibilité poétique tissée entre l’intime et le tangible.


Après quelques années de silence, les mots du poète résonnent à nouveau dans ce recueil célébrant la joie infime des plaisirs partagés et les surprises liées au décentrement du voyage.

 

En fin de volume, comme toujours dans cette collection, un carnet accueille l’écho qu’ils ont laissé dans l’oreille de quelques lecteurs.


L’émission « les poètes » reviendra sur ces livres.


Enfin l’émission s’achève sur la lecture d’extraits du Cahier de désécriture par Philippe BERTHAUT.

 

   

 

 


 

 

 

 

 

Alem Surre-Garcia

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

03/03/2016




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En préambule, Christian Saint-Paul signale de nouveau la parution du livre de Dominique Sampiero : Avant la chair. Le Passeur éditeur, 105 pages, 15 €.

Ce premier ouvrage de la collection « Hautes Rives » interroge le silence qui a baigné l’enfance du poète. De façon originale, un carnet de lecteurs de tous âges et de tous milieux accompagne la prose de l’auteur et offre une multitude de regards sur son œuvre.

Le livre « J’ai appris à vivre dans la lumière et le silence des récits et, grâce à eux, à aimer le silence des miens, père, mère, et grands-parents surtout. À dénouer le silence des ombres et celui des objets posés comme des guetteurs dans la maison. À consulter la quiétude d’un arbre ou de presque rien, d’un escargot, d’un pissenlit dans la haie, comme un oracle possible de ma présence au monde. À aimer le rien, le rien du tout à force, l’invisible et pourquoi dire ange ou âme, c’est là, c’est tout, on ne sait pas ce que c’est. »

Dans son enfance ouvrière au royaume des taiseux, le poète a appris à se taire, lèvres jointes pour ressembler au père et à la mère, ne rien trahir. Comme si le silence était une façon d’aimer, d’être là, être avec, rien d’autre. Puis des livres sont entrés dans la chambre et ont embarqué la solitude plus loin dans les voyages.

La grande originalité de cette édition, c’est qu’un carnet de lecteurs succède aux poèmes. De professions et d’âges divers, des lecteurs prennent la parole pour évoquer leur promenade intime dans les pages de ce livre.

L’auteur écrivain et scénariste (notamment de Bertrand Tavernier), Dominique Sampiero est l’auteur de nombreux recueils de poèmes, livres jeunesse et romans parmi lesquels Le Ciel et la Terre (2001), Les Encombrants (2009), Bégaiements de l’impossible et de l’impensable (2012) et La vie est chaude (2013).

« Avant la chair » est le premier titre de la collection « Hautes Rives » dirigée par Dominique Sampiero.

Evoquant ce livre avec son invité Alem Surre-Garcia, Saint-Paul se replonge dans le « silence des anciens » de la vie rurale des années cinquante, qu’il a bien connu aussi, et qui était un mutisme codifié, un non-verbal dont on connaissait les contours par l’entourage.

L’intensité du livre est la révélation de l’efficience d’une langue pure, précise, riche sans aucune fioriture.

La partie rédigée par les lecteurs, outre une originalité totale dans la démarche, est, elle aussi, prenante par ce qu’elle suppose de complicité avec le vécu relaté par Dominique Sampiero dont l’expérience devient ainsi, une expérience partagée tournée vers l’universel.


« Celui qui se tait rassemble sur son front l’éclat et la fougue des sources, le souvenir des eaux ouvertes en deux aussi et goûte dans son silence l’étendue réelle de son corps, confiant sa chair à l’intimité de l’air. »


A signaler qu’il existe une version numérique de ce livre.


Le même éditeur publie de Jean-Michel MAULPOIX :

« Le voyageur à son retour », 160 pages, 15 €, livre numérique 6,90 €.

Jean-Michel Maulpoix, agrégé de lettres modernes, enseigne la poésie moderne et contemporaine à l’université Sorbonne Nouvelle – Paris III. Directeur de la revue Le Nouveau Recueil, il est l’auteur de nombreux ouvrages (poésie, critique littéraire, essais), parmi lesquels : Une histoire de bleu (1992), L’Instinct de ciel (2000), Chutes de pluie fine (2002), Pas sur la neige (2004).

Sur la 4ème de couverture, nous pouvons lire :

« Mais tu l’as bien compris : c’est pour cela que je m’en vais, que je m’envole, que j’en appelle au plus lointain. Ces étoiles au sol, ces feux roses de l’aube, ces forêts, ces rivages, ces toitures : la terre, la maison des hommes. Je ne connais pas de moment plus heureux que l’atterrissage. Ces départs, après tout, n’ont pour objet que le retour. »

Jean-Michel Maulpoix saisit les émotions fugitives qui naissent de tous les sens. Chez lui, ce sont les voyages qui conduisent à l’éveil d’une sensibilité poétique tissée entre l’intime et le tangible.

Après quelques années de silence, les mots du poète résonnent à nouveau dans ce recueil célébrant la joie infime des plaisirs partagés et les surprises liées au décentrement du voyage.

En fin de volume, un carnet accueille l’écho qu’ils ont laissé dans l’oreille de quelques lecteurs.

Il est vrai que voyager n’a d’intérêt que s’il y a un retour. Sans ce retour, ce serait l’errance. La finalité du voyage est de revenir transformé. Revenir indemne d’un voyage serait la preuve de son échec. L’auteur voyage comme il habite le monde : en poète. Il cite du reste Pessoa : « Être poète n’est pas une ambition que j’aie. C’est ma manière à moi d’être seul ».

Car si l’auteur voyage dans l’espace pour approcher et s’approprier les lieux, il voyage surtout dans les mots et s’interroge sur leur finalité : « Les mots ont-ils jamais interrompu la glissade de notre existence sur le temps ? Sont-ils jamais parvenus à rien fixer d’autre que l’étonnement et le désarroi ? » Le lecteur comprend que comme Rodin auquel l’auteur fait référence, le poète est là « pour remettre les choses au monde ». C’est ce à quoi Jean-Michel Maulpoix s’applique, avec la lucidité souvent cruelle du poète, celui qui est voyant, qui discerne l’importance des choses et sait que « l’époque balaie les renommées plus vite que les papiers gras » et que de plus « la vitesse de l’oubli, elle aussi, s’est accélérée ».

Le poète est un observateur du quotidien, ce quotidien longtemps rejeté par les poètes et qui aujourd’hui les agite pour le plus grand bien de notre civilisation du mouvement et de la vitesse. Mais ce quotidien nous renseigne sur nous-mêmes mieux que d’improbables actions d’éclat. Le sens du sacré et sa teneur peut ainsi être révélé par une pénurie de bananes dans un restaurant asiatique :

« Chose vue au restaurant : manquant sans doute de quelques bananes en cuisine, la serveuse est venue retirer subrepticement celles qui étaient déposées sur le petit autel des morts... Sacrilège ? Non, plutôt une image de la proximité dans laquelle se tiennent par ici les vivants et les disparus (les morts, dans les champs, veillent sur la récolte du riz). Il ne semble pas que sous ces latitudes le sacré soit une question douloureuse... »

Certainement, Malraux aurait aimé lire ça. Et cela : « Qu’y a-t-il à la quatorzième station, dans le tombeau énorme de Jésus, sinon le rien, puisque le Christ s’en est allé ?

La monumentale excroissance de la croyance autour du vide. »

Et à Tel Aviv, ce sentiment qui allait s’étendre et prospérer : « Hantise de l’attentat. [ ...] R* me raconte en souriant que lorsque naquit son enfant on lui a délivré, en même temps que l’extrait de naissance, les papiers nécessaires à l’obtention de son masque à gaz. »

*

Christian Saint-Paul revient ensuite sur l’annonce du numéro 55 de la revue trimestrielle de poésie « Comme en Poésie » créée en 2000 par le poète Jean-Pierre Lesieur et éditée par l’association éponyme, qui publie les meilleurs poètes contemporains, des critiques, des tribunes, des chroniques régulières : poésie école, nouvelles des poètes, conte, aphorisme, fable, chanson et tout ce qui touche de près ou de loin à la poésie.

L’abonnement à la revue qui comprend la cotisation à l’association est de 15 €, chèque à l’ordre de Comme en poésie Jean-Pierre Lesieur, à adresser 2149 Av du Tour du lac, 40 150 Hossegor.

http://pagesperso-orange.fr/jean-pierre.lesieur

Ce numéro qui reprend le compte-rendu de notre émission avec Serge Pey, publie entre autres bonnes choses des textes de Roland Nadaus qui eut la joie de voir la Maison de la Poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines inaugurée par Jean Rousselot, en présence de plus d’un millier de personnes. « La Poésie a une dimension politique. Dès l’origine. A moins de la cantonner dans sa version décorative, style pompier ou masturbation laborantesque : petits oiseaux, rimes d’infortune, gazouillis de salon ou incompréhensibles chiures de mouches à épater les gogos »,écrit-il. Cette Maison a été fermée à la suite d’un « audit » c’est à dire à l’examen de ses « résultats ». Oui, l’absurdité de telles situations est courante. Nous vivons dans un pays où la diffusion et l’animation de la poésie dépend du bon vouloir des politiques, lesquels, sauf exception notable, ont autant d’esprit poétique que le poisson, d’amour paternel.

Roland Nadaus a adressé à Christian Saint-Paul des photos de Jean Rousselot le jour de cette inauguration. L’émission « les poètes » consacrera bientôt une émission à Roland Nadaus.

On pourra écouter « D’un bocage l’autre » (Henry éd.).


Archipel du bocage


C’est mon île. L’archipel de mes yeux. Tous ces prés entre haies vives -Et ces champs où marcher c’est revivre, parce que la boue colle à la vie comme cet herbe aux pattes des bêtes entre ruisseaux lourds et prés mûrs.


Mon île, mon bocage. L’archipel de ma vie. Mes îles vertes sous le vent, ma pluie.


- J’en suis bête comme un amoureux.

*

L’émission est ensuite consacrée à l’invité : Alem SURRE-GARCIA.

Cet écrivain, poète, essayiste, occitaniste éminent vient compléter l’émission qui lui avait été réservée le jeudi 3 mars 2016 à laquelle il convient de se reporter.

Il a donné un cycle de conférences, notamment à la Maison de l’Occitanie à Toulouse. Le premier cycle concerne : « Au-delà des rives les Orients d'Occitanie » réédité par les éditions Dervy-Médicis ; le deuxième a trait à « Clochers et minarets » publié chez Privat et le troisième a pour thème : « Le Midi antichambre des orients - Du méridional à l’indigène » qui donnera naissance, sans aucun doute, à un prochain livre.

C’est de ce dernier thème, à peine abordé le 3 mars, que vient nous parler Alem Surre-Garcia.

L’Histoire de l’Occitanie est mal connue. Or, il faut toujours avoir une certaine épaisseur d’ Histoire pour savoir ce qu’il s’est passé. Sinon nous ne comprenons pas. Qui plus est, nous sommes dans une Histoire qui n’est même pas dans l’Histoire de France ! s’exclame notre conférencier.

