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19/07/2018

Michel

 DEGUY



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En préambule, Christian Saint-Paul invite les auditeurs à écouter les albums

d’Eric Fraj, ce troubadour d’aujourd’hui qui compose ses poèmes mis en musique, en quatre langues : français, espagnol, occitan et catalan. Il se produira au Conservatoire Occitan à Toulouse en septembre 2018.

Il avait donné, voici quelques années, un spectacle éblouissant au Théâtre Daniel Sorano de Toulouse, en hommage à son grand-père exilé espagnol : « Pep el mal », un alcoyan (natif d’Alcoi, Catalogne) qui eut le courage d’affronter l’inconnu du voyage et de sa destination pour fuir la misère.

Dans « la prière » du grand-père, Eric Fraj reprend à son compte la posture d’Antonio Machado : « Seul compte le chemin/ il n’est pas donné à l’avance,/il se fait cheminant./Il n’a pas d’objectif ultime./Nous faisons notre chemin et notre/ chemin nous fait. »

Eric Fraj invite l’homme à être étrange, convers, bohème, seules voies pour parvenir à être libre.

Diffusion de « Pep el mal » (Pep le méchant) en catalan et lecture de la traduction en français.

***

Christian Saint-Paul signale ensuite la parution du n° 127 de la revue FRICHES Cahiers de Poésie Verte (le n° 12,50 €, abonnement : 3 numéros 25 €, chèque à l’ordre de Cahiers de Poésie Verte, Le Gravier de Glandon 87500 Saint-Yrieix).

Au sommaire : Bertrand DEGOTT et Claude BER et de nombreux auteurs tels Jacques Morin ainsi que de très bonnes notes de lecture indispensables pour connaître les publications de poésie.

Une excellente revue connue de tous les amateurs de poésie et qui a rassemblé les plus grands noms de la poésie contemporaine.

***

L’émission est alors consacrée à la nouvelle édition revue et augmentée de

« A ce qui n’en finit pas - Thrène » de Michel DEGUY publié à La Librairie du XXIe siècle, Seuil, livre non paginé, 17 €.

Né à Paris , le 23/05/1930 Michel Deguy est un poète et écrivain français.

Philosophe, professeur émérite de lettres (à l'Université de Paris VIII), Michel Deguy participe par ailleurs aux revues Critique (« Conseil de rédaction ») et Les Temps modernes.

Il a présidé de 1990 à 1992 le Collège international de philosophie, et de 1992 à 1998 la Maison des écrivains.

Il est rédacteur en chef de la revue Po&sie qu'il a créée en 1977. En 1998, il a reçu le Grand Prix national de la poésie et en 2004 le Grand Prix de poésie de l'Académie française.

L’action de Michel Deguy a toujours été de « contrarier l’impensable », imaginer, réinventer.

Voici sa présentation du livre :

Le thrène est un chant funèbre accompagné de danses.

Te survivre ne va pas de soi.

Je ne crois à aucune survie hors celle qui est la mienne pour aujourd’hui et qui reprend la peine au réveil.

Je ne crois à aucun commerce avec les morts hormis celui que j’entretiens avec ton empreinte en moi.

Je ne crois à aucune vie éternelle, nous ne nous retrouverons jamais nulle part, et c’est précisément ce défoncement du futur qu’aucun travail de deuil ne remblaiera en quoi consiste la tristesse, cette tristesse qui disparaîtra à son tour avec « moi ».

Il y a un mois mourait ma femme. Je ne peux dire tu mourais, d’un tu affolant, sans destinataire ; et je dis bien « mourait », non pas dépérissait ou lisait ou voyageait ou dormait ou riait, mais « mourait », comme si c’était un verbe, comme s’il y avait un sujet à ce verbe parmi d’autres.

Le livre sera non paginé parce que chaque page, ou presque, pourrait être la première, ou la nième. Tout recommence à chaque page ; tout finit à chaque page.

Lecture de larges extraits du livre par Christian Saint-Paul.

La note de lecture de Christian Saint-Paul :

Pour être le livre le plus « intelligible » de ce monument de la poésie qu’est Michel Deguy, il en est également le plus « poétique ». Ce phénomène, qui est le plus souvent l’apanage des génies, naît de la simplicité de la langue qui parvient, avec une facilité désarmante, à faire ressentir les émotions les plus complexes de l’être humain.

La poésie la plus marquante est généralement celle façonnée par le vécu. Ce n’est pas une règle, mais une probabilité. Blaise Cendrars a écrit un des plus beaux poèmes de la poésie française « La prose du transsibérien » sans avoir, peut-être, jamais entrepris le voyage. Quand Pierre Lazarref l’interroge sur la réalité de cette épopée, il éclate en sanglots avant que Cendrars ne lui réponde, ayant soudain compris combien sa question était sans intérêt et même stupide.


 

Mais il n’empêche. Le vécu et l’expérience sont les richesses des artistes. Les événements sculptent leur âme et ces soubresauts du temps traversent leur visage où s’épuise leur histoire. Il suffit de se souvenir de la dernière photographie du visage halluciné d’Antonin Artaud ou des derniers sourires de fin de fête mélancolique d’Henry-François Rey, le visage plissé de rides comme les vaguelettes de la mer calme de Cadaquès.

La mort de la femme de Michel Deguy en 1994 a raviné son être d’une façon irréversible. Il compose un thrène, qui est un chant funèbre accompagné de danses.

La tristesse, la douleur nous figent, nous mortifient à notre tour. Pour que l’épouse ne disparaisse pas, il reste le thrène. La chanter mais aussi chanter la peine, le chagrin. Parce qu’on ne peut rien faire d’autre devant la violence de l’absence.


 

C’est un lamento terriblement poignant parce que la langue le contient dans la relation lucide de la conscience, et de ce fait l’adoucit paradoxalement, d’une certaine pudeur.

La souffrance est partout. Dans le silence des médecins qui accompagnèrent sa femme dans l’épreuve ; aucun n’adresse « une ligne de mémoire, de sympathie, aucune ligne ». C’est la règle, il le « sait bien mais quand même ».

Toute la détresse est dans ce « mais quand même ». Quoi que nous fassions, nous souffrons tous d’un déficit d’humanité. Notre désir de consolation est inépuisable comme l’a ressassé Stig Dagerman.

Les dernières pages, (les ajouts) sont un vrai plaidoyer, un appel à se tourner vers l’autre à « donner voix à cette altérité qui fait peur par son indétermination ». Il faut, dit-il, « de l’hypotypose, de l’allégorie - de la poésie ».


 

C’est cette exhortation où le philosophe, irrémédiablement blessé, reprend son souffle, qui fait de ce livre sublime un livre d’espérance. Oui, il faut nous humaniser. Cela passe par une « nouvelle alliance avec de nouveaux principes, de responsabilité, d’autolimitation, de désespoir ». Parce que « tout a moins de sens ».


 

« Qu’ai-je de plus cher en moi maintenant que la mort de M. dans le cœur, source ? »

Ce deuil est une source qui irrigue la force créative de Michel Deguy reconnaissant, dans son inaltérable tristesse : « A toi qui m’as encore donné un livre en mourant, après m’avoir donné des livres en vivant ».

 
 

 

12/07/2018

Jean-
 
Philippe
 
 SALABREUIL

 



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C’est la lecture du livre d’Isabelle Lévesque « Ni loin ni plus jamais - Suite pour Jean-Philippe Salabreuil » paru aux éditions Le Silence qui roule , 35 pages, 9 € qui m’a déterminé à réaliser une émission sur :

Jean-Philippe Salabreuil dont j’avais parlé à Radio Occitania dans les années quatre vingt, avant même la réédition de « La Liberté des feuilles » chez Orphée La Différence avec son excellente présentation par Claude Michel Cluny.

Mais laissons à Isabelle Lévesque le soin de présenter à son tour ce poète météore de la poésie du XXe siècle :

Présentation de Jean-Philippe Salabreuil, 1940-1970

Jean-Philippe Salabreuil fut reconnu de son vivant. Né Jean-Pierre Steinbach

à Neuilly-sur-Seine, le 25 mai 1940, il connut une vie brève : il mit fin à ses jours à

Paris le 27 février 1970.

Il publie son premier recueil chez Gallimard en 1964, La Liberté des feuilles (titre

emprunté à René-Guy Cadou : « Oui mais l’odeur des lys ! la liberté des feuilles ! »).

Il a vingt-quatre ans. De sa beauté, chaque photographie témoigne.

Salabreuil célèbre le monde. Déchirés par le tourment, ses mots vacillent. De

failles en cribles, blessures et vœux entrent dans le poème pour célébrer la gloire

éphémère du jour et la douleur éternelle d’être vivant.

Le poète a été honoré par ses contemporains : Jean Paulhan d’abord le

remarque et lui fera obtenir deux prix : Félix Fénéon en 1963 (pour le manuscrit deLa

liberté des feuilles), puis Max Jacob en 1964. Marcel Arland publie ses articles (critiques d’art et de littérature) dans la NRF et Georges Lambrichs dans Les Cahiers du Chemin.

Deux livres aujourd’hui épuisés suivront La liberté des feuilles : Juste retour d'abîme

(1965) et L'Inespéré (1969).

Salabreuil passe plusieurs années en Afrique ; il obtient un poste de conseiller

du ministre de l'Éducation congolais. Il prépare une thèse sur « Les coutumes

africaines » pour le C.N.R.S.

« La mort l’a pris très tôt », écrit Claude Michel Cluny dans sa préface à La

Liberté des feuilles.

Il rappelle les poètes baroques soulevés de tempêtes. Ses poèmes aux

accumulations flamboyantes surprennent par leurs cassures associées à de longues

envolées où la lutte entre les éléments ne cesse pas :

« Aubade insoutenable chant

Par l’entrebâillement d’une lente croisée

Devant l’hiver avec les ombres nues les ans

Infirmes sous la lampe de neige apaisée ».

****

« Comment décrire ce qui s'ensuit

Les pins sifflent l'étang bouge

Alors je fume auprès d'un puits

Toujours se déclare une joue très rouge

Ici-bas tu portes le nom

Léger que tu m'as dit j'en porte un autre

Mais à nous deux nous portons le même amour au monde

Aux plantes la même eau le même jour aux morts. »

In La Liberté des feuilles, Éditions Gallimard, Collection Le Chemin, 1964 ; Orphée/La

Différence, 1990, Présentation de Claude Michel Cluny.

Les appels à l’Aimée, figure idéale, médiatrice entre le monde sensible de la

Terre et les autres mondes, sont constants. À l’aube se révèlent les forces vives :

« À l’orée les formes sont rappelées dans le congé blanchâtre des vergers chaotiques.

Au centre inhabitable un visage roide emmêle nos sourires perdus. Et par-delà tout

cet empilement feuillu de la forêt tardive une nuit frissonnante d’étoiles et de mots.

Un monde recommencé comme journée de sable devant la source. Une âme offerte

aride où n’est plus ce souci de vivre et de revivre. »

In Juste retour d’abîme, Éditions Gallimard, Collection Le Chemin, 1965

Dans son dernier recueil, publié en 1969, L’inespéré, les textes en prose sont

plus nombreux. L’aimée s’absente, comme un fantôme parmi les rêves choisirait de

se taire. Neige et brûlure se frôlent :

« Il a neigé sur de l’aurore. Éclat poudreux de l’ossuaire d’en haut qui s’écroule. Et

tourbillonne en chute lente au-devant des bouillons rouges du jour nouveau. Là-dessus j’ai porté ma lourde tête au long des murs glacés de l’être. Il y a le ravin de

l’âme devers et pas une brèche où se jeter. Rien à contempler ni rejoindre pour moi

dans l’esprit. Mais écouter encore. Entendre toujours ceci. Le nœud d’oiseaux

misérables d’abord qui se tend et qui glisse (je l’entends) par-dessus les flots roides

là-dedans du silence. »

In L’Inespéré, Éditions Gallimard, Collection Le Chemin, 1969.


 

Isabelle Lévesque


 

Bibliographie :

-La Liberté des feuilles, Éditions Gallimard, « Le Chemin » (1964) – réédition présentée

par Claude Michel Cluny, Éditions de la Différence, coll. « Orphée » (1990)

-Juste retour d'abîme, Éditions Gallimard, « Le Chemin » (1965)

-L'Inespéré, Éditions Gallimard, « Le Chemin » (1969)

Sur Jean-Philippe Salabreuil :

- Pierre Seghers, Poètes maudits d'aujourd'hui, Éditions Seghers (1972) – Jean-Pierre Salabreuil par Alain Bosquet, pp.245-266

***

Lecture de larges extraits de La Liberté des feuilles par Christian Saint-Paul

 
 

28/06/2018

05/07/2018

 

 

Alem

Surre-Garcia

 

 



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21/06/2018

 

 

Monique

 SAINT-JULIA

 



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14/06/2018

 

 

Frank

BARDOU



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07/06/2018

 

 

Jean-Luc

 DOUSSET



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Christian Saint-Paul signale aux auditeurs le livre d’ISABELLE LÉVESQUE et de PIERRE DHAINAUT :

La grande année L’Herbe qui tremble, éditeur, 18 €.

Comme avec les mots de ses poèmes, Isabelle Lévesque aime écrire avec la lumière, elle photographie. Ses amis le savent. Elle a invité Pierre Dhainaut qui, lui, ne dispose que de mots à l’accompagner sur les chemins de ses images. Au fil de la correspondance, ils se sont passé le relais, des regards aux souffles, des souffles aux regards, une année entière, « La grande année ». Ils ont moins cherché à construire un livre qu’à reconnaître ce pourquoi le temps n’est pas maudit et les langages ne sont pas confinés en eux-mêmes. En collaborant, Isabelle Lévesque et Pierre Dhainaut n’ont eu de cesse que d’ouvrir leur livre et de s’ouvrir à cette lumière qui est l’un des noms de ce qui les rassemble, la poésie.

Isabelle Lévesque est née aux Andelys, en Normandie. Elle est poète et critique. Elle a collaboré avec les peintres : Jean-Gilles Badaire, Christian Gardair, Colette Deblé, Gaetano Persechini, Fabrice Rebeyrolle, Marie Alloy…

Collaboratrice de La Nouvelle Quinzaine Littéraire pour la poésie contemporaine, elle écrit également des articles pour les revues Europe, Terres de Femmes, Diérèse, Terre à ciel…

Elle anime des rencontres et lectures autour de la poésie.

Elle vient de publier Voltige !, son deuxième livre à L’herbe qui tremble. En photographiant la nature, elle capte l’instant : le regard se porte sur un détail qui le retient. Le plus souvent végétale, avec le coquelicot pour emblème, cette approche devient matière d’écriture.

Pierre Dhainaut, né en 1935, vit à Dunkerque. Dans Un art des passages (à L’herbe qui tremble), il a expliqué combien lui tient à cœur son travail avec les peintres, les graveurs, les photographes : peu importe qui prend l’initiative, qui la relance, il s’agit, c’est si rare, si vivifiant, d’un acte de partage.

***

Isabelle Lévesque a publié également : Ni loin ni plus jamais suivi de Salabreuil le magnifique, éd. Le Silence qui roule, avril 2018, 36 pages, 9 €

De ce dernier livre, voici ce qu’écrit Philippe Leuckx le 03.07.18 dans La Une:

« Rendre vie et hommage à un grand poète tôt disparu, Salabreuil, né en 1940, décédé en 1970 : tel est le vœu de l’auteure, versée dans la lecture du grand aîné depuis longtemps. Sur le terreau de citations tirées de L’Inespéré (Gallimard, 1969), Isabelle Lévesque – quinze recueils depuis 2010 – donne à Il a neigé sur de l’aurore et à « l’ossuaire d’en haut qui s’écroule » de dignes prolongements, où « l’ardeur est telle/encore », la ferveur et la lucide appréhension d’un univers marqué, chez le poète regretté, du sceau d’un « cri » non entendu, d’amour mal vécu, de l’Absence qui trouve ici à se décliner. À rebours, la neige, le poème, cette flambée de mots à l’adresse de celui qui a « brûlé » ses espérances. Lévesque, page 29, nous dit :

Un poète aimé ne meurt pas. Il renaît dans les mots du poème… il habite ce que nous écrivons à notre tour…

La poète convoque, saganesque, « les bleus de l’âme », multiplie les appositions, joue de l’intime correspondance :

Poids de l’âme infime

aimer souffle, seule voix.

Corps pur, prouesse de plume :

système solaire (p.10).

 

L’écriture, aérienne, « frôle », la « craie du ciel », perfore le bleu des étoiles, incise, à l’aide de métaphores, « le fantôme » vénéré :

 

Poète sans nom décrit l’Aimée sans fin

Fulgurante aux faveurs de la nuit…(p.12)

 

Du petit livre s’élève un chant que les mots heurtent, puisqu’il faut bien relayer le parcours brusque et brusqué d’un poète véritable, que le destin a mangé :

 

Quelle nuit si pâle

te protège enfin ?

Les pierres seules

s’éloignent gravées

(pas d’oiseau)

Allées si claires

qu’aucune étoile ne fera vœu (p.18)

 

On dirait qu’Isabelle, voulant approcher le poète en son domaine de neige (le bas), d’étoiles (l’impossible demeure), souhaite jumeler les paradoxes : la négation de l’oiseau, le poids de la pierre, le refuge qui « protège »…

Les lointains du temps ordonnent cette poésie, intemporelle, à la fois respiration en hommage, et concertation d’une écriture entre lignes, ombre et accent solaire ; oui, le « poète revit » d’un souffle, d’une eau même si « elle ne se boit ». La poésie est à ce prix : une solitude, un partage.

Mission accomplie.

 

Philippe Leuckx

***

Ni loin ni plus jamais.

Le souffle affleure, minuit s’éloigne.

Signe vie nue : les coups sévères.

Nombres, artifices, à l’heure du feu,

presque plus. L’été — aveu vaincu.


 

Main du gant libère neige incroyable

(incompatible).

Cesser, espérer l’encombrement,

chemin des bleuets aux pétales pointus

reconnus, autres jachères.


 

Pour le printemps, hymne. Rien de soi.

Seule amertume, langue épuisée

(ni loin ni plus jamais).

Amour seul, à se méprendre

et minuit, illégitime.


 

Forçant depuis l’aube les barreaux,

ligne de fuite. Poète.

J’ai lu il parlait ossature brève

et silencieuse craie du ciel

(Salabreuil, dix de plus sur livre d’or

noms fendillés, tournés vers les étoiles –

mine, plume, encre au fond).

Ni loin ni plus jamais

le fil, sa corde, cou brisé de mille maux,

le poète a eu sa chance : renaître rapide

et sauvage, au ciel une meurtrissure

unit deux points, vie à vie,

poètes si sombres.


 

Isabelle Lévesque


 

Isabelle Lévesque écrit et lit des poèmes. Elle photographie beaucoup les fleurs aussi (nette prédilection pour le coquelicot).
Elle a été membre du comité de rédaction de la revue Diérèse (du numéro 52 au 64) et a codirigé les numéros spéciaux de la revue sur Thierry Metz, figure tutélaire pour elle en poésie, Nicolas Dieterlé et Gérard Titus-Carmel en particulier. Elle écrit des articles pour plusieurs revues.
Elle est née en Normandie, près d’un château millénaire dont il subsiste la tour et des fragments du mur d’enceinte ( voir les photographies en fin de la page d’accueil du site les-poetes.fr). On le voit s’élever en s’approchant des Andelys. Ces ruines et les encres de son père ont guidé l’écriture d’Ossature du silence (préface de Pierre Dhainaut – Les Deux-Siciles, 2012). Ce que fut ce château, difficile de le deviner tant ce qu’il est devenu a imprégné sa mémoire. Ses murs de calcaire gardent des fossiles, des histoires – des poèmes. Elle vit ce lieu comme le point d’origine de l’écriture, un point fragile que les fleurs vivifient ; la craie friable des falaises guide son écriture. Des rêves floraux sont nés Or et le jour (anthologie Triages, Tarabuste, 2011), Un peu de ciel ou de matin (postface de Pierre Dhainaut – Les Deux-Siciles, 2013) et Va-tout (éditions des Vanneaux, 2013). Ce qui unit ces perceptions minérale et florale, c’est aimer. Aimer entre toujours dans « écrire ». Ravin des nuits que tout bouscule, paru en 2014 aux éditions Henry, en témoigne comme Nous le temps l’oubli paru en 2015 aux éditions L’Herbe qui tremble.

***

L’émission est ensuite consacrée au livre de Jean-Luc DOUSSET :

COMMANDEUR CAZENEUVE
Le Magicien était un aventurier
Editions Jeanne d'Arc

342 pages ; 17 euros


 

Jean-Luc DOUSSET, journaliste, écrivain qui vit à Toulouse, poursuit son œuvre originale de biographe sur des personnages qui furent très connus et dont l'oubli menaçait de les ensevelir définitivement. Ses deux livres précédents étaient déjà publiés aux éditions Jeanne-d'Arc au Puy-en-Velay ( www.ija.fr).


 

Il s'agissait de : Philibert Besson - le fou qui avait raison -

et de : Giampretro Campana - la malédiction de l'anticomane -


 

Le destin du Commandeur Cazeneuve est tout aussi déroutant et menaçait aussi d’être oublié.


La magie fascine ! Lui est un prestidigitateur qui envoûte !
Marius Cazeneuve naît à Toulouse, en 1839, non loin de la Garonne, au 20 rue des Blanchers.

Il quitte l’école assez jeune, sa famille est de condition modeste, et s’engage pour une tournée avec le Cirque oriental de Madrid.

Une rencontre va bouleverser le cours de son existence.

Il fait la connaissance de Bartolomeo Bosco, le maître turinois de l’illusion. Auprès de lui, il effectue son apprentissage et se révèle particulièrement doué !
Il s’exerce à Toulouse, puis il se produit à Vichy, station thermale en vogue, devant Napoléon III, il séduit toutes les cours d'Europe, le tsar de Russie...
Il est décoré de l'ordre de Nichan Iftikhar par le bey de Tunis. 
Désormais, aux yeux de tous, il est le Commandeur.
L'illusionniste multiplie les tours de cartes, les expériences de transmissions de pensée, de suggestion avec son assistante et épouse Alice, puis sa « nièce » Reine Desolange !
Marius Cazeneuve devient l’homme le plus décoré de France ! Il ne lui manquera que la Légion d’honneur, maintes fois promise. Injustice, juge-t-il !

Décapité ! Il brandit sa tête à bout de bras devant des spectateurs apeurés.

Il se fait tirer dessus ! Il arrête de ses doigts et de ses dents les balles qui lui sont destinées.

Magicien et aventurier ! 
Il fait quatre fois le tour du monde. 

Magicien et savant !
Marius Cazeneuve est aussi un scientifique, un astronome, inventeur du lunomètre, de l'astronographe...
En 1874, il fonde l'Institut du Progrès pour lutter contre toute forme de charlatanisme et de superstition !
Marius Cazeneuve parvient même le tour de force de rallier à sa cause Victor Hugo qui s’est laissé pourtant tenter par les sciences occultes.
La mode est au spiritisme. Il met tout son esprit à combattre tables tournantes et autres communications avec l'au-delà.

Aventurier et diplomate !
En 1886, il est envoyé en mission renforcer la présence française sur l'île de Madagascar face aux Britanniques. Sa mission est un succès politique, économique...
Médecin, confident, ami, il tombe sous le charme de la reine Ranavalona III mariée à un Premier ministre bien plus âgé, autoritaire...
Elle a 24 ans, Marius Cazeneuve succombe à sa beauté.
Sont-ils devenus amants ?
Certains ont répandu la rumeur !
Certains disent qu'il aurait pu devenir roi de Madagascar !

De retour, en France, à Toulouse, déçu par le monde de la politique, de la diplomatie, il reprend ses activités de prestidigitateur !
Un magicien jamais égalé !

***

Lecture d’extraits.


 

La Révolution déferle. Dès 1789, les blasons du roi et des Capitouls sont détruits sous les coups de masses et de marteaux des révolutionnaires. Symbole encore ! L’établissement est baptisé Collège national, puis six ans plus tard de nouveau débaptisé, et appelé École centrale du département de Haute-Garonne ! Et puis, surgit comme un diable, le consul Bonaparte qui en 1802, par une loi du II Floréal an X, instaure des lycées dans chaque préfecture de chaque département. Le temps passe. Le Consul est devenu Napoléon et à Toulouse en 1806 le Collège national devient Lycée impérial. La discipline y est quasi militaire. Et puis vient le temps de la Restauration qui lui redonne son nom de Collège royal. Les effectifs de l’établissement sont modestes au début de cette période, oscillant selon les ans entre 600 et 300 étudiants. » Ce n’est pas sans montrer un plaisir presque enfantin que Marius Cazeneuve vient de raconter brièvement l’histoire de ce lieu, avec emphase. Il aime s’enorgueillir de ses relations et de ses connaissances haut placées. Il ne dédaigne pas pour autant les plus petits. « Je fréquente également à l’école d’équitation une quarantaine d’élèves cavaliers désignés dans l’enseignement primaire pour suivre cette formation. C’est ainsi, je vous l’avoue, que je suis parvenu aisément à devenir le premier écuyer du Cirque Oriental. Jules et moi ne nous quittions plus à cette époque, tout aussi bien à l’équitation que pour nous perfectionner au sol aux exercices physiques dans le gymnase que dirigeait aussi son père, Paul Léotard, dans la rue du Rempart-Saint-Étienne. Tous les deux, moi et Jules, ainsi que nos deux fidèles amis, Léon Tanzi et Jules Garipuy, nous n’étions qu’un, indivisible. 33 Dans les années qui ont suivi, quels parcours avons-nous eus! Moi bien évidemment avec celui que vous savez! Mais avez-vous entendu parler d’eux et de leur virtuosité chacun dans son domaine? » La réponse jaillit d’Isidore Fidelio avec force. « Et comment! Trois Toulousains aussi illustres… Oh moins que vous, Maître… » Le jeune homme se tait un instant, observe du coin de l’œil la réaction. Il se pose la question. Marius Cazeneuve se rend-il compte de son ironie ou bien si imbu ne reçoit-il simplement que le compliment ? Un sourire laisse planer le doute mais demeure loin de briser l’élan d’Isidore, qui évoque les camarades d’enfance de l’illusionniste : « Qui comme Toulousain peut ignorer Jules Garipuy, peintre de genre et d’histoire dont le talent l’a conduit à devenir conservateur du musée des Augustins et professeur à l’École des Beaux-Arts de Toulouse abritée en ces lieux? Un perfectionniste. Tout comme vous Maître… » s’amuse-til à rajouter poussant la flagornerie qu’il manifeste jusqu’à l’outrance. Sans broncher, Marius Cazeneuve parle à son tour de son ami: « Vous dites perfectionniste en croquant le caractère de Jules. Exigence, me paraît le mot le plus approprié. Combien de ceux qui l’ont approché pour s’initier à ses côtés a-t-il découragé sans ménagement… Lui, l’ami d’Eugène Delacroix, aurait-il pu souffrir la médiocrité? Il n’accepte que les meilleurs parmi ses élèves. En 1860, il prodigue ses cours à Benjamin Constant recueilli à Toulouse 34 par ses tantes au décès de ses parents. C’est en partie grâce à lui qu’il va devenir le grand peintre orientaliste que nous admirons. Quelques années plus tard, entre 1876 et 1877, Henri Martin effectue avec lui aussi son apprentissage.

Comme l’écrit Amandine de Pérignon dans la revue « L’Auta » on prend plaisir à lire (à écouter !) ce que le Commandeur veut bien raconter de sa vie, avec en contrepoint à ce récit fier un personnage fictif qui le met en butte à ses propres contradictions et faiblesses.

Car vous l’avez compris, il s’agit avant tout d’un livre conçu comme un roman, puisque c’est le Commandeur lui-même qui dicte le récit extravagant de sa vie.

Un beau travail de recherche et toujours la volonté de donner à lire un livre, loin des biographies sévères, mais au contraire, un livre plaisir !

 
 

31/05/2018

Anne

 REBESCHINI

 



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Christian Saint-Paul a le plaisir d’informer les auditeurs que le poète

Maurice Bourg avec lequel il correspondait dans la fin des années soixante, a fêté la veille ses 100 ans dans une maison de retraite de la région parisienne, et que la poésie est toujours sa passion !


 

Lecture

 

I

     Oui, j’ai lu la Forêt, étage après étage. 

 

     Je me suis ancré dans le nœud de ses racines, dans l’aubier de son aubier,

dans le parfum de son parfum.

 

     Avec les yeux du lynx, l’ivresse de la grive, je l’ai feuilletée, saisons après

saisons. Rugueux en sont les mots comme l’écorce. Mais frais, encore de

feuillages arrachés à l’enfance.

 

     Toujours derrière ma lecture, ce frissonnement léger, affirmation de feuille !

 

II

     Ma Forêt, sur la page blanche, la parenthèse verte ! 

 

     Entre les guillemets des saisons, sa phrase lovée comme un serpent. Sa

majuscule qui s’enferre dans le point final. Toutes ses propositions si familières.

Gland miellé offert aux lèvres. Branches nidifiées d’où l’oiseau s’échappe. Insecte

sous l’écorce, comme une promesse d’envol.

 

     Ma Forêt, parenthèse faite de milles renaissances.

 

III

     Cet alphabet d’eau et de lumière !

 

     Avec ses lettres riches en sucs, en nœuds, en ramures. Ses lettres qui forment

touffes, qui s’étendent. Toutes les lettres que la Forêt ne cesse d’agiter, hors du

temps.

 

     Cet alphabet du premier jour,

     à l’intention de ceux qui connaissent. 

 

Saisons qui portez tout

Librairie Saint-Germain-des-prés, éditeur, 1974


 

En hommage à Maurice Bourg, Christian Saint-Paul lit « Chanson du vieil ami » de Norbert Lelubre :


 

Te reverrai-je mon ami

un soir pareil dans ma venelle

reviendras-tu calme et content

des cargos éteints de la nuit

avec ta voix du bout des villes

C’est à peine si je t’appelle

c’est à peine si tu m’entends

mon vieil ami que reste-t-il

de toi et de mes jours vivants


 

Nous avons volé mon ami

dans une jeunesse déserte

où tous les ponts nous entouraient

d’un autrefois illimité

Nous avons veillé mon ami

si près de ce grave bonheur

sur les bancs de la lune ouverte

au bord de nos jardins fermés

où s’asseyaient toutes les heures


 

Se peut-il que nos mains s’ignorent

que nos pas ne s’attendent plus

quand notre ombre se cherche encore

dans ces paysages perdus

O mon ami mon sage ami

le vent a dispersé les feuilles

et les affiches déchirées

je passe et je remonte seul

les rues qui n’ont pas oublié

***

Isabelle Lévesque qui vient de faire paraître avec Pierre Dhainaut

« La grande année » livre de poèmes et de photographies, L’herbe qui tremble éditeur 18 €, (publication sur laquelle l’émission « les poètes » reviendra) a reçu le prix 2018 Yvan Le Gall pour son précédent livre « Voltige ! » chez le même éditeur (14 €).

***


 

Christian Saint-Paul reçoit Anne Rebeschini qui interviendra le 1 juin 2018 au Crédit municipal de Toulouse où l’association caritative : les amis de l’ oncopole font une exposition d œuvres picturales pour améliorer le bien être des malades et soutenir leurs proches.

Actrice, Anne Rebeschini se produit en France. Anne a débuté sa carrière professionnelle en qualité d’artiste chorégraphique. Notamment au TANZTHEATER WUPPERTAL PINA BAUSCH (Café Müller, Le Sacre du Printemps, Palermo Palermo, Arien, Der Fersternputzer, etc.) et au THEATRE NATIONAL DE L' OPERA DE PARIS où elle interprète aussi bien le répertoire classique que contemporain côtoyant les plus grands chorégraphes du monde. Après l’obtention d’une maîtrise de Lettres à la Sorbonne, elle se tourne vers l’art dramatique en 2005 en se formant chez Jean Périmony et à l’école internationale J. Lecoq. En perpétuelle recherche sur le questionnement du corps en jeu, Anne s’enrichit auprès d’A.Louschik dont sa méthode spécifique est issue de grands maîtres Stanislavski, Vakhtangov et Michaël Chekhov. Actrice, elle a travaillé sous les directions (entre autres) de Didier CARETTE (les banquets) J.Louis MARTINELLI (Les Fiancés de Loches, Une maison de poupée, Ithaque), M.BOZONNET (en collaboration artistique : Stabat Mater Furiosa), F.MAS (ELLE-S), A.MARTY (La mort à Venise), J.-P.WENZEL (Ombres portées), M. CAMPANI (Pasavoir, Scandales Secrets).U. MIKOS (Le Sauvage). Elle a co-mis en scène HH avec Nathalie Broizat. En 2017, elle est à l'écran dans le Songe de Naurouze de Jean Périssé.

Dans sa performance, qu’elle va donner au Crédit municipal de Toulouse pour l’inauguration de l’exposition d’œuvres picturales dont la vente alimentera les fonds des Amis de l’oncopole de Toulouse, elle reprendra une partie du spectacle qu’elle a conçu et interprété « Aie ! Un poète ! » de Jean-Pierre Siméon.

Vie et poésie ! « Aie ! Un poète ! » réunit poésie, musique, clownerie, danse et théâtre.