Et d’expliquer : « Tout part du romantisme, de l’Ecosse, de l’Angleterre, de l’Allemagne, de la Grèce, de la Suisse. L’Europe connaît la passion romantique. L’intérêt pour le Moyen-âge ne cesse de grandir et tout naturellement on redécouvre les troubadours. Et les troubadours sont liés par leur origine à l’Al-Andaluz donc à l’Orient. Le goût pour le gothique et l’attrait des civilisations disparues dont celle encore de l’Al-Andaluz, des ruines, imprègne l’époque romantique. Il naît un style néo-troubadour. En Allemagne, le romantisme prospère, c’est l’Ecole d’Iéna près de Weimar où Goethe initie le diwan occidental. En France, il règne dans les salons avec Mme de Staël. L’attrait des cultures populaires se développe avec celui du folklore et de l’ethnologie.

Tout naturellement, celui-ci débouche sur l’attirance pour le Sud et pour les voyages dans le « Midi ». Car le Midi apparaît comme un pays exotique et lointain. La mode est aux voyages aux Pyrénées ; comme dans la littérature et comme le voyage persan, elles deviennent lieu du rêve et du mystère.

Malheureusement, on ne va retenir que le pittoresque. On construit tout de suite un etno-type ; ceci est bien étrange lorsqu’on s’adresse à des gens qui ne parlent pas pareil, qui ne s’habillent pas pareil et qui ont un rapport au temps et à l’espace différent de l’esprit européen qui commence à s’industrialiser et qui déjà, dans la course au rendement, manque de temps. Les populations du Midi éprouvent le besoin de contrebalancer cette débauche d’énergie et de progrès. Il y a chez elles, une appréhension du temps différente. Alors les autres vont dire de cette population : « c’est comme si le temps s’était arrêté ». Mais ce n’est pas vrai ! s’insurge Alem Surre-Garcia. C’est un autre rapport au temps, c’est tout !

Des orientaux, on ne retient que le nomadisme, on oublie les splendeurs architecturales des villes. Il suffit qu’il y ait un palmier, du sable, un troupeau d’animaux avec un berger indigène dont on ignore s’il dort ou pas, contemplatif, adossé à un rocher.

L’Orientalisme est une vision particulière. On recherche des rapports de voyage, on critique un esprit bourgeois qui détruit. On recherche de l’authenticité ailleurs. Ce mot : authenticité, est toujours employé de nos jours, mis en avant par notre tourisme, mais nous ne savons plus ce qui est authentique et ce qui ne l’est pas. On recherche ce qui est différent de vous et qui pourtant est encore pratiqué. Des artistes français, comme Flaubert vont tempêter déjà contre l’occidentalisation qui s’opère tout de suite dans des villes comme Le Caire ou Alger. Daudet aussi s’insurge de retrouver Belleville dans un quartier d’Alger : on a tué l’authentique !

Mais on avait déjà tué l’authentique en Provence ou en Languedoc !

Le Midi est une marge entre la France du Nord et l’Algérie, laquelle d’ailleurs va devenir la France. Le Midi est ce territoire intermédiaire. Lequel territoire, qui est un passage obligatoire pour rejoindre l’Orient (il faut au moins aller à Marseille), où on ne parle pas français dans les couches populaires, apparaît alors comme arriéré.

L’exotisme commence dans ce territoire. Victor Hugo dit que tous ces pays n’ont pas d’Histoire, que c’est nous qui faisons l’Histoire. « L’Afrique n’a pas d’Histoire ». Georges Sand parle, elle, de « ces peuples enfants que nous initierons quelque jour à une civilisation véritable ». Nous sommes dans un propos colonial. L’Orientalisme s’accompagne du colonialisme. Il ya une attitude de domination sur les populations méridionales, comme si elles n’étaient pas encore intégrées. L’Afrique commence aux Pyrénées. Leur population qui parle une langue (l’occitan) prise comme un mélange d’italien, d’espagnol et d’arabe, est considérée comme parfaitement inculte. L’élite française est au centre d’un système euro-précentré. Les plus socialistes d’entre eux essaient d’apporter aux indigènes cette civilisation. Jules Ferry dit qu’il faut apporter nos mœurs. Or, n’en est-on pas toujours là ?

Il faut réveiller ces populations dans leur endormissement. Ceci est aussi un principe religieux. Leur grille de lecture est simplement d’aller rechercher ce qui est immuable et biblique. Les peintres retrouvent les vêtements antiques, et comme on aime beaucoup les ruines, on les recherche aussi et ces pays deviennent des pays de ruines. C’est aussi ce qui s’est passé aujourd’hui avec les ruines de Palmyre. Cela ne justifie en rien la destruction, mais cela peut l’expliquer. Des actes nous paraissent barbares alors que nous-mêmes nous avons notre propre barbarie dont nous avons du mal à nous expurger.

Il s’en suit un concert d’extravagants préjugés sur le « méridional » dont on peut extraire certaines citations :

Alexandre Dumas à Montélimar, 1840 :

« Cette nature demi-espagnole, demi-sarrasine qui a besoin d’être étudiée longtemps pour être comprise »

Huysmans, in Là-bas, 1891 :

« Les Méridionaux sont des Latins mâtinés d’Arabes …Ces êtres au brou de noix et aux yeux vernis, de ces broyeurs de chocolat et mâcheurs d’ail, qui ne sont pas du tout français, mais des espagnols et des italiens »… « Cette lignée de gens fanfarons et bruyants, éventés et perfides »»

Michelet in Tableaux de la France, à propos des pays d’oc au XII° :

« Le Midi se présenta sous l’aspect le plus clinquant, dédaigneuse opulence, élégance et légèreté, danses et costumes moresques, figures sarrasines…Les mangeurs d’ail, d’huiles et de figues, rappelaient aux croisés l’impureté du sang moresque et juif, et le Languedoc leur semblait une autre Judée »

Gaston Méry in Jean Revolte :

« Le Méridional est le bras droit de l’Israélite : ils ont le même nez, le nez crochu de Polichinelle. C’est même à ce nez qu’ils se reconnaissent entre eux. Foncièrement bohêmes et nomades, ils ne travaillent pas »

Stendhal en 1837

« Que deviendraient ces malheureux paysans du Midi si quelqu’un ne leur parlait pas de morale ?Ils seraient comme des bêtes brutes ».

Hyppolite Taine à Montpellier :« On dirait des Italiens. Ce sont des polichinelles gentils. On comprend qu’ils aient reçu d’ailleurs une discipline et des maîtres » Taine à Toulouse en 1866 : « A les voir se remuer, s’aborder, on sent qu’on est en présence d’une autre race. Un mélange de carlin et de singe »

Céline in Voyage au bout de la nuit :

« la partie vinasseuse de la République, profiteuse, resquilleuse, politique, éloquente, creuse. La méridionale peuplée de bâtards, méditerranéens dégénérés, de nervis, félibres gâteux, parasites arabiques, rien que pourriture, fainéantise, infects métissages négrifiés ».

Préfet de l’Ariège en 1831, à propos de la population des Hautes Vallées :

« aussi sauvage et aussi brutale que les ours qu’elle élève »

Préjugés exercés de la même façon à propos de la langue occitane :

Abbé Grégoire An 2 in Sur la nécessité et les moyens d’anéantir les patois et d’universaliser la langue française :

« Cassons ces instruments de dommage et d’erreur »

1837, Pollux Lorrain, Ministre de l’Enseignement :

« Qu’on tranche au vif dans cette antique transmission des patois et que chaque école soit une colonie de langue française en pays »

1840, Le journal Le Messager du 24/09/1840 :

« Détruisez, si vous pouvez, les ignobles patois des Limousins, des Périgourdins et des Auvergnats, forcez-les par tous les moyens possibles à l’unité de la langue française comme à l’uniformité des populations barbares et au reste de la France qui n’a jamais pu les comprendre »

1894, G. Rousselot in L’Echo pontoisien :

« De vrais Français doivent exiger que dans toute la France on ne parle que français, et j’entends dire, et très nettement français de Paris…Paris, cœur et cerveau de la France »

2008, Jean-Marie Rouard de l’Académie française :

« Le terme « langues » pour les idiomes de région me parait abusif. Il s’agit plutôt de patois, de dialectes. Preuve en est qu’elles n’ont jamais produit de grandes œuvres littéraires, contrairement à la langue française ».


Les indigènes sont des citoyens de troisième zone. L’indigène n’a pas de nom. Même chez Camus, c’est l’indigène, un point c’est tout ! Et le méridional est assimilé dans ses défauts à l’indigène.

Plus tard, Fernandel va représenter la mâchoire aux dents blanches de l’Africain. « La terre est trop basse pour travailler ». Le méridional est considéré comme fainéant, n’a pas les capacités industrieuses des français du Nord et est éliminé de la course à la production, et on prend donc sa place.

Même des humoristes toulousains, marseillais, niçois, reprennent aujourd’hui ces clichés mortifères ! Cela continue ! Cela plaît à la société.

On en a fait des personnages sympathiques pour mieux les écarter des décisions de la société.

Cette mise à l’écart est efficace. Lyautey déclarait : « je n’ai jamais pu considérer un toulousain comme un patriote ».

La langue est tenue pour un patois inintelligible et l’accent est insupportable.

Alphonse Daudet va se déchaîner avec Tartarin de Tarascon. « Port Tarascon » est un ouvrage terrible. Tartarin veut une colonie et va épouser une princesse qui est faite comme une guenon.

Maurras devient anti-méridional. L’antisémitisme va de pair avec l’anti-méridionalisme.

Mais le pire, c’est que les méridionaux eux-mêmes vont intégrer cet anti-méridionalisme. Le racisme a fonctionné.

Si l’Algérie avait été maintenue française, les algériens auraient été amenés à discréditer leur propre langue. Il fallait qu’un intervenant extérieur leur dicte une langue que tous comprennent et non pas des patois où l’on ne se comprend pas d’un village à l’autre. L’abbé Grégoire voulait déjà « anéantir » ces langues ; c’est le langage de l’Inquisition ! Il faut que les gens se dépossèdent d’eux-mêmes. Le patois est défini comme une langue corrompu et grossière. C’est un charabia (mot arabe). Mais le charabia qui a existé (aragonais, catalan, arabe) fut une langue lien.

Au XIXème siècle, il fallait détruire à tout prix ces langues « barbares, bâtardes » qui transforment la France en une effroyable Tour de Babel. Mais cela continue et au plus haut niveau de l’Académie Française, ou avec des philosophes comme Michel Onfray. Même avec Charlie Hebdo. En réalité, l’Académie Française est toujours le suppôt de l’absolutisme. La Révolution voulait la supprimer puis y a renoncé. Mais nous sommes toujours dans une situation post coloniale. La France s’aveugle. Elle a occulté en elle-même les choses qui lui permettraient de comprendre le monde contemporain.


Tel est l’éclairage sans fard que nous donne Alem Surre-Garcia sur « le Midi antichambre des Orients, du méridional à l’indigène ».

Nous attendons avec impatience que cette pensée soit mise en forme dans un prochain ouvrage de cet auteur passionné dans le rétablissement des vérités historiques et sociales.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Pierre Lassalle

 

 

 25/02/2016





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En préambule Christian Saint-Paul invite les auditeurs à assister à la rencontre avec Gérard Macé écrivain-photographe & Georges Monti éditeur, au Centre Joë Bousquet et son Temps le Samedi 12 mars 2016 à 15h 30 au Centre Joë Bousquet et son Temps Maison des Mémoires – Maison Joë Bousquet 53, rue de Verdun – 11000 Carcassonne.