Aïe! Un poète!, d’après l’œuvre de Jean-Pierre Siméon est un voyage poétique à travers le temps. Le texte en prose fait appel aux poèmes de différents styles, de tous genres et de toutes les époques. C’est ainsi que cette lecture musicale interactive est une polyphonie dont les voix sont celles des poètes immortels : François Villon, Jean Tardieu, Raymond Queneau, Jacques Prévert, Lydia Padellec, Ghérasim Luca, Bluma Finkelstein, Boris Pasternak, Léopold Sedar Senghor, Roland Nadaus, Michel Cosem, Alphonse de Lamartine, Vladimir Maïakovski, et aussi Lao Tseu. Le spectateur est invité à prendre la parole pour répondre aux questions que pose Jean-Pierre Siméon : Qu’est-ce qu’un poème? A quoi ça ressemble les poètes? Qu'est-ce que le bon poème? Comment lire la poésie? A quoi ça sert, d’être un poète? Un partage, une fête, une communion entre les poètes, l’actrice et le public pour trouver le poète qui est en chacun de nous! Surprise, étonnement, échange, joie, humour et émotion sont au rendez-vous pour un éveil à la poésie!

Voici ce qu’en dit Anne Rebeschini :

Ma rencontre avec le texte AIE ! UN POETE de Jean-Pierre Siméon s’est faite grâce à Alexandre Louschik qui travaille depuis plusieurs années sur cette lecture-musicale interactive avec ses acteurs dans le cadre l’Atelier de Création de Spectacles. Entièrement séduite par sa mise en scène, j’ai le désir de porter ce projet plus largement dans les lieux institutionnels tout autant que les recoins les plus insolites lors de manifestations spécifiques. Porter ces textes vers des publics différents pour l’ouverture universelle qu’offrent les poètes à travers leurs mots. Marina Tsvetaeva nous dit : «(…) la poésie ne se morcelle ni chez les poètes ni en poètes, elle est une dans toutes ses manifestations, elle est toute en chacun, de même que, à proprement parler, il n’y a pas de poètes, mais un poète, toujours le même, du commencement jusqu’à la fin du monde, une force qui revêt les couleurs des temps, des tribus, des pays, des langages, des visages donnés, elle s’écoule entre les rives qui la bordent comme un fleuve, sous tels cieux ou tels autres, sur tels fonds ou tels autres. (…)» La poésie n’est pas une religion, n’a pas de religion, est apolitique, non mercantile, cependant de «la coupe du poème » pour citer Jean-Pierre Siméon, sourd une vérité pour tout un chacun. La vérité d’un seul qui est en tout et en tous. Le Poète est un Ami, altruiste, vaticinateur. A l’heure où les autorités ordonnent de fermer les frontières, où les communautés s’enferment dans la peur de l’autre, la nécessité d’ouvrir l’esprit, de rendre sensible l’être est urgente. «On demande comment, la poésie étant si peu nécessaire au monde, elle occupe un si haut rang parmi les beaux-arts ; on peut faire la même question sur la musique; la poésie est la musique de l'âme, et surtout des âmes grandes et sensibles » nous dit Voltaire. Interviewée, une petite fille de 5 ans répond à la question qui lui est posée: «-Qu’est-ce que tu apprends à l’école? -J’apprends à grandir.» La Poésie apprend à grandir l’âme à l’école de la vie. Etant tous faits d’un même moule, l’âme insensible peut devenir sensible. Il suffit d’un mot, d’une image, d’un vers, d’un silence entre deux strophes pour que le miracle de la poésie surgisse. A tout âge, la poésie nous révèle à nous-mêmes et au monde. Ce spectacle lecture-musicale interactive souhaite engager l’auditeur à aller à la rencontre, à la découverte et redécouverte des poèmes, des poètes, de la poésie. AIE ! UN POETE de Jean-Pierre Siméon est une lumière éclairant le chemin vers la poésie, le poème, soi-même, le monde, l’universel. Alexandre Louschik met en scène les lumières par l’acte dramatique les poèmes de toutes les époques, de tous temps en suivant le fil et fin conducteur de Jean-Pierre Siméon pour la joie des spectateurs.

Le metteur en scène Alexandre Louschik s’était expliqué :

En lisant, la première fois, AIE! UN POÈTE !, le magnifique texte de Jean-Pierre Siméon, j’ai aussitôt senti et compris qu’il pouvait devenir un très beau spectacle, agréable à dire, à jouer, et à partager avec les spectateurs de tous âges. Un texte vivant, dynamique et plein d’esprit, qui a toutes les qualités pour faire rêver les acteurs de théâtre de l’avoir dans leur répertoire. AIE! UN POÈTE est un petit chef-d’œuvre poétique, très inspirateur, chargé des belles émotions autant que d’humour, mais aussi un chef d’œuvre pédagogique qui éveille votre curiosité et vous entraine dans un espace poétique, en même temps qu’il nous renvoie à nous-mêmes et notre rapport à la vie. En fait, il ne s’agit pas d’un monologue, mais d’un dialogue passionnant où l’auteur nous parle en tête à tête comme à des amis, au point que la simplicité et la spontanéité de son propos nous touche personnellement, même quand l’auteur évoque des «matières» compliquées. AIE! UN POÈTE est une initiation spirituelle, sous forme d’invitation à un voyage, fait d’aventures inédites et de découvertes, auxquelles nous sommes conviés par tous les poètes. La création d’un tel spectacle est un périple sous le signe du merveilleux, la «poésie vécue» (suivant l’expression du poète surréaliste Alain Jouffroy). A l’origine, Poésie, (du grec ποιεῖν - poiein), signifie “faire, créer”: La Poésie c’est la “création” et le Poète est donc un créateur. Le Poète est un créateur de Sens, un inspirateur, un inventeur de formes expressives. Durant des siècles, la poésie fut une tradition vivante orale, liée à la musique, au chant (les chœurs antiques), à l’improvisation, à la danse et au théâtre. Des créations où les moments de la vie ou les événements de l’histoire collective étaient ainsi représentés devant les habitants de la cité, qui participaient avec enthousiasme à ce qui était une fête de l’esprit. «Aujourd’hui à la poésie intéresse moins de 1% des habitants de notre planète», a dit le poète russe Iossif Brodski, et selon le poète français, Paul Valéry, “certains se font de la poésie une idée si vague qu'ils prennent ce vague pour l'idée même de la poésie”. AIE! UN POÈTE de Jean-Pierre Siméon, assigne à la poésie une place essentielle dans notre vie, de telle sorte que notre manière d’être - notre rapport au monde et aux autres - est existentiellement dans l’ordre de la poésie. La courte introduction de l’ouvrage (quatrième de couverture) précise qu’il s’agit d’une œuvre «sous forme d’une lettre à un correspondant intimidé par la poésie, afin de lui donner des clefs pour y entrer, et s’y retrouver en pays de connaissance…. Une sorte d’ouvre-boîte… “Poésie, pas peur…” Comme un trousseau de clefs, des outils, moyens, instruments, aussi amusants que surprenants, mais faciles à s’approprier, efficaces pour l’enchantement du voyage. Une des premières questions du discours revient comme un refrain: «Ça existe encore des poètes?», et puis celles-ci: «A quoi ça ressemble un poète ?(…) A quoi ça sert d’être un poète? (…) Qu’est-ce qu’un bon poème? (…) Comment comprendre la poésie?» L’auteur nous prodigue quelques conseils et parfois nous désoriente : «La poésie, ce n’est pas ce que vous croyez! (…) Oubliez tout ce que vous croyez savoir de la poésie (…) Comprendre un poème ne signifie pas être capable d’en parler (…) La poésie, d’abord et surtout, est une questionneuse enragée (…) Moins il y a de réponses, plus la poésie interroge (…) La poésie pose des questions qui n’auront pas de réponses. (…)» Quelques directions sont à suivre: «La poésie ça sert à voir plus loin, plus profond dans l’obscur, à apprivoiser la nuit qui est en soi (…) Un poème vous comprendra comme on ne vous a jamais compris (…) Le poème vous mènera vers les autres». Toutes les qualités qui font un grand texte dramatique y sont réunies! Le poème – suivant le questionnement de Jean-Pierre Siméon - fait appel aux poèmes de différents styles, de tous genres et de toutes les époques. C’est ainsi que le spectacle est une polyphonie dont les voix sont celles des poètes immortels : François Villon, Jean Tardieu, Raymond Queneau, Jacques Prévert, Lydia Padellec, Ghérasim Luca, Bluma Finkelstein, Boris Pasternak, Léopold Sedar Senghor, Roland Nadaus, Michel Cosem, Alphonse de Lamartine, René Philombé, Vladimir Maïakovski, et aussi Lao Tseu, ainsi que des textes de chansons populaires françaises, des chants rituels des Indiens Navajos, et même une comptine pour enfants. AIE! UN POÈTE de Jean-Pierre Siméon est devenu un spectacle polyphonique qui réunit poésie, musique, clownerie, danse et théâtre. Une communion – une sorte de transe collective - entre les poètes, les acteurs et le public, dans le temps, hors du temps. A la fois spectacle, débat, concert, fête, stage d’initiation, école de vie, qui nous apprend à passionner la vie, notre vie. Un spectacle à offrir en partage, pour la joie d’apprendre le sens de la vie et de participer tous ensemble à la fête des Printemps des Poètes, au marché de la Poésie, et toutes autres occasions de vibrer intérieurement toute l’année, en métamorphosant l’ordinaire du quotidien en un moment extra - ordinaire, qui fait resplendir «La fleur inouïe du Je» (expression du grand poète martiniquais, Aimé Césaire dans Connaître la Poésie). Ce spectacle est un jardin dont les fleurs et les arbres sont des mots, où les poèmes chantent comme des oiseaux, et vous rappelle aussi que vous-même êtes un Poète, ce magicien qui dort au fond de vous et attend votre reconnaissance. AIE! UN POÈTE ! «Pas la peine de hausser les épaules, ni de filer en douce (…)» ce spectacle s’adresse à vous, personnellement! Et oui! Le Poète, c’est VOUS! Merci de vous joindre à nous. Bienvenue au club des aficionados de la Poésie et des Poètes!

Jean-Pierre Siméon qui eut l’occasion d’être l’invité de cette émission « les poètes » est un de nos poètes vivants familiers du public.

Poète, romancier, dramaturge, critique, Jean-Pierre Siméon est né en 1950 à Paris. Professeur agrégé de Lettres Modernes, il a longtemps enseigné à l’Institut Universitaire de Formation des Maîtres de Clermont-Ferrand, la ville où il réside. Il est l’auteur de nombreux recueils de poésie, de romans, de livres pour la jeunesse, de quatorze pièces de théâtre, d’un essai sur le théâtre et un sur Laurent Terzieff, d'essais sur la nécessité de la poésie, notamment Aïe un poète ! et La Vitamine P. Il réalise également des traductions (de l'allemand pour Le Voyage d'Hiver de W. Müller et de l'anglais pour Foley de M. West, ainsi que les poèmes de Carolyn Carlson). Il a fondé avec Christian Schiaretti le festival Les Langagières à la Comédie de Reims et est désormais poète associé au Théâtre National Populaire de Villeurbanne. Il enseigne parallèlement à l'ENSATT de Lyon jusqu’en 2010. Il enseigne, à partir de septembre 2012, l’écriture théâtrale à Sciences Politiques à Paris. Il a créé en 1986 La Semaine de la poésie à Clermont-Ferrand. Il a été membre de la commission poésie du CNL et a collaboré comme critique littéraire et dramatique à l’Humanité. Il a été conseiller à la Mission pour l'Art et la Culture du Ministère de l'Education Nationale. Il participe aux comités de rédaction de plusieurs revues et dirige avec Jean-Marie Barnaud la collection «Grands Fonds» à Cheyne éditeur. Il est directeur artistique du Printemps des poètes depuis avril 2001. Son dernier texte pour le théâtre Et ils me cloueront sur du bois sera créé au Festival de la Chaise-Dieu en août 2014 ; Philoctète et Le Testament de Vanda ont été joués en 2009, respectivement à l'Odéon-Théâtre de l'Europe, dans une mise en scène de Christian Schiaretti, avec Laurent Terzieff et au Théâtre du Vieux-Colombier, avec Sylvia Bergé dans une mise en scène de Julie Brochen. Producteur à France Culture pour l'émission Géographie du poème. Il publie chez Cheyne éditeur depuis plus de vingt ans tous ses recueils de poésie. Son œuvre poétique lui a valu le prix Théophile Briant en 1978, le prix Maurice Scève en 1981, le Prix Antonin Artaud en 1984, le prix Guillaume Apollinaire en 1994 et le grand prix du Mont Saint-Michel pour l’ensemble de son œuvre en 1998. Il a reçu en 2006 le prix Max Jacob pour son recueil Lettre à la femme aimée au sujet de la mort et en 2010 le Prix international de Poésie Lucian Blaga à Cluj (Roumanie). Il est président du jury du Prix Apollinaire depuis 2014. Il récompensa cette année le poète toulousain Serge Pey.

Anne Rebeschini dit certains des poèmes extraits de ce spectacle et qu’elle a retenus pour sa performance en faveur des Amis de l’Oncopole de Toulouse.

A écouter absolument !

 
 

24/05/2018

 

Jean-Claude

ETTORI



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17/05/2018

 

 

 Hamid LARBI

 



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En préambule, Christian Saint-Paul présente une nouvelle fois le livre de

JEAN-CLAUDE PERRIER

Les mystères de Saint-Exupéry. Enquête littéraire

Édition revue et augmentée

Collection La petite vermillon (n° 441), La Table Ronde, 208 pages, 7,10 €.

Jean-Claude Perrier est un écrivain et journaliste.

Il a fait des études littéraires classiques. D’abord professeur de lettres, puis journaliste (il débute au "Quotidien de Paris", en 1980), il devient écrivain et éditeur.

Journaliste littéraire au "Figaro littéraire" et à "Livres Hebdo", il a publié une histoire du journal Libération, un livre sur le cigare, des anthologies du général De Gaulle. Il dirige la collection "Domaine indien" au Cherche midi.

Également critique rock au "Nouvel Observateur", il est spécialiste de la scène française et a écrit une quinzaine d’ouvrages sur la chanson française et le rap.

Écrivain, il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages dans des genres et sur des domaines divers, qui correspondent à ses passions éclectiques et parallèles : l’Antiquité, l’archéologie littéraire, la musique (rock et chanson française), l’Inde, le havane…

Grand voyageur, il a effectué de nombreuses tournées ou missions pour différents organismes (Alliance française, Cultures France, ambassades, CNL...)

Il est l’auteur de "Le Fou de dieu, Héliogabale" (1988), "André Malraux et la tentation de l’Inde" (Gallimard, 2004), "Les mystères de Saint-Exupéry" (Stock, 2009), prix Louis-Barthou de l’Académie française 2010, et "André Gideou la tentation nomade" (Flammarion, 2011).


 

Nombreux sont les lecteurs du Petit Prince, mais la vie et la personnalité de son auteur demeurent pleines d'obscurité. Jean-Claude Perrier raconte son enquête menée au travers des mythifications et mystifications biographiques qui entourent Antoine de Saint-Exupéry. Au hasard de rencontres et de découvertes, le critique se fait archéologue littéraire, recompose à l'instar d'une mosaïque le portrait de l'écrivain, et s'emploie à réduire les zones d'ombre qui parsèment sa vie.

Des histoires d'amour du poète à son décès dans des circonstances longtemps inexpliquées, en passant par son opposition au gaullisme et par sa carrière d'aviateur ainsi que par la genèse du Petit Prince, ce récit ponctué de documents inédits se situe à mi-chemin entre l'essai et la biographie, et se lit comme un roman.

Ce livre a obtenu le Prix Louis-Barthou 2010 de l’Académie française.

L’auteur s’explique sur la naissance de ce livre :

« Il y a des écrivains que, sitôt découverts, on aime d’emblée, et qui vous accompagnent toute une vie. Pour moi, ce furent Montaigne, Proust, Gide, Malraux, Michaux, Mandiargues… Et puis d’autres, que l’on rencontre plus tard, et qui, une fois entrés dans votre bibliothèque idéale, agrégés à votre panthéon personnel, ne vous importent pas moins. Saint-Exupéry, dans mon cas, fait partie de ceux-là. Je l’avais certes lu, et aimé ses grands livres, Pilote de guerre, Terre des hommes, ou l’inclassable Citadelle. Et Le Petit Prince, bien sûr, découvert presque adulte, ce qui est finalement une bonne chose. L’homme, surtout, me touchait. Cette trajectoire terrestre si brève, si riche, si intense. Mais j’ignorais qu’un jour il me deviendrait si proche. Le déclic se fit grâce à ma collaboration à un grand feuilleton ‘‘à l’ancienne’’, paru dans Le Figaro. La ferveur des lecteurs, l’abondant courrier que reçut la rédaction démontrèrent l’intérêt considérable, voire les passions que l’écrivain-aviateur suscite toujours, soixante-cinq ans après sa mort. N’ayant pu alors utiliser toute la matière rassemblée, qui s’est enrichie depuis, j’ai souhaité poursuivre et approfondir ce travail, en utilisant un grand nombre de sources inédites afin d’éclairer les principales zones d’ombre de la biographie de ‘‘Saint-Ex’’: tels ses rapports complexes avec la politique, surtout durant la guerre, sa carrière cinématographique ratée, ses amours compliquées, sa succession rocambolesque…Homme paradoxal, aussi célèbre que mystérieux. Par chance, de nouvelles pièces du puzzle surgissent régulièrement de l’ombre. Je les ai donc ici réunies. Ni biographie ni essai, ce livre se veut une enquête sur un homme aussi tourmenté qu’attachant, devenu un grand écrivain. »

***

Christian Saint-Paul signale : Couleur des larmes de Michel Ménaché

Peintures de Mylène Besson

Avec deux textes inédits de Michel Butor

Bruno Doucey éditeur, 112 pages, 20 €.