Gérard Macé est né en 1946 à Paris. Aux éditions Gallimard (collection « Le Chemin », puis collection « Le Promeneur »), il a publié depuis 1974 des proses narratives et poétiques, comme Bois dormant, Le dernier des Égyptiens, la série intitulée Colportage, mais aussi des poèmes et, plus récemment, deux volumes de Pensées simples. À l’image poétique, il ajoute l’image photographique à partir de 1997, comme en témoignent La photographie sans appareil, Mirages et solitudes, Éthiopie, Le livre et l’ombrelle, La couleur est un trompe-l’œil ou Chefferies bamiléké, tous parus aux éditions Le temps qu’il fait. Écrivain, photographe, mais également très bon connaisseur de la photographie, il évoquera les relations qu’entretiennent la littérature et la photographie, depuis la naissance de celle-ci, et parlera de sa propre pratique à partir de la projection d’un choix de ses images.

Georges Monti a créé les éditions Le temps qu’il fait en 1981. Rapidement, pour et grâce à Jean-Loup Trassard (autre écrivain pratiquant la photographie), il a publié des livres illustrés par la photo et a, pour ainsi dire, inventé un rayon de librairie intitulé « écrivains-photographes » (avec les ouvrages de Luc Dietrich, Jacques Laccarrière, Lorand Gaspar entre autres) avant d’ajouter à son catalogue un certain nombre de livres de purs photographes (Doisneau, Ronis, Dieuzaide, Erhmann, Brihat, etc.). Il défendra sa conception du livre de photographie et témoignera, dans un échange avec Gérard Macé, de la complicité qui a prévalu dans la production des ouvrages qu’ils ont faits ensemble.


C’est le nouveau recueil de Simone Alié-Daram, médecin, qui s’est illustrée dans les avancées de l’immunohématologie qui est cité ensuite pour mémoire, cette publication devant faire l’objet d’une émission à part entière. Membre d’académies scientifiques, l' est aussi Maître es-jeux de l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse. Son humanité à fleur de peau s’est exprimée dans la parole poétique par la publication de recueils : « Ecritures », « Emoti’icones », « Effluves », « Des Ephélides plein les poches », « Ellipsoïdes », « Paradis ébouriffés » et « Passions effleurées ».

avec ce nouveau recueil « Syllabes » d’une écriture épurée, d’une grande densité, elle poursuit le chemin, lucide sur l’impossibilité de revenir en arrière, mais sans rien oublier de ce qu’elle a traversé. La mélancolie, après un si long parcours d’une puissante vitalité : « Où es-tu ma rebelle », se réfracte dans le regard et elle atteint, sans l’avoir choisi, le plus troublant de sa parole poétique : « J’ai accouché de la tendresse ».

A commander Encres Vives, 2, allée des Allobroges, 31770 Colomiers, 6,10 €, abonnement 34 €.


L’émission est ensuite consacréeà Jean-Pierre LASSALLE.

Christophe DAUPHIN dans la revue « Les Hommes sans épaules » le présente ainsi : « Jean-Pierre Lassalle (né à Padirac le 9 août 1937), « qui sait caresser l’oiseau dans la pierre, capter le soleil ou la lune d’une monnaie », selon André Breton, a participé aux activités du mouvement surréaliste de 1959 à 1966, quand l’auteur de Nadja lui confia le soin d’inventorier la bibliothèque de son ami Benjamin Péret, qui venait de mourir. « La succession de Benjamin Péret avait traîné car son fils et seul héritier était brésilien, officier supérieur dans l’Aviation, et avait donné tout pouvoir à Breton. Péret était, on le sait, plutôt cigale que fourmi et vivait au jour le jour. Les Bédouin lui avaient procuré une chambre, rue Gramme, et il se plaignait d’être très mal logé. Il y avait entassé livres et documents, dont de nombreuses photographies d’identité de militants de la IVe Internationale, sans noms pour identification, obscurs témoins d’années de militantisme. Je procédai à ce travail exténuant d’inventaire, avec l’aide de Jean-Louis Bédouin. Je garde un bon souvenir de ces heures pourtant harassantes », témoigne Jean-Pierre Lassalle, qui, un an plus tard, publia (in revue Bief n°10/11, 1960) ses théories monétaires : «- macroscopique: mettre en circulation d’énormes billets de banque en béton précontraint avec figurant la République une vestale murée vive dans un bain de plexiglas... - microscopique: frapper une monnaie plus petite qu’un grain de sable, une monnaie que l'on perdra tout le temps; que l’on aura sous l’ongle, dans l’œil, dans une dent creuse... »

Après la mort du Grand Indésirable en 1966, Lassalle se réinstalla en province et suivit une carrière universitaire, comme professeur de Linguistique et Littérature françaises, parallèlement à l’élaboration de son œuvre poétique et critique. Il a, entre autres, écrit sur François Maynard, Alfred de Vigny (dont il a donné une biographie de référence) ou Lautréamont. Il a publié des textes et des poèmes dans les revues Évohé, Préverbes, Non Lieu, Les Hommes sans Épaules et Supérieur Inconnu.


Jean-Pierre Lassalle propose des poèmes volontiers hermétiques, c’est-à-dire sous la haute figure d’Hermès, relevant du Trobar clus. Une œuvre poétique totalement atypique qui n’en rappelle aucune autre.

À lire : Le Grand Patagon (éd. Salingardes, 1962), Retour de Rodez (éd. Riol, 1963), Rituel de Gueules (Morphèmes, 1967), Brusquement les oiseaux (Temps Mêlés, 1968), Diramant (éd. Riol, 1969), Clé d’amiante et clé d’or (Morphèmes, 1969), Enfin Lépante (éd. Riol, 1971), La Fuite Écarlate (éd. MCP, 1998), Poèmes Presques suivis de La Grande Climatérique (éd. MCP, 2000), L’Écart Issolud suivi d’Agalmata (éd. MCP, 2001), Les petites Seymour (Encres vives, 2007), Alfred de Vigny (Fayard, 2010).

*


En 1983 Jean-Pierre LASSALLE a été élu Mainteneur de l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse.

C’est un poète historique de la poésie surréaliste. Il fait paraître son premier livre de poésie en 1958. Aujourd’hui il vient présenter sa dernière publication poétique :

« Il convient » qui constitue le 448ème numéro de la revue Encres Vives. Le n° , 6,10 € à commander à Michel Cosem, 2, allée des Allobroges, 31770 Colomiers ; abonnement un an 34 €.

Nous pouvons lire sur la 4ème de couverture : "La vie et l'œuvre de Jean-Pierre LASSALLE semblent se présenter comme les mansions du théâtre médiéval : mansion surréaliste ; mansion ésotérique ; mansion chevaleresque ; mansions des femmes aimées sous le double signe d'Eros et d'Agapè. Humour et créativité dans les thèmes et les images, mais aussi tonalité élégiaque caractérisent ce nouveau recueil. "Celui qui imagine sans érudition a des ailes mais n'a pas de pieds" écrivait Joubert dans ses "Carnets" ; le poète surréaliste Lassalle chausse les sandales ailées d'Hermès.


IL CONVIENT est la devise autographe d'Antoine LASSALLE (1386-1460) sur un manuscrit de Cassiodore en sa possession - même devise qu'il grava le 18 mai 1420 dans la grotte de la Sibylle."


Le père d’Antoine Lassalle explique l’invité, Bernard de Lassalle a été un chef de guerre au service des Anglais et avait son petit château, son repaire, dans le Lot à côté de Céret. Cette devise, Antoine Lassalle l’a calligraphiée sur un manuscrit avec un rébus, avant de la graver dans la grotte de la Sibylle. Il jouait sur les mots, sur son nom la salle, sur sel sal. Cela est emblématique de la fin du Moyen-âge et c’est très poétique. C’est pourquoi nous dit J.P. Lassalle, je me suis permis de prendre « Il convient » comme titre. Mais « Il convient » au sens étymologique du terme que l’on retrouve dans le couvent, dans le convent etc.

Il y avait à cette époque une légèreté étonnante pour une époque (14ème et 15éme siècle) traversée par les guerres, les épidémies comme la peste, mais qui connaissait l’éclat de Cours très brillantes comme la Cour d’Orthez de Gaston Phébus, les Cours du Berry, de Bourgogne etc. et en même temps une activité littéraire. Antoine de Lassalle est considéré comme un des premiers romanciers ; il avait une belle plume. En 1323, il y avait déjà eu la création de l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse. C’est une période de calamités avec de temps en temps des traits de lumière. Mais nous avons beaucoup de difficulté à concevoir comment les gens se représentaient le monde, il y a sept siècles. En tout cas, ils le transcrivaient comme j’essaie de la faire en plein 21ème siècle. Mais on ne lisait pas comme maintenant, on psalmodiait plutôt d’une certaine façon, mais il n’empêche que la poésie avait une certaine autonomie. Guillaume de Machaut est à la fois un grand compositeur, un grand poète et un rhétoricien. Et la rhétorique est au cœur du langage, donc de la poésie.


Jean-Pierre Lassalle est avant tout un poète surréaliste.

Le surréalisme est toujours vivant. Il suffit pour s’en convaincre d’aller voir le site : « Surrealismo Internacional » pour connaître la richesse des publications surréalistes d’aujourd’hui. Il y a de jeunes poètes surréalistes. Il ne faut pas arrêter le surréalisme à la mort d’André Breton. Le groupe, tel qu’il fonctionnait avec Breton n’a pas survécu et a explosé en 1969. Mais les poètes surréalistes ont continué, soit à titre personnel, comme c’est mon cas, précise J.P. Lassalle, soit en formant de nouveaux groupes. Et la poésie surréaliste est toujours en marche. C’était d’ailleurs le vœu de Breton. La poésie d’aujourd’hui est la descendance du surréalisme suppose Saint-Paul. Jean-Pierre Lassalle a tendance à le penser aussi mais il ajoute qu’il y a des gens qui n’aiment pas être influencés ou à la séquence de quelque chose de grand. Mais le surréalisme lui-même était la séquence du romantisme. Et le romantisme a duré un siècle ! Le surréalisme a imprégné tout le 20ème siècle et continue toujours, ce qui est surprenant. Ce long mouvement est admirable et digne d’estime.


Le recueil « Il convient » a fait l’objet d’une recension en langue espagnole précisément sur ce site « Surrealismo internacional ». Saint-Paul en a fait la traduction qu’il lit à l’antenne :

« Le titre de ce beau recueil de 16 poèmes, “Il Convient” est la devise autographe d’Antoine Lassalle, ancêtre du poète, qui la grava le 18 mai 1420 sur les murs de la grotte de la Sibylle, comme l’explique le poète dans son texte “Rêver de convenir”. C’est une allusion au récit d’Antoine Lassalle “Le Paradis de la reine Sibila”, récit de voyage initiatique avec une reine immortelle et supérieurement belle qui vit dans un jardin de délices, futur modèle du Venusberg de Tannhaüser. La souveraine de ce paradis païen connaîtra de nombreux avatars littéraires, le personnage de She de Rider Haggard étant un des plus fascinants. Antoine de Lassalle a découvert effectivement une grotte en Italie dans les montagnes de La Sibila situées dans la Marche Anconitana, mais il n’a pu explorer que l’entrée.

Un autre des poèmes, “Matta n’est pas de ceux qui meurent” évoque la cérémonie sadienne surréaliste qui eut lieu au domicile de Joyce Mansour et à laquelle Lassalle assista.

Le dernier poème, “Hanko Miastik”, extrait des “sargasses de la mémoire” les noms de nombreux amis surréalistes déjà disparus, tels André Breton, Marcel Duchamp, René Alleau, Roger Van Hecke, Jean Palou, Sarane Alexandrian, E.L.T. Mesens, Guy Rosey, Gérard Legrand, Gaston Puel, Adrien Dax...


Hanko Miastik


Tant d'arbres givrés par le grand froid du temps 
André Breton Marcel Duchamp René Alleau 
Alain Mangin Roger Van Hecke Jean Palou 
Sarane Alexandrian Mesens Suquet Rosey 
Philippe d'Araucanie et Gérard Legrand 
Avec le maître d'Eoux Robert Amadou 
Enfin pleuré toi qui nous veilles Gaston Puel 
Adrien Dax lisant sans fin les ennéades 
            J'ai même accompagné Schuster 
            Au cimetière de Pantin 
            Lui qui pourtant ne m'aimait guère 
Le cœur d'Anne Bédouin ouvert au grand Gurdjieff 
            Et Jean-Louis aux athanors 
Et vous tous amis de Rimbaud et de Ducasse 
            Nous pleurons Jean-Jacques Lefrère 
Le compagnon d'errance à Montevideo 
            Et Caradec pour l'asado 
A Montréal Tokyo Paris Tarbes et Pau 
            A Penne aussi Noël Arnaud 
Arsène Bonafous-Murat Saint-Antonin 
Tant d'arbres givrés par le grand froid du temps 
            Papier glacé des amis morts.

*

Jean-Pierre Lassalle poursuit l’explication assez détaillée des poèmes de « Il convient » : Matta était un homme étonnant, loué par Alain Jouffroy qui vient lui aussi de disparaître. Dans le poème où il est cité, il s’agissait de l’exécution symbolique du testament du marquis de Sade. Dans une soirée, avenue du Maréchal Monory, dans un très bel hôtel particulier, chez Joyce Mansour, Jean Benoit, poète canadien s’est dépouillé du costume symbolique qu’il avait confectionné pour l’occasion, en un effeuillage, et s’est appliqué sur le thorax un fer rouge avec les lettres SADE et a reposé le fer. Matta a voulu l’imiter, mais comme il n’était pas préparé (par l’alcool et autre), il s’est évanoui, brûlé au 3ème degré. Mais Breton, admiratif, a repris alors contact avec Matta avec lequel il était brouillé. J’ai voulu rendre compte de cela, poursuit J.P. Lassalle, parce que Matta est un très grand peintre dont la côte est de plus en plus haute. Je lui ai donc consacré un poème. J’ai voulu aussi reprendre la poésie encomiastique, née au 16ème siècle qui faisait l’éloge de la folie. C’est « l’éloge de la folie » d’Erasme. Mais j’ai écrit Hanko Miastik ; c’est un poème d’éloges.

Saint-Paul se réjouit de recueillir cette explication car il était perplexe devant le titre du poème. Souvent nous avons besoin de clefs pour s’avancer dans le texte. Jean-Pierre Lassalle cite alors Mallarmé dans sa boutade à Degas qui se plaignait d’avoir plein d’idées mais était incapable d’en faire un poème : « Mais ce n’est pas avec des idées qu’on fait un poème, c’est avec des mots ! »

Or, moi, insiste J.P. Lassalle, j’aime les mots ! les mots rares, les mots précieux, les mots techniques, les mots traditionnels. La poésie, c’est d’abord les mots. C’est ma vision des choses. Un de mes collègues, Mainteneur, disait de moi : « vous avez un vocabulaire coruscant. » Il ne faut pas avoir un vocabulaire plat comme une limande. C’est ce que je reproche à la poésie actuelle qui est tombée dans un prosaïsme que je condamne.

Le poète lit des extraits de « Il convient » dont ce poème sur Alep en Syrie.


Alep


Le glacis d'Alep est muraille d'hipparion

Gisant sous la pesée du sabot gigantesque

Mon corps est laminé en ces jours d'indiction

Ne demeure que vie de rampement d'exsangue

Alep admirable ville du grand fardeau

Je fuirai cependant vers l'Oronte sinople

Filigrane d'argent de mon corps glorieux

Mourir cétoine bleue sur le glacis d'Alep.



Le port d’Alep, je l’ai parcouru avec Alain Jouffroy. J’ai gardé la vision de cet espèce de mur oblique immense, et comme le sabot de cheval a une « muraille », ce plan oblique, j’ai fait l’analogie avec l’hipparion, l’ancêtre du cheval, le cheval à trois doigts.

Dans « Hanko Miastik » J.P. Lassalle évoque Gaston Puel enterré à Veilhes (Tarn) dans un village qui ne possède pas un café. Et un village sans café est un village mort, et un village comme Veilhes sans Gaston Puel, alors là, je préfère ne pas dire ce que j’en pense s’exclame notre poète.

« Tchilibim », c’est le nom d’un trio musical du Tarn. Mais c’est aussi Chibilim, un mot gitan. J’ai utilisé aussi la marque Dim ; les publicités de Dim sont très gracieuses et me fournissent une rime en im. Passim (ce qui est passé) est utilisé par les plus grands érudits.


Tchilibim


Tchilibim tchilibim

Talmaï descend des anakim

Tous les adeptes d'Elohim

Célèbrent Thurim et Pourim

A Taibeh mon Ephraïm

J'irais pour toi jusqu'au Sikkim

A Aubusson la tour Zizim

Et puis gagner Sidi-Brahim

De Camondo musée Nissim

Ici ou là c'est du passim

Jolies jambes gainées de Dim

Tes bras sont nus sans tephillim

Amie cello bimbo bobim

Tes seins ambrés de Misraïm

J'aime ton corps et le toutim

Amours passées du temps d'olim

Au surréel de Perahim

Tchilibim tchilibim.

*

« Il est venu le temps des bômes », bôme, mot marin, qui permet de dresser une voile triangulaire et le mot varve est une allusion géologique en analogie avec la généalogie. Les varves révèlent les couches sédimentaires au fond des lacs. Et c’est un des rares mots suédois de la langue française qui veut dire rayé. Quelle image !


Au cœur des varves


Dans les varves de souvenance

Sont les amis et les corps des femmes aimées

Les instants bleutés du bonheur bref

Les écailles du pangolin de nos désirs

La vie triangulée s'accroche aux bômes de l'espoir

Avec la hache pour abattre les trochures du cauchemar

Et couper les sanglons du cheval pâle

Dans les varves de l'affliction

Sont les errances le long des pontuseaux

Les glissements violets des échouages

Le deuil royal des jonchées de morènes

Sur les lacs bleus sans orpailleurs

Le chatoiement des gemmes au cou des survenantes

L'étirement des fauves laminaires

Et le blottissement dernier en cocon d'ibérides

Au cœur des varves.

*

L’humour est présent chez Jean-Pierre Lassalle, homme à la jovialité élégante. Je suis né à Padirac, s’amuse-t-il, et je dis par boutade que je n’ai pas besoin de psychanalyse puisque toute ma vie, je suis sorti du gouffre !

Très attaché à son pays l’Occitanie, il aime rappeler que la Cerdagne est aussi un pays qu’il affectionne et qui est présente dans un poème de « Il convient » ; de la même manière le recueil recèle des poèmes d’inspiration personnelle plus intime, comme l’allusion à l’Allemagne ou à une vallée de l’Himalaya.


Sanskar


La belle et longue louve du Sanskar

A des midis illuminés

Par le nef de Jean de Meung

Dans la rosée d'aeply

Tout le panier des ménagères

La volupté des stabilos

Une grande onde en crescendo

Pour symphonie des doigts rosés

Le long du beau corps nu

Pour les midis incalminés

De belle et grande louve du Sanskar.

*

« Il convient » un recueil de poèmes dans la veine surréaliste et hermétique au sens le plus noble du terme, que Jean-Pierre Lassalle a bien voulu éclairer, révélant leur genèse. Une poésie qui séduit par la richesse des mots et ce juste langage soumis avant tout à la poésie, tant il est vrai que ce que disait José Bergamin du langage liturgique : « tout langage liturgique soumis à la Raison, et non à la poésie, se condamne à mort » se vérifie d’autant plus dans le langage poétique.

 

   

 

 

 

MARIE JEANNE VERNY

 

 

18/02/2016





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Christian Saint-Paul remercie son invitée Marie-Jeanne VERNY d’avoir accepté de parler aux auditeurs de Radio Occitania de l’excellente étude qui a été publiée sous sa direction aux éditions Classiques Garnier (Etudes et textes occitans, 1), 423 pages, 49 €, broché :84 € :

« Les Troubadours dans le texte occitan du XXe siècle ».

Marie-Jeanne VERNY, très impliquée dans la défense des langues régionales et de la culture occitane en particulier, est agrégée de lettres modernes, professeur langue et littérature occitane à l’université Paul Valéry de Montpellier III et membre de l’équipe d’accueil Langues, littératures, arts et cultures des suds.

Ses domaines de recherches sont :

Littérature contemporaine, recherches effectuées notamment sur les écrivains occitans du XXe siècle : Roland Pécout, Robert Allan, Max Rouquette…

Sociolinguistique : l’occitan à l’école – la langue et la culture occitane dans les manifestations artistiques contemporaines

Pédagogie et didactique de l’occitan : travail en collaboration avec le CDRP de Montpellier depuis 1985

Affectée en 1995 comme PRAG à l’Université Paul-Valéry, a soutenu en 2002 une thèse d’études occitanes, et une habilitation à diriger les recherches en 2007, l’année suivant son affectation comme maître de conférences.


Le livre « Les Troubadours dans le texte occitan du XXe siècle » s’inscrit dans le programme de recherches consacré à la réception des troubadours du XIIIème siècle à nos jours, associant les universités d’Aix-Marseille, Bordeaux Montaigne, de Gérone, Paul Valéry - Montpellier III, de Pau et des Pays de l’Adour et Toulouse - Jean Jaurès, coordonné par Jean-François Courouau et Daniel Lacroix de l’université Jean Jaurès de Toulouse. Le tout placé sous le patronage de l’Association internationale d’études occitanes (AIEO).

Ce livre est issu essentiellement du colloque international organisé les 1er et 2 avril 2010 à Montpellier par la composante RedOc (recherches en domaine occitan de l’équipe de recherches LLACS - Langues, littératures, Arts et cultures du Sud) à la Médiathèque d’agglomération Emile Zola.