 

Michel Ménaché, né en 1941 d’une famille originaire de la communauté sépharade de Constantinople, vit à Lyon. Il a fait de sa poésie un chant d’hospitalité : chroniqueur dans de nombreuses revues (Europe, Hippocampe, Cahiers critiques de poésie…), de plus d’une cinquantaine de livres d’artiste, il place son œuvre sous le signe du dialogue et de la fraternité. Il est l’auteur du recueil Couleur des larmes, réalisé avec la peintre Mylène Besson, paru aux Éditions Bruno Doucey en 2017.

Elle peint des visages au regard clos, des yeux qui versent des larmes de sang, des corps qui s’effacent, des enfances sans joie, des portraits de femmes disparues comme les poétesses Sappho et Nadia Anjuman : par son talent de peintre, Mylène Besson donne des couleurs à l’absence. Il écoute les images de l’artiste, se laisse traverser par les émotions qu’elle suscite, écrit des poèmes pour prolonger les échos qui se font en lui : par ses mots, Michel Ménaché fait parler les silences de la peinture. Et un dialogue s’instaure entre deux arts ; lisible et visible se mêlent ; les portes de toile nous ouvrent à une compréhension plus subtile du monde. Comme l’a souvent répété Michel Butor, présent dans ce livre par deux poèmes inédits, l’avenir d’une œuvre d’art réside dans son inachèvement…

France Burghelle Rey en fait l’éloge dans « La Quinzaine littéraire » :

« Le dernier et superbe recueil de Michel Ménaché, qui en a lu des extraits au festival Voix vives de Méditerranée en Méditerranée de Sète en juillet 2017, dialogue avec les portraits féminins au regard clos de Mylène Besson et en fait parler les silences. Le poète, conscient du mystère que ces toiles garderont, cherche, comme il l’a écrit, à écouter ce qui y fait écho en lui. Le lecteur attentif éprouvera de la joie en se promenant dans l’atelier restitué ici.

Dans un miroir de sang

et de larmes

elle avance

paumes ouvertes

à l’horizon de brumes

et de poussières

quand le monde

s’égare dans un chahut

de haines et de fureurs


 

***

Christian Saint-Paul recommande également aux auditeurs :

Le poème recommencé de Gilles Lades

Editions Alcyone 90 pages, 20 €.


 

Gilles Lades est né en 1949 à Figeac. Professeur de Lettres jusqu’en 2011. Enfance et adolescence partagées entre la région toulousaine et le Quercy, dont les paysages marquent son imaginaire. A beaucoup voyagé en Europe, particulièrement en Italie.

Auteur de nombreux ouvrages de poésie. Parmi ses dernières publications : Lente lumière, L’Amourier, 2001 ; Le temps désuni, Sac à mots, 2005 ; Témoins de fortune, L’Arrière-pays, 2010 ; Damier du destin, Encres Vives, 2010 ; Au bout des pas la source, éd. Trames et La Porte, 2014 ; Chemins croisés, La Porte, 2015. Prix Froissart 1987 et Antonin Artaud 1994.

En prose, récits : Dans le chemin de buis (Le Laquet, 1998) ; Sept Solitudes (Le Laquet, 2000) ; textes de critique, études de paysages : Les vergers de la Vicomté (Tertium, 2010) ; Quercy de ciel de roche et d’eau (Tertium, 2015).


 

Gilles Lades fait partie des comités de rédaction des revues Encres Vives et Friches.


 

L’éditeur et poète Daniel Martinez qui fait paraître l’excellente revue Diérèse a, dans la partie « Bonnes feuilles » de sa revue, publié une chronique dans Diérèse N° 74 (automne 2018) signée Michel Diaz. Il arrive très souvent que l’émission « les poètes » diffuse à l’antenne les propos tenus dans ces notes de lecture de Diérèse qui rendent bien compte de la qualité de la poésie aujourd’hui.

Voici la « bonne feuille » de Michel Diaz :


 

« Ce qui se lève entre les lignes


 

La poésie de Gilles Lades est d’abord une voix. Elle est de celles qui, précédant toute saisie du sens, est avant tout matière de parole. Elle est de celles qui se lisent en murmurant, se disent à mi-voix, comme l’on se parle à soi-même, se façonnent et se modulent en musique sur les lèvres, dans le mouvement de chair de la langue.


 

Dans Le poème recommencé, recueil qui se divise en cinq parties, Gilles Lades donne à cette musique la lumière vacillante de la mélancolie, celle à laquelle puisent, au plus profond, les racines les plus intimes du poème. « Lumière de mélancolie » disais-je, qui peut être sombre, avare de clarté, complice de la mort, ou clarté douce, bienveillante et amie. Cette lumière-là, comme « une clarté qui vient sous la main », une « demeure où faire solitude », est celle que fréquentent volontiers les poètes, un espace de mi-pénombre offert à la lucidité de leur questionnement, d’eux-mêmes et du monde. Lumière dans laquelle la douleur, tenue à sa juste distance, se fait territoire fertile où vient puiser ce qui persiste de l’amour, et où s’alimente la source de la création. De toute création peut-être.

Ainsi, écrit-il dans la cinquième section qui donne son titre à l’ouvrage, section dans laquelle le poète nous confie sa relation à l’écriture:

attends que l’instant

devienne mémoire

reconnaisse ton pas

te mène à la cour d’enfance

amenuisée de toutes parts

Ou écrit-il, par exemple encore, quelques vers plus loin, donnant à son métier d’écrire sa profonde et incontournable nécessité:

[…] le souffle qui soulève

par surprise ta poitrine

tisse des écheveaux de vie

Ou dans ceux-là aussi, tout aussi explicites:

désir d’accorder le poème

à l’ultime leçon du vaste étonnement

au point de fuite du silence

Ce recueil, en effet, bâti de pierres assemblées à leur juste place, ne laisse aucune chance à quelque égarement sur des voies digressives. Cette lumière dans laquelle « la mémoire fait front à l’hiver », comme on use en peinture du clair-obscur, n’éclaire que l’espace de ses seuls objets, dans des textes où

signes et lignes

se rangent autour d’une lumière

défendue ligne à ligne

Ainsi sommes-nous, dès les premiers vers, appelés à une démarche méditative à travers souvenirs d’enfance, évocation des êtres aimés disparus, questionnement de ce qui fonde nos origines et de notre présence au monde:

Ecoute vois

la forêt sans feuille

que même le vent n’approche pas

[…]

ne sors que lentement des arbres et des pistes

traverse mélodieux

la mémoire de tant de disparus


 

Evocations de paysages, de places de villages ou d’un château ruiné, d’une « rue qui éclate en jardins cachés », de personnages égarés dans la solitude de la vieillesse, d’une hirondelle annonciatrice des « grands vols d’avril », d’un arbre « grand comme la beauté », d’une rose au bord d’un sentier, d’une clairière loin dans les bois ou du souffle aigre du vent de mars, constituent l’ample matériau de ces textes. Gilles Lades est ici le poète de ces presque riens, rencontrés çà et là dans l’affût du regard et au hasard des pas, de ces riens comme suspendus au-dessus, une chose coulant dans une autre, et toutes se fondant dans un long travelling de pensée ou de rêverie, sans que l’on sache où cela fut, ni même si cela fut, sauf que cela revient, lui revient comme une hantise, sans que l’on sache pourquoi ni comment cela lui revient:

Une cendre de ciel survit

le remords tourne au-dessus des rires

comme la fatigue sur le dernier soleil

Gilles Lades est aussi le poète de la fusion des états de conscience dans le même creuset poétique, quelquefois dans le même vers (« bonheur ce mot qu’il faut renommer »), douleur de la perte des autres et de soi à soi-même, nostalgie des temps de l’enfance et de ses éblouissements, mais quête toujours poursuivie de ces menus miracles de bonheur furtif et de jubilation dans sa présence provisoire au monde, ce qu’il nous donne à voir, à entrevoir, qui est là et s’échappe aussitôt, qu’il faut traquer sans cesse et, saisi un instant, couver dans la tendresse de ses mots, celle qui fait le cœur plus grand que toute la mort à venir. C’est ainsi qu’il écrit à sa mère, par-delà le néant de l’absence:

merci de m’avoir donné

cette main si fragile qu’elle soulevait la colline

vers l’impossible avenir

merci de me laisser

parcouru de questions

sévères et salvatrices

Le poète se montre tout prêt, page après page, à sauter hors de l’espace mesurable comme du temps des horloges – cet autre espace – où ne joue que la causalité pour, par delà toute chronologie, à inscrire les choses les unes dans les autres dans un même regard attentif sur le monde. Attentif à le déchiffrer comme à en défier les apparences, dans des poèmes dont chacun, écrit-il, « contribue à dessiner une mystérieuse ligne de faîte, entre permanence et transmutation ».


 

Il y a une profonde nostalgie chez qui cherche, encore et toujours, comme le fait Gilles Lades, espérant que quelque chose se lève de l’obscur, d’entre les mots et les lignes, qu’il éclaire toute la scène, et donne sens par là au monde. Nostalgie qui fonde, j’y reviens encore, une mélancolie difficile à juguler. S’ouvre le ravin noir sous la musique de sa voix, reste le bord du précipice, le seuil du vide et de ce temps où « le printemps venu par effraction « s’annonce « comme une douleur de plus »… Le ton est certes grave, mais ce n’est pas rien pour autant cette confidence glissée dans la section « Avide solitude »:

je choisis la terre vive

limpide entre ses murs

où quelques fleurs s’écrivent

au bas d’une légende pauvre

Gille Lades s’avance, dans ce poème recommencé, entre affirmation du désir de vivre et apprivoisement de sa familière et pudique désespérance. Et si cette faille d’abîme était à accueillir ? Pour ce qu’elle est. C’est-à-dire la ligne tracée de notre humaine condition.


 

Michel Diaz


 

Lecture d’extraits

Celle qui reste seule
                                                          n’a que peu de visages à aimer

                                                           un  jour quelques jours quelque temps
                                                           il y eut un soleil
                                                           presque accordé

                                                           mais quel désert
                                                           depuis les villages ensoleillés et froids

                                                           et la retombée dans la cour aux brèves échappées
                                                           la mémoire d’années
                                                           bâties de quelques belles pierres
                                                            que l’on espère voir grandir
                                                           la furtive compagnie
                                                            de la plus haute vie
                                                           voie du sang voie de la longue enfance
                                                            sur l’indissociable chemin

***

L’émission est ensuite consacrée à la lecture de larges extraits de

« L’être sans L’ombre » poésie de Hamid Larbi, préface de Arezki Metref, caricatures de Gyps, livre publié à Alger par les éditions APIC (400 Da), 70 pages www.hamid-larbi.net ISBN : 978-9931-468-43-1 Prix : 9 €

L’ouvrage en France est à commander chez l’auteur par courriel :


 

Voici comment se présente l’auteur :

« Je suis journaliste et poète,  né à Alger. J’ai quitté l’Algérie en 1993, au début de la décennie noire pour m’installer à Milan. Une longue période d’incertitude s’est installée autour de moi. Les rencontres, la musique, le théâtre  et le cinéma m’ont permis de retrouver de la maturité. En 1998, un nouveau voyage m’emmena vers un autre pays, une autre ville celle de Montpellier (France) où je  vis aujourd’hui …  Je suis auteur d’essais et de recueils de poésie traduits en espagnol, en italien et en russe, ma poésie prend sa source dans les profondeurs de l’âme humaine qui évolue vers un réalisme lyrique. En 1995, à Milan (Italie), j’ai reçu le prix en journalisme du Cercle de la presse de Milan pour Giornalistà estera ».

Hamid Larbi s’installe à Milan en 1992. Puis à Montpellier en 1998. Il publie à Montpellier chez le poète Michel Eckhard-Elial qui dirige les éditions Levant : Furtif instant. Ce troisième recueil de l’auteur est illustré de calligraphies en tifinagh (alphabet berbère) par Smail Metmati.

« J’ai fait l’expérience de les lire (poèmes) à haute voix, sur l'une des plus belles et célèbres mélodies de Haendel, Ombra mai fu. Un enchantement irréel dans le calme d’une nuit sans vent. Chacun pourra faire la même expérience qui permet d’approfondir la pensée du poète. Du Bellay nous a appris que la poésie consistait à chanter son mal. On peut dire avec Hamid Larbi que ses poèmes rendent notre mal plus supportable… mêmes pour de furtifs instants. » Le livre est préfacé par André Bonnet.

Hamid Larbi vit aujourd’hui à Montpellier et est l’auteur d’essais et de recueils de poésie.

Le magnanime du verbe

Exilé vers le secret

Son désarroi face

A l’imagination sinueuse

Son apathie à murmurer

Et à inventer le récit

L’agonie de l’allégorie

Et l’incantation de l’euphémisme

Est-ce la somnolence

Qui illumine la conscience?


 

« L’être sans l’ombre » Par Hamid Larbi C’est le quatrième recueil de poésie de l’auteur. Ces poèmes sont un parchemin légué par les premières pulsations de l’humanité primale. Ce recueil est illustré par des sublimes caricatures du caricaturiste Gyps L’ouvrage

Le préfacier, l’écrivain Arezki Metref dit son enthousiasme pour la lecture de ce livre de poésie qui fait rayonner la langue française et honore les poètes algériens qui ont choisi cette graphie :

«… De ce point de vue, je lis la poésie de Hamid Larbi un peu comme la survivance que nous espérons régénératrice des émotions, des tourments, des coups de colère, des coups de foudre, de toute cette cosmogonie des combats et des fusions de ce Cercle des poètes algériens, notamment de graphie française. Ce cercle, depuis le début de ce mouvement qui a commencé très tôt, consistant selon le credo de Kateb Yacine à prendre la langue française comme un butin de guerre, s'est toujours passé le relais d'une génération à l'autre pour - là aussi, il n'est pas possible, ici moins qu'ailleurs de ne pas convoquer Jean Sénac- « ouvrir le poème comme une nacre » et marier, en de splendides noces dionysiaques, la poésie, l'amour et la révolution…»

En janvier 2018, en France, il a été décerné à Hamid Larbi le prix du Concours International de poésie, « L’Amour de la liberté », de l’Académie Européenne des Sciences des Arts et des Lettres (l’AESAL) accompagné de la Médaille commémorative Taras Chevchenko et il a été élu membre de cette Académie.


 

Lecture de « L’être sans L’ombre ».

 
 

10/05/2018

 

Yves BELAUBRE

et

Frédéric DUCOM

 

 



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03/05/2018

 

 

 



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26/04/2018

 

 

 Andrea

 

 GENOVESE 

 



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En préambule, Christian Saint-Paul invite les auditeurs à lire le dernier livre de poésie d’Aurélia Lassaque « En quête d’un visage » occitan, français, aux éditions Bruno Doucey Collection : L’autre langue ; 144 pages, 15 €.

Née en 1983, aujourd’hui installée dans la région de Toulouse, Aurélia Lassaque rêve et écrit en deux langues, le français et l’occitan. Poète cosmopolite, animée par un véritable goût de la scène, elle fait entendre sa poésie en France et à l’étranger dans des lectures musicales où interviennent parfois le chant, la peinture et la danse. Son premier recueil, Pour que chantent les salamandres, paru aux Éditions Bruno Doucey en 2013, a été traduit en plusieurs langues et souvent mis en voix . Elle publie donc un deuxième recueil aux Éditions Bruno Doucey, En quête d’un visage.

Le mot de l’éditeur : Une femme attend un homme depuis longtemps… Et cet homme, parti au loin, espère que la femme ne l’oubliera pas… Histoire banale et universelle des amants séparés par le destin ? Oui et non, car l’histoire de cet homme est chantée depuis la nuit des temps, puisqu’il s’appelle Ulysse. Et voilà qu’Aurélia Lassaque nous entraîne derrière son Ulysse, l’homme qui dialogue avec « Elle », amoureuse qui n’a pas de nom. Dans ces longs chants poétiques entrelacés, composés en deux langues, l’occitan et le français, l’auteure donne vie à deux personnages qui peuplent son imaginaire depuis toujours. Et surgit l’évidence première de la poésie : l’amour tire sa force de la mort qui suspend le dialogue des amants ; le temps enlise nos saisons mais nos joies sont tenaces et tiennent tête au néant. Pour nous qui aimons la Grèce, ce livre est un cadeau de la vie.

*

En parlant d’Ulysse, Aurélia Lassaque a voulu parler de l’Histoire. Ce qu’elle écrit, c’est l’Histoire universelle et intemporelle. Le livre est un dialogue entre deux personnages : Ulysse et Elle.

Dans la Grèce antique, la poésie, le théâtre ne formaient qu’un art. C’est ce que l’auteure a voulu perpétuer.

Ce livre prouve, s’il en était besoin, combien est vivace et puissante la poésie occitane contemporaine. Les deux langues permettent heureusement à Aurélia Lassaque d’atteindre un large public. Mais elle est au cœur de la contemporanéité de la poésie. Elle démontre que cette poésie qui s’exprime en langue d’Oc n’a rien à voir avec le régionalisme, la ruralité ou le folklore. Elle est au centre de ce que la poésie véhicule d’humanité universelle.

L’auteure qui n’a appris l’occitan qu’à dix ans avec son père, a fait de cette langue, la première langue avec laquelle elle écrit en poésie.

Il y a là, une significative analogie avec la posture d’un autre poète occitan : Franc Bardou qui veille lui aussi à publier dans les deux langues.

Tous les artistes n’écrivent pas fatalement dans leur langue maternelle, et la langue qu’ils adoptent alors, ils la magnifient.

Lecture d’extraits :

« il n’est pas de territoire plus vaste
que celui de ma mémoire
j’ai creusé ses montagnes, vidé ses rivières
retourné les pierres de toutes ses murailles
en attendant le retour de mon amant barbare

cet homme qui rassemble vos voix
endure vos délires
et porte tous les masques

cet homme que vous appelez Ulysse »

*

Christian Saint-Paul reçoit alors son invité : Andrea GENOVESE venu parler de son dernier livre : Dans l'Utérus du volcan aux éditions Maurice Nadeau, 19 €.

Voici ce qu’en dit l’éditeur :

Vanni, écrivain italien résident en France, revient dans sa Sicile natale avec sa femme lyonnaise pour recevoir un Prix de poésie chrétienne richement doté et décerné par un ponte de la Mafia. Sous l’influence de l’Etna toujours prêt à s’enflammer, l’apparition de la pulpeuse Lilina va provoquer l’éruption des sens du poète et mettre à mal l’équilibre du couple. Dans une ambiance de polar, qui peut faire penser à l’écrivain sicilien Leonardo Sciascia, l’auteur nous entraîne, sous la violence d’un été torride, des Îles Éoliennes à l’Etna, dans l’agonie d’un monde refermé sur lui-même. Nostalgie, sensualité effrénée, mythologie, l’écriture éclate comme une éruption volcanique.

Écrivain italien, Andrea Genovese (né en 1937 à Messine en Sicile), vit en France depuis 1981. Il définit sa vie comme une Odyssée minime (titre de son premier recueil de poèmes), mais trois romans autobiographiques publiés en Italie nous en révèlent, de 1945 à 1960, à peine une partie. Poète, romancier, dramaturge, critique littéraire, d’art et de théâtre, il édite Belvédère, un webzine on line entièrement écrite par lui, hors norme et sans tabous. En français il a écrit des recueils de poèmes et des textes de théâtre joués à Lyon. Dans l’Utérus du volcan est son premier roman écrit directement en français.

*

Un entretien s’instaure entre Saint-Paul et Andrea Genovese qui rappelle qu’il a publié de la poésie écrite en français,( il lit des poèmes ) et qu’il est l’auteur de la revue en ligne Belvédère qu’il rédige seul. Cette revue accessible sur le web est également en ligne sur le site les-poetes.fr.

Andrea Genovese s’explique sur la genèse de son livre, sur les rapports entre la Sicile et la France, sur l’héritage commun des troubadours.

*

Note de lecture de Christian Saint-Paul :

« Dans l’Utérus du volcan » est un grand livre et il importe qu’il soit accueilli comme tel. Andrea Genovese est un auteur italien, poète, dramaturge, qui signe là son premier roman écrit en français. Et la langue est sublime ! Nous avons déjà eu Hector Biancciotti, cet argentin italien qui a épanoui notre langue. Nous avons aujourd’hui Andréa Genovese.

Mais le monde, maintenant, n’obéit qu’à une seule loi, pour la première fois, l’universalité est atteinte. C’est la sacro-sainte loi du marché.
Friedrich Hölderlin nous avait prévenus :

« Ha : La foule a le goût des valeurs du marché,

Et le valet n’a de respect que pour le fort ; »

Il nous appartient de faire connaître que « Dans l’Utérus du volcan » est l’œuvre d’un écrivain puissant, le « fort » qui plaît à la foule et que le livre « a le goût des valeurs du marché » et bien au-delà.

Le plaisir que l’on prend à lire ce livre n’est pas dû qu’à la découverte, amenée de loin, de l’intrigue du récit. C’est la truculence de la langue émaillée d’expressions siciliennes et italiennes, c’est l’érotisme qui s’inscrit avec force dans la réalité crue du récit, c’est la peinture précise des lieux, Messine, la Sicile, Lyon, les îles Eoliennes, un village perdu face à l’Etna. C’est aussi l’atmosphère étouffante d’une époque où en Sicile, on vivait « entre la peur, le soupçon et la résignation », où les mafieux « faisaient » les politiques ou l’inverse.

« Tout sicilien naît en état de guerre », résume l’auteur.
Et cette violence originelle est symbolisée et exacerbée par le volcan l’Etna et sa mythologie, figure féminine terrifiante avec ses seins « cônes volcaniques des deux globes » et son utérus d’où s’échappe le feu.

Vanni, l’écrivain italien héros du livre qui vient de Lyon recevoir dans le pays qu’il a quitté depuis fort longtemps, un « Prix de poésie chrétienne », emprunte beaucoup naturellement à l’auteur. Pour l’avoir charnellement vécu, Andrea Genovese peut se livrer avec justesse à une satire des mœurs de tous les milieux de l’île, y compris le milieu littéraire. Le poète du roman, qui vit à Lyon, est le « champion de la sicilianité européenne ». Il retourne dans le port de Messine, où les « bateaux américains vont emmerder les arabes réfractaires à la démocratie mafieuse ». Vanni a consumé sa jeunesse à Messine, issu de cette « génération babba » (sotte), affamée, attendant l’aventure impossible ».
Il est passé de « l’instinctive violence sicilienne » au « cancer » de la « cocagne industrielle » de Lyon.

Vanni n’ignore rien de l’animalité des origines du Sicilien, du mythe de Polyphème, ce cyclope « toujours à l’affût pour défendre son terroir », et de l’agression, l’intrusion de l’étranger, du Grec « venu planter un tronc brûlant dans l’astre de son œil ». « On ne s’infiltre pas impunément chez l’autre sans déclencher un bain de sang » , résume Vanni.

Et la violence de tous les jours, qui règne dans l’île dans les années du retour du poète venu chercher le montant de son Prix de poésie chrétienne, et qui oblige ses parents, le père ayant été agressé, à se réfugier en montagne, trouve son origine dans les racines profondes de l’Inquisition. Pour lui, « le catholicisme était à l’origine des pires délits et génocides des derniers siècles ». Et depuis, l’île n’a cessé sa familiarité avec l’horreur. Pourtant, l’éloignement de la réalité compacte du lieu-dit Sicile, coagulation magmatique de sang et de rochers à l’intérieur d’une bulle gazeuse, fait de Vanni un perpétuel exilé.

L’amour d’une terre et l’amour d’une femme, sa femme, Vanni l’éprouve au tréfonds de son âme. Et c’est un homme blessé par sa propre infidélité à ces deux amours. C’est ce qu’il apprendra de ce séjour dans l’île.
 

La conscience douloureuse de cet amour double de la terre et de la femme, empêche la défaite totale du voyage, même si, comme en avaient eu l’intuition les Grecs, Vanni sait que « les êtres humains n’avancent pas, qu’ils tournent en rond, qu’ils se gaspillent. Qu’ils sont une plaie à jamais ouverte dans le Sacré-Cœur de l’Absolu ».

EXTRAITs

Extrait 1 : Vanni

Un immense tapis de coquelicots se présenta inattendu, courant à perte de vue vers l’horizon haché par un ravin. Ses yeux avaient suivi comme dans une séquence cinématographique la palette de couleur fauve, presque au ras du sol, et c’est seulement quand son regard trouva la fracture du ravin qu’il reçut le choc de la masse gigantesque, pyramidale et absurde de l’Etna. Le volcan était si imposant, si nettement scandé et si minutieusement inscrit dans l’azur du ciel, avec son cratère central voilé de nuages, que Vanni ne comprenait pas comment il s’était imprimé en dernier dans sa rétine. C’était grandiose et écœurant. Effrayant, d’une certaine façon. 

Il le voyait comme un dieu descendu sur terre. Planté sur sa vaste base de lave, en juge, en justicier. En despote. Superbe, méprisant. Refusant toute identification, toute réduction à une échelle humaine. Pas de compromis, pas de ridicules comparaisons. Je suis et je demeure, au-delà de ton regard de petite fourmi, disait le volcan. Et cependant...

Être fils de l’Etna, c’était monstrueux, c’était outrancier. Même pour un Sicilien, qui avait une conception cyclopéenne de la vie et portait en dot dès sa naissance la damnation d’un œil unique, démesuré et terrifiant comme un cratère. De là, de ce vagin de l’absurde, venait la pâte qui l’avait pétri, modelé et projeté dans la fiction théâtrale qu’était sa vie. Il était fils de l’Etna, donc il ne pouvait en aucune manière se soustraire à cette contrainte existentielle. C’est pourquoi, il ne pouvait pas se soustraire non plus à la rancune ancestrale qui l’incitait à s’affronter aux dieux. Tout Sicilien naît en état de guerre.

 

Extrait 2 : Louise

—   C'est vraiment comme je l'imaginais, la Sicile.

L'haleine de Louise lui chatouilla l'oreille. Il sentit sur son dos la pression des seins, libres sous la chemise de nuit. Elle s'était levée sur la pointe des pieds et regardait l'agitation de la rue. Il aurait voulu se lancer dans une explication critique sur le caractère un peu fossile de la scène, sur cette présence presque irréelle d'un aiguiseur à une époque où, même en Sicile, les ménagères achetaient leurs couteaux par série de trente-six au supermarché, ou éventuellement sur la provenance des poissons, arrivés peut-être par avion, de Bretagne ou du Canada, on ne sait jamais. Mais il y renonça aussitôt et se retira dans la chambre, en laissant retomber les rideaux de la fenêtre.

Louise se raidit, contrariée. Elle déplaça à nouveau les rideaux et s'étira. Ses seins pointèrent sous la chemise. Elle était bien cadrée par la fenêtre et, la voyant, l'aiguiseur arrêta sa machine, pour lui faire un grand geste de la main. Les trois femmes aussi levèrent la tête pour regarder vers la fenêtre. La vieille ne tarda pas à hurler son commentaire : 

—   Fimmini piddùti, malanova chi-mm'aviti !  

—   Qu'est-ce qu'elle a dit la vieille ? demanda Louise. Vanni la regarda de travers. Il venait de se rendre compte du petit émoi que la présence de Louise à la fenêtre avait provoqué dans la rue.

—   La vieille a pris l'hôtel pour un bordel, répondit-il froidement.

Louise se mit à rire, regarda avec mépris dans la rue, et laissa glisser à ses pieds la chemise de nuit, se contorsionnant comme une odalisque. Cette fois, les pêcheurs aussi regardèrent vers l'hôtel, en gesticulant entre eux comme deux marionnettes excitées. Vanni prit Louise par les épaules et la poussa brusquement sur le lit, puis referma la fenêtre.

 

Extrait 3 : Lilina

Les détails de la scène atroce de la matinée s’étaient estompés comme ceux d’un cauchemar invraisemblable. Son inconscient se refusait obstinément à se laisser gâcher la journée par les brutalités de Bummulicchiu et de ses compères. Elle avait déjà le souci du comportement volatile de Lorenzo, pour penser à cette autre source éventuelle d’ennuis. « Je devais être vraiment saoule hier soir, se dit-elle, pour aller dormir à Mutandona ».

Pour l’instant, elle avait le feu aux fesses. Et ce n’était pas seulement la chaleur du siège. Tous ses pores papillotaient. Elle savait bien ce que son corps réclamait depuis une semaine, et dont elle avait été dépossédée traîtreusement par son amant. La rage l’emporta, et ses mains se raidirent sur le volant. Jamais l’idée de cocufier Lorenzo ne lui avait traversé l’esprit. C’était une chose simplement inconcevable, dangereuse, et après tout jusque là non désirée. Mais cette manière cavalière avec laquelle il l’avait liquidée à la cérémonie de remise du prix lui parut éloquente, c’était tout à fait dans le style de Lorenzo. Si ce n’était pas un adieu, cela lui ressemblait beaucoup. Ne lui avait-il pas fait comprendre qu’elle pouvait coucher avec le poète, sans crainte ? « Ce que tu veux » avait-il dit. Il l’avait donc licenciée. 

Elle revit les yeux du Grand Prix , étincelants sous les lunettes, braqués sur ses seins. Non, il avait l’air d’un putanier je m’en-foutiste, le poète. Il avait empoché le chèque de dix millions avec une indifférence olympienne, tandis qu’il la détaillait avec une catholique ferveur religieuse. Non, elle ne comprenait rien et il était parfaitement inutile de supputer quoi que ce soit.

 

 

19/04/2018

 

 



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Christian Saint-Paul présente le dernier livre de Gérard Bocholier : TISONS, éditions de La Coopérative, 112 pages, 15 €.

La brûlure du désir et la brûlure de l’absence forment les deux grandes sources d’inspiration de ce livre placé sous le signe du feu, dont la genèse s’est étendue sur de longues années.

La première partie rassemble des poèmes dont chacun fixe la mémoire d’un instant d’extase, d’une rencontre amoureuse faite de trouble et d’émerveillement : « Lumières éteintes / Dans la maison en sursis / Nous avons tendu sur le sol / La toile d’un feu très obscur. » Dans la proximité de Cavafis, de Sandro Penna et de Luis Cernuda, que le poète nomme à bon droit « nos tutélaires », ces poèmes disent avec simplicité la surprise causée par la découverte de l’accord avec le jeune homme désiré.

Mais « comment faire durer le brasier ? » demande un des poèmes de la deuxième partie. Tout aussi incandescente, celle-ci affronte le mystère de la mort et de la séparation et situe l’expérience du désir dans la lumière qui, aux yeux du poète, lui confère sa vérité, celle de la rencontre des âmes par-delà celle des corps. « Mon Dieu / Tu m’accompagnes// La beauté me fait trembler encore / Je la traverse / Comme une vigne vendangée. »

Nourri de la lecture des psaumes, comme les précédents livres de l’auteur, ce recueil s’achève comme un bréviaire d’espérance qui affirme que « La belle aventure de l’âme/ Ne finit pas ».

 

Né en 1947 à Clermont-Ferrand, où il a été professeur de lettres classiques, Gérard Bocholier dirige depuis plus de quarante ans la revue de poésie Arpa. Il est l’auteur d’une trentaine de recueils de poèmes et poursuit une activité infatigable de critique, pendant longtemps dans la NRF et aujourd’hui dans l’hebdomadaire La Vie.Parmi ses derniers essais, citons Le poème comme exercice spirituel(Ad Solem, 2014) et Les chemins tournants de Pierre Reverdy (Tituli, 2016). Parmi ses derniers livres de poésie : Psaumes du bel amour(Ad Solem, 2010), Psaumes de l’espérance (Ad Solem, 2012), Belles saisons obscures (Arfuyen, 2012) et Les étreintes invisibles (L’Herbe qui tremble, 2016).

Lecture d’extraits.

L’émission les poètes reviendra plus amplement sur ce livre et ce poète dans une prochaine semaine.

***


 

Danièle Faugeras, traductrice et éditrice de Po&psy est une artiste à part entière qui publie aux éditions Pippa des haïkus « A chaque jour suffit son poème » illustrés de ses propres photographies (15 €).

Danièle Faugeras a noté au jour le jour pendant plus de dix ans, les observations et réflexions nées de son vécu dans son environnement naturel et humain, pour en tirer ces « leçons de choses ».

Celle qui consacre désormais tout son temps à la poésie par ses activités d’éditrice, de traductrice d’actrice aux lectures publiques, poursuit la publication de ses propres œuvres poétiques. Plus tournée vers les poèmes brefs, ceux qu’elle fait connaître dans la collection Po&psy, il est naturel qu’elle écrive des haïkus. Les allusions savantes à des références littéraires anciennes, sont toujours expliquées par des notes figurant en fin de livre. Un ouvrage agréable à lire, saisissant dans le raccourci des images et du sens, et à regarder car les photographies de l’auteure émaillent avec brio ces fulgurations réussies.

Lecture d’extraits.


 

qui consent

à la caresse la caresse

le transformera

*

les veines sous ma peau

comme filons dans la roche

: trajectoires du temps

*

les œufs durcissant

dans la casserole trépignent

comme déconcertés

*

debout à manger

des sardines à même la boîte

- ah ! solitude...

*

Les éditions Fata Morgana ont publié « Le poème des morts » de Bernard Noël (22 pages, 11 €).

Toute la puissance poétique de ce poète majeur explose dans ce court recueil en deux parties « Tombeau de Lunven » et « Le poème des morts ».