Dans la renaissance de la littérature occitane au XXème siècle, les troubadours sont souvent invoqués par les plus grands écrivains (René Nelli, Max Rouquette, Robert Lafont, Jean Boudou et bien d’autres), comme images d’un âge d’or où la langue et la littérature d’oc fournissaient des modèles à l’Europe. Cet ouvrage s’intéresse à la place de ces grands anciens dans l’imaginaire des créateurs (la chanson est également étudiée en fin de livre). Entre modèles idéalisés, figures recomposées sur un mode romanesque, imitation des formes et motifs, et aussi distance critique ou refus d’assumer un tel héritage, on trouvera ici une première ébauche synthétique de la réception contemporaine des troubadours.

Cet ouvrage analyse la réception des troubadours dans la littérature occitane contemporaine, entre fascination pour un âge d’or où cette littérature – ainsi que la langue qui la portait – se constitua en modèle européen, imitation des formes et des motifs et distance critique.


Il s’agit d’un ensemble d’un colloque, souligne bien Marie-Jeanne Verny qui explique les résultats de cette étude au cours de l’entretien avec Christian Saint-Paul :

« Comment les troubadours ont persisté dans la mémoire et la création après leur âge d’or qui était celui du 11ème et 12ème siècle. Que disait-on les siècles suivants ? Pour ma part, je me suis intéressée au XXème siècle et dans la lecture des poètes contemporains, je n’ai cessé de rencontrer les troubadours. Vingt auteurs ont apporté leur concours à l’entreprise, dont une italienne. Le colloque s’est tenu à Montpellier avec Pierre Bec. Puis le travail d’édition a suivi. Les troubadours sont connus dans le monde entier. Paradoxalement, c’est en France qu’ils sont le moins connus, réduits souvent à une image simpliste. Mais aujourd’hui, les romanciers écrivent sur la vie des troubadours. Michel COSEM, sur Peire Vidal, Francis PORNON sur Ramon de Miraval. »

Il y a un rapprochement Catalogne-Occitanie. Marie-Jeanne Verny, auvergnate, est profondément occitane, et elle ne voudrait pas que soit exclue l’Auvergne de l’Occitanie, si le nom de notre future région se réduisait à « Occitanie ». Il faudrait ajouter, par exemple : centrale.

« Max Rouquette, poursuit Marie-Jeanne Verny, après la Retirade, avait organisé à Montpellier une sorte de comité d’accueil des catalans intellectuels exilés et accueillait les Jeux Floraux de Catalogne. « Entre Barcelone, Toulouse et Montpellier, il n’ y avait pas de Pyrénées ».Quelle est la descendance des troubadours sur les poètes contemporains ? René Nelli a écrit « l’Erotique des Troubadours ». Comme lui, certains poètes ont écrit comme critique des troubadours et s’en sont inspirés. Max Rouquette connaissait les troubadours. Mais il y a souvent une confusion entre la civilisation occitane de la noblesse au Moyen-âge et le peuple en général. Les femmes du peuple subissaient le droit de cuissage des nobles comme dans le Nord. L’image de la femme était idéalisée dans l’aristocratie et c’est cette image là que l’on retient. Max Rouquette avait lu les « Vies » des troubadours des éditions savantes. C’est sa « Chronique légendaire des Troubadours », il crée une espèce de roman sur le roman. A partir de la connaissance précise qu’il a des textes et des vies des troubadours, comme il est avant tout écrivain, il va « broder » et en faire un sujet romanesque. Par exemple, il imagine que Bertran de Born et Bernard de Ventadour se rencontrent et qu’ils sont devenus moines pénitents qui n’ont donc plus le droit de se parler et qui, en compensation, se récitent des textes. C’est une très belle nouvelle, mais romancée par un littérateur du XXème siècle. C’est de la littérature, mais très juste. Le lecteur cultivé reconnaîtra le passage des citations des troubadours, l’autre les découvrira pour son plus grand bien. Il lira une belle histoire. Max Rouquette a écrit une dizaine de textes informatifs sur les troubadours.

La langue d’Oc doit se trouver des raisons d’adopter cette « langue méprisée », expression utilisée au 16ème siècle par Pey de Garros et par Mistral dans « Mireille » en 1859. La langue méprisée, celle du peuple, a eu de grands modèles. L’écrivain occitan va toujours glisser une phrase dans laquelle il se croit obligé de se justifier sur l’emploi de sa langue. Pour Max Rouquette, il y avait deux justifications :

1) Mistral, son père récitait des strophes de « Mireille » qui, à 12 ans, l’ont ébloui au point de le décider à écrire dans cette langue.

2) les troubadours.

Max Rouquette aurait aimé recevoir le prix Nobel de Littérature, comme Mistral, pour que son œuvre et sa langue soient reconnues. Si Robert Lafont ou Max Rouquette avaient écrit en français, ils auraient été nobélisables sans problème. Max Rouquette est né en 1908 et l’importance de Mistral était considérable. Toutes les Ecoles Normales d’Instituteurs étaient dotées des livres des Prix Nobel et donc, il y avait Mistral. L’œuvre de Mistral circulait. Sa graphie est la première graphie unifiée. Elle est plus calquée sur la graphie française que l’occitan unifié que nous employons aujourd’hui. Eric Fraj a écrit « Quel occitan pour demain ? » où il pose ce problème. Il faut pratiquer l’oralité de la langue, il faut que cette langue circule, dans les médias, dans le métro comme à Toulouse et cette langue vivra. Après, entre une uniformité sclérosée et le bazar complet, on a trouvé un moyen terme.

Mais qu’est-ce que le trobar : c’est celui qui invite, celui qui trouve, cela vient de l’accusatif « trobadorem », le français « trouvère » venant du nominatif. Le troubadour créait le texte et la musique. Max Rouquette avait une très haute idée de la langue. Il avait une exigence de dignité pour la langue et pour la culture qu’elle porte. Il écrivait des pastiches d’écrivains et savait dans cet art, être d’une cruauté exceptionnelle. Pour les troubadours, le mot et le son sont indissociables. Max Rouquette disait qu’on avait trop négligé que les troubadours étaient créateurs de musique. Les mélodies se sont en partie perdues. Ils étaient interprètes en même temps qu’écrivains. Jean Boudou fait intervenir les troubadours dans «Le livre des Grands Jours » et ses poèmes « Alba ». A l’aube, les amants illégitimes doivent se séparer, parce que le mari jaloux arrive. Or, Jean Boudou a écrit plusieurs « Alba ». Cela m’avait beaucoup marqué. Ce fut un peu le déclencheur de cette recherche. Les poètes du XXème siècle ont été inspirés des troubadours. Quelle place avait les troubadours dans les œuvres de :

Prosper Estieu 1860 - 1935

Paul-Louis Grenier 1879 - 1954

Denis Saurat 1890 - 1958

Sully-André Peyre 1890 - 1961

Clardeluno (Jeanne Barthès) 1898 - 1972

Jean Mouzat 1905 - 1986

René Nelli 1906 - 1982

Max Rouquette 1908 - 2005

Léon Cordes 1913 - 1987

Jean Boudou 1920 - 1975

Pierre Bec 1921 - 2014

Robert Lafont 1923 - 2009

Serge Bec 1933

Michel Minuissi 1956 - 1992


Ce qu’il y a de remarquable chez tous ces écrivains, c’est la diversité de l’intérêt pour les troubadours. Certains s’intéressent à la forme, la sextine, qui inspire Robert Lafont ou Pierre Bec. C’est un exercice de virtuosité. Pour Serge Bec, c’est la femme, l’idéal de la femme. Il n’a aimé qu’une femme de toute sa vie, Anne. C’est elle qu’il célèbre. Pour Max Rouquette, c’est une rêverie sur les paysages, sur les lieux où sont passés les troubadours et qui lui apparaissent comme encore habités par eux. Chaque écrivain est allé prendre chez les troubadours des choses différentes. Pour Jean Boudou, c’est la dérision. Il est vis-à-vis des troubadours entre distance et admiration. Il y a une variété totale d’inspiration. Pour Léon Cordes, il part de Minerve qui a tant souffert de la Croisade des Albigeois, et il reconstruit le passé dans « Minerve 1210 », il décrit ce qu’a été le siège de Minerve dans une pièce de théâtre qui a été jouée et mise en scène par son fils, Michel Cordes. Il y a eu 10.000 spectateurs qui se sont succédés à Minerve sur le lieu même où le drame s’était produit. Dans cette pièce, l’auteur mêle des textes des troubadours et des chants populaires. On voit bien que les poètes contemporains occitans s’inspirent, comme les poètes espagnols avec le romancero gitano de Lorca, des chants populaires, des légendes, des contes et de l’inspiration savante des troubadours. Sully- André Peyre fait partie des rares poètes occitans qui ne voulaient pas s’inspirer des troubadours. Dans « La grenade entr’ouverte » d’ Aubanel, chaque poème est ouvert par un texte des troubadours. Ceux du félibrige qui se référaient à Mistral, rendaient hommage aux troubadours, mais Sully-André Peyre, non ! Il a toujours été singulier, même pas proche du félibrige. Il écrit par exemple :

« pour une culture provençale, les troubadours, pauvres et mornes, ne comptent guère ; il y a eu, de la Croisade contre les Albigeois (qui ne fit que donner le coup de grâce à une littérature moribonde), au miracle de Mirèio, six siècles d’éclipse.

...Mistral est le vrai commencement de la langue provençale. [ ...] Mais il aurait ensuite fallu que, par « droit de chef-d’œuvre », la langue de Mistral s’imposât à tous ceux qui, « de la Loire à la mer, des Alpes aux Pyrénées », choisissaient de ne pas écrire en français, et qui auraient alors disposé d’un moyen d’expression, et d’un public, couvrant à peu près la moitié de la France, révolution littéraire et culturelle qui n’est encore qu’un songe, à cause des patoisants et des dialectaux. La plupart des félibres ne valent guère mieux que les troubadours. »


Aujourd’hui, des groupes de musiciens très jeunes prolongent la culture des troubadours, comme les « Fabulous trobadors » de Claude Sicre à Toulouse, ou le groupe fondé à Marseille « Massilia Sound System » ou « Maoresque » à Montpellier. Chez eux, le fin’amor se mêle au reggae langoureux (Bob Marley chantait dans un patois jamaïcain), le sirventès à la tençon. Et il est heureux que le génie de ces groupes ait orienté, dans son élan de modernité audacieuse, la jeunesse vers la culture occitane et les troubadours.

En conclusion, la diversité de réactions des influences des troubadours sur les poètes contemporains est énorme et ne peut être réduite à une seule posture, mais elle est indéniable et le livre « Les Troubadours dans le texte occitan du XXème siècle » réalisé sous la direction de Marie-Jeanne Verny apporte un éclairage précieux et assez exhaustif, que l’on ne possédait pas auparavant. Qu’elle, et tous les auteurs qui ont contribué à cette large étude, en soient remerciés ! ».


 

   

 

 


 

 

 

 

 

Alem Surre-Garcia

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

11/02/2016




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Christian Saint-Paul signale la publication bilingue français-oc (provençal) du livre d’Andrièu RESPLANDIN « Dicho dou vespre que davalo / Les dits du soir qui tombe » L’Astrado Provençalo éd. 7, Les Fauvettes - 13130 Berre l’Etang.