Obsession de la chair, thème familier du poète, de sa métamorphose, de sa défaite et la chair des hommes comme une simple marchandise qu’utilise les puissances qui nous gouvernent.

Lecture d’extrait.


 

il manque à l’Etat un presse-cadavres

des appareils pour exploiter les morts

pourquoi brûler ou enterrer les corps

chacun est une mine à ciel ouvert

les os la peau la chair la chevelure

un lot précieux de matières premières

longtemps laissé au gâchis religieux

voilà de quoi inventer des produits

découper détailler vendre à la pièce

on saura vite extraire de la viande

un jus de jouvence aussitôt fameux

pour peu que les médias fassent savoir

que son fumet a fait jouir les dieux

du temps où les humains les régalaient

la mort enfin sera rendue rentable

si bien que les cadavres manqueront

alors sans doute envisagera-t-on

de diminuer la quantité humaine

pour augmenter la matière exploitable

la rentabilité est si pratique

qu’elle peut servir de règle morale

*

Fred Ducom publie aux éditions 39/17 (15 €) dans un volume où il apparaît aux côtés de Yves Belaubre« Papiers d’Essaouira ».

Une poésie épique, orale à souhait, narrative avec tout ce qu’il faut de surprises, de déconcertassions pour nourrir le poème de son souffle vivifiant. Un regard aussi inquiet que généreux sur notre humanité. De la puissance dans le ton, l’image et la musique d’alerte.

Lecture d’extrait.


 

Réveillons-nous dans l’écriture pas sous les bombes

que nous avons semées

Avec cette odeur de cigales déterrées aux

ouvertures

Les chagrins d’une plante aimée

Qu’en délient les fileurs éternels

Aux sots les parures en toc

et les fouets dyslexiques

Pour nous les baisers à califourchon

La pierre de Rosette sur un ruban de hanches

Les bruits naissant dans le fandango des accents.


 

Frédéric Ducom est aussi l’auteur de « Estos Dias azules » avec les photographies de Antonio Lachos, magnifique livre hommage aux réfugiés espagnols de la guerre civile qu’il a eu la chance, dit-il de saluer tous vivants !

Fred Ducom sera prochainement invité à l’émission « les poètes ».

***

Christian Saint-Paul reçoit alors son invité Francis PORNON qui vient de publier

La Fille d’Occitanie aux éditions TDO, collection Histoire du Sud, 427 pages, 20 €.


 

Francis Pornon étudia à l’École Normale d’Instituteurs et à l’université de Toulouse et commença par publier des poèmes. 
Auteur de romans historiques, d’essais, de poèmes, de reportages ou carnets de route, de polars, de pièces de théâtre et de chansons, il publie aussi nouvelles et romans. 
A notamment vécu en Algérie et en Auvergne, et accompli des résidences, dont Vénissieux (69), Saint-Léonard de Noblat (87) et Fabrezan (11), des interventions à l'étranger, notamment à Saragosse (Espagne) et en Algérie : au Sila (salon international du livre d'Alger), ainsi que de nombreux ateliers d'écriture.
Tout en séjournant souvent en Rhône-Alpes, vit actuellement le plus souvent à Toulouse où il a notamment publié des romans noirs traitant de la "ville rose" ainsi que des livres sur l’Algérie.

Il anime un site:
http://www.francispornon.fr/ 


 

L’auteur rencontre en Occitanie la grande Histoire de la fin’amor qui éclaira et illumine toujours l’Europe, pour peu qu’on veuille bien la lire.

 

Pour bien situer ce dernier livre « La Fille d’Occitanie » il faut se souvenir qu’en 1218, Simon de Montfort, chef des croisés qui tentaient de prendre Toulouse, est tué d’une pierre lancée du haut des remparts par une Toulousaine.

A l’occasion du huitième centenaire de cette victoire de la résistance occitane, les éditions TDO, éditeur en région, présentent donc ce livre: La Fille d’Occitanie, après Les Dames et les aventures du troubadour Raimon de Miraval et La Dame de Toulouse, Azalaïs de Burlatz ; ce tome achève un triptyque romanesque sur le Moyen-âge en Occitanie, avec les aventures de Colomba, paysanne et servante.


 

Colomba, pauvresse devenue servante, vit à la fois le sort d’une femme ordinaire au Moyen Âge et une exceptionnelle ascension sociale, aventures incroyables dans un monde troublé de guerres et de croisades. Elle côtoie Azalaïs de Burlatz, la Dame de Toulouse, avec sa Cour et accède à la poésie amoureuse courtoise. On la suit dans les péripéties d’une femme de son temps, amour et maternité, rencontres avec amis et amants, fréquentation de poètes, hommes et femmes comme Raimon de Miraval et Azalaïs de Porcairagues. Porté par le désir et l’énergie de Colomba, l’auteur fait partager les états d’âme de l’héroïne et entraîne le lecteur en aventures, moments graves ou festifs ainsi que chevauchées depuis la haute Ariège et la vallée de l’Aude jusqu’à Toulouse, Carcassonne, Béziers, Montpellier et même la Catalogne. De quoi revivre la grande richesse de l’histoire occitane et européenne d’alors. Comme Les Dames et les aventures du troubadour Raimon de Miraval et La Dame de Toulouse, Azalaïs de Burlatz, ce livre se lit d’un souffle et nous propulse au Moyen-Âge comme si l’on y était.

Aujourd’hui où explose la revendication du respect des femmes, nous dit Francis Pornon, il se trouve que je viens de publier un triptyque romanesque se déroulant au Moyen-âge occitan. Or, la condition féminine (celle des dames de la haute société s’entend), fait alors un bond en avant, en avance même sur les siècles à venir. Dans la société occitane des XIIè et XIIIè siècles les femmes peuvent hériter et régner, elles jouissent d’une indépendance dans le mariage et surtout elles sont élevées au rang supérieur à l’homme par la poésie de l’amour courtois (la fin’amor).Après l’histoire du troubadour Raimon de Miraval et celle de la mécène de poètes, Azalaïs de Toulouse, dite de Burlatz, j’ai voulu écrire celle d’une femme du peuple, paysanne qui devient servante, entre autres aventures. La vie de Colomba (La Fille d’Occitanie) est le troisième volet d’un triptyque romanesque sur le temps de l’amour courtois en Occitanie médiévale. Car si cette aventure reste marquée par la grande culture du tròbar, la poésie d’amour, il eût été paradoxal – et injuste - de ne pas évoquer la réalité sociale et culturelle de la classe populaire composant la très grande majorité des vivants en ces temps et lieux.

Lecture d’extraits.

PROLOGUE

Je n’ai crainte à le dire, je suis un miracle. Ou presque ! Fille née dans la terre de montagne, de mère paysanne et de père inconnu, mon chemin passa par de folles aventures. J’eus d’abord les pattes dans la fange. Excusez-moi de parler franc, c’est ainsi que j’aime à conter ma vie et c’est ainsi que je la veux transcrite.

Je vécus le statut de servante, voire des états pires encore. Et parfois je bénéficiai d’une plus brillante condition, celle de suivante d’une châtelaine. Il ne m’était possible d’apprendre entièrement à lire et écrire, quand maints seigneurs et à plus forte raison bien des femmes ne le faisaient. Pourtant j’eus la chance inespérée de pouvoir goûter la poésie d’amour.

Je naquis de ma mère. Bien fort qui peut faire autrement ! Elle me nomma Colomba, comme l’oiseau blanc paisible, alors que j’étais agitée et fort brune. Je restai autant que possible au chaud de son giron. Rien et nul autre ne me protégea, ce qui ne me laisse confiance en personne, sinon en la mère… Et encore !


 

Je vécus tout d’abord dans un orri, comme on disait chez nous d’une cabane en pierres sèches. Elle était heureusement recouverte de terre et d’herbe qui nous défendaient contre le climat terrible en montagne. Mes festins étaient faits de lait de chèvre, de racines, de brouets de fèves ou de farine de châtaigne. Lorsque je passais la tête par l’entrée, étroite et basse, je voyais les pentes jaunies par le gel ou blanchies par la neige, le castel aux lourdes murailles grisâtres et les monts abrupts qui ombraient le plateau.

Mes premiers jours s’étirèrent à la lumière des Pyrénées, glacée par les neiges et le cers l’hiver, rôtie en été du soleil de midi. Dans la montagne, bien qu’on soit situé plus près du ciel, la lumière décuplée par les glaces et le soleil tombant dru, le monde sauvage est un hiver glacial où l’on est balloté et parfois écrasé par évènements et cataclysmes. Or, je découvris ensuite comme la vie est aussi printemps pointant avec des fleurs qui percent la neige. Après la tempête s’épanouit une embellie délicate et passionnée, celle de la poésie d’amour qui nous fait célébrer par de jeunes, beaux et valeureux hommes, nous, femmes ainsi reconnues.

Un livre qui est à la fois un roman qui se lit avec le plaisir offert par le cheminement de l’intrigue incessante, mais aussi par la richesse de la langue qui incorpore les mots en langue d’Oc qui sont notre héritage et nous fait vivre dans les mœurs saisissantes de ce Moyen-âge et de la culture occitane.

 
 

12/04/2018

 

 



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Christian Saint-Paul dit sa joie de retrouver le studio de Radio Occitania et son ami technicien Claude Bretin qui rentre d’un long séjour à Madagascar.


 

Les bonnes publications qu’il faudrait présenter sont trop nombreuses pour être citées au cours de cette émission hebdomadaire d’à peine une heure.

Cette semaine sera donc consacrée au signalement de quelques unes et non à un auteur particulier, contrairement à la norme habituelle.

C’est en rappelant la vocation de l’émission « les poètes » qu’il évoque la réponse du poète éditeur Jean-Paul Michel à la question : « que peut la poésie ? Rien ne l’établit mieux que l’effet de quelques pages de vérité profonde et sentie : un arrachement à la vie inessentielle.»


 

Les auteurs cités dans cette émission nous recentrent sur la vie essentielle, que les tourbillons de la vie quotidienne éloignent, sans crier gare, de notre vécu, accaparé par ce dévorant inessentiel.


 

Michel COSEM vient de faire paraître à l’Harmattan :

Echo de braise et de cigale, avec une photographie en couverture d’Annie Briet : Paysage andalou. 13 €

 

Michel Cosem a fondé Encres Vives, à la fois revue et éditions qui compte près de 1000 titres au catalogue. Il publie régulièrement ses carnets de voyages poétiques vers les pays du Sud. Il est l'auteur de nombreux recueils de poèmes, d'anthologies de poésie ( Milan, Seghers, Gallimard) et de romans. Il a obtenu les prix Artaud et Malrieu pour l'ensemble de son œuvre.

« Cet ouvrage permet de saisir sur le vif la poétique de Michel Cosem. Une nouvelle poétique ? En tout cas un nouveau palier vers l'unité et l'universel. L'on ne saurait trop souligner le ton d'émerveillement et de naïveté, au sens d'une capacité à saisir les choses à leur état naissant. Il y a là un pacte originel avec les "grandes étendues de l'imaginaire" qui sont "ses pays de naissance". » nous dit Gilles Lades.


 

Cet ouvrage sera évoqué plus amplement dans une prochaine émission.

Lecture de poèmes de « L’Encre des jours » de Michel Cosem paru aux éditions Alcyone (20€).

Palmiers endormis comme venus là par hasard et surpris tout simplement par l’aube, odeur de café, d’encre s’échappant des journaux du matin, immeubles blancs repeints de la nuit, enfant allant à école en sautillant : juste ce qu’il faut pour que le jour s’éveille, que les mots se rassurent et s’envolent et que tout naisse en harmonie. Les ombres de la nuit se cachent-elles encore quelque part ? Mon écriture et mes rêves ont survécu : cela suffit. (Peniscola, Espagne)


 

Encres Vives publie : Nathalie RINGAUD

L'Équinoxe des songes

Coll. "Encres Vives" n° 475.

«  Son univers envoûte et nous entraîne à fleur de ses songes. Quelques textes vivants, à la folie ; quelques textes timides aussi, tout en douceur : "Un papillon s'ébroue dans la chair des rêves..." "de l'échancrure des songes, s'est envolé un bout de soie d'anges." Où sommes-nous ? En poésie, sans aucun doute. L'écriture de Nathalie Ringaud existe. Elle est forte et fluide à la fois. L'univers de la poétesse est empli de vies singulières et hardies, audacieuses ; la profondeur d'une véritable personnalité. À découvrir. » écrit sur la 4ème de couverture le poète Alain LACOUCHIE. Lecture d’extraits.


 

Gérard MOTTET

Petites Suites pour ombre et lumière

Coll. "Encres Vives" n° 474.

Les poèmes rassemblés ici sont extraits d'un ensemble de trois recueils publiés en 2017. Poèmes de l'absence et de la solitude, de la résonance entre les choses et les êtres, de la quête de soi dans les méandres de la vie, et toujours poèmes murmurés où s'entrelacent et se répondent ombres et lumières, en un dialogue sans fin. Poèmes qui tentent, par delà l'immédiateté du réel, d'appréhender l'envers des choses, le révolu ou l'originaire, le possible ou l'improbable, l'invisible, l'ailleurs vers où se porte notre être, qui ne se satisfait jamais d' "être-là".

Lecture d’extraits.


 

Anne MOUNIC

Aux courbes du langage

Coll. "Encres Vives" n° 476

Anne Mounic, fut maître de conférences à Paris 3 Sorbonne nouvelle ; elle est l'auteur de plusieurs études critiques sur la pensée poétique. Jacob ou l'être du possible, a été publié en 2009 aux éditions Caractères et chez le même éditeur , L'eau de prudence ou La vigueur des reflets, a paru en mai 2011. Elle est une illustre « spécialiste » de l’œuvre de Claude Vigée.

Elle fait paraître à Encres Vives son dernier recueil poétique qui regroupe des poèmes écrits de 2015 à 2017. 

Lecture d’extraits.


 

royaume


 

L’espérance est très lente qui

se faufile entre les fûts

des peupliers où s’esquisse à peine

la promesse des bourgeons.


 

Les horizons s’inclinent

sous les nuages rebondis.

La lumière, plus intense,

insuffle à l’intime

une énergie toute neuve.


 

Le fleuve, paisible, la guide

entre ses berges, au royaume

très heureux de la patience.


 

Chaque volume 6,10 €, abonnement un an 34 €, chèque à adresser à Michel Cosem, 2, allée des Allobroges, 31770 Colomiers.

***

Gilles LADES fait paraître aux éditions Alcyone

« Le poème recommencé » avec une encre de Silvaine Arabo, 20 €.

Gilles Lades est né en 1949 à Figeac. Professeur de Lettres jusqu’en 2011. Enfance et adolescence partagées entre la région toulousaine et le Quercy, dont les paysages marquent son imaginaire. A beaucoup voyagé en Europe, particulièrement en Italie.

Auteur de nombreux ouvrages de poésie. Parmi ses dernières publications : Lente lumière, L’Amourier, 2001 ; Le temps désuni, Sac à mots, 2005 ; Témoins de fortune, L’Arrière-pays, 2010 ; Damier du destin, Encres Vives, 2010 ; Au bout des pas la source, éd. Trames et La Porte, 2014 ; Chemins croisés, La Porte, 2015. Prix Froissart 1987 et Antonin Artaud 1994.

En prose, récits : Dans le chemin de buis (Le Laquet, 1998) ; Sept Solitudes (Le Laquet, 2000) ; textes de critique, études de paysages : Les vergers de la Vicomté (Tertium, 2010) ; Quercy de ciel de roche et d’eau (Tertium, 2015).


 

Gilles Lades fait partie des comités de rédaction des revues Encres Vives et Friches.


 

Celle qui reste seule

n’a que peu de visages à aimer


 

un jour quelques jours quelque temps

il y eut un soleil

presque accordé


 

mais quel désert

depuis les villages ensoleillés et froids


 

et la retombée dans la cour aux brèves échappées

la mémoire d’années

bâties de quelques belles pierres

que l’on espère voir grandir

la furtive compagnie

de la plus haute vie

voie du sang voie de la longue enfance

sur l’indissociable chemin


 

Une émission sera consacrée prochainement à Gilles Lades.


 

***

Cathy GARCIA poursuit avec l’enthousiasme qu’on lui connait la publication de « Nouveaux Délits »

Dans le n° 59, en janvier elle rédige cet éditorial :

Eh bien voilà revenue l’année nouvelle ! Nous savons que ça ne veut pas dire grand chose, mais si ça peut nous permettre de nous sentir de même un tant soit peu neufs, décidés à laisser derrière nous le pesant et l’obsolète... Une nouvelle chance, un nouveau départ, un peu de poudre de perlimpinpin qui brille, une virginité en toc, un lustre qui disparaitra en deux coups d’éponge, mais quelques secondes de rêve, ce n’est pas rien, alors on ne va pas se les gâcher en faisant du mauvais esprit, surtout quand on s’appelle « Nouveaux Délits ».


 

Si la lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil, comme l’écrivait Char, alors elle est au soleil pendant que d’autres sont au bureau, aussi spacieux soit-il. Alors, fait-elle vraiment souffrir cette lucidité ? Et si elle était justement la garante du rêve ? Entre la transparence et l’opacité, il y a la beauté de la translucidité, ce qui n’est pas sans rapport avec la poésie.


 

Aussi, je vous invite sans plus de blabla à la découverte des poètes de ce nouveau numéro. Je les ai choisis avec mon meilleur mauvais goût, clin d’œil à de pauvres petites idées fixes et préconçues et donc pas très neuves, de ce qu’est, doit être et ne peut pas être la poésie. Ne cherchez pas, la poésie n’y est déjà plus ! Souhaitons-nous plutôt de tirer le meilleur jus de cette année inédite et de le boire en chantant à tue-tête. Soyons sérieux : rions beaucoup et aimons plus encore !


 

Bonne année 2018 à vous toutes et tous et que la paix ferme le bec des imbéciles qui ne laissent pas passer la lumière.


 

Lecture de l’article rédigé par Cathy Garcia dans ce numéro 59, sur le recueil « Tu écris des poèmes » de Murièle Modély paru aux éditions du Cygne.


 

Dans le n° 60 Cathy en 4ème de couverture nous pouvons lire de Cathy Garcia :

La simplicité joyeuse et volontaire, comme je la vis et l’ai vécue avant même de l’avoir nommée, c’est de savoir apprécier ce qu’on a, quels que soient nos moyens, et ceci sur tous les plans. Pas dans l’idée d’une discipline qu’on s’impose, d’une vertu à cultiver, non, pas d’efforts qui finiront par nous dégoûter, nous révolter et nous faire retomber plus bas qu’au départ, c’est vraiment autre chose. C’est une sorte d’initiation à l’essence du plaisir. C’est d’abord apprendre à regarder les choses à la loupe et à amplifier nos sensations. Lorsqu’on passe près d’une plante à toutes petites fleurs, souvent elle est tellement insignifiante qu’on ne la remarque pas ou à peine, mais si on prend le temps de se pencher et de la regarder de près, alors se révèlent des trésors de nuances, de finesse, de beauté. C’est pourquoi j’aime faire de la macro en photo. En macro une punaise devient un joyau, mais la macro, c’est aussi une façon de voir que l’on peut appliquer à tous les domaines de notre vie. Pas seulement pour aller remuer ce qui ne va pas, ce qui manque, ce qui fait mal, ça en général on sait tous le faire et il faut parfois le faire, mais il faudrait aussi le faire pour aller arroser les minuscules graines de joie inconditionnelle qui n’attendent que notre attention pour s’épanouir. Alors, ça ne veut pas dire se forcer à être d’un optimiste béat ou se voiler la face, bien au contraire, plus on sait apprécier le minuscule, plus on voit aussi la moindre petite ombre triste de ne pas être prise en compte elle aussi, car la vie est faite d’ombres et de lumière et nous avons à apprendre des deux. Les deux sont nécessaires pour prendre conscience, terme emprunté au latin classique « conscientia », la « connaissance en commun », donc quelque chose qui va au-delà de l’individu, quelque chose que nous partageons et que nous devons chacun alimenter autant que possible, afin que l’humanité dans son ensemble puisse évoluer. Ainsi la simplicité joyeuse et volontaire pourrait s’apparenter à une sorte de travail d’alchimiste : en plongeant dans l’infiniment petit, on dégage les éléments les plus élémentaires du réel et il nous est alors possible de transformer le plomb en or. (…)


 

La simplicité ce n'est pas seulement faire des choses mais c'est aussi et surtout ÊTRE. Faire autant que possible des choix qui nous permettent d’être plutôt que de paraître et/ou d'avoir (deux redoutables diktats), donc que ce soit sur le plan pratique et matériel ou moral, toujours se poser la question de l'utilité, du sens de ce qu'on l'on fait, de ce que l'on achète, de ce que l'on possède, de ce que l'on pense, de ce que l'on dit. L'utilité d'une façon très vaste et le sens et l'impact des choix que nous faisons, comment nous utilisons notre temps et quelle place nous laissons dans notre vie pour l'essentiel. Ce qui veut dire déterminer déjà qu'est-ce qui est réellement essentiel pour nous et là nous trouverons ce qui est essentiel communément à la plupart des êtres humains et puis ce qui nous est essentiel à nous tout personnellement et particulièrement, et pour déterminer cela il faut se connaître, au-delà de ce que nous avons appris, au-delà de ce que nous pensons devoir être ou faire, au-delà de ce que nous pensons devoir prouver et au-delà des attentes que nous pensons être les nôtres ou celles des autres qui nous entourent et de la société elle-même.

Cathy Garcia


 

Lecture d’un poème de Florent Chamard.


 

Pour vous procurer ces numéros de « Nouveaux Délits » :

ASSOCIATION NOUVEAUX DÉLITS

Létou – 46330 St CIRQ-LAPOPIE

Le numéro : 6 € + port (1,50 pour la France, 2 pour zone 1 et 2,60 pour zone 2)

Abonnement :

- 28 € pour 4 numéros ou 54 € pour 8 (France)


 

- 32 € pour 4 numéros ou 62 € pour 8 (zone 1)


 

- 34 € pour 4 numéros ou 66€ pour 8 (zone 2)


 

 

« Nouveaux délits et les 40 éditos » (mars 2011) : 10 €


 

Délit buissonnier n°1 (Feu de tout bois de Murièle Modély, illust. Sophie Vissière) :

10 €

Adhésion à l’association Nouveaux Délits (non obligatoire) : 10 €

***

Christian Saint-Paul revient ensuite sur les publications dirigées par Brigitte Maillard Monde en poésie.

Monde en poésie a fait paraître Le cercle de l'aurore de Sylvie Méheut

232 pages, format 11/18, 13 euros ; ce livre a déjà été signalé dans une précédente émission, mais sa forme classique et en même temps parfaitement contemporaine en fait une des publications les plus remarquables de ces dernières années. William Cliff si attaché à la forme classique, ce François Coppée moderne et audacieux devrait aimer ce livre que Saint-Paul voudrait voir concourir l’an prochain aux Jeux floraux à Toulouse.

Voici ce qu’en dit Jean Lavoué : « Chacun, nous sommes conviés à cet oratorio intérieur en nous laissant prendre et emporter par ces rythmes secrets, ces sonorités mystérieuses, ces envolées pleines de souffle soutenu et de tendresses partagées (…) C’est un chant de haute sensibilité que nous livre Sylvie Méheut avec ce recueil. Chaque mot y est accueilli avec une attention et une précision inouïes. On se laisse prendre par la houle de cette voix qui nous emporte ..."

Lecture d’extraits.

***

Monde en poésie éditions a fait paraître :

Un monde de rosée de René Le Corre

préface Pierre Tanguy, postface René Peron 130 pages format 11/18, 12€.


 

« Son écriture – à la manière de Philippe Jaccottet – mêle à la fois sensations vécues et méditations philosophiques, dans une prose que l’on peut qualifier de poétique. « Je suis toujours saisi d’un sentiment de secret, de quelque chose qui nous a échappé et que nous ne pouvons retrouver et qui est pourtant à portée de main ». Terrible et fascinant mystère de l’existence que l’auteur nous aide à sonder. Mais sa voix, nous dit-il, c’est « ma voix avec tous, plus pure quand elle va vers l’effacement (…) dans la dépossession de l’amour et de l’inconnaissance ». Oui, parole de sage, écrit Pierre Tanguy.

René Le Corre est né en 1923 à Pouldreuzic. Il est à la fois philosophe et poète.

Il se dit « écrivant » plutôt qu’écrivain.

René Le Corre est homme d’expériences. Il contemple le monde comme une infinie merveille. Mais l’horreur n’est jamais loin. Celle de la fin, du retour à la poussière car « il y a une chute du temps pour chacun ».

Pourtant, « L’hiver sera beau ».

L’amertume qui se dégage de ses poèmes et de ses proses naît de savoir qu’il va bien falloir abandonner la merveille. Même si « le temps est venu » l’écriture nous plonge dans l’essentiel, la merveille, qui prend la forme du colchique ou d’une musique de viole.

La simplicité de la langue de René Le Corre, pour une pensée où le fugace ramène toujours à une interrogation métaphysique, façonne sa parole d’une beauté proche, familière.

Nous aimons le suivre dans sa célébration de la vie.


 

Lecture d’extraits.

Le vieux temps effiloché s’en va. Le vent court

sur la terre retournée.

Premières fleurs sur les talus. Grèbes et harles s’aventurent près des bords et pêcheurs se hâtent au présent. Tu reviens, de quelle nuit ? Et quelles bourrasques encore nous guettent, en ces temps incertains ?

La rose des vents ne résout pas l’énigme du sens.

***

Enfin, c’est un roman qui est cité, le premier écrit en français

d’Andrea Genovese : Dans l'Utérus du volcan

aux éditions Maurice Nadeau 228 pages, 19 €.


 

Écrivain italien, Andrea Genovese (né en 1937 à Messine en Sicile), vit en France depuis 1981. Il définit sa vie comme une Odyssée minime (titre de son premier recueil de poèmes), mais trois romans autobiographiques publiés en Italie nous en révèlent, de 1945 à 1960, à peine une partie. Poète, romancier, dramaturge, critique littéraire, d’art et de théâtre, il édite Belvédère, un webzine on line entièrement écrite par lui, hors norme et sans tabous. En français il a écrit des recueils de poèmes et des textes de théâtre joués à Lyon. Belvédère est en ligne également sur le site les-poetes.fr à la rubrique « Parutions ».


 

Vanni, écrivain italien résident en France, revient dans sa Sicile natale avec sa femme lyonnaise pour recevoir un Prix de poésie chrétienne richement doté et décerné par un ponte de la Mafia. Sous l’influence de l’Etna toujours prêt à s’enflammer, l’apparition de la pulpeuse Lilina va provoquer l’éruption des sens du poète et mettre à mal l’équilibre du couple. Dans une ambiance de polar, qui peut faire penser à l’écrivain sicilien Leonardo Sciascia, l’auteur nous entraîne, sous la violence d’un été torride, des Îles Éoliennes à l’Etna, dans l’agonie d’un monde refermé sur lui-même. Nostalgie, sensualité effrénée, mythologie, l’écriture éclate comme une éruption volcanique.


 

EXTRAIT :

Un immense tapis de coquelicots se présenta inattendu, courant à perte de vue vers l’horizon haché par un ravin. Ses yeux avaient suivi comme dans une séquence cinématographique la palette de couleur fauve, presque au ras du sol, et c’est seulement quand son regard trouva la fracture du ravin qu’il reçut le choc de la masse gigantesque, pyramidale et absurde de l’Etna. Le volcan était si imposant, si nettement scandé et si minutieusement inscrit dans l’azur du ciel, avec son cratère central voilé de nuages, que Vanni ne comprenait pas comment il s’était imprimé en dernier dans sa rétine. C’était grandiose et écœurant. Effrayant, d’une certaine façon.

Il le voyait comme un dieu descendu sur terre. Planté sur sa vaste base de lave, en juge, en justicier. En despote. Superbe, méprisant. Refusant toute identification, toute réduction à une échelle humaine. Pas de compromis, pas de ridicules comparaisons. Je suis et je demeure, au-delà de ton regard de petite fourmi, disait le volcan. Et cependant...

Être fils de l’Etna, c’était monstrueux, c’était outrancier. Même pour un Sicilien, qui avait une conception cyclopéenne de la vie et portait en dot dès sa naissance la damnation d’un œil unique, démesuré et terrifiant comme un cratère. De là, de ce vagin de l’absurde, venait la pâte qui l’avait pétri, modelé et projeté dans la fiction théâtrale qu’était sa vie. Il était fils de l’Etna, donc il ne pouvait en aucune manière se soustraire à cette contrainte existentielle. C’est pourquoi, il ne pouvait pas se soustraire non plus à la rancune ancestrale qui l’incitait à s’affronter aux dieux. Tout Sicilien naît en état de guerre.

 


 


 

Angèle Paoli en fait ainsi une critique de ce roman dans la revue TERRES DE FEMMES dont voici un extrait :

Renouer avec l’île des origines n’est pas une mince affaire. Pour Vanni, émigré sicilien, le retour à Messine, sa ville natale, semble, même si c’est pour quelques jours, une épreuve qui l’entraîne, par-delà ses forces, dans un univers qu’il croyait ne plus jamais être sien. Revenir sur ses pas, sur les lieux de l’enfance, n’est pas aventure innocente, surtout si la terre originelle a quelque chose à voir avec le volcan. Car c’est lui, le volcan, ce « monstre » hostile, « sphinx indécryptable », qui draine depuis toujours les affects des enfants issus de ses entrailles.

Le volcan, c’est l’Etna millénaire. Le Mongibel des Arabes. « Masse pyramidale et absurde » qui souffle à Vanni un refrain oublié dans les replis de sa mémoire : Di Muncibeddru figghi semu (« Nous sommes fils de Mongibel »). L’Etna, c’est cet utérus gigantesque qui éjecte au cours de ses éruptions tous ceux qui sont nés de ses mythes et qui s’en repaissent. Ou qui, au contraire, s’évertuent à s’en défaire, à trancher net les tentacules. Violences incontrôlées, passions poussées jusqu’à l’extrême, Éros et Thanatos fusionnant dans ses laves. Nul ne ressort indemne des coulées qu’il vomit hors de son effroyable vulve.

Ainsi autour de Vanni, débarquant avec Louise, sa jolie épouse, Lyonnaise élégante raisonnable et quelque peu « frigide » — un reproche que lui adresse son mari —, se met en place toute une série d’actes et de rencontres. Lesquels se fomentent et se forgent dans le roman de l’écrivain et poète sicilien Andrea Genovese : Dans l’utérus du volcan. L’action première se noue à partir de Vanni, lauréat du Grand Prix de poésie chrétienne Gaetano Ferrella et invité d’honneur de la cérémonie qui va se dérouler dans les ruines majestueuses du théâtre gréco-romain des alentours.

D’origine messinoise et vivant lui aussi . Lyon, Andrea Genovese signe là son premier roman écrit directement en langue française et enlève avec lui son lecteur médusé d’être d’emblée embarqué en plein cœur du violent et puissant engrenage de la cosca, le clan mafieux.


 

Ce livre fera l’objet d’une émission particulière avec l’auteur et sera présenté à Toulouse Jeudi 26 avril à 18h30 à la Librairie Floury

36 rue de la Colombette .

Les intervenants seront :

Andrea Genovese, poète, romancier, dramaturge, critique d’art et de littérature

Pascal Papini, directeur du Conservatoire d’Art Dramatique et du Théâtre Julien

Christian Saint-Paul, poète, animateur littéraire à Radio Occitania

François Pic, Université Toulouse Jean-Jaurès

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29/03/2018

 

 

Casimir

PRAT



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Christian Saint-Paul reçoit Casimir Prat.

Ce poète, né en 1955 qui vit à Toulouse, se fait remarquer par ses poèmes publiés sous le titre « Herbier » en 1980, dans la revue Vagabondages qui avait alors une large diffusion.

Henri Heurtebise, en 1983, publie son premier recueil dans la revue Multiples « L’horreur ou la merveille » avec un avant-propos de Francis Ponge. Il multiplie ensuite les publications jusqu’en 2005, est lauréat en 1989 du prix Antonin Artaud pour « Elles habitent le soir » (éditions de l’Arbre 1988), du prix Max-Pol Fouchet en 1995 pour « Tout est cendre » (éditions le Dé Bleu) et ses poèmes de 1995 à 2004 sont repris sous le titre « Sait-on jamais » par les éditions Gallimard, collection L’Arpenteur, avec une préface de Guy Goffette, en 2005.

Depuis cette date, aucun nouveau livre de Casimir Prat n’a encore paru. Un manuscrit se prépare dont il donne lecture de quelques extraits à la fin de l’émission.
D’entrée, Saint-Paul se réjouit que son ami Casimir Prat, après une période de silence malgré tout préoccupante, ait rejoint les lieux de diffusion de la poésie : La Cave Poésie, dimanche 28 juin 2015 pour la « Fête à Henri Heurtebise » et ce jeudi, les studios de Radio Occitania pour l’émission « Les poètes ».

Mais c’est un homme exalté par l’actualité qui répond, considérant comme primordial les messages de soutien qu’il peut lancer au micro, sur deux sujets qui le hantent. La passion quand elle rejoint le devoir citoyen, doit s’exprimer. Et Casimir Prat s’exprime. Il explique qu’à Toulouse, le collège Bellefontaine a perdu son classement dans la catégorie des ZEP. Que les enseignants qui ont contesté cette décision ont été lourdement sanctionnés par leur hiérarchie. Qu’en protestation de la démesure de la sanction et dans une volonté de vérité et de justice, une enseignante du collège Bellefontaine, Laure Betbeder, a entrepris, se faisant l’écho de l’ensemble de ses collègues sanctionnés, une grève de la faim depuis 15 jours, devant les nouveaux locaux du Rectorat de l’Académie de Toulouse. Les poètes Serges Pey et Yves Charnet ont manifesté leur soutien à la gréviste. Casimir Prat s’associe à cette démarche et salue à l’antenne Laure Betbeder, en souhaitant qu’une solution intervienne rapidement, la santé de l’enseignante étant en péril.