Nous retrouvons chez ce poète provençal ce bonheur de la contemplation du monde qui l’entoure que nous avions remarqué dans les précédents recueils comme « Aquéli pichot rèn / Ces petits riens », « Letro de la colo / Lettres de la colline », « A l’oumbro doù guidoun / A l’ombre du style », tous chez L’Asrado collection L’Esparganèu. La nostalgie, peut-être, semble plus marquée dans ce beau livre. Le temps s’échappe et va ravir cette joie d’être au monde. Le soir qui tombe est beau mais il annonce la nuit, la fin de l’éclat du jour, l’inconnu des ténèbres. Que nous réserve demain ? Pessoa, emporté vers la salle d’opération de l’hôpital où il mourra, a dit : « je ne sais pas ce que sera demain ». Alors Andriéu RESPLANDIN cueille les vieux souvenirs pour retenir la course inexorable du temps. Le ton a la beauté élégiaque ; il nous laisse ce charme amer de la mélancolie. Mais quel amour du lieu, du monde !

Lecture d’extraits en français par Saint-Paul et en oc par Alem Surre Garcia.


Pourtant comblé de tant de vie

Un jour de lassitude,

Sans doute avec regret

Des lieux de ses parents,

Jaume reviendra-t-il

Soigner encor la treille ?


Tant de songes en tête,

De partances rêvées

Moi

Je suis trop lié

Aux matins des collines,

Au passereau du clos.

*

Emai coumoul de tant de vido

Un bèu jour de lassige,

Belèu un brisoun regretous

De l’endré de si gènt,

Jaume tournara-ti

Faire frucha la triho ?


Tant de pantai en tèsto

E de viage sounja

Iéu

Siéu trop estaca

Au matin de la colo

Em’ au rigau de l’orto.

*

J’ai le même âge que cet arbre.

Je le vois assez chétif qui mit du temps pour se bien sentir

dans ce coin du jardin. Avec cela d’une croissante lente, lente mais sûre.

Il est maintenant en plein épanouissement.

Moi, j’ai le cheveu blanchi et je le regarde chaque jour, heureux de sa gloire.

Désormais, son meilleur m’est de le voir hiver après hiver visité par les grives fidèles ainsi que d’entendre, bruissante berceuse, la rumeur des vents dans son feuillage.

*

Jean-Pierre LASSALLE, Mainteneur de l'Académie des Jeux Floraux de Toulouse vient de publier à Encres Vives "Il convient".

Encres Vives - N° 448, 2, allée des Allobroges 31770 Colomiers, 6,10 € le recueil. Abonnement annuel 34 €. 

Nous pouvons lire en 4ème de couverture : "La vie et l'œuvre de Jean-Pierre LASSALLE semblent se présenter comme les mansions du théâtre médiéval : mansion surréaliste ; mansion ésotérique ; mansion chevaleresque ; mansions des femmes aimées sous le double signe d'Eros et d'Agapè. Humour et créativité dans les thèmes et les images, mais aussi tonalité élégiaque caractérisent ce nouveau recueil. "Celui qui imagine sans érudition a des ailes mais n'a pas de pieds" écrivait Joubert dans ses "Carnets" ; le poète surréaliste Lassalle chausse les sandales ailées d'Hermès.

Jean-Pierre LASSALLE, depuis "Le Grand Patagon" de 1962, a publié une dizaine de recueils dont "Les petites Seymour" dans la collection Encres Blanches à Encres Vives ; chez d'autres éditeurs notamment les trois principaux recueils La fuite écarlate en 1998 ; Poèmes presques en 2000 ; L'Ecart Issolud en 2001, tous trois éd. M. C. P. Toulouse.

Nous savons que le titre de ce beau recueil de 16 poèmes, “Il Convient” est la devise autographe d’Antoine Lassalle, qui la grava le 18 mai 1420 sur les murs de la grotte de la Sibile, comme l’explique le poète dans son texte “Rêver de convenir”. C’est une allusion au récit d’Antoine Lassalle “Le Paradis de la reine Sibila”, récit de voyage initiatique avec une reine immortelle et supérieurement belle qui vit dans un jardin de délices, futur modèle du Venusberg de Tannhaüser. La souveraine de ce paradis païen connaîtra de nombreux avatars littéraires, le personnage de She de Rider Haggard étant un des plus fascinants. Antoine Lassalle a découvert effectivement une grotte en Italie dans les montagnes de La Sibila situées dans la Marche Anconitana, mais il n’a pu explorer que l’entrée.

Un autre des poèmes, “Matta n’est pas de ceux qui meurent” évoque la cérémonie sadienne surréaliste qui eut lieu au domicile de Joyce Mansour et à laquelle Jean-Pierre Lassalle assista.

Le dernier poème, “Hanko Miastik”, extrait des “sargasses de la mémoire” les noms de nombreux amis surréalistes déjà disparus, tels André Breton, Marcel Duchamp, René Alleau, Roger Van Hecke, Jean Palou, Sarane Alexandrian, E.L.T. Mesens, Guy Rosey, Gérard Legrand, Gaston Puel, Adrien Dax...


Hanko Miastik


Tant d'arbres givrés par le grand froid du temps 
André Breton Marcel Duchamp René Alleau 
Alain Mangin Roger Van Hecke Jean Palou 
Sarane Alexandrian Mesens Suquet Rosey 
Philippe d'Araucanie et Gérard Legrand 
Avec le maître d'Eoux Robert Amadou 
Enfin pleuré toi qui nous veilles Gaston Puel 
Adrien Dax lisant sans fin les ennéades 
            J'ai même accompagné Schuster 
            Au cimetière de Pantin 
            Lui qui pourtant ne m'aimait guère 
Le cœur d'Anne Bédouin ouvert au grand Gurdjieff 
            Et Jean-Louis aux athanors 
Et vous tous amis de Rimbaud et de Ducasse 
            Nous pleurons Jean-Jacques Lefrère 
Le compagnon d'errance à Montevideo 
            Et Caradec pour l'asado 
A Montréal Tokyo Paris Tarbes et Pau 
            A Penne aussi Noël Arnaud 
Arsène Bonafous-Murat Saint-Antonin 
Tant d'arbres givrés par le grand froid du temps 
            Papier glacé des amis morts. 

*****

L’émission du jeudi 25 février 2016 sera consacrée à Jean-Pierre LASSALLE.

*

Simone ALIE-DARAM, Maître es Jeux de l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse, fait paraître à Encres Vives, son dernier recueil « Syllabes ».

Encres Vives n° 450, 6,10 €.

C’est Christian Saint-Paul qui signe la 4ème de couverture dont voici le texte :

Simone Alié-Daram, médecin, s’est illustrée dans les avancées de l’immunohématologie. Membre d’académies scientifiques, elle est aussi Maître es-jeux de l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse. Son humanité à fleur de peau s’est exprimée dans la parole poétique par la publication de recueils : « Ecritures », « Emoti’icones », « Effluves », « Des Ephélides plein les poches », « Ellipsoïdes », « Paradis ébouriffés » et « Passions effleurées ». Des poèmes comme d’incessants soliloques sur ce qui captive son regard et son âme. « Je ne parle de rien, je sais que tout va bien / Et j’attends de partir », écrivait-elle, comme une conclusion d’une vie saturée d’expérience, dans son dernier livre. Pourtant, avec ce nouveau recueil « Syllabes » d’une écriture épurée, d’une grande densité, elle poursuit le chemin, lucide sur l’impossibilité de revenir en arrière, mais sans rien oublier de ce qu’elle a traversé. La mélancolie, après un si long parcours d’une puissante vitalité : « Où es-tu ma rebelle », se réfracte dans le regard et elle atteint, sans l’avoir choisi, le plus troublant de sa parole poétique : « J’ai accouché de la tendresse » ; « Je veux mourir dans le vent / Grignotée d’amour par des vapeurs d’êtres ». La terrible expérience de la vie, des deuils, le temps qui s’effiloche, obscurcissent les jours à venir et elle se voit « sans devenir / Comme un mollusque handicapé ». Mais l’amour sauve du naufrage, un autre amour, non celui, charnel, qui lui a été enlevé : « Je suis vide de toi / Où es-tu passé / Une pluie de peines glacées / Me labourent le crane / Sans cesse », mais celui, impalpable, incommensurable qui lui permet de se « voir par transparence » et aller « sur un possible infini ». Elle sait qu’elle a atteint le discernement et qu’elle veut l’exprimer, comme toujours, avec pudeur : « Dans les mots que tu dis / Il y a plein de sens / Cachés ». Ce discernement qui, pour percer, fait le vide : « Quand tous les arbres qui cachent les forêts seront morts / On verra peut-être par-delà les futaies ». Et l’Espérance se dessine à l’horizon de la nostalgie et de la tendresse : « Demain / […] / Je deviendrai le souffle ».

***

Passion

Tendre amour fusion

Temps après temps

Comme une roue dentée

Regards accrochés

Imperturbables, inéluctables

Cercle électrique

Enivrante peur

Souffle court

Noyade.

*

Mon dernier amour

Je passe le temps sans vous

Sur fond de ciel bouclé

Campanules et vert de chambre

Quand reviendra le mordoré ?

*

Lèvre douce

Soie de peau

Demain

Avec vergogne

Avec aimance

Je deviendrai le souffle

Ce tissu rêvé

Etonné de ne plus être

Qu’un amas de syllabes.

*

L’émission du jeudi 17 mars 2016 sera consacrée à Simone Alié-Daram.

*

L’émission est ensuite consacrée à l’invité : Alem SURE-GARCIA.

Ses amis occitans d’orgetcom. qui l’accompagnent dans la réalisation de ses conférences depuis de nombreuses années, le situent ainsi : « Alem Surre-Garcia est né à Carbonne près de Toulouse en 1944. Il est un personnage accompli par sa passion pour l’histoire, plus particulièrement pour les cultures d’Oc. À la fois philosophe, écrivain, conférencier, il fut chargé de mission pour la langue et la culture occitanes au Conseil régional de Midi-Pyrénées de 1990 à 2006. il porte l’héritage des carrefours historiques entremêlés du monde ouvrier des Pyrénées Centrales avec ses fraternités de classe entre montanhòus occitans et émigrés espagnols, mais aussi des temps plus lointains, où se sont croisées les Espagnes juives, arabes, chrétiennes, et l’Occitanie. Il n’a de cesse d’énoncer et de révéler les influences andalouses et mozarabes longtemps occultées sur le patrimoine occitan. »

Aujourd’hui il poursuit le cycle de ses conférences notamment à la Maison de l’Occitanie à Toulouse. Le premier cycle concerne : « Au-delà des rives les Orients d'Occitanie » réédité par les éditions Médicis. Le deuxième aura trait à « Clochers et minarets » publié chez Privat et le troisième aura pour thème : « Le Midi antichambre des orients - Du méridional à l’indigène » qui donnera naissance, sans aucun doute, à un prochain livre.

Pour faire honneur à cette haute personnalité de la culture occitane qu’est Alem Surre-Garcia, avant d’entamer l’entretien, Christian Saint-Paul offre un moment privilégié de musique en faisant écouter la voix de la soprano Muriel BATBIE-CASTELL bien connue du monde occitan qui chante un poème de Louisa PAULIN : « Silenci - Silence ».


S’ensuit un entretien à peine interrompu par une courte lecture de texte. Voici le contenu résumé de cet entretien, l’explication d’Alem SURRE-GARCIA :


Alem commente ce beau moment en indiquant que Louise Paulin s’est nourrie de la musique du compositeur suédois Sibelius qui attachait une grande importance au silence. Toujours la culture occitane s’est enrichie des influences extérieures.

Et bien sûr, en premier apparaissent les influences et interférences des civilisations occitanes et orientales.

Ces liens logiques arrivent par la Méditerranée et par les Pyrénées avec l’Al-Andalous. La civilisation occitane s’est ouverte aux Orients, avec un s, car c’est très important ce pluriel. En 1899, on dit déjà : « Attention l’Orient, ça n’existe pas, l’Occident, ça n’existe pas. De qui voulez-vous parler ? Du Suédois ou des Andalous, des Coptes, des Arméniens ou de l’Extrême-Orient ? »

Ce singulier réducteur va entraîner l’affrontement Orient-Occident, deux choses totalement abstraites qui n’existent pas !

Machado disait qu’il n’y avait pas une Espagne, mais des Espagnes.
Idem pour la France, mais les français n’arrivent pas à l’admettre.

Une civilisation culturelle se fait par la circulation de tous les arts, alors même que l’hexagone croit avoir tout inventé.

Tout voyage : les hommes, les idées, les formes. Il ne faut pas avoir peur de recevoir des influences. Avec votre substrat, vous allez faire une synthèse, laquelle sera relancée, reprise ailleurs et remalaxée et réinventée.
Cela donne le flamenco, le tango. Transformation des influences. Les catalans et les languedociens, les Phéniciens et les Grecs vont s’influencer. Et cela n’arrêtera pas. Ces influences, indéniables, sont rejetées par une vision franco-centralisatrice et surtout parisienne.
Paris ne comprend pas ce qui se passe près de la Méditerranée. Elle essaie de l’annexer, mais elle ne le comprend pas, car le maillon manquant entre la péninsule italique et la péninsule ibérique, c’est l’espace d’Oc, ce sont les pays d’Oc. Et en voulant les nier et les phagocyter, elle s’empêche de comprendre la Méditerranée.

La civilisation occitane ne finit pas avec Montségur ; les arts, l’architecture montrent que non, ce n’est pas fini, que ça continue à travers les Pyrénées et que Toulouse, de manière spectaculaire, va inventer l’art gothique occitan qui n’a rien à voir avec le gothique français. Mais pour Paris, c’est un art mineur. Les papes, eux, à partir d’Avignon, vont propager cet art occitan.

La littérature : les troubadours sont influencés par l’Al-Andalous, mais aussi par Tripoli au Liban qui est une possession toulousaine, située sur la route de la soie.
A partir du 14
ème siècle, il y a une période un peu confuse, mais le renouveau arrive au 17ème siècle. Au 18ème et 19ème siècle, on redécouvre le passé de l’art médiéval dans toute l’Europe, a partir de l’Allemagne et de l’Ecosse. On redécouvre alors les Troubadours, donc l’Andalousie, et l’Orientalisme va naître.
L’abbé Florian, le fabuliste, qui était de Nîmes, qui connaissait très bien la littérature espagnole, qui a redécouvert l’Al-Andalous, va écrire fin 18
ème : « Ô toi Occitanie pour qui les Arabes ont quitté l’Andalousie ».
Le mot « Occitanie » naît après 1270, après l’annexion par la Couronne. C’est le Haut Languedoc et le Bas Languedoc, entre la Garonne et le Rhône.

Désenclaver Toulouse, l’expression est grotesque ! C’est toujours par rapport à Paris que le jugement est fait. Mais on ne comprend Toulouse que si l’on comprend la Catalogne, l’Aragon, et même la Navarre ! Toulouse et Saragosse, qui sont deux miroirs de part et d’autre des Pyrénées, ont été pendant des siècles en contact. Ce furent d’incroyables foyers culturels à certaines époques. Il y a un grand intérêt pour cette relation, je m’en aperçois, renchérit Alem Surre-Garcia, au cours de mes conférences sur ce sujet (plus de 600, même à l’étranger), mais cela n’éveille aucun intérêts pour les médias, surtout parisiens, et c’est catastrophique. On reste à l’image d’un Midi des cigales et du pastis. C’est un pays de résidences secondaires où il fait bon vivre, et puis, c’est tout.
Les jumelages, par exemple, de Toulouse avec les autres villes du monde, ne sont plus exploités comme ils ont pu l’être au cours des années 90, avec l’exposition Toulouse-Bologne et le remarquable travail de la Bibliothèque de Toulouse. Il y a une
gentryfication par des gens de culture, une uniformisation des goûts et des couleurs, mais ils ne s’en rendent pas compte. Le public est provincialisé, il est entièrement façonné par Paris qui dit seul l’universel.

Henri IV, dans la cour du Capitole, est bien la statue des deux France : France et Navarre. Je suis résolument navarrais ! s’exclame Alem. Le plafond qui est au-dessus de la statue est mudéjar, architecture que l’on trouve à foison au sud des Pyrénées. Les meilleurs artisans avaient cette culture.

Lecture d’un texte dans les deux langues d’un Roland de Roncevaux Occitan.

Dans ce texte, le Roland occitan tombe amoureux de la belle princesse musulmane.

On est en plein dans les «  Mille et Une Nuits ». En filigrane, il y a Aliénor, nous sommes au 12ème siècle. C’est un mélange des deux. La description est incroyable : le Roland occitan, quand il meurt, est assisté par un musulman qui le recommande à son Dieu. La civilisation musulmane est crainte, mais fascine. Dans les textes occitans, ce qui fascine est plus mis en avant que ce qui est craint.

« Le Vase d’Aliénor » appartenait à Guillaume IX d’Aquitaine qui lui a été donné par son compagnon d’armes, Imad Abdoula, émir de Saragosse. C’est lui, le Belvesin, le Bon voisin dont il parle dans son poème.

Dans les dernières minutes de l’émission, Alem Surre-Garcia aborde le thème du « méridional » sur lequel il reviendra à l’occasion de l’émission du jeudi 3 mars 2016.
L’ethno type méridional. Tout part du romantisme.
On récupère le Moyen-âge, l’Al-Andalous et donc l’Orient. Naît à ce moment là, un style néo-troubadour. Pour aller en Orient, il faut passer par les pays du Languedoc, pour rejoindre Marseille ou les Pyrénées qui sont les portes de l’Orient. Le Midi de la France, cette expression, n’existe qu’à partir du 18
ème et surtout du 19ème siècle.

On va s’intéresser à ces pays qui vivent un peu arriérés, à leurs mœurs et on va basculer dans ce que l’on peut appeler l’ethno type du méridional, calqué sur l’ethno type arabe ; il est fainéant, menteur, velléitaire. Flaubert parlait de la mollesse orientale que l’on ressentait dès l’arrivée à Marseille ; Il faut que dans ce pays occupé, les gens intègrent eux-mêmes cet archétype dévalorisant. C’est Fernandel : « la terre est trop basse pour travailler ». Le méridional n’a aucun avenir, puisqu’il n’a aucune conscience de son passé qu’il ne connaît pas. Notre porte, c’est Toulouse, car il faut passer par Toulouse pour accéder aux Pyrénées. Les Pyrénées sont considérées comme la frontière entre l’Europe et l’Afrique. « Le Midi, c’est l’orient de la France », écrit Joseph Delteil dans les années 20. C’est un pays exotique où les gens ne sont pas industrieux. Ce sont les gens du Nord qui vont faire l’industrie. Ils vont intégrer qu’ils ne sont pas très travailleurs. Hyppolite Taine, quand il vient à Toulouse, c’est du racisme pur ! L’occitan, ils ne savent pas si c’est de l’italien, de l’espagnol, de l’arabe. Il ne supportait pas l’accent. Cela dure jusqu’à Céline qui préconise de « foutre ces gens là à la mer ». Les grands écrivains français disent des choses affreuses. Ils cherchent des paysages bibliques où il y a des pâtres qui attendent pour l’éternité !

Cela se perpétue depuis le 19ème siècle. La bourgeoisie transmet, sans le savoir, ce préjugé là. L’Afrique n’a pas d’histoire écrit de façon incompréhensible Victor Hugo ; la formule terrible sera reprise, même par Sarkosy. Il est de même pour le « Midi ». 

Cet entretien se poursuivra le jeudi 3 mars 2016.

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Michel ECKHARD-ELIAL

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

04/02/2016





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Diti RONEN

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Christian Saint-Paul reçoit Michel ECKHARD-ELIAL venu parler des nouvelles publications des éditions LEVANT qu’il dirige à Montpellier.

Michel Eckhard Elial est poète et traducteur de la littérature hébraïque (Yehuda Amichaï, Aaron Shabtaï, David Vogel, Ronny Someck, Hagit Grossman, Miron Izakson). Il dirige la Revue «Levant – Cahiers de l'Espace Méditerranéen » qu'il a fondée en 1988 à Tel-Aviv, aujourd'hui à Montpellier, dont la vocation est de promouvoir un dialogue pour la paix entre les trois rives de la Méditerranée.

Parmi ses publications, signalons : L'instant le poème, Levant, 2009; Un l'Autre, Levant, 2008; Poèmes de Jérusalem, L'Eclat, 2008; Début, fin, début, L'Eclat, 2008; Les morts de mon père, L'Eclat/Levant, 2001; Beth, Levant, 1995; Histoires d'avant qu'il n'y ait plus d'après, Alfil/Levant, 1994 ; Au midi du retour, Euromedia, 1993 ; L’Ouverture de la bouche, Levant, 1992 ; Exercices de Lumière, Levant 2015.

Ce dernier livre a fait l’objet d’une émission le 11 juin 2015 que vous pouvez écouter en cliquant sur : http://les-poetes.fr/son/son%20emision/2015/150611.wma

Publié dans un tirage limité à 100 exemplaires poèmes,« Exercices de lumière », a paru dans une édition livre d'artiste, illustré par Robert LOBET.

Le souci de la qualité matérielle de la présentation (fort réussie) de ce livre destiné certainement à une réédition dans une anthologie, fut une volonté forte de l’auteur.
Ce livre, d’une spiritualité éblouissante, est un acte d’amour, car, nous dit l’auteur, que serait la poésie qui ne serait pas un acte d’amour ? Un simple jeu de langage.

Et ce qui est vrai de toute l’œuvre poétique de ce poète, l’est, de façon démultipliée pour ce dernier livre « Exercices de lumière ». Ces poèmes, en effet, ont été écrits pour Matiah.

Matiah Eckhard a quitté ce monde il y a peu, terrassé par la maladie, à l’âge de 19 ans. Matiah avait accompagné son père à Toulouse au musée Georges Labit quand ce dernier était venu présenter la revue LEVANT. Matiah, musicien hors pair, issu du Conservatoire National de Montpellier, composait de la musique, en particulier des rythmes de jazz. C’est ainsi qu’il avait joué, ce jour de présentation. Mais, en sus de cet indéniable talent, Matiah maniait aussi, avec une maturité incroyable, le verbe, et écrivait des poèmes, aujourd’hui publiés sous le titre : « Lointains chant sacrés d’où je suis né ». Un prix international de poésie Matiah Eckhard a été créé pour les jeunes poètes et attribué pour la première fois en juin 2015.

Les mots de Michel Eckhard-Elial « Exercices de lumière » qu’il adresse à son fils Matiah et, dans l’universalité de cet acte d’amour, à toute l’humanité, ne pouvaient qu’être enfermés dans un écrin : le livre d’artiste.

En exergue des vers de Matiah, de Paul Celan, une phrase de Hildegarde de Bingen : « J’ai entendu une voix émanant de la lumière vivante ».

Michel Eckhard-Elial, dans cette époustouflante création, fait œuvre de veilleur prophétique. « Le silence prophétique apporte la plénitude » dit-il. Le poète doit se rapprocher de la lumière. Il cite Victor Hugo : « Le puits de la poésie va vers le ciel ». La poésie est verticale. Le sacré est cette dimension qui nous pousse à habiter l’être des choses. Il s’en suit que la poésie ne vient pas de la langue. Elle préexiste à la langue. Elle est la recherche de l’éblouissement originel. La symbolique du visage (chère à Emmanuel Levinas), et de la voix, éclaire « Exercices de lumières » : « En ta voix/ Je reviens au monde » ; « Je porte/ Le visage de/Ton nom ».

Le poète révèle avoir puisé de la force dans le véritable réservoir de spiritualité qu’est l’œuvre de José Angel Valente, en particulier, les « Trois leçons de ténèbres ».

« Ces textes, nous dit l’auteur, font partie de mon temps de deuil et d'espérance. Je n'ai pu tenir jusqu'à présent que par la pensée d'une présence, d'un visage, d'une lumière, émergeant de l'obscure absence. J'ai toujours eu en face des jours terribles, semblables à un séisme, la voix réparatrice de la poésie: Jose Angel Valente, Paul Celan quelques autres, ont été en quelque sorte les antennes de mon rassemblement, de ma rédemption quotidienne, parce qu'ils ont, particulièrement, touché le mystère et le naufrage de la parole, pour en faire surgir de la lumière, cette même lumière que le peintre Pierre Soulages fait surgir de la matière noire. Le fait que ces textes aient été rassemblés, au moment de Pâques est loin d'être un hasard (la poésie ignore le hasard, elle ne reconnait que l'évidence): exode et résurrection sont les fils de lumière qui rendent mon fils  présent à ma pensée et à mon amour. » 

Cette fois-ci ce n’est pas de son œuvre personnelle dont s’entretient Michel ECKHARD-ELIAL mais de ses récentes réalisations éditoriales en sa qualité de directeur des éditions LEVANT.

En préambule, il revient sur Hagit GROSSMAN. Son influence règne déjà sur la poésie en marche; elle incarne les valeurs de modernité littéraire, mais aussi les valeurs morales de cette génération toujours aussi attachée à cette patrie de providence, mais lucide sur les enjeux et les dangers de la confrontation de deux peuples aux désirs légitimes. C'est une poésie de la fraternité et de la paix que prône Hagit GROSSMAN. En 2013, elle était invitée au festival de Sète pour les Voix de la Méditerranée, puis à la Nuit de la Poésie en mars 2014. Son œuvre qui connaît un retentissement indéniable en Israël, peut s'articuler autour de trois grands thèmes : 1) celui de la continuité sociale d'Israël (celle du vindicatif Ben GOURION ou du seul homme du gouvernement que fut Golda MEIR) où l'ironie dissimule le malaise ; 2) celui de l'ars poetica propre à tout poète qui s'interroge sur le sens même de la poésie ; 3) celui de l'intime et de sa compréhension du monde, dans lequel elle se révèle un authentique poète de l'amour dans toutes ses déclinaisons, éros, agapè et charitas, atteignant ainsi d'emblée à l'universel.

A ce jour, deux livres traduits en français (toujours par Michel ECKHARD-ELIAL) et publiés sont : Neuf poèmes pour Shmouel aux éditions de la Margeride animées avec ferveur par Robert LOBET,( Il s'agit d'un livre d'artiste réalisé à la perfection comme tous les ouvrages de cet éditeur.) et « Poèmes d’amour » aux éditions LEVANT.

Ces « Poèmes d’amour » (voir émission de la semaine précédente et l’écouter en cliquant sur : http://les-poetes.fr/son/2016/160128.wma ), seront lus, indique Michel Eckhard-Elial au cours d’une soirée poétique « Lecture d’Amour » le mardi 16 février 2015 à 19 h à La Brasserie le Dôme, 2, avenue Georges Clémenceau à Montpellier, avec pour devise : « la poésie, pour rester humain, et l’amour, ouvert à l’autre. » En exergue sur l’invitation à cette soirée, une phrase de Mohamed Elmedlaoui : « Merci pour ces beaux morceaux de la poésie de haut lieu, seul bouclier possible en fin de compte contre bombes et couteaux, un bouclier sous forme de caresse. »

Le livre d’Hagit Grossman, ce cri d’amour, a été très bien accueilli. Le Printemps des Poètes qui débutera en mars, s’arrime à cette volonté. C’est dans ce sillage de l’amour que s’insère le livre « Poèmes d’amour », pour s’opposer à cet instinct de mort (Thanatos) qui sévit aussi aujourd’hui. Il s’agit d’exprimer une volonté de paix dans ce coin de la Méditerranée où la violence apparaît très souvent. Car LEVANT depuis sa création n’a cessé de promouvoir l’éclosion d’un horizon de paix. Mais en cette période, un dialogue méditerranéen qui avait semblé possible dans les années quatre-vingt, semble impossible en raison de l’ouragan de violence qui s’est abattu sur la Méditerranée. Ce livre prolonge cette volonté et est un défi à la tempête. Malheureusement, on n’a jamais été aussi loin du dialogue, déplore Michel Eckhard-Elial. C’est paradoxal, poursuit-il, car les peuples sont las de cette violence, mais les « bulles » des discours, de ces forteresses vides du langage politique, empêchent toute avancée du dialogue. Nous sommes au point mort, constate Eckard-Elial.

Mais face à cela, la petite voix du poème peut soulever des échos, et aller vers le cri de l’espoir.

Saint-Paul rappelle alors que le poète toulousain Henri Heurtebise, disait, lors de l’hommage qui lui fut consacré en septembre 2015 à la Cave Poésie à Toulouse, que la poésie devait se situer dans cet élan d’amour, des êtres, des animaux, de la Nature, du monde. « Si je m’apercevais un jour que cela n’était plus le cas, je m’arrêterais aussitôt d’écrire » assurait-il.

En effet la poésie, renchérit Eckhard-Elial, doit être le lieu des possibles.

Michel Eckhard-Elial lit des textes de « Poèmes d’amour ».


Poésie


Tendre la main pour la paix

quand ma force est attirée par le feu.

Secrètement je persuaderai la lune

de te donner la force du soleil.


Si je tends la main vers la paix

je fais suivre le poème par un Cerbère.

Dans la vallée de l’abondance

le khamsin arrache le venin du serpent,

il tranche sa queue et la vilaine morsure,

à coups de hache.


Quand je tends la main pour la paix,

la raison du poème est celle de la vie,

son territoire est infini,

où la poésie surgit

le gardien de l’enfer s’endort

*

Hybris


Tomber dans tes eaux sans savoir

que ce sont tes eaux.

Tomber, avoir le mal de mer infiniment.

Tu es le monde bleu où je ne cesserai pas de nager

parce qu’il n’y a pas d’autre fin que nager en ces eaux.

Je ne connais d’autre terre que ces eaux

dont je garde l’empreinte turquoise sur les bras,

le Léviathan nageant dans ma chair, j’étais la chair de ta chair

et nous étions l’arbre portant le fruit

sur les fleuves tumultueux

de mon Amour.

La lumière du shabbat est allumé et le feu brûle.

Nous adorions le soleil de midi sur ta couche,

j’étais submergée de soleil,

et tu m’as dit : tu es submergée de soleil.

Puis je fus pleine de toi,

je devins grande et lointaine.

Et le silence cessa,

l’Océan fut.

*

Michel ECKHARD-ELIAL annonce ensuite qu’il présentera Diti RONEN poète israélienne à la Maison de la Poésie de Montpellier. Ensemble, ils proposent une lecture bilingue hébreu/français d’extraits des recueils de poèmes de Diti Ronen issus de La Maison fissurée de poèmes (Editions Gros Textes), et Quand la maison revient (Levant, à paraître, mars 2016). Le programme est en page d’accueil du site les-poetes.fr .

Diti RONEN est une actrice importante de la vie littéraire israélienne. Les poètes sont des agitateurs de l’opinion publique ; ce sont souvent des acteurs du monde éducatif. Ce sont toujours des poètes agissants.

Diti RONEN vit à Tel-Aviv ; elle est dans sa maturité littéraire. Elle a publié six livres de poésie et travaille avec des artistes, des musiciens, des plasticiens. Elle est au cœur des arts, une manière d’approcher la poésie aujourd’hui.

En 2014 elle a publié chez Gros Textes, « Une maison fissurée de poèmes ». La notion de fissure est essentielle dans la démarche de Diti Ronen ; la ligne du poème est comparée à une fissure qui s’agrandit si on n’intervient pas. Alors le poète essaie d’arracher cette ligne là, au vide, à la destruction, pour en faire une ligne continue qui puisse fructifier grâce aux mots.

« Le retour de la maison » a été publié à Tel-Aviv, il y a peu.

Face aux sentiments d’incertitude et de menaces, cette maison est une espèce de capsule qui ressemble à l’Arche de Noë, qui essaie de faire singulièrement de la poésie, qui résiste à la tempête pour faire ressurgir la Terre, l’olivier, les attributs de la vie. Le but est le chemin. Le chemin est le complément de la maison. La maison suit son chemin pour construire avec l’Autre un avenir.

Mais quel sens reste à la poésie ? Réponse : tout le sens reste à la poésie.

« Je suis deux qui font un », conclut Diti Ronen.

Ce postulat, remarque Saint-Paul, se rapproche de l’assertion de René DAILLIE qui affirme que « la poésie est plus que toute autre chose la cohérence entre l’Homme et l’Univers, la quête du Royaume, du réel absolu, du vrai pays et de la vraie vie ».

Le chemin, poursuit Eckhard à propos de Diti RONEN, permet de rester vivant et de toucher à l’autre. Le chemin c’est la parole.

Et le mouvement est la nécessité du chemin. La parole s’érige en « décideur », elle indique le chemin que doit prendre le monde.

Saint-Paul rappelle que selon Ernst Jünger, « la seule paix féconde est celle qu’aura précédée le désarmement des passions. Telle est la considération qui doit présider à la punition des coupables. Car ceux qui se présenteront comme juges sont justement des hommes d’une volonté forte, mais de faible jugement. »

Les poètes sont des guetteurs, des passeurs de paroles d’amour.

Paul Celan a été une de ces voix qui ont témoigné, mais l’ont fait aussi dans la violence de l’arrachement de la langue ; il a mis en garde contre un certain usage de la parole, celui tout simplement de la perversion de la parole, de sa déroute lorsqu’elle est distraite de son rôle primordial de louer la beauté du mon