Casimir Prat clame ensuite son soutien au peuple grec. Il s’insurge sur le sort que subit, de la part des décideurs européens, la Grèce, pays fondateur de la démocratie et de la pensée occidentale. Il rappelle que les poètes grecs ont nourri la poésie française. Il dit son attachement à la poésie contemporaine grecque, l’éblouissement qu’il ressent à la lecture des poème de Yannis Ritsos. La France, exhorte Casmir Prat, doit retrouver dans ce combat l’image de défense de la liberté, qu’elle a toujours eue. En réalité, explique Casimir Prat, il s’identifie au peuple grec, en raison de ses origines. Il est fils de réfugiés de la République espagnole. Ses parents ont été séparés à la frontière et dirigés dans des camps d’internement différents. Son père, pour rejoindre sa mère, s’est évadé du camp d’Argelès. Il y a une similitude dans la souffrance que connut le peuple espagnol et celle que subit aujourd’hui le peuple grec.

Casimir Prat, après ce long préambule, évoque ses publications. Année après année, il commente chaque libre publié. « S’éloigner de la flamme » (édition L’Arrière Pays 1993; A Chemise ouverte 1999) a été préfacée par Gaston Puel, une des grandes figures de la poésie, qui a vécu en accord avec lui-même, nous dit Casimir Prat, sans compromission avec le milieu imprévisible de la poésie contemporaine. Il est heureux d’annoncer que la revue du Tarn va bientôt faire paraître un numéro spécialement consacré à Gaston Puel.

C’est Jean Malrieu qui, dès qu’il l’a lu, lui a donné envie d’écrire de la poésie. Pourtant, à la fin des années quatre-vingt-dix, ses livres étaient introuvables. Aujourd’hui, il serait urgent qu’un éditeur reprenne son œuvre dans une édition de grande diffusion.

La poésie, pour Casimir Prat, est une sorte de consolation, un des chemins de la réappropriation du langage. Il faut laver les mots de tous les jours et les utiliser de façon qu’ils provoquent un étonnement. C’est d’ailleurs l’étonnement, cher à la poésie, et qui met l’intelligence en éveil, qui est commun avec l’engouement de la philosophie. Poésie et philosophie, l’une et l’autre, ont pour vocation d’aider l’homme à mieux vivre sa condition humaine.

Interrogé sur ce qu’il était advenu de son travail de poète de 2005 à 2015, Casimir Prat explique que « le poète, ça n’existe pas. Il est comme tout un chacun, il travaille » à gagner sa pitance. Ecrire n’est rien, être dans la situation d’écrire, voilà la difficulté. Pendant longtemps, Casimir Prat, libraire à la FNAC, chargé de famille, n’a pu trouver cette disponibilité. Il cite le regretté Pierre-Autin Grenier qui confiait à son épouse le soin de subvenir aux besoins du ménage. Comme Charles Juilet à ses débuts. La vie triviale empêche ce travail qui exige un vrai retour sur soi, une concentration absolue. Il cite le cas d’un auteur qui imposait un silence total à sa femme toute la matinée, pour ne pas le divertir dans sa tâche d’écrire. L’idée peut disparaître comme une bulle de savon. Ce travail de poète requiert un effacement des obligations ordinaires. Casimir Prat avoue beaucoup aimer son travail de libraire. Il a écrit la plupart de ses livres la nuit, dans un silence propice. Yves Heurté, lui aussi, médecin, écrivait la nuit dans la chambre, pour ne pas s’éloigner de son épouse, dont il disait qu’ainsi, elle le connaissait surtout de dos. La plupart des poètes sont des enseignants, souvent universitaires. C’est normal, car ils ont déjà l’accès à la culture, et des vacances privilégiées. Mais certains exercent des métiers sans aucun lien avec l’écrit. Pierre Gabriel, très cher à Casimir Prat, dirigeait une distillerie d’Armagnac. Pierre Boujut fabriquait des tonneaux pour le cognac.
Casimir Prat a repris la plume, fort d’une expérience de la vie, encore accrue. Son prochain livre aura pour titre : « Du lundi au vendredi ou le sable entre mes doigts ». Une constance. Comment retenir ce qui nous échappe ? Mais la poésie intimiste de Casimir Prat n’est jamais une poésie de la déploration. C’est ce paradoxe où l’inéluctable n’est pas nécessairement tragique, ou l’éphémère nous ravit, qui fait tout l’éclat de la poésie de Casimir Prat.

Lecture d’extraits de « Vers la nuit » (à Pierre Gabriel) ; « Au moment de partir », « Sait-on jamais ».

EN ATTENDANT

Avec son index, il traça un cercle

sur la poussière de la table, puis un autre,

plus petit, à côté. Un œil, plus loin, en haut. Une étoile.

Des branches.

Il écrivit l'heure aussi. Et signa.

Rajouta quelque chose, que je n'ai pas pu déchiffrer

- peut-être à propos des longues jambes du lierre

qui pendaient devant la fenêtre

et de leurs reflets jaunes qui se mêlaient tristement dans

la pénombre du couloir ?

Ou de l'immortalité frémissante du rayon de soleil

au fond d'un tiroir laissé grand ouvert.

*

Lecture d’inédits.


 

 
 

22/03/2018

 

 

Frank

BARDOU



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15/03/2018

 

 

Bruno

DUROCHER



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08/03/2018

 

 

Michel

HOST



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01/03/2018

 

 

Margo

OHAYON



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22/02/2018

 

 

BRETAGNE

SAINT-PAUL



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15/02/2018

 

 

Marianne

 MOORE



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08/02/2018

 

 

Jean-Michel

TARTAYRE



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01/02/2018

Hervé TERRAL 

devant le trou de Bozouls

 



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Christian Saint-Paul signale la parution de « À l'éveil du jour »

de Brigitte Maillard, éditions Monde en poésie, 130 pages, 12 €.

A l'éveil du jour de Brigitte Maillard est publié dans un agréable format poche dans la collection «L'écriture du poète».

Brigitte Maillard, auteur interprète, vit sur la côte sud du Finistère. Elle a publié deux précédents ouvrages de poésie : La simple évidence de la beauté (Atlantica) et Soleil, vivant soleil, préfacé par Michel Cazenave (Librairie Galerie Racine).

Elle livre dans ce récit une expérience humaine, son expérience, qui l'a menée, pas à pas dans un parcours douloureux, de la maladie à la «vraie vie» et à la force vivifiante de la poésie. Un témoignage intime du retour à la vie qui a valeur universelle.

Prose et poésie, ponctuées de citations puisées dans les lectures qui la ressourcent (Novalis, Tagore, Apollinaire, Char, Guillevic, Cheng...), cheminent ensemble et transcendent les limites génériques du récit.

C’est la relation poétique d’une expérience humaine vécue comme un appel à la « vraie vie » pour que naisse le jour. Une aventure en poésie qui conduit l’auteur aux portes du silence. Ce récit témoigne par la douleur et la joie de cette clarté vibrante qui nous entoure. Une vie dont nous sommes avant tout le vivant poème. Brigitte Maillard auteur interprète raconte son combat contre un cancer du sein, puis une leucémie. Un témoignage intime du retour à la vie. "Un appel à laisser tomber les masques, les histoires figées de nos vies humaines. Un appel à vivre la beauté".

Lecture d’extraits.

Le regard intérieur met en route un nouveau ressenti. Est-ce folie ? Non, tout cela est surtout beaucoup plus grand que nous.

L’émission « les poètes » reviendra sur ce livre et sur cette auteure.

***

Christian Saint-Paul reçoit Hervé TERRAL qui vient parler de son dernier livre : « L’Occitanie en 48 mots » aux éditions IEO, 218 pages, 14 €.

Professeur émérite de sociologie à l'université Jean Jaurès de Toulouse, il a publié plusieurs ouvrages sur la culture occitane, dont La langue d'oc devant l'école, aux éditions IEO et Figures(s) de l'Occitanie. XIXe-XXe siècles. 

Voici ce qu’écrit l’éditeur :

48 mots choisis pour, du néophyte curieux au militant, avoir plus qu'un aperçu des différents aspects de la langue et de la culture occitanes, qui font ce socle commun sans lequel il n'y a point de débat. 48 mots, comme autant d'entrées dans la pensée et les enjeux de la langue et de la culture occitanes. Pour mieux (se) comprendre et se connaître. Pour tous. 48 mots. Savant ou léger, sérieux, ironique ou caustique, Hervé Terral dresse, sans en avoir l'air, un état des lieux de la culture occitane, de ses aspirations et de ses contradictions, qu'il nous fait partager avec talent.

Et voici l’excellent article rédigé par Colette Milhé, « Hervé Terral, L’Occitanie en 48 mots », Lectures dans http://journals.openedition.org/lectures/14805 :

« Hervé Terral, sociologue de l’éducation à l’université Toulouse le Mirail, est l’auteur de plusieurs livres touchant aux questions occitanes. Il propose dans cet ouvrage de « faire mieux connaître la civilisation d’oc, celle d’hier, celle d’aujourd’hui, au lecteur quel qu’il soit » (p. 11), du simple curieux au militant convaincu.

Pour ce faire, il a choisi la forme du dictionnaire puisque le livre rassemble 48 articles (en fait 49), rangés dans l’ordre alphabétique. Cette forme autorise donc plusieurs types de lecture, linéaire ou entrée par mots. L’auteur n’indique pas ce qui a présidé au choix de ces mots-là. On peut cependant les classer sommairement en quelques grandes catégories : « art de vivre » (gastronomie, chants populaires, jeux traditionnels, taureaux…), religion (protestants, juifs, croisades…), histoire, fêtes, arts (littérature, chanson, arts visuels…), « mythologie occitane » (Cathares, Montségur, paratge…), militantisme occitaniste… L’auteur définit ainsi le terme : « Paratge dérive de par, égal : les hommes sont égaux.

Terral recourt pour l’essentiel à des sources bibliographiques diverses (littéraires, historiques, militantes…) et construit ses articles de différentes manières. Il peut par exemple se placer dans une perspective historique, situant des phénomènes (le catharisme, les troubadours…) puis exposant les appropriations symboliques postérieures qui en sont faites. Ainsi, écrit-il : « Aujourd’hui les cathares sont partout… et nulle part, puisqu’ils ont été exterminés entre le XIIet le XIIIsiècle ! » (p.46). Dans certaines entrées, l’auteur « cerne » le mot par une succession de citations. Dans un autre registre, il liste des personnages (musiciens, cinéastes, peintres, savants, hommes politiques…) nés en Occitanie.

Dans ce livre érudit, dont le style fluide rend toutefois la lecture accessible, l’auteur évite un écueil de taille par rapport à son ambition scientifique : écrire un ouvrage militant. S’il connaît parfaitement l’histoire du militantisme, des félibres (Mouvement né en 1854, pour l’essentiel littéraire, dont le chef de file était Frédéric Mistral) aux occitanistes, et les conflits violents qui opposent ou opposèrent les deux tendances (voire les conflits internes), Terral évite de s’y immiscer, d’abord en adoptant une perspective historique, ensuite en avouant lire indifféremment dans les deux graphies (la graphie félibréenne proche de celle du français, la graphie classique utilisée par les occitanistes s’appuyant sur celle des troubadours) Ce point peut apparaître comme une hérésie à certains puisque le choix d’une graphie est un des marqueurs de l’engagement dans un camp ou dans un autre et la graphie cristallise en grande partie le conflit entre les deux mouvances… Ensuite, Terral ne plaque pas un discours prêt à l’emploi mais le déconstruit parfois. Par exemple la remise au goût du jour de la littérature des Troubadours (XIe au XIIIe siècle) est l’œuvre des Romantiques au XIXe siècle : « Comme l’Ecosse chère à Ossian […] l’Occitanie devint une terre bénie pour les Romantiques » (p. 183). De même le Catharisme est valorisé par ces mêmes romantiques puis par les félibres et les occitanistes).

Soulignons toutefois que, comme l’auteur n’expose pas clairement son projet, qui n’est pas plus explicité par la juxtaposition d’articles, on ne sait pas bien si c’est lui qui caractérise « la civilisation occitane » (qu’entend-il par là ?) entre autres par les Troubadours et les Cathares ou si ce sont les Occitans, ou encore les militants de l’Occitanie, qui se réfèrent à ces critères. Cela pose un certain nombre de problèmes, inhérents à l’idée même d’Occitanie, car il s’agit de phénomènes très localisés, à mettre en regard avec l’immensité du territoire (33 départements). Plus largement, ceci montre la difficulté à unifier un vaste ensemble qui n’a jamais eu de réalité étatique ou politique et dont l’unité linguistique n’est pas admise par tous. Terral en a conscience en évoquant dans son article « Occitanie » la pertinence du choix du terme : « Le problème majeur de cet ensemble est, bien évidemment, celui de son unité, de la conscience et de la reconnaissance de son unité à vrai dire » (p. 168).

La forme même du livre ne contribue pas vraiment à le doter d’une cohérence : d’abord, un classement thématique aurait pu amener davantage de cohésion que le classement alphabétique. Ensuite, le projet de l’auteur, présenter la civilisation occitane, repose sur l’idée latente qu’elle existe et présente donc une unité. Plusieurs articles ne manqueront pas alors d’engendrer de la perplexité : les viticulteurs bordelais se reconnaîtront-ils dans les luttes de leurs confrères languedociens ? Les références multiples à Toulouse, où réside l’auteur, parleront-elles aux autres régions ? Les conflits récurrents entre militants motivés par des accusations centralistes permettent d’en douter… Mais en plus, certaines tentatives apparaîtront « tirées par les cheveux » : citons par exemple l’article « Jeux traditionnels » : « L’Occitanie ne se limite pas aux sports consacrés […], même si ceux-ci y tiennent toute leur place – structurante des identités locales » (p. 110). Terral énumère alors les grands clubs de foot, rugby et basket (en omettant au passage Antibes) ; or, rien ne lie en particulier les basketteurs rivaux de Pau-Orthez et de Limoges, surtout pas une quelconque occitanité !

Cet exemple illustre un autre problème de taille : une certaine prétention à l’exhaustivité se manifeste par une tendance au catalogage et à l’empilement. On retrouve ainsi au fil des pages une liste de plasticiens, de cinéastes, d’hommes politiques… dont le seul lien avéré avec l’occitanité, pas toujours assumée d’ailleurs, est d’être nés au-dessous de la Loire. Peut-être eût-il été plus fécond de s’attacher plus spécifiquement à ceux qui se revendiquent ou se disent occitans, pour exprimer ce lien qui fait vivre l’idée de civilisation occitane, sans se départir de l’exigence scientifique.

« L’enjeu de ce travail est, on le voit, vaste, un peu démesuré peut-être. Ce sera au lecteur de faire son miel (ou sa critique) en toute liberté. Cela va de soi… Et encore mieux en le disant » (p. 12). Terral invite donc à l’expression. Pour conclure, certains articles, par le foisonnement des détails ou des digressions, reposant souvent sur de l’implicite ou de l’ironie, ne sont pas très clairs pour le simple curieux. Par contre, le livre regorge d’informations et la multitude de références sera une mine pour qui veut faire une recherche sur tel point particulier. »

***

Pour Hervé Terral l’Occitanie vit dans l’illusion catalane. Le miroir de la Catalogne, c’est ce que n’ont pas réussi les occitans. Quand on diffuse le feuilleton Dallas en langue catalane, c’est la preuve de l’existence d’un parler catalan généralisé et populaire.

L’Occitanie est une illusion mais il n’est pas interdit de faire des rêves.

Malgré le cousinage des langues occitanes et catalanes, Barcelone regarde aujourd’hui plus vers Frankfort ou Milan que Toulouse.

La posture de l’Occitanie est la formule de Maine de Biran : le moi se pose en s’opposant, formule reprise par ailleurs par les psychologues pour définir les enfants de trois ans.

Il existe une forte littérature occitane d’écrivains de langue française, comme Pagnol ou Giono, lequel était farouchement opposé aux félibres.

C’est une question d’enracinement. Beaucoup de gens, nous dit Hervé Terral, ont l’occitan derrière le français.

En résumé « L’Occitanie en 48 mots » est le livre idéal pour comprendre et cerner le phénomène occitan dans notre culture française. Loin de s’opposer ou d’être une voie parallèle, la sensibilité occitane rayonne dans la langue française elle-même par l’intégration d’un important vocabulaire, mais surtout incarne des valeurs éthiques et culturelles qui honorent notre pays.

Ce livre a l’énorme mérite de nous en faire prendre conscience.

  
 

25/01/2018

 

 

Gerard

 ZUCHETTO



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18/01/2018

 

 

Monique

 SAINT-JULIA

 



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11/01/2018

 

 

Franck

VERNAILLE



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04/01/2018

 

 

Michel

 COSEM



